Evangile commenté du samedi 11 décembre 2021

Sabbato Sabbato
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (17,10-13)
Descendéntibus illis de monte, interrogaverunt Iesum discipulis dicentes: “Némini dixéritis visiónem, donec Fílius hóminis a mórtuis resúrgat.” Et interrogavérunt eum discípuli dicéntes: “Quid ergo scribæ dicunt quod Elíam opórteat primum veníre?” At ille respóndens ait: “Élias quidem ventúrus est et restítuet ómnia. Dico autem vobis quia Elías iam venit, et non cognovérunt eum, sed fecérunt in eo, quæcúmque voluérunt; sic et Fílius hóminis passúrus est ab eis.” Tunc intellexérunt discípuli quia de Ioánne Baptísta dixísset eis. Descendant de la montagnes Ses disciples interrogèrent Jésus alors, en disant: Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne auparavant? Mais Jésus leur répondit: Il est vrai qu'Elie doit venir, et qu'il rétablira toutes choses. Mais Je vous dis qu'Elie est déjà venu, et ils ne l'ont point connu, mais ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. C'est ainsi que le Fils de l'homme doit souffrir par eux. Alors les disciples comprirent que c'était de Jean-Baptiste qu'Il leur avait parlé.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

On descendit ensemble de la montagne. Le jour venait. Nous devinons l'empressement respectueux des apôtres autour de ce Maître béni, Fils de Dieu et tout à l'heure resplendissant des clartés divines. Saint Pierre devait s'en souvenir toujours, et vers la fin de sa vie rappeler aux chrétiens la scène glorieuse : Speculatores facti illius magnitudinis (II Petr,, i, 16-18). Et sans doute, sur l'heure, les trois privilégiés remerciaient Dieu de les avoir conduits à une telle fête. On ne peut rien imaginer de plus aimable, de plus habile et de plus prudent tout à la fois que la réponse du Seigneur : « Tout ceci est entre vous et moi. Vous n'en direz rien à personne. Vos lèvres ne seront déliées que lorsque le Fils de l'homme sera ressuscité d'entre les morts. » Il y a une affectation évidente, chez le Seigneur, à prédire à la fois Passion et Résurrection ; il cultive au cœur des disciples la notion de sa souffrance rédemptrice, de peur qu'ils n'en soient surpris, et, pour les prémunir contre tout scandale, leur prédit en même temps et sa mort et son triomphe sur la mort. Les apôtres gardèrent pour eux le secret de leur vision. Mais, du moins, dans l'intimité ils pouvaient y faire allusion. Ils se demandèrent ce que signifiait la réflexion du Seigneur : « Jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. » On voit combien des intelligences encore débiles travaillaient avec lenteur sur les données divines. Cette résurrection d'entre les morts n'est pas d'ailleurs la seule difficulté que soulevât dans leur esprit le miracle de la Transfiguration. Écoutons l'explication qu'ils sollicitent du Seigneur. Peut-être, afin de contester la messianité de Jésus, scribes et pharisiens ont-ils fait remarquer que certaines conditions préliminaires n'avaient pas été remjjlies. Le dernier des prophètes, Malachie, avait annoncé qu'Élie serait le précurseur du jour du Seigneur : «Voici que je vous envoie Élie le prophète, avant que vienne le jour de Jéhovah, grand et éclatant; et il ramènera le cœur des pères vers leurs enfants et celui des enfants vers leurs pères » (iv, 5-6). Élie devait donc venir « d'abord », et restaurer l'unité d'Israël. Or, Élie n'était pas venu. Par conséquent, Jésus de Nazareth n'était pas le Messie. On comprend qu'après avoir reconnu Élie près du Seigneur, la nuit passée, les apôtres se soient souvenus de l'objection soulevée par la Synagogue, ou tout au moins de son enseignement habituel : « Mais, Seigneur, disent-ils, puisque vous êtes le Messie, puisque c'est chose constante par le témoignage de la Loi, des Prophètes, et de Dieu même, pourquoi donc les scribes et les pharisiens nous disent-ils que tout d'abord Elle doit venir ? Est-il encore attendu ? Ou bien, s'il est apparu, comme nous l'avons constaté, pourquoi est-il venu non pas d'abord, non pas avant vous, mais après votre manifestation, et pour si peu de témoins, pour si peu de temps ? » Le Seigneur répond avec une brièveté extrême. La Synagogue a raison : Élie viendra « d'abord » pour restituer toutes choses et reconstituer l'unité d'Israël ; ce sera le rôle du prophète lorsqu'il se présentera en personne, avant le second et définitif avènement du Messie. Mais, du reste, Élic est venu déjà ; il est venu premier, avant moi : non pas sans doute en personne (Jo., I, 21) ; mais quelqu'un est venu « avec l'esprit et la puissance d'Élie » (Lc., i, 17), avec une mission et une fonction analogues. Et, comme le prophète traqué par Jézabel (III Reg., xix, 2, 10), il a connu la persécution et l'opposition violentes. Il est venu, réalisant déjà les Écritures : mais ceux-là mêmes qui feignaient de l'attendre l'ont méconnu, ils lui ont fait subir tout ce qu'il leur a plu. Le même sort est réservé au Fils de l'homme. N'est-il pas écrit de lui qu'il doit souffrir beaucoup et affronter le mépris (Is., lvi, 3) ? Ainsi, la souffrance est la destinée commune d'Élie, du Précurseur et du Messie : elle entre, comme partie intégrante, dans l'économie d'un même mystère. Sans que le nom de Jean-Baptiste eût été prononcé, les apôtres comprirent bien, remarque saint Matthieu, que c'était de lui qu'il était question (Mt,, xi, 14).