Herméneutique de la réforme : les textes du missel romain

R.P. Louis Bouyer (France Catholique 28 janvier 1972).

Un article qui présente le missel de Jounel par le P. Bouyer. Ce texte est certes ancien, mais demeure ô combien d’actualité : il importe donc de ressaisir sa teneur, dans notre XXIème siècle post 7/7/2007 et alors que la richesse des propres de la messe actuelle n’est toujours pas perçue par les fidèles ordinaires des paroisses….

Au début du mouvement liturgique, on avait fait campagne pour que les fidèles se munissent d’un missel où il leur serait possible de suivre toutes les prières et les lectures de la messe. Puis nous avons eu le renouvellement officiel de la liturgie de la messe qui a suivi le Concile. Les fidèles là-dessus ont perdu pied, ne trouvant plus dans les missels auxquels ils étaient habitués les textes de la « nouvelle messe ».

On leur a dit alors qu’ils n’avaient qu’à écouter : on leur donnait maintenant une liturgie où tout était dans leur langue ; ils n’avaient plus que faire d’un livre, devenu inutile, qui ne pouvait que fractionner et disperser leur attention, tandis que la célébration commune devait les rassembler tous.

Hélas ! ceci pouvait être fort beau en théorie, mais il y a encore très loin, trop souvent, de la théorie à la pratique.

Le missel de Saint Pie V

Quant aux jeunes prêtres, ou aux lecteurs improvisés, on ne paraît pas encore avoir toujours découvert que, pour qu’ils s’expriment d’une façon audible, il faut qu’ils s’y exercent à l’avance et, d’abord, qu’ils se persuadent que ce qu’ils lisent n’est pas lu simplement pour être lu, mais pour être entendu. Dieu sait si nous en sommes loin ! L’usage universel du micro (adapté trop souvent, d’ailleurs, à des appareils mal réglés, ou pas réglés du tout) donne à ceux qui en usent, de surcroît, la douce illusion qu’ils n’ont aucun effort à faire pour être compris, quelle que soit la bouillie qu’ils mâchonnent !

Comme si cela ne suffisait pas, nombre de prêtres en prennent à leur aise avec les textes et, sous couleur d’explication ou d’adaptation, font de ce qu’ils lisent un magma informe ! Enfin, il faut le dire, nombre de traductions officielles, dans notre pays, sont à la fois tellement délavées dans leur contenu, sous le même fallacieux prétexte, et cependant, usent d’un langage à ce point tarabiscoté et si parfaitement ésotérique que, même seraient-elles lues par des lecteurs idéaux, elles ne passeraient pas…


Il était donc urgent que les fidèles eussent en main de nouveau les textes qu’on est censé leur lire, ne serait-ce que pour qu’ils puissent connaître au moins ce qu’est la nouvelle liturgie, telle que l’Eglise nous la donne, et non les tripatouillages insensés que nombre de prêtres persistent à y substituer. Ceci, au moins, devrait avoir comme premier résultat de dissiper l’incroyable supposition, entretenue de concert par les intégristes et les progressistes, d’après laquelle « la messe de saint Pie V » aurait disparu sans laisser de trace du nouveau Missel. Elle a disparu, certes, de beaucoup d’églises et de célébrations farfelues. Mais on pourra s’en assurer, grâce aux missels des fidèles conformes aux textes officiels qui commencent à paraître, elle est toujours là, toujours la même, dans la liturgie rénovée.

L’excellent Missel procuré par l’abbé Jounel et que la Maison Desclée et Cie vient de publier, pour les dimanches et les fêtes d’obligation, ne permettra plus à personne d’en douter sérieusement. On y trouve même le texte grec ou latin du Kyrie, du Gloria, du Credo, de la Préface et du Sanctus, du Pater et de l’Agnus Dei, qu’il est toujours et partout loisible de dire ou de chanter, n’en déplaise aux fanatiques de l’un ou l’autre bord.

Mais on y découvrira aussi le prodigieux enrichissement dont cette messe, la messe la plus traditionnelle, a été pourvue, soit par un retour à d’innombrables prières anciennes dont les missels imprimés depuis le XVIe siècle n’avaient retenu qu’une petite partie, soit par des compositions nouvelles, mais inspirées directement des sources les plus authentiques, comme les trois prières eucharistiques qui peuvent désormais alterner avec le canon romain.

On y découvrira, par-dessus tout, l’ampleur des nouvelles lectures bibliques qui, s’ajoutant aux anciennes, toujours là, devraient permettre à tous les fidèles de s’initier progressivement à l’essentiel de la Parole de Dieu, à l’école de l’Eglise catholique et de cette « loi de la foi » qu’a toujours constituée sa « loi de prière ». Mais, évidemment, pour que tant de richesses soient assimilées, il faut y aider. C’est à quoi les prêtres, dans leurs homélies avant tout, devraient s’employer. Malheureusement, combien y en a-t-il qui s’en soucient seulement ? Combien ne voient, dans leur soi-disant homélie, qu’une occasion offerte d’imposer aux fidèles leur idéologie politique – le jargon incompréhensible d’une certaine « action catholique » dont il est vrai aussi, quoique dans un tout autre sens que celui de l’Epître aux Hébreux, que, « même défunte, elle parle (ou plutôt, elle « cause ») encore », – enfin toutes les variétés possibles de l’hexagonal ecclésial !…

Il est bien vrai que ces prêtres eux-mêmes n’ont jamais été préparés à assimiler pour leur propre compte ces richesses spirituelles et doctrinales de la Parole divine. Moins encore ont-ils appris à prier la prière de l’Eglise. Comment donc transmettraient-ils ce qu’ils n’ont reçu, dans le passé, que matériellement, dans la plupart des cas, et, dans le présent, ne reçoivent plus du tout ?

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Un commentaire sur “Herméneutique de la réforme : les textes du missel romain

  1. Un excellent article. Il est particulièrement intéressant d’y voir que le Père Bouyer croyait que le Missel de Paul VI n’était rien d’autre qu’une version révisée de celui de saint Pie V. Il est également à noter qu’il n’a pas changé d’avis dans ses mémoires, quoi qu’il s’y montre plus critique vis-à-vis d’une réforme à laquelle il a participé… activement.
    Et puis évidemment, il y a les fameux propres. Et pour les faire connaître en paroisse, il y a encore beaucoup de travail…

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