Evangile commenté du jeudi 10 février 2022

Feria V Jeudi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (10,38-42)
In illo tempore: Intrávit Iesus in quoddam castéllum, et múlier quædam Martha nómine excépit illum. Et huic erat soror nómine María, quæ étiam sedens secus pedes Dómini audiébat verbum illíus. Martha autem satagébat circa frequens ministérium; quæ stetit et ait: “Dómine, non est tibi curæ quod soror mea relíquit me solam ministráre? Dic ergo illi, ut me adiúvet.” Et respóndens dixit illi Dóminus: “Mártha, Martha, sollícita es et turbáris erga plúrima, porro unum est necessárium; María enim óptimam partem elégit, quæ non auferétur ab ea.” En ce temps là : tandis qu’ils étaient en chemin, Jésus entra dans un bourg ; et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.  Et elle avait une sœur, nommée Marie, qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole ; mais Marthe s’empressait aux soins multiples du service. Elle s’arrêta, et dit : Seigneur, n’as-Tu aucun souci de ce que ma sœur me laisse servir seule ? Dis-lui donc de m’aider. (Mais) Le Seigneur, répondant, lui dit : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu te troubles pour beaucoup de choses. Or une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas ôtée.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Le Seigneur, accompagné de ses disciples, est en route vers Jérusalem, — nous le supposons, du moins, — et se rend à la fête des Tabernacles. Il rencontre en chemin une bourgade, que l'on identifie ordinairement avec Béthanie, la cité de Marthe, de Marie et de Lazare (Jo., xi, 1). Et une femme qui s'appelait Marthe, dit saint Luc, le reçut dans sa maison ; elle avait une sœur, nommée Marie. C'est Marthe qui accueille ; elle agit comme ime maîtresse de maison, peut-être en qualité d'aînée. Il n'est point question de Lazare. Tandis que le repas se prépare, Marie se tient assise aux pieds du Seigneur, dans l'attitude habituelle des disciples ; et elle écoute la parole du Maître. On ne nous dit pas de quoi parlait Jésus, ni de quels enseignements Marie se montrait si a\àde : toute parole du Seigneur lui était chère. Quant à Marthe, elle se donnait beaucoup de peine, sollicitée de-ci de-là et préoccupée par les soins multiples du serv-ice. Marie était assise et ne faisait rien : cela ennuie toujours ceux qui travaillent ! Marthe s'approcha donc, et s'adressant non à Marie, mais à Jésus : « Seigneur, dit-elle, vous ne vous souciez pas que ma sœur me laisse seule assurer le service ? Dites-lui donc de venir m'aider ! » Rien ne nous incite à donner aux paroles de Marthe un ton courroucé ; elles ont plutôt l'accent d'une plainte affectueuse et d'une réflexion familière. Et c'est aussi sur le ton de l'affection que fut prononcée la réponse divine : « Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous agitez pour beaucoup de choses, alors qu'une seule est nécessaire, » ou bien, selon une leçon peut-être plus fondée : « alors qu'il n'est besoin que de peu de choses, ou même d'une seule. » Selon ce second texte, le Seigneur protesterait doucement contre les préparatifs exagérés dans lesquels se perd la bonne Marthe. Mais cette allusion aux aliments matériels n'a d'autre dessein que d'amener la leçon morale et de faire l'éloge des âmes avides de l'aliment spirituel. Aussi le Seigneur achève-t-il en disant : « En tout cas, Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point enlevée. » Non, le Seigneur n'arrachera point Marie à sa contemplation et à son amour ; bien avisée, elle a pris place déjà à ce festin de vie étemelle que le Seigneur est venu offrir à ses hôtes de Béthanie. Il est bon de recevoir Jésus dans sa maison : il est meilleur encore de recevoir, des lèvres de Jésus, la vérité dans son cœur. Les vrais heureux sont ceux qui recueillent la parole de Dieu et la gardent avec amour, comme un trésor. Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud (Lc,xi, 28).