Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 40 - DE MENSURA POTUS 40 - LA MESURE DE LA BOISSON
Unusquisque proprium habet donum ex Deo, alius sic, alius vero sic; et ideo cum aliqua scrupulositate a nobis mensura victus aliorum constituitur. Tamen infirmorum contuentes imbecillitatem, credimus eminam vini per singulos sufficere per diem. Quibus autem donat Deus tolerantiam abstinentiæ, propriam se habituros mercedem sciant. Quod si aut loci necessitas vel labor aut ardor æstatis amplius poposcerit, in arbitrio prioris consistat, considerans in omnibus ne subrepat satietas aut ebrietas. Licet legamus vinum omnino monachorum non esse, sed quia nostris temporibus id monachis persuaderi non potest, saltem vel hoc consentiamus ut non usque ad satietatem bibamus, sed parcius, quia vinum apostatare facit etiam sapientes. Ubi autem necessitas loci exposcit ut nec suprascripta mensura inveniri possit, sed multo minus aut ex toto nihil, benedicant Deum qui ibi habitant et non murmurent. Hoc ante omnia admonentes ut absque murmurationibus sint. CHACUN a en propre un don de Dieu, l’un comme ceci, l’autre comme cela » ; aussi n’est-ce pas sans quelque scrupule que nous fixons une ration pour autrui ; néanmoins, ayant égard à l’infirmité des faibles, nous pensons qu’une demi-bouteille de vin par jour suffit à chacun. Quant à ceux à qui Dieu donne de pouvoir s’en abstenir, qu’ils sachent qu’ils en recevront une récompense particulière. Si les conditions locales, le travail ou l’ardeur de l’été exigent davantage, il appartient au supérieur d’en décider, veillant en tout cas à ce qu’on ne se laisse pas entraîner jusqu’à la satiété et à l’ivresse. Sans doute lisons-nous que le vin n’est nullement fait pour les moines, mais comme de nos jours il est impossible de les en persuader, convenons du moins de n’en pas boire jusqu’à satiété mais modérément, car « le vin fait déraisonner même les sages. » Cependant là où les conditions locales sont telles qu’on ne puisse même pas trouver la mesure indiquée mais beaucoup moins ou rien du tout, ceux qui habitent là béniront Dieu et ne se plaindront pas. Ce que nous recommandons avant tout, c’est qu’on s’abstienne de se plaindre.
Chacun a en propre un don de Dieu, l’un comme ceci, l’autre comme cela ;aussi n’est-ce pas sans quelque scrupule que nous fixons une ration pour autrui ; néanmoins, ayant égard à l’infirmité des faibles, nous pensons qu’une demi-bouteille de vin par jour suffit à chacun.

Le chapitre tout entier semble un monument de cette discrétion paternelle que nous avons remarquée si souvent et qui apparaît ici, touchante, dans le soin avec lequel sont réglés les détails les plus matériels de notre vie. Tout d’abord c’est la reconnaissance formelle des différences de corps, d’âmes, de grâces, qui existent entre nous : Chacun tient de Dieu son don particulier : c’est ceci pour l’un, cela pour l’autre p (I COR., Vll, 7). Et, à raison de ces variétés individuelles, N. B. Père avoue qu’il n’aborde pas sans quelque inquiétude et sans un peu de timidité la fixation de tout ce qui concerne le vivre d’autrui. Il ne peut être question de déterminer une mesure absolument invariable et rigide, un lit de Procuste auquel se devront accommoder les grands et les petits ; il né faut point davantage se prendre soi-même comme le type auquel tous se rapporteront. Mais alors, quel sera notre point de ,repère ? Nous serons attentifs, dit saint Benoît, à la faiblesse des petits, des chétifs : de ceux qui sont petits quant aux forces physiques, et aussi de ceux qui ne sont pas riches encore en vigueur morale. Et, en vue de tous ceux-là, il nous semble qu’une hémine de vin, par jour, suffira à chaque religieux. L’hémine romaine équivalait à peu près au quart du litre (01. 2736) . Mais rappelons-nous ce qui a été dit plus haut.
Après l’indication d’une moyenne raisonnable, la Règle, soucieuse à la fois de l’esprit de mortification, de l’obéissance ; de la condescendance, prévoit les principaux cas qui peuvent survenir. Voici un moine qui pense pouvoir se priver de vin, en tout ou en partie ; Dieu lui a donné une santé vigoureuse et il lui inspire le secret désir de cette abstinence qu’il demande à son Abbé la permission exigée au chapitre XLlX et, s’il l’obtient, qu’il renonce au vin, avec le double mérite de la générosité et de la soumission.
Mais s’il est des cas où l’hémine, c’est trop, il en est d’autres où l’hémine, c’est trop peu. Loci necessitas, labor, ardor aestatis : le climat est rigoureux, ou bien l’on a fourni un travail extraordinaire, ou bien l’on est au cœur de l’été et la chaleur est dévorante : un peu plus de boisson semble réclamée par ces circonstances. Il appartiendra au supérieur d’accorder ce supplément, mais en veillant par-dessus tout à ce que nul n’arrive insensiblement jusqu’à l’ivresse ou même jusqu’à une satiété voisine de l’ivresse. Les commentateurs donnent le détail des rasades accordées aux moines à la fin ou en dehors des repas. A Cluny, outre la portion de vin régulière servie au repas (la “ justice ”, comme on disait), on donnait assez souvent une “ charité de vin ”, ou le pigmentum, mélange de vin, de miel, de cannelle, de girofle.
On dirait que saint Benoît rougit un peu de sa miséricorde paternelle et se souvient avec quelque regret de l’héroïsme des Pères d’Orient. “ Nous lisons, dit-il, que le vin ne convient aucunement aux moines. ” Il lisait cela textuellement dans le recueil des Verba Seniorum . Il lisait aussi dans la Vie de saint Antoine que ni lui ni les autres ascètes fervents n’usaient de viande ou de vin . Cet usage n’était pourtant pas général l’Histoire Lausiaque, par exemple, nous apprend que les moines de Nitrie buvaient du vin ; ainsi faisait-on chez saint Césaire. De nos jours, poursuit saint Benoît, il est impossible de persuader aux moines que l’axiome des anciens est exact ; buvons donc du vin, puisqu’il faut du vin, mais convenons du moins de n’en pas boire jusqu’à satiété et de rester en deçà, car “ le vin fait apostasier même les sages” (ECCLl., XlX,2). Au Mont Cassin, comme à Vicovaro , saint Benoît buvait du vin. Il lui eût été facile d’étonner chacun par sa mortification : il était entraîné, il n’avait qu’à se souvenir de Subiaco. Mais, devenu père de famille, il s’harmonisait avec les dispositions et les coutumes légitimes de ses moines.
On se bornera donc à l’hémine, qui offre un moyen terme entre l’abstinence absolue et la satiété. Encore faut-il prévoir telle circonstance où cette mesure réduite elle-même ne se rencontrera point. Le monastère est pauvre, le pays n’a pas de vignobles : on ne peut se procurer que beaucoup moins, ou peut-être même rien du tout. Alors les moines de cette région béniront Dieu, de qui. vient le vin, de qui vient la privation, et ils feront bonne figure à cette petite détresse. Elle n’est pas mortelle. Nous sommes dans la condition de ceux qui font la guerre : Omnis qui in aqone contendit, ab omnibus se abstinet ; et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam (I COR., IX, 25). Il ne faut jamais murmurer ni s’assombrir pour des questions comme celles-là. Avant tout, redit avec force N. B. Père, nous avertissons les moines privés de leur portion de vin de s’abstenir aussi des murmures.
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