Vigiles (OSB) du samedi 14 septembre 2019 - EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

Hebdomada XXIII per annum XXIIIème semaine dans l'année
Sabbato Samedi
IN EXALTATIONE SANCTAE CRUCIS EXALTATION DE LA SAINTE CROIX
Festum Fête
In primo nocturno, utroque anno Premier nocturne, années I et II
De Epístula beáti Pauli apóstoli ad Gálatas 2, 19 - 3, 7. 13-14; 6, 14-16 De la lettre de saint Paul aux Galates
Lectio I Lecture I
Fratres: Ego Paulus per legem legi mórtuus sum, ut Deo vivam. Christo confíxus sum cruci: vivo autem iam non ego, vivit vero in me Christus; quod autem nunc vivo in carne, in fide vivo Fílii Dei, qui diléxit me et trádidit seípsum pro me. Non írritam fácio grátiam Dei; si enim per legem iustítia, ergo Christus gratis mórtuus est. Par la Loi, moi Paul, je suis mort à la Loi afin de vivre à Dieu: je suis crucifié avec le Christ; et ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi. Je n'annule pas le don de Dieu: car si la justice vient de la Loi, c'est donc que le Christ est mort pour rien.
R/. Dómine, Rex noster, quando véneris iudicáre terram, * Tunc apparébit crux sancta, fulgens ut aurum in virtúte sua. V/. Cum séderit Fílius hóminis in maiestáte sua et cœperit iudicáre sæculum per ignem, * Tunc. R/. Seigneur, notre Roi, lorsque tu viendras juger les hommes, * Alors apparaîtra la croix très sainte qui resplendira comme l'éclat de l'or. V/. Lorsque le Fils de l'homme siégera en majesté pour commencer à juger le monde par le feu, * Alors.
Lectio II Lecture II
O insensáti Gálatæ, quis vos fascinávit, ante quórum óculos Iesus Christus descríptus est crucifíxus? Hoc solum volo a vobis díscere: Ex opéribus legis Spíritum accepístis an ex audítu fídei? Sic stulti estis? Cum Spíritu cœpéritis, nunc carne consummámini? Tanta passi estis sine causa? Si tamen et sine causa! Qui ergo tríbuit vobis Spíritum et operátur virtútes in vobis, ex opéribus legis an ex audítu fídei? Sicut Abraham crédidit Deo, et reputátum est ei ad iustítiam. Cognóscitis ergo quia qui ex fide sunt, hi sunt fílii Abrahæ. Ô Galates sans intelligence, qui vous a ensorcelés? À vos yeux pourtant ont été dépeints les traits de Jésus-Christ en croix. Je ne veux savoir de vous qu'une chose: est-ce pour avoir pratiqué la Loi que vous avez reçu l'Esprit, ou pour avoir cru à la prédication? Êtes-vous à ce point dépourvus d'intelligence, que de commencer par l'esprit pour finir maintenant dans la chair? Est-ce en vain que vous avez éprouvé tant de faveurs? Et ce serait bel et bien en vain. Celui donc qui vous prodigue l'Esprit et opère parmi vous des miracles, le fait-il parce que vous pratiquez la Loi ou parce que vous croyez à la prédication? Ainsi Abraham crut-il en Dieu, et ce lui fut compté comme justice. Comprenez-le donc: ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d'Abraham.
R/. O crux benedícta, * Quæ sola fuísti digna portáre Regem cælórum et Dóminum. V/. O crux gloriósa et admirábilis, o crux adoránda, * Quæ. R/. Ô croix bénie, * Toi seule as été digne de porter le Roi des cieux, le Seigneur! V/. Ô croix glorieuse, nous t'admirons, croix adorable, * Toi seule.
Lectio III Lecture III
Christus nos redémit de maledícto legis factus pro nobis maledíctum, quia scriptum est: Maledíctus omnis, qui pendet in ligno, ut in gentes benedíctio Abrahæ fíeret in Christo Iesu, ut promissiónem Spíritus accipiámus per fidem. Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit: Maudit quiconque pend au gibet, afin qu'aux païens passe dans le Christ Jésus la bénédiction d'Abraham et que par la foi nous recevions l'Esprit de la promesse.
R/. O crux, admirábile signum, in quo Dóminus nostri Dei Fílius, suspénsus * Pro nostrórum póndere críminum, mortis damnávit supplícium. V/. Dulce lignum, dulces clavos, dulce pondus sústinens. * Pro. R/. Ô croix, signe admirable! Sur toi le Seigneur, * Le Fils de notre Dieu, suspendu pour faire le poids face à nos péchés, a condamné le supplice de la mort. V/. Douceur du bois, douceur des clous, qui supportent un poids si doux! * Le Fils.
Lectio IV Lecture IV
Mihi autem absit gloriári nisi in cruce Dómini nostri Iesu Christi, per quem mihi mundus crucifíxus est, et ego mundo. Neque enim circumcísio áliquid est neque præpútium, sed nova creatúra. Et quicúmque hanc régulam secúti fúerint, pax super illos et misericórdia et super Israel Dei. Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ , qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde. Car la circoncision n'est rien, ni l'incirconcision; il s'agit d'être une créature nouvelle. Et à tous ceux qui suivront cette règle, paix et miséricorde, ainsi qu'à l'Israël de Dieu.
R/. Per tuam crucem salva nos, Christe Redémptor, * Qui mortem nostram moriéndo destruxísti, * Et vitam resurgéndo reparásti. V/. Miserére nostri, Iesu benígne, qui passus es cleménter pro nobis. * Qui. V/. Glória Patri. * Et vitam. R/. Par ta croix sauve-nous, ô Christ Rédempteur! * Par ta mort, tu as détruit notre mort; * Par ta résurrection, tu as renouvelé la vie! V/. Aie pitié de nous, Jésus très aimant, toi qui as montré tant de bonté en souffrant pour nous ta Passion. * Par ta mort. V/. Gloire au Père. * Par ta résurrection.
In secundo nocturno, anno I Deuxième nocturne, année I
Ex Sermónibus sancto Ioánni Chrysóstomo epíscopo attribútis, vel in Hippólyti presbýteri traditióne (Sermo in Pascha VI: PG. 59, 743-745) Homélie sur la Pâque attribuée à saint Jean Chrysostome, ou dans la tradition d'Hippolyte
Lectio I Lecture I
Hoc erat Pascha: quo desiderávit Iesu pati pro nobis. Ideóque lignum contra lignum plantávit, et illam olim malam manum affígens, totam vitam vere in se pendéntem osténdit. Hoc mihi lignum est in salútem ætérnam; hoc nútrior, hoc convívor; sub huius radícibus radíces pono, ramos exténdo; a spíritu autem ceu a vento cum voluptáte éxcolor. Sub huius umbra tabernáculum pósui, et multum æstum devítans, rore plenum hábeo diversórium; cum huius flóribus flóreo, eius frúctibus summe deléctor, fructus vero ab inítio mihi reservátos decérpo. Hoc mihi esuriénti delicátus cibus est, sitiénti fons, nudo teguméntum, cuius fólia spíritus vitæ sunt. Non ultra mihi fólia ficus! La Pâque, celle que Jésus a désiré vivre pour nous, était une passion. Et, en conséquence, à la place du bois, plantant le bois; à la place de la main perverse qui s'était tendue autrefois dans un geste d'impiété, clouant sa propre main immaculée dans un geste de piété, il a montré en sa personne toute la vraie vie pendue. Cet arbre m'est une plante de salut éternel; je m'en nourris, je m'en délecte. En ses racines, je m'enracine; par ses branches, je m'étends; sa rosée me réjouit, et son esprit, comme un vent délicieux me fertilise. À son ombre j'ai dressé ma tente, et fuyant les chaleurs excessives, j'y trouve un abri plein de rosée. Je fleuris de ses fleurs, je savoure ses fruits exquis; ces fruits, gardés pour moi depuis le commencement du monde, je les cueille librement. Il est nourriture pour ma faim, source pour ma soif, vêtement pour ma nudité, car ses feuilles sont esprit de vie: loin de moi désormais les feuilles de figuier.
R/. Crux benedícta nitet, Dóminus qua carne pepéndit * Atque cruóre suo vúlnera nostra lavit, allelúia, allelúia. V/. Córpore qui in ligno pepéndit pro vúlnere nostro, * Atque. R/. Elle rayonne, la croix bénie sur laquelle, dans sa chair, a été suspendu le Seigneur, la croix sur laquelle * Il a lavé nos plaies dans son sang, alléluia, alléluia! V/. C'est lui qui, dans son corps, a été suspendu pour guérir nos blessures: * Il.
Lectio II Lecture II
Hæc arbor mihi Deum timénti tutéla est, nutánti fulcrum, certánti bravíum, victóri tropum; hæc mihi arcta sémita, angusta via; hæc scala Iacóbi, angelórum ascénsus et descénsus, in cuius cúlmine stat Dóminus. Hæc arbor a terra usque ad cælum assúrgit, immortális planta, quæ firma erígitur in médio cæli et terræ, fulcrum universi, firmaméntum orbis, compléxio mundi, mortálem váriam substántiam cóntinens, invisibílibus spíritus clavis confíxa, ut rei divínæ cóngruens non ultra solvátur. Si j'ai peur de Dieu, cet arbre est ma protection; si je trébuche, il est mon appui; dans la lutte, il est mon prix; et dans la victoire, mon trophée. C'est lui mon sentier étroit, c'est lui mon chemin resserré; voici l'échelle de Jacob et le parcours des anges, au sommet duquel se tient vraiment appuyé le Seigneur. Cet arbre, qui s'étend aussi loin que le ciel, a grandi de la terre jusqu'aux cieux, se fixant, plante immortelle, au centre du ciel et de la terre, ferme appui de toutes choses, pilier de l'univers, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Rivé par les joints invisibles de l'Esprit, afin qu'ajusté au divin, il n'en soit plus détaché.
R/. Crux fidélis, inter omnes arbor una nóbilis; nulla silva talem profert fronde, flore, gérmine; * Dulce lignum, dulces clavos, dulce pondus sústinet. V/. Super ómnia ligna cedrórum tu sola excélsior. * Dulce lignum. R/. Ô croix fidèle, arbre unique et noble entre tous les arbres; ta frondaison, ta fleur, ton fruit: nulle forêt n'en produit de tels! * Douceur du bois, douceur des clous, qui supportent un poids si doux! V/. Toi seule dépasses en élévation tous les arbres à bois odorant, tous les cèdres les plus grands. * Douceur.
Lectio III Lecture III
Summos cælos contíngens, pédibus vero terram firmans, multúmque intermédium áeris spíritum úndique imménsis mánibus compléctens. Totus erat ubíque in ómnibus, et per se solum contra aérias potestátes nudus congréssus est. Ut vero finem hábuit mundánum illud certámen, et úndique ille rétulit victóriam, neque elátus ut Deus, neque victus ut homo, in fínibus universórum mansit radicátum victóriæ tropæum, dum ipse in seípso de hoste cum pompa triúmphat. Touchant par son front le sommet des cieux, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. Il était tout entier partout en toutes choses, et, à lui seul il luttait, nu, contre les puissances de l'air. Quand le combat cosmique prit fin, et que de tous côtés le Christ eut lutté victorieusement, ni exalté comme un Dieu, ni abattu comme un homme, il demeura planté sur les confins de l'univers, arborant triomphalement en sa personne un trophée de victoire contre l'ennemi.
R/. Nos autem gloriári opórtet in cruce Dómini nostri Iesu Christi, in quo est salus, vita, et resurréctio nostra, * Per quam salváti et liberáti sumus. V/. Absit nobis gloriári, nisi in cruce Dómini mei Iesu Christi, * Per quam. R/. Pour nous, il nous faut tirer gloire de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ! En lui est notre salut, notre vie, notre résurrection; * Par elle nous sommes sauvés, libérés. V/. Quant à nous, jamais d'autre titre de gloire que la croix de mon Seigneur Jésus-Christ! * Par elle.
Lectio IV Lecture IV
Tunc cæli commóti sunt, exstínctus aliquántum témporis est solis ignis, tunc petræ scissæ sunt, parum ábfuit quin totus mundus dissolverétur; nisi divínum spíritum insufflásset magnus Iesus, dicens: Pater, in manus tuas comméndo spíritum meum. Commótis enim univérsis et terræ motu nutántibus, metúque treméntibus, ascendénte divíno spíritu, vivificántis et confirmántis more, rursus stetit univérsus orbis, quasi scílicet illa divína exténsio et crucis supplícium per ómnia exténsa fuíssent. O sola in solis, et univérsa in univérsis! Spíritum tuum cæli hábeant, ánimam paradísus; sánguinem vero, terra. Divísus est indivisíbilis, ut ómnia servaréntur, ut ne ínfimus quidem locus divíno advéntu expers esset. Te autem rogámus, Dómine Deus, ætérne spirituáliter Rex Christe, manus tuas magnas super sacram tuam Ecclésiam exténde, et super pópulum sanctum semper tuum. Les cieux s'ébranlèrent, le soleil s'obscurcit pour un temps, les pierres se fendirent, le monde entier faillit périr. Mais le grand Jésus remit son divin esprit en disant: Père, entre tes mains je remets mon esprit. Alors, dans son ascension, ce divin esprit rendit vie et force à toutes choses qui tremblaient, et de nouveau l'univers entier devint stable, comme si cette divine extension et ce supplice de la croix avaient pénétré toutes choses. Ô toi qui es seul entre les seuls, et qui es tout en tout, que les cieux aient ton esprit, et le paradis ton âme: mais ton sang, qu'il soit à la terre! L'indivisible s'est divisé, pour que tout fût sauvé, et que même le lieu inférieur ne fût pas privé de la venue de Dieu. Nous t'en prions, Seigneur Dieu, Christ éternellement et spirituellement Roi, étends tes grandes mains sur ton Église sacrée, et sur ton peuple saint, toujours tien!
R/. O crux gloriósa, o crux adoránda, o lignum pretiósum et admirábile signum, * Per quod et diábolus est victus, * Et mundus Christi sánguine redémptus. V/. Hoc signum crucis erit in cælo, cum Dóminus ad iudicándum vénerit. * Per quod. V/. Glória Patri. * Et mundus. R/. Ô croix glorieuse, croix adorable, ô bois précieux, signe admirable! * C'est par toi que le diable est vaincu, * C'est par toi que le monde est racheté dans le sang du Christ. V/. Il y aura le signe de la croix dans le ciel quand le Seigneur viendra pour le jugement. * C'est par toi que le diable. V/. Gloire au Père. * C'est par toi que le monde.
In tertio nocturno, anno C Troisième nocturne, année C
Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Nemo ascéndit in cælum, nisi qui descéndit de cælo, Fílius hóminis. Et réliqua. Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. Et la suite.
Ex Homilíis sancti Máximi Taurinensis epíscopi (Hom. XLIX: PL 57, 340-342) Homélie de Saint Maxime de Turin
Lectio I Lecture I
Legimus in véteri Testaménto, cum Móyses sanctus fílios Israel de captivitáte Ægýpti produxísset, atque idem pópulus in desérto gravi a serpéntibus incursióne laboráret, nec áliqua illis armórum defénsio posset obsístere; tunc sanctus Móyses divíno replétus Spíritu, serpéntem reum affíxum ligno, inter médias moriéntium erexísse turbas, et mandásse pópulo, ut de illo signo spem gérerent sanitátis, atque hac re tantam medicínam contra morsum áspidum provenísse, ut, quisquis vulnerátus in illam serpéntis crucem aut respíceret, aut speráret, statim remédium salútis accíperet, cuius facti étiam Dóminus in evangélio méminit, dicens: Sicut Móyses exaltávit serpéntem in desérto, ita exaltári opórtet Fílium hóminis. Nous lisons dans l'ancienne Alliance que Moïse, le saint, alors qu'il avait arraché à la captivité d'Égypte les enfants d'Israël, et que ce même peuple se débattait dans le désert contre une terrible invasion de serpents, ne parvenant à lui opposer aucune arme de défense; nous lisons que Moïse, le saint, rempli de l'Esprit, avait alors dressé parmi la foule des mourants un serpent de bronze, fixé sur une hampe de bois, et avait ordonné au peuple, de concevoir, à la vue de ce signal, l'espérance de la guérison; et qu'il avait découlé de ce fait un tel antidote contre la morsure, que tout blessé regardant cette croix, ou y mettant son espérance, recevait aussitôt le remède approprié à sa guérison. Le Seigneur lui-même rappelle ces événements lorsqu'il dit, dans l'évangile: De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé.
R/. Hoc signum crucis erit in cælo, cum Dóminus ad iudicándum vénerit; * Tunc manifésta erunt abscóndita cordis nostri, allelúia, allelúia. V/. Cum séderit Fílius hóminis in sede maiestátis suæ et cœperit iudicáre sæculum per ignem, * Tunc. R/. Il y aura le signe de la croix dans le ciel quand le Seigneur viendra pour le jugement, * Alors seront manifestées les pensées secrètes de nos cœurs, alléluia, alléluia! V/. Lorsque le Fils de l'homme siégera en majesté pour commencer à juger le monde par le feu, * Alors.
Lectio II Lecture II
Unde si affíxus serpens ligno fíliis Israel cóntulit sanitátem; quanto magis salútem præstat pópulis Dóminus in patíbulo crucifíxus? Etsi figúra tantum prófuit, quantum prodésse crédimus veritátem? Serpens ígitur primus crucifígitur; recte plane, ut, quia primus apud Deum peccáverat diábolus, primus crucis senténtia ferirétur; in ligno enim crucifígitur; rationabíliter factum, ut, quia homo in paradíso per árborem concupiscéntiæ decéptus fúerat, nunc idem per lígni árborem salvarétur, atque eadem matéria, quæ causa mortis fúerat, nunc idem esset remédium sanitátis. Hé bien, si un serpent fixé sur le bois a conféré la guérison aux enfants d'Israël, combien davantage le Seigneur crucifié sur le gibet de la croix n'apportera-t-il pas le salut aux peuples du monde? Et si la figure de la réalité fut d'un tel profit, quel ne sera pas, croyons-nous, le profit de la réalité elle-même? Donc le serpent, le premier, a été mis en croix; c'est tout-à-fait juste: puisque le diable, le premier, avait péché contre Dieu, il convenait qu'il encourût le premier la sentence de crucifixion; il est en effet crucifié sur le bois; cela se conçoit: puisque l'homme avait été trompé en paradis par le moyen d'un arbre de concupiscence, il serait sauvé maintenant de même par le moyen du bois d'un arbre; ainsi par la même matière que celle qui avait été l'occasion de sa mort, il trouverait maintenant de même le remède approprié à sa guérison.
R/. Tuam crucem adorámus, Dómine, tuam gloriósam recólimus passiónem; * Miserére nostri, qui passus es pro nobis. V/. Adorámus te, Christe, et benedícimus tibi, quia per crucem tuam redemísti mundum. * Miserére. R/. Nous adorons ta croix, Seigneur, nous faisons mémoire de ta glorieuse Passion; * Aie pitié de nous, toi qui pour nous as souffert! V/. Nous t'adorons, ô Christ, et nous te bénissons, car tu as racheté le monde par ta croix. * Aie pitié.
Lectio III Lecture III
Deínde post serpéntem in Salvatóre homo ipse crucifígitur; scílicet ut post auctórem puniátur et fácinus; per primam enim crucem vindicátum est in serpéntem, per secúndam in venéna serpéntis; hoc est: primum auctor ipse punítur, deínde malígnitas condemnátur. Virus enim, quod persuasióne sua in hóminem transfúderat, nunc reícitur, nunc curátur; nam cum homo passióni addícitur, non morti tráditur, sed mortis in eo fácinus emendátur; hoc enim agit Dóminus per hóminem, quem suscépit, ut dum ínnocens pátitur, prævaricatiónis illíus diabólicæ in eo inobœdiéntia corrigátur, et deínceps liber a culpa fíeret, ac liber esset a morte. Ensuite, après le serpent, c'est l'homme lui-même, dans la personne du Sauveur, qui est mis en croix; ainsi, après l'auteur du crime, le crime lui-même serait puni. En effet, par la première croix s'est exercée la justice punitive envers le serpent; par la seconde, envers le venin du serpent; c'est-à-dire: d'abord l'auteur lui-même du crime est puni, ensuite, la malice est condamnée. Car le poison que le serpent avait inoculé à l'homme, par voie de persuasion, est désormais rejeté, est désormais neutralisé; l'homme livré à la souffrance, à la passion, n'est pas livré à la mort, mais en lui est racheté le crime qui menait à la mort. C'est cela que fait le Seigneur dans l'homme dont il a assumé la nature: car, tandis qu'il souffre bien qu'innocent, est amendée en sa personne la désobéissance de cette prévarication diabolique, et de ce fait, en sa personne, l'homme serait libéré du péché, libéré de la mort.
R/. Adorámus te, Christe, et benedícimus tibi, * Quia per crucem tuam redemísti mundum. V/. Tuam crucem adorámus, Dómine, tuam gloriósam recólimus passiónem, * Quia. R/. Nous t'adorons, ô Christ, et nous te bénissons, * Car tu as racheté le monde par ta croix. V/. Nous adorons ta croix, Seigneur, nous faisons mémoire de ta glorieuse Passion, * Car.
Lectio IV Lecture IV
Habéntes igítur Dóminum Iesum, qui nos passióne sua liberávit, in ipsum aspiciámus semper, et ipsíus signo sperémus, nostris vulnéribus medicínam; hoc est si forte nobis venénum avarítiæ se diffúndit, ipsum considerémus, et sanat; si scorpiónis nos libído compúngit, ipsum rogémus, et curat; si terrenárum cogitatiónum nos morsus lácerant, eúmdem precémur, et vívimus. Hi enim sunt spirituáles serpéntes animárum nostrárum, propter quos conculcándos Dóminus crucifíxus est, de quibus ipse ait: Super serpéntes et scorpiónes ambulábitis, et nihil vobis nocébunt. Puisque nous avons le Seigneur Jésus, qui nous a libérés par sa passion, regardons-le sans cesse, mettons notre espérance en son étendard, remède pour nos blessures; c'est-à-dire: à supposer que se diffuse en nous le venin de l'avarice, contemplons-le, et il nous sauve; si nous pique le scorpion de la luxure, implorons-le, et il nous guérit; si les morsures des préoccupations terrestres nous lacèrent, prions-le, et nous vivons. Voilà bien les serpents spirituels de nos âmes, et c'est pour les fouler aux pieds que le Seigneur a été crucifié, ainsi qu'il a dit lui-même à leur sujet: Vous marcherez sur les serpents et les scorpions, et ils ne pourront vous nuire en rien.
R/. O crux, víride lignum, quia super te pepéndit Redémptor, Rex Israel! * O quam dulce lignum, quam dulces clavos, quam dúlcia ferens póndera! * O quam pretiósum lignum, quam pretiósa gemma, quæ Christum méruit sustinére! V/. Custódi, Dómine, gregem istum, quem redemísti, Christe, per lignum sanctæ crucis. * O quam dulce. V/. Glória Patri. * O quam pretiósum. R/. Ô croix, arbre au feuillage toujours vert, car sur toi fut suspendu le Rédempteur, le Roi d'Israël! * Ô douceur de ce bois, douceur de ces clous, qui supportent un poids si doux! * Ô le bois précieux, le joyau précieux, qui fut digne de porter le Christ! V/. Garde, Seigneur, ton peuple, que tu as racheté, ô Christ, par le bois de ta sainte croix! * Ô douceur. V/. Gloire au Père. * Ô le bois précieux.