Evangile commenté du lundi 14 mars 2022

Feria II Lundi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (6,36-38)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Estóte misericórdes, sicut et Pater vester miséricors est. Et nolíte iudicáre et non iudicabímini; et nolíte condemnáre et non condemnabímini. Dimíttite et dimittémini; date, et dábitur vobis: mensúram bonam, confértam, coagitátam, supereffluéntem dabunt in sinum vestrum; eádem quippe mensúra, qua mensi fuéritis, remetiétur vobis.” En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez point, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez pas condamnés; pardonnez, et on vous pardonnera. Donnez, et on vous donnera: on versera dans votre sein une bonne mesure, pressée, et secouée, et qui débordera. Car la même mesure avec laquelle vous aurez mesuré servira de mesure pour vous.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Il faut renoncer à trouver une rigoureuse continuité de pensée dans le chapitre vii de saint Matthieu. Considérons-le simplement comme la description de notre justice, de notre conduite envers les hommes, dans les relations ordinaires ; et ensuite, comme la conclusion de tout l'ensemble doctrinal du discours sur la montagne. Après avoir marqué dans les pages précédentes quels sont les membres du Royaume des cieux, combien leur perfection doit être supérieure à celle des Juifs, l'évangile nous rappelle surtout, maintenant, le jugement final, le discernement qui sera opéré un jour des vrais et des faux disciples, des citoyens du Royaume et de ceux qui n'en ont que l'apparence trompeuse. Mais ce jugement est réservé à Dieu seul ; et le Seigneur nous avertit d'abord que, pour en conjurer la sévérité, il ne doit y avoir que bienveillance fraternelle dans tous nos rapports avec autrui. Peut-être les habitudes bien connues des pharisiens, leur justice dédaigneuse, leur critique amère, continuent-elles à guider, ici encore, la pensée du Seigneur. Nolite judicare. Le précepte divin vise l'esprit de malignité, qui naît de l'orgueil et de l'amour-propre. Il vise la curiosité injustifiée qui nous porte à l'enquête sur les œuvres du prochain ; l'interprétation fâcheuse qui nous fait supposer la perversité de ses intentions ; la malveillance habituelle qui, non seulement nous fait écarter l'idée des circonstances atténuantes, mais nous détermine à grossir les manquements de nos frères ; en un mot cette disposition hautaine qui nous porte à apprécier sévèrement les uns et les autres. C'est, pratiquement, nous substituer à Dieu. Il n'y a vraiment que lui qui puisse reconnaître les éléments des fautes et apprécier les responsabilités. Encore faut -il remarquer que lui, qui est souverainement renseigné et perspicace, est aussi infiniment bienveillant, et que manquer à la charité, c'est presque toujours manquer à la justice. Sans doute, nous ne pouvons éviter l'appréciation soudaine et indélibérée, le jugement spontané de notre conscience sur des actes qu'elle reconnaît en accord ou en désaccord avec la loi ; nous ne sommes pas libres, en face du désordre, de retenir un mouvement de désapprobation ; nous ne sommes pas obligés d'appeler bien ce qui est mal ; mais combien il est simple de nous dire qu'après tout, cela ne nous regarde pas ; simple aussi de demander au Seigneur qu'il nous épargne cette faute que nous blâmons chez autrui, ou toute faute plus grave encore ; simple enfin de plaider auprès de Dieu et auprès des hommes en faveur du prochain. Rien n'est plus osé ni plus chétif que de s'ériger en un tribunal permanent, devant qui chacun doit comparaître, à la barre duquel le prochain est si souvent condamné sans avoir été entendu ; tribunal incompétent, tribunal usurpateur, où nous assumons toutes les fonctions : l'enquête du parquet, le réquisitoire du ministère public, le texte de la loi, la nature de la sentence, et quelquefois même l'exécution. Ne jugez point, si vous ne voulez point être jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; pardonnez, et l'on vous pardonnera : car selon le jugement que vous aurez prononcé, on vous jugera vous-mêmes; et de la même mesure dont vous aurez mesuré, on vous mesurera. Dieu et le prochain en useront avec vous comme vous en usez avec vos frères; votre attitude sera la norme de l'attitude de tous envers vous. Nous reconnaissons, au sujet du pardon divin, la doctrine des versets 14 et 15 du chapitre vi de saint Matthieu. Saint Luc insiste davantage : donnez, et l'en vous donnera ; donnez sans calculer votre affection, votre pardon, votre dévouement. Peut-être arriverezvous de la sorte à triompher de toute hostilité chez le prochain ; en tout cas. Dieu vous rendra certainement, lui, et sans compter : négligeant d'utiliser le boisseau, il versera à même dans votre sein, dans le pli de votre vêtement, une bonne mesure, obtenue avec des grains secoués, entassés, débordants : mensuram bonam, et confertam, et coagitatam, et supereffluentem, dabunt in sinum vestrum.