Evangile commenté du jeudi 26 mai 2022

Feria V Jeudi
Ad missam in vigilia Ad missam in vigilia
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Ioánnem (14,23-29)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: “Si quis díligit me, sermónem meum servábit, et Pater meus díliget eum, et ad eum veniémus et mansiónem apud eum faciémus; qui non díligit me, sermónes meos non servat. Et sermo, quem audítis, non est meus, sed eíus qui misit me, Patris. Hæc locútus sum vobis apud vos manens. Paráclitus autem, Spíritus Sanctus, quem mittet Pater in nómine meo, ille vos docébit ómnia et súggeret vobis ómnia, quæ dixi vobis. Pacem relínquo vobis, pacem meam do vobis; non quómodo mundus dat, ego do vobis. Non turbétur cor vestrum neque formídet. Audístis quia ego dixi vobis: Vado et vénio ad vos. Si diligerétis me, gauderétis quia vado ad Patrem, quia Pater maíor me est. Et nunc dixi vobis, priúsquam fiat, ut, cum factum fúerit, credátis. En ce temps là, Jésus dit à Ses disciples : Si quelqu’un M’aime, il gardera Ma parole, et Mon Père l’aimera, et Nous viendrons à lui, et Nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne M’aime pas ne garde pas Mes paroles ; et la parole que vous avez entendue n’est pas de Moi, mais de Celui qui M’a envoyé, du Père. Je vous ai dit ces choses pendant que Je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en Mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que Je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que Je vous la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, et qu’il ne s’effraye pas. Vous avez entendu que Je vous ai dit : Je m’en vais, et Je reviens à vous. Si vous M’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que Je vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand que Moi. Et Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, afin que, lorsqu’elles seront arrivées, vous croyiez.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Il semble que des paroles si douces aient provoqué chez les apôtres une expression de reconnaissance et de tendresse. Vous m'aimez, je le sais, je le vois, continue Jésus : gardez mes commandements. L'union véritable est celle des volontés, indice irrécusable de l'affection. Et, à l’heure venue, afin qu'il soit constant que ce n'est pas de séparation qu'il s'agit entre nous, mais bien plutôt d'union, je demanderai au Père, avec la sainte familiarité et l'autorité propres au Fils, qu'il vous donne, en échange de ma présence visible, un ami autre que moi, un autre Consolateur, qui, lui, demeurera éternellement avec vous. Le Père vous l'enverra et vous le donnera ; et comme je serai avec vous tous les jours jusqu'à là consommation du siècle présent, lui aussi demeurera. Là où est le nœud de la Trinité, là se trouve la Trinité tout entière. C'est l'Esprit qui fait l'union des Personnes, parce qu'il procède d'elles comme le fruit de leur amour ; lui qui fait aussi notre union à Notre-Seigneur Jésus-Christ, lui qui nous rend intérieurement témoignage que nous sommes enfants de Dieu (Rom., viii, 16) et poursuit en nous la fonction qu'il exerce dans la Trinité. Ainsi, les deux Personnes qui procèdent s'emploient-elles l'une après l'autre, l'une avec l'autre, à l'œuvre du Père se cherchant des fils dans l'humanité : Quoniam autem estis filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra, clamantem : Abba, Pater (Gal., iv, 6). Le Seigneur l'appelle l'Esprit de la vérité : parce qu'il est la vérité même, parce qu'il l'enseigne, parce qu'il suggère et rappelle des vérités insuffisamment comprises, parce qu'il garantit intérieurement la vérité, la fidélité de Dieu, et réalise en nous toutes ses promesses. C'est par là qu'il nous est appui et Consolateur. De lui vient la différence entre les enfants de Dieu, et les enfants du siècle. Le monde, c'est-à-dire l'ensemble de tous ceux qui mettent leur amour et leur fin ici-bas, le monde ne peut le recevoir. Comment recevraient-ils l'Esprit de Dieu ? Il n'a pas de place en eux. Le lieu de la sagesse, en eux, est encombré : les appels de l'Esprit ne sont pas entendus, ses enseignements ne sont pas accueillis ; car il doit exister une proportion entre le moteur et le mobile ; une affinité secrète, une droiture première et profonde est requise pour que les manifestations de l'Esprit arrivent jusqu'à l'âme. Le monde échappe donc à l'Esprit de Dieu. Mais, en revanche, celui qui est le Don de Dieu et le principe de tous les dons surnaturels sera connu et reçu des fidèles. Il demeurera dans la société chrétienne, dont il sera le moteur et le guide ; il demeurera en chacun, pour créer en chacun les dispositions surnaturelles qui plaisent à Dieu. Lorsqu'il viendra, dit le Seigneur, reconnaissez-le, accueillez-le. Je ne vous parle pas de la présence de l'Esprit de Dieu pour retirer la mienne. Moi-même, si je m'éloigne et vous soustrais ma présence visible, ce n’est que momentané. Un peu de temps, et me voici revenu à vous. Vous ne serez pas longtemps orphelins. Je viendrai à la Résurrection, je viendrai à la Pentecôte, je viendrai à la destruction de Jérusalem, je viendrai tous les jours, je viendrai au dernier. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me re verrez encore. Nous aurons quarante jours pour vivre et nous réjouir ensemble. La mort elle-même n'y fera rien ; c'est dans l'unité d'une même vie que nous sommes, vous et moi ; et parce que je vis, vous vivrez avec moi de la vie éternelle. Un jour viendra, qui ne sera plus le jour de la foi, mais de la vision ; vous verrez alors ce que vous croyez maintenant : vous connaîtrez que je suis dans mon Père, que vous êtes en moi, que je suis en vous. Une condition est requise et suffit : aimer le Seigneur. Tantôt Jésus nous demande d'être en lui par la foi, tantôt d'être en lui par la charité ; mais il est trop facile de concilier ces exigences. C'est par la foi que nous entrons dans la vie du Seigneur ; mais comme la foi n'est pas un élément platonique et que, selon l'Apôtre, elle agit par la charité, c'est par la charité que s'épanouit et se traduit la vie du Seigneur en nous. Et l'indice de l'union parfaite à Notre-Seigneur Jésus-Christ, la pierre de touche de notre charité, c'est de vouloir et d'accomplir ce que veut le Seigneur : accueillir les commandements par la foi, et les garder par la charité, c'est tout le chrétien. Mais pour conserver ce trésor, il faut le défendre, de même que, pour l'obtenir, il faut le solliciter. Il n'y a pas de différence entre aimer et obéir. « Celui qui garde en son cœur mes commandements et les observe, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; et moi, je l'aimerai et je me manifesterai à lui. » Telle est l'incomparable récompense promise par Dieu à celui qui aime vraiment. Jamais on n'a condensé en moins de paroles tout le mystère de la vie surnaturelle. Ce programme enchantait les apôtres, alors même qu'ils en appréciaient imparfaitement l'étendue. Nous connaissons leurs préjugés. Le Messie doit faire la conquête du monde et régner partout ; comment se fait-il donc que certaines portions soient exclues, et que Jésus réserve aux seuls disciples son Esprit et sa manifestation ? N'y a-t-il pas en ce fait l'abdication d'une partie considérable de sa mission ? Telle était l'inquiétude secrète de Judas, non pas l'Iscariote, mais le frère de Jacques, et il s'en ouvre au Seigneur : « Pourquoi donc, Seigneur, vous manifester à nous, et pas au monde ? » En répondant à la question de saint Jude, Jésus reprend, et avec plus de force, la doctrine exposée déjà (verset 17). Le Fils de Dieu ne se montre pas au monde parce que le monde n'aime pas Dieu, n'ordonne pas sa vie selon la loi que le Fils de Dieu a apportée ici-bas. C'est là ce qui le rend inexcusable, car cette parole que vous entendez et qu'il méprise n'est pas de moi : elle est de celui qui m'a envoyé, le Père. On se détourne donc de Dieu lui-même lorsque, par système, on se détourne de moi ; et on ne se détourne de moi que pour perdre les biens de l'éternité. Quelle différence avec les enfants de Dieu ! « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous établirons en lui notre demeure. » Grâce à la foi et à son achèvement pratique, la charité, nous serons aimés du Père, au titre de son Fils ; le Père et le Fils viendront en nous : car, lorsque celui qui est Père vient quelque part, il n'y peut venir qu'avec son Fils. Et leur lien, le Saint-Esprit, est toujours présent là où ils sont. Et cet avènement des Personnes divines n'a rien de momentané, d'intermittent, de précaire ; elles viennent pour demeurer et constituer, au cœur même de chacun de nous, un sanctuaire où elles vivent et agissent, où nous vivons et agissons en elles ; il y a analogie avec ce qui se passe dans la Trinité même : inhabitation mutuelle. Dieu en nous, nous en Dieu. On ne saurait rêver union plus réelle et plus étroite, — sauf l'union hypostatique, propre au Seigneur. Les êtres corporels demeurent étrangers et extérieurs les uns aux autres ; l'intimité ne coimnence que dans l'ordre de l'intelligence et de la volonté. Pourtant, l'être spirituel lui-même est encore fermé à autrui. Il n'est que Dieu qui soit chez moi, et à un titre supérieur à moi-même : il y est cause, je ne suis que l'effet ; et parce que l'effet vient de lui, dépcnd tout entier de lui, il est plus réellement dans l'effet que l'effet même n'est chez soi. Les relations qui, entre les êtres, croissent en intimité selon la perfection de ces êtres, parviennent, dans l'ordre divin, à l'absolue intimité : SolaTrinitas illabitw menti. Présent en nous et intime déjà au titre de son action, au titre aussi de la nôtre, qui l'atteint par la connaissance et l'adoration, Dieu l'est davantage selon l'étendue même de ee qu'il opère en nous : dans l'ordre surnaturel, un commerce s'établit avec Dieu qui est donné, qui est substantiellement possédé, qui est aimé et loué dans son temple créé, notre âme. C'est bien en vain que l'on s'appuierait sur les paroles du Seigneur au verset 26 pour conclure à l'évolution du dogme, telle que certains systèmes modernes l'ont imaginée. Et encore que l'Esprit de Dieu ne demeure étranger à aucun des progrès réels de la pensée, de la langue et de la vie chrétiennes, il nous semble pourtant que la fonction ici dévolue à l'Esprit-Saint est fort différente. L'enseignement du Seigneur a duré plus de trois ans. Que de grandes et belles paroles ont été prononcées ! La mémoire des apôtres pouvait faiblir ; leur pénétration était sûrement insuffisante pour aller jusqu'au cœur de ces vérités divines ; ils pouvaient même redouter à bon droit de n'être que les organes inexacts et oublieux d'une pensée si haute. Leur Maître y pourvoit, alors que sa mission auprès d'eux touche à sa fin et que va commencer la mission de l'autre Personne. « Je vous ai exposé ces choses, dit-il, tandis que je demeurais avec vous. Le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, c'est lui qui vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Mais que signifie l'expression « en mon nom » ? Cela veut-il dire : en mon lieu et place, avec la même autorité que moi ? ou bien : sollicité par ma prière, déterminé par son amour envers moi ? Sans écarter de façon absolue aucune de ces acceptions, nous croyons pourtant que le Seigneur songe plutôt à son œuvre personnelle. Le Fils est venu au nom du Père, pour le manifester et travailler à l'œuvre du Père ; et l'Esprit-Saint travaille à son tour pour le Fils de Dieu, il s'emploie à achever l'œuvre du Fils. Il est envoyé par le Père au nom et dans l'intérêt du Fils : les deux Personnes divines se sont ainsi comme partagé l'œuvre que le Père a conçue. C'est la présence continue et active de l'Esprit de Dieu dans l'Église qui y maintient la vérité et lui fait porter ses fruits. Pacem relinquo vobis... L'accent de l'adieu, déjà marqué au verset 25, se poursuit. Les Juifs se saluaient en se souhaitant la paix ; ce n'était souvent qu'une formule, comme notre salut familier. Alors même que sur les lèvres du monde la paix serait mieux qu'une simple formule, mais un souhait sincère, ce serait encore un souhait inefficace. Le monde ne sait même pas en quoi consiste la paix : comment pourrait-il la créer ? Mais sur les lèvres du Seigneur, c'est une assurance efficace, et comme une parole sacramentelle. La paix qu'il laisse aux apôtres, qu'il leur donne, c'est la sienne, celle dont il jouit en lui-même : le calme surnaturel, la sérénité de cetix qui sont à Dieu et se reposent en lui. Le Seigneur fait la réalité de ce qu'il souhaite à ses amis ; c'est pourquoi, de nouveau, se répète l'assurance donnée aux premières lignes du chapitre : Que votre cœur soit sans trouble. Aussi bien, vous le savez, ce n'est pas une séparation qui se prépare. Je ne vous ai pas dit : Je m'en vais et m'éloigne pour toujours. Je vous ai dit : Je m'en vais, mais pour revenir vers vous. Je vais à la Passion ; mais je vous reviendrai le troisième jour. Je m'en vais chez mon Père ; mais la vie est si courte, un demi-siècle si vite passé, et nous nous retrouverons pour l'éternité ! Je m'en vais de ma présence visible : mais je me dispose à vous donner l'Eucharistie et la présence réelle. — Cependant, la parole du Seigneur était moins explicite ; et la tendresse même de son adieu dut laisser une ombre d'anxiété au cœur et sur les traits des apôtres, car nous le voyons conjurer leur tristesse : Si vous m'aimez vraiment, dit-il, réjouissez-vous donc de ce que je vais à mon Père, puisque c'est un surcroît de gloire que je vais chercher auprès de lui. « Car mon Père est plus grand que moi. » D'abord, le Père est la source de la divinité : cette condition étemelle fait que le monde incréé lui-même est comme suspendu au Père, sans aucun détriment de l'égalité absolue des Personnes. D'autre part, le Père est plus grand que le Fils, depuis que le Fils, s'étant revêtu d'une nature humaine, s'est abaissé au-dessous des anges. C'est ainsi qu'on explique ordinairement ce passage, dont l'arianisme a tant abusé. La première acception est très théologique, et très conforme aux habitudes de pensée du Seigneur ; la seconde, très exacte aussi et plus facile. On peut se demander pourtant si elles sont en harmonie avec le contexte. Car il faut non seulement trouver une interprétation non arienne, mais encore expliquer comment et à quel titre les apôtres doivent se réjouir du départ de Jésus vers son Père. Ne serait-ce pas que le départ du Seigneur inaugure pour lui une condition nouvelle, l'établit à la droite du Père, dans la possession éternelle de tout ce qu'il s'est acquis pour lui-même et pour les siens ? Relisons le texte de saint Paul aux Philippiens (ii, 6-11). Aussi longtemps que le Seigneur demeure sur terre, il garde une attitude d'infériorité et de subordination, à raison de son office de Rédempteur et moyennant la nature en qui il peut obéir, s'humilier, souffrir ; il demeure en deçà de cette gloire dont il n'a pas encore fourni la rançon. Mais, son office achevé, Jésus entrera dans la gloire même du Père et s'assiéra à sa droite, comme égal à lui. Je vous ai dit mon départ, ajoute le Seigneur, je vous ai dit mon retour, et d'avance, afin qu'après l'accomplissement de ces prédictions, vous croyiez en moi. Il me reste maintenant peu de choses à vous dire encore. Ce n'est pas l'heure de parler, mais l'heure de souffrir. Voici venir le prince du monde, Satan, bien qu'il n'ait rien à réclamer de moi. Le conflit sera dur et le calice amer ; le monde saura que j'aime le Père et que, selon la loi de la charité, j'accomplis toute sa volonté sur moi.
Ad missam in die Ad missam in die
 Evangelium  Evangile
Conclúsio sancti Evangélii secúndum Lucam (24,46-53)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: “Sic scriptum est, Christum pati et resúrgere a mórtuis die tértia, et prædicári in nómine eíus pæniténtiam in remissiónem peccatórum in omnes gentes, incipiéntibus ab Ierusálem. Vos estis testes horum. Et ecce ego mitto promíssum Patris mei in vos; vos autem sedéte in civitáte, quoadúsque induámini virtútem ex alto.” Edúxit autem eos foras usque in Bethániam et, elevátis mánibus suis, benedíxit eis. Et factum est, dum benedíceret illis, recéssit ab eis et ferebátur in cælum. Et ipsi adoravérunt eum et regréssi sunt in Ierusálem cum gáudio magno et erant semper in templo benedicéntes Deum. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : C'est ainsi qu'il est écrit, et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrît, et qu'Il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour, et qu'on prêchât en Son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Or vous êtes témoins de ces choses. Et Moi, Je vais envoyer en vous le don promis par Mon Père ; mais demeurez dans la ville, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut. Puis Il les conduisit dehors, vers Béthanie; et ayant levé les mains, Il les bénit. Et il arriva, tandis qu'Il les bénissait, qu'Il Se sépara d'eux, et Il était enlevé au Ciel. Et eux, L'ayant adoré, revinrent à Jérusalem avec une grande joie ; et ils étaient sans cesse dans le temple, louant et bénissant Dieu.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Nous avons le droit de compléter le sobre récit des évangiles par celui des Actes, un peu plus développé. Au cours d'un dernier repas pris avec ses disciples, ou simplement d'une dernière réunion avec eux, le Seigneur leur prescrit de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre la réalisation de la promesse du Père, celle, disait-il, dont je vous ai parlé : « car Jean a baptisé par l'eau, mais vous, c'est du Saint-Esprit que vous serez baptisés dans quelques jours. » — « Seigneur, demandent les disciples rassemblés, sera-ce alors que vous rétablirez le royaume d'Israël ?» Ils n'ont pas encore bien compris, quelques-uns du moins, le caractère de la royauté messianique et demeurent attachés, semblet-il, à l'idée d'une restauration politique et nationale, d'un avènement terrestre et imminent du Fils de l'homme. Le Seigneur les détourne de cette conception chétive et de toute spéculation vaine sur le temps où s'accompliront les secrètes pensées de Dieu : il s'agit à l'heure présente d'un autre royaume à qui ils se doivent tout entiers. En vue de la fondation de ce royaume, ils recevront bientôt la puissance du Saint-Esprit qui viendra sur eux ; ils seront les témoins du Seigneur à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Avec les apôtres et les disciples, le Seigneur se dirigea vers Béthanie et le sommet du mont des Oliviers (Act., i, 12). Là, il éleva les mains et les bénit ; et tandis qu'il les bénissait, il les quitta et fut élevé au ciel, en leur présence ; puis, bientôt, un nuage le déroba à leur vue. Leurs yeux le suivaient encore, alors qu'ils ne pouvaient plus l'apercevoir, et voici que deux hommes vêtus de blanc leur apparurent et dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi demeurer là, les regards tendus vers le ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été enlevé au ciel, en reviendra un jour, comme vous l'avez vu y monter. » C'est la foi et l'espérance de l'Église : Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos, cujus regni non erit finis. — Veni, Domine Jesu ! Les disciples tombèrent à genoux et, après avoir adoré leur Maître, retournèrent à Jérusalem, en grande allégresse. Ils se réunissaient assidûment au temple, pour rendre grâces à Dieu. Le Seigneur Jésus, nous dit saint Marc, est assis maintenant à la droite de Dieu. Quant aux apôtres, ils partirent et prêchèrent partout, le Seigneur opérant avec eux, et confirmant la parole sacrée par les miracles qui l'accompagnaient. — Amen.