Evangile commenté du mardi 26 octobre 2021

Feria III Mardi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (13,18-21)
In illo tempore: Dicébat Iesus: “Cui símile est regnum Dei, et cui símile existimábo illud? Símile est grano sinápis, quod accéptum homo misit in hortum suum, et crevit et factum est in árborem, et vólucres cæli requievérunt in ramis eíus.” Et íterum dixit: “Cui símile æstimábo regnum Dei? Símile est ferménto, quod accéptum múlier abscóndit in farínæ sata tria, donec fermentarétur totum.” En ce temps là : Jésus disait : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-Je? Il est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme a pris et mis dans son jardin; et il a crû et est devenu un grand arbre, et les oiseaux du ciel se sont reposés sur ses branches. Il dit encore: A quoi comparerai-Je le royaume de Dieu? Il est semblable à du levain, qu'une femme a pris et mêlé dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout fût fermenté.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

La comparaison de la semence est si heureuse et si riche d'harmonies secrètes que le Seigneur ne croit pas l'avoir épuisée encore ; et après avoir feint de chercher ailleurs un symbole nouveau du Royaume de Dieu, il revient à son idée première. « Comment figurerons-nous, se demande-t-il, le Royaume de Dieu ? En quelle parabole le transposerons-nous ? Comparons-le au grain de sénevé qu'un homme prend et sème dans son jardin ou dans son champ. » Cette parabole nouvelle a pour dessein de marquer le contraste qui existe entre les commencements de l'Église et les splendeurs de son entier développement ; et aussi, entre les débuts de la vie surnaturelle chez chaque chrétien et son entier épanouissement. De ce contraste, une leçon se dégage, celle-là même que l'Apôtre aura pour mission spéciale de formuler : à savoir que Faction de l'homme s'est révélée impuissante, que le salut, que la refonte de l'humanité entière sont l'œuvre et la création de Dieu : Ipsius enim sumus factura, creati in Christo Jesu (Eph., ii, 10). Qu'est-ce, à l'origine, que la vie surnaturelle en nous? Une parole, un exemple, une lumière rapide et soudaine, une direction dans laquelle nous avons été engagés à notre insu. L'événement était chétif et insignifiant en apparence. Et pourtant, voici que, peu à peu, tout dans notre vie vient ressortir à ce punctum saliens ; voici qu'une préparation silencieuse amène aux pieds de Dieu toutes nos activités, même les plus soudaines et les plus rebelles. Et le phénomène qui s'accomplit en notre existence individuelle se répète dans l'humanité. Qu'est-ce, à l'origine, que l'Église ? Une pauvre crèche, une maison de Nazareth, une prédication simple et contestée, douze pêcheurs, cent vingt personnes réunies dans le Cénacle et priant ensemble. C'est quelque chose de tout petit, un grain de sénevé, la plus menue des semences qu'un cultivateur puisse jeter en terre. Mais voici que le grain de sénevé monte, monte ; il dépasse, et de beaucoup, tout ce qui croît dans le jardin ; il devient un arbre et pousse de grands rameaux, en sorte que sous son ombre et sur ses branches les oiseaux du ciel viennent chercher leur repos et leur demeure. Les doctrines des philosophes et des sages de ce monde se présentent sous d'autres dehors que le grain de sénevé évangélique. Elles sont de belle apparence, elles sont travaillées, soignées, elles sont le fruit de longues et ingénieuses réflexions. Regardons de près : elles sont tout en broussailles. Chacune d'elles bénéficie de sa nouveauté : mais aucune ne dépasse la hauteur de l’homme. On les compare, car elles sont toutes de même taille. Elles ne sauraient grandir ni étendre leurs rameaux : l'humanité n'y trouvera jamais un abri. Inintelligibles à la foule, qu'elles n'atteignent pas, elles ne sont que l'amusement de quelques rêveurs, le charme d'un dilettantisme prétentieux. Elles demeurent d'ailleurs totalement infructueuses pour le bien. Encore si elles n'étaient qu'infécondes ! Mais le plus souvent elles découragent l'intelligence, obscurcissent le réel et dissolvent la volonté. N'est-ce pas l'histoire de tous les âges ? — Après avoir appliqué la parabole du semeur à l'époque du Seigneur et aux temps apostoliques, celle de l'ivraie à l'époque des hérésies premières : Judaïsme, Gnosticisme, Manichéisme, peut-être pourrions-nous rapporter la parabole du grain de sénevé à l'époque de la paix de l'Église et de sa diffusion par le monde. Il va de soi que nous n'attachons à ces rapprochements qu'une valeur toute relative et de résultat, non d'intention formelle chez le Seigneur.