Léctio sancti Evangélii secundum Matthǽum (8,18-22)
In illo tempore: Videns Iésus turbas multas circum se, iússit ire trans fretum. Et accédens unus scriba ait illi: “Magíster, sequar te, quocúmque íeris.” Et dicit ei Iésus: “Vúlpes fóveas habent, et vólucres cæli tabernácula, Fílius autem hóminis non habet, ubi caput réclinet.” Álius autem de discípulis eíus ait illi: “Dómine, permítte me primum ire et sepelíre patrem meum.” Iésus autem ait illi: “Séquere me et dimítte mórtuos sepelíre mórtuos suos.”
En ce temps là, Jésus, voyant des foules nombreuses autour de Lui, ordonna de passer à l'autre bord du lac. Alors un scribe, s'approchant, Lui dit: Maître, je Te suivrai partout où Tu iras. Jésus lui dit: Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer Sa tête. Un autre de Ses disciples Lui dit: Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit: Suis-Moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
A un autre, que la timidité empêchait de s'offrir, le Seigneur fait des avances et dit : « Suivez-moi. » Il était déjà du nombre des disciples, de ceux qui écoutaient volontiers l'enseignement de Jésus : mais il hésitait à tout quitter pour accompagner son Maître. Après cet appel direct, il atermoie encore : « Je veux bien. Seigneur, mais auparavant permettez-moi de m'en aller et de donner la sépulture à mon père. » On peut se demander si son père était réellement mort, ou bien très âgé et n'ayant plus que peu de temps à vivre. Quoi qu'il en soit, la réponse du Seigneur est catégorique : il ne faut pas faire attendre Dieu, il ne faut pas lui dire : « Demain, quand je serai prêt ! » Votre père, s'il est mort, trouvera autour de lui des gens charitables qui lui donneront la sépulture. Ils ne manqueront pas au mort : mais vous, vous pourriez manquer à la vie. Laissez donc les morts, ceux qui appartiennent aux choses périssables de ce monde, ensevelir leurs morts. Pour vous, allez annoncer le Royaume de Dieu. Un apôtre est séparé et consacré, mieux encore que le grand-prêtre de l'Ancienne Loi (Lévit., xxi, 11), mieux que le Nazaréen dont il est dit : « Tout le temps pendant lequel il se sépare en l'honneur de Jéhovah, il ne s'approchera d'aucun corps mort ; il ne se souillera ni pour son père ou sa mère, ni pour son frère ou sa soeur, lorsqu'ils mourront : car il porte sur sa tête la consécration à son Dieu » (Num., vi, 6-7).
Un troisième, s'offrant de lui-même comme le premier, temporisant comme le second, disait au Seigneur : « Je vous suivrai, Seigneur, mais permettez-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison. » C'était probablement une trempe faible, que les adieux couraient le risque d'amollir, aussi la réponse du Seigneur est-elle austère : « L'homme qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est point un bon ouvrier, un travailleur utile pour le Royaume de Dieu. » — Nous ignorons ce que devinrent les postulants. Aussi bien, l'évangile n'a recueilli ce triple incident que parce qu'il souligne une fois de plus tout le prix du Royaume des cieux, comme les paraboles du trésor caché et de la perle.