Evangile commenté du mercredi 20 octobre 2021

Feria IV Mercredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (12,39-48)
Or sachez que, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous aussi, soyez prêts; car, à l'heure que vous ne pensez pas, le Fils de l'homme viendra. Alors Pierre Lui dit: Seigneur, est-ce à nous que Tu adresses cette parabole, ou est-ce à tous ? Et le Seigneur lui dit: Quel est, penses-tu, le dispensateur fidèle et prudent, que le maître a établi sur ses serviteurs pour leur donner, au temps fixé, leur mesure de blé ? Heureux ce serviteur, que le maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi ! En vérité, Je vous le dis, il l'établira sur tout ce qu'il possède. Mais si ce serviteur dit en son coeur: Mon maître tarde à venir, et s'il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne sait pas, et il le retranchera, et lui donnera sa part avec les infidèles. Le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et n'a rien préparé, et n'a pas agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups ; mais celui qui ne l'a pas connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment, recevra peu de coups. A quiconque beaucoup aura été donné, beaucoup sera demandé; et de celui à qui on a confié beaucoup, on exigera davantage.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

« Seigneur, demande saint Pierre, est-ce à nous que vous adressez cette parabole, ou bien à tous? » On peut admettre que saint Pierre, étonné de Thonneur que son Maître se propose de décerner aux serviteurs fidèles, interroge pour apprendre si telle sera la condition de tous. Il est naturel aussi de penser que la question porte sur l'ensemble : fidélité, vigilance et récompense divine. La situation des apôtres, qui aimaient, et l'habitude qu'avait Jésus de parler diversement à ses disciples et aux foules, autorisaient la question de saint Pierre. Nulle réponse directe ne lui est pourtant fournie. Le Seigneur ne dit pas à saint Pierre ce que saint Pierre demandait, mais bien ce qu'il lui importait de savoir. Il n'y avait pas lieu ici d'établir une différence entre les apôtres et les foules. La réponse explicite eût été probablement celle-ci : Existe-t-il une créature humaine qui ne soit de Dieu, qui ne soit tenue de travailler pour lui, qui n'ait devant lui des charges et une responsabilité ? Mais le Seigneur poursuit simplement son enseignement en indiquant les œuvres de vigilance que chacun devra accomplir. Comme au début de bien des paraboles, il emploie la forme interrogative afin de piquer l'attention et de provoquer les intelligences à découvrir elles-mêmes sa pensée. Quel est donc le serviteur, l'économe fidèle et prudent, établi par le maître sur toute la maison, à charge de distribuer, en temps voulu, à ses coserviteurs, la ration à laquelle ils ont droit ? Bienheureux le serviteur que son maître, lorsqu'il se présentera, trouvera vigilant et actif. En vérité, je vous le dis, c'est sur tous ses biens qu'il l'établira, et non plus seulement sur un département limité : dans la pensée du Seigneur, l'intendant fidèle jouira de tous les biens de son maître (cf. Lc, xii, 37 ; Mt., xxv, 21-23). — Mais voici une autre hypothèse : L'intendant se dit en lui-même : « Mon maître ne vient toujours pas. » Alors, il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer. Le maître de cet économe indigne arrivera le jour où il ne s'y attend pas et à un moment qu'il ignore : il sera « mis en pièces », c'cst-à dire, probablement, roué de coups ; il recevra le traitement des infidèles et s'en ira, dit saint Matthieu, là où il y a des pleurs et des grincements de dents (xxiv, 51). — Les responsabilités, d'ailleurs, sont variées. Ce mauvais serviteur, qui connaissait bien la volonté de son maître, mais qui n'a rien préparé pour le recevoir et qui n'a point agi avec ses coservitcurs selon la volonté du maître, ne peut s'attendre qu'à une dure flagellation. Autre est le cas de celui qui, imparfaitement renseigné sur la volonté de son Seigneur, s'est livré à des actes dignes de châtiment : son châtiment sera moindre. Mais enfin, chacun rendra compte de sa gestion. Les biens de Dieu, en effet, nous sont accordés avec des charges diverses : charge d'en user, de les faire fructifier, de les restituer avec usure; à qui l'on a beaucoup donné, on réclamera beaucoup ; et de celui à qui l'on a beaucoup confié, on exigera davantage (Lc,xix, 11-27 ; Mt., xxv, 14-30). Nous pouvons considérer tout ceci comme la réponse profonde à la question de saint Pierre.