Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (16,9-15)
In illo tempore: Dicebat Iesus discipulis suis: Fácite vobis amícos de mammóna iniquitátis, ut, cum defécerit, recípiant vos in ætérna tabernácula. Qui fidélis est in mínimo, et in maióri fidélis est; et, qui in módico iníquus est, et in maióri iníquus est. Si ergo in iníquo mammóna fidéles non fuístis, quod verum est, quis credet vobis? Et si in aliéno fidéles non fuístis, quod vestrum est, quis dabit vobis? Nemo servus potest duóbus dóminis servíre: aut enim unum ódiet et álterum díliget, aut uni adhærébit et álterum contémnet. Non potéstis Deo servíre et mammónæ.” Audiébant autem ómnia hæc pharisǽi, qui erant avári, et deridébant illum. Et ait illis: “Vos estis, qui iustificátis vos coram homínibus; Deus autem novit corda vestra, quia, quod homínibus altum est, abominátio est ante Deum.
En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : Faites-vous des amis avec les richesses d'iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Celui qui est fidèle dans les moindres choses, est fidèle aussi dans les grandes; et celui qui est injuste dans les moindres choses, est injuste aussi dans les grandes. Si donc vous n'avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables ? Et si vous n'avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est à vous ? Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir Dieu et mammon. Or les pharisiens, qui étaient avares, entendaient toutes ces choses, et ils se moquaient de Lui. Et Il leur dit: Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos coeurs; car ce qui est grand pour les hommes est une abomination devant Dieu.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Les pharisiens, qui aimaient l'argent, écoutaient ces paroles et les tournaient en dérision. « Comme il est peu pratique ! se disaient-ils. Il n'entend rien aux choses de la vie... » En face de cette résistance, la parole de Jésus devient plus sévère, menaçante même : « Votre nom est hypocrisie. Vous avez les dehors de la justice, et les hommes, dont vous cherchez les regards, vous estiment ; mais Dieu connaît vos cœurs : là où les hommes admirent une vertu éminente, il ne découvre qu'abomination. »
Les pharisiens s'enorgueillissaient de la possession exclusive de la doctrine et de la justice ; Jésus les avertit que cet apanage leur sera bientôt retiré. La Loi et les Prophètes ont été en possession, mais seulement jusqu'à Jean. Une ère nouvelle a commencé avec sa prédication : il y a place, désormais, pour les pécheurs, pour tous ceux qui se convertissent, pour tous ceux qui accueillent la grâce et arrivent, par elle, à la vraie justice, celle de l'âme, celle qui soutient le regard de Dieu. La bonne nouvelle du Royaume des cieux est annoncée à tous ; et chacun s'empresse, se précipite vers lui : il est en quelque sorte pris d'assaut ; le mouvement est irrésistible, et les pharisiens ne sauraient l'arrêter (Mt., xi, 12-13). — Au verset 17, le Seigneur prévient l'interprétation blasphématoire que ses ennemis étaient tout prêts à donner de sa précédente affirmation. L'évangile n'est point venu abolir et détruire. «Le ciel et la terre passeront, plutôt qu'un seul trait de lettre de la Loi. » Nous avons déjà rencontré cette parole en saint Matthieu, v, 18.
Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre est adultère, et quiconque épouse ure femme répudiée par son mari est adultère. — Peut-être cette sentence est-elle rapportée ici comme exemple des préceptes anciens, confirmés et restaurés par la Loi nouvelle. Les pharisiens, si jaloux de la lettre de la Loi, se montraient volontiers accommodants en matière de divorce et d'adultère : le Seigneur les rappelle aux conditions du mariage tel qu'il a été institué de Dieu (Mt., v, 31-32 ; xix, 3-9 ; Mc,x, 2-12). Elles seront expliquées plus loin.