Evangile commenté du mercredi 25 mai 2022

Feria IV Mercredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Ioánnem (16,12-15)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Adhuc multa hábeo vobis dícere, sed non potéstis portáre modo. Cum autem vénerit ille, Spíritus veritátis, dedúcet vos in omnem veritátem; non enim loquétur a semetípso, sed quæcúmque áudiet, loquétur et, quæ ventúra sunt, annuntiábit vobis. Ille me clarificábit, quia de meo accípiet et annuntiábit vobis. Ómnia, quæcúmque habet Pater, mea sunt; proptérea dixi quia de meo áccipit et annuntiábit vobis. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : J'ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand cet Esprit de vérité sera venu, Il vous enseignera toute vérité. Car Il ne parlera pas de Lui-même, mais Il dira tout ce qu'Il aura entendu, et Il vous annoncera l'avenir. Il Me glorifiera, parce qu'Il recevra de ce qui est à Moi, et vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Pére est à Moi. C'est pourquoi J'ai dit: Il recevra de ce qui est à Moi, et vous l'annoncera.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

La voix poursuit, douce, encourageante, voilée seulement de tristesse, et mêlant l'assurance de la venue de l'Esprit à la prophétie des persécutions. Elle tempère ainsi l'austérité des prédictions par la garantie divine des consolations et des forces qu'apportera le Paraclet. Je vous ai ouvert ces perspectives, dit le Seigneur, afin que vous ne soyez pas scandalisés, ébranlés, ni ralentis dans votre marche en avant. On vous chassera des synagogues, vous serez des excommuniés. Vous n'aurez plus de famille religieuse de qui vous puissiez vous réclamer. Et, dès lors, vous deviendrez des êtres maudits. Les hommes se persuaderont, en vous mettant à mort, offrir à Dieu un sacrifice d'agréable odeur ; n'est-ce pas faire acte de piété que détouffer le blasphème ? Oui, dans leur passion, ils pourront peut-être raisonner ainsi ; les hommes parviennent à se persuader tout ce qu'ils veulent ; en réalité, ils vous traiteront de la sorte parce que vous êtes à mon Père et à moi, et qu'ils ne veulent reconnaître ni mon Père ni moi. Peut-être jugerez-vous qu'il eût mieux valu ne pas assombrir l'heure présente, la dernière que nous passions ensemble, par de tels pressentiments ; mais j'ai voulu que vous fussiez avertis. Lorsque viendra l'heure de l'épreuve, vous vous souviendrez que je vous l'ai prédite : votre foi et votre courage s'en accroîtront. — Ce n'est pas que le Seigneur n'eût annoncé, et à plusieurs reprises, ses propres souffrances ; mais peut-être n'avait-il jamais parlé si clairement de la part qu'y auraient ses disciples. Jamais encore il ne leur avait révélé l'appui que l'Esprit de Dieu leur apporterait par sa présence : leur âme n'était pas assez forte encore, et il n'y avait pas urgence de parler, alors que la souffrance était lointaine et que le Seigneur demeurait avec eux. Mais aujourd'hui, il s'éloigne, il s'en retourne à son Père, qui l'a envoyé et par quelle voie sanglante, les apôtres ne l'ignorent pas. Aussi, avertis comme ils le sont de la Passion de leur Maître, ils ne lui demandent plus, comme naguère : Où allez-vous, Seigneur ? Ils le savent trop. « Parce que je vous ai prédit ces choses, dit Jésus, la tristesse a rempli vos cœurs. Pourtant, je vous dis la vérité : c'est un bien pour vous que je m'en aille. Car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; tandis que, si je m'en vais, je vous l'enverrai. » L'économie des œuvres divines ajournait l'effusion de l'Esprit de Dieu jusqu'après l'entrée du Pontife dans le tabernacle éternel (Jo., vii, 39). Alors seulement serait confirmée la nouvelle famille humaine, l'Église, dans le mystère de la Pentecôte. — On peut donc renoncer à une autre explication, accueillie par plus d'un auteur spirituel, et selon laquelle la présence visible du Seigneur au milieu des apôtres eût constitué pour eux, sinon un danger, du moins un piège : son départ les corrigerait d'un attachement trop sensible et assurerait ainsi l'essor de leur spiritualité. La question se posera de nouveau au sujet de Marie-Madeleine et du Noli me tangere. Nous ne parvenons pas à comprendre comment l'humanité du Seigneur et sa présence réelle et visible ont pu jamais constituer un obstacle et un péril. On ne réfléchit pas assez au charme de dignité et de pureté que portait partout avec elle la beauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est son corps qui nous sanctifie, son sang qui fait germer en nous la virginité. L'humanité du Seigneur ne peut être que moyen de sanctification. L'Esprit de Dieu, lorsqu'il sera venu, apprendra au monde, avec une autorité souveraine, trois choses que le monde ne sait pas : le péché des Juifs, la justice du Christ, le jugement de Dieu. Il convaincra d'abord le monde de péché, c'est-à-dire d'incrédulité et d'infidélité. Le monde juif, celui qui est spécialement visé dans saint Jean, n’a pas voulu croire à la parole du Messie, le Fils de Dieu. L'argument dont se servira l'Esprit-Saint pour le convaincre sera l'établissement de l'Église, sa diffusion universelle, la conversion des gentils. Ce sera merveille de voir ainsi confondus, par la conversion de ceux qui n'étaient même pas un peuple (I Petr., ii, 10), les privilégiés qui formaient le peuple de Dieu, qui ont eu la longue préparation de l'Ancien Testament, qui ont bénéficié de la présence et de la doctrine du Seigneur, qui assisteront aux splendeurs de la Pentecôte et de son lendemain. Le Saint-Esprit montrera au monde où est la justice. On pourrait songer à la justice de Dieu, qui récompense le Fils de son obéissance. Il est plus conforme, semble-t-il, à la pensée du Seigneur, de reconnaître ici la justice du Christ lui-même. Le monde juif avait, nous le savons par saint Paul, sa notion de la justice, légale, orgueilleuse, toute en œuvres extérieures. L'Apôtre, lui, se fait de la justice une idée plus noble et plus exacte, et souhaite d'être finalement trouvé en Notre-Seigneur Jésus-Christ, non avec sa propre justice, « celle qui vient de la Loi, mais avec celle qui vient de Dieu par la foi au Christ » (Phil., iii, 9). Or, la même passion d'infidélité qui a porté les Juifs à se détourner du Seigneur les a portés aussi à méconnaître la vraie justice, son caractère et sa source : Gratia et veritas per Jesum Christum fada est (Jo., i, 17). Et cette justice se trouvera démontrée au siècle par la Résurrection, par le retour du Seigneur à son Père, par la transformation des âmes, par les traductions charismatiques de la vie surnaturelle chez les premiers chrétiens. Car, ajoute le Seigneur, je m'en vais au Père et vous ne me verrez plus : mon oeuvre est désormais accomplie. Enfin, le monde contemplera, sans pouvoir le contester, le jugement de Dieu. A la faveur du péché, le diable et la mort étaient entrés dans le monde ; Satan avait un titre à exercer son pouvoir sur l'homme, qui s'était livré à lui, vaincu et asservi par la faute : a quo enim quis superatus est, hujus et servus est (II Petr., ii, 19). Mais le diable perd son titre lorsqu'il entreprend sur celui qui ne lui doit rien (Jo., xiv, 30). Sa tentative imprudente amènera son éviction ; il est vaincu déjà, et sentence est portée contre lui. Lorsque le monde verra son prince jeté dehors, il constatera que l'œuvre de la justice est commencée. Et cette triple conviction du péché, de la justice et du jugement, grâce au fait divin de l'Église, sera pour les âmes une mise en demeure, fournie par l'Esprit de Dieu, et capable d'amener les plus rebelles au Christ et à l'Église. C'est donc à l'Esprit-Saint que le Seigneur s'en remet désormais de sa victoire sur le monde ; c'est à lui aussi qu'il laisse le soin d'achever l'éducation des apôtres. Ils étaient encore des enfants. Le Seigneur les avait nourris de lait : lorsqu'ils seraient devenus plus forts, l'Esprit leur donnerait cette nourriture solide qu'il faut ajourner maintenant. J'ai, dit Jésus, beaucoup d'autres choses à vous apprendre, mais actuellement vous ne les pouvez pas porter encore. Lorsque sera venu celui dont nous parlions naguère, l'Esprit de vérité, il se fera votre guide vers l'intelligence de toute la vérité. — Ce qui est promis, ce n'est pas l'inspiration, ce n'est pas l'omniscience, mais l'infaillibilité dans l'ordre de la vérité religieuse ; sans quoi, l'Église ne pourrait commander au nom de Dieu. L'harmonie de cet enseignement achevé et dévolu à l'Esprit-Saint, avec la doctrine plus élémentaire venue du Christ, est assurée par ce fait que l'Esprit ne dira rien de lui-même, non plus que le Christ ; mais il dira tout ce qu'il entend et il révélera aux disciples tout ce qui doit venir. Il me glorifiera, dit Jésus, car il prendra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. Comme le Christ a puisé en son Père, ainsi l'Esprit de Dieu puise dans le Fils. Comment ne serait-elle pas une, la doctrine provenant d'une même source éternelle ? Dans la connaissance qu'il donnera des choses de l'avenir, l'Esprit rendra gloire au Fils ; il manifestera toute sa pensée et conduira son œuvre au plein épanouissement. La gloire et la volonté du Seigneur, c'est l'Église. En animant toute l'Église, c'est le Seigneur lui-même que glorifie l'Esprit-Saint ; et il glorifie le Fils, parce qu'il est l'Esprit du Fils et procède de lui. Il procède du Père, sans aucun doute, puisque le Père est source de la divinité ; mais tout ce qui appartient au Père appartient au Fils, sauf la relation qui le fait être Père. Dès lors, l'Esprit lui-même et le principe de la procession de l'Esprit sont au Fils ; c'est pour cela, ajoute le Seigneur, que je vous ai dit que l'Esprit prendra de ce qui est mien et vous le fera connaître. Être envoyé de moi, me glorifier, rapporter à moi son action, parler de moi, ce sont autant de témoignages que l'Esprit procède réellement de moi.