Feria V 5 Novembris 2026, Hebdomada XXXI per annum,
21. C'est dans cette illusion qu'est tombé dernièrement l'abbé Jean, qui demeure à Lyce. Il avait voulu, malgré l'épuisement de son corps, jeûner pendant deux jours. Le lendemain, lorsqu'il allait prendre son repas, il vit le démon, sous la forme d'un hideux Éthiopien, se jeter à ses pieds et lui dire : « Pardonnez-moi ; car c'est moi qui vous ai poussé à ce jeûne pénible. » Ce saint homme, qui possède si bien le discernement des esprits, comprit que cette mortification exagérée était un artifice du démon, qui lui avait conseillé ce jeûne extraordinaire pour affaiblir inutilement son corps et nuire à son esprit. Il avait été séduit par une monnaie fausse où il avait cru voir, sans y faire assez d'attention, l'effigie royale.
Nous avons aussi parlé de l'emploi des balances pour vérifier le poids ; nous imiterons en cela les changeurs, si nous examinons scrupuleusement tout ce que nous avons la pensée de faire, et si nous le mettons dans la balance de notre cœur, afin de voir si le poids, le mérite de cette action, est conforme à la règle et à la crainte de Dieu, ou s'il est affaibli par l'orgueil et le désir de la nouveauté ; s'il n'est pas rogné, détérioré par la vaine gloire. Après avoir tout pesé au poids du sanctuaire, nous accepterons avec empressement ce qui sera conforme aux actes et aux doctrines des prophètes et des apôtres, et nous rejetterons, comme imparfait et dangereux, tout ce qui sera condamné par ce contrôle.
22. Notre prudence doit donc s'appliquer à quatre choses : 1° il faut reconnaître la qualité de l'or, s'il est vrai ou faux ; 2° rejeter les pensées qui ont l'apparence de la pureté, comme ces monnaies trompeuses, qui portent illégalement l'image du prince ; 3° repousser les interprétations coupables et hérétiques que l'on donne à l'or très-pur des saintes Écritures, comme à ces pièces qui ont l'empreinte de l'usurpateur, au lieu de celle du roi légitime ; 4° refuser, comme des monnaies défectueuses et trop légères, les désirs et les pensées qui sont altérés par la rouille de la vanité ; et qui ne sont plus conformes à la règle des anciens. Il faut observer avec soin toutes ces choses, afin de ne pas perdre, comme nous en prévient Notre-Seigneur, nos mérites et le fruit de nos peines. « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la rouille et les vers les corrompent, où les voleurs les découvrent et les dérobent. » (S. Matth ;, VI, 19.) Nous enfouissons nos trésors dans la terre, comme le dit Notre-Seigneur, lorsque nous agissons par des motifs de gloire humaine, et les trésors enterrés sont volés par les démons, détruits par la rouille de l'amour-propre et dévorés par les vers de l'orgueil, de sorte que nous n'en retirons aucun profit, aucune récompense. Il faut donc sonder tous les replis de notre cœur et en bien examiner tous tes secrets, afin de voir si l'ennemi de nos âmes, si le lion, le dragon infernal, n'y a pas pénétré, en y laissant des traces qui pourraient y conduire des bêtes semblables, si nous négligeons de veiller sur nos pensées. Il faut à chaque heure, à chaque instant, labourer la terre de notre cœur avec la charrue de l'Évangile, avec le souvenir continuel de la croix de Jésus-Christ, pour découvrir la retraite des bêtes dangereuses, et détruire les trous des serpents dont le poison est mortel.


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