Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 25 - DE GRAVIORIBUS CULPIS 25 - LES FAUTES GRAVES
Is autem frater qui gravioris culpæ noxa tenetur suspendatur a mensa, simul ab oratorio. Nullus ei fratrum in nullo iungatur consortio nec in conloquio. Solus sit ad opus sibi iniunctum, persistens in pænitentiæ luctu, sciens illam terribilem apostoli sententiam dicentis : Traditum eiusmodi hominem in interitum carnis, ut spiritus salvus sit in die Domini. Cibi autem refectionem solus percipiat, mensura vel hora qua præviderit abbas ei conpetere; nec a quoquam benedicatur transeunte nec cibum quod ei datur. Le frère reconnu coupable d’une faute gra-ve sera exclu simultanément de la table et de l’oratoire. Aucun frère ne se joindra à lui pour aucun rapport ni entretien ; il sera seul au travail qui lui est assigné, persistant dans le deuil de la pénitence et se sachant sous le coup de la terrible sentence de l’Apôtre : « Cet homme-là a été livré à la mort dans sa chair pour que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur. » Son repas, il le prendra seul, en la mesure et à l’heure que l’abbé aura jugées convenables. Aucun de ceux qui le rencontrent ne le bénira, et on ne bénira pas non plus la nourriture qu’on lui donne.
Des fautes plus graves entraînent une forme plus sévère de l’excommunication : celle qui exclut à la fois de la table et de l’oratoire. Nous trouverons le détail des principales coulpes très grièves dans différentes règles ou Constitutions ; saint Benoît, lui, s’est abstenu. Mais il décrit avec insistance le triste isolement du condamné. Sauf les exceptions qui seront prévues dans la suite, toutes les relations personnelles avec lui sont rompues. Remarquons pourtant la discrétion singulière avec laquelle toutes choses sont conduites. L’excommunication monastique n’est pas l’exclusion, le retranchement absolu, la rupture définitive, comme l’est pour l’Église d’aujourd’hui l’excommunication dite majeure. L’excommunication monastique ressemble à celle que prononçait saint Paul et à laquelle ce chapitre fait nettement allusion : elle a un caractère médicinal ; ce n’est pas encore l’abandon d’une âme à sa perdition, On espère toujours. Avant de procéder à l’expulsion, qui sera le dernier acte, on veut voir si le moine ne s’effraiera pas de la solitude qui se crée autour de lui, et si l’amour de sa famille religieuse, plus puissant que les châtiments et les réprimandes, ne l’amènera pas à résipiscence. Il n’est presque plus du monastère, il est pourtant encore dans le monastère.
C’est un pestiféré volontaire. Il n’a plus d’ami, celui qui s’est fait l’ennemi de Dieu ; il n’a plus part à cette vie conventuelle dont il s’est exclu le premier par sa faute. Tous s’écartent. Nul ne peut l’aborder, se mettre en rapport, entrer en colloque avec lui. Il n’y a plus de place pour lui à l’oratoire Il n’est pas même digne de participer au travail commun. Ce n’est pas qu’il lui soit loisible de vaguer : il aura sa tâche déterminée, peut-être même un peu forte ; mais il l’accomplira seul. Et, selon la coutume de certains monastères, on le tiendra enfermé en prison. Il demeurera dans le deuil de la pénitence, et il aura le loisir, durant ses longues heures de solitude, de méditer et de s’approprier la sentence terrible de l’Apôtre : cet homme-là a été livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour dix Seigneur (I Col., V, 5) . Tout ceci doit être bien compris.
La création entière obéit à la loi de communauté ; les êtres ne se développent et n’atteignent leur fin que moyennant l’appartenance à une société, à une famille, à une organisation hiérarchique, dont il faut rechercher l’idéal et le terme chez la sainte Trinité elle-même. C’est vrai de l’homme en général, c’est plus vrai encore de l’Église, c’est vrai aussi du groupement monastique. Nous ne nous sauvons qu’en famille ; la grâce de Dieu ne nous vient que dans ce cadre vivant ; nous avons besoin t’as la main de notre Abbé, de la prière de nos frères. Lorsqu’une sentence d’excommunication intercepte ce courant béni de l’influence divine et cette circulation de la vie, nous ne sommes plus en sécurité, nous ne sommes plus garantis de rien. Cessant d’appartenir à l’Église, à notre famille surnaturelle, au Seigneur et à sa juridiction, nous passons dans un autre système hiérarchique et nous sommes alors exposés aux redoutables familiarités et aux violences de Satan. Ainsi, Dieu permet que l’excommunication prononcée par saint Pierre contre Ananie et Saphire entraîne leur mort corporelle. L’excommunication de Simon le Magicien le livre à la possession. Celle de l’incestueux de Corinthe a pour dessein d e préserver l’Église de toute contagion et aussi de “ livrer aux vexations diaboliques l’être sensible du coupable, pour que l’âme soit sauvée au jugement de Dieu Comme dans l’histoire du moine instable que saint Benoît finit par chasser , il y a toujours, au delà de la porte du monastère, un dragon qui guette les excommuniés ou les apostats.
Sans doute N. B. Père n’affirme point que des représailles sataniques attendent infailliblement le moine excommunié : mais c’est une menace, un avertissement de ne pas demeurer dans l’impénitence, de ne retomber jamais dans un tel malheur. Car aux âges de foi l’excommunication était considérée comme un suprême péril, et sa seule menace emplissait les âmes d’une terreur religieuse. Mais le sens surnaturel a diminué ; et c’est là, avec un incontestable assainissement des caractères, ce qui porte maintenant l’Église et l’ordre monastique à être très sobres d’excommunications ; aussi bien, trop souvent, ceux qui les mériteraient commencent par s’excommunier eux-mêmes.
Banni de l’oratoire, l’excommunié est banni à plus forte raison du réfectoire commun. Et la pénitence est plus sévère que dans le cas précédent ; non seulement l’heure du repas est retardée, mais le menu lui-même est simplifié : on fait le siège du rebelle et par l’âme et par le corps. N. B. Père laisse à l’Abbé le soin de déterminer l’heure et le régime. Les frères qui rencontrent l’excommunié ne répondent pas à sa formule de salut, ne lui disent point Benedicite (voir le chap. LXlll). La nourriture qu’on lui donne ne reçoit pas davantage la bénédiction accoutumée.
Nous verrons au chapitre XLlV la série des expiations par lesquelles doit passer l’excommunié avant d’être réconcilié avec Dieu et avec ses frères.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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