Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît du 20220215, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 13 : PRIVATIS DIEBUS QUALITER AGANTUR MATUTINI (a) 13 - LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER LES LAUDES LES JOURS ORDINAIRES (a)
Diebus autem privatis, matutinorum sollemnitas ita agatur, id est, ut sexagesimus sextus psalmus dicatur sine antiphona, subtrahendo modice, sicut dominica, ut omnes occurrant ad quinquagesimum, qui cum antiphona dicatur. Post quem alii duo psalmi dicantur secundum consuetudinem, id est: secunda feria, quintum et tricesimum quintum; tertia feria, quadragesimum secundum et quinquagesimum sextum; quarta feria, sexagesimum tertium et sexagesimum quartum; quinta feria, octogesimum septimum et octogesimum nonum; sexta feria, septuagesimum quintum et nonagesimum primum; sabbatorum autem, centesimum quadragesimum secundum et canticum Deuteronomium qui dividatur in duas glorias. Nam ceteris diebus canticum unumquemque die suo ex prophetis sicut psallit ecclesia Romana dicantur. Post haec sequantur laudes; deinde lectio una apostoli memoriter recitanda, responsorium, ambrosianum, versu, canticum de Evangelia, litania et completum est. LES JOURS ORDINAIRES, les laudes seront célébrées comme suit : d’abord le psaume 66 sans antienne comme le dimanche, mais en traînant un peu afin que tous soient arrivés pour le psaume 50 qui sera chanté avec antienne. Ensuite deux autres psaumes selon la coutume, c’est-à-dire : le lundi, les psaumes 5 et 35 ; le mardi, les psaumes 42 et 56 ; le mercredi, les psaumes 63 et 64 ; le jeudi, les psaumes 87 et 89 ; 8le vendredi, les psaumes 75 et 91 ; 9le samedi, le psaume 142 et le cantique du Deutéronome, divisé en deux sections terminées chacune par le Gloria. Quant aux autres jours, ils ont chacun leur cantique des prophètes comme les chante l’Église romaine. Puis viennent les psaumes 148-150, ensuite un passage de l’Apôtre à réciter de mémoire, le répons, l’hymne, le verset, le cantique de l’Évangile, la prière litanique et la conclusion.

Les jours de la semaine où il n’y a pas de fête de saints, les jours de simple férie, l’office matutinal se célébrera comme il suit. On dira sans antienne, in directum, mais assez lentement, comme le dimanche, le psaume LXVI. De la sorte, tous les frères seront rentrés au choeur pour le L qui appartient à la psalmodie solennelle et se dit non plus avec Alléluia mais avec une antienne spéciale. Ces deux psaumes, ainsi que les laudes dont parle plus loin saint Benoît, constituent la portion invariable de la psalmodie. Voici maintenant la portion variable.


Chaque jour, après le Miserere, on dira deux psaumes “ selon la coutume ”. Quelle est cette coutume ? Une coutume monastique ? celle qui avait eu cours jusqu’alors au Mont Cassin ? la coutume des églises de la région ? la coutume ambrosienne, ou celle de Rome, dont il sera question à propos des cantiques ? Nous ne pouvons le savoir. Nous ne voyons pas bien non plus si N. B. Père a emprunté à cette coutume non seulement l’usage des deux psaumes’ mais encore leur désignation. Il est probable pourtant qu’il a accepté, et tel quel, ce choix des onze psaumes, pris çà et là dans le Psautier. Mais quelle fut à l’origine la raison déterminante d’un pareil choix ? Pour la seconde férie, le Ve :Verba mea, et le XXXVe : Dixit injustus ; pour la troisième férie, le XLIIe : Judica me, Deus, et le LVIe : Miserere mei, Deus, miserere mei ; pour la quatrième férie, le LXIIIe : Exaudi, Deus, orationem meam, et le LXIVe : Te decet hymnus ; pour la cinquième férie, le LXXXVIIe : Domine, Deus salutis meae, et le LXXXIXe : Domine, refugium factus es nobis ; pour la sixième férie ; le LXXVe : Notus in Judaea Deus, et le XVIe : Bonum est confiteri Domino ; pour le samedi, le CXLIIe : Domine, exaudi orationem meam, auribus percipe. Dans le Bréviaire romain d’avant la réforme de Pie X, il y avait aux Laudes de chaque jour, après le Miserere, un seul psaume spécial et un cantique ; les cantiques étaient les mêmes dans les deux liturgies ; un des psaumes indiqués par saint Benoît pour chaque férie se retrouvait - et subsiste encore - le même jour au romain, avec cette différence qu’au romain les psaumes CXLII et XCI appartiennent respectivement à la férie sixième et au samedi.



Un seul psaume est assigné au samedi, à raison de la longueur insolite du cantique du Deutéronome marqué pour ce jour-là. On divise le cantique en deux Gloria, c’est-à-dire qu’on le partage en deux portions suivies chacune de la doxologie Gloria ; la première partie du cantique fait fonction du deuxième psaume intercalaire, et la deuxième partie est le cantique lui-même. Une transition est ainsi offerte à N. B. Père pour parler des cantiques.


 


Quant aux autres jours, ils ont, chacun leur cantique des prophètes comme les chante l’Église romaine. ; Puis viennent les psaumes 148-150, ensuite un passage de l’Apôtre à réciter de mémoire, le répons, l’hymne, le verset, le cantique de l’Évangile, la. prière litanique et la conclusion.


Car on récitera des cantiques, non pas le samedi seulement, ni toujours le même : mais chacune des autres féries aura son cantique propre, emprunté, comme le cantique du samedi, au répertoire de l’Église romaine. L’Abbé devait déterminer les cantiques du troisième nocturne du dimanche, parce que l’Église romaine n’usait aux Vigiles que de psalmodie : il ne pouvait lui emprunter ce qu’elle ne possédait pas. Mais elle avait tous les jours à Laudes un cantique tiré des Prophètes (ex Prophetis, au sens large) ; et saint Benoît, sur ce point, adopte la coutume et probablement aussi la désignation de l’Église romaine. Comme le fait observer D. Bâumer, quelques églises seulement d’Occident avaient adopté l’usage oriental de nombreux cantiques, et l’introduction de cette pratique par saint Benoît “ était, du moins chez les moines, quelque chose de nouveau”. Tandis que le dimanche a les “bénédictions ” des trois enfants, la seconde férie a le cantique du chapitre XII d’Isaïe ; la troisième férie, le cantique d’Ézéchias ; la quatrième, le cantique d’Anne ; la cinquième, le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge ; la sixième, le cantique d’Habacuc ; et le samedi, celui du Deutéronome où Moïse trace, avant de mourir, l’histoire passée et future d’Israël.


Après ces cantiques viennent les psaumes de louange ;puis une courte leçon empruntée à l’apôtre saint Paul et qu’on récite de mémoire, le répons bref, l’hymne ambrosienne, le verset, le cantique de l’Évangile ou Benedictus, la litanie, et l’on termine.