Evangile commenté du dimanche 8 mai 2022

Dominica Dimanche
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (10,27-30)
In illo tempore: Dixit Iesus: Oves meæ vocem meam áudiunt, et ego cognósco eas, et sequúntur me; et ego vitam ætérnam do eis, et non períbunt in ætérnum, et non rápiet eas quisquam de manu mea. Pater meus quod dedit mihi, maíus ómnibus est, et nemo potest rápere de manu Patris. Ego et Pater unum sumus.” En ce temps là : Jésus dit : Mes brebis écoutent Ma voix, et Je les connais, et elles Me suivent ; et Je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de Ma main. Ce que Mon Père M'a donné est plus grand que toutes choses, et personne ne peut le ravir de la main de Mon Père. Mon père et moi sommes un.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Deux mois environ séparent la Scénopégie de la fête de la Dédicace, appelée aussi Encaenia, ou encore fête des Lumières. Elle se célébrait vers la fin de décembre. On peut relire au livre iii des Rois, chapitre v à viii, l'histoire du temple de Salomon. Après la captivité, il avait été rebâti par Zorobabel ; Hérode, pour flatter les Juifs, sétait appliqué à lui rendre sa magnificence première. On y avait consacré près d'un demi-siècle de travaux, et l'œuvre n'était pas terminée encore. Sans doute afin que ce nouveau temple n'eût rien à envier à l'ancien, on avait restitué le « portique de Salomon ». Mais la fête des Encaenia n'a pour objet de célébrer ni la dédicace du temple de Salomon, ni celle du temple de Zorobabel : elle a simplement pour dessein de perpétuer le souvenir de la purification accomplie par Judas Macchabée (I Mach,, iv, 42-58 ; II Mach., i, 18-36 ; x, 1-8), après trois ans de profanation. Le Seigneur était arrivé à Jérusalem pour la fête. C'était l'hiver, remarque saint Jean. Jésus se promenait sous le portique de Salomon, à l'est du temple, lorsque les Juifs l'entourent et l'interrogent : « Pourquoi tenir davantage notre esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le donc ouvertement. » La fête de la Dédicace, qui rappelait la chute d'Antiochus Épiphane et les victoires des Macchabées, réveillait les espérances nationales ; quelques-uns peut-être interrogeaient avec droiture et se demandaient si l'heure de l'affranchissement était enfin venue. A ceux qui ne veulent pas croire, comme à ceux qui attendent un règne de Dieu tout terrestre, le Seigneur fait la même réponse : Que de fois je vous ai dit ce que je suis ! Que de fois vous l'ont prouvé ces œuvres que je fais au nom de mon Père, et qui montrent que je suis son Fils ! Mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. — Si les Juifs ne se rendent ni aux paroles, ni aux miracles du Seigneur, la cause en est dans leurs dispositions intimes, dans l'esclavage volontaire que leur créent les préjugés ou la haine. Il faudrait, pour croire, apporter à l'école du Seigneur une intelligence docile et confiante ; en un mot, il faudrait être une brebis du Seigneur. Telle est, en effet, la condition des vraies brebis. Elles obéissent à la voix de leur pasteur, et leur pasteur les connaît, et elles le suivent. Le Seigneur, une fois de plus, revient à ces invitations tendres au prix desquelles il s'efforce d'attirer à lui les hommes par le souci de leur intérêt surnaturel. Être à Dieu, être la brebis d'un tel pasteur, être enseigné de lui, être connu de lui, le suivre partout ; et, grâce à lui, être assuré de vivre éternellement, sans que personne au monde puisse nous ravir à lui : n'y a-t-il pas dans ces perspectives de quoi lui amener les âmes et les lui attacher à jamais ? « Et je leur donne la vie éternelle, ajoute-t-il, et elles ne périront point, et nul ne les arrachera de mes mains. » Et, comme ces dernières paroles contenaient l'affirmation de sa toute-puissance, le Seigneur la fait remonter à son Père, de qui il la reçoit, mais de qui il la reçoit comme Fils, dans l'unité de nature. D'où vient la sécurité des brebis? D'où vient la sérénité du pasteur? « Ce que mon Père m'a donné est plus puissant que toutes choses » : c'est donc la toute-puissance qui est aux mains du Fils ; « et nul ne peut ravir les âmes des mains de mon Père » : c'est donc la même toute-puissance qui est aux mains du Père. La conclusion naissait d'elle-même du jeu mutuel de ces deux affirmations : « le Père et moi nous sommes un » : une même réalité, donnée par l'un, reçue par l’autre, donnée et possédée, reçue et possédée au même titre. Quod dédit mihi peut signifier ainsi, soit la puissance communiquée dans l'unité de nature, soit même l'ensemble des élus, l'Église, plus forte que tout au monde : Et portae inferi non praevalebunt adversus eam (Mt., xvi, 18. Cf. Jo., vi, 39-4-0).