Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 64 - DE ORDINANDO ABBATE (a) 64 - LA NOMINATION DE L’ABBÉ (a)
In abbatis ordinatione illa semper consideretur ratio ut hic constituatur quem sive omnis concors congregatio secundum timorem Dei, sive etiam pars quamvis parva congregationis saniore consilio elegerit. Vitæ autem merito et sapientiæ doctrina eligatur qui ordinandus est, etiam si ultimus fuerit in ordine congregationis. Quod si etiam omnis congregatio vitiis suis quod quidem absit consentientem personam pari consilio elegerit, et vitia ipsa aliquatenus in notitia episcopi ad cuius diœcesim pertinet locus ipse vel ad abbates aut christianos vicinos claruerint, prohibeant pravorum prævalere consensum, sed domui Dei dignum constituant dispensatorem, scientes pro hoc se recepturos mercedem bonam, si illud caste et zelo Dei faciant, sicut e diverso peccatum si neglegant. POUR LA NOMINATION de l’abbé, on observera toujours ce principe d’instituer celui que se sera choisi d’un commun accord toute la communauté inspirée par la crainte de Dieu, ou une majorité même faible de la communauté, au jugement plus sain. C’est pour le mérite de sa vie et la sagesse de sa doctrine que sera choisi celui qui doit être nommé, même s’il est le dernier par son rang dans la communauté. Si par malheur. la communauté entière s’entendait pour élire une personne favorable à ses dérèglements et que ce scandale vienne à être connu tant soit peu de l’évêque du diocèse, des abbés ou des chrétiens du voisinage, ils devront empêcher l’accord des méchants de prévaloir et donner à la maison de Dieu un administrateur qui en soit digne, assurés qu’ils en recevront une bonne récompense s’ils le font par pur zèle de Dieu, et que ce serait au contraire un crime s’ils négligeaient d’intervenir.
Le dessein constant de cette portion de la Règle étant d’assurer le bon ordre, l’observance, la paix intérieure de la communauté, N. B. Père se trouve amené à parler une seconde fois de celui qui a pour mission de régir toute la cité monastique et en qui réside la plénitude même de l’autorité. Il n’estime pas que le chapitre second et de continuelles mentions du gouvernement abbatial tout le long de la Règle aient épuisé un tel sujet ; et, sans chercher, comme on l’a cru parfois bien arbitrairement, à atténuer et adoucir l’austérité du chapitre second, saint Benoît le complète ici en établissant d’abord la procédure à suivre pour l’élection et l’ordination de l’Abbé, et en rappelant ensuite quel esprit de sagesse et de discrétion doit diriger pratiquement l’Abbé lorsqu’il traite avec les âmes.

In abbatis ordinatione illa semper consideretur ratio, ut hic consti tuatur, quem sibi omnis concors congregatio, secundum timorem Dei, sive etiam pars quamvis parva congregationis saniori consilio elegerit
Pour la nomination de l’abbé, on observera toujours ce principe d’instituer celui que se sera choisi d’un commun accord toute la communauté inspirée par la crainte de Dieu, ou une majorité même faible de la communauté, au jugement plus sain.


On a, au cours des siècles, employé divers procédés pour la désignation de l’Abbé. Le meilleur, à coup sûr, ne fut pas celui qui, dès le huitième siècle , confiait au roi ou aux seigneurs laïcs, au nom du droit de fondation ou de patronage, le soin de pourvoir de titulaires abbayes et prieurés. Il arriva même, aux beaux jours de la commende, que ces titulaires ne furent ni moines, ni clercs ; en leur nom, des hommes de leur choix gouvernaient tant bien que mal les religieux. La mensa abbatialis était distincte de la mensa communis ; et toute la charge de l’Abbé commendataire était de toucher des revenus . Les abbayes entraient dans le berceau ou la corbeille des princes et des princesses ! Grâce à Dieu, nous ne connaissons plus les splendeurs si chèrement achetées des abbayes de l’ancien régime ; et malgré le caractère précaire et réduit de notre vie, malgré les persécutions et malgré I’exil nous sommes du moins libres dans nos murs.
Les droits du Souverain Pontife à la désignation de l’Abbé sont incontestablement plus réels que ceux d’un roi, même très chrétien. Le Pape pourrait ex plenitudine potestatis apostolicae conférer au candidat choisi par lui la dignité abbatiale et le gouvernement d’un monastère, comme il confère la dignité épiscopale et le gouvernement d’un diocèse. En fait, les Papes usent quelquefois de ce pouvoir, mais seulement dans des circonstances spéciales et extraordinaires : tel a été longtemps le cas des monastères basilicaux de Rome ; les Lettres de saint Grégoire le Grand nous montrent le Souverain Pontife désignant à des moines leur Abbé . Nous dirons bientôt quel est le rôle ordinaire du Saint-Siège dans les élections abbatiales.
Quant aux évêques, le Droit reconnaît qu’ils ne peuvent d’eux-mêmes, et sans délégation apostolique, choisir les supérieurs des réguliers. Ils le firent pourtant plus d’une fois dans les premiers siècles monastiques , soit à titre de fondateurs et pour le premier supérieur seulement, soit à titre de réformateurs , soit de façon abusive. Aussi des conciles, par exemple celui de Carthage de 534 , voulurent-ils sauvegarder la liberté des religieux : Et quando ipsi Abbates de corpore exierint, qui in loco eorum ordinandi sunt, judicio congregationis eligantur ; nec officium sibi hujus electionis vindicet aut praesumat episcopus. Nous voyons saint Aurélien obtenir du pape Vigile confirmation du droit des moines à élire eux-mêmes leur Abbé et saint Grégoire le Grand maintenir cette disposition de la sainte Règle . Nous préciserons dans la suite la part qui revenait et qui revient à l’évêque en cette affaire.
Le choix de l’Abbé est donc réservé aux moines : dans la pratique, l’exercice de ce droit a revêtu diverses formes. Chez saint Basile, le soin en revenait aux chefs des communautés voisines . Lorsque, à dater du quinzième siècle, se formèrent les grandes Congrégations bénédictines, quelques-unes d’entre elles, en même temps qu’elles renonçaient à la perpétuité des Abbés, s’accoutumèrent à recevoir leur supérieur du Chapitre général ou de la Diète : c’est la Congrégation, au sens moderne du mot, qui, par l’intermédiaire de ses chefs, pourvoyait à l’entretien des cadres. Chez saint Pacôme, le supérieur de chaque monastère était nommé par le supérieur général de la Congrégation ; et celui-ci désignait lui-même son successeur .
Ce dernier procédé fut souvent usité dans l’histoire. Théodoret , Cassien y font allusion. Pour l’Occident nous avons de nombreux témoignages, par exemple dans la Vie des Pères du Jura, dans saint Grégoire de Tours, etc. La Règle du Maître décrit longuement la procédure à suivre lorsque l’Abbé veut se donner un coadjuteur avec future succession ; selon cette Règle, les moines n’interviennent pas ; et si l’Abbé vient à disparaître sans avoir songé à assurer l’avenir l’évêque et le clergé de la région s’adressent à un saint Abbé du voisinage, et lui demandent d’aller passer un mois dans le monastère sans pasteur, avec charge d’y choisir le plus digne. A Cluny, tandis que saint Odon et le B. Aymard avaient été élus par leurs frères, saint Maieul et saint Odilon furent désignés par leur prédécesseur : la communauté n’intervint que pour approuver le choix. Et quand saint Odilon, devenu vieux, fut prié de choisir à son tour, il consentit seulement à nommer quelques moines prudents qui feraient l’élection, laquelle devait être ratifiée par tous c’est ainsi que les choses se passèrent pour saint Hugues . Le mode d’élection par les spirituales fratres, comme les appelle Bernard de Cluny, passa même en coutume . Si le Prieur, qui présidait l’assemblée, ou le premier ancien consulté, proposait un nom qui agréait à tous, l’élection était terminée .
Aujourd’hui encore, l’Abbé a le droit de s’intéresser à l’avenir des siens et de pressentir, mais avec une discrétion infinie, quel pourra être l’héritier de sa pensée et le continuateur de son œuvre, si vraiment il a eu une pensée et s’il a travaillé à une œuvre digne de durer. Faudrait-il donc que, périodiquement, toutes choses fussent remises en question ? L’Abbé Connaît sa famille, il sait ce qui lui convient. Et il va paraître devant Dieu on ne ment pas, à cette heure-là ; un ne se laisse guère entraîner par des motifs humains ; c’est l’heure où les Patriarches deviennent Prophètes et fixent, comme Jacob, comme Moïse mourant, l’histoire anticipée de leur race. Mais des saints se sont trompés dans ces choix suprêmes !
Est-ce bien sur ces choix eux-mêmes qu’il faut rejeter la responsabilité de l’échec survenu ? Après tout, on fera de l’avis du vieil Abbé tel usage qu’on voudra : mais qu’il puisse en laisser un, cela ne fait pas de doute. On supplée ainsi, dans la lignée des Abbés, aux avantages d’une hérédité matérielle qui n’existe pas. Et c’est peut-être fournir à la communauté l’occasion de réaliser l’unanimité des suffrages dont parle saint Benoît : Omnis consors congregatio.
Chez N. B. Père, par conséquent, les membres de la communauté ont seuls mission de se choisir un père. Dans la majorité des cas, c’est le procédé le plus sûr et le plus équitable, la famille monastique étant mieux renseignée et plis directement intéressée que tout autre. C’est une question voisine du droit naturel ; et l’Église le reconnaît dans le texte du Pontifical in ordinatione presbyteri : Necesse est ut facilius ei quis obedientiam exhibeat ordinato, cui assensum praebuerit ordinando. On voit bien aussi par le contexte de la Règle que les moines sont invités à prendre un Abbé parmi eux. Mais il est difficile de savoir comment s’effectuait cette élection. Saint Césaire n’est pas plus explicite que saint Benoît. Depuis le concile de Trente, les usages du compromis ou de l’acclamation sont interdits : tous et chacun des vocaux doivent donner leurs suffrages par vote secret . Clément VIll , qui a renouvelé cette prescription, ordonne le serment préalable des électeurs et enjoint de s’en tenir aux Constitutions de chaque famille religieuse .
Saint Benoît suppose trois résultats possibles de l’élection : 1° Toute la communauté, agissant sous l’impression de la crainte de Dieu, tombe d’accord pour choisir un bon moine. - 2 Toute la communauté s’entend pour choisir un indigne, un sujet plus ou moins complice de ses dérèglements
saint Benoît examinera ce cas un peu plus loin. - 3 Il n’y a pas unanimité et les voix se partagent : Hic constituatur quem... pars quamvis parva congregationis saniori consilio elegerit. Ce texte est incontestablement difficile.
Selon l’interprétation commune, la pensée de N. B. Père est celle-ci à supposer qu’il y ait d’une part une majorité relative, ou bien une majorité absolue, on même la presque unanimité, et d’autre part une minorité quelconque, si réduite soit-elle , l’élu sera celui de cette minorité, si son choix est meilleur et. mieux inspiré, saniori. consilio. On voit tout de suite le péril d’une telle disposition : c’est une occasion prochaine de schisme, un encouragement pour les minorités remuantes et factieuses : car chaque parti ne manquera jamais de motifs pour prétendre que son avis est le seul sage. C’est pourquoi l’Église réclame aujourd’hui une majorité numérique. Saint Benoît a-t-il réellement jeté chez les siens cette pomme de discorde et à ce point méconnu la nature humaine ? Les scrutins seront sans issue ; il y aura lieu sans cesse de recourir à une autorité extérieure qui départagera et décidera quel est le meilleur choix l’évêque par exemple, ou les Abbés du voisinage dont parlera bientôt saint Benoît, le Pape même, dit D. Calmet... Il est sûr que les choses se sont passées ainsi plus d’une fois au cours des âges ; mais le texte de la Règle n’invoque point, dans ce cas précis, l’intervention de l’évêque ou d’un autre Abbé : pour elle, la communauté se suffit.
Une autre interprétation est proposée par l’auteur de l’Explication ascétique et historique de la Règle de saint Benoît. Il y a deux modes d’élection : sive omnis concors congregatio... (plusieurs manuscrits intéressants lisent sive au lieu de sibi) ; sine etiam pars... Le premier est le plus normal ; le second consiste à confier à une portion de la communauté, même minime, mais prudente et “ de meilleur conseil ”, le soin de choisir l’Abbé ; il peut être utilisé soit d’une façon ordinaire, soit exceptionnellement, lorsque la communauté prévoit ou constate l’inefficacité d’un scrutin. L’explication est bonne. Pourtant, il semble bien que N. B. Père distingue et oppose en quelque sorte le cas où toute la communauté est d’accord et celui où, la communauté étant divisée, le choix d’une minorité, même réduite, mérite de s’imposer ; or, selon l’explication présente, pratiquement et en dépit de certaines lenteurs exigées par les délibérations et la désignation des arbitre, il y a toujours unanimité dans l’élection : l’opposition disparaît.
Il faut chercher une autre solution à la difficulté. Nous pourrions nous ranger, pour une fois, à l’opinion du fameux Caramuel, adoptée aussi par D. Mège. Supposons le cas où les suffrages vont à plusieurs candidats. S’il y a une majorité absolue, c’est elle qui fixera le choix, encore que ce ne soit qu’une “ partie ” par comparaison avec l’unanimité. S’il n’y a point de majorité absolue, mais un éparpillement des suffrages, saint Benoît ne désire pas que l’on recoure à un nouveau scrutin : il n’amènerait qu’une coalition de rencontre, un syndicat de mécontents ; et dans cette hypothèse le choix sera fixé par une simple majorité relative. Celui-là sera élu qui aura obtenu le plus de voix. Si l’on compare ce nombre à celui des votants, ce n’est qu’une partie, et petite ; ce n’est réellement qu’une minorité, si l’on additionne en face d’elle les autres minorités. Reste à justifier la remarque : saniori consilio. Caramuel a réponse à tout : Numerosior est aliis, et propterea sanior praesumitur, dit-il, et D. Mège après lui. Peut-être saint Benoît veut-il insinuer que, dans ce cas d’une élection réalisée ,par une majorité relative, il y a pour tous un motif spécial de regarder davantage à l’élu, de vérifier avec plus de soin ses titres, de regarder aussi à la personne des électeurs. C’est alors qu’on pourrait, au arbitre de l’extérieur ; mais ce serait exceptionnel, et sans danger pour l’indépendance des communautés.

Vitae auteur merito et sapientiae doctrina eligatur qui ordinandus etiam si ultimus fuerit in ordine congregationis
C’est pour le mérite de sa vie et la est, sagesse de sa doctrine que sera choisi celui qui doit être nommé, même s’il. est le dernier par son rang dans la communauté.


Quel que soit le mode de l’élection, chacun des religieux devra choisir en conscience, disait Benoît, qui s’occupe maintenant de la personne de l’élu. Ne serait-ce pas un des spectacles les plus effrayants que l’on puisse voir sur terre, celui d’hommes faisant à Dieu le serment solennel d’élire le plus digne et égarant leur suffrage n’importe où, au hasard de leurs passions ou de leurs combinaisons du moment ? Le gouvernement des âmes remis pour vingt ou trente ans, et par le fait de passions mesquines, entre des mains branlantes ou douteuses ! C’est une des circonstances où il importe le plus de se mettre en face de Dieu, du tribunal et du jugement de Dieu ; l’élection doit s’accomplir, N. B. Père l’a déjà noté, secundum timorem Dei. Il faut faire taire ses préjugés, ses antipathies ou ses sympathies, ses enthousiasmes, il faut surtout comprendre et prévoir.
Au reste, saint Benoît indique nettement à quels traits on reconnaîtra celui qu’il convient d’élire. Vitae meritum, d’abord. Une grande situation dans le monde, un grand nom, de belles relations, la richesse patrimoniale et l’espoir que, grâce à elle, on vivra à l’aise et l’on pourra bâtir, l’habileté financière et administrative : toutes ces préoccupations sont écartées. On regardera s’il y a mérite et sainteté de vie, non pas nécessairement absence de défauts et de fragilités, mais profonde dignité de vie et souci des choses surnaturelles. Saint Benoît réclame en outre “ la doctrine de la sagesse ”. Ce n’est pas la science tout court : les hautes mathématiques ne suffisent pas. Ce n’est même pas la science ecclésiastique : car alors une théologie sèche et de pure curiosité, garantie par un diplôme de docteur, pourrait satisfaire. Ce n’est pas non plus simplement la science théorique ou expérimentale des voies mystiques. C’est quelque chose de beaucoup plus compréhensif : c’est une doctrine faite de lecture assidue, de réflexion, de pratique, de prudence, d’intelligence des institutions monastiques. La prudence, le tact, la discrétion :nous entendrons bientôt saint Benoît rappeler qu’on s’attend à les rencontrer surtout chez l’Abbé. Et ce sont qualités qui n’accompagnent pas toujours l’intelligence, ni la vertu, ni le zèle apostolique. Sanctus est ? disaient les anciens, oret pro nobis. Dodus est ? doceat nos. Prudens est ? regat nos.
Et lorsque toutes ces conditions se rencontrent, elles doivent déterminer le suffrage de la communauté, alors même que l’élu occuperait le dernier rang dans le monastère, qu’il serait par conséquent de profession récente et même assez jeune d’âge. Saint Placide, saint Hugues, Abbé à vingt-cinq ans, n’ont vraiment pas fait trop mauvaise figure. Et puis, si la jeunesse est un défaut, il se corrige vite et sûrement. Même, en principe, il est bon d’élire un Abbé jeune : il y a des œuvres qu’il n’entreprendra et ne pourra poursuivre que parce qu’il se sent de la vigueur, qu’il a l’avenir devant soi. Dans une communauté bénédictine, la vie et le mouvement viennent de l’Abbé ; et alors que, dans d’autres formes de vie religieuse, des cadres solides, une ossature puissante, une réglementation définie et minutieuse, maintiennent l’unité assurent le développement de l’œuvre, quels que soient les changements de titulaire : chez nous, au contraire, tout repose sur la personne même de l’Abbé .

Quod si etiam omnis congregatio vitiis suis (quod quidem absit) consentientem personam pari consilio elegerit, et vitia ipsa aliqua tenus in notitiam episcopi ad cujus diaecesim pertinet locus ipse vel par abbatibus sut christianis vicinis claruerint, prohibeant pravorum praevalere consensum et domui Dei dignum constituant dispensatorem scientes pro hoc se recepturos mercedem bonarii, si illud caste et zelo Dei faciant, sicut e contrario peccatum, si negligant
Si malheur, la communauté entière s’entendait pour élire une personne favorable à ses dérèglements et que ce scandale vienne à être connu tant soit peu de l’évêque du diocèse, des abbés ou des chrétiens du voisinage, ils devront empêcher l’accord des méchants de prévaloir et donner à la maison de Dieu un administrateur ; qui en soit digne, assurés qu’ils en recevront une bonne récompense s’ils le font par pur zèle de Dieu, et que ce serait au contraire un crime s’ils négligeaient d’intervenir,


Saint Benoît envisage, et avec terreur : Quod quidem absit ! une troisième issue de l’élection : le cas où les suffrages se réuniraient sur un indigne. Une communauté ne choisit jamais un indigne que pour son plaisir à elle, et parce qu’elle se dit : “ A raison de ses habitudes, et parce qu’il est compromis dans les mêmes errements que nous, voilà un moine qui ne sera pas gênant : nous pouvons sans crainte en faire un Abbé ! Des calculs de ce genre n’étaient pas absolument métaphysiques à l’époque où se rencontraient des moines comme ceux de Vicovaro : l’unanimité qui pouvait se former pour empoisonner l’Abbé, pouvait se retrouver pour lui donner un triste successeur
Lorsque ce malheur arrive, et que l’évêque du lieu ou bien les Abbés et les laïcs influents du voisinage viennent à connaître avec certitude, par quelque procédé due ce soit, officiel ou privé, les agissements vicieux de la communauté, c’est pour eux un devoir de conscience d’intervenir s’ils le font, Dieu leur donnera bonne récompense ; s’ils se désintéressent, il y aura faute et châtiment. Encore faut-il, note rapidement saint Benoît, due leur intervention soit. inspirée par des motifs purs et par le zèle de la gloire de Dieu, non par des calculs d’ambition, de jalousie, ou par des préférences injustifiées. Il ne convient pas que, sous prétexte de vigilance, même dévouée, même affectueuse, la liberté de la vie monastique soit amoindrie, et que toutes les personnes pieuses de la région partent en guerre et prennent parti dans une affaire qui ne les concerne aucunement. Ceux à qui en appelle N. B. Père auront une double mission casser l’élection mauvaise ou suspecte et empêcher le complot des méchants de prévaloir, puis pourvoir la maison de Dieu d’un gouvernement digne. Quel était le rôle dévolu à chacun des personnages énumérés par saint Benoît ? Tout porte à croire qu’ils devaient agir de concert sous la direction de l’évêque, les Abbés appuyant celui-ci de leurs conseils et les chrétiens du voisinage prêtant au besoin le secours du “ bras séculier ”. Le procédé suivi était sans doute celui d’une enquête ecclésiastique . Comment enfin se déterminait le choix du nouvel Abbé ? N. B. Père est trop laconique pour qu’on puisse tirer de son seul texte réponse à toutes ces questions.
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