Evangile commenté du mercredi 4 mai 2022

Feria IV Mercredi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (6,35-40)
In illo tempore: Dixit Iesus turbis: Ego sum panis vitæ. Qui venit ad me, non esúriet; et, qui credit in me, non sítiet umquam. Sed dixi vobis, quia et vidístis me et non créditis. Omne, quod dat mihi Pater, ad me véniet; et eum, qui venit ad me, non eíciam foras, quia descéndi de cælo, non ut fáciam voluntátem meam sed voluntátem eíus, qui misit me. Hæc est autem volúntas eíus, qui misit me, ut omne, quod dedit mihi, non perdam ex eo, sed resúscitem illud in novíssimo die. Hæc est enim volúntas Patris mei, ut omnis, qui videt Fílium et credit in eum, hábeat vitam ætérnam; et resuscitábo ego eum in novíssimo die.” En ce temps là : Jésus dit à la foule : Je suis le Pain de vie; celui qui vient à Moi n'aura pas faim, et celui qui croit en Moi n'aura jamais soif. Mais, Je vous l'ai dit, vous M'avez vu et vous ne croyez point.  Tout ce que le Père Me donne viendra à Moi, et celui qui vient à Moi, Je ne le jetterai pas dehors. Car Je suis descendu du Ciel, pour faire, non Ma volonté, mais la volonté de Celui qui M'a envoyé. Or la volonté du Père qui M'a envoyé, c'est que Je ne perde rien de ce qu'Il M'a donné, mais que Je le ressuscite au dernier jour. La volonté de Mon Père qui M'a envoyé, c'est que quiconque voit le Fils, et croit en Lui, ait la vie éternelle; et Moi-même Je le ressusciterai au dernier jour.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

On conçoit aussi qu'auprès des Juifs l'assertion : « Je suis le pain de la vie venant du ciel » ait provoqué des surprises, voire des dénégations. Le Seigneur poursuit : Mais je vous l'ai dit déjà: vous m'avez vu, vous avez vu mes miracles, et vous ne croyez pas. On dirait que Jésus se recueille un instant, comme pour inciter de nouveau à la foi, pour en montrer la source bénie, pour vanter la région où elle nous introduit, la vie éternelle qu'elle nous vaudra. Il voit le groupe des croyants et des prédestinés venir à lui : l'incrédulité des Juifs n'arrêtera pas le bienfait de Dieu. Tout ce que mon Père me donne viendra à moi, dit-il, et celui qui vient à moi je ne le repousserai pas, je ne le mettrai pas dehors. Et la vraie raison de cette disposition du Seigneur à garder en lui, dans sa vie, tous ceux que le Père lui a donnés, c'est qu'il n'est comme Fils de Dieu que l'instrument de la tendresse infinie, le procédé vivant par lequel le Père accomplit toute chose, dans la création et dans la Rédemption. Le Fils n'a ni une pensée, ni une action personnelle : il ne peut rien faire, comme Dieu, que ce qu'il voit faire à son Père, et, comme Verbe Incarné, que ce que son Père lui a confié. Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Dans la mesure où il s'écarterait de la pensée et du vouloir de son Père, il cesserait d'être Fils, il s'isolerait de la Trinité. Ni le Père ne peut vouloir qu'avec son Fils, ni le Fils ne peut vouloir autre chose que ce que veut le Père. Ils sont deux : mais il n'y a pour tous deux qu'une seule pensée, une même volonté. Or, voici quelle est la volonté de mon Père, qui m'a envoyé : c'est que je ne laisse périr aucun de ceux qu'il m'a donnés et que je leur rende la vie au dernier jour. Dans le texte, le Seigneur use de la forme abstraite : omne, quod dedit mihi..., parce que les élus sont devant lui comme un groupe distinct, comme un faisceau déterminé et précis. Ils ne sauraient périr, les élus de Dieu : ils sont entrés dans la vie du Seigneur qui n'est point complet sans eux ; car, sans eux, il ne serait pas le second Adam : aucun de ces prédestinés ne saurait donc définitivement périr : la puissance et l'honneur du Fils de Dieu y sont engagés. — Au verset 39, c'est la volonté de Dieu à l'égard du Rédempteur qui est affirmée ; au verset 40, la volonté de Dieu à l'égard des rachetés : les deux textes, encore qu'ils proposent la même doctrine, ne font donc pas double emploi. Telle est la volonté de mon Père, ajoute le Seigneur, que tout homme qui voit le Fils et croit en lui, qui regarde le Fils comme étant le Fils de Dieu, possède la vie éternelle : et je le ressusciterai, moi, au dernier jour. Il n'échappera point à ce que le monde appelle la mort : mais la vraie mort ne consiste pas en la séparation de l'âme d'avec le corps, mais seulement dans la séparation de l'âme d'avec Dieu : le Seigneur ne permet ce que nous appelons la mort que pour relever, dans de magnifiques proportions, le corps lui-même, un instant humilié dans le tombeau. En vérité, il ne se pouvait rien dire qui fût plus efficace pour obtenir la foi de tous et nous établir dans une absolue sécurité : appartenir au Père, être par lui confié au Fils, communier à sa filiation, n'avoir plus faim, n'avoir plus soif à jamais, porter la vie éternelle en soi, ne mourir que pour revive ! Et ces adorables promesses étaient faites par la Beauté et la Sainteté même, elles étaient appuyées par les miracles : comment était-il possible d'y résister?