Evangile commenté du vendredi 27 mai 2022

Feria VI Vendredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Ioánnem (16,20-23a)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Amen, amen dico vobis quia plorábitis et flébitis vos, mundus autem gaudébit; vos contristabímini, sed tristítia vestra vertétur in gáudium. Múlier, cum parit, tristítiam habet, quia venit hora eíus; cum autem pepérerit púerum, iam non méminit pressúræ propter gáudium, quia natus est homo in mundum. Et vos ígitur nunc quidem tristítiam habétis; íterum autem vidébo vos, et gaudébit cor vestrum, et gáudium vestrum nemo tollit a vobis. Et in illo die me non rogábitis quidquam. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : En vérité, en vérité, Je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira. Vous, vous serez dans la tristesse; mais votre tristesse sera changée en joie. Lorsqu'une femme enfante, elle a de la tristesse, parce que son heure est venue; mais, lorsqu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de la souffrance, dans la joie qu'elle a d'avoir mis un homme au monde. Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais Je vous verrai de nouveau, et votre coeur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie. En ce jour-là, vous ne M'interrogerez plus sur rien.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Que le Seigneur dût s'éloigner, c'était une vérité bien connue des apôtres (versets 5 et 6); mais voici qu'il ajoute à sa prophétie des précisions qui ne sont pas aussitôt comprises : « Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et, de nouveau, un peu de temps, et vous me verrez... Car je m'en vais vers le Père. » Cette réflexion du Seigneur parut obscure aux apôtres ; elle leur sembla renfermer une contradiction. Que signifiait en effet ce peu de temps, cet intervalle, passé lequel reparaîtrait le Seigneur ? Comment seraitil tout à la fois avec son Père et avec eux ? La pensée des apôtres flottait indécise. Ils n'osaient interrompre leur Maître : la solennité de l'heure imposait le silence. Mais ils répétaient la phrase mystérieuse et s'interrogeaient les uns les autres, comme à la dérobée : Que veut -il dire par ce peu de temps ? Nous ne parvenons pas à nous l'expliquer. Le Seigneur, qui lisait dans les âmes de ses disciples et pouvait apercevoir leurs questions secrètes, comprit qu'ils auraient désiré l'interroger. « Vous vous demandez, dit-il, quel est le sens de mes paroles : Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et, de nouveau, un peu de temps, et vous me verrez ?... » Sans doute, en parlant ainsi, il songeait à l’éloignement momentané de la Passion et à la joie de la Résurrection. Mais cette disparition et ce retour étaient, à ses yeux, le symbole d'un autre départ et d'un autre retour : le départ vers son Père, à l'Ascension, et la réunion avec ses disciples, dans l'éternité. Jusque-là, les apôtres auront à travailler et à semer dans les larmes, en l'absence de leur Maître. En vérité, en vérité, vous pleurerez et vous gémirez, vous autres, tandis que le monde se divertira. Peut-être même ses joies se composeront-elles de vos douleurs ; vous aurez l'air d'être les dupes d'une chimère, pendant qu'il triomphera dans ses joies épaisses. Mais le deuil où vous serez plongés ne durera qu'un instant, et votre tristesse se changera en joie, en la joie étemelle. « La femme gémit quand elle enfante, parce que son heure est venue. Mais lorsqu'elle a donné le jour à son enfant, elle ne se souvient plus de ses souffrances ; elle n'a que de la joie, car un homme est venu au monde. Et vous aussi, maintenant, vous êtes dans l'affliction, mais je vous verrai de nouveau, et votre cœUr se réjouira, et votre joie, personne ne vous la ravira. » Au lieu de l'égoïsme naturel que produit en nous la souffrance, le Seigneur, à deux pas de la Passion et de la mort, semble n'être occupé et soucieux que de la peine de ses apôtres. La liberté de son âme est entière ; il ne songe qu'à les consoler. Il fait mieux. Bientôt, il va donner naissance à une humanité nouvelle, par un enfantement douloureux ; et au lieu de s'attribuer à lui-même cette divine fécondité, il en fait remonter l'honneur à la souffrance des siens. Qu'importe la tribulation du temps ? Nous n'y penserons plus lorsque l'homme nouveau aura été donné à Dieu, lorsque l'Église louera Dieu, lorsque le nouvel Adam paraîtra devant le Père avec la postérité qui aura germé dans son sang. Il n'est besoin, pour se donner du cœur, que de s'établir dans les perspectives qui nous sont ouvertes par le Sauveur. Un instant d'angoisse, puis la joie sans fin, dont la plénitude ne nous laissera rien à désirer, rien à apprendre. Nulle puissance créée n'est capable de nous la ravir. Alors tous les désirs seront comblés. Au grand jour de l'éternité et de la vision, lorsque les voiles seront déchirés, tous les secrets de Dieu révélés, les disciples n'auront plus à solliciter la lumière, ils n'auront plus rien à demander à leur Maître. Et in illo die me non rogahiiis quidquam. Dès maintenant, et au cours du temps, aujourd'hui que le prix de la Rédemption a été versé, que le chrétien appartient à la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'une région d'entente a été ménagée entre l'homme et Dieu, l'homme peut s'adresser au Père directement et en toute confiance. En vérité, en vérité, déclare le Seigneur, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'aujourd'hui, les conditions étaient autres : vous n'avez rien demandé en mon nom ; vous ne le pouviez pas. Il n'y avait pas entre nous cette unité de vie qui vous permet maintenant de parler au Père avec le même accent que moi, avec la même assurance. Mais, dorénavant, une ère nouvelle est ouverte. Demandez donc, et vous recevrez. Vous n'avez qu'à tendre la main, vous avez droit à Dieu, et votre joie sera entière.