Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange

   Léctio sancti Evangélii secundum Ioánnem (16,29-33)
   
   In illo tempore: Dixerunt discipuli ad Iesum: Ecce nunc palam lóqueris, et provérbium nullum dicis. Nunc scimus quia scis ómnia, et non opus est tibi, ut quis te intérroget; in hoc crédimus quia a Deo exísti.” Respóndit eis Iésus: “Modo créditis? Ecce venit hora et iam venit, ut dispergámini unusquísque in própria et me solum relinquátis; et non sum solus, quia Pater mecum est. Hæc locútus sum vobis, ut in me pacem habeátis; in mundo pressúram habétis, sed confídite, ego vici mundum.
   En ce temps là : Ses disciples dirent à Jésus : Voici que, maintenant, Vous parlez ouvertement, et Vous ne dites plus de parabole. Maintenant nous savons que Vous savez toutes choses, et que Vous n'avez pas besoin que personne Vous interroge; voilà pourquoi nous croyons que Vous êtes sorti de Dieu. Jésus leur répondit: Vous croyez à présent? Voici que l'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés, chacun de son côté, et où vous Me laisserez seul. Mais Je ne suis pas seul, car le Père est avec Moi. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en Moi. Dans le monde, vous aurez des afflictions; mais ayez confiance, J'ai vaincu le monde.
   Commentarium evangelii
   Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Au verset 29, les apôtres prennent la parole, et pour la première fois depuis le commencement de l'action de grâces, car l'incident rapporté au verset 17 n'avait pas le caractère d'une interruption. Jamais le Seigneur n'avait parlé de lui et de sa mission avec une telle clarté. Les disciples se réjouissent ; ils s'applaudissent d'une foi, désormais adulte et achevée, qui leur a obtenu d'entendre la vérité tout entière. Même, ils ne sont pas éloignés de féliciter le Seigneur de ce qu'il leur parle sans réticences, et en renonçant aux formules paraboliques : Vous nous traitez maintenant comme de vrais disciples ! En effet, nous comprenons maintenant par l'expérience que vous savez toutes choses, que même les secrets des cœurs vous sont connus (verset 19) : nul n'a besoin de vous interroger, puisque vous allez de vous-même au-devant de la pensée. En présence de ce discernement divin, comment ne croirions-nous pas, selon votre parole, que vous êtes sorti de Dieu ?
Le Seigneur ne méconnaît pas la foi de ses apôtres ; mais, en face de leur assurance du moment, non exempte d'une douce naïveté, il songe à leur faiblesse réelle et leur rappelle où se puise la force. Il est vrai, dit-il, vous croyez maintenant. Mais voici venir l'heure, même elle est arrivée, où vous vous disperserez tous, chacun de votre côté, et me laisserez seul... « Pourtant, ajoute-t-il, je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. » L'abandon des siens, l'effrayante solitude, la souffrance, l'horreur du péché, la perte des âmes, même le délaissement de son Père, tout ce déluge n'atteindra que sa nature humaine. Et il convient qu'il le déclare : sinon, nous serions capables de l'oublier, en regardant se dérouler la Passion. Son Père est toujours avec lui ; la joie de la Trinité est sauve. Même, la joie béatifique de la vision demeure pour l'âme du Seigneur : seulement, elle ne se répand plus sur toute une région de sa vie que le Fils de Dieu livre volontairement à la douleur. De cette angoisse les disciples auront une part : le monde les traitera un jour comme il a traité leur Maître. Ayez confiance, dit Jésus, ayez bon courage ; j'ai triomphé du monde. Je vous ai dit toutes ces choses, afin qu'en moi vous puisiez la paix.
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