Evangile commenté du jeudi 30 septembre 2021

Feria V Jeudi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (13,47-52)
In illo tempore: Dixit Iesus turbis: Símile est regnum cælórum sagénæ missæ in mare et ex omni génere congregánti; quam, cum impléta esset, educéntes secus litus et sedéntes collegérunt bonos in vasa, malos autem foras misérunt. Sic erit in consummatióne sǽculi: exíbunt ángeli et separábunt malos de médio iustórum et mittent eos in camínum ignis; ibi erit fletus et stridor déntium. Intellexístis hæc ómnia?” Dicunt ei: “Étiam.” Ait autem illis: “Ídeo omnis scriba doctus in regno cælórum símilis est hómini patri famílias, qui profert de thesáuro suo nova et vétera.” En ce temps là : Jésus dit aux foules : Le royaume des Cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer, et ramassant des poissons de toute espèce. Lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent, et s'étant assis sur le bord du rivage, ils choisissent les bons et les mettent dans des vases, et rejettent les mauvais. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde: les Anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et ils les jetteront dans la fournaise de feu. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Avez-vous compris tout cela? Ils Lui dirent: Oui. Il leur dit: C'est pourquoi tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des Cieux est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Et voici qu'un homme, par une heureuse chance, le découvre. Il est plusieurs fois question, dans l'Écriture, de ceux qui creusent et sondent pour mettre la main sur un trésor caché. D'après la loi juive, celui qui possédait le fonds, possédait aussi le tréfonds et tous les trésors que la coutume soupçonneuse de l'Oriental pouvait y avoir enfouis : richesses en argent ou en nature, silos ou pierres précieuses. Donc l'homme de la parabole a trouvé. Il replace la terre soigneusement : c'est acte de prudence, pour lui qui veut acquérir, de ne point augmenter, par une indiscrétion, la plus-value du champ convoité. Il garde pour lui la joie de sa trouvaille, il s'en va, il vend tous ses biens et achète le champ. Dans la parabole du trésor, la découverte est fortuite : dans celle de la perle, il y a recherche positive. La Samaritaine n'avait pas cherché ; elle trouva, au puits de Jacob, celui à qui elle ne pensait pas. Il est dit de Dieu qu'il va au-devant de ceux qui le désirent (Sap., vi, 14) : il va même au-devant de ceux qui ne le cherchent point : saint Paul a rencontré, sur le chemin de Damas, Jésus de Nazareth qu'il persécutait. Mais parfois le Seigneur se fait chercher. Avons-nous besoin de dire que c'est lui qui soutient, qui provoque, qui guide cette recherche ? Il est déjà tout entier dans les démarches qui conduisent vers lui. Le Seigneur a des procédés différents avec chacun : il est vraiment le Dieu de chacun de nous. Le marchand de la seconde parabole était en quête de belles perles, il se donnait de la peine et voyageait au loin. Ayant rencontré enfin une perle précieuse, unique en beauté, il ne chercha plus. Lui aussi s'en alla, lui aussi vendit tout son bien, et acheta la perle fine. Tel est le Royaume des cieux : il est meilleur que toutes choses. Devant l'inestimable, et pour l'acquérir, il faut tout donner, tout. Pour appartenir au Seigneur et pour posséder le Seigneur, il faut être prêt à abandonner ses préjugés, ses biens intérieurs et extérieurs, et au besoin sa propre vie : Jésus le répétera, plus clairement encore, aux apôtres. Il y a là déjà une invite à la perfection de la vie surnaturelle. La troisième parabole ressemble à celle de l'ivraie, et insiste sur le discernement final. Cette fois, c'est sur mer que la scène se passe. L'histoire du Royaume des cieux fait songer au grand filet, à la seine lancée dans la mer, et qui recueille des poissons de toute espèce. Lorsqu'elle est remplie, les pêcheurs la tirent au rivage, et, s'étant assis, ils mettent dans des vases ce qui est bon et rejettent ce qui est mauvais. Il en sera de même à la fin des siècles. Lorsque le dernier des élus de Dieu aura achevé l’oeuvre de sa sanctification et que sera complet le nombre des prédestinés, alors le filet sera retiré des eaux du temps, et sur le rivage ferme de l'éternité aura lieu le départ de ce qui est bon et de ce qui ne l'est pas. Les anges viendront faire le discernement des justes et des méchants. Ils jetteront ces derniers dans la fournaise du feu, là où il n'y aura que pleurs et grincements de dents : pleurs parce que Dieu est perdu, grincements de dents à cause de l'indicible souffrance. « Avez-vous compris tout cela? » demande le Seigneur aux apôtres, comme conclusion de l'enseignement parabolique. « Oui, » répondent-ils. Peut-être certains détails leur demeuraient ils voilés, mais ils comprenaient l'essentiel. Le verset 52, dans sa forme un peu énigmatique, contient une félicitation, et en même temps semble indiquer qu'ils pouvaient pénétrer davantage encore la pensée du Seigneur, par la fidélité à leur mission et par une recherche humble et droite. Vous comprenez, c'est bien. Dès lors, non seulement vous êtes renseignés, mais vous pouvez renseigner les autres. Ce que sont les scribes dans leur étude patiente de la Loi, vous l'êtes par la connaissance de la doctrine nouvelle et des secrets de mon Royaume. Vous possédez la science qui résume les siècles et qui nourrira le monde. Comme vous et avec vous, tout homme renseigné sur le Royaume des cieux est désormais semblable à un maître de maison, riche, abondamment pourvu, et qui, du trésor de ses provisions, retire, selon l'opportunité, ce dont les siens peuvent avoir besoin : nova et vetera (Cant., VII, 13). — Cette dernière et rapide parabole élève les apôtres au-dessus des scribes du mosaïsme, dont la doctrine étroite était incapable de franchir l'enceinte des choses visibles et pour la plupart démodées. Ils n'avaient même pas le sens de ces traditions anciennes, puisqu'ils méconnaissaient le Seigneur annoncé et préparé par elles. Ceux, au contraire, qui ont reçu la doctrine du Royaume des cieux sont capables de tirer du trésor de leur cœur, pour eux et pour les autres, à leur gré et selon les besoins de tous, le sens des choses anciennes, le charme des choses nouvelles : ils ont rompu avec cette disposition d'esprit pharisien que décrivait le Seigneur dans une comparaison familière : Et nemo bibens vetus, statim vult novum : dicit enim : Vetus melius est (Lc,v, 39).