Evangile commenté du jeudi 14 avril 2022

Feria V Jeudi
FERIA V HEBDOMADÆ SANCTÆ FERIA V HEBDOMADÆ SANCTÆ
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (4,16-21)  
In illo tempore: Venit Iesus Názareth, ubi erat nutrítus, et intrávit secúndum consuetúdinem suam die sábbati in synagógam et surréxit légere. Et tradi tus est illi liber prophétæ Isaíæ; et ut revólvit librum, invénit locum, ubi scriptum erat: “Spíritus Dómini super me; propter quod unxit me evangelizáre paupéribus, misit me prædicáre captívis remissiónem et cæcis visum, dimíttere confráctos in remissióne, prædicáre annum Dómini accéptum.” Et cum plicuísset librum, réddidit minístro et sedit; et ómnium in synagóga óculi erant intendéntes in eum. Cœpit autem dícere ad illos: “Hódie impléta est hæc Scriptúra in áuribus vestris.” En ce temps là : Jésus vint à Nazareth, où Il avait été élevé ; et Il entra selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et Il se leva pour lire. On Lui donna le livre du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le livre, Il trouva l’endroit où il était écrit : L’Esprit du Seigneur est sur Moi ; c’est pourquoi Il M'a sacré par son onction ; iI m’a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur broyé, annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, mettre en liberté ceux qui sont brisés sous les fers, publier l’année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. Ayant replié le livre, Il le rendit au ministre, et S’assit. Et tous, dans le synagogue, avaient les yeux fixés sur Lui. Et Il commença à leur dire : Aujourd’hui, cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre est accomplie.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

La renommée du Seigneur se répandit dans la région galiléenne. Il prenait la parole dans les synagogues, et la voix commune le glorifiait. Nous distinguerons l'épisode suivant d'une scène analogue décrite par saint Matthieu (xiii, 5-ss) et saint Marc (vi, 1-6) ; mais l'identité pourrait se soutenir. Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra, le jour du sabbat, dans la synagogue. La lecture d'Écriture Sainte et son commentaire ou « parole de consolation » étaient fournis d'ordinaire par un rabbi ; mais le chef de la synagogue invitait parfois un docteur étranger à se faire entendre. On lisait d'abord un fragment de la Loi, du Pentateuque, ensuite un passage des Prophètes : en hébreu premièrement, puis l'interprète traduisait en araméen, car le peuple n'entendait plus l'hébreu depuis la captivité. Le Seigneur « se leva pour lire » probablement le texte de la Loi ; le ministre de la synagogue lui mit en mains un exemplaire du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le volume, il trouva la leçon du jour, la portion désignée par le rôle. C'était un passage du chapitre xi. Voici ce que lut le Seigneur (l'évangéliste cite d'après les Septante) ; « L'Esprit du Seigneur est sur moi, son onction m'a désigné pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle ; il m'a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles la guérison de leur cécité, renvoyer libres ceux qu'on moleste, publier l'année de grâce du Seigneur, » Les mots : dimittere confractos in remissionem appartiennent au chapitre lviii d'Isaïe : l'évangéliste, ou le Seigneur lui-même, les ont ajoutés pour achever, par ce trait nouveau, le programme du ministère messianique. Les confracti sont ceux dont la fortune a sombré, qui ne peuvent par conséquent payer leurs dettes et qu'on tient enfermés dans les ténèbres d'une prison. Chez le prophète, ces paroles sont placées sur les lèvres du serviteur de Jéhovah comme un message à Israël captif pour lui promettre la restauration de Jérusalem : la rentrée dans la ville sainte aura des effets analogues à ceux de Tannée jubilaire qui réparait toutes les erreurs des quarante-neuf années précédentes (Lev., xxv); la situation décrite par Isaïe est donc symétrique à celle de l'Évangile. Mais ici, c'est tout le cours du temps, à dater du Messie jusqu'à l'éternité, qui n'est qu'une année de rémission, de bénédiction, de salut. La lecture achevée, le Seigneur roula le volume et le rendit au ministre qui le lui avait donné. Ensuite il s'assit : c'était l'attitude de l'enseignement. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Un intense intérêt s'attachait à la personne du Seigneur, révélé comme prophète, comme docteur, comme thaumaturge. Il commença la glose. « C'est aujourd'hui, leur dit-il, que s'accomplit la parole de l'Écriture que vous venez d'entendre. » Sans douta le discours du Seigneur n'est-il raconté ici qu'en abrégé. Nous pouvons supposer qu'il parla longtemps, pour commenter le texte d'Isaïe et s'accréditer auprès de ses compatriotes. Et tous lui rendaient témoignage, c'est-à dire reconnaissaient qu'il parlait bien et que sa doctrine était vraiment belle. Les Juifs écouteront aussi saint Etienne ! Mais cette attention est trop peu, et ne suffit pas pour construire la foi. Ils étaient surpris, continue l'évangéliste, des paroles de grâce, des paroles éloquentes et séduisantes qui sortaient de ses lèvres. Et ils murmuraient entre eux : « Mais, n'est-il pas le fils de Joseph? » Lui, un prophète? Lui, le Messie? Mais, nous n'y avions jamais pensé ! Il nous enseigne, lui que nous avons connu tout petit ; lui qui n'a pas étudié, qui n'a pas fréquenté les écoles des rabbis ! Voilà bien les réflexions de la médiocrité, qui n'admet pas qu'à côté d'elle il puisse y avoir autre chose que médiocrité. Le Seigneur avait contre lui le tort d'être connu ; puis le tort d'être allé à Capharnaiim d'abord (Jo., ii, 12). Nazareth s'irrita de l'apparente préférence accordée par le Seigneur à une ville peut-être rivale, assez décriée, où les Juifs étaient en minorité, et n'avaient même joas de quoi se bâtir une synagogue (Lc,vii, 5). De plus, il y avait eu des miracles à Cana, il y en avait eu à Capharnaüm : Nazareth seule n'avait encore rien obtenu. Était-ce d'un prophète vraiment attaché à son pays? Il est probable que l'assemblée fit remarquer au Seigneur qu'elle ne se payait pas de paroles, que la coïncidence et l'explication d'un texte prophétique, c'était trop peu pour établir une doctrine et ime mission nouvelles. Sans aucun doute, reprit le Seigneur, vous me citerez le proverbe : Médecin, guérissez-vous vous-même. Et vous me direz : Tout ce que nous avons appris que vous fîtes à Caphaniaüm, faites-le encore ici, dans votre patrie. Un médecin se doit à lui-même, tout d'abord, la santé qu'il prétend procurer aux autres : de même vous, c'est à vos concitoyens, à tous ceux qui vous sont le plus proches, que vous deviiez premièrement accorder le bénéfice de votre pouvoir miraculeux. — Ou bien le medice, cura teipsum serait un conseil adressé au Seigneur de se guérir lui-même, c'est-è-dire de sortir de l'humilité de sa condition, à force de miracles, avant de s'attribuer la mission de soulager et de guérir autrui. Quelle que soit l'explication, ce que sollicitaient les Nazaréens, c'était, à leur bénéfice, une réédition de ce qui avait été accompli à Capharnaûm. Je vous entends, dit le Seigneur, il -sous faut des miracles pour vous, et tout neufs. Mais un ministère surnaturel ne saurait s'incliner devant de telles injonctions. Je le vois bien, il n'y a point pour moi d'exception à la règle qui veut que nul prophète ne soit accueilli dans sa patrie. Alors le Sauveur rappelle ce qui advint à Élie et à Elisée, et constate que les principes qui le guident sont ceux-là mêmes qui ont guidé les anciens. Le prophète ne s'appartient pas : il est à Dieu, et Dieu l'envoie où il veut ; les miracles n'ont pas pour dessein de repaître la curiosité ou de calmer de petites jalousies ; ils vont à ceux que Dieu en juge dignes. En vérité, je vous le dis, les veuves ne manquaient pas en Israël, au temps d'Élie, alors que le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois et qu'il y eut une grande famine sur tout le pays : et pourtant, le prophète ne fut envoyé à aucune d'elles, mais bien à une veuve de Sarepta de Sidon (III Reg., xvii). Et les lépreux ne manquaient pas non plus en Israël, au temps du prophète Elisée : et pourtant, nul d'entre eux n'obtint sa guérison ; Naaman le Syrien fut seul purifié (IV Reg., v). Ainsi, les miracles étaient refusés aux Nazaréens ; leurs fâcheuses dispositions étaient mises à nu. Et de même que les Juifs s'élèveront avec violence contre saint Paul enseignant que les bénédictions de Dieu vont aux gentils comme aux fils d'Israël, de même tous ceux qui se trouvaient alors dans la synagogue furent remplis de colère, en entendant les paroles du Seigneur. Ils se levèrent pour le chasser de cette ville qu'il ne reconnaissait pas pour sa patrie. Ayant formé cercle autour de lui, ils le conduisirent sur le sommet de la colline où était construite leur cité, afin de le jeter dans un des précipices voisins. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, s'en alla. Il ne suffit pas de supposer que la majesté de sa personne et la fermeté de son regard imposèrent à ces furieux : car alors comment expliquer que cette attitude ne les ait pas retenus plus tôt ? Il faut admettre ou bien que le Seigneur se soit rendu invisible à leurs yeux, ou bien qu'il ait paralysé leurs mouvements, comme il le fit un instant à Gethsémani (Jo., xviii, 6).
SACRUM TRIDUUM PASCHALE SACRUM TRIDUUM PASCHALE
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (13,1-15)  
Ante diem festum Paschæ, sciens Iésus quia venit eíus hora, ut tránseat ex hoc mundo ad Patrem, cum dilexísset suos, qui erant in mundo, in finem diléxit eos. Et in cena, cum Diábolus iam misísset in corde, ut tráderet eum Iúdas Simónis Iscariótis, sciens quia ómnia dedit ei Pater in manus, et quia a Deo exívit et ad Deum vadit, surgit a cena et ponit vestiménta sua et, cum accepísset línteum, præcínxit se. Deínde mittit aquam in pelvem et cœpit laváre pedes discipulórum et extérgere línteo, quo erat præcínctus. Venit ergo ad Simónem Petrum. Dicit ei: " Dómine, tu mihi lavas pedes? ". Respóndit Iésus et dixit ei: " Quod ego fácio, tu nescis modo, scies autem póstea ". Dicit ei Petrus: " Non lavábis mihi pedes in ætérnum! ". Respóndit Iésus ei: " Si non lávero te, non habes partem mecum ". Dicit ei Simon Petrus: " Dómine, non tantum pedes meos sed et manus et caput! ". Dicit ei Iésus: " Qui lotus est, non índiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus; et vos mundi estis sed non omnes ". Sciébat enim quisnam esset, qui tráderet eum; proptérea dixit: " Non estis mundi omnes ". Postquam ergo lavit pedes eórum et accépit vestiménta sua, cum recubuísset íterum, dixit eis: " Scitis quid fécerim vobis? Vos vocátis me: "Magíster" et: "Dómine", et bene dícitis; sum étenim. Si ergo ego lavi vestros pedes, Dóminus et Magíster, et vos debétis alter altérius laváre pedes. Exémplum enim dedi vobis, ut, quemádmodum ego feci vobis, et vos faciátis. Avant la fête de Pâque, sachant que Son heure était venue de passer de ce monde au Père, Jésus, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. Et après le souper, le diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le trahir, Jésus, sachant que le Père avait remis toutes choses entre Ses mains, et qu’Il était sorti de Dieu, et qu’Il retournait à Dieu, Se leva de table et ôta Ses vêtements ; et ayant pris un linge, Il S’en ceignit. Puis, Il versa de l’eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de Ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont Il était ceint. Il vint donc à Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : Toi, Seigneur, Tu me laves les pieds ? Jésus lui répondit : Ce que Je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras plus tard. Pierre Lui dit : Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si Je ne te lave, tu n’auras pas de part avec Moi. Simon-Pierre Lui dit : Seigneur, non seulement mes pieds, mais aussi les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui s’est baigné n’a plus besoin que de se laver les pieds, car il est pur tout entier. Et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. Car il savait quel était celui qui Le trahirait ; c’est pourquoi Il dit : Vous n’êtes pas tous purs. Après qu’Il leur eut lavé les pieds, et qu’Il eut repris Ses vêtements, S’étant remis à table, Il leur dit : Savez-vous ce que Je vous ai fait ? Vous M’appelez Maître et Seigneur ; et vous dites bien, car Je le suis. Si donc Je vous ai lavé les pieds, Moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car Je vous ai donné l’exemple, afin que ce que Je vous ai fait, vous le fassiez aussi.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Nous avons énuméré plus haut les opinions diverses touchant la chronologie de la Passion, Dans la pensée de saint Jean, ante diem festum Paschae peut signifier : avant le second jour, particulièrement solennel, des fêtes pascales, c'est-à-dire le soir du 14 Nisan. Le Seigneur sait que son heure est venue, l'heure où il doit monter de ce monde à son Père. Il semble qu'il n'y ait qu'une heure pour lui, que toute sa vie y est ordonnée, qu'il est essentiellement victime, premièrement Rédempteur. L'heure décisive étant donc venue, lui qui avait aimé les siens qu'il laissait dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Les apôtres étaient à lui ; avec une sollicitude infinie, il les avait initiés et préparés à leur œuvre ; mais sa tendresse sembla s'accroître encore à la dernière heure et se manifester davantage. Il n'est rien en effet de plus affectueux que l'entretien de ces moments suprêmes. Bénissons l'apôtre bien-aimé de l'avoir conservé à l'Église. Ces cinq chapitres de saint Jean, xii-xvii, appartiennent encore à la pensée mère de tout l'évangile : la manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ; mais, cette fois, la manifestation privée et intime qu'il donne de lui-même à ses apôtres. Les Douze sont réunis, y compris Judas, fils de Simon l'Iscariote, à qui le diable a suggéré de livrer Jésus. L'agneau pascal consommé, la Cène commune se poursuit ou s'achève. Il est assez naturel de considérer le lavement des pieds, dans la pensée du Seigneur, comme une préparation à l'Eucharistie : nous ne pouvons pourtant échapper à l'idée que l'institution de l'Eucharistie se place entre le chapitre xiv et le chapitre xv. Nous lisons le récit d'un témoin oculaire, attentif aux détails menus et vivants, jaloux de reproduire l'aspect de toute l'auguste cérémonie et de noter chacun des gestes du Seigneur. Le Seigneur agit à bon escient ; il sait, dit saint Jean, que son Père lui a remis en mains toutes choses, qu'il est venu de Dieu, qu'il va vers Dieu. Et voici comment il use de cette connaissance de ce qu'il sait et de ce qu'il est. Il se lève de table, se dépouille de son manteau, se ceint lui-même d'un linge : extérieurement, il prend l'attitude de l'esclave. Puis il verse de l'eau dans un bassin, et se met en devoir de laver les pieds des disciples et de les essuyer avec le linge dont il est ceint. Il leur apprend ainsi que la pureté vulgaire suffisait pour les deux Cènes qui avaient précédé, mais qu'il faut une pureté éminente pour le festin auquel ils sont maintenant conviés. Et Jésus vint à Simon-Pierre. L'Apôtre fut saisi d'effarement et comme de terreur à la vue du Fils de Dieu vivant, prosterné devant lui. Il se récria : Seigneur, vous me lavez les pieds, vous ? Le Seigneur répondit : Ce que je fais, vous ne le comprenez pas maintenant, mais vous le comprendrez dans la suite, — lorsque je vous donnerai l'Eucharistie, lorsque je vous donnerai l'Église et les âmes. Inclinez-vous devant ce que vous ne comprenez pas encore. Le Seigneur avait parlé gravement, mais aussi avec sa douceur habituelle. Il faisait office de serviteur : songeait-il vraiment à exiger comme un maître ? Saint Pierre s'y méprit ; il crut que ce n'était qu'une cérémonie, suggérée au Sauveur par son humilité, mais à laquelle on pouvait se dérober encore ; sa foi et son esprit d'adoration lui firent répondre, pour échapper à l'épreuve : Jamais vous ne me laverez les pieds ! Alors, le Seigneur insiste, tant est grave la leçon qu'il veut donner à ses apôtres, tant est délicate la pureté qu'il attend des siens : Si je ne vous purifie, vous n'aurez pas de part avec moi. — Une fois encore, le caractère de saint Pierre le porte aux extrêmes. Dès qu'il s'agit d'être au Seigneur et avec lui, il prend son parti de tout. Même il dépasse les limites ; son empressement va au delà de ce qui lui est demandé : Non seulement les pieds, Seigneur, mais encore les mains et la tête ! — Cependant Jésus ramène son apôtre à la mesure : Celui qui a passé par le bain, dit-il, n'a besoin que de se laver les pieds, puisqu'il est purifié tout entier. Vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous. — Car le Seigneur, remarque l'évangéliste, connaissait celui qui le devait livrer; c'est ce qui lui fit ajouter : Vous n'êtes pas tous purs. Mais Judas ne profita point de cet avertissement discret; son âme demeura haineuse, tandis que, devant lui aussi, s'agenouillait le Seigneur. Son œuvre terminée, Jésus reprend son manteau et se remet à table au milieu des apôtres. Pais il leur donne toute la moralité surnaturelle de l'acte qu'il vient d'accomplir. Déjà, il l'avait partiellement indiquée à saint Pierre en lui montrant les exigences de la pureté parfaite. Mais cette cérémonie avait un sens beaucoup plus étendu. L'avez-vous compris? demande le Seigneur. Elle renfermait une leçon d'abnégation et d'effacement personnel, une leçon de charité aussi. Et de crainte que l'orgueil de l'homme ne se révoltât, en face de ces humbles et menus services à rendre au prochain, le Seigneur avait pris le procédé le plus efficace pour le réduire. Vous m'appelez, et à bon droit, dit-il, Maître et Seigneur, — Maître parce que j'enseigne. Seigneur parce que je gouverne. Dès lors, vous me regarderez comme juge et appréciateur souverain de ce qui constitue la beauté et la dignité morales. Vous placerez ma pensée au-dessus de vos chétives répugnances ; vous ne rougirez pas, ou mieux, vous vous réjouirez de faire ce que j'ai fait, moi, votre Maître et votre Seigneur. Vous agirez comme moi, vous vous rendrez le même service les uns aux autres. — Tout le christianisme est là, et jamais on ne nous a donné une leçon plus solennelle. L'Église et l’ordre monastique ont conservé le rite du lavement des pieds ; mais chacun voit qu'il ne s'agit pas simplement de la reproduction matérielle d'un geste du Seigneur, mais de tout un esprit de condescendance et de dévouement, qui inspirera notre vie. N'écoutez pas les protestations de l'orgueil secret. Ce n'est pas lui qu'il faut croire, c'est moi, moi qui vous aime et ne trompe pas. Passez outre à toutes ses objections. L'orgueil vous dira que vous vous diminuez : n'en croyez rien. En vérité, en vérité, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, ni l'apôtre supérieur à celui qui l'envoie. Mon exemple suffit à persuader ceux qui m'aiment. Bienheureux êtes-vous si vous comprenez ces choses, et si, les ayant comprises, vous les accomplissez. Est-ce que le bonheur de chacun, le bonheur de celui qui accorde le bienfait, le bonheur de celui qui recueille le bienfait, le bonheur individuel et la paix sociale ne seraient pas assurés par l'effusion de cet esprit de charité ? Le Seigneur songe toujours à son Église et à l'humanité nouvelle qu'il veut grouper en lui, dans une large et universelle fraternité.