Evangile commenté du mardi 23 août 2022

Feria III Mardi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Matthǽum (23,23-26)
In illo tempore: Locutus est Iesus dicens: Væ vobis, scribæ et pharisǽi hypócritæ, quia decimátis mentam et anéthum et cýminum et reliquístis, quæ gravióra sunt legis: iudícium et misericórdiam et fidem! Hæc opórtuit fácere et illa non omíttere. Duces cæci, excolántes cúlicem, cámelum autem glutiéntes. Væ vobis, scribæ et pharisǽi hypócritæ, quia mundátis, quod de foris est cálicis et parópsidis, intus autem pleni sunt rapína et immundítia! Pharisǽe cæce, munda prius, quod intus est cálicis, ut fiat et id, quod de foris eíus est, mundum. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et qui avez abandonné ce qu'il y a de plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité.Il fallait faire ceci, et ne pas omettre cela. Guides aveugles, qui filtrez le moucheron, et qui avalez le chameau. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu'au dedans, vous êtes pleins de rapines et d'impureté. Pharisien aveugle, nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors devienne pur aussi.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.

Une loi du Lévitique avait prononcé que l'on devait à Dieu la dîme de tous les biens de la terre (xxvii, 30). Est-ce que les menues herbes du jardin : la menthe, l’anis, le cumin, tombaient sous cette obligation ? La chose était pour le moins douteuse, et l'usage commun permettait de s'abstenir. Mais dans leur respect rigoureux pour la lettre de l'Écriture, les pharisiens avaient décidé que la dîme de toute plante utile serait due ; et gravement, scrupuleusement, ils apportaient à Dieu et à ses ministres le tribut chétif de tout ce que produisait leur jardin ! Prélever la dîme de ces infiniment petits n'était pas, en soi, chose blâmable ; mais encore, puisqu'on prétendait le faire par respect pour la Loi, il eût été logique d'observer les prescriptions considérables de cette même Loi : la justice, la miséricorde, la fidélité envers Dieu et envers le prochain (Cf. Mich., vi, 8). Les scribes et les pharisiens hypocrites sont maudits de nouveau pour avoir négligé les préceptes les plus graves : c'était ceux-là surtout qu'il fallait accomplir, sans omettre d'ailleurs les menues dîmes, si la dévotion portait à les acquitter. « Scribes aveugles, ajoute le Seigneur, qui filtrez le moucheron et avalez le chameau ! » Peut-être y a-t-il dans cette remarque l'application d'un proverbe familier ; mais sûrement le Seigneur vise une pratique pharisienne. Parmi les animaux impurs dont le xe chapitre du Lévitique interdisait de se nourrir, les pharisiens avaient cru reconnaître le moucheron ; et afin d'éviter toute chance d'impureté légale et de malédiction, ils avaient pris l'habitude de filtrer leur vin. La même précaution superstitieuse se retrouve ailleurs, par exemple; Grecs et Romains filtraient aussi leur boisson, mais pour des motifs d'hygiène. Nos pharisiens arrêtaient donc au passage la petite mouche impure ; mais, en négligeant l'essentiel de la Loi, ils avalaient le chameau, beaucoup plus gros, et impur lui aussi... C'est une illusion fréquente chez les âmes peu délicates. Au lieu de prendre la loi de Dieu dans son intégrité, on y pratique des sélections : on se détermine une observance particulière, qui laisse intact l'égoïsme profond, et où l'on apporte une sévérité obstinée et jalouse ; moyennant quoi, on se persuade être quitte envers Dieu; même on apprécie la vertu des autres selon leur fidélité à observer le détail où l'on a soi-même condensé toute la perfection. Dans la malédiction suivante, le Seigneur a en vue, non plus seulement un élément spécial de l'observance pharisienne, mais la racine odieuse d'où procède toute leur conduite. Ce sont des hypocrites. « Vous nettoyez l'extérieur de la coupe et du plat ; mais le dedans demeure rempli d'impureté et de rapine ! Pharisien aveugle, nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que le dehors aussi devienne pur, » (Mc., vii, 4 sq.) C'est par le dedans, par l'âme, qu'il faut commencer : c'est à cette condition seulement que tout, même l'extérieur, sera vraiment net. Les sévérités du Seigneur ne s'expliquent pas par ce seul fait que l'hypocrisie est mensonge, ni même parce qu'elle est devenue chez les pharisiens un tempérament, mais parce qu'il s'agit d'une hypocrisie religieuse, d'une contrefaçon de l'adoration en esprit et en vérité. Dieu y devient un voile, un prête-nom ; on se sert de lui pour abriter la cupidité, la cruauté, l'erreur. Dieu, au nom de qui sont accomplies les œuvres perverses, est ainsi, autant qu'il est possible, rendu responsable ou complice. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! dit encore le Seigneur. Car vous êtes semblables à des sépulcres blanchis : ils paraissent éclatants au dehors, mais à l'intérieur ils sont pleins d'ossements sans vie et de toute la pourriture des tombeaux. » Au lieu de porter dans leurs âmes le Dieu vivant, les pharisiens n'y renferment que la souillure et la mort.