Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 31 - DE CELLERARIO MONASTERII, QUALIS SIT (b) 31 - LE CELLÉRIER DU MONASTÈRE, TEL QU’IL DOIT ÊTRE (b)
Humilitatem ante omnia habeat, et cui substantia non est quod tribuatur, sermo responsionis porrigatur bonus, ut scriptum est : Sermo bonus super datum optimum. Omnia quæ ei iniunxerit abbas, ipsa habeat sub cura sua; a quibus eum prohibuerit, non præsumat. Fratribus constitutam annonam sine aliquo tyfo vel mora offerat, ut non scandalizentur, memor divini eloquii quid mereatur qui scandalizaverit unum de pusillis. Si congregatio maior fuerit, solacia ei dentur, a quibus adiutus et ipse æquo animo impleat officium sibi commissum. Horis conpetentibus dentur quæ danda sunt et petantur quæ petenda sunt, ut nemo perturbetur neque contristetur in domo Dei. Avant tout qu’il ait l’humilité et, quand il n’a pas de quoi donner, qu’il fasse une réponse aimable, «selon la sentence : « Une parole aimable vaut mieux que le plus beau cadeau. » Il étendra sa sollicitude à tout ce dont l’abbé l’aura chargé ; il ne se mêlera pas des choses qui lui sont interdites. Il fournira aux frères la portion fixée sans arrogance ni délai, pour qu’ils ne soient pas irrités, se souvenant de la parole divine sur le sort réservé à celui « qui aura irrité l’un des petits ». Si la communauté est nombreuse, on lui donnera des aides grâce auxquels lui-même pourra d’une âme égale remplir la charge qui lui est confiée. On donnera et on demandera aux heures convenables ce qui doit être donné et demandé. Ainsi nul ne sera troublé ni peiné dans la maison de Dieu.
Saint Benoît a parlé d’une façon générale et théorique des qualités et des devoirs du cellérier ; il l’envisage désormais dans l’exercice réel et concret de son office, pour souligner à nouveau l’attitude qu’on attend de lui devant l’Abbé et devant les frères. Avant toutes choses, qu’il ait l’humilité. ” Pour faire face aux difficultés spéciales de sa charge, le cellérier doit être, nous l’avons dit, plus moine que les autres : il doit donc posséder, établie plus profondément et plus fortement dans son âme, la vertu qui fait les moines : l’humilité. On a défini celle-ci : la soumission à Dieu et à toute créature pour l’amour de Dieu ; nous dirions aussi volontiers : l’adhésion tranquille et constante à Dieu. C’est par l’assiduité de cette union que le cellérier s’épargnera mille maladresses et épargnera au prochain bien des petites meurtrissures. Et, une fois de plus, saint Benoît est admirable d’industrie spirituelle ; au lieu de décrire par le menu les procédés et les moyens de détail qu’appliquera le cellérier, au lieu de lui faire une tête, il fait son éducation par le dedans, il lui fait une âme.
L’humilité du cellérier se traduira spécialement, dit la Règle, dans sa manière de refuser aux moines ce qu’il ne peut ,ou ne doit pas leur accorder. Il se souviendra qu’il est leur frère et leur égal, leur serviteur plutôt que leur maître, et que ce ne sont point des biens à lui, des grâces personnelles qu’il leur octroie ou leur retire. C’est cruauté que refuser avec violence ou avec mépris. Ce n’est pas l’heure de railler lorsqu’on est obligé de faire souffrir. C’est chose si bonne que la bonté ! Cela coûte si peu, une parole de regret, une petite équivalence, une promesse, un air d’affabilité, un franc sourire ! Si l’on ne peut accorder l’argent ou l’objet demandé, “ qu’on accorde du moins une bonne réponse ”
c’est à peu près ce qu’on lit dans l’Ecclésiastique (XVlll, 16-17) : “ Une bonne parole vaut mieux que le meilleur des dons ”.

Omnia qux ei injunxerit abbas ipse habeat sub cura sua ; a quibus, eum prohibuerit, non praesumat
Il étendra sa sollicitude à tout ce dont l’abbé l’aura chargé ; il ne se mêlera pas des choses qui lui sont interdites.


Pour la troisième fois, saint Benoît répète au cellérier qu’il doit se conformer en tout aux ordres et aux indications de son Abbé : ceci encore est de l’humilité, et c’est de l’obéissance. Les charges deviennent légères lorsqu’on les porte avec un parti pris d’absolue docilité. Cette troisième intimation a peut-être une signification nouvelle. Nous disions naguère qu’il y avait un intérêt majeur à ce que tout le fonctionnement matériel du monastère fût ramené à l’unité. Sans doute ; mais, comme il est impossible à un seul homme de suffire par lui-même à la variété des sollicitudes qui incombent au cellérier d’un grand monastère, et comme il ne réunit peut-être pas toutes les compétences, l’Abbé peut le soulager du souci immédiat de plusieurs affaires. Parmi les cellériers, les uns auront la disposition de garder tout ; les autres se déchargeront à leur gré : il y a détriment et danger dans les deux cas. Et c’est pour résoudre ce problème qu’il appartient à l’Abbé de choisir lui-même les différents titulaires des offices et de définir exactement l’ambitus de chaque obédience. Que le cellérier prenne soin de tout ce que l’Abbé lui aura enjoint : mais qu’il ne se mêle pas des choses dans lesquelles on l’aura prié de ne pas intervenir. Il serait puéril d’en appeler alors aux coutumes monastiques, de revendiquer avec hauteur les prétendus droits de sa charge, de compulser les annales de l’Ordre pour montrer que c’est ainsi que les choses se sont faites de toute antiquité !

Fratribus eonstitutam annonam sine aliquo typo vol mors offerat, ut non scandalizentur, memor divini eloquii quid mereatur qui scandaliza verit unum de pusillis
Il fournira aux frères la portion fixée sans arrogance ni délai, pour qu’ils ne se fâchent pas, se souvenant de la parole divine sur le sort réservé à celui “ qui aura fait tomber l’un des petits ”.


C’est au cellérier, nous le verrons par les chapitres qui suivent, que saint Benoît confiait la garde et la distribution des provisions de bouche. La Règle déterminait. ce qu’on devait donner aux moines à chaque repas ; elle prévoyait certains cas où l’Abbé pouvait faire un peu plus large et modifier la mesure du boire et du manger. C’est cette portion du moine que N.-B. Père appelle constitutam annonam, la part régulière donnée à ceux qui militent sous l’étendard du Seigneur. On conçoit que, par un souci exagéré de la richesse monastique ou par crainte d’une disette prochaine, le cellérier soit parfois tenté de réduire ou du moins de n’accorder qu’à regret, comme avec une sorte de jalousie et des retards maussades, la portion fixée par l’Abbé. Nous trouvons dans la Vie de saint Benoît le portrait d’un de ces cellériers trop consciencieux . Quelquefois même, le cellérier pouvait aller jusqu’à assaisonner de certaines réflexions désobligeantes la part qu’il était contraint de servir. N. B. Père le met en garde contre des dispositions qui blesseraient à la fois la charité, l’obéissance et la vraie pauvreté monastique : sine aliquo typo vel mura offerat . Les refus, les murmures, la parcimonie amèneraient du trouble parmi les frères. Les hommes ne sont pas des anges : ils ont besoin de manger ; les hommes ne sont pas tous parfaits, et quand ils ont de justes sujets de plainte, ils se plaignent. La tranquillité et la charité conventuelles sont pour N. B. Père d’un tel prix que sa parole devient sévère et rappelle les menaces évangéliques contre ceux qui sèment la discorde et qui scandalisent ne serait-ce qu’un seul des petits enfants du Seigneur (MATTH, XVIII, 6).
Ces dernières paroles ont pour intention de revendiquer en faveur du cellérier lui-même le bénéfice d’un peu de paix et de loisir. D’abord, si la communauté est nombreuse, l’Abbé lui donnera des aides qui le soulageront, de telle sorte que lui aussi puisse remplir avec une âme égale et tranquille la charge qui lui est confiée. Mais ce qui le soulagera plus que tout le reste, ce sera la délicate attention de ses frères à ne lui adresser leurs requêtes qu’aux moments favorables ; qu’il donne d’ailleurs lui-même en temps voulu et à des moments fixes ce qu’il doit donner. Les frères doivent savoir attendre, saisir les opportunités, et se demander si, à l’heure où ils se présentent, une affaire de plus haute importance ne sollicite pas l’attention du cellérier. Ce n’est ni .du savoir vivre ni de la charité que de bondir sous le premier aiguillon du besoin et de courir chez le cellérier, à toute heure de jour et de silence, sitôt qu’une idée germe en l’esprit. Il est à remarquer que ce sont les recueillis et les studieux qui attendent le plus volontiers et sont le plus économes du temps d’autrui.
On pourrait donner une portée générale à la recommandation que fait saint Benoît. Il n’est guère dans le monastère qu’un homme à qui cette règle ne s’applique pas : c’est l’Abbé. Lui est votre chose. Vous passez à côté de chez lui, ou bien, moyennant un petit détour, vous entrez chez lui, n’ayant rien à dire, rien à demander mais simplement parce que le Cœur vous y incline. Vous prenez la bénédiction ; on vous congédie parce qu’il y a surcroît de besogne, ou bien on cause un instant. C’est le privilège de l’Abbé de recevoir à toute heure c’est le bénéfice de sa charge, et les bons moines se gardent bien de l’en frustrer. Cette remarque faite, retenons la pensée de N. B. Père : il convient que nul ne soit molesté ni contristé dans la maison de Dieu. Nous avons été créés et mis au monde pour être heureux. Ni les supérieurs n’ont pour mission d’exercer, par des rebuffades voulues, la patience des moines ; ni les moines n’ont intérêt à peser outre mesure sur les épaules de ceux qui les, portent. Le monastère est a la maison de Dieu et à ce titre la maison de la paix et le vestibule de l’éternité : Urbs Jerusalem beata, dicta pacis visio.
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