Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (8,5-11)
In illo tempore : Cum introísset Iesus Caphárnaum, accéssit ad eum centúrio rogans eum et dicens: “Dómine, puer meus iácet in domo paralýticus et male torquétur.” Et ait illi: “Ego véniam et curábo eum.” Et respóndens centúrio ait: “Dómine, non sum dignus, ut intres sub tectum meum, sed tantum dic verbo, et sanábitur puer meus. Nam et ego homo sum sub potestáte, habens sub me mílites, et dico huic: ‘Váde’, et vadit; et álii: ‘Veni’, et venit; et servo meo: ‘Fac hoc’, et facit.” Áudiens autem Iésus, mirátus est et sequéntibus se dixit: “Amen dico vobis: Apud nullum invéni tantam fidem in Israel! Dico autem vobis quod multi ab oriénte et occidénte vénient et recúmbent cum Ábraham et Ísaac et Iácob in regno cælórum.
En ce temps là : Lorsque Jésus fut entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de Lui, Le priant, et disant : Seigneur, mon serviteur est couché dans ma maison, atteint de paralysie, et il souffre extrêmement. Jésus lui dit : J’irai et je le guérirai. Mais le centurion répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que Tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Car moi, qui suis un homme soumis à la puissance d’un autre, ayant sous moi des soldats, je dis à l’un : Va, et il va ; et à l’autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. En l’entendant, Jésus fut dans l’admiration, et dit à ceux qui Le suivaient : En vérité, Je vous le dis, je n’ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. Aussi Je vous dis que beaucoup viendront de l’orient et de l’occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des Cieux.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Mais tandis qu'il approchait de la maison, le centurion, chez qui la foi et l'humilité avaient triomphé de l'anxiété première, envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne vous donnez pas cette peine, car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. C'est pour cela aussi que je ne me suis pas cru digne d'aller moi-même vers vous, Mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. « Il écarte l'honneur que Jésus lui veut rendre, et confesse sa toute-puissance : Seigneur, vous êtes souverain, vous pouvez tout ce que vous voulez ; il n'est pas besoin de votre présence réelle ni de votre contact pour que toutes choses s'accomplissent à votre gré. Voyez, moi, je ne suis qu'un pauvre homme, n'ayant qu'un pouvoir limité, et j'ai des supérieurs au-dessus de moi. Pourtant, je suis obéi de ceux qui sont à moi. Aux soldats qui me sont soumis, je donne des ordres : Allez ! dis-je à celui-ci, et il va ; venez ! dis-je à l'autre, et il vient ; et à mon serviteur : faites cela, et il le fait. — Tout le raisonnement demeure inachevé, mais c'est parce que la conclusion a devancé l'argument lui-même : Une parole de vous, et mon serviteur sera guéri. Quel exemple pour la Synagogue ! Elle doutait, elle s'inquiétait, elle dressait des pièges : et des gentils, des pécheurs méprisés par les rabbins les devançaient dans la foi !
En entendant les paroles de ce soldat, le Seigneur eut un mouvement d'admiration. Prenons ceci comme un fait, comme une émotion réelle chez le Fils de l'homme, mais sans conclure à une surprise ni à une ignorance antérieure. Il y a lieu à admiration quand la chose est admirable, qu'elle ait été antérieurement connue ou non. Et nous-mêmes, qui avons lu cent fois le récit évangélique, n'admirons-nous pas encore l'attitude du centurion ? La Synagogue et la masse des Juifs n'avaient pas accoutumé le Seigneur à une telle plénitude de foi ; et le mouvement joyeux du Seigneur ne vient que de la nouveauté du fait, de son caractère exceptionnel. Se retournant vers la foule qui le suivait, il dit : « En vérité, je vous le déclare, je n'ai pas trouvé en Israël une foi aussi grande. » L'occasion s'offrait pour le Seigneur d'introduire la question de la vocation des gentils. Saint Matthieu a recueilli avec soin des paroles qui réalisaient la prophétie d'Isaïe (XLV, 6; XLix, 12) et de Malachie (i, 11), - saint Luc les citera plus loin (xiii, 29). A l'exemple de saint Jean-Baptiste (Mt., ni, 9-10), Jésus rappelle aux Juifs qu'il ne suffit plus, pour appartenir au vrai peuple de Dieu, de se réclamer de la descendance et du sang d'Abraham. Un grand nombre, leur dit-il avec assurance, viendront de l'Orient et de l'Occident, des régions les plus opposées et les plus lointaines ; ils prendront place au festin du Royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob, avec les élus de la souche bénie ; tandis que seront rejetés dans les ténèbres, hors de la maison, hors du Royaume, là où il n'y a que pleurs et grincements de dents, les fils du Royaume : c'est-à-dire ceux qui y semblaient prédestinés soit par la Providence divine, qui avait veillé spécialement sur eux, soit par la lignée à laquelle ils appartenaient, soit enfin par la longue préparation qui les acheminait vers le Christ. Et afin de montrer comment sa miséricorde se répand sur tous ; afin de renseigner une fois encore la Synagogue et les anciens qui sont venus eux-mêmes solliciter le miracle, le Seigneur mande au centurion : « Allez, qu'il advienne pour vous selon votre foi. » Les envoyés s'en retournèrent à la maison, et constatèrent que le serviteur malade avait été guéri à l’heure même où Jésus l'avait annoncé.