Evangile commenté du jeudi 21 octobre 2021

Feria V Jeudi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (12,49-53)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Ignem veni míttere in terram et quid volo? Si iam accénsus esset! Baptísma autem hábeo baptizári et quómodo coártor, usque dum perficiátur! Putátis quia pacem veni dare in terram? Non, dico vobis, sed separatiónem. Erunt enim ex hoc quinque in domo una divísi: tres in duo, et duo in tres; dividéntur pater in fílium et fílius in patrem, mater in fíliam et fília in matrem, socrus in nurum suam et nurus in socrum.” En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : Je suis venu jeter le feu sur la terre, et quel est mon désir, sinon qu’il s’allume ? J’ai à être baptisé d’un baptême, et comme Je Me sens pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! Pensez-vous que Je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-Je, mais la division. Car désormais, dans une même maison, cinq seront divisés : trois contre deux, et deux contre trois. Seront divisés : le père contre le fils et le fils contre son père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Au lieu de chercher péniblement à établir une connexion logique entre ces versets et ceux qui précèdent, peut-être vaut-il mieux reconnaître la pensée générale qui domine tout le discours et qui en fait l'unité. Jésus avertit ses fidèles de ne s'attacher qu'à lui seul, de se tenir toujours prêts à entrer en participation de son Royaume, de se persuader qu'on n'y parvient qu'à travers la persécution et la souffrance. « C'est un feu, dit-il, que je suis venu jeter sur la terre ; et combien je voudrais qu'il fût allumé déjà ! » Mais de quel feu s'agit-il ? Beaucoup de commentateurs l'entendent du Saint-Esprit, ou du don intérieur de la sainteté, de la charité. Sans exclure absolument l'idée d'une intervention de l'Esprit qui purifie, sanctifie et transforme (cf. Lc, iii, 16-17), il semble préférable de voir dans ce feu le symbole compréhensif de toutes les souffrances et divisions, extérieures et intérieures, individuelles et sociales, au milieu desquelles se doit inaugurer l'ordre nouveau des choses religieuses. C'est dans la douleur que sera enfanté l'homme nouveau, le second Adam. Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum in Israël, et in signum qui contradicetur, a-t-il été prophétisé du Seigneur dès sa présentation au Temple. Le souhait ardent qu'il formule ici ne s'arrête pas à la souffrance, mais il l'embrasse comme la loi providentielle de la fondation et du développement de l'Église. « Et il est un baptême dont je dois être baptisé, et quelle est mon anxiété jusqu'à ce qu'il soit accompli ! » Entre les versets 49 et 50, il y a non seulement parallélisme, mais liaison causale : c'est par le baptême de souffrance préparé au Seigneur que le feu doit être allumé sur la terre. Dans le langage biblique, les eaux signifient les tribulations : elles envelopperont et pénétreront le Seigneur tout entier, comme le font les eaux purifiantes du baptême (cf. Mc, x, 38-39). Le verbe coartor peut signifier soit l'anxiété, l'oppression causée par l'effroi, soit l'ardeur du désir ; les deux états d'âme ont existé chez le Seigneur (Jo., xii, 27) ; mais peut-être le parallélisme avec le verset précédent nous invite-t-il à préférer la seconde interprétation. Ainsi, le chef et les membres devront passer par l'eau et le feu, le chef avant les membres : Transitemus per ignem et aquam, et eduxisti nos in refrigerium (Ps. lxv, 12). Puis le Seigneur développe brièvement sa pensée : Vous croyez peut-être, avec la masse des Juifs, que c'est la paix que je suis venu apporter sur la terre ? Eh bien, non, je vous le dis, c'est la division. Car désormais, dans une maison comprenant cinq personnes, il y aura partage et conflit : trois contre deux, et deux contre trois ; le père s'élèvera contre son fils, et le fils contre son père, la mère et la fille seront divisées, de même la belle-mère et la belle-fille (Mt., x, 34-37 ; Mich., vu, 6). Tel sera le signal et comme le fruit premier du Royaume des cieux s'établissant sur terre !