Feria IV 26 Augustii 2026, Hebdomada XXI per annum,
   Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (1,1-4;4,14-21)
   
   Quóniam quidem multi conáti sunt ordináre narratiónem, quæ in nobis complétæ sunt, rerum, sicut tradidérunt nobis, qui ab inítio ipsi vidérunt et minístri fuérunt verbi, visum est et mihi, adsecúto a princípio ómnia, diligénter ex órdine tibi scríbere, óptime Theóphile, ut cognóscas eórum verbórum, de quibus erudítus es, firmitátem. In illo témpore: regréssus est Iésus in virtúte Spíritus in Galilǽam. Et fama éxiit per univérsam regiónem de illo. Et ipse docébat in synagógis eórum et magnificabátur ab ómnibus. Et venit Názareth, ubi erat nutrítus, et intrávit secúndum consuetúdinem suam die sábbati in synagógam et surréxit légere. Et tradi tus est illi liber prophétæ Isaíæ; et ut revólvit librum, invénit locum, ubi scriptum erat: “Spíritus Dómini super me; propter quod unxit me evangelizáre paupéribus, misit me prædicáre captívis remissiónem et cæcis visum, dimíttere confráctos in remissióne, prædicáre annum Dómini accéptum.” Et cum plicuísset librum, réddidit minístro et sedit; et ómnium in synagóga óculi erant intendéntes in eum. Cœpit autem dícere ad illos: “Hódie impléta est hæc Scriptúra in áuribus vestris.”
   Plusieurs ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses qui se sont accomplies parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la parole, il m'a paru bon, à moi aussi, après m'être soigneusement informé de tout depuis l'origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la vérité des paroles que l'on t'a enseignées. Jésus retourna en Galilée par la vertu de l'Esprit, et Sa renommée se répandit dans tout le pays. Et Il enseignait dans leurs synagogues, et Il était glorifié par tous. Il vint à Nazareth, où Il avait été élevé ; et Il entra selon Sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et Il Se leva pour lire. On Lui donna le livre du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le livre, Il trouva l'endroit où il était écrit : L'Esprit du Seigneur est sur Moi ; c'est pourquoi Il M'a sacré par Son onction ; Il M'a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur broyé, annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, mettre en liberté ceux qui sont brisés sous les fers, publier l'année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. Ayant replié le livre, Il le rendit au ministre, et S'assit. Et tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur Lui. Et Il commença à leur dire : Aujourd'hui, cette parole de l'Écriture que vous venez d'entendre est accomplie.
   Commentarium evangelii
   Commentaire de l'évangile
   Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
   

La bonne nouvelle a été recueillie par plusieurs. Dans les diverses régions que le Seigneur a évangélisées, il semble bien que ses discours et ses principaux miracles ont fourni aussitôt la manière de petits mémoires écrits, qui circulèrent de main en main. D'autre part, les apôtres et les disciples, témoins autorisés de l'œuvre de Notre -Seigneur Jésus Christ, organes officiels de la prédication chrétienne, racontèrent d'abord de vive voix ce qu'ils savaient du Seigneur ; et de cette catéchèse primitive, non seulement le thème général et l'ordre d'exposition, mais souvent les termes eux-mêmes se trouvèrent à peu près identiques dans les différentes églises. Des sources écrites, une tradition orale, des souvenirs personnels, d'autres renseignements sûrs : tels sont les cléments qui permirent aux évangélistes de composer, sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, une histoire du Seigneur authentique et exempte d'erreurs. L'Eglise n'a jugé dignes de figurer dans son canon des Écritures que quatre récits ; l'existence d'une vingtaine d'évangiles apocryphes est aujourd'hui reconnue par les critiques.

C'est l'apôtre saint Matthieu qui écrivit le premier, en araméen et pour les Juifs palestiniens convertis. Aussi s'appliquet-il spécialement à démontrer l'accomplissement des prophéties et l'harmonie des deux Testaments. Ce texte araméen, — dont rien ne subsiste aujourd'hui, — fut traduit en grec, peut-être par saint Matthieu lui-même. Peu soucieux de reproduire le développement régulier de la biographie du Sauveur, l’évangéliste classe ordinairement ses matériaux, non d'après un ordre chronologique rigoureux, mais selon divers procédés conventionnels et en tenant compte de l'analogie des matières : c'est ainsi qu'une large portion contiendra les discours, une autre les principaux miracles, une troisième les paraboles. La physionomie du second évangile est différente ; ici, nous sommes en face d’un portrait bien vivant, d"un récit historique régulier et continu, mené rapidement, où abondent les traits pittoresques, les détails qui trahissent le témoin immédiat. C'est l'abrégé de la catéchèse de saint Pierre à l’Ionie, nous apprennent Papias, saint Irénée, Clément d'Alexandrie et Origène. Il fut écrit en grec, sous les yeux du prince des apôtres, par saint Marc, « le disciples et l'interprète de Pierre » : probablement le même que Jean ^lare. Collaborateur intermittent de saint Paul ; on a signalé, dans son évangile, plusieurs traces de doctrine paulinienne.

Mais c'est avec saint Luc surtout, comme en témoigne la tradition, que nous entendons l'enseignement du Docteur des gentils. Luc est « le médecin très cher » (Col., iv, 14), le compagnon fidèle de saint Paul, l'auteur des Actes. Il composa son évangile avant ceux-ci, probablement au cours des deux années de captivité de l'Apôtre à Césarée (58-60 après J.-C). C'était un Grec, un esprit cultivé, sachant bien sa langue. Son évangile, comme les Actes, est dédié à Théophile, personnage réel et non allégorique, que saint Luc qualifie d'« excellent », peut-être parce que son rang social lui donnait droit à ce titre de noblesse. L'écrivain sacré se flatte que Théophile reconnaîtra, grâce à son travail, la solidité des enseignements qu'il a reçus déjà. Peut-être réclamait-on, parmi les convertis de l'hellénisme, une véritable histoire du Seigneur et la mise en œuvre continue de récits fragmentaires ne se rapportant chacun qu'à telle ou telle portion du ministère de Jésus : les deux premiers évangiles étaient sans doute peu ou point connus dans le milieu grec. Saint Luc ne jette nullement le discrédit sur le travail de ses devanciers ; il s'encourage au contraire par leur exemple : puisque plusieurs ont essayé de composer une narration des grands événements qui se sont accomplis en Palestine, il lui a semblé bon, à lui aussi, d'entreprendre une tâche analogue. Il admet que ses devanciers ont écrit « selon ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et qui sont devenus ministres de la parole » : l'enseignement apostolique est donc la source authentique des évangiles ; les faits racontés se trouvent garantis par le témoignage des hommes qui ont vécu avec le Sauveur, depuis le baptême de Jean jusqu'à la Résurrection (cf. Act., i„ 21-22). Saint Luc déclare qu'à son tour, et avec un soin diligent, il s'est renseigné sur tous les faits relatifs au Seigneur, remontant jusqu'à l'origine, c'est-à-dire jusqu'au début de la vie publique, et même au delà. Ce qui caractérise en effet le troisième évangile, c'est la richesse de son information, comme nous dirions aujourd'hui. Les récits de l'Enfance, au jugement d'exégètes sérieux, représentent le témoignage de Notre-Dame. Pour le reste, saint Luc s'est servi non seulement de la narration évangélique précédemment parue ou encore de sources utilisées déjà par elle, mais il a eu de plus entre les mains des documents spéciaux, ceux notamment qui décrivent un ministère extra-galiléen, et qui sont groupés en son évangile du chapitre x au chapitre XVIII. Nous devons d'ailleurs observer que saint Luc lui-même n'a pas songé à donner une biographie complète. Et lorsqu'il se propose de raconter toutes choses « dans leur ordre », il le faut bien entendre : son classement des faits n'est pas toujours conforme à l'ordre chronologique ; il a, comme saint Matthieu, un plan idéal et des procédés littéraires à lui.

Les évangiles dont nous venons de parler sont appelés synoptiques : d'un mot grec qui exprime la « vue d'ensemble », la concordance obtenue lorsqu'on dispose leurs trois textes en regard l'un de l'autre, sur trois colonnes parallèles. Il y a coïncidence et identité, même verbale, dans une foule de cas ; mais, en dehors des points de contact, les dissemblances abondent ; et de cet enchevêtrement de ressemblances et de divergences naît le problème synoptique : comment se sont formés les évangiles ? quels liens de parenté les rattachent entre eux ? viendraient-ils, et dans quelle mesure, d'une ou de plusieurs sources communes, orales ou écrites ? Toutes ces questions appartiennent à la critique biblique ; nous n'avons rien à en dire ici.



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