Evangile commenté du lundi 31 janvier 2022

Feria II Lundi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Matthǽum (18,1-5)
In illa hora accessérunt discípuli ad Iésum dicéntes: “Quis putas maíor est in regno cælórum?” Et ádvocans párvulum, státuit eum in médio eórum et dixit: “Amen dico vobis: Nisi convérsi fuéritis et efiiciámini sicut párvuli, non intrábitis in regnum cælórum. Quicúmque ergo humiliáverit se sicut párvulus iste, hic est maíor in regno cælórum. Et, qui suscéperit unum párvulum talem in nómine meo, me súscipit. En cette heure là, les disciples s’approchèrent de Jésus, et Lui dirent : Qui est le plus grand dans le royaume des Cieux ? Jésus ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : En vérité, Je vous le dis, à moins que vous ne vous convertissiez, et que vous ne deveniez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme cet enfant, sera le plus grand dans le royaume des Cieux. Et quiconque reçoit en Mon nom un enfant comme celui-ci, Me reçoit Moi-même.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Nous sommes encore dans la maison de Capharnaüm ; tous les apôtres sont présents. « Sur quoi discutiez-vous en chemin ? » interroge le Seigneur. Il les provoque à un examen de conscience et veut obtenir l'aveu de leurs dispositions secrètes. Cette question jette d'abord les apôtres dans l'embarras, ils gardent le silence. Mais voyant bien que Jésus lisait dans leur âme, ils avouent enfin avoir agité ensemble une question de préséance. Même, selon saint Matthieu, ils allèrent jusqu'à demander la solution au Seigneur : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? » Ce n'était pas, croyons-nous, une rivalité de sainteté personnelle, mais une question de préséance dans ce nouveau Royaume que le Seigneur venait fonder sur terre et dont il ne tarderait pas à prendre visiblement possession (Mt., xvi, 28). N'y avait-il pas pour eux un intérêt à savoir quel serait le premier et qui succéderait à la primauté du Seigneur, alors surtout que le Seigneur parlait de mourir ?... Peut-être la discussion ne s'établissait-elle pas entre tous les apôtres, quelques-uns se contentant d'être apôtres sans aspirer au premier rang. Mais les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, parents du Seigneur, avaient des titres capables, leur semblait-il, de rivaliser avec ceux de Pierre ; et bientôt, leur mère Salomé viendra poser leur candidature devant le Seigneur lui-même. Alors même que la discussion n'eût été le fait que du petit nombre, tous ces pasteurs futurs de l'Église méritaient un enseignement d'humilité. Aussi le Seigneur, faisant trêve à toute occupation, s'assied, groupe autour de lui les Douze et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il se fasse le dernier et le serviteur de tous. » Au fond, la réponse est beaucoup plus directe qu'elle ne le semble tout d'abord ; car les apôtres ne songeaient qu'à la grandeur et à la domination extérieures ; Jésus leur répond au sujet de la grandeur intérieure et surnaturelle. Au lieu de blâmer directement leur ambition, il prend son point d'appui dans leur ambition même : « Tel d'entre aous veut être le premier dans mon Royaume ? Soit. Qu'il en apprenne les conditions : se mettre sincèrement au dernier rang et employer son dévouement au service de tous. Voilà sur quoi vous devez rivaliser ensemble. » Cela ne signifie nullement l'absence d'autorité dans l'Église ; mais cela veut dire dans quel esprit cette autorité s'exercera et, en dehors même de toute question hiérarchique, en quoi consiste la vraie grandeur dans l'ordre surnaturel. Et afin de traduire cette doctrine dans un acte symbolique, le Seigneur appela un petit enfant qui était à portée de lui, l'introduisit dans le groupe des apôtres, le prit affectueusement entre ses bras, en disant : « Je vous le déclare, si vous ne vous convertissez, si vous ne dépouillez des dispositions trop humaines, et ne devenez semblables aux petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. Ainsi donc, quiconque se fait tout petit comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume. » La perfection, la vraie dignité devant Dieu consiste à revenir, de volonté résolue, à ce qu'est l'enfant par sa condition naturelle. Non sans doute que le Seigneur nous propose de revenir à la légèreté ou à l'inconstance, mais à la docilité confiante, à l'abandon, à la tranquille simplicité de l'enfance. Avec l’humilité, le dévouement : omnium novissimus et omnium minister. Que notre charité n'excepte personne : c'est surtout vers ce qui est humble et faible qu'elle se doit incliner. Et voici que le petit enfant, qui était déjà notre modèle, nous devient comme un sacrement. Jésus nous apprend la valeur d'une âme chrétienne, sa valeur vraiment divine : « Quiconque reçoit, c'est-à-dire, traite avec bonté un de ces petits enfants en mon nom, parce qu'il est à moi, parce que je l'aime, et pour me faire plaisir, celui-là me reçoit moi-même. » C'est moins à l'enfance qu'au Christ lui-même que nous donnons accueil. Et le Seigneur nous saura gré, non pas seulement parce que nous l'accueillons, mais parce que, pour accueillir de la sorte, notre âme ne fait plus qu'un avec l’âme du Christ. Le Sauveur ajoute une autre promesse : « Et celui qui me reçoit, ce n'est pas moi seul qu'il reçoit, mais celui qui m'a envoyé. » Avec le Fils de Dieu, vient en nous le Père, la tendresse incréée. Nous reconnaissons la doctrine du Seigneur en saint Jean : Si quis diligit me, sermonem meum servabit; et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus (xiv, 23. Cf. Mt., x, 40 ; Jo., xiii, 20).