Evangile commenté du vendredi 9 septembre 2022

Feria VI Vendredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (6,39-42)
In illo tempore: Dixit Iesus discípulis suis similitúdinem: “Númquid potest cæcus cæcum dúcere? Nonne ambo in fóveam cadent? Non est discípulus super magístrum; perféctus autem omnis erit sicut magíster eíus. Quid autem vides festúcam in óculo fratris tui, trabem autem, quæ in óculo tuo est, non consíderas? Quómodo potes dícere fratri tuo: ‘Fráter, sine eíciam festúcam, quæ est in óculo tuo’, ipse in óculo tuo trabem non videns? Hypócrita, éice primum trabem de óculo tuo et tunc perspícies, ut edúcas festúcam, quæ est in óculo fratris tui. En ce temps là: Jésus proposait à Ses disciples cette comparaison: Est-ce qu'un aveugle peut conduire un aveugle? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse? Le disciple n'est pas au-dessus du maître; mais tout disciple sera parfait, s'il est comme son maître. Pourquoi vois-tu le fétu dans l'oeil de ton frère, sans apercevoir la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Frère, laisse-moi ôter le fétu qui est dans ton oeil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien? Hypocrite, ôte d'abord la poutre qui est dans ton oeil, et ensuite tu verras comment tu pourras ôter le fétu de l'oeil de ton frère.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Il faut renoncer à trouver une rigoureuse continuité de pensée dans le chapitre vii de saint Matthieu. Considérons-le simplement comme la description de notre justice, de notre conduite envers les hommes, dans les relations ordinaires ; et ensuite, comme la conclusion de tout l'ensemble doctrinal du discours sur la montagne. Après avoir marqué dans les pages précédentes quels sont les membres du Royaume des cieux, combien leur perfection doit être supérieure à celle des Juifs, l'évangile nous rappelle surtout, maintenant, le jugement final, le discernement qui sera opéré un jour des vrais et des faux disciples, des citoyens du Royaume et de ceux qui n'en ont que l'apparence trompeuse. Mais ce jugement est réservé à Dieu seul ; et le Seigneur nous avertit d'abord que, pour en conjurer la sévérité, il ne doit y avoir que bienveillance fraternelle dans tous nos rapports avec autrui. Peut-être les habitudes bien connues des pharisiens, leur justice dédaigneuse, leur critique amère, continuent-elles à guider, ici encore, la pensée du Seigneur.
Nolite judicare. Le précepte divin vise l'esprit de malignité, qui naît de l'orgueil et de l'amour-propre. Il vise la curiosité injustifiée qui nous porte à l'enquête sur les œuvres du prochain ; l'interprétation fâcheuse qui nous fait supposer la perversité de ses intentions ; la malveillance habituelle qui, non seulement nous fait écarter l'idée des circonstances atténuantes, mais nous détermine à grossir les manquements de nos frères ; en un mot cette disposition hautaine qui nous porte à apprécier sévèrement les uns et les autres. C'est, pratiquement, nous substituer à Dieu. Il n'y a vraiment que lui qui puisse reconnaître les éléments des fautes et apprécier les responsabilités. Encore faut -il remarquer que lui, qui est souverainement renseigné et perspicace, est aussi infiniment bienveillant, et que manquer à la charité, c'est presque toujours manquer à la justice. Sans doute, nous ne pouvons éviter l'appréciation soudaine et indélibérée, le jugement spontané de notre conscience sur des actes qu'elle reconnaît en accord ou en désaccord avec la loi ; nous ne sommes pas libres, en face du désordre, de retenir un mouvement de désapprobation ; nous ne sommes pas obligés d'appeler bien ce qui est mal ; mais combien il est simple de nous dire qu'après tout, cela ne nous regarde pas ; simple aussi de demander au Seigneur qu'il nous épargne cette faute que nous blâmons chez autrui, ou toute faute plus grave encore ; simple enfin de plaider auprès de Dieu et auprès des hommes en faveur du prochain. Rien n'est plus osé ni plus chétif que de s'ériger en un tribunal permanent, devant qui chacun doit comparaître, à la barre duquel le prochain est si souvent condamné sans avoir été entendu ; tribunal incompétent, tribunal usurpateur, où nous assumons toutes les fonctions : l'enquête du parquet, le réquisitoire du ministère public, le texte de la loi, la nature de la sentence, et quelquefois même l'exécution.