Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 30 - DE PUERIS MINORI ÆTATE, QUALITER CORRIPIANTUR 30 - LA MANIÈRE DE CORRIGER LES JEUNES ENFANTS
Omnis ætas vel intellectus proprias debet habere mensuras. Ideoque, quotiens pueri vel adulescentiores ætate, aut qui minus intellegere possunt quanta pœna sit excommunicationis, hii tales dum delinquunt, aut ieiuniis nimiis affligantur aut acris verberibus cœrceantur, ut sanentur. CHAQUE ÂGE et degré d’intelligence doit avoir son traitement approprié. C’est pourquoi, toutes les fois que des enfants, des adolescents, et ceux qui sont incapables de comprendre la peine de l’exclusion, commettent une faute, ils seront astreints à des jeûnes sévères ou fouettés rudement pour qu’ils se corrigent.
De même que les. châtiments doivent être gradués selon les fautes, de même ils doivent être proportionnés à l’âge, à l’intelligence et à l’éducation de chacun. Saint Benoît l’a noté déjà au chapitre de l’Abbé et au chapitre XXlII, pour ce qui est de l’intelligence, mais sans faire mention explicite de l’âge. Il n’était pas inutile de rappeler, en terminant la section du code pénal, que plusieurs de ses dispositions ne convenaient aucunement à des enfants. “ Chaque âge et chaque intelligence doit avoir sa mesure spéciale , ses procédés de correction : tel est le principe général., Et N. B. Père en fait aussitôt l’application à trois groupes de personnes : les enfants, les adolescents, les esprits bornés ou peu élevés.
C’est sans doute à dessein que la Règle ne fixe ni la limite de l’enfance, ni celle de l’adolescence : la pleine responsabilité et le juste discernement ne venant pas chez tous au même âge. Saint Benoît décidera plus loin (au chapitre LXX) qu’en ce qui concerne la surveillance extérieure, le régime de l’enfance, de la pueritia, doit cesser après quatorze ans révolus, c’est-à-dire à l’âge où les petits Romains quittaient ordinairement la toge prétexte. L’adolescence, selon saint Isidore (et c’est lui que semblent suivre en cette question les commentateurs), durait jusqu’à vingt-huit ans. Mais il est clair que la plupart des moines pouvaient être soumis à toute la discipline régulière longtemps avant cette échéance. Saint Benoît parle sans distinguer des enfants et des plus jeunes religieux : il demande qu’on traite par un régime spécial et identique tous ceux chez qui prédomine l’élément animal.
Le premier principe, en matière d’éducation, est de prendre les hommes par où ils sont saisissables : par l’intelligence, s’ils en ont ; par la sensibilité, si l’intelligence n’a pas encore un développement suffisant. Or, qu’est-ce que l’enfant ? Un petit être, riche d’avenir sans doute, mais chez qui ne se révèlent guère présentement que les phénomènes de la vie animale. Nous le remarquions à propos du chapitre Il, c’est par les friandises, le pain sec et le fouet qu’on lui apprend l’alphabet de la conscience, la distinction du bien et du mal. L’excommunier serait de la cruauté et de la sottise ; et on n’emprisonne pas sérieusement des enfants ! Chez l’adolescent, il y a déjà de l’intelligence, mais aussi l’orgueil de cette intelligence qui s’éveille ; il y a de la conscience, mais en même temps des passions grossières ou violentes ; ce n’est plus le sommeil, comme chez l’enfant, c’est la révolte. A côté enfin de ces deux groupes, il faut ranger celui qui demeure un enfant toute sa vie, qui n’a rien dans son âme pour tenir en échec les poussées de l’instinct. Celui-là est peu apte à comprendre, répète saint Benoît, toute la portée de cette peine morale qu’est l’excommunication.
Lorsque de telles trempes tombent en faute, c’est donc au corps qu’il faut s’adresser, soit pour le réprimer, soit pour l’affaiblir. On l’affaiblira par des jeûnes sévères (nimiis ne peut signifier, dans la pensée de saint Benoît, excessifs et indiscrets) ; on réprimera ses audaces par des coups bien appliqués. Ut sanentur : on arrivera ainsi à établir la vraie santé morale, c’est-à-dire le jeu ordonné et tranquille de toutes les énergies, l’équilibre et l’harmonie des forces physiques et spirituelles : Mens sana in corpore sano.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
Aidez-nous à traduire les textes du latin dans votre langue sur : www.societaslaudis.org
Télécharger au format MS Word