Evangile commenté du lundi 8 août 2022

Feria II Lundi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (9,57-62)
In illo tempore: Ambulántibus Iesu et discipulis suis in via, dixit quidam ad illum: “Séquar te, quocúmque íeris.” Et ait illi Iésus: “Vúlpes fóveas habent, et vólucres cæli nidos, Fílius autem hóminis non habet, ubi caput réclinet.” Ait autem ad álterum: “Séquere me.” Ille autem dixit: “Dómine, permítte mihi primum ire et sepelíre patrem meum.” Dixítque ei Iésus: “Sine, ut mórtui sepéliant mórtuos suos; tu autem vade, annúntia regnum Dei.” Et ait alter: “Séquar te, Dómine, sed primum permítte mihi renuntiáre his, qui domi sunt.” Ait ad illum Iésus: “Némo mittens manum suam in arátrum et aspíciens retro, aptus est regno Dei.” En ce temps là : alors que Jésus et Ses disciples étaient en chemin, il arriva que quelqu'un Lui dit : Je Te suivrai partout où Tu iras. Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. Il dit à un autre : Suis-moi. Mais celui-ci répondit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va et annonce le royaume de Dieu. Un autre dit : Seigneur, je Te suivrai ; mais permets-moi d’abord de disposer de ce qui est dans ma maison. Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Le Seigneur et les apôtres allaient s'embarquer lorsqu'un scribe se présenta. « Maître, dit-il, je vous suivrai partout où vous irez ! » Soit que le Seigneur ait voulu signifier que la dignité apostolique n'est pas le prix d'un vouloir humain ; soit quïl ait eu peu de confiance dans l’intelligence pétrifiée des scribes ; soit simplement pour éprouver le candidat, il ne lui répond point par une acceptation empressée. Il l'invite plutôt à mesurer s'il possède la somme de courage nécessaire pour affronter les fatigues et les épreuves apostoliques. Suivre le Seigneur partout où il va, marcher toujours du même pas que lui, ne vouloir jamais être mieux traité que lui, c'est un engagement considérable : il y faut regarder attentivement. En effet, les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids : mais le Fils de l'homme, moins riche qu'eux et moins heureux que Jacob, n'a pas une pierre où reposer sa tête. Sans doute, une maison amie l'hébergeait quelquefois ; mais d'une façon générale, au cours de sa vie itinérante, il n'avait nul refuge assuré. Peut-être le scribe était-il accoutumé à une vie douce et facile : le Seigneur refroidit, par sa remarque, un enthousiasme trop humain. A un autre, que la timidité empêchait de s'offrir, le Seigneur fait des avances et dit : « Suivez-moi. » Il était déjà du nombre des disciples, de ceux qui écoutaient volontiers l'enseignement de Jésus : mais il hésitait à tout quitter pour accompagner son Maître. Après cet appel direct, il atermoie encore : « Je veux bien. Seigneur, mais auparavant permettez-moi de m'en aller et de donner la sépulture à mon père. » On peut se demander si son père était réellement mort, ou bien très âgé et n'ayant plus que peu de temps à vivre. Quoi qu'il en soit, la réponse du Seigneur est catégorique : il ne faut pas faire attendre Dieu, il ne faut pas lui dire : « Demain, quand je serai prêt ! » Votre père, s'il est mort, trouvera autour de lui des gens charitables qui lui donneront la sépulture. Ils ne manqueront pas au mort : mais vous, vous pourriez manquer à la vie. Laissez donc les morts, ceux qui appartiennent aux choses périssables de ce monde, ensevelir leurs morts. Pour vous, allez annoncer le Royaume de Dieu. Un apôtre est séparé et consacré, mieux encore que le grand-prêtre de l'Ancienne Loi (Lévit., XXI, 11), mieux que le Nazaréen dont il est dit : « Tout le temps pendant lequel il se sépare en l'honneur de Jéhovah, il ne s'approchera d'aucun corps mort ; il ne se souillera ni pour son père ou sa mère, ni pour son frère ou sa soeur, lorsqu'ils mourront : car il porte sur sa tête la consécration à son Dieu » (Num., vi, 6-7). Un troisième, s 'offrant de lui-même comme le premier, temporisant comme le second, disait au Seigneur : « Je vous suivrai, Seigneur, mais permettez-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison. » C'était probablement une trempe faible, que les adieux couraient le risque d'amollir, aussi la réponse du Seigneur est-elle austère : « L'homme qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est point un bon ouvrier, un travailleur utile pour le Royaume de Dieu. » — Nous ignorons ce que devinrent les postulants. Aussi bien, l'évangile n'a recueilli ce triple incident que parce qu'il souligne une fois de plus tout le prix du Royaume des cieux, comme les paraboles du trésor caché et de la perle.