Léctio sancti Evangélii secúndum Marcum (10,13-16)
In illo tempore: Offerébant Iesu párvulos, ut tángeret illos; discípuli autem comminabántur eis. At videns Iésus, indígne tulit et ait illis: “Sínite párvulos veníre ad me. Ne prohibuéritis eos; tálium est enim regnum Dei. Amen dico vobis: Quisquis non recéperit regnum Dei velut párvulus, non intrábit in illud.” Et compléxans eos benedicébat impónens manus super illos.
En ce temps là: on amenait à Jésus de petits enfants pour qu'il les touchât. Or les disciples les gourmandèrent. Jésus, à cette vue, fut indigné et leur dit : " Laissez les petits enfants venir à moi, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis, en vérité, qui ne recevra pas comme un petit enfant le royaume de Dieu, n'y entrera point. " Puis il les embrassa, et les bénit en leur imposant les mains.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Le Royaume des cieux est donc d'abord une réalité invisible accueillie dans nos âmes, une disposition intérieure, qui, comme conséquence, nous fait prendre rang dans le Royaume visible et entrer dans le nombre de ceux sur qui Dieu règne ici-bas, pour appartenir enfin à la société bienheureuse de ceux sur qui et en qui Dieu règne dans l'éternité. On est citoyen de ce Royaume par l'acceptation intérieure de certaines conditions, ou plutôt d'une condition unique : l'enfance. Ce terme est employé pour signifier la simplicité, la confiance, le désintéressement naïf, l'abandon aimant et joyeux, l'absence de toute contestation avec Dieu, l’adoption facile de tout ce qu'il propose à notre foi, l'habitude de recourir à lui et de dépendre entièrement de lui. N'est-ce pas le dessin de la vie religieuse, sous ses traits les plus aimables ? Il nous souvient que Newman, dans un travail sur la Mission de saint Benoît, a donné la douceur, la tendresse de cœur, la simplicité des petits enfants, leur claire perception de l'invisible et leur acquiescement facile au mystère, comme les caractéristiques du moine. On ne saurait faire de notre vie monastique un plus bel éloge. — Saint Marc termine son récit en remarquant que le Seigneur était toute tendresse, non pour l'âge de ces enfants (talium est regnum Dei), mais pour les dispositions intérieures dont cet âge est l'indice : chez eux, en effet, la vie n'a rien durci encore, rien terni; aussi les prenait-il dans ses bras et les embrassait-il comme de petits saints (cf. Mc., ix, 35); il étendait sur eux ses mains divines, pour en prendre possession et les bénir. Après quoi, il se retira et se remit en marche avec ses disciples.