Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 44 - DE HIS QUI EXCOMMUNICANTUR, QUOMODO SATISFACIANT 44 - LA MANIÈRE DONT LES EXCLUS RÉPARENT LEURS FAUTES
Qui pro gravibus culpis ab oratorio et a mensa excommunicantur, hora qua opus Dei in oratorio percelebratur, ante fores oratorii prostratus iaceat nihil dicens, nisi tantum posito in terra capite, pronus omnium de oratorio exeuntium pedibus; et hoc tamdiu faciat usque dum abbas iudicaverit satisfactum esse. Qui dum iussus ab abbate venerit, volvat se ipsius abbatis deinde omnium vestigiis ut orent pro ipso, et tunc, si iusserit abbas, recipiatur in choro vel in ordine quo abbas decreverit; ita sane ut psalmum aut lectionem vel aliud quid non præsumat in oratorio inponere nisi iterum abbas iubeat; et omnibus horis, dum perconpletur opus Dei, proiciat se in terra in loco quo stat, et sic satisfaciat usque dum ei iubeat iterum abbas ut quiescat iam ab hac satisfactione. Qui vero pro levibus culpis excommunicantur tantum a mensa, in oratorio satisfaciant usque ad iussionem abbatis; hoc perficiant usque dum benedicat et dicat : Sufficit. CELUI QUI, pour des fautes graves, a été exclu de l’oratoire et de la table commune, se tiendra étendu à terre devant la porte de l’oratoire à l’heure où l’office divin est célébré dans l’oratoire. Sans rien dire, il restera seulement allongé, la face contre terre, aux pieds de tous ceux qui sortent de l’oratoire, et il fera cela jusqu’à ce que l’abbé juge la réparation suffisante. Alors, sur l’ordre de l’abbé, il viendra se jeter à ses pieds puis aux pieds de tous afin qu’on prie pour lui. Si l’abbé l’ordonne, il sera ensuite reçu au choeur, au rang que l’abbé aura décidé ; mais cependant il ne se permettra pas de chanter un psaume, une lecture ou quoi que ce soit à l’oratoire jusqu’à nouvel ordre de l’abbé. Et à toutes les heures, quand s’achève l’office divin, il se prosternera à terre à sa place et il fera ainsi réparation jusqu’à ce que de nouveau l’abbé lui dise de cesser cette réparation. Ceux qui, pour des fautes légères, ont été exclus seulement de la table, feront réparation à l’oratoire jusqu’à nouvel ordre de l’abbé. Ils cesseront quand l’abbé donnera sa bénédiction et dira: « Cela suffit ».
Saint Benoît continue la nomenclature des procédés moyennant lesquels s’expient les fautes contre l’observance, des satisfactions par lesquelles nous rentrons en grâce. Si les erreurs légères réclament châtiment et satisfaction, à fortiori les manquements plus sérieux ou très graves n’y échapperont pas. En indiquant la série ascendante des châtiments que méritent ces deux dernières catégories de fautes, N. B. Père a décrit, aux chapitres XXIV et XXV, l’état des excommuniés ab oratorio et a mensa et des excommuniés a mensa : il nous dit maintenant de quelle façon les uns et les autres peuvent acheter le pardon. Pour sortir de l’excommunication régulière complète, il faut passer par toute une filière d’expiations graduées et savantes, dans laquelle on peut distinguer quatre degrés.
L’excommunié qui s’est soumis et consent à être réconcilié avec Dieu et avec ses frères est traité comme l’étaient, aux premiers siècles, les pénitents publics. A l’heure où se célèbre L’ŒUVRE de Dieu, à tous les offices, il vient se prosterner dehors, devant la porte de l’oratoire, et sans rien dire. Il est possible que l’intention de N. B. Père soit de maintenir l’excommunié à la porte de l’oratoire pendant toute la durée de la prière et que les mots nihil dicens lui défendent de prendre une part quelconque à la liturgie. Plusieurs témoignages historiques confirmeraient cette interprétation . Pourtant, demeurer ainsi à la porte pendant tout l’office des longues nuits d’hiver serait chose .pénible ; surtout si l’on prenait à la lettre l’expression prostratus jaceat. Ne semble t il pas que saint Benoît lui-même explique sa pensée lorsqu’il ajoute, aussitôt après nihil dicens, nisi tantum... ? L’excommunié ! ; présentera devant l’oratoire tandis que les frères en sortiront ; il ne prononcera aucune parole, mais se bornera à se prosterner, le front dans la poussière, et à se jeter aux pieds de tous, soit devant chacun, soit plutôt pendant que dure le défilé du convent. Le premier remède à tout mal est l’humilité, et le moyen de l’humilité, l’humiliation. Les vertus morales s’acquièrent par l’exercice, par l’addition et la répétition des actes. L’excommunié continuera d’agir ainsi, dit la Règle, jusqu’à ce que l’Abbé juge que cette première satisfaction est complète et suffisante.
C’est le deuxième degré de l’expiation régulière. Sur l’invitation de l’Abbé, le pénitent vient se jeter à ses pieds, puis aux pieds de tous les frères, sollicitant leurs prières, par des paroles, ou simplement par son attitude suppliante. On pressent que l’excommunication sera bientôt levée et le coupable réintégré dans la famille. Saint Benoît ne nous dit pas en quel lieu se fait cette seconde démarche.
Lorsque l’Abbé l’ordonne, le pénitent est reçu au chœur, mais au, rang que l’Abbé juge bon de lui assigner, non forcément à la place qu’il occupait avant sa chute. Et afin qu’il comprenne que son état n’est encore que celui de la convalescence, il lui est défendu de chanter ou de réciter (en solo probablement, ou avec la “ schola ) les psaumes, les leçons, ou d’autres pièces liturgiques du même caractère. Sa voix n’aura le droit de s’élever devant Dieu et devant les frères qu’après autorisation formelle de l’Abbé. Saint Benoît, s’il est discret dans l’usage des châtiments, n’aime pas cependant les amnisties rapides et totales, les facilités de pardon qui provoquent le retour des mêmes fautes.
Alors même qu’il a retrouvé place à la prière commune, le moine pénitent doit encore une dernière satisfaction. A la fin de chaque office, il se prosternera à terre, à la place même qu’il occupe au chœur ; et il renouvellera cette satisfaction jusqu’à ce que l’Abbé lui ordonne de s’en abstenir et de demeurer en paix. Il n’est pas dit, notons-le bien, que le moine remontait alors au rang qu’il occupait avant sa faute ; N. B. Père a reconnu ailleurs à l’Abbé le droit de dégrader pour des motifs fondés. : certis ex causis (chap. LXlll).

Qui vero pro levibus culpis excommunicatur tantum a mensa, in oratorio satisfaciat usque ad jussionem abbatis ; et tamdiu hoc faciat, usque dum benedicat et dicat
Celui qui, pour des fautes légères, a été exclu seulement de la table, fera réparation à l’oratoire jusqu’à nouvel ordre de l’abbé. Il cessera quand : Sufficit. l’abbé donnera sa bénédiction et dira “ Cela suffit ”.

L’expiation était de nature moins complexe et plus bénigne lorsqu’il s’agissait de l’excommunication mineure, dite a mensa parce qu’elle se traduisait surtout au réfectoire. Au chœur, l’excommunié était seulement privé du droit d’imposer les psaumes et les antiennes et de réciter les leçons, jusqu’à ce qu’il ait satisfait, ajoutait saint Benoît (chap. XXlV). Ici, N. B. Père se borne à décréter que cette satisfaction aura lieu à l’oratoire, qu’elle durera autant que l’Abbé le jugera convenable, qu’elle se répétera jusqu’à ce qu’il ait accordé sa bénédiction et prononcé : Cela suffit. Mais en quoi consistait cette satisfaction ? Elle n’était autre chose, semble-t-il, que la prostration dont N. B. Père a parlé dans la phrase précédente : puisque la Règle ne donne point d’indication, précise, on peut l’interpréter par elle-même, d’après les éléments les plus voisins et auxquels la pensée se reporte tout d’abord.
Nous ne saurions entrer dans l’historique des usages monastiques qui ont trait aux satisfactions des excommuniés. Notons seulement que le texte de la Règle n’a jamais été abrogé. Il demeure, il peut être mis en vigueur. Et encore que les éventualités d’encourir et d’infliger ces excommunications soient beaucoup plus rares que jadis, elles sont toujours possibles. A une heure donnée, ce serait le devoir rigoureux de l’Abbé d’appliquer les pénalités de la Règle, s’il y était contraint par certaines résistances ou par certains mépris prolongés et formels.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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