Evangile commenté du mardi 12 octobre 2021

Feria III Mardi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (11,37-41)
In illo tempore: Cum loquerétur Iesus, rogávit illum quidam pharisǽus, ut pránderet apud se; et ingréssus recúbuit. Pharisǽus autem videns mirátus est quod non baptizátus esset ante prándium. Et ait Dóminus ad illum: “Nunc vos pharisǽi, quod de foris est cálicis et cátini, mundátis; quod autem intus est vestrum, plenum est rapína et iniquitáte. Stulti! Nonne, qui fecit, quod de foris est, étiam id, quod de intus est, fecit? Verúmtamen, quæ insunt, date eleemósynam; et ecce ómnia munda sunt vobis. En ce temps là : Pendant que Jésus parlait, un pharisien le pria de dîner chez Lui ; et étant entré, Il se mit à table. Or le pharisien, pensant en lui-même, commença à se demander pourquoi Il ne s’était pas lavé avant le repas. Mais le Seigneur lui dit : Vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de vous est plein de rapine et d’iniquité. Insensés, celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? Cependant donnez en aumône votre superflu, et voici que tout sera pur pour vous.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Nous retrouverons presque intégralement cette finale du chapitre xi dans le chapitre xxiii de saint Matthieu. Mais les circonstances sont différentes. En saint Luc, c'est le repas chez un pharisien et l'interpellation d'un docteur qui fournissent au Seigneur l'occasion de prononcer l'anathème contre les pharisiens d'abord, puis contre les docteurs de la Loi : les uns et les autres ont résolu de perdre Jésus (53-54), mais le dénouement ne semble pas encore imminent. Dans saint Matthieu, au contraire, la scène se passe à Jérusalem au cours de la dernière semaine ; en réponse au complot déicide de la Synagogue, le Seigneur prononce contre elle une malédiction solennelle, enveloppant tout à la fois les pharisicns et les scribes. Nous croyons que dans les deux circonstances historiques, le Seigneur a flétri et maudit l'hypocrisie pharisienne, et à peu près dans les mêmes termes ; mais il est permis de supposer que les évangélistes ont groupé ensemble, sans trop de souci de leur date, certaines sentences du Seigneur offrant entre elles de grandes analogies. En saint Luc, xx, 45-47, en saint Matthieu, xxiii, 1-7, en saint Marc, xii, 38-40, nous retrouverons, aux jours de la Semaine Sainte, les reproches adressés aux scribes. Même, saint Luc reproduit, xx, 46, ce qu'il a dit une première fois, xi, 43. Quoi qu'il en soit de la distinction réelle des deux incidents, nous réserverons pour le commentaire de saint Matthieu l'explication des parties communes aux trois évangélistes. Au cours de sa prédication, le Seigneur fut invité par un pharisien à venir prendre chez lui le repas du milieu du jour. Il entra et se mit à table. Le pharisien remarqua avec étonnement qu'il n'avait pas accompli, avant le repas, les ablutions d'usage. Peut-être témoigna-t-il extérieurement de sa surprise scandalisée, comme d'autres pharisiens s'étaient plaints jadis au Seigneur lui-même d'une incorrection toute pareille de ses disciples : Quare discipuli fui non ambulant juxia traditionem seniorum, sed communibus manibus manducant panem? (Mc,vii, 5.) En tout cas, le Seigneur, qui lisait dans les âmes, répondit à son hôte, ou plutôt à la secte tout entière : Il est vrai, vous autres, pharisiens, vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat (Mc,vii, 3-4) ; mais votre intérieur demeure plein de cupidité et de perfidie. Insensés ! Celui qui a créé le dehors n'a-t-il pas créé aussi le dedans ? Puisque vous vous dites si jaloux de la justice et de la pureté religieuse, pourquoi ne pas bannir la souillure de votre cœur ? Commencez par le dedans, et afin de ruiner en votre âme la cupidité, faites l'aumône ; alors, toutes choses seront pures chez vous, l'extérieur et l’intérieur, le corps et l'âme.