Evangile commenté du jeudi 3 février 2022

Feria V Jeudi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Marcum (6,7-13)
In illo tempore: Cónvocat Iesus Duódecim et cœpit eos míttere binos et dabat illis potestátem in spíritus immúndos; et præcépit eis, ne quid tóllerent in via nisi virgam tantum: non panem, non peram neque in zona æs, sed ut calcearéntur sandáliis et ne indueréntur duábus túnicis. Et dicébat eis: “Quocúmque introiéritis in domum, illic manéte, donec exeátis inde. Et quicúmque locus non recéperit vos nec audíerint vos, exeúntes inde excútite púlverem de pédibus vestris in testimónium illis.” Et exeúntes prædicavérunt, ut pæniténtiam ágerent; et dæmónia multa eiciébant et ungébant óleo multos ægrótos et sanábant. En ce temps là, Jésus appela les douze, et Il Se mit à les envoyer deux à deux, et Il leur donna puissance sur les esprits impurs. Et Il leur commanda de ne rien prendre pour le chemin, si ce n'est un bâton seulement, ni sac, ni pain, ni argent dans leur bourse, mais de chausser leurs sandales, et de ne pas revêtir deux tuniques. Et Il leur disait: Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu; et lorsqu'on ne voudra pas vous recevoir, ni vous écouter, sortez de là, et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. Etant donc partis, ils prêchaient qu'on fît pénitence, et ils chassaient de nombreux démons, et ils oignaient d'huile de nombreux malades et les guérissaient.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

C'est à l'heure même où les siens l'accueillaient si mal, que le Seigneur dispose toutes choses pour que le bénéfice de la vérité et le bien-être des santés elles-mêmes soient plus largement assurés dans la Galilée. Il appelle les Douze autour de lui. Nous connaissons tous ces noms, depuis l’heure de leur élection définitive. Voici d'abord les pouvoirs qui leur sont conférés : ils auront puissance et maîtrise sur les esprits impurs, sur tous les démons ; ils sauront guérir toute infirmité corporelle ; néanmoins l'objet principal de leur ministère est d'annoncer le Royaume de Dieu, et de prêcher la pénitence qui dispose les âmes à y entrer. La parole de saint Marc : et coepit eos mittere binos, laisse entendre que le Seigneur ne se priva point d'un seul coup de l'assistance des Douze, mais que, dans le dessein de leur faire essayer l'apprentissage de l'apostolat, il commença dès lors à les détacher, deux par deux, pour une mission aux environs de Nazareth. Ce n'est encore qu'une préparation et un essai. La mission définitive est celle qui est formulée au premier chapitre des Actes. Mais actuellement le Seigneur limite le champ de leur apostolat. Les Juifs avaient un titre à être informés les premiers, ils devaient être les mieux préparés à recevoir l'évangile ; et pour aborder une oeuvre plus étendue, les apôtres eux-mêmes avaient besoin d'une éducation plus achevée. « N'allez pas, leur recommande le Seigneur, sur la route des gentils, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains. » L'expression via gentium désigne peut-être, d'une façon précise, la Galilée septentrionale, la Galilaea gentium, dont saint Matthieu nous a parlé au chapitre iv, 15 : une région trop mêlée de païens pour que la prédication des apôtres y fût dès lors fructueuse. Et il faut en dire autant de la Samarie, très hostile à tout ce qui venait des Juifs. Plutôt que d'exposer ses disciples à des échecs déconcertants, le Seigneur les députe vers ceux-là mêmes qui sont l'objet premier de sa propre compassion : les brebis perdues et délaissées de la maison d'Israël. Tel est leur auditoire. Et voici maintenant le thème de leur prédication ; il est identique à celui de leur Maître et à celui de saint Jean-Baptiste : « Le Royaume de Dieu est proche : » c'est-à-dire le règne de Dieu à l'intérieur des âmes, et aussi dans Une organisation extérieure correspondante, où l'on prie, où l'on enseigne, où l'on sanctifie, où l'on gouverne dans l'ordre et la paix. Toujours à l'exemple de leur Maître, ils fourniront la preuve de la vérité de leur doctrine : on les croira sur le témoignage de leurs oeuvres. Ils guériront les malades, ils ressusciteront les morts, ils purifieront les lépreux, ils chasseront les démons. Suit une recommandation que les trois synoptiques ont recueillie avec soin : elle est relative à la pauvreté : Gratis accepistis, gratis date : vous exercerez gratuitement un pouvoir que vous avez reçu à titre gracieux. A la différence des pharisiens qui se font monnayer leurs prières et leurs services, vous vous montrerez affranchis de tout souci d'argent. Ce sera l'honneur de votre apostolat. On vous reconnaîtra à ce signe : l'absolu désintéressement. L'homme est l'esclave de tout ce qu'il possède : plus votre pauvreté sera rigoureuse, et plus vous serez libres, aptes par conséquent à réaliser l'œuvre que Dieu attend de vous. Déjà, au chapitre vi de saint Matthieu, le Seigneur affranchissait le chrétien des sollicitudes inquiètes : « Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? comment nous vêtirons-nous ? » Mais le détachement apostolique doit délaisser de beaucoup les conditions ordinaires de la vie chrétienne. Non contents de ne rien recevoir comme salaire, dit le Seigneur, vous ne posséderez rien. Votre dépouillement sera un acte de foi dans la Providence, qui se fera votre pourvoyeuse. Ni or, ni argent, ni monnaie dans la ceinture ; ni pain, ni la petite besace de provisions pour la route ; ni tunique de rechange ; ni souliers, mais les simples sandales que vous portez d'ordinaire. Partez comme vous êtes, avec seulement votre bâton en main. Pourquoi auriez-vous un souci matériel quelconque ? L'ouvrier a droit à sa nourriture : Dieu, et les âmes à qui vous porterez la bonne nouvelle, ne vous laisseront pas mourir de faim. — Selon saint Matthieu et saint Luc, les apôtres ne devaient même pas emporter de bâton, tandis que saint Marc l'autorise : nisi virgam tantum. Il est probable que les documents dont se sont servis les évangélistes ont différé sur ce détail, qui, au point de vue de l'intention et de l'enseignement du Seigneur, est de peu d'importance : l'essentiel est tout entier dans le précepte d'une pauvreté rigoureuse. Le Seigneur ajoute une recommandation relative au logement. Quand vous entrerez dans une ville ou dans un village, informez-vous qui est digne de vous recevoir, c'est-à-dire, non pas nécessairement un hôte riche et influent, mais toute personne de mœurs graves, de bon renom, digne du message divin que vous apportez. Sa maison deviendra votre gîte habituel et votre centre d'action. Vous y demeurerez jusqu'à votre départ ; vous n'en sortirez pas pour adopter, dans la même cité, une autre hospitalité : cette instabilité serait discourtoise, et préjudiciable à vous-mêmes comme à tous. De la maison qui vous héberge, vous vous répandrez dans la ville, vous en visiterez successivement toutes les demeures. A l'entrée de chacune, vous direz, sous forme de salut : « Paix à cette maison ! » Saluez-la, porte simplement le texte grec : le salut juif était accompagné d'un souhait de paix. Si cette demeure en est digne, que votre paix repose sur elle, que Dieu bénisse la charité qui vous accueille. Sinon, que votre paix vous revienne. C'est un hébraïsme qui signifie : votre parole sera comme si elle n'avait pas été prononcée, n'ayant pas trouvé d'écho dans l'âme des habitants. Lorsqu'un salut est donné au nom du Seigneur, il y a deux bénéficiaires : celui qui le donne, et celui qui le reçoit ; si le second se dérobe, le premier ne possède pas moins et ne garde pas moins, devant Dieu, le fruit de son acte surnaturel : c'est ce que veut signifier l'évangile. Quant à la maison ou à la cité qui refuse de vous recevoir et de vous écouter, ne cherchez pas à faire tomber sur elle le feu du ciel : Dieu se charge de venger lui-même sa vérité méconnue. Sortez simplement de cette demeure, de cette localité ; et afin de montrer que vous n'avez rien de commun avec elle, que vous ne voulez rien emporter d'elle, secouez jusqu'à la poussière de vos sandales, selon le geste familier aux Juifs lorsqu'ils abandonnent une terre païenne ou maudite. En vérité, je vous le déclare : au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront mieux traitées que la cité inhospitalière.