Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (c) 7 - L’HUMILITÉ (c) Voluntatem vero propriam ita facere prohibemur cum dicit Scriptura nobis: Et a voluntatibus tuis avertere. Et item rogamus Deum in oratione ut fiat illius voluntas in nobis. Docemur ergo merito nostram non facere voluntatem cum cavemus illud quod dicit Scriptura: Sunt viæ quæ putantur ab hominibus rectæ, quarum finis usque ad profundum inferni demergit, et cum item pavemus illud quod de neglegentibus dictum est: Corrupti sunt et abominabiles facti sunt in voluntatibus suis. In desideriis vero carnis ita nobis Deum credamus semper esse præsentem, cum dicit Propheta Domino: Ante te est omne desiderium meum. Quant à la volonté propre, l’Écriture nous défend de l’accomplir en disant : « Détourne-toi de tes volontés. » De même nous demandons à Dieu dans la prière que sa volonté soit faite en nous. C’est donc à juste titre que nous sommes exhortés à ne pas faire notre volonté, si nous prenons garde à ce que dit l’Écriture : « Il est des chemins qui paraissent droits aux hommes mais qui aboutissent aux profondeur janv. mai sept. janv. mai sept. de l’enfer » et si nous redoutons ce qui est dit des négligents : « Ils se sont corrompus et rendus abominables en leurs jouissances. » Face aux désirs de la chair, croyons aussi que Dieu nous est toujours présent, puisque le Prophète dit au Seigneur : « Devant toi est tout mon désir. »
Quant à la volonté propre, l’Écriture nous défend de l’accomplir en disant : “ Détourne toi de tes volontés. ” De même nous demandons à Dieu dans la prière que sa volonté soit faite en nous. C’est donc à juste titre que nous sommes exhortés à ne pas faire notre volonté, si nous prenons garde à ce que dit l’Écriture : “ Il est des chemins qui paraissent droits aux hommes mais qui aboutissent aux profondeurs de l’enfer ” et si nous redoutons ce qui est dit des négligents“ Ils se sont corrompus et rendus. abominables en leurs jouissances. ”


Des deux volontés antagonistes, celle de Dieu et celle de l’homme, laquelle prévaudra ? Celle de Dieu, si nous songeons à son omniprésence, à ses droits, à ses menaces, à ses promesses. On ne nous dit point : agissez toujours contre votre volonté, ce qui ne manquerait pas d’une certaine saveur janséniste ; on nous dit : gardez-vous de votre volonté personnelle et isolée ; éloignez-vous de toutes les modalités de la volonté propre : c’est l’ordre formel de l’Écriture (ECCLl., XVlll, 30). Et chaque fois que nous récitons l’Oraison dominicale, nous sollicitons de Dieu due sa volonté s’accomplisse en nous, s’accomplisse par nous. Dès lors, on reconnaîtra à notre vie la sincérité de notre prière.
Si nous voulons apprendre à ne pas poursuivre l’exercice de la volonté propre, écoutons avec un saint effroi ce que nous dit encore l’Écriture :
“ Il est des voies, des habitudes pratiques qui semblent à l’homme droites et équitables, et dont le terme pourtant s’engloutit dans les profondeurs de l’enfer ” (PROV., XVl, 25 ; XlV, 12) . N. B. Père dénonce à nouveau le grand péril de l’illusion, fille de la passion mauvaise. Toute passion consiste dans une orientation de l’être selon un axe déterminé. Lorsque cette orientation est violente et résolue, elle devient une norme et se substitue à la conscience. Est bon ce, qui lui est conforme, adapté. favorable. Elle, nous l’appelons le bien ; Dieu lui-même doit parler comme elle, car l’homme ne rougit pas de solliciter, d’infléchir, de torturer les paroles de l’Écriture, et il ose chercher dans une prétendue marche providentielle des événements la justification de son système, de sa prétendue mission. La responsabilité demeure, même dans I’illusion, lorsqu’on a eu conscience du mal dès la première heure, puis à certains moments lucides : il n’est pas impossible pourtant que la somme de mal et de souffrance qu’il y a au monde ne vienne point de la seule malice, et que les responsabilités soient diminuées par l’illusion ; sinon, ne serait-ce pas chose effrayante ? Si les bons sont éprouvés, si la part du bien se réduit dans le royaume de Dieu, ce n’est pas toujours le fait de la méchanceté pure ; l’aveuglement y a sa part. Mais il se peut que les âmes qui bénéficient de ce triste privilège de l’inconscience expient leurs méfaits dans la mesure même où durent les conséquences, et que le châtiaient se poursuive jusqu’à élimination entière, hors de la réalité historique et de la trame des choses, de tout le désordre causé par l’illusion.
A côté de la volonté propre de l’orgueilleux qui s’enferme chez lui comme en un château fort et canonise toutes ses décisions, on rencontre la volonté propre de celui qui est lâche, paresseux, et qui ne consent pas à réagir contre soi-même, negligentibus. Souvent, d’ailleurs, les deux tendances se réunissent et s’appuient mutuellement. Alors, on arrive à tout, et très vite ; on en vient à l’abjection décrite par la Règle et par le psaume Xlll (v. 1). A moins que N. B. Père n’ait voulu noter d’un trait rapide, à côté de l’illusion coupable, cette autre perversité qui s’appelle la négligence formelle et le mépris de tout ce qu’il y a de plus sacré : Impius, eum in profundum venerit peccatorum, contemnit ; sed sequitur eum ignominia st opprobrium (PROV., XVlll, 3). Il n’est pas impossible que de telles dispositions se révèlent de loin en loin dans les monastères et qu’elles arrivent jusqu’à leur odieux paroxysme.

Face aux désirs de la chair, croyons aussi que Dieu nous est toujours présent, puisque le Prophète dit au Seigneur : “ Devant toi est tout mon. désir.

L’activité intérieure se compose de la pensée et du vouloir ; mais saint Benoît n’ignore pas qu’à côté et en dehors de ces deux éléments il en est un autre, qui obscurcit l’intelligence et qui circonvient, déprime, retient captive la volonté. Le “ désir de la chair ” est la convoitise secrète et basse, l’instinct sensible qui nous pousse vers les personnes ou vers les choses non parce qu’elles sont bonnes, mais parce qu’elles nous plaisent. C’est encore la conviction surnaturelle de la présence de Dieu qui mettra de l’ordre dans ces désirs tumultueux et révolutionnaires. “ Seigneur, disait le prophète David, tout ce que je désire est devant vous ” (Ps. XXXVll, 10).