Evangile commenté du mercredi 13 octobre 2021

Feria IV Mercredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (11,42-46)
In illo témpore: Ait Dóminus: Væ vobis pharisǽis, quia decimátis mentam et rutam et omne holus et prætéritis iudícium et caritátem Dei! Hæc autem opórtuit fácere et illa non omíttere. Væ vobis pharisǽis, quia dilígitis primam cáthedram in synagógis et salutatiónes in foro! Væ vobis, quia estis ut monuménta, quæ non parent, et hómines ambulántes supra nésciunt!” Respóndens autem quidam ex legis péritis ait illi: “Magíster, hæc dicens étiam nobis contuméliam facis.” At ille ait: “Et vobis legis péritis: Væ, quia onerátis hómines onéribus, quæ portári non possunt, et ipsi uno dígito vestro non tángitis sárcinas! En ce temps là, le Seigneur dit : Malheur à vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, et de la rue, et de tous les légumes, et que vous négligez la justice et l'amour de Dieu; il fallait cependant faire ces choses, sans omettre les autres. Malheur à vous, pharisiens, parce que vous aimez les premiers sièges dans les synagogues, et les salutations sur la place publique. Malheur à vous, parce que vous êtes comme des sépulcres que ne paraissent point, et sur lesquels les hommes marchent sans le savoir.. Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole, Lui dit: Maître, en parlant de la sorte, Vous nous faites injure à nous aussi. Mais Jésus dit: Malheur à vous aussi, docteurs de la loi, parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu'ils ne peuvent porter, et que vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d'un seul de vos doigts.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Nous retrouverons presque intégralement cette finale du chapitre xi dans le chapitre xxiii de saint Matthieu. Mais les circonstances sont différentes. En saint Luc, c'est le repas chez un pharisien et l'interpellation d'un docteur qui fournissent au Seigneur l'occasion de prononcer l'anathème contre les pharisiens d'abord, puis contre les docteurs de la Loi : les uns et les autres ont résolu de perdre Jésus (53-54), mais le dénouement ne semble pas encore imminent. Dans saint Matthieu, au contraire, la scène se passe à Jérusalem au cours de la dernière semaine ; en réponse au complot déicide de la Synagogue, le Seigneur prononce contre elle une malédiction solennelle, enveloppant tout à la fois les pharisicns et les scribes. Nous croyons que dans les deux circonstances historiques, le Seigneur a flétri et maudit l'hypocrisie pharisienne, et à peu près dans les mêmes termes ; mais il est permis de supposer que les évangélistes ont groupé ensemble, sans trop de souci de leur date, certaines sentences du Seigneur offrant entre elles de grandes analogies. En saint Luc, xx, 45-47, en saint Matthieu, xxiii, 1-7, en saint Marc, xii, 38-40, nous retrouverons, aux jours de la Semaine Sainte, les reproches adressés aux scribes. Même, saint Luc reproduit, xx, 46, ce qu'il a dit une première fois, xi, 43. Quoi qu'il en soit de la distinction réelle des deux incidents, nous réserverons pour le commentaire de saint Matthieu l'explication des parties communes aux trois évangélistes. Au cours de sa prédication, le Seigneur fut invité par un pharisien à venir prendre chez lui le repas du milieu du jour. Il entra et se mit à table. Le pharisien remarqua avec étonnement qu'il n'avait pas accompli, avant le repas, les ablutions d'usage. Peut-être témoigna-t-il extérieurement de sa surprise scandalisée, comme d'autres pharisiens s'étaient plaints jadis au Seigneur lui-même d'une incorrection toute pareille de ses disciples : Quare discipuli fui non ambulant juxia traditionem seniorum, sed communibus manibus manducant panem? (Mc,vii, 5.) En tout cas, le Seigneur, qui lisait dans les âmes, répondit à son hôte, ou plutôt à la secte tout entière : Il est vrai, vous autres, pharisiens, vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat (Mc,vii, 3-4) ; mais votre intérieur demeure plein de cupidité et de perfidie. Insensés ! Celui qui a créé le dehors n'a-t-il pas créé aussi le dedans ? Puisque vous vous dites si jaloux de la justice et de la pureté religieuse, pourquoi ne pas bannir la souillure de votre cœur ? Commencez par le dedans, et afin de ruiner en votre âme la cupidité, faites l'aumône ; alors, toutes choses seront pures chez vous, l'extérieur et l’intérieur, le corps et l'âme. Mais vous n'en faites rien : aussi malheur à vous, pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue, et des moindres légumes (Lev., xxvii, 30), mais qui négligez la justice et l'amour de Dieu ! Un tel souci de pureté morale devrait vous porter à accomplir les devoirs essentiels, sans omettre d'ailleurs les prescriptions moindres. — Malheur à vous, pharisiens, qui aimez la première place dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ! — Malheur à vous, qui ressemblez à des sépulcres inaperçus et sur lesquels les passants marchent sans le savoir ! Les tombeaux devaient être apparents, afin que chacun pût éviter la souillure légale contractée à leur contact (Num., XIX, 16). On pourrait peut-être traduire aussi : Vous êtes comme des tombeaux dont on ne voit que l'extérieur : les promeneurs circulent dessus ou alentour, et ne se rendent pas compte qu'il n'y a là-dedans que pourriture (cf. Mt., xxiii, 27-28). Le langage du Seigneur était sévère. Aussi, un des docteurs de la Loi, jarésent au repas, s'en émut-il. « Maître, dit-il à Jésus, en parlant de la sorte, c'est nous également que vous outragez, nous les interprètes autorisés de la Loi divine ! » Alors, à la triple malédiction qui vient de frapper les pharisiens, le Seigneur ajoute un triple anathème contre les casuistes officiels : Malheur à vous aussi, docteurs de la Loi, à vous qui chargez les hommes de fardeaux intolérables, alors que vous-mêmes ne consentez pas à les toucher du doigt !