Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange

   Léctio sancti Evangélii secundum Matthǽum (23,27-32)
   
   In illo tempore: Locutus est Iesus dicens: Væ vobis, scribæ et pharisǽi hypócritæ, quia símiles estis sepúlcris dealbátis, quæ a foris quidem parent speciósa, intus vero plena sunt óssibus mortuórum et omni spurcítia! Sic et vos a foris quidem parétis homínibus iústi, intus autem pleni estis hypócrisi et iniquitáte. Væ vobis, scribæ et pharisǽi hypócritæ, qui ædificátis sepúlcra prophetárum et ornátis monuménta iustórum et dícitis: ‘Si fuissémus in diébus patrum nostrórum, non essémus sócii eórum in sánguine prophetárum’! Ítaque testimónio estis vobismetípsis quia fílii estis eórum, qui prophétas occidérunt. Et vos impléte mensúram patrum vestrórum.
   Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui, au dehors, paraissent beaux aux hommes, mais qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes ; mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et qui ornez les monuments des justes. et qui dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Par là, vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc aussi la mesure de vos pères.
   Commentarium evangelii
   Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous bâtissez des tombeaux aux prophètes et vous décorez les sépulcres des justes. Et vous dites : Si nous avions vécu au temps de nos pères, nous ne nous serions point associés à eux pour verser le sang des prophètes. Ainsi, vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Pour vous, comblez la mesure de vos pères... » Mais, dira quelqu'un, comment le Seigneur peut-il prononcer l'anathème contre des hommes qui séparent ainsi leur cause de celle de leurs pères ? qui protestent contre les crimes des ancêtres et par leurs paroles et par les honneurs posthumes décernés aux justes d'autrefois ? N'est-ce pas une réparation très digne d'éloge ? Non, dit le Seigneur, ils sont vraiment les fils de ceux qui ont mis à mort les prophètes. Mais on n'est pas coupable pour autant ! Sans doute ; mais on est coupable, en dépit de toutes les protestations hypocrites, lorsqu'on garde en son cœur les dispositions de ceux qui ont immolé les prophètes ; c'est l'élément sous-entendu, mais deviné immédiatement par la conscience des auditeurs.
Il n'y a guère au monde d'enseignement plus grave que celui qui se dégage de ces dernières paroles. Les responsabilités sont, il est vrai, individuelles, puisque les initiatives et les activités sont individuelles aussi. Mais les hommes ne sont pourtant pas désagrégés et à l'état de poussière vivante. Sous le décor extérieur des choses, sous la succession et la multiplicité d'événements et de personnages qui font l'histoire, règne l'unité d'unc: trame profonde, la continuité d'un dessein unique où les hommes se rangent pour ou contre Dieu selon leurs tendances secrètes. Allons plus loin ; il y a presque toujours, dans chaque homme, un côté de lui-même par lequel il est avec Dieu, et un autre par lequel il s'écarte de Dieu : c'est la prévalance de l'un sur l'autre qui, finalement, décide de notre sort éternel. Ce ne sent pas les œuvres extérieures, leur correction ni leur magnificence, qui signifient vraiment à quelle direction réelle nous appartenons : c'est l'âme, c'est l'orientation spirituelle. Et nous devenons ainsi en quelque sorte solidaires de toute l’œuvre d'ensemble à l'exécution de laquelle nos tendances intérieures nous font collaborer. Il importe de remarquer aussi que les décisions morales qui orientent toute notre vie ne se prennent pas toujours à la suite d'un débat intellectuel, où l'on pèse les raisons et les motifs, dans une délibération éclairée et formelle : souvent elles se prennent à la suite d'un travail sourd et perfide, où les conditions du tempérament ont beaucoup plus de part que l'intelligence. Combien l'âme humaine a besoin de la grâce de Dieu et d'une absolue droiture !
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