L’ANNÉE LITURGIQUE
PAR LE
R. P. DOM PROSPER GUÉRANGER
ABBÉ DE SOLESMES
SIXIÈME VOLUME DE LA CONTINUATION
LE TEMPS APRÈS LA PENTECOTE
TOME VI
TROISIÈME EDITION
De licentia Superiorum
IMPRIMATUR :
+ HENRICUS, Episc Pictaviensis.
Die 10 Januarii 1901
1901
LIBRAIRIE RELIGIEUSE H. OUDIN
PARIS 10, RUE DE MEZIERES
POITIERS 4, RUE DE L’EPERON
1901
REVERENDISSIMO
PAVLO HENRICO DELATTE
PATRI ALTERI
PER QVEM PATRIS ALMI
PRIOSPERI PASCHALIS GVERANGER
NON DEFICIT PROGENIES
L’ANNEE LITURGIQUE
PRÉFACE.
Voici donc terminée cette Année liturgique, commencée il y a soixante ans. Les cinq cent mille volumes sortis des presses avant que l’œuvre fût achevée, sont la preuve de l’attrait qu’y trouvent les âmes chrétiennes. Il semble que le Seigneur ait voulu faire reposer sur elle une large part des bénédictions méritées par Dom Guéranger dans ses grands travaux pour l’Église.
Dans le dévouement le plus filial à cette sainte Église, dans l’obéissance absolue au Vicaire de Jésus-Christ, nous remplissons le devoir que notre illustre Père eût été si heureux d’accomplir, en déclarant soumettre ici derechef, et sans nulle réserve, tous et chacun des quinze tomes de cet ouvrage au représentant de Dieu sur la terre. Louer, condamner, réprouver tout ce que loue, condamne, réprouve l’auguste Siège de Pierre, sera toujours, ainsi que le portent ses Constitutions, la maxime préférée de la Congrégation bénédictine de France.
VIII
Un autre devoir nous reste à l’égard de nos lecteurs très aimés : les remercier des prières grâce auxquelles, in angustia temporum, il nous a été possible de conduire à son terme la tâche que nous imposait il y a vingt-cinq ans l’obéissance. C’est justice de leur promettre que nous nous souviendrons toujours d’eux devant Dieu. Qu’ils veuillent bien nous continuer eux-mêmes leur précieuse assistance, jusqu’au jour où nous nous retrouverons associés à l’Église dans sa vie triomphante, selon la mesure où il nous aura été donné de nous identifier avec elle ici-bas dans la prière et l’amour.
Fr. L. F. O.S.B.
Solesmes, le 22 Novembre 1900.
LE TEMPS APRÈS LA PENTECOTE
CHAPITRE PREMIER. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE.
Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’Eau bénite, et, en beaucoup d’églises, la Procession, devront d’abord intéresser la piété.
ANTIENNE DE L’ASPERSION.
Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.
Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.
Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.
Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous m’arroserez.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
v. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
r. Et Salutare tuum da nobis.
r. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri monte jusqu’à vous.
v. Dominus vobiscum ;
v. Le Seigneur soit avec vous ;
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
ORAISON.
Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L’ORDINAIRE DE LA MESSE
In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.
Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.
v. Introibo ad altare Dei,
r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.
Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me reppulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?
Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.
Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?
Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
r. Qui fecit cœlum et terram.
v. Introibo ad altare Dei,
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.
v. Adjutorium nostrum in nomine Domini,
Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.
C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.
Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.
Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.
Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.
Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.
Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.
Cette pensée qu’il va paraître devant le Seigneur excite dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et faites ensuite votre confession avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :
Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.
v. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.
r. Amen.
v. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.
r. Amen.
v. Deus, tu conversus vivificabis nos ;
r. Et plebs tua laetabitur in te.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
r. Et Salutare tuum da nobis.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
v. Dominus vobiscum ;
r. Et cum spiritu tuo.
OREMUS.
Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.
r. Amen.
v. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.
r. Amen.
v. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;
R/. Et votre peuple se réjouira en vous.
V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
R/. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.
V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.
PRIONS.
Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.
Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :
Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.
Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.
Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel. Il dit ensuite l’Introït, qui est suivi des Kyrie.
Au Père
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Au Fils
Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.
Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !
Au Saint-Esprit ,
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
L’HYMNE ANGÉLIQUE.
Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.
Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.
Domine Deus, Rex cœlestis, Deus Pater omnipotens.
Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.
Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.
Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !
Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !
Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.
Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.
Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.
Le Prêtre salue encore le peuple. Vient ensuite la Collecte ou Oraison, qui se trouve au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et à laquelle on doit répondre Amen, avec le ministre qui sert la Messe.
On lira ensuite l’Épître, puis le Graduel et le Verset alléluiatique.
Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :
Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.
Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.
On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on dira avec lui :
SYMBOLE DE NICÉE.
Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.
Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.
Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.
Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.
Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.
Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation. Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :
Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.
Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.
Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau :
Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti, da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps, Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.
Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau :
Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.
Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.
In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus.
Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.
Veni, Sanctificator omnipotens, aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.
Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.
Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; puis il lave ses mains.
DU PSAUME XXV.
Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum, Domine.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.
Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.
Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.
In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.
Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.
Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis revenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Le Prêtre, au milieu de l’autel et s’incline respectueusement :.
Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis, Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae, et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.
Le Prêtre se tourne une dernière fois vers le peuple, et il dit :
Orate, Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.
Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.
R. Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui, ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.
R. Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.
Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, qu’il termine à haute voix :
Per omnia sæcula sæculorum.
Sursum corda !
R. Amen
R. Habemus ad Dominum.
Gratias agamus Domino Deo nostro.
R. Dignum et justum est.
Dans tous les siècles des siècles.
R. Amen.
Les cœurs en haut !
R. Nous les avons vers le Seigneur.
Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
R. C’est une chose digne et juste.
PREFACE.
Vere dignum et iustum est, aéquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens aetérne Deus : Qui cum unigénito Fílio tuo, et Spíritu Sancto, unus es Deus, unus es Dóminus : non in uníus singularitáte persónae, sed in uníus Trinitáte substantiae. Quod énim de tua glória, revelánte te, crédimus, hoc de Fílio tuo, hoc de Spíritu Sancto, sine differéntia discretiónis sentímus. Ut in confessióne verae sempiternaéque Deitátis, et in persónis propríetas, et in esséntia únitas, et in maiestáte adorétur aequálitas. Quam láudant Angeli atque Archángeli, Chérubim quoque ac Séraphim : qui non céssant clamáre cotídie, una voce dicéntes : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus !
Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui, avec votre Fils unique et le Saint-Esprit, êtes un seul Dieu, un seul Seigneur ; non en ne faisant qu’une seule personne, mais trois en une seule substance. Car ce que nous croyons, sur ce que vous avez révélé, au sujet de votre gloire, nous le croyons aussi, sans aucune différence, de votre Fils et du Saint-Esprit : en sorte que, confessant une véritable et éternelle Divinité, nous adorons la propriété dans les personnes, l’unité dans l’essence et l’égalité dans la majesté. C’est le sujet de la louange éternelle des Anges et des Archanges, des Chérubins et des Séraphins, qui ne cessent de crier d’une voix unanime : Saint !, Saint ! Saint ! Etc.
Cette Préface est celle des Dimanches dans l’année. Nous plaçons ici la Préface commune, que l’on emploie, pendant la semaine, à toutes les Messes qui n’en ont pas de propre à une Fête ou au Temps.
Vere dignum et iustum est, aéquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens aetérne Deus : per Christum Dóminum nostrum. Per quem maiestátem tuam laudant Angeli, adórant Dominatiónes, trémunt Potestátes, Coéli cœlorúmque Virtútes, ac beáta Séraphim, sócia exsultatióne concélebrant. Cum quibus et nostras voces ut admítti iúbeas, deprecámur, súpplici confessióne dicéntes :
Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; par Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les anges louent votre Majesté ? Les Dominations l’adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions tous dire dans une humble confession :
Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus sabaoth !
Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !
Pleni sunt cœli et terra gloria tua.
Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.
Hosanna in excelsis !
Hosannah au plus haut des cieux !
Benedictus qui venit in Nomine Domini.
Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.
Hosanna in excelsis !
Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !
LE CANON DE LA MESSE.
Te igitur, clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas, et benedicas hæc dona, hæc munera, hæc sancta sacrificia illibata ; in primis quæ tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicæ et apostolica ; fidei cultoribus.
O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.
Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suæ, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.
Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes, pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.
Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli, Andreae, Jacobi, Johannis, Thomae, Jacobi, Philippi, Bartholomaei, Matthæi, Simonis et Thaddaei, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas, ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Mais non seulement, ô mon Dieu, l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.
Hanc igitur oblationem servitutis nostræ, sed et cunctæ familiæ tuæ, quæsumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.
Quam oblationem tu Deus in omnibus, quæsumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.
Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.
Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.
Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! venez !
Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc præclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET ÆTERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Hæc quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.
Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.
Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatæ Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosæ Ascensionis : offerimus præclaræ majestati tuæ de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitæ æternæ, et Calicem salutis perpetuæ.
La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.
Supra quæ propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchæ nostri Abrahæ, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.
Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuæ : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Mais, ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.
Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos præcesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.
Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et sociÉtatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non æstimator meriti, sed veniæ, quæsumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem hæc omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et præstas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.
Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.
Per omnia sæcula sæculorum.
Dans tous les siècles des siècles.
R. Amen.
R. Amen !
Oremus. Præceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :
Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :
L’ORAISON DOMINICALE.
Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.
Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
R. Sed libera nos a malo.
R. Mais délivrez-nous du mal.
Amen.
Amen.
Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.
Libera nos, quæsumus Domine, ab omnibus malis, præteritis, præsentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis, da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiæ tuæ adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.
Dans tous les siècles des siècles. r. Amen.
Per omnia sæcula sæculorum. r. Amen.
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !
Pax Domini sit semper vobiscum.
R. Et avec votre esprit.
R. Et cum spiritu tuo.
Le Prêtre divise l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice :
Hæc commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam æternam. Amen.
Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.
Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiæ tuæ : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté. Vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles de siècles. Amen.
Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur.
Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.
Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.
Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad tutamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur Jésus-Christ, faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.
Le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier :
Panem cœlestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.
Venez, Seigneur Jésus !
Il frappe sa poitrine et confesse son indignité, disant trois fois :
Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.
Au moment où il consomme la sainte Hostie :
Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam æternam. Amen.
Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.
Le Prêtre prend le Calice avec actions de grâces, disant :
Quid retribuam Domino pro omnibus quæ retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.
Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.
Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam æternam. Amen.
Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !
La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :
Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.
Vous m’avez visité dans le temps, ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.
Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :
Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhæreat visceribus meis : et præsta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.
Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.
Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion. Puis il dit :
Dominus vobiscum.
Ite, Missa est.
R. Et cum spiritu tuo.
R. Deo gratias.
Placeat tibi, sancta Trinitas, obsequium servitutis meæ et præsta ut sacrificium, quod oculis tuæ Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Le Seigneur soit avec vous.
R. Et avec votre esprit.
Retirez-vous : la Messe est finie.
R. Grâces soient rendues à Dieu !
Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.
Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :
Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit !
R. Amen.
v. Dominus vobiscum ;
r. Et cum spiritu tuo.
R. Amen.
v. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.
LE DERNIER ÉVANGILE.
Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.
In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebræ eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.
Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
CHAPITRE II. DES OFFICES DE TIERCE, SEXTE ET NONE, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE.
À TIERCE
V. Deus, in adjutorium meum intende.
V. O Dieu, venez à mon aide.R. Hâtez-vous, Seigneur de me secourir.Gloire au Père et au Fils, et au Sain-Esprit ;
R. Domine, ad adiuvandum me festina.Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Amen. Alleluia.
HYMNE
Nunc, sancte nobis Spiritus,Unum Patri cum Filio,Dignare promptus ingeriNostro refusus pectori.
Os, lingua, mens, sensus, vigor Confessionem personent,Flammescat igne caritas, Accendat ardor proximos.
Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice,Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen
Esprit-Saint, substance unique avec le Père et le Fils, daignez, à cette heure, descendre en nous, et vous répandre dans nos cœurs.Que notre bouche, notre langue, notre esprit, nos sens, nos forces, publient vos louanges : que le feu de la charité s’allume ; que son ardeur embrase tous nos frères.Exaucez-nous, Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII
Legem pone mihi Domine viam iustificationum tuarum et exquiram eam semper.Da mihi intellectum et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo.Deduc me in semita mandatorum tuorum quia ipsam volui.Inclina cor meum in testimonia tua et non in avaritiam.Averte oculos meos ne videant vanitatem in via tua vivifica me.Statue servo tuo eloquium tuum in timore tuo.Amputa obprobrium meum quod suspicatus sum quia iudicia tua iucunda.Ecce concupivi mandata tua in aequitate tua vivifica me.
Gloria Patri, etc.
Et veniat super me misericordia tua Domine salutare tuum secundum eloquium tuum.Et respondebo exprobrantibus mihi verbum quia speravi in sermonibus tuis.Et ne auferas de ore meo verbum veritatis usquequaque quia in iudiciis tuis supersperavi.Et custodiam legem tuam semper in saeculum et in saeculum saeculi.Et ambulabam in latitudine quia mandata tua exquisivi.Et loquebar in testimoniis tuis in conspectu regum et non confundebar.Et meditabar in mandatis tuis quae dilexi.Et levavi manus meas ad mandata quae dilexi et exercebar in iustificationibus tuis.
Memor esto verbi tui servo tuo in quo mihi spem dedisti.Haec me consolata est in humilitate mea quia eloquium tuum vivificavit me.Superbi inique agebant usquequaque a lege autem tua non declinavi.Memor fui iudiciorum tuorum a saeculo Domine et consolatus sum.Defectio tenuit me prae peccatoribus derelinquentibus legem tuam.Cantabiles mihi erant iustificationes tuae in loco peregrinationis meae.Memor fui in nocte nominis tui Domine et custodivi legem tuam.Haec facta est mihi quia iustificationes tuas exquisivi.
Gloria Patri, etc.
Portio mea Dominus dixi custodire legem tuam.Deprecatus sum faciem tuam in toto corde meo miserere mei secundum eloquium tuum.Cogitavi vias meas et avertisti pedes meos in testimonia tua.Paratus sum et non sum turbatus ut custodiam mandata tua.Funes peccatorum circumplexi sunt me et legem tuam non sum oblitus.Media nocte surgebam ad confitendum tibi super iudicia iustificationis tuae.Particeps ego sum omnium timentium te et custodientium mandata tua.Misericordia Domini plena est terra iustificationes tuas doce me.
Bonitatem fecisti cum servo tuo Domine secundum verbum tuum.Bonitatem et disciplinam et scientiam doce me quia mandatis tuis credidi.Priusquam humiliarer ego deliqui propterea eloquium tuum custodivi.Bonus es tu et in bonitate tua doce me iustificationes tuas.Multiplicata est super me iniquitas superborum ego autem in toto corde scrutabor mandata tua.Coagulatum est sicut lac cor eorum ego vero legem tuam meditatus sum.Bonum mihi quia humiliasti me ut discam iustificationes tuas.Bonum mihi lex oris tui super milia auri et argenti.
Donnez-moi pour loi, Seigneur, la voie de vos volontés pleines de justice, et je ne cesserai de la rechercher.Donnez-moi l’intelligence, et je scruterai votre loi, et je la garderai de tout mon cœur.
Manus tuae fecerunt me et plasmaverunt me da mihi intellectum et discam mandata tua.Qui timent te videbunt me et laetabuntur quia in verba tua supersperavi.Cognovi Domine quia aequitas iudicia tua et veritate humiliasti me.Fiat misericordia tua ut consoletur me secundum eloquium tuum servo tuo.Veniant mihi miserationes tuae et vivam quia lex tua meditatio mea est.Confundantur superbi quia iniuste iniquitatem fecerunt in me ego autem exercebor in mandatis tuis.Convertantur mihi timentes te et qui noverunt testimonia tua.Fiat cor meum inmaculatum in iustificationibus tuis ut non confundar.
Conduisez-moi dans le sentier de vos préceptes : c’est lui que je désire.
Inclinez mon cœur vers vos commandements, et détournez-le de la cupidité.
Détournez mes yeux, afin qu’ils ne voient pas la vanité ; vivifiez-moi dans votre voie.
Affermissez votre parole en votre serviteur, pare la crainte de vous offenser.Éloignez de moi l’opprobre que j’appréhende ; car vos jugements sont pleins de douceur.
Voilà que j’ai désiré remplir vos commandements ; dans votre justice donnez-moi la vie ;
Et que votre miséricorde vienne sur moi, ce salut que vous avez promis.
Et je répondrai à ceux qui m’outragent, aux ennemis de mon âme, que j’avais espéré dans votre parole.Et n’enlevez jamais de ma bouche la parole de votre vérité ; car mon espérance en vos justices a été sans bornes.Et je garderai votre loi toujours, dans les siècles des siècles.
Et je marcherai dans la vie, avec la joie de mon cœur, parce que j’ai recherché vos commandements.
Et je parlerai de votre loi en présence des rois, et je n’en rougirai point.Et je méditerai sur vos préceptes, objet de mon amour.
Et je lèverai mes mains vers vos commandements que j’ai aimés, et je m’exercerai dans la pratique de votre justice.Gloire au Père, etc.
Souvenez-vous de votre parole à votre serviteur, par laquelle vous m’avez donné l’espérance.C’est elle qui m’a consolé en mon humiliation ; car votre parole m’a donné la vie.Les esprits de superbe m’ont attaqué de toutes parts avec injustice ; mais je ne me suis point détourné de votre loi. Je me suis souvenu, Seigneur, des jugements que vous avez exercés dès le commencement du monde ; et j’ai été consolé.La défaillance s’est emparée de moi, à la vue des pécheurs qui désertent votre loi.Votre loi de justice a été le sujet de mes chants, dans le lieu de mon pèlerinage.Seigneur, je me suis souvenu de votre nom durant la nuit, et j’ai gardé votre loi.
Ce bonheur m’est arrivé, parce que j’ai recherché vos justices.J’ai dit : Mon partage, Seigneur, est de garder votre loi.
J’ai imploré votre assistance du fond de mon cœur ; selon votre parole, ayez pitié de moi.
J’ai réfléchi sur mes voies, et j’ai ramené mes pas dans le sentier de vos préceptes.
Je suis prêt et je veux, sans trouble, garder désormais vos commandements.
Les filets des pécheurs m’ont environné, et je n’ai point oublié votre loi.
Je me levais au milieu de la nuit, pour vous rendre gloire sur les jugements de votre justice.
Je suis uni à tous ceux qui vous craignent et qui gardent vos commandements.
Toute la terre est pleine de votre miséricorde, Seigneur : enseignez-moi votre justice.
Gloire au Père, etc.
Vous avez signalé votre bonté envers votre serviteur, selon votre parole, Seigneur.
Enseignez-moi la miséricorde, la sagesse et la science ; car j’ai cru à vos préceptes.Avant que vous m’eussiez humilié, j’ai péché ; c’est pourquoi, éclairé maintenant, j’observe votre loi.
Vous êtes bon ; dans cette bonté, enseignez-moi vos justices.
Mes ennemis superbes ont multiplié sur moi leur iniquité ; mais mon cœur s’attachera tout entier à la recherche de vos commandements.
Leur cœur s’est épaissi comme le lait ; pour moi, j’ai médité votre loi.
Il m’a été bon que vous m’ayez humilié, afin que j’apprisse la justice de vos préceptes.
Votre Verbe qui est la loi sortie de votre bouche, o Père céleste, est plus précieux pour moi que les monceaux d’or et d’argent.
Vos mains m’ont fait et m’ont façonné ; donnez-moi l’intelligence, et j’apprendrai vos décrets.
Ceux qui vous craignent me verront, et se réjouiront ; car j’ai grandement espéré en vos paroles.
J’ai connu, Seigneur, que vos jugements sont l’équité, et que vous m’avez humilié avec justice.
Que votre miséricorde daigne venir me consoler, selon la promesse que vous fîtes à votre serviteur.
Viennent sur moi vos miséricordes, et je vivrai ; car votre loi est toute mon occupation.
Que mes ennemis superbes soient confondus, puisqu’ils m’ont persécuté avec injustice ; moi je m’exercerai sur vos préceptes.
Que ceux qui vous craignent et qui entendent vos oracles se tournent vers moi.
Que mon cœur devienne pur par la pratique de vos préceptes, afin que je ne sois pas confondu, au jour où vous paraîtrez dans votre justice.
L’Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l’Oraison qui complètent l’Office de Tierce, ainsi que les Offices de Sexte et de None, se trouvent ci-après, dans leurs lieux et places, aux fêtes de plus grande solennité.
Á SEXTE
Deus, in adiutorium, etc.
Gloria Patri, etc.
O Dieu ! Venez à mon aide, etc.
Gloire soit au Père, etc.
HYMNE
Rector potens, verax Deus,qui temperas rerum vices,splendore mane instruiset ignibus meridiem,
Extingue flammas litium,aufer calorem noxium,confer salutem corporumveramque pacem cordium
Præsta, Pater piissime,Patrique compar Unice,cum Spiritu Paraclitoregnans per omne sæculum. Amen.
Arbitre tout-puissant, Dieu de vérité, qui réglez l’ordre de toute choses, vous dispensez au matin sa splendeur, et au midi ses feux.Éteignez la flamme des discordes, dissipez toute ardeur nuisible ; donnez à nos corps la santé, à nos cœurs la paix véritable.
Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
Defecit in salutare tuum anima mea in verbum tuum supersperavi.Defecerunt oculi mei in eloquium tuum dicentes quando consolaberis me.Quia factus sum sicut uter in pruina iustificationes tuas non sum oblitus.Quot sunt dies servo tuo quando facies de persequentibus me iudicium.Narraverunt mihi iniqui fabulationes sed non ut lex tua.Omnia mandata tua veritas inique persecuti sunt me adiuva me.Paulo minus consummaverunt me in terra ego autem non dereliqui mandata tua.Secundum misericordiam tuam vivifica me et custodiam testimonia oris tui.
Gloria Patri, etc.
In æternum Domine verbum tuum permanet in cælo.In generationem et generationem veritas tua fundasti terram et permanet.Ordinatione tua perseverat dies quoniam omnia serviunt tibi.Nisi quod lex tua meditatio mea est tunc forte perissem in humilitate mea.In æternum non obliviscar iustificationes tuas quia in ipsis vivificasti me.Tuus sum ego salvum me fac quoniam iustificationes tuas exquisivi.Me expectaverunt peccatores ut perderent me testimonia tua intellexi.Omni consummationi vidi finem latum mandatum tuum nimis.
Quomodo dilexi legem tuam tota die meditatio mea est.Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo quia in æternum mihi est.Super omnes docentes me intellexi quia testimonia tua meditatio mea est.Super senes intellexi quia mandata tua quæsivi.Ab omni via mala prohibui pedes meos ut custodiam verba tua.A iudiciis tuis non declinavi quia tu legem posuisti mihi.Quam dulcia faucibus meis eloquia tua super mel ori meo.A mandatis tuis intellexi propterea odivi omnem viam iniquitatis.Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis.Iuravi et statui custodire iudicia iustitiæ tuæ.Humiliatus sum usquequaque Domine vivifica me secundum verbum tuum.Voluntaria oris mei beneplacita fac Domine et iudicia tua doce me.Anima mea in manibus meis semper et legem tuam non sum oblitus.Posuerunt peccatores laqueum mihi et de mandatis tuis non erravi.Hereditate adquisivi testimonia tua in æternum quia exultatio cordis mei sunt.Inclinavi cor meum ad faciendas iustificationes tuas in æternum propter retributionem.
Gloria Patri, etc.
Iniquos odio habui et legem tuam dilexi.Adiutor meus et susceptor meus es tu in verbum tuum supersperavi.Declinate a me maligni et scrutabor mandata Dei mei.Suscipe me secundum eloquium tuum et vivam et non confundas me ab expectatione mea.Adiuva me et salvus ero et meditabor in iustificationibus tuis semper.Sprevisti omnes discedentes a iustitiis tuis quia iniusta cogitatio eorum.Prævaricantes reputavi omnes peccatores terræ ideo dilexi testimonia tua.Confige timore tuo carnes meas a iudiciis enim ; tuis timui.
Mon âme a défailli dans l’attente du Sauveur que vous aviez promis ; mais j’ai mis mon espérance en votre parole.
Feci iudicium et iustitiam non tradas me calumniantibus me.Suscipe servum tuum in bonum non calumnientur me superbi.Oculi mei defecerunt in salutare tuum et in eloquium iustitiæ tuæ.Fac cum servo tuo secundum misericordiam tuam et iustificationes tuas doce me.Servus tuus sum ego da mihi intellectum et sciam testimonia tua.Tempus faciendi Domino dissipaverunt legem tuam.Ideo dilexi mandata tua super aurum et topazion.Propterea ad omnia mandata tua dirigebar omnem viam iniquam odio habui.
Mes yeux se sont lassés à relire vos promesses, et je disais : Quand me consolerez-vous ?
Je me suis desséché comme la peau exposé à la gelée ; mais je n’ai point oublié vos justices.
Je disais : Combien de jours restent encore à votre serviteur ? Quand ferez-vous justice de mes persécuteurs ?
Les impies me racontaient leurs fables ; mais ce qu’ils disent n’est pas comme votre loi.
Toutes vos ordonnances sont vérité ; ils me poursuivent injustement : aidez-moi.
Ils m’ont presque anéanti sur la terre ; mais je n’ai point abandonné vos commandements.Vivifiez-moi selon votre miséricorde ; et je garderai les oracles de votre bouche.Votre parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.
Votre vérité passe de génération en génération. C’est vous qui avez affermi la terre, et elle est stable.Par votre ordre, le jour subsiste ; car tous vous est assujetti.Si votre loi n’eût été le sujet de mes méditations, j’airais péri déjà dans mon affliction.
Je n’oublierai jamais vos justices ; car c’est par elles que vous m’avez vivifié.
Je suis à vous ; sauvez-moi : car j’ai recherché vos préceptes.
Les pécheurs m’ont attendu pour me perdre ; mais j’avais fixé mon attention sur vos oracles.
J’ai vu venir la fin de toutes choses ; votre loi seule est infinie.Gloire au Père, etc.
Que j’aime votre loi, Seigneur, toute la journée elle est le sujet de mes méditations.Vous m’avez rendu plus sage que mes ennemis par les préceptes que vous m’avez donnés : je les ai embrassés à jamais.J’ai surpassé en intelligence tous mes maîtres, parce que je médite vos oracles.Je suis devenu plus prudent que les vieillards, parce que j’ai recherché vos commandements.J’ai détourné mes pieds de toute mauvaise voie, pour garder vos ordonnances.Je ne me suis point écarté de vos règles ; car c’est vous-même qui m’avez prescrit la loi.
Que vos paroles sont douces à ma bouche ! elles sont plus suaves que le miel à mon palais.
Vos préceptes m’ont donné l’intelligence ; c’est pourquoi je hais toute voie d’iniquité.
Votre parole est la lampe qui éclaire mes pas : elle est la lumière de mes sentiers.
J’ai juré et j’ai résolu de garder les décrets de votre justice.
J’ai été réduit, Seigneur, à une extrême humiliation : rendez-moi la vie selon votre parole.
Agréez, Seigneur, le sacrifice volontaire que vous offre ma bouche, et enseignez-moi vos commandements.
Mon âme est toujours entre mes mains ; et je n’ai point oublié votre loi.
Les pécheurs m’ont tendu des lacs ; mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.
J’ai pris vos préceptes pour être à jamais mon héritage ; car ils sont la joie de mon cœur.
J’ai incliné mon cœur à l’accomplissement de vos commandements pour jamais, à cause de la récompense.
Gloire au Père, etc.
J’ai haï les méchants, et j’aime votre loi.
Vous êtes mon secours et mon asile ; en votre parole j’ai mis toute mon espérance.Retirez-vous de moi, méchants, et je chercherai les préceptes de mon Dieu.
Recevez-moi selon votre parole et je vivrai ; ne permettez pas que je soit confondu dans mon attente.
Aidez-moi, et je serai sauvé ; et je méditerai continuellement vos ordonnances.
Vous rejetez avec mépris tous ceux qui s’écartent de vos commandements ; car leur pensée est injuste.
J’ai regardé tous les pécheurs de la terre comme des prévaricateurs ; et pour cela j’ai chéri vos oracles.
Transpercez ma chair de votre crainte ; car vos jugements remplissent mon âme de terreur.
J’ai pratiqué l’équité et la justice : ne me livrez pas aux ennemis qui me calomnient.
Recevez votre serviteur et affermissez-le dans le bien : que les superbes cessent de m’opprimer.
Mes yeux s’étaient épuisés à attendre le salut que vous m’apportez, et l’effet des oracles de votre justice.
Faites donc maintenant selon votre miséricorde avec votre serviteur, et enseignez-moi vos commandements.
Je suis votre serviteur : donnez-moi l’intelligence, afin que je connaisse vos préceptes.
Il est temps d’agir, Seigneur : ils ont dissipé votre loi.
C’est pour cela que j’ai aimé vos commandements plus que l’or et la topaze.
C’est pour cela que je me suis réglé en tout selon vos commandements, et que j’ai haï toute voie injuste.
À NONE
Deus, in adiutorium, etc.
Gloria Patri, etc.
O Dieu ! Venez à mon aide, etc.
Gloire soit au Père, etc.
HYMNE
Rerum Deus, tenax vigor,immotus in te permanens, lucis diurnæ temporasuccessibus determinans,
O Dieu dont la puissance soutient tous les êtres, toujours immuable en votre essence, vous partagez le temps par les révolutions de la lumière du jour.
Largire clarum vespere,quo vita numquam decidat,sed præmium mortis sacræperennis instet gloria.
Versez la lumière sur le soir de nos jours ; que notre vie ne s’éloigne jamais d’elle ; et qu’une gloire immortelle soit la récompense d’une mort sainte.
Præsta, Pater piissime,Patrique compar Unice,cum Spiritu Paraclitoregnans per omne sæculum. Amen.
Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
Mirabilia testimonia tua ideo scrutata est ea anima mea.Declaratio sermonum tuorum inluminat et intellectum dat parvulis.Os meum aperui et adtraxi spiritum quia mandata tua desiderabam.Aspice in me et miserere mei secundum iudicium diligentium nomen tuum.Gressus meos dirige secundum eloquium tuum et non dominetur mei omnis iniustitia.Redime me a calumniis hominum et custodiam mandata tua.Faciem tuam inlumina super servum tuum et doce me iustificationes tuas.Exitus aquarum deduxerunt oculi mei quia non custodierunt legem tuam.Justus es Domine et rectum iudicium tuum.Mandasti iustitiam testimonia tua et veritatem tuam nimis.Tabescere me fecit zelus meus quia obliti sunt verba tua inimici mei.Ignitum eloquium tuum vehementer et servus tuus dilexit illud.Adulescentulus sum ego et contemptus iustificationes tuas non sum oblitus.Iustitia tua iustitia in æternum et lex tua veritas.Tribulatio et angustia invenerunt me mandata tua meditatio mea.æquitas testimonia tua in æternum intellectum da mihi et vivam.Gloria Patri, etc.
Gloria Patri, etc.
Clamavi in toto corde exaudi me Domine iustificationes tuas requiram.Clamavi te salvum me fac et custodiam mandata tua.Præveni in maturitate et clamavi in verba tua supersperavi.Prævenerunt oculi mei ad diluculum ut meditarer eloquia tua.Vocem meam audi secundum misericordiam tuam Domine secundum iudicium tuum vivifica me.Adpropinquaverunt persequentes me iniquitate a lege autem tua longe facti sunt.Prope es tu Domine et omnes viæ tuæ veritas.Initio cognovi de testimoniis tuis quia in æternum fundasti ea.
Vide humilitatem meam et eripe me quia legem tuam non sum oblitus.Iudica iudicium meum et redime me propter eloquium tuum vivifica me.Longe a peccatoribus salus quia iustificationes tuas non exquisierunt.Misericordiæ tuæ multæ Domine secundum iudicia tua vivifica me.Multi qui persequuntur me et tribulant me a testimoniis tuis non declinavi.Vidi prævaricantes et tabescebam quia eloquia tua non custodierunt.Vide quoniam mandata tua dilexi Domine in misericordia tua vivifica me.Principium verborum tuorum veritas et in æternum omnia iudicia iustitiæ tuæ.
Principes persecuti sunt me gratis et a verbis tuis formidavit cor meum.Lætabor ego super eloquia tua sicut qui invenit spolia multa.Iniquitatem odio habui et abominatus sum legem autem tuam dilexi.Septies in die laudem dixi tibi super iudicia iustitiæ tuæ.Pax multa diligentibus legem tuam et non est illis scandalum.Expectabam salutare tuum Domine et mandata tua dilexi.Custodivit anima mea testimonia tua et dilexi ea vehementer.Servavi mandata tua et testimonia tua quia omnes viæ meæ in conspectu tuo.
Vos témoignages sont admirables, o Dieu ! C’est pour cela que mon âme les a recherchés avec ardeur.
Adpropinquet deprecatio mea in conspectu tuo Domine iuxta eloquium tuum da mihi intellectum.Intret postulatio mea in conspectu tuo secundum eloquium tuum eripe me.Eructabunt labia mea hymnum cum docueris me iustificationes tuas.Pronuntiabit lingua mea eloquium tuum quia omnia mandata tua æquitas.Fiat manus tua ut salvet me quoniam mandata tua elegi.
La révélation de vos promesses répand la lumière ; elle donne l’intelligence aux petits.
Concupivi salutare tuum Domine et lex tua meditatio mea.Vivet anima mea et laudabit te et iudicia tua adiuvabunt me.Erravi sicut ovis quæ periit quære servum tuum quia mandata tua non sum oblitus.
J’ai ouvert la bouche, et j’ai aspiré le souffle ; car j’ai désiré vos commandements.
Jetez un regard sur moi ; ayez pitié de moi, selon votre coutume à l’égard de ceux qui aiment votre loi.
Dirigez mes pas selon votre parole ; que nulle iniquité ne domine en moi.
Délivrez-moi de la calomnie des hommes ; afin que je garde vos commandements.
Faites reluire sur votre serviteur l’éclat de votre visage ; enseignez-moi vos justices.
Mes yeux ont répandu des ruisseaux de larmes, parce que les hommes n’ont pas gardé votre loi.
Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits.
Vos commandements prescrivent la justice ; rien n’en peut altérer la vérité.
Mon zèle m’a desséché dans son ardeur ; car mes ennemis ont oublié vos paroles.
Votre Verbe, o Père céleste ! Est un feu consument : c’est pourquoi votre serviteur l’aime avec ardeur.Je suis jeune et méprisé ; mais je n’ai point oublié vos préceptes.
Votre justice est justice à jamais, et votre loi, vérité.
La tribulation et l’angoisse ont fondu sur moi ; vos oracles ont été tout mon entretien.
Vos jugements sont l’équité éternelle : donnez-moi l’intelligence, et je vivrai.
Gloire au Père, etc.
J’ai crié du fond de mon cœur : Seigneur, exaucez-moi ; et je rechercherai vos injustices.
J’ai crié vers vous, sauvez-moi ; et j’accomplirai vos décrets.
J’ai devancé l 'aurore, et j’ai poussé des cris ; car j’espérais vivement en vos promesses.
Mes yeux se tournaient vers vous dès le point du jour, pour méditer votre loi.
Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Seigneur ; vivifiez-moi selon votre justice.
Mes persécuteurs ont embrassé l’iniquité ; ils se sont éloignés de votre loi.
Vous êtes près de nous, Seigneur, et toutes vos voies sont la vérité.
Dès le commencement j’avais reconnu que vous avez établi vos témoignages pour durer éternellement.
Voyez mon humiliation, et délivrez-moi ; car je n’ai pas oublié votre loi.
Jugez ma cause et rachetez-moi ; rendez-moi la vie, à cause de votre parole.
Le salut est loin des pécheurs, parce qu’ils n’ont pas recherché vos commandements.
Vos miséricordes sont infinies, Seigneur ; rendez-moi la vie selon vos oracles.
Ils sont nombreux, ceux qui me persécutent et m’affligent ; mais je ne me suis point écarté de vos préceptes.
J’ai vu les prévaricateurs, et j’en ai séché de douleur ; car ils n’ont pas gardé vos ordonnances.Voyez, Seigneur, que j’ai toujours aimé vos commandements ; rendez-moi la vie, dans votre miséricorde.
Le principe de vos paroles est la vérité : tous les décrets de votre justice demeurent à jamais.
Gloire au Père, etc.
Les princes m’ont persécuté injustement ; mais mon cœur n’a craint que votre parole.
Je me réjouirai dans vos promesses comme un homme qui a trouvé de richesses dépouillés.
J’ai haï l’iniquité, et je l’ai eue en horreur ; mais j’ai aimé votre loi.
Sept fois le jour, j’ai chanté vos louanges, sur les jugements de votre justice.Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; il n’y a pas pour eux de scandale.
J’attendais votre Salut, o Seigneur ! Et dans cette attente, j’ai aimé vos commandements.
Mon âme a gardé vos préceptes ; elle les a aimés d’un amour ardent.
J’ai observé vos lois et vos ordonnances ; car toutes mes voies sont en votre présence.Que ma prière, Seigneur, mont jusqu’à vous ; donnez-moi l’intelligence, selon votre parole.
Que mes supplications pénètrent jusqu’en votre présence : délivrez-moi, selon vos promesses.Mes lèvres éclateront en cantiques, lorsque vous m’aurez enseigné vos justices.
Ma langue publiera vos oracles ; car tous vos commandements sont l’équité.
Étendez votre main, et sauvez-moi ; car j’ai choisi vos préceptes pour mon partage.
Seigneur, Père saint ! j’ai désiré avec ardeur votre Salut promis ; et votre loi est tout mon entretien.
Maintenant qu’il est venu, mon âme vivra, et vous louera ; et vos justices me protégeront.J’errais comme une brebis perdue : divin Pasteur, descendu du ciel, daignez chercher votre serviteur ; car je n’ai point oublié vos commandements.
CHAPITRE III. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET FÊTES, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE.
v. Deus, in adjutorium meum intende.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen. Alleluia
v. O Dieu ! venez à mon aide !
R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia
PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.
Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.
De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.
Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.
Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.
PSAUME CX.
Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.
Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.
Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.
Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.
Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.
Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.
Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.
Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit in æternum testamentum suum.
Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.
Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.
La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.
PSAUME CXI.
Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.
Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.
Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.
La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.
Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste, qui s’est donné aux hommes.
In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.
Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.
La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.
Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.
PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.
Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.
Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.
Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.
Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.
Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :
Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.
Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.
Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.
Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.
Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.
Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.
Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.
Quand Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare ;
Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.
La maison juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.
La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
À la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.
Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
À cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.
Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.
CAPITULE (II Cor. 1)
Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. R. Deo gratias.
Béni soit Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations. R. Rendons grâces à Dieu.
HYMNE.
LUCIS Creator optimelucem dierum proferens,primordiis lucis novae,mundi parans originem :
Qui mane iunctum vesperidiem vocari praecipis :illabitur tetrum chaos,audi preces cum fletibus.
Ne mens gravata crimine,vitae sit exsul munere,dum nil perenne cogitat,seseque culpis illigat.
Caeleste pulset ostium :vitale tollat praemium :vitemus omne noxium :purgemus omne pessimum.
Praesta, Pater piissime,Patrique compar Unice,cum Spiritu Paraclitoregnans per omne saeculum. Amen.
Dieu bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours ; vous avez préludé à l’origine de ce monde, en révélant, dès le premier jour, l’éclat de cette lumière qui jusqu’alors n’avait pas brillé.
V. Dirigatur, Domine, oratio mea.
O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l’espace qui s’étend du matin jusqu’au soir ; un noir chaos menace encore de nous envelopper, écoutez nos prières et voyez nos larmes.
R. Sicut incensum in conspectu tuo.
Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle que vous lui avez préparée ; cette âme si lâche quand il faut penser à l’éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.
Qu’elle frappe enfin aux protes des cieux ; qu’elle enlève le prix de la vie ; qu’elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu’elle se purifie de toute iniquité.
Faite-nous cette grâce, o Père très miséricordieux, et vous, o Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.
V . Que ma prière s’élève vers vous, Seigneur !
R. Comme l’encens monte en votre présence.
CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.
Mon âme glorifie le Seigneur,
Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.
Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
L’Oraison se trouve en son lieu, aux Dimanches et aux diverses Fêtes.
V. Benedicamus Domino.
R/. Deo gratias.
v. Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace.
v. Bénissons le Seigneur.
r. Amen.
r. Rendons grâces à Dieu.
V/. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix. R. Amen.
CHAPITRE IV. DE L’OFFICE DE COMPLIES AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE
V/. Jube, Domne, benedicere.
Benedictio. Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.
v. Mon Père, veuillez me bénir !
r. Amen.
Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.
r. Amen.
LEÇON BREVE (1 Petr. v.)
Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.
r. Deo gratias.
v. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.
r. Qui fecit cœlum et terram.
Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !
R/. Rendons grâces à Dieu.
V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.
R/. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.
On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.
v. Converte nos, Deus, Salutaris noster.
Gloria Patri, etc.
r. Et averte iram tuam a nobis.
v. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
v. Deus, in adjutorium meum intende.
r. Et détournez votre colère de dessus nous.
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
v. O Dieu ! venez à mon aide.
R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloire au Père, etc.
PSAUME IV
Cum invocarem exaudivit me Deus iustitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.
Miserere mei : * et exaudi orationem meam.
Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?
A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.
Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.
Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.
Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?
Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.
In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.
Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.
Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.
Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?
Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m’exaucera quand je crierai vers lui.
Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.
Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.
Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.
Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.
PSAUME XXX.
In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.
Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.
Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.
Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.
Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.
In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.
En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.
Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.
Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.
Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.
Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.
Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !
PSAUME XC
Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei cœli commorabitur.
Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.
Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.
Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.
Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.
Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.
A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.
Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.
Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.
Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.
Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.
Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.
In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.
Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.
Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.
Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.
Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.
Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.
Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.
Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.
Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;
Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,
Parce qu’il a connu mon nom.
Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le glorifierai.
Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.
PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.
Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.
Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.
Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.
Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam.
Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.
HYMNE.
Te lucis ante terminum, Rerum Creator, poscimus, Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.
Procul recedant somnia, Et noctium phantasmata, Hostemque nostrum comprime, Ne polluantur corpora.
Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen.
Avant que la lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.
CAPITULE. (Jerem. XIV.)
Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.
Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
r. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.
r. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
v. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.
v. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.
Gloria. In manus tuas.
Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
v. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.
v. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.
r. Sub umbra alarum tuarum protege nos.
r. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.
CANTIQUE DE SIMÉON.
Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.
Gloria Patri, et Filio, etc.
Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,
Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.
Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.
Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.
C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.
Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
ORAISON
Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
v. Benedicamus Domino.
v. Dominus vobiscum ;
r. Deo gratias.
r. Et cum spiritu tuo.
Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
r. Amen.
v. Que le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.
V/. Bénissons le Seigneur.
R/. Rendons grâces à Dieu.
Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
r. Amen.
ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.
Salve, Regína, Máter misericórdiæVíta, dulcédo, et spes nóstra, sálve.Ad te clamámus, éxules, fílii Evae.Ad te suspirámus, geméntes et flentesin hac lacrimárum válle.Eia ergo, Advocáta nóstra,íllos túos misericórdes óculos ad nos convérte.Et Jésum, benedíctum frúctum véntris túi,nóbis post hoc exsílium osténde.O clémens, O pía, O dúlcis Vírgo María.
Salut, o reine, mère de la miséricorde.Notre vie, nos délices, notre espérance, salut !Exilés, enfants d’Ève, nous crions vers vous ;Vers vous nous soupirons, gémissants et pleurants au fond de cette vallée de larmesSus donc, o notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants ;Et montrez-nous, après cet exil, Jésus le fruit béni de votre seinÔ clémente ! Ô miséricordieuse ! Ô douce Vierge Marie.
V. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix ;
v. Sainte Mère de Dieu, priez pour nous ;
R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
R. Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.
ORAISON
Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosae Virginis matris Mariae corpus et animam, ut dignum Filii tui habitaculum effici mereretur, Spiritu Sancto cooperante, praeparasti : da ut cujus commemoratione laetemur, ejus pia intercessione ab instantibus malis et a morte perpetua liberemur. Per eundem Christum Dominum nostrum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint-Esprit, avez préparé le corps et l’âme de la glorieuse Vierge Marie, afin qu’elle devint le digne séjour de votre fils ; daignez, par sa miséricordieuse intercession, nous accorder, à nous qui fêtons joyeusement sa mémoire, d’être affranchis des maux qui nous assiègent et délivrés de la mort éternelle. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen
V. Divinum auxilium maneat semper nobiscum. R. Amen.
V. Le secours divin demeure toujours avec nous ! R. Amen
PROPRE DES SAINTS
LE 1er NOVEMBRE. LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS.
Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante : Gloire à notre Dieu [Apoc. VII, 9-10.] !
Le temps n’est plus ; c’est l’humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre [Job. VII, 1.], un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis ; s’unissant à la reconnaissance des rachetés de l’Agneau, les Anges fidèles s’écrieront avec nous : Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais [Apoc. VII, 11-14.] !
Et ce sera la fin, comme dit l’Apôtre [I Cor. XV, 24.]: la fin de la mort et de la souffrance ; la fin de l’histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L’ancien ennemi, rejeté à l’abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l’homme, libérateur du monde, aura remis l’empire à Dieu son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption : Dieu sera tout en tous [I. Cor. XV, 24-28.].
Bien avant le voyant de l’Apocalypse, déjà Isaïe chantait : J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; les franges de son vêtement remplissaient au-dessous de lui le temple, et les Séraphins criaient l’un à l’autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire [Isai. VI, 1-3.].
Les franges du vêtement divin sont ici les élus, devenus l’ornement du Verbe, splendeur du Père [Heb. I, 3.]. Car depuis que, chef de notre humanité, le Verbe l’a épousée, cette épouse est sa gloire, comme il est celle de Dieu [I Cor. XI. 7.]. Elle-même cependant n’a d’autre parure que les vertus des Saints [Apoc. XIX, 8.] : parure éclatante, dont l’achèvement sera le signal de la consommation des siècles. Cette fête est l’annonce toujours plus instante des noces de l’éternité ; elle nous donne à célébrer chaque année le progrès des apprêts de l’Épouse [Ibid. 7.].
Heureux les conviés aux noces de l’Agneau [Ibid.] ! Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux ! Préparons-nous, comme notre Mère l’Église, à 1’ineffable destinée que nous réserve l’amour. C’est à ce but que tendent les labeurs d’ici-bas : travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d’inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent [MATTH. V, 5.] !
Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous Je sillon de leur carrière mortelle [Psalm. CXXV.], et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée pat la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur [Heb. VI, 19-20]. Quelles épreuves n’apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s’épanouissent leurs épines d’un jour ! Larmes versées sur les tombes qui s’ouvrent à chaque pas de cette terre d’amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel ? Prêtons l’oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs ; petits ou grands [Apoc. XIX, 5.], cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.
Chantons donc nous aussi, avec le Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu’en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l’amour. L’ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange ; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Jérusalem ; que la puissance et l’abondance règnent en ton enceinte fortunée. À cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j’ai mis en toi mes complaisances ; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j’ai mis en toi tout mon désir [Psalm. CXXI.]. »
AUX PREMIÈRES VÊPRES.
Les cloches ont retenti, non moins joyeuses qu’aux plus beaux jours. Elles annoncent la grande solennité du Cycle à son déclin, la fête qui marque l’empreinte de l’éternité sur les temps, la prise de possession pour Dieu de l’année qui finit, joignant sa moisson d’élus à celles de ses devancières. Aux triomphantes volées remplissant l’air de leurs ondes harmonieuses, l’Église, qui depuis le matin jeûnait prosternée, se relève le front dans la lumière : elle pénètre avec Jean les secrets des cieux ; et les paroles du disciple bien-aimé, passant par ses lèvres, y revêtent un accent d’enthousiasme incomparable Cette fête est vraiment pour elle le triomphe de la Mère ; car la foule immense et bienheureuse, aperçue par elle près du trône de l’Agneau, se compose des fils et des filles que seule, comme étant l’unique [Cant. VI, 8.], elle a donnés au Seigneur.
1. ANT. VIDI turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat, ex omnibus gentibus, stantes ante thronum.
1. Ant. J’ai vu devant le trône une grande multitude, de toutes nations, que nul ne pouvait compter.
Psaume CIX. Dixit Dominus, page 24.
Près de ses fils glorifiés, l’Église voit les Anges, nobles natures dont l’attitude devant Dieu, la liturgie grandiose, l’adoration anéantie, ravissent son cœur. Et elle en redit le spectacle à ceux des siens qui militent encore avec elle ici-bas.
2. ANT. ET omnes Angeli stabant in circuitu throni, et ceciderunt in conspectu throni in facies suas, et adoraverunt Deum.
2. Ant. Et autour du trône, debout se tenaient tous les Anges, et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu.
Psaume CX. Confitebor tibi Domine, page 24.
Mais l’hommage et les chants des célestes Principautés, qui jamais ne s’interrompirent, ne sont plus seuls à rendre au Très-Haut la gloire à lui due dans son temple éternel. Comme, dans un chœur nombreux, une mère distingue entre toutes la voix de son enfant, l’Église tressaille en entendant la race élue qu’elle a nourrie pour l’Époux faire sa partie dans le concert des cieux, et célébrer l’Agneau dont le sang fut le prix de notre entrée bienheureuse au royaume de Dieu.
3. ANT. REDEMISTI N0S Domine Deus in sanguine tuo ex omni tribu, et lingua, et populo, et natione, et fecisti nos Deo nostro regnum.
3. Ant. Seigneur Dieu, vous nous avez rachetés en votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et vous avez fait de nous le royaume de notre Dieu.
Psaume CXI. Beatus vir, page 25.
C’est la vraie joie, l’ineffable consolation de ce jour. Aussi la grande exilée ne se tient pas d’adresser aux Saints un appel brûlant à plus de zèle, s’il se peut encore, pour louer le Seigneur Époux : « Soyez heureux, vous tous, et le célébrez ! » s’écrie-t-elle de la vallée des larmes, empruntant les paroles de Tobie dans la terre de sa captivité [Tob. XIII, 7, 10.].
4. ANT. BENEDICITE Dominum omnes electi ejus : agite dies laetitiae, et confitemini illi.
4 Ant. Bénissez le Seigneur, vous tous ses élus ; coulez des jours heureux, et chantez ses louanges.
Psaume CXII. Laudate pueri, page 26.
Louer Dieu sans trêve : part des Saints, bon partage d’Israël en la vraie Sion [Psalm. CXLVIII, 14 ; CXLIX, 9.] ! l’Église en son transport ne se lasse point d’exalter cette part glorieuse, la meilleure part, privilège de quelques-uns sur la terre, partage de tous dans la patrie.
5. ANT. Hymnus omnibus Sanctis ejus : filiis Israel, populo appropinquanti sibi : gloria haec est omnibus Sanctis ejus.
5. Ant. Chanter, c’est le partage de tous ses Saints, des enfants d’Israël, du peuple formant sa cour ; oui, c’est la gloire de tous ses Saints.
Psaume CXVI
LAUDATE Dominum, omnes gentes : * laudate eum, omnes populi.
Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in aeternum.
Toutes les nations, louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire.
Car sa miséricorde s’est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.
Nulle puissance ne saurait amoindrir la gloire de la cité sainte, ou diminuer d’une unité le nombre de ses fortunés habitants, tel que le fixèrent avant tous les âges les conseils du Très-Haut. Si ce monde a trop mérité la colère, il ne finira pourtant qu’après avoir donné au ciel le dernier des élus. C’est ce qu’exprime au vif le Capitule, tiré de l’Apocalypse.
CAPITULE. (Apoc. VII.)
ECCE ego Joannes vidi alterum Angelum ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi : et clamavit voce magna quatuor Angelis, quibus datum est nocere terrae et mari, dicens : Nolite nocere terrae et mari, neque arboribus, quoadusque signemus servos Dei nostri in frontibus eorum.
Moi Jean, je vis un autre Ange qui montait à l’Orient ; il portait le signe du Dieu vivant, et il cria d’une voix forte aux quatre Anges investis de la mission de frapper la terre et la mer, disant : Ne frappez pas la terre et la mer, ni les arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu.
Rhaban-Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence, est l’auteur présumé de l’Hymne qui suit. La « gent perfide » qu’on y demande à tous les bienheureux de chasser loin des terres chrétiennes, c’était, au IXe siècle, la race des Normands infidèles qui couvraient de sang et de ruines l’empire des faibles successeurs de Charlemagne. L’éclatante conversion des farouches destructeurs fut la réponse des Saints. Puissent-ils toujours exaucer de la sorte l’Église, éclairer comme alors ceux qui l’attaquent sans la connaître, faire d’eux ses plus fermes soutiens.
HYMNE.
PLACARE, Christe, servulis,quibus Patris clementiamtuae ad Tribunal gratiaepatrona Virgo postulat.
Christ, soyez propice a vos indignes serviteurs ; implorant la clémence du Père, la Vierge se fait leur avocate au tribunal de votre grâce.
Et vos, beata per novemdistincta gyros agmina,antiqua cum praesentibus,futura damna pellite.
Bienheureuses phalanges aux neuf ordres distincts, écartez les maux du passé, ceux du présent, ceux de l’avenir.
Apostoli cum Vatibus,apud severum Iudicemveris reorum fletibusexposcite indulgentiam.
Prophètes et vous, Apôtres, qui voyez la sincérité de nos pleurs, apaisez la colère du Juge, obtenez le pardon pour nos crimes.
Vos, purpurati Martyres,vos, candidati praemioconfessionis, exsulesvocate nos in patriam.
Martyrs à la pourpre éclatante, Confesseurs à la blanche couronne, appelez-nous de l’exil dans la patrie.
Chorea casta Virginum,et quos eremus incolastransmisit astris, Caelitumlocate nos in sedibus.
Chœur si chaste des Vierges, vous aussi pour qui le désert fut le chemin des cieux, donnez-nous place au bienheureux séjour.
Auferte gentem perfidamcredentium de finibus,ut unus omnes unicumovile nos Pater regat.
Du pays des chrétiens, chassez la nation perfide : qu’unique soit pour tous le bercail sous la houlette de l’unique pasteur.
Deo Patri sit gloria,Natoque Patris unico ;Sancto simul Paraclito,in sempiterna saecula.
Soit gloire à Dieu le Père, au Fils unique, au Saint-Esprit, dans les siècles éternels.
Amen
v. Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur et tressaillez.
R/. Glorifiez-vous en lui, vous tous qui avez le cœur droit.
Tous les chœurs angéliques, tous les ordres des Saints reçoivent, en l’Antienne de Magnificat, l’hommage de la prière de l’Église, comme tous vont avec elle exalter la Reine de la terre et des cieux reprenant pour tous son glorieux Cantique.
ANTIENNE DE Magnificat.
ANGELI, Archangeli, Throni et Dominationes, Principatus et Potestates, Virtutes cœlorum, Cherubim atque Seraphim, Patriarchae et Prophetae, sancti legis Doctores, Apostoli, omnes Christi Martyres, sancti Confessores, Virgines Domini, Anachoritae, Sanctique omnes intercedite pro nobis.
Anges, Archanges, Trônes et Dominations, Principautés et Puissances, Vertus des cieux, Chérubins et Séraphins, Patriarches et Prophètes, saints Docteurs de la loi, Apôtres, vous tous, Martyrs du Christ, saints Confesseurs, Vierges du Seigneur, Anachorètes, et tous les Saints, intercédez pour nous.
Le Cantique Magnificat, page 28.
ORAISON.
OMNIPOTENS sempiterne Deus, qui nos omnium Sanctorum tuorum merita sub una tribuisti celebritate venerari : quaesumus ; ut desideratam nobis tuae propitiationis abundantiam, multiplicans intercessoribus largiaris. Per Dominum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous donnez de célébrer dans une seule solennité les mérites de tous vos Saints ; nous vous en supplions : daignez octroyer à tant d’intercesseurs priant ensemble pour nous l’objet de notre désir, une miséricorde surabondante. Par Jésus-Christ.
Lorsque Rome eut achevé la conquête du monde, elle dédia le plus durable monument de sa puissance à tous les dieux. Le Panthéon devait attester à jamais la reconnaissance de la cité reine. Cependant conquise elle-même au Christ et investie par lui de l’empire des âmes, son hommage se détourna des vaines idoles pour aller aux Martyrs, qui, priant pour elle en mourant de sa main, l’avaient seuls faite éternelle. Ce fut à eux et à leur reine, Marie, qu’au lendemain des invasions qui l’avaient châtiée sans la perdre, elle consacra, cette fois pour toujours, le Panthéon devenu chrétien.
« Levez-vous, Saints de Dieu ; venez au lieu qui vous fut préparé [Pontifical, rom. Ant. in Eccl. dedicatione.]. » Trois siècles durant, les catacombes restèrent le rendez-vous des athlètes du Seigneur au sortir de l’arène. Rome doit à ces vaillants un triomphe mieux mérité que ceux dont elle gratifia ses grands hommes d’autrefois. En 312 pourtant, Rome, désarmée mais non encore changée dans son cœur, n’était rien moins que disposée à saluer de ses applaudissements les vainqueurs des dieux de l’Olympe et du Capitule. Tandis que la Croix forçait ses remparts, la blanche légion [Hymn. Ambros.] demeura cantonnée dans les retranchements des cimetières souterrains qui, comme autant de travaux d’approche, bordaient toutes les routes conduisant à la ville des Césars. Trois autres siècles étaient laissés à Rome pour satisfaire à la justice de Dieu, et prendre conscience du salut que lui ménageait la miséricorde. En 609. le patient travail de la grâce était accompli. Des lèvres de Boniface IV, Pontife suprême, descendait sur les cryptes sacrées le signal attendu.
Heure solennelle, prélude de celle que la trompette de l’Ange doit un jour annoncer par les sépulcres de l’univers [Sequ. Dies irœ.] ! C’est dans la majesté apostolique, c’est entouré d’un peuple immense, que le successeur de Pierre, que l’héritier du crucifié de Néron, se présente aux portes des catacombes. Ornés avec magnificence, vingt-huit chars l’accompagnent, et il convie à y monter les Martyrs. L’antique voie triomphale s’ouvre devant les Saints ; les fils des Quirites chantent à leur honneur : « Votre sortie sera heureuse, votre marche toute de joie ; car voici que tressaillent les monts, les collines fameuses, qui vous attendent en allégresse [Pontifical, rom. Ant. in Eccl. dedicatione.]. Paraissez, Saints de Dieu ; quittez vos postes de combat ; entrez dans Rome, devenue la cité sainte ; bénissez le peuple romain, qui vous suit au temple de ses fausses divinités devenu votre église, pour y adorer avec vous la majesté du Seigneur [Ex eodem, ibid. fere ad verbum.]. »
Après six siècles de persécutions et de ruines, le dernier mot restait donc aux Martyrs : mot de bénédiction, signal de grâces pour la Babylone ivre naguère du sang chrétien [Apoc. XXVII, 6.]. Mieux que réhabilitée par l’accueil qu’elle faisait aux témoins du Christ, elle n’était plus Rome seulement, mais la nouvelle Sion, la privilégiée du Seigneur. L’encens qu’elle brûlait sous les pas des Saints, rappelait celui dont ils avaient refusé l’hommage à ses dieux de mensonge ; l’autel au pied duquel leur sang avait coulé, était celui-là même où elle les invitait à prendre la place des usurpateurs enfuis à l’abîme. Bien inspirée fut-elle, quand le temple édifié par Marcus Agrippa, restauré par Sévère Auguste, étant devenu celui des saints Martyrs, elle crut devoir maintenir à son fronton le nom des constructeurs primitifs et l’appellation qu’ils lui avaient donnée ; l’insigne monument ne justifia son titre qu’à dater de la mémorable journée où, sous sa voûte incomparable, image du ciel, Rome chrétienne put appliquer aux hôtes nouveaux du Panthéon la parole du Psaume : J’ai dit : c’est vous les dieux [Psalm. LXXXI, 6.]! C’était le XIII mai, qu’avait eu lieu la prise de possession triomphale.
Toute dédicace sur terre rappelle à l’Église, ainsi qu’elle le dit elle-même, l’assemblée des Saints, pierres vivantes de l’éternelle demeure que Dieu se construit aux cieux [Collecta in die Dedicationis Altaris ; Postcomm. Anniv. Ded. Eccl.]. On s’étonnera d’autant moins que la Dédicace du Panthéon d’Agrippa, dans les circonstances que nous avons rapportées, soit devenue la première origine de la fête de ce jour [Martyrolog. ad hanc. diem.]. Son anniversaire, en ramenant la mémoire collective des Martyrs, donnait satisfaction à l’Église qui, désireuse d’honorer annuellement tous ses bienheureux fils morts pour le Seigneur, se vit de bonne heure réduite par leur nombre à l’impuissance de célébrer chacun d’eux au jour de son glorieux trépas. Or, au culte des Martyrs s’était joint pour elle, à l’âge de la paix, celui des justes qui, l’arène sanglante désormais fermée, se sanctifiaient chaque jour dans tous les héroïsmes offerts par ailleurs au courage chrétien ; la pensée de les associer aux premiers dans une solennité commune, qui suppléerait pour tous à la nécessité des omissions individuelles, naquit comme spontanément de l’initiative que Boniface IV avait prise.
En 732, dans la première moitié de ce huitième siècle qui fut si grand pour l’Église, Grégoire III dédiait, à Saint-Pierre du Vatican, un oratoire en l’honneur du Sauveur, de sa sainte Mère, des saints Apôtres, de tous les saints Martyrs, Confesseurs, Justes parfaits qui reposent par toute la terre [Liber pontifie, in Gregorio III.]. Une dédicace au vocable si étendu n’implique pas de soi l’établissement de notre fête même de tous les Saints par l’illustre Pontife ; il est à remarquer cependant qu’à dater de cette époque, on commence à la rencontrer en diverses églises, et fixée dès lors au premier jour de Novembre, comme en témoignent pour l’Angleterre le Martyrologe du Vénérable Bède et le Pontifical d’Egbert d’York. Elle était loin toutefois d’être universelle, lorsqu’en l’année 835, Louis le Débonnaire, sollicité par Grégoire IV, et du consentement de tous les évêques de ses états, fit de sa célébration une loi d’empire : loi sainte, portée aux applaudissements de l’Église entière qui l’adopta comme sienne, dit Adon, avec révérence et amour [Ado, Martyrol.].
Il existait jusque-là, dans nos contrées, une coutume attestée par les conciles d’Espagne et de Gaule dès le VI° siècle [Concil. Gerund. an. 567, can. 3 ; Lugdun. II, an. 367, can. 6.], et qui consistait à sanctifier l’époque des calendes de Novembre par trois jours de pénitence et de litanies, rappelant les Rogations qui précèdent encore l’Ascension du Seigneur. Le jeûne de la Vigile de la Toussaint est le seul souvenir qui nous reste maintenant de cette coutume de nos pères ; conservant le triduum pénitentiel, et l’avançant de quelques jours, ils en avaient fait une préparation de la fête elle-même : « Qu’entière soit notre dévotion, recommandait un auteur du temps ; disposons-nous à cette solennité très sainte par trois jours de jeûne, de prière et d’aumône [Inter Opera Alcuini, Epist. XCI, ad calcem.]. »
En s’étendant au monde entier, la fête s’était complétée ; devenue l’égale des plus augustes solennités, elle développait ses horizons jusqu’à l’infini, embrassait toute sainteté incréée ou créée. Son objet n’était plus Marie seulement et les Martyrs, ou. tous les justes nés d’Adam, mais avec eux les neuf chœurs angéliques, mais pardessus tout la Trinité sainte, Dieu tout en tous [I Cor. XV, 28.], Roi de ces rois qui sont les Saints [Apoc. V, 10.], Dieu des dieux en Sion [Psalm. LXXXIII, 8.]. Écoutons l’Église éveillant aujourd’hui ses fils : Le Roi des rois, le Seigneur, venez, adorons-le, parce qu’il est la couronne de tous les Saints [Invitator. festi.]. C’est l’invitation qu’en cette même nuit le Seigneur lui-même adressait à la chantre d’Helfta, Mechtilde, la privilégiée du divin Cœur : « Loue-moi de ce que je suis la couronne de tous les Saints [Liber specialis gratiae, P.a, c. XXXI.]. » Et la vierge voyait toute la beauté des élus et leur gloire s’alimenter au sang du Christ, briller des vertus par lui pratiquées ; et répondant à l’appel divin, elle louait tant qu’elle pouvait la très heureuse, la toujours adorable Trinité, de ce qu’elle daigne être aux Saints leur diadème, leur admirable dignité [Ibid.]. Dante lui aussi nous montre, en l’empyrée, Béatrice se faisant sa couronne du reflet des rayons éternels [Dante, Paradis, chant XXXI.]. Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ! ainsi tout d’une voix, pour le sublime poète, chantait le Paradis. « Tout l’univers, dit-il, me semblait un sourire [Chant XXVII.]. Le royaume d’allégresse, avec tout son peuple ancien et nouveau, tourné vers un seul point, était tout regard, tout amour. O triple lumière, qui scintillant en une seule étoile, rassasies à ce point leur vue, regarde ici-bas à nos tempêtes [Chant XXXI, traduction de Mesnard.] ! »
L’ancien Office de la fête offrit jusqu’au XVI° siècle, en beaucoup d’Églises, cette particularité qu’aux Nocturnes la première Antienne, la première Bénédiction, la première Leçon et le premier Répons étant de la Trinité, la deuxième série des mêmes pièces liturgiques avait pour objet Notre-Dame, la troisième les Anges, la quatrième les Patriarches et les Prophètes, la cinquième les Apôtres, la sixième les Martyrs, la septième les Confesseurs, la huitième les Vierges, la neuvième tous les Saints. En raison de cette disposition spéciale au jour, la première Leçon revenait contre l’usage du reste de l’année au plus digne du Chœur, le premier Répons était réservé aux premiers Chantres ; et ainsi arrivait-on, par une progression descendante, jusqu’aux enfants, dont l’un donnait la Leçon des Vierges, et cinq autres, vêtus de blanc, cierges à la main en mémoire des vierges prudentes, exécutaient le huitième Répons devant l’autel de Notre-Dame ; la neuvième Leçon et le neuvième Répons revenaient à des prêtres. Toutes ou presque toutes ces formules ont été successivement modifiées ; mais l’attribution des Répons actuels est toujours la même.
On sera heureux de trouver ici les Antiennes et Répons primitifs, auxquels se réfèrent les visions des Saints de cet âge, quand ils nous montrent chaque ordre de bienheureux au ciel s’unissant durant la nuit sacrée aux actions de grâces et prières de la terre [Liber specialis gratiae, ubi supra.]. Nous empruntons les textes qui suivent aux Bréviaires concordants d’Aberdeen et de Salisbury.
ANTIENNES.
I. ANT. ADESTO, Deus unus omnipotens, Pater et Filius et Spiritus Sanctus.
3. ANT. Laudemus Dominum quem laudant Angeli, quem Cherubim et Seraphim Sanctus, Sanctus, Sanctus proclamant.
2. ANT. Sicut lilium inter spinas, sic amica mea inter filias.
4. ANT. Inter natos mulierum non surrexit major Johanne Baptista.
1. Ant. Soyez-nous favorable, Dieu unique, tout-puissant, Père, Fils, Esprit-Saint.
5. ANT. Estote fortes in Bello et pugnate cum antiquo serpente, et accipietis regnum aeternum. Alleluia.
2. Ant. Comme le lis entre les épines, ainsi entre les autres est ma bien-aimée.
6. ANT. Isti sunt Sancti qui pro Dei amore minas hominum contempserunt ; sancti Martyres in regnum aeternum exsultant cum Angelis : o quam pretiosa est mors Sanctorum, qui assidue assistunt ante Dominum, et ab invicem non sunt separati.
3. Ant. Louons le Seigneur que louent les Anges, que Chérubins et Séraphins proclament Saint, Saint, Saint, à l’envi.
7. ANT. Sint lumbi vestri praecincti, et lucernae ardentes in manibus vestris, et vos similes hominibus exspectantibus dominum suum quando revertatur a nuptiis.
4 Ant. Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste.
8. ANT. Virgines sanctae Dei, orate pro nobis, ut scelerum veniam per vos accipere mereamur.
5. Ant. Soyez forts dans la guerre, et combattez avec l’ancien serpent, et vous recevrez le royaume éternel. Alléluia.
9. ANT. Laudem dicite Deo nostro, omnes Sancti ejus, et qui timetis Deum pusilli et magni, quoniam regnavit Dominus Deus noster omnipotens : gaudeamus et exsultemus, et demus gloriam ei.
6. Ant. Ce sont là les Saints qui, pour l’amour de Dieu, ont méprisé les menaces des hommes ; saints Martyrs ils tressaillent avec les Anges dans le royaume éternel ; oh ! qu’elle est précieuse la mort des Saints qui toujours se tiennent devant le Seigneur et ne sont point séparés les uns des autres !
7. Ant. Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces.
8. Ant. Saintes Vierges de Dieu, priez pour nous : puissions-nous mériter de recevoir par vous le pardon de nos crimes.
9. Ant. Louez notre Dieu, tous ses Saints et vous qui le craignez, petits et grands ; car il règne notre Seigneur Dieu tout-puissant : réjouissons-nous et tressaillons, rendons-lui gloire.
RÉPONS.
1. R. Summae Trinitati, simplici Deo, una divinitas, aequalis gloria, coaeterna majestas, Patri Prolique Sanctoque Flamini : * Qui totum subdit suis orbem legibus.
V. Praestet nobis gratiam deitas beata Patres ac Nati pariterque Spiritus almi, * Qui totum subdit suis orbem legibus.
V. Fuit homo missus a Deo cui nomen Johannes erat. * Qui viam.
2. R. Felix namque es sacra Virgo Maria, et omni laude dignissima : * Quia ex te ortus est Sol justitiae. Christus Deus noster.
5.R. Cives Apostolorum et domestici Dei advenerunt hodie * Portantes facem et illuminantes patriam, dare pacem gentibus et liberare populum Domini.
V. Ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto femineo sexu, sentiant omnes tuum levamen, quicum quae tuam solemnitatem. * Quia ex te.
3.R. Te sanctum Dominum in excelsis laudant omnes Angeli, dicentes : * Te decet * Laus et honor, Domine,
V. Cherubim quoque ac Seraphim Sanctus proclamant, et omnis caelicus ordo dicens. * Te decet. Gloria Patri. * Laus et honor :
4.R. Inter natos mulierum non surrexit major Johanne Baptista : * Qui viam Domino praeparavit in eremo.
V. Audite preces supplicum vitae aeternae poscentes praemia, qui festis in dextris manipulos justitiae, quique gaudentes advenistis hodie. * Portantes.
8.R. Audite vocem de cœlo venientem : Venite, omnes Virgines sapientissimae : * Oleum recondite in vasis vestris, dum Sponsus advenerit.
6.R. O constantia Martyrum laudabilis : o charitas inexstinguibilis : o patientia invincibilis quae, licet inter pressuras persequentium visa sit despicabilis : * Invenietur in laudem et gloriam et honorem * In tempore retributionis.
V. Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit. * Oleum.
V. Nobis ergo petimus piis subveniant meritis, honorificati a Patre qui es in cœlis. * Invenietur. Gloria * In tempore.
7. R. Sint lumbi vestri praecincti et lucernae ardentes in manibus vestris : * Et vos similes hominibus exspectantibus dominum suum quando revertatur a nuptiis.
V. Vigilate ergo, quia nescitis qua hora Dominus vester venturus sit. * Et vos.
9.R. Concede nobis, Domine quaesumus, veniam delictorum : et intercedentibus Sanctis quorum hodie solemnia celebramus *Talem nobis tribue devotionem, * Ut ad eorum pervenire mereamur societatem.
1. r. À LA Trinité souveraine, au Dieu simple, Père, Fils et Saint-Esprit : divinité unique, gloire égale, coéternelle majesté ; * Tout l’univers obéit à ses lois.
V. Adjuvent nos eorum merita, quos propria impediunt scelera ; excuset intercessio accusat quos actio : et qui eis tribuisti cœlestis palmam triumphi, nobis veniam non deneges peccati. * Talem. Gloria. * Ut ad.
v. Qu’elle daigne nous octroyer sa grâce la bienheureuse divinité du Père, du Fils, de l’Esprit conjointement adoré. * Tout l’univers obéit à ses lois.
2. R/. Vous êtes heureuse, sainte Vierge Marie ; vous êtes digne de toute louange ; * Car c’est de vous qu’est né le Soleil de justice, le Christ notre Dieu.
V/. Priez pour le peuple, intervenez pour les clercs, intercédez pour les femmes vouées à Dieu, que tous ceux-là éprouvent votre secours qui célèbrent cette fête véritablement vôtre. * Car c’est de vous.
3. R/. Seigneur saint, tous les Anges vous célèbrent dans les hauteurs, et ils disent : * Á vous conviennent * Honneur et louange, Seigneur.
V/. Saint vous proclament Chérubins et Séraphins, et tous les chœurs célestes chantent : * À vous conviennent. Gloire au Père. * Honneur et louange.
4. R/. Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste : Qui prépara la voie du Seigneur au désert.
V/. Il y eut un homme envoyé par Dieu, dont le nom était Jean. * Qui prépara.
5. R/. Voici les hommes apostoliques, les familiers de Dieu ; ils se présentent : * Portant la lumière, éclairant la patrie ; ils viennent donner la paix aux nations et délivrer le peuple du Seigneur,
V/. Écoutez la prière des suppliants implorant le don de la vie éternelle, vous qui portez en vos mains les gerbes de vos œuvres justes et vous présentez aujourd’hui dans la joie. * Portant.
6. R/. O louable constance des Martyrs ! ô charité inextinguible ! ô invincible patience ! sous les coups des persécuteurs, elle semblait ne mériter que mépris : * Elle trouvera louange et gloire et honneur, * Au temps de la récompense.
V/. Aussi implorons-nous l’appui de leurs pieux mérites, à cette heure où les honore le Père qui est aux deux. * Elle trouvera. Gloire au Père. * Au temps.
7. R/. Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : * Soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces.
V/. Veillez donc ; car vous ne savez à quelle heure votre Maître doit venir. * Soyez semblables.
8. R/. J’ai entendu une voix venant du ciel : Venez, toutes, Vierges très sages ; * Tenez l’huile en vos vases pour quand l’Époux viendra.
V/. Au milieu de la nuit, un cri s’est élevé : Voici l’Époux ! * Tenez l’huile.
9. R/. Seigneur, nous vous en supplions, remettez-nous nos fautes ; et par l’intercession des Saints dont nous célébrons la fête en ce jour, * Accordez-nous dévotion telle * Que nous méritions d’être admis dans leurs rangs.
V/. Que leurs mérites soient notre secours dans les difficultés provenant de nos crimes ; nos actes nous accusent, puisse nous excuser leur prière ; et vous qui leur avez donné au ciel la palme de victoire, ne nous refusez pas le pardon du péché. * Accordez-nous Gloire au Père. * Que nous méritions.
Les Grecs honorent comme nous dans une fête commune « tous les Saints de tous les pays de la terre, Asie, Libye, Europe, Septentrion ou Midi [Pentecostarion, in Dominica Sanctorum omnium.]. » Mais tandis que l’Occident fixe aux derniers jours de l’année une solennité qui représente, à ses yeux, la rentrée des fruits dans les celliers du Père de famille, l’Orient la célèbre au Dimanche qui suit la Pentecôte, en ce printemps de l’Église où, sous l’action des eaux jaillissantes de l’Esprit, la sainteté fit partout germer ses fleurs [Leon. Philosoph. Oratio XV, In universas terras Sanctos universos.]. Il en était ainsi dès le IV° siècle ; c’est en ce premier Dimanche après la Pentecôte, fête aujourd’hui de la Très Sainte Trinité pour nous Latins, que saint Jean Chrysostome prononça son discours en l’honneur de « tous les saints Martyrs ayant souffert dans le monde entier [Chrys. Opera II, 711.]. »
On le sait : l’origine première de la Toussaint fut de même en notre Occident cette commémoration générale des Martyrs, que d’autres Églises d’Orient placèrent au vendredi de l’Octave de Pâques [Calendaria Syrorum et Chald.] ; heureuse pensée, qui associait la confession des témoins du Christ au triomphe remporté sur la mort par Celui dont la confession divine, sous Ponce Pilate [I Tim. VI, 1 2-13.], avait devant les bourreaux été leur exemple et leur force. Ainsi faisait du reste primitivement Rome même, en rattachant à la première quinzaine de mai sa mémoire solennelle des Martyrs ; ainsi fait-elle encore, en réservant aux seuls Martyrs, conjointement avec les Apôtres, l’honneur d’un Office spécial pour la durée du Temps pascal entier.
Nous emprunterons les quelques traits qui suivent à l’Office grec du Dimanche de tous les Saints.
IN MAGNO VESPERTINO.
Les disciples du Seigneur, instruments de l’Esprit, ont répandu par l’univers entier l’évangélique semence d’où germèrent les Martyrs qui prient pour nos âmes.
DISCIPULI Domini, organa Spiritus, ubique per orbem sparserunt divini semina nuntii : e quibus germinati Martyres supplicant pro animabus nostris.
Vous êtes le soutien de l’Église, la perfection de l’Évangile, chœur divin des Martyrs ; en vous se justifient les paroles du Sauveur. Car les portes de l’enfer, béantes contre l’Église, ont été par vous fermées ; votre sang qui coulait a mis à sec les libations idolâtriques ; la plénitude des croyants naquit de votre immolation. Admirés des Anges, le front ceint du diadème, vous vous tenez devant Dieu : sans fin priez-le pour nos âmes.
Ecclesiae fulcimentum, Evangelii perfectio, Martyrum divinus chorus, Salvatoris verba vos implestis. Portae etenim inferi Ecclesiae inhiantes a vobis obseratae sunt ; libamenta idolorum exsiccavit sanguinis effusio vestri ; plenitudinem credentium immolati parturistis ; Angelis admirandi, coronati statis ante Deum : quem sine fine deprecemini pro animabus nostris.
Fidèles, venez tous ; célébrons par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels la solennelle mémoire de tous les Saints : voici qu’elle vient à nous chargée des plus riches dons. Crions donc, et disons : Salut, assemblée des Prophètes qui annonçâtes l’arrivée du Christ au monde, et vîtes comme présent ce qui était loin encore. Salut, chœur des Apôtres, pêcheurs d’hommes qui sûtes jeter le filet sur les nations. Salut, armée des Martyrs : rassemblés des confins de la terre en l’unique foi, vous avez pour elle subi affronts et tortures, vous avez brillamment triomphé dans l’arène. Salut, ruche des Pères qui, le corps réduit par l’ascèse et mortifiant la chair et ses passions, avez muni vos âmes des ailes du divin amour, l’emportant jusqu’au ciel ; vous partagez maintenant l’allégresse des Anges, l’éternel bonheur est à vous. Mais, ô Prophètes, ô Apôtres, ô Martyrs, ô Ascètes, priez avec instance Celui qui vous a couronnés de nous sauver des ennemis invisibles ou visibles
Venite, fideles universi ; solemnem Santorum omnium memoriam celebremus in psalmis et hymnis et canticis spiritualibus : ecce nobis adest locupletia secum ferens charismata. Itaque clamemus dicentes : Salvete. Prophetarum coetus, qui adventum Christi mundi nuntiastis, ea quae procul sunt tamquam prope videntes. Salvete, Apostolorum chorus, sagenam mittentes in nationes, piscatores hominum. Salvete, Martyrum exercitus, e finibus terrae adunati in fidem unam, qui propter illam injurias tormentorum tolerastis et pugnae coronam praeclare tulistis. Salvete, mellarium Patrum, qui corporibus ascesi maceratis et passionibus carnis mortificatis, mentem amore divino quasi pennis sublevastis cœlum usque pervolantes, et laetantes cum Angelis fruimini saeculis beatis. Ast o Prophetae, Apostoli, Martyresque cum Ascetis, qui vos coronavit instanter orate ut salvet nos ab inimicis tam visibilibus quam invisibilibus.
Salut, Saints et Justes ; salut, auguste chœur des Saintes. Près du Christ, intercédez pour le monde : qu’il donne au prince la victoire sur les barbares, et à nos âmes sa grande miséricorde.
Salvete, Sancti Justique ; salvete, laudabilis feminarum chorus. Pro mundo apud Christum intercedite : principi det victoriam contra barbaros, atque animabus nostris magnam misericordiam.
À TIERCE.
L’Hymne et les trois Psaumes dont se compose l’Office de Tierce, se trouvent ci-dessus, page 16.
Et omnes Angeli stabant in circuitu throni, et ceciderunt in conspectu throni in facies suas, et adoraverunt Deum.
Ant. Et autour du trône, debout se tenaient tous les Anges, et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu.
Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 36.
R. br. LAETAMINI in Domino : * Et exsultate justi. Laetamini.
V. Et gloriamini omnes recta corde.* Et exsultate.
Gloria Patri. Laetamini.
V. Exsultent justi in conspectu Dei.
r. br. RÉJOUISSEZ-VOUS dans le Seigneur, * Et tressaillez, ô justes. Réjouissez-vous.
R. Et delectentur in laetitia.
v. Glorifiez-vous en lui, vous tous qui avez le cœur droit. * Et tressaillez.
Gloire au Père. Réjouissez-vous.
V/. Que les justes tressaillent devant Dieu.
R/. Qu’ils se complaisent dans l’allégresse.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 45.
À LA MESSE.
Aux calendes de novembre, c’est le même empressement qu’à la Noël pour assister au Sacrifice en l’honneur des Saints, disent les anciens documents relatifs à ce jour [Lectiones antiquae Breviarii Romani ad hanc diem. HITTORP. Ordo rom.]. Si générale que fût la fête, et en raison même de son universalité, n’était-elle pas la joie spéciale de tous, l’honneur aussi des familles chrétiennes ? Saintement fières de ceux dont elles se transmettaient de générations en générations les vertus, la gloire au ciel de ces ancêtres ignorés du monde les ennoblissait à leurs yeux par-dessus toute illustration de la terre.
Mais la foi vive de ces temps voyait encore en cette fête une occasion de réparer les négligences, volontaires ou forcées, dont le culte des bienheureux inscrits au calendrier public avait souffert au cours de l’année. Dans la bulle fameuse Transiturus de hoc mundo, où il établit la fête du Corps du Seigneur, Urbain IV mentionne la part qu’eut ce dernier motif à l’institution plus ancienne de la Toussaint ; et le Pontife exprime l’espoir que la nouvelle solennité vaudra une même compensation des distractions et tiédeurs annuelles au divin Sacrement, où réside Celui qui est la couronne de tous les Saints et leur gloire [Cap. Si Dominum, De Reliqu. et Veneratione Sanctorum, Clementin. III, XVI.].
L’Antienne d’Introït rappelle aujourd’hui celle de l’Assomption de Notre-Dame. Cette fête est bien la suite, en effet, du triomphe de Marie : comme l’Ascension du Fils avait appelé l’Assomption de la Mère, toutes deux réclamaient pour complément l’universelle glorification des élus de cette race humaine qui donne au ciel sa Reine et son Roi. Joie donc sur la terre, qui continue si grandement de donner son fruit [Psalm. LXVI, 7.] ! Joie parmi les Anges, qui voient se combler les vides de leurs chœurs ! Joie, dit le Verset, à tous les bienheureux, objet des chants de la terre et du ciel !
INTROÏT.
GAUDEAMUS omnes in Domino, diem festum celebrantes sub honore Sanctorum omnium : de quorum solemnitate gaudent Angeli, et collaudant Filium Dei.
Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, et faisons fête en l’honneur de tous les Saints ; de leur solennité se réjouissent les Anges, et ils louent à l’envi le Fils de Dieu.
Ps. Exsultate, justi, in Domino : rectos decet collaudatio. Gloria Patri. Gaudeamus.
Ps. Justes, tressaillez dans le Seigneur ; la louange convient aux cœurs droits. Gloire au Père. Réjouissons-nous.
Mais nous pécheurs, et toujours exilés, c’est avant tout de la miséricorde que nous devons prendre souci en toute circonstance, en toute fête. Ayons cependant bon espoir, aujourd’hui que tant d’intercesseurs la demandent pour nous. Si la prière d’un habitant du ciel est puissante, que n’obtiendra pas le ciel tout entier ?
COLLECTE.
OMNIPOTENS sempiterne Deus,. qui nos omnium Sanctorum tuorum merita sub una tribuisti celebritate venerari : quaesumus ; ut desideratam nobis tua propitiationis abundantiam, multiplicatis intercessoribus largiaris. Per Dominum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous donnez de célébrer dans une seule solennité les mérites de tous vos Saints ; nous vous en supplions : daignez octroyer à tant d’intercesseurs priant ensemble pour nous l’objet de notre désir, une miséricorde surabondante. Par Jésus-Christ.
ÉPÎTRE.
Lectio libri Apocalypsis beati Joannis Apostoli. CAP. vii.
Post haec vidi quatuor angelos stantes super quatuor angulos terrae, tenentes quatuor ventos terrae, ne flarent super terram, neque super mare, neque in ullam arborem. Et vidi alterum angelum ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi : et clamavit voce magna quatuor angelis, quibus datum est nocere terrae et mari, dicens : Nolite nocere terrae, et mari, neque arboribus, quoadusque signemus servos Dei nostri in frontibus eorum. Et audivi numerum signatorum, centum quadraginta quatuor millia signati, ex omni tribu filiorum Israel. Ex tribu Juda duodecim millia signati : ex tribu Ruben duodecim millia signati : ex tribu Gad duodecim millia signati : ex tribu Aser duodecim millia signati : ex tribu Nephthali duodecim millia signati : ex tribu Manasse duodecim millia signati : ex tribu Simeon duodecim millia signati : ex tribu Levi duodecim millia signati : ex tribu Issachar duodecim millia signati : ex tribu Zabulon duodecim millia signati : ex tribu Joseph duodecim millia signati : ex tribu Benjamin duodecim millia signati. Post haec vidi turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat, ex omnibus gentibus, et tribubus, et populis, et linguis : stantes ante thronum, et in conspectu Agni, amicti stolis albis, et palmae in manibus eorum : et clamabant voce magna, dicentes : Salus Deo nostro, qui sedet super thronum, et Agno. Et omnes angeli stabant in circuitu throni, et seniorum, et quatuor animalium : et ceciderunt in conspectu throni in facies suas, et adoraverunt Deum, dicentes : Amen. Benedictio, et claritas, et sapientia, et gratiarum actio, honor, et virtus, et fortitudo Deo nostro in saecula saeculorum. Amen.
Lecture du livre de l’Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. VII.
En ces jours-là, moi Jean, je vis un autre Ange qui montait à l’Orient ; il portait le signe du Dieu vivant, et il cria d’une voix forte aux quatre Anges investis de la mission de frapper la terre et la mer, disant : Ne frappez pas la terre et la mer, ni les arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués ; ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, à savoir : de la tribu de Juda, marqués douze mille ; de la tribu de Ruben, marqués douze mille ; de la tribu de Gad, marqués douze mille ; de la tribu d’Aser, marqués douze mille ; de la tribu de Nephthali, marqués douze mille ; de la tribu de Manassé, marqués douze mille ; de la tribu de Siméon, marqués douze mille ; de la tribu de Lévi, marqués douze mille ; de la tribu d’Issachar, marqués douze mille ; de la tribu de Zabulon, marqués douze mille ; de la tribu de Joseph, marqués douze mille ; de la tribu de Benjamin, marqués douze mille. Ensuite, je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, et en présence de l’Agneau, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante : Gloire à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’Agneau ! Et tous les Anges se tenaient debout autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu, disant : Amen ; bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance, force à notre Dieu dans les siècles des siècles ! Amen.
Une première fois, aux jours de son premier avènement, l’Homme-Dieu, se servant pour cela de César Auguste, avait dénombré la terre [Luc. II, I.] : il convenait qu’au début de la rédemption, fût relevé officiellement l’état du monde. Et maintenant, l’heure a sonné d’un autre recensement, qui doit consigner au livre de vie le résultat des opérations du salut.
« Pourquoi ce dénombrement du monde au moment de la naissance du Seigneur, dit saint Grégoire en l’une des Homélies de Noël, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait Celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité [Lectio VII in Nocte Natal. Domini ; ex Homil. VIII, in Ev.] ? » Mais plusieurs s’étant soustraits par leur faute au bénéfice du premier recensement, qui comprenait tous les hommes dans le rachat du Dieu Sauveur, il en fallait un deuxième et définitif, qui retranchât de l’universalité du précédent les coupables. Qu’ils soient rayés du livre des vivants ; leur place n’est point avec les justes [Psalm. LXVIII, 29.] : c’est la parole du Prophète-roi que rappelle au même lieu le saint Pape.
Toute à l’allégresse cependant, l’Église en ce jour ne considère que les élus ; comme c’est d’eux seuls qu’il est question dans le relevé solennel où nous venons de voir aboutir les annales de l’humanité. Eux seuls, par le fait, comptent devant Dieu ; les réprouvés ne sont que le déchet d’un monde où seule la sainteté répond aux avances du Créateur, aux mises de l’amour infini. Sachons prêter nos âmes à la frappe divine qui doit les conformer à l’effigie du Fils unique [Rom. VIII, 29.], et nous marquer pour le trésor de Dieu. Quiconque se dérobe à l’empreinte sacrée, n’évitera point celle de la bête [Apoc. XIII, 16.]; au jour où les Anges arrêteront le règlement de compte éternel, toute pièce non susceptible d’être portée à l’actif divin ira d’elle-même à la fournaise, où brûleront sans fin les scories [Ibid. XIV, 11.].
Vivons donc dans la crainte recommandée au Graduel : non celle de l’esclave, qui n’appréhende que le châtiment ; mais la crainte filiale qui redoute par-dessus tout de déplaire à Celui de qui nous viennent tous les biens, dont la bonté mérite tout amour. Sans rien perdre de leur béatitude, sans diminuer leur amour, les Puissances angéliques [Praefat. Missae.] et tous les bienheureux se prosternent au ciel en un saint tremblement, sous le regard de l’auguste et trois fois redoutable Majesté.
GRADUEL.
TIMETE Dominum omnes Sancti ejus : quoniam nihil deest timentibus eum.
Alleluia, alleluia.
V. Inquirentes autem Dominum, non deficient omni bono.
V. Venite ad me omnes, qui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. Alleluia.
Alleluia, alleluia.
Craignez Dieu, tous ses Saints ; car rien ne manque à ceux qui le craignent.
V/. Ceux qui cherchent le Seigneur auront à jamais tous les biens.
Alléluia, alléluia.
V/. Venez à moi, vous tous qui peinez et succombez sous le fardeau ; et je vous soulagerai. Alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti evangelii secundum Matthaeum. CAP. V.
In illo tempore Videns Jesus turbas, ascendit in montem, et cum sedisset, accesserunt ad eum discipuli ejus, et aperiens os suum, docebat eos, dicens : Beati pauperes spiritu : quoniam ipsorum est regnum cœlorum. Beati mites : quoniam ipsi possidebunt terram. Beati, qui lugent : quoniam ipsi consolabuntur. Beati, qui esuriunt et sitiunt justitiam quoniam ipsi saturabuntur. Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur. Beati mundo corde : quoniam ipsi Deum videbunt. Beati pacifici : quoniam filii Dei vocabuntur. Beati, qui persecutionem patiuntur propter justitiam : quoniam ipsorum est regnum cœlorum. Beati estis cum male dixerint vobis, et persecuti vos fuerint, et dixerint omne malum adversum vos mentientes, propter me : gaudete, et exsultate, quoniam merces vestra copiosa est in cœlis.
La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. V.
En ce temps-là, Jésus voyant la foule monta sur une montagne, et lorsqu’il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Et ouvrant sa bouche, il les enseignait, disant : Bienheureux les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. Bienheureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu’ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde. Bienheureux les purs de cœur, parce qu’ils verront Dieu. Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Bienheureux êtes-vous quand on vous maudit, quand on vous persécute, quand on dit faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi : réjouissez-vous et tressaillez, parce que votre récompense est grande dans les cieux.
Si proche du ciel est aujourd’hui la terre, qu’une même pensée de félicité emplit les cœurs. L’Ami, l’Époux, le divin Frère des fils d’Adam revient lui-même s’asseoir au milieu d’eux et parler de bonheur. Venez à moi, vous tous qui peinez et souffrez, chantait tout à l’heure le Verset de l’Alléluia, cet écho fortuné de la patrie, qui pourtant nous rappelait notre exil. Et aussitôt, en l’Évangile, est apparue la grâce et la bénignité de notre Dieu Sauveur [Tit. II, II ; III, 4.]. Écoutons-le nous enseigner les voies de la bienheureuse espérance [lbid. 11, 12-13.], les délices saintes, à la fois garantie, avant-goût, du bonheur absolu des cieux.
Au Sinaï, Jéhovah, tenant le Juif à distance, n’avait pour lui que préceptes et menaces de mort. Au sommet de cette autre montagne où s’est assis le Fils de Dieu, combien différemment se promulgue la loi d’amour ! Les huit Béatitudes ont pris en tête du Testament nouveau la place qu’occupait, comme préface de l’ancien, le Décalogue gravé sur la pierre.
Non qu’elles suppriment les commandements ; mais leur justice surabondante va plus loin que toutes prescriptions. C’est de son Cœur que Jésus les produit, pour les imprimer, mieux que sur le roc, au cœur de son peuple. Elles sont tout le portrait du Fils de l’homme, le résumé de sa vie rédemptrice. Regardez donc, et agissez selon le modèle qui se révèle à vous sur la montagne [Exod. XXV, 40 ; Heb. VIII, 5.].
La pauvreté fut bien le premier trait du Dieu de Bethléhem ; et qui donc apparut plus doux que l’enfant de Marie ? qui pleura pour plus nobles causes, dans la crèche où déjà il expiait nos crimes apaisait son Père ? Les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les pacifiques : où trouveront-ils qu’en lui l’incomparable exemplaire, jamais atteint, imitable toujours ? Jusqu’à cette mort, qui fait de lui l’auguste coryphée des persécutés pour la justice ! suprême béatitude d’ici-bas, en laquelle plus qu’en toutes se complaît la Sagesse incarnée, y revenant, la détaillant, pour finir avec elle aujourd’hui comme en un chant d’extase !
L’Église n’eut point d’autre idéal ; à la suite de l’Époux, son histoire aux divers âges ne fut que l’écho prolongé des Béatitudes. Comprenons, nous aussi ; pour la félicité de notre vie sur terre, en attendant l’éternel bonheur, suivons le Seigneur et l’Église.
Les Béatitudes évangéliques élèvent l’homme au-dessus des tourments, au-dessus même de la mort, qui n’ébranle pas la paix des justes, mais la consomme. C’est ce que chante l’Offertoire, dans ces lignes empruntées au livre de la Sagesse.
OFFERTOIRE.
Justorum animae in manu Dei sunt : et non tanget illos tormentum malitiae : visi sunt oculis insipientium mori, illi autem sunt in pace.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et les tourments des méchants ne les atteindront pas : aux yeux des insensés, ils ont paru mourir ; mais ils sont dans la paix.
Comme l’exprime la Secrète, le Sacrifice auquel il nous est donné de prendre part glorifie Dieu, honore les Saints, et nous concilie la bonté suprême.
SECRÈTE.
MUNERA tibi, Domine, nostri devotionis offerimus : quae et pro cunctorum tibi grata sint honore justorum, et nobis salutaria, te miserante, reddantur. Per Dominum.
Nous vous offrons les dons de notre dévotion, Seigneur : puissent-ils vous agréer pour l’honneur qu’en recueillent tous vos Saints ; puissent-ils nous devenir salutaires en votre miséricorde. Par Jésus-Christ.
Écho de la lecture évangélique, l’Antienne de Communion, ne pouvant énumérer à nouveau la série entière des Béatitudes, rappelle les trois dernières, et, ce faisant, les rapproche toutes avec raison du Sacrement divin où elles s’alimentent.
COMMUNION.
BEATI mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt : beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur : beati, qui persecutionem patiuntur propter justitiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.
Bienheureux les purs de cœur, parce qu’ils verront Dieu ; bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu ; bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux.
L’Église demande, en la Postcommunion, que cette fête de tous les Saints ait comme résultat de porter ses fils à les honorer toujours, pour toujours aussi bénéficier de leur crédit près de Dieu.
POSTCOMMUNION.
DA, quaesumus Domine, fidelibus populis, omnium Sanctorum semper veneratione laetari : et eorum perpetua supplicatione muniri. Per Dominum.
Seigneur, exaucez notre prière ; puissent les peuples fidèles placer leur joie toujours dans le culte de tous les Saints, toujours aussi sentir la protection puissante de leur intercession. Par Jésus-Christ.
À SEXTE.
L’Hymne et les trois Psaumes de l’Office de Sexte se trouvent ci-dessus, page 18.
Ant. Redemisti nos Domine Deus in sanguine tuo ex omni tribu, et lingua, et populo, et natione, et fecisti nos Deo nostro regnum.
Ant. Seigneur Dieu, vous nous avez rachetés en votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et vous avez fait de nous le royaume de notre Dieu.
CAPITULE. (Apoc. VII.)
POST haec vidi turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat ex omnibus gentibus, et tribubus, et populis, et linguis, stantes ante thronum Dei, in conspectu Agni, amicti colis albis, et palmae in manibus eorum.
Gloria Patri. Exsultent.
R. br. Exultent justi * In conspectu Dei. Exsultent.
V. Et delectentur in laetitia. * In conspectu.
V. Justi autem in perpetuum vivent.
Ensuite, je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue ; elle se tenait devant le trône de Dieu, en présence de l’Agneau, vêtue de robes blanches, des palmes à la main.
R. Et apud Dominum est merces eorum.
r. br. Que les justes tressaillent * Devant Dieu. Que les justes.
V/. Qu’ils se complaisent dans l’allégresse. * Devant.
Gloire au Père. Que les justes.
V/. Les justes vivront à jamais.
R/. Leur récompense est auprès du Seigneur.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 45.
À NONE.
L’ Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 21.
Hymnus omnibus Sanctis ejus : filiis Israel, populo appropinquanti sibi : gloria haec est omnibus Sanctis ejus.
Ant. Chanter, c’est le partage de tous ses Saints, des enfants d’Israël, du peuple formant sa cour ; oui, c’est la gloire de tous ses Saints.
CAPITULE. (APOC. VII.)
BENEDICTIO, et claritas, et sapientia, et gratiarum actio, honor, virtus, et fortitudo Deo nostro, in saecula saeculorum. Amen.
Gloria Patri. Justi.
R. br. Justi autem * In perpetuum vivent. Justi.
V. Et apud Dominum est merces eorum. * In perpetuum.
V. Exsultabunt Sancti in gloria.
Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance, force à notre Dieu dans les siècles des siècles ! Amen.
R. Laetabuntur in cubilibus suis.
r. br. Les justes * Vivront à jamais. Les justes.
V/. Leur récompense est auprès du Seigneur. * Ils vivront.
Gloire au Père. Les justes.
V/. Les Saints tressailliront dans la gloire.
R/. Ils seront dans la joie sur leurs couches d’honneur.
L’Oraison, page 86.
AUX SECONDES VÊPRES.
Les secondes Vêpres de la fête sont semblables aux premières, pages 35-37, à l’exception du dernier Psaume, du Verset de l’Hymne et de l’Antienne de Magnificat. Voici ce Psaume, qui met en la bouche des Saints un sublime résumé de leur vie de foi et d’épreuves ici-bas, de reconnaissance et de louange éternelle aux cieux.
PSAUME CXV.
Credidi, propter quod locutus sum : * ego autem humiliatus sum nimis.Ego dixi in excessu meo : * Omnis homo mendax.Quid retribuam Domino, * pro omnibus, qua retribuit mihi ?Calicem salutaris accipiam : * et Nomen Domini invocabo.Vota mea Domino reddam coram omni populo ejus : * pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.O Domine, quia ego servus tuus : * ego servus tuus et filius ancilla tua.Dirupisti vincula mea : * tibi sacrificabo hostiam laudis, et Nomen Domini invocabo.Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus : * in atriis domus Domini, in medio tui Jerusalem.
J’ai cru : c’est pourquoi j’ai parlé, malgré l’excès d’humiliation où j’étais réduit.
V. Exsultabunt Sancti in gloria.
J’ai dit dans mon trouble : Il n’est point d’homme qui ne soit trompeur.
R. Laetabuntur in cubilibus suis.
Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il a répandus sur moi ?
Je prendrai le calice du salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur.
En présence de son peuple, j’acquitterai mes vœux au Seigneur : aux yeux, du Seigneur, la mort de ses Saints est précieuse.
O Seigneur ! je suis votre serviteur ; oui, je le suis, et le fils de votre servante.
Vous avez brisé mes liens ; je vous offrirai un sacrifice de louange, et j’invoquerai le nom du Seigneur.
J’acquitterai mes vœux au Seigneur, en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, ô Jérusalem !
V/. Les Saints tressailliront dans la gloire.
R/. Ils seront dans la joie sur leurs couches d’honneur.
ANTIENNE DE Magnificat.
O QUAM gloriosum est regnum in quo cum Christo gaudent omnes Sancti, amicti stolis albis sequuntur Agnum quocumque ierit.
O que glorieux est le royaume où avec le Christ se réjouissent tous les Saints, où, vêtus de robes blanches, ils suivent l’Agneau partout où il va !
Un sentiment d’ineffable complaisance, de désir résigné, respire en cette Antienne, qui clôt la solennité des Saints. Mais la journée n’est pas terminée pour l’Église. À peine a-t-elle salué ses glorieux fils, disparaissant dans leurs robes blanches à la suite de l’Agneau, que l’innombrable foule des âmes souffrantes l’entoure aux portes des cieux ; et elle ne songe plus qu’à leur prêter sa voix et son cœur. L’éclatante parure qui lui rappelait le blanc vêtement des bienheureux fait place aux couleurs du deuil ; les ornements, les fleurs de ses autels, ont disparu ; l’orgue se tait ; le glas des cloches semble la plainte des trépassés. Aux Vêpres de la Toussaint succèdent sans transition les Vêpres des morts [Si le lendemain de la Toussaint se trouve être un dimanche, la Commémoration des Morts est retardée d’un jour.].
LES VÊPRES DES MORTS.
Jamais éloquence ni science n’atteindront la hauteur d’enseignement, la puissance de supplication qui règnent en l’Office des défunts. Seule l’Épouse connaît à ce point les secrets de l’autre vie, le chemin du cœur de l’Époux ; seule la Mère peut prétendre au tact suprême qui lui permet, en allégeant à ceux qui l’ont quittée leur purification douloureuse, de consoler ainsi les orphelins, les isolés, laissés par eux en larmes sur la terre.
Dilexi : le premier chant du purgatoire est un chant d’amour ; comme le dernier du ciel en cette fête du souvenir fut CREDIDI, le Psaume rappelant la loi et les épreuves passées des élus. Que parlions-nous de transition tout à l’heure ? Lien commun de l’âme souffrante et de l’âme bienheureuse, la charité est à toutes deux leur dignité, leur inamissible trésor ; mais tandis que la vision remplaçant la foi ne laisse plus dans l’une que jouissance à l’amour, ce même amour devient pour l’autre, en l’ombre où la rÉtiennent ses fautes inexpiées, la source d’inénarrables tourments. Toutefois c’en est fait des angoisses d’ici-bas, des périls d’enfer ; confirmée sa grâce, l’âme ne pèche plus ; elle n’a que reconnaissance pour la miséricorde qui l’a sauvée, pour la justice qui l’épure et la rend digne de Dieu. Tel est son état d’acquiescement absolu, d’attente abandonnée, que l’Église l’appelle « un sommeil de paix » [Canon Missae.].
ANT. PLACEBO Domino in regione vivorum.
Ant. Je plairai au Seigneur en la terre des vivants.
PSAUME CXIV.
DILEXI, quoniam exaudiet Dominus : * vocem orationis
Circumdederunt me dolores mortis : * et pericula inferni invenerunt me.
Quia inclinavit aurem suam mihi :* et in diebus meis invocabo.
Tribulationem et dolorem inveni : * et nomen Domini invocavi.
O Domine, libera animam meam :* misericors Dominus, et justus, et Deus noster miseretur.
Quia eripuit animam meam de morte : * oculos meos a lacrymis, pedes meos a lapsu.
Custodiens parvulos Dominus : * humiliatus sum, et liberavit me.
Convertere anima mea in requiem tuam : " quia Dominus benefecit tibi.
Placebo Domino : * in regione vivorum.
J’ai aimé le Seigneur ; il exaucera ma prière.
Déjà il m’a écouté ; je l’invoquerai sans trêve.
La mort et ses douleurs m’environnaient ; j’étais assailli par les périls d’enfer.
L’angoisse et la tribulation avaient fondu sur moi ; j’invoquai le nom du Seigneur :
O Seigneur, délivrez mon Âme ! Miséricordieux et juste est le Seigneur, bon est notre Dieu !
Le Seigneur garde les petits, je me suis humilié, il m’a délivré.
Sois donc à ton repos, mon âme ; carie Seigneur a été bon pour toi.
Il a délivré mon âme de la mort, mes yeux des pleurs sans fin, mes pieds de la chute éternelle
Je veux plaire au Seigneur en la terre des vivants.
Au lieu de la doxologie ordinaire, l’Église, à la fin de chaque Psaume, adresse à Dieu une prière instante pour les trépassés :
REQUIEM aeternam * dona eis Domine. Et lux perpetua * luceat eis.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; Que luise pour eux la lumière sans fin.
ANT. Placebo Domino in regione vivorum.
Ant. Je plairai au Seigneur en la terre des vivants.
Plaire à Dieu sans nulles réserves un jour ! Séparée du corps qui l’alourdissait, la distrayait par mille futiles soins [Sap. IX, 15.], l’âme s’absorbe en cette aspiration unique, à la satisfaction de laquelle convergent toutes ses énergies, tous les tourments dont elle remercie le ciel d’aider sa faiblesse. Creuset béni où se consument les restes du péché, où si pleinement se solde toute dette ! C’est de ses flammes secourables que, toute trace disparue des anciennes souillures, effacées toutes rides déparent sa beauté native, elle s’envolera vers l’Époux, véritablement bienheureuse, sûre que les complaisances du Bien-Aimé n’auront à souffrir en elle d’aucunes restrictions.
Combien pourtant douloureusement son exil se prolonge ! Si par la charité elle est en communion avec les habitants des cieux, le feu qui la châtie ne diffère pas matériellement de celui de l’abîme. Son séjour confine à celui des maudits ; elle doit porter ce voisinage du Cédar infernal, des adversaires de toute paix, des démons odieux qui poursuivirent sa vie mortelle de leurs assauts et de leurs ruses, qui, au tribunal de Dieu, l’accusaient encore de leurs bouches trompeuses. « De la porte de l’enfer, arrachez-la », va bientôt supplier l’Église.
ANT. Hei mihi Domine, quia incolatus meus prolongatus est.
Ant. Hélas ! Seigneur, il que mon exil est long !
PSAUME CXIX.
Ad Dominum cum tribularer clamavi et exaudivit me.
Et lux perpetua * luceat eis.
Domine libera animam meam a labiis iniquis : * et a lingua dolosa.
Quid detur tibi, aut quid apponatur tibi : * ad linguam dolosam ?
Sagittae potentis acutae : cum carbonibus desolatoriis.
Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est : habitavi cum habitantibus Cedar : * multum incola fuit anima mea.
Cum his, qui oderunt pacem, eram pacificus :* cum loquebar impugnabant me gratis.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
ANT. Hei mihi Domine, quia incolatus meus prolongatus est.
Dans ma tribulation, j’ai crié vers le Seigneur, et il m’a exaucé.
Délivrez-moi, Seigneur, des lèvres méchantes et de la langue trompeuse.
Quel sera ton salaire ? que te reviendra-t-il, langue de mensonge ?
Tu es semblable à la flèche aiguë lancée par un bras puissant, aux charbons qui désolent par l’incendie.
Hélas ! que mon exil est long ! je suis au milieu des habitants de Cédar ; que l’exil de mon âme dure longtemps !
Je suis demeuré pacifique avec les ennemis de la paix, qui de mes paroles prenaient l’occasion d’injustes accusations.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Hélas ! Seigneur, que mon exil est long !
L’âme cependant ne défaille pas ; levant ses yeux vers les montagnes, elle sait qu’elle peut compter sur le Seigneur, qu’elle n’est abandonnée ni du ciel qui l’attend, ni de l’Église dont elle est fille. Si près qu’il soit situé de la région des pleurs éternels, le purgatoire, où s’embrassent la justice et la paix [Psalm. LXXXIV, 11.], n’est point inaccessible aux Anges. Aux divines communications dont ces augustes messagers lui apportent le réconfort, se joint l’écho de la prière des bienheureux, des suffrages de la terre. L’âme est surabondamment assurée que le seul mal digne de ce nom, que le péché ne saurait l’atteindre.
ANT. DOMINUS custodit te ab omni malo : custodiat animam tuam Dominus.
Ant. Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.
PSAUME CXX.
LEVAVI oculos mens in montes : * unde veniet auxilium mihi.
Et lux perpetua * luceat eis.
Auxilium meum a Do mine, : * qui fecit caelum et terram.
Non det in commotionem pedem tuum : * neque dormitet qui custodit te.
Ecce non dormitabit, neque dormiet : * qui custodit Israel.
Dominus custodit te, Dominus protectio tua :* super manum dexteram tuam.
Per diem sol non uret te : * neque luna per noctem.
Dominus custodit te ab omni malo : * custodiat animam tuam Dominus.
Dominus custodiat introitum tuum, et exitum tuum : * ex hoc nunc, et usque in saeculum.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
ANT. Dominus custodit te ab omni malo : custodiat animam tuam Dominus.
J’ai levé mes yeux vers les montagnes d’où viendra le secours.
Mon secours me vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Qu’il ne laisse point vaciller vos pas, qu’il ne s’endorme pas celui qui vous garde.
Non ; il ne s’endormira ni ne s’assoupira celui qui garde Israël.
C’est lui, le Seigneur, qui vous garde ; c’est lui, le Seigneur, qui est votre protection ; il se tient à votre droite
Ni le soleil ne vous nuira durant le jour, ni la lune dans la nuit.
Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.
Que le Seigneur garde votre entrée, qu’il garde votre sortie, et maintenant, et toujours.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.
L’usage du peuple chrétien consacre plus spécialement le Psaume CXXIX à la prière pour les morts ; cri de détresse, mais aussi d’espérance.
Le dénuement des âmes au séjour d’expiation est bien fait pour toucher nos cœurs. Sans être au ciel, en cessant d’appartenir à la terre, elles ont perdu les privilèges qui, de par Dieu, compensent pour nous le danger du voyage en ce monde de l’épreuve. Si parfaits que soient tous leurs actes d’amour, d’espérance, de foi résignée, elles ne méritent plus ; acceptées comme elles le sont, leurs inexprimables souffrances nous vaudraient à nous la récompense de milliers de martyrs : il n’en doit rien rester dans l’éternité à l’actif de ces âmes, rien que le fait d’un règlement de compte apuré autrefois par sentence du juge.
Pas plus que mériter, elles ne peuvent satisfaire comme nous à la justice par équivalences acceptées de Dieu Plus radicale que celle du paralytique de Bethsaïda [JOHAN. V.] est leur impuissance à s’aider elles-mêmes ; la piscine du salut est restée sur terre, avec l’auguste Sacrifice, les Sacrements, l’usage des clefs toutes-puissantes confiées à l’Église.
Or cependant l’Église, qui n’a plus sur elles de juridiction, conserve à leur endroit toutes ses tendresses de Mère ; et son crédit est grand toujours près de l’Époux. Elle fait donc sienne leur prière ; ouvrant le trésor qui lui vient de la surabondante rédemption du Seigneur, elle offre de son fonds dotal à Celui-là même qui le lui a constitué, en échange de la délivrance de ces âmes ou de l’allégement de leurs peines : et ainsi arrive-t-il que, sans léser nuls droits, la miséricorde entre et déborde en ces abîmes où régnait seule l’inexorable justice.
ANT. Si iniquitates observaveris Domine : Domine quis sustinebit ?
Ant. Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?
PSAUME CXXIX.
De profundis clamavi ad te Domine : * Domine exaudi vocem meam.
Et lux perpetua * luceat eis.
Fiant mares tuae intendentes : * in vocem deprecationis meae.
Si iniquitates observaveris Domine : * Domine quis sustinebit ?
Quia apud te propitiatio est : * et propter legam tuam sustinui te Domine.
Sustinuit anima mea in verbo ejus : * speravit anima mea in Domino.
A custodia matutina usque ad nocte, m : * speret Israel in Domino.
Quia apud Dominum misericordia :* et copiosa apud eum redemptio.
Et ipse redimet Israel : ex omnibus iniquitatibus ejus.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
ANT. Si iniquitates observaveris Domine : Domine quis sustinebit ?
De l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix.
Que vos oreilles soient attentives au cri de ma prière.
Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?
Mais la miséricorde est en vous ; à cause de votre parole, je vous attends, Seigneur.
Mon âme se soutient par vos oracles ; mon âme espère dans le Seigneur.
Du matin à la nuit, qu’Israël espère dans le Seigneur.
Car dans le Seigneur est la miséricorde, et sa rédemption est surabondante.
Et il rachètera Israël de toutes ses iniquités.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?
Je vous louerai, car vous m’avez exaucée. L’Église ne prie jamais en vain. Le dernier Psaume dit sa reconnaissance, et celle des âmes que l’Office qui va finir aura tirées de l’abîme ou rapprochées des cieux. Grâce à lui, plus d’une qui, ce matin encore, était retenue captive, fait son entrée dans la lumière au crépuscule de cette touchante fête delà Toussaint, dont s’accroissent ainsi au dernier moment les joies et la gloire. Suivons du cœur et de la pensée les nouvelles élues ; en nous souriant, en nous remerciant, nous leurs frères ou leurs fils, elles s’élèvent radieuses de la région des ombres, et elles chantent : Seigneur, je vous glorifierai en la présence des Anges ; j’adorerai donc en votre saint temple ! Non ; le Seigneur ne méprise pas les œuvres de ses mains.
ANT. OPERA manuum tuarum Domine ne despicias.
Ant. Seigneur, ne méprisez pas les œuvres de vos mains.
PSAUME CXXXVII.
CONFITEBOR tibi Domine in toto corde meo : * quoniam audisti verba oris mei.
Quoniam excelsus Do-minus, et humilia respicit : * et alta a longe cognoscit.
In conspectu Angelorum psallam tibi : * adorabo ad templum sanctum tuum, et confitebor nomini tuo.
Super misericordia tua, et veritate tua : * quoniam magnificasti super omne, nomen sanctum tuum.
In quacumque die invocavero te, exaudi me :* multiplicabis in anima mea virtutem.
Confiteantur tibi Domine omnes reges terrae : * quia audierunt omnia verba oris tui :
Et cantent in viis Domini : * quoniam magna est gloria Domini.
Si ambulavero in media tribulationis, vivificabis me : * et super iram inimicorum meorum extendisti manum tuam, et salvum me fecit dextera tua.
Et lux perpetua * luceat eis.
Dominus retribuet pro me : * Domine misericordia tua in saeculum opera manuum tuarum ne despicias.
ANT. Opera manuum tuarum Domine ne despicias.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Je vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur, parce que vous avez écouté les paroles de ma bouche.
Je chanterai votre gloire en présence des Anges, j’adorerai dans votre saint temple, je louerai votre nom.
J’exalterai votre miséricorde et votre vérité : oui ; vous avez rendu magnifique plus que tout votre saint nom.
En quelque jour que je vous invoque, exaucez-moi ; ainsi dilaterez-vous la vigueur de mon âme.
Soyez, Seigneur, célébré par tous les rois de la terre : toutes les paroles qu’ils entendirent de votre bouche, ils les ont vues réalisées.
Qu’ils chantent donc les voies du Seigneur ; car grande est la gloire du Seigneur.
Car le Seigneur, si haut qu’il soit, regarde les humbles ; mais il ne connaît que de loin les superbes.
Si je marche au milieu de la tribulation, vous soutiendrez ma vie ; ainsi contre la colère de mes ennemis avez-vous étendu votre droite ; ainsi m’avez-vous sauvé.
Le Seigneur sera mon vengeur : Seigneur, votre miséricorde est à jamais ; ne méprisez pas les œuvres de vos mains.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, ne méprisez pas les œuvres de vos mains.
Et voici que du ciel, en effet, nous arrive comme de la part des chères libérées une parole authentique de bonheur [Apoc. XIV, 13.].
V. Audivi vocem de caelo dicentem mihi.
R. Beati mortui qui in Domino moriuntur.
v. J’ai entendu une voix venant du ciel, qui me disait :
R/. Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur.
Or toute cette admirable suite du drame liturgique ainsi déroulé sous nos yeux, qu’est-elle autre chose que la justification de la promesse du Sauveur [Johan. VI, 37.], rappelée en l’Antienne qui suit par l’Église ?
ANTIENNE DE Magnificat.
OMNE quod dat mihi Pater, ad me veniet : et cura qui venit ad me, non ejiciam foras.
Tout ce que me donne mon Père viendra a moi ; et celui qui vient à moi, je ne le repousserai point dehors.
Mais comme toute grâce de Jésus nous vient en ce monde par Marie, par elle encore, au delà de cette vie mortelle, s’opère toute délivrance et s’obtient tout bienfait. Où que s’étende la rédemption du Fils, s’exerce l’empire de la Mère. Aussi les visions des Saints nous la montrent véritablement Reine au purgatoire ; qu’elle s’y fasse représenter bénignement par les Anges de sa cour, ou daigne elle-même, pénétrant sous les sombres voûtes [Eccli. XXIV, 8.] comme l’aurore du jour éternel, y répandre abondante la rosée du matin. Est-ce que la neige du Liban, dit l’Esprit-Saint, manquera jamais à la pierre du désert ? et qui donc en empêchera les fraîches eaux d’aller à la vallée [Jerem. XVIII. 14.] ? Comprenons donc le chant du Magnificat à l’Office des défunts : il est l’hommage des âmes qui abordent les cieux ; il est le doux espoir de celles qui demeurent encore au séjour d’expiation.
CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.
Mon âme glorifie le Seigneur ; Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur :
Ant. OMNE quod dat mihi Pater, ad me veniet : et cura qui venit ad me, non ejiciam foras.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.
Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant et de qui le Nom est
saint ;
Et sa miséricorde s’étend de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches. 11 a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Tout ce que me donne mon Père viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le repousserai point dehors.
Le Prêtre commence, toute l’assemblée à genoux, l’Oraison Dominicale :
Pater Noster
Notre Père.
Le reste se continue dans le silence, jusqu’à cette conclusion que suivent les Versets et l’Oraison terminant les Vêpres des morts :
V. Et ne nos inducas in tentationem.
V. A porta, inferi
R. Sed libera nos a malo.
R. Erue Domine animas eorum.
v. Et ne nous laissez pas succombera la tentation.
V. Requiescant in pace. R. Amen.
r. Mais délivrez-nous du mal.
V. Domine exaudi orationem meam.
v. De la porte de l’enfer,
R. Et clamor meus ad te veniat.
r. Seigneur, délivrez leurs âmes.
V. Dominus vobiscum. R. Et cum spiritu tuo.
v. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.
ORAISON.
FIDELIUM Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas cum Deo Patre in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum.
R. Et lux perpetua luceat eis.
R. Amen.
V. Requiem aeternam dona eis, Domine.
V. Requiescant in pace. R. Amen.
Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplications l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, Dieu vous-même, durant tous les siècles des siècles.
r. Amen.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
R/. Que luise pour eux la lumière sans fin.
V/. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
Offrons à Notre-Dame la supplique touchante que plusieurs Églises lui adressèrent longtemps pour les morts Elle date du XIV° siècle ; Jean IV de Langoueznou, Abbé de Landevenec, son auteur, en puisa l’inspiration dans sa tendre piété pour Marie.
PROSE.
LANGUENTIBUS in purgatorio,
Qui purgantur ardore nimio,
Et torquentur gravi supplicio,
Subveniat tua compassio :
O Maria !
Fons es patens qui culpas abluis,
Omnes juvas et nullum respuis :
Manum tuam extende mortuis,
Qui sub poenis languent continuis :
O Maria !
Ad te pie suspirant mortui,
Cupientes de poenis erui,
Et adesse tuo conspectui,
Aeternisque gaudiis perfrui :
O Maria !
Gementibus Mater accelera,
Pietatis ostende viscera
Illos Jesus per sua vulnera
O Maria !
Ut sanare dignetur impetra :
Tu vera spes ad té clamantium
Ad te clamat turba sodalium,
Et cœleste det eis praemium :
Pro fratribus ut places Filium,
O Maria !
Fac lacrymae quas bona respicis,
Quas fundimus ad pedes Judicis,
Mox exstinguant vim
flammae vindicis,
Ut jungantur choris angelicis :
O Maria !
Et cum flet stricta discussio,
Judicanti supplica Filio,
In tremendo Dei judicio,
Ut cum Sanctis sit nobis portio :
O Maria !
Amen.
À ceux qui souffrent en purgatoire, que purifie la flamme ardente et qui subissent tourments si durs : daigne votre compassion subvenir, ô Marie !
Fontaine ouverte à tous, où s’effacent les péchés, vous secourez chacun, n’éconduisez personne : vers les morts qui gémissent en leurs supplices sans trêve, étendez votre main, ô Marie !
Vers vous pieusement soupirent les trépassés, en leur désir de voir finir leurs maux, pour contempler vos traits si doux et goûter près de vous les joies éternelles, ô Marie !
Accourez, Mère, à leurs gémissements ; ayez pour eux des entrailles de pitié : obtenez de Jésus que par ses blessures il daigne les guérir, ô Marie !
Vous êtes de ceux qui crient vers vous la véritable espérance : entendez les voix nombreuses qui vous supplient d’apaiser votre Fils, d’en obtenir la récompense céleste pour leurs amis et leurs frères, ô Marie !
Toute bonne, voyez aux pieds du Juge couler nos larmes : puissent-elles par vous bientôt éteindre l’ardeur de la flamme vengeresse qui les empêche de s’unir aux chœurs angéliques, ô Marie !
Et lorsque se fera le sévère examen au terrible jugement de Dieu, implorez votre Fils qui sera notre Juge, pour qu’avec les Saints soit notre partage, ô Marie !
Amen.
Cette journée est véritablement grande et belle. La terre, placée entre le purgatoire et le ciel, a rapproché les deux. L’auguste mystère de la communion des saints se révèle dans son ampleur. L’immense famille des fils de Dieu nous apparaît, une par l’amour, distincte en ses trois états de félicité, d’épreuve, d’expiation purifiante : expiation qui, comme l’épreuve, n’aura qu’un temps ; félicité qui durera toujours. C’est le digne couronnement des enseignements du Cycle entier. Chacun des jours de l’Octave qui va suivre accroîtra la lumière.
Cependant, toute âme se recueille à cette heure dans le culte des plus chers, des plus nobles souvenirs. En quittant la maison de Dieu, gardons pieusement à qui de droit notre pensée. C’est la fête de nos morts bien-aimés. Prêtons l’oreille à leur voix qui, de clochers en clochers, par tout le monde chrétien, se fait si suppliante et si douce aux premières heures de cette nuit de novembre. Ce soir ou demain, nous leur devons la visite de la tombe où reposent dans la paix leurs restes mortels. Prions pour eux ; et aussi, prions-les : ne craignons pas de leur parler toujours des intérêts qui leur furent chers devant Dieu. Car Dieu les aime, et par une sorte de satisfaction donnée à sa bonté, les écoute d’autant mieux pour autrui, que sa justice les maintient dans un état d’impuissance plus absolue en ce qui les concerne.
LE II NOVEMBRE. LA COMMÉMORATION DES MORTS.
Nous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soyez pas tristes comme ceux qui n’ont point d’espérance [I Thess. IV, 13. – 2.]. C’était le désir de l’Apôtre écrivant aux premiers chrétiens ; l’Église, aujourd’hui, n’en a pas d’autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l’accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu’elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu’un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi que nous pouvons leur venir en aide [Conc. Trid. Sess. XXV.], il est théologiquement assuré que leur délivrance plus ou moins prompte est dans nos mains. Rappelons quelques principes de nature à éclairer ici la doctrine.
Tout péché cause double dommage au pécheur, souillant son âme, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l’expiation ne dure qu’un temps ; souillure allant jusqu’à la difformité qui fait du coupable un objet d’abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l’homme n’en prévient en cette vie l’irrévocable sentence. Même alors cependant, l’effacement de ‘a coulpe mortelle, en écartant la damnation, n’enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu’un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire se perdre en l’abîme de l’oubli divin jusqu’au dernier vestige, aux moindres restes du péché, il est normal qu’en cette vie, ou par delà, satisfaction soit donnée pour toute faute à la justice.
À contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce ; il satisfait pour la peine due aux fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d’un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite ne se cède pas et demeure personnel à qui l’acquiert, la satisfaction se prête comme valeur d’échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l’accepter pour acompte ou pour solde en faveur d’autrui, que le concessionnaire soit de ce monde ou de l’autre, à la seule condition qu’il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité [I Cor. XII, 27.].
C’est, comme l’explique Suarez en son beau traité des Suffrages, la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l’autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions proposées depuis eux par plusieurs, l’illustre théologien n’hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulièrement les âmes souffrantes : « J’estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice [Esse simpliciter de justitia.], et qu’elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l’intention de celui ! qui l’applique ; en sorte que, par exemple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice, pour moi gardée, la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l’âme pour laquelle il me plaît de l’offrir [Suarez. De Suffragiis, Sectio VI.]. »
On sait comment l’Église seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l’inépuisable trésor où, d’âge en âge, les surabondantes satisfactions des saints rejoignent celles des Martyrs, ainsi que de Notre-Dame, et la réserve infinie des souffrances du Seigneur.] Presque toujours, elle approuve et permet que ! ces remises de peine, accordées aux vivants par sa directe puissance, soient appliquées aux morts, ; qui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c’est-à-dire : en la manière où. comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui à Dieu, qui l’accepte, le suffrage ou secours [Est enim suffragium, ut sumitur ex D. Thoma et aliis in 4 d. 43, auxilium quoddam, quod unus fidelis praebet alteri ad obtinendum a Deo remissionem poenae temporalis, vel aliud hujusmodi. Suarez. De Suffrages, in Praemio.] de ses propres satisfactions C’est toujours la doctrine de Suarez, et il enseigne que l’Indulgence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu’elle aurait eues pour nous qui militons encore [De Indulgentiis, Disput. LIII. Sect.]. Or, c’est sous toutes formes et c’est partout que s’offrent à nous les Indulgences.
Sachons utiliser nos trésors, et pratiquer la miséricorde envers les pauvres âmes en peine. Est-il misère plus touchante que la leur ? si poignante, que n’en approche aucune détresse de la terre ; si digne pourtant, que nulle plainte ne trouble le silence de ce « fleuve de feu qui, dans son cours imperceptible, les entraîne peu à peu à l’océan du paradis [Mgr Gay, Vie et Vertus chrétiennes : De la charité envers l’Église, II.]. » Pour elles, le ciel est impuissant ; car on n’y mérite plus. Lui-même Dieu, très bon, mais très juste aussi, se doit de n’accorder leur délivrance qu’au paiement intégral de la dette qui les a suivies par delà le monde de l’épreuve [MATTH. V, 26.]. Dette contractée à cause de nous peut-être, en notre compagnie ; et c’est vers nous qu’elles se tournent, vers nous qui continuons de ne rêver que plaisirs, tandis qu’elles brûlent, et qu’il nous serait facile d’abréger leurs tourments ! Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; car la main du Seigneur m’a touchée [Job XIX, 21.].
Comme si le purgatoire voyait plus que jamais regorger ses prisons sous l’affluence des multitudes qu’y précipite chaque jour la mondanité de ce siècle, peut-être aussi en raison de l’approche du règlement de compte final et universel qui clora les temps, l’Esprit-Saint ne se contente plus d’entretenir le zèle des anciennes confréries vouées dans l’Église au service des trépassés. Il suscite de nouvelles associations et jusqu’à des familles religieuses, dont l’unique but soit de promouvoir en toutes manières fa délivrance des âmes souffrantes ou leur soulagement. Dans cette œuvre d’une autre rédemption des captifs, il est aussi des chrétiens qui s’exposent et s’offrent à prendre sur eux les chaînes de leurs frères, par l’abandon total consenti à cette fin, non-seulement de leurs propres satisfactions, mais encore des suffrages dont ils pourraient bénéficier après leur mort : acte héroïque de charité, qu’il ne faut point accomplir à la légère, que cependant l’Église approuve [Propagé au XVIII° siècle par les Clercs réguliers Théatins, enrichi de faveurs spirituelles par les Souverains Pontifes Benoît XIII, Pie VI, Pie IX] ; car il glorifie grandement le Seigneur, et pour le risque encouru d’un délai temporaire de la béatitude, mérite à son auteur d’être à jamais plus près de Dieu, par la grâce dès maintenant, dans la gloire au ciel.
Mais si les suffrages du simple fidèle ont tant de prix, combien plus ceux de l’Église entière, dans la solennité de la prière publique et l’oblation du Sacrifice auguste où Dieu même satisfait à Dieu pour toute faute ! Ainsi qu’avant elle la Synagogue [II Mach. XII, 46.], l’Église dès son origine a toujours prié pour les morts. En la manière qu’elle honorait par des actions de grâces l’anniversaire de ses fils les Martyrs, elle célébrait par des supplications celui de ses autres enfants qui pouvaient n’être point encore au ciel. Quotidiennement, dans les Mystères sacrés, elle prononçait les noms des uns et des autres à cette double tin de louange et de prière ; et de même que ne pouvant néanmoins rappeler en toute église particulière chacun des bienheureux du monde entier, elle les comprenait tous en une commune mention, ainsi faisait-elle, à la suite des recommandations spéciales au lieu ou au jour, mémoire générale des morts. Ceux qui ne possédaient ni parents, ni amis, observe saint Augustin, n’étaient donc point dès lors cependant dépourvus de suffrages ; car ils avaient, pour obvier à leur abandon, la tendresse de la Mère commune [Aug. De cura pro mortuis, IV.].
L’Église ayant suivi dès le commencement, à l’égard de la mémoire des bienheureux et de celle des défunts, une marche identique, il était à prévoir que l’établissement d’une fête de tous les Saints au IX° siècle appellerait bientôt la Commémoration présente des trépassés. En 998, selon la Chronique de Sigebert de Gembloux [Ad hunc annum.], l’Abbé de Cluny, saint Odilon, l’instituait dans tous les monastères de sa dépendance, pour être célébrée à perpétuité au lendemain même de la Toussaint ; c’était sa réponse aux récriminations de l’enfer le dénonçant, lui et ses moines, en des visions rapportées dans sa Vie [Petr. Dam.; Jotsald. II, XIII.], comme les plus intrépides secoureurs d’âmes qu’eussent à redouter, au lieu d’expiation, les puissances de l’abîme. Le monde applaudit au décret de saint. Odilon, Rome l’adopta, et il devint la loi de l’Église latine entière.
Les Grecs font une première Commémoration générale des morts la veille de notre dimanche de Sexagésime, qui est pour eux celui de Carême prenant ou d’Apocreos, et dans lequel ils célèbrent le second avènement du Seigneur. Ils donnent le nom de samedi des âmes à ce jour, ainsi qu’au samedi d’avant la Pentecôte, où ils prient de nouveau solennellement pour tous les trépassés.
LES MATINES DES MORTS.
Amalaire observait déjà de son temps [IX° siècle.] que l’Office des défunts rappelle en sa forme les Offices célébrés aux jours anniversaires de la mort du Seigneur [Amalar. De ecclesiast. Officiis, III, XLIV.]. Même absence d’Hymnes, Doxologies, Absolutions, Bénédictions ; même suppression du prélude accoutumé Domine labia mea aperies, Deus in adjutorium meum intende ; bien qu’à la différence des derniers jours de la Semaine sainte, l’Office complet des morts ait cependant gardé ou recouvré depuis longtemps l’Invitatoire.
Or cet Invitatoire est, comme hier le premier Psaume des Vêpres, un chant d’amour et d’espérance : Tout vit, pour notre Roi ; venez, adorons-le. Au delà comme en deçà de la tombe, tous les hommes vivent, devant Celui qui doit les ressusciter un jour [Luc. XX, 38.]. Dans la langue de l’Église, le champ des morts est le cimetière, c’est-à-dire un dortoir où ses fils reposent ; comme eux-mêmes sont des défunts, travailleurs qui, leur tâche accomplie, attendent le moment de la récompense.
Rome s’est montrée ici mieux inspirée que d’autres Églises, où l’Antienne choisie comme refrain du joyeux Venite exsultemus était : Circumdederunt me gemitus mortis ; dolores inferni circumdederunt me [Voici que m’ont environne les gémissements de la mort, les douleurs de l’enfer.]. Que de variantes semblables, et toutes à l’avantage de l’Église Maîtresse et Mère, seraient à signaler dans une étude historique de l’Office des morts ! Mais pareil but ne saurait être le nôtre en ces pages trop restreintes.
INVITATOIRE.
REGEM cui omnia vivunt : * Venite, adoremus.
Tout vit, pour notre Roi :* Venez, adorons-le.
PSAUME XCIV.
VENITE, exsultemus Domino, jubilemus Deo Salutari nostro : praeoccupemus facier ejus in confessione, et in psalmis jubilemus ei.
Regem cui omnia vivunt : * Venite, adoremus.
Quoniam Deus magnus Dominus, et Rex magnus super omnes deos : quoniam non repellet Dominus plebem suam, quia in manu ejus sunt omnes fines terrae, et altitudines montium ipse conspicit.
Venite, adoremus.
Quoniam ipsius est mare, et ipse fecit illud, et aridam fundaverunt manus ejus : venite, adoremus, et procidamus ante Deum : ploremus coram Domino, qui fecit nos, quia ipse est Do-minus Deus noster : nos autem populus ejus, et oves pascuae ejus.
Regem cui omnia vivunt Venite, adoremus.
Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra, sicut in exacerbatione secundum diem tentationis in deserto : ubi tentaverunt me patres vestri, probaverunt, et viderunt opera mea.
Venite, adoremus.
Quadraginta annis proximus fui generationi huic, et dixi : Semper hi errant corde : ipsi vero non cognoverunt vias meas, quibus juravi in ira mea, si introibunt in requiem eam.
Regem cui omnia vivunt : * Venite, adoremus.,
Requiem aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis. Venite, adoremus.
Regem cui omnia vivunt : Venite, adoremus.
Venez, tressaillons dans le Seigneur ; chantons dans la jubilation des hymnes à Dieu notre Sauveur : prévenons sa présence par des chants de louange, et jubilons en son honneur dans la psalmodie.
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Car le Seigneur est le grand Dieu, le grand Roi au-dessus de tous les dieux : il ne repoussera point son peuple. Dans sa main sont toutes les profondeurs de la terre, et son œil domine les sommets des montagnes.
Venez, adorons-le.
La mer est à lui, et il l’a faite, et ses mains ont formé la terre. Venez, adorons et prosternons-nous devant ce Dieu ; pleurons devant ce Seigneur qui nous a faits : car il est le Seigneur notre Dieu, et nous son peuple et les brebis de son pâturage.
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Si aujourd’hui vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs, comme au jour du murmure et de la tentation dans le désert, où vos pères me tentèrent, où ils me mirent a l’épreuve, et virent mes œuvres.
Venez, adorons-le.
Pendant quarante ans, j’ai couvert de ma protection cette génération, et j’ai dit : « C’est un peuple dont le cœur est égaré ; ils ne connaissent pas mes voies ; c’est pourquoi j’ai juré dans ma colère qu’ils n’entreraient point dans la terre de mon repos. »
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
Venez, adorons-le.
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Un tel début montre assez quelle part il convient de faire, selon l’Église, à la reconnaissance et à la louange dans la prière pour les morts.
PREMIER NOCTURNE.
Elles débordent, dans le premier Psaume des Nocturnes, la reconnaissance et la louange de l’âme échappée aux filets des pécheurs, en ce premier matin du salut assuré pour jamais qui l’introduit parmi les âmes très saintes du purgatoire. C’est avec confiance qu’elle s’en remet à son Seigneur du soin de la conduire par le chemin douloureux et purifiant qui doit l’amener à l’entrée même de la maison de Dieu.
ANT. DIRIGE Domine Deus meus in conspectu tuo viam meam.
Ant. SEIGNEUR mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.
PSAUME V.
VERBA mea auribus percipe Domine : * intellige clamorem meum.
Odisti omnes, qui operantur iniquitatem : * perdes omnes, qui loquuntur mendacium.
Intende voci orationis meae : * Rex meus, et Deus meus.
Quoniam ad te orabo : * Domine mane exaudies vocem meam.
Mane astabo tibi, et videbo : " quoniam non Deus volens iniquitatem tu es.
Neque habitabit juxta te malignus : * neque permanebunt injusti ante oculos tuos.
Virum sanguinum et dolosum abominabitur Dominus : * ego autem in multitudine misericordiae tuae.
Et lux perpetua * luceat eis.
Introibo in domum tuam : * adorabo ad templum sanctum tuum in timore tuo.
Domine deduc me, in justitia tua : propter inimicos meos dirige in conspectu tuo viam meam.
Quoniam non est in ore eorum veritas : * cor eorum vanum est.
Sepulchrum patens est guttur eorum, linguis suis dolose agebant : * judica illos Deus.
Decidant a cogitationibus suis, secundum multitudinem impiÉtatum eorum expelle eos :* quoniam irritaverunt te Domine.
Et laetentur omnes, qui sperant in te : * in aeternum exsultabunt : et habitabis in eis.
Et gloriabuntur in te omnes, qui diligent nomen tuum : * quoniam tu benedices justo.
Domine, ut scuto bonae voluntatis tum : * coronasti nos.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
ANT. Dirige Domine Deus meus in conspectu tuo viam meam.
Seigneur, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche, entendez le cri démon cœur.
Écoutez ma voix suppliante, ô mon Roi et mon Dieu.
Oui ; c’est vous que j’implore : Seigneur, au matin vous m’exaucerez.
Au matin, me voici devant vous ; je saurai que vous n’êtes point un Dieu favorable au péché,
Que le méchant n’habitera point votre demeure, que les injustes ne pourront subsister devant vous.
Vous haïssez tous ceux qui font l’iniquité ; vous perdrez tous ceux qui aiment le mensonge.
Le Seigneur a en abomination l’homme de sang et d’astuce. Pour moi, c’est me confiant en votre miséricorde infinie,
Que j’entrerai dans votre maison ; c’est pénétré de votre crainte, que j’adorerai dans votre saint temple.
Seigneur, guidez-moi dans votre justice ; à cause de mes ennemis, dirigez mes pas en votre présence.
Eux, en effet, n’ont point la vérité dans leur bouche ; leur cœur est vain.
Leur gosier est un sépulcre ouvert, leur langue un instrument de tromperie : jugez-les, ô Dieu.
Qu’ils soient déçus dans leurs pensées : rejetez-les ; car leurs impiétés sont sans nombre, et ils ont mérité votre colère, ô Seigneur.
Et que soient dans la joie tous ceux qui espèrent en vous : ils seront dans l’allégresse à jamais ; vous habiterez en eux.
Et ils se glorifieront en vous, tous ceux qui aiment votre nom ; car vous bénirez le juste.
Seigneur, vous nous avez comme d’un bouclier cou verts de votre amour.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.
L’âme est exaucée : la justice s’est emparée d’elle ; car le temps de la miséricorde n’est plus. Sous la terrible mainmise de son guide nouveau, à l’implacable lumière qui, en regard de l’infinie pureté, met à nu ses replis les plus ignorés, et ses vertus si mélangées, et tant de traces restées des souillures d’antan, la pauvre âme sent lui manquer tout ce qu’elle se croyait de force, tremblante, elle supplie Dieu de ne point la confondre en sa fureur avec les éternels maudits dont le voisinage accroît son tourment. Mais sa supplication, comme son effroi, est toute d’amour : Seigneur, sauvez-moi ; car il n’est personne qui pense à vous louer dans cette mort. Ce Psaume est le premier des sept de la pénitence.
ANT. Convertere Domine, et eripe animam meam : quoniam non est in morte, qui memor sit tui.
Ant. Seigneur, tournez – vous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.
PSAUME VI.
Domine, ne in furore tuo arguas me : * neque in ira tua corripias me.
Turbatus est a furore oculus meus : * inveteravi inter omnes inimicos meos.
Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum : * sana me Domine, quoniam conturbata sunt ossa mea.
Et anima mea turbata est valde : * sed tu Domine usquequo ?
Convertere, Domine, et eripe animam meam : * salvum me fac propter misericordiam tuam.
Quoniam non est in morte qui memor sit tui : * in inferno autem quis confitebitur tibi ?
Laboravi in gemitu meo, lavabo per singulas noctes lectum meum : * lacrymis meis stratum meum rigabo.
Discedite a me, omnes qui operamini iniquitatem : * quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.
Exaudivit Dominus deprecationem meam : *Dominus orationem meam suscepit.
Erubescant et conturbentur vehementer omnes inimici mei : * convertantur et erubescant valde velociter.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Et lux perpetua * luceat eis.
ANT. Convertere Domine, et eripe animam meam : quoniam non est in morte, qui memor sit tui.
Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère.
Ayez pitié de moi, Seigneur ; car je languis de faiblesse ; guérissez – moi, Seigneur, parce que le trouble m’a saisi jusqu’au fond de mes os.
Mon âme est toute troublée ; mais vous, Seigneur, jusqu’à quand différerez-vous ?
Seigneur, tournez-vous vers moi, et délivrez mon âme ; sauvez-moi, à cause de votre miséricorde.
Car nul dans la mort ne se souvient de vous : qui publiera vos louanges dans l’enfer ?
Je me suis épuisé à force de gémir ; j’ai baigné chaque nuit mon lit de mes pleurs ; j’ai arrosé ma couche de mes larmes.
Mon œil a été tout troublé de fureur : j’ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.
Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité ; car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs.
Le Seigneur a exaucé ma supplication ; le Seigneur a reçu ma prière.
Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d’étonnement ; qu’ils retournent en arrière, et soient couverts de honte.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, tournez-vous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.
David, accusé par ses adversaires, en appelle au Seigneur de leurs calomnies. La crainte qui prosterne l’âme, au purgatoire, en un saint tremblement devant la justice de Dieu, n’a point fait vaciller l’espérance en elle plus que l’amour ; elle s’appuie sur la sentence même, sur le secours imploré de son juge, pour tenir tête au lion infernal qui la poursuit de ses indignes clameurs dans le délaissement et le dénuement auxquels la réduit son expiation.
ANT. Nequando rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
Ant. Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sauver.
PSAUME VII.
Domine Deus meus in te speravi : * salvum me fac ex omnibus persequentibus me, et libera me. Nequando rapiat ut leo animam meam : * dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.Domine Deus meus si feci istud : * si est iniquitas in manibus meis. Si reddidi retribuentibus mihi mala : * decidam merito ab inimicis meis inanis. Persequatur inimicus animam meam, et comprehendat, et conculcet in terra vitam meam : * et gloriam meam in pulverem deducat. Exsurge Domine in ira tua : * et exaltare in finibus inimicorum meorum. Et exsurge Domine Deus meus in praecepto, quod mandasti : * et synagoga populorum circumdabit te. Et propter hanc in altum regredere : * Dominus iudicat populos. Iudica me Domine secundum iustitiam meam : * et secundum innocentiam meam super me. Consumetur nequitia peccatorum, et diriges iustum : * scrutans corda et renes Deus. Iustum adiutorium meum a Domino : * qui salvos facit rectos corde. Deus iudex iustus, fortis, et patiens : * numquid irascitur per singulos dies ? Nisi conversi fueritis, gladium suum vibravit : * arcum suum tetendit, et paravit illum. Et in eo paravit vasa mortis : * sagittas suas ardentibus effecit. Ecce parturit iniustitiam, concepit dolorem : * et peperit iniquitatem. Lacum aperuit, et effodit eum : * et incidit in foveam, quam fecit. Convertetur dolor eius in caput eius : * et in verticem ipsius iniquitas eius descendet. Confitebor Domino secundum iustitiam eius : * et psallam nomini Domini altissimi.
Et lux perpetua * luceat eis.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
ANT. Nequando rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
V. A porta inferi
R. Erue Domine, animas eorum.
Seigneur mon Dieu, j’ai mis en vous mon espérance : sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi.
Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sauver.
Seigneur mon Dieu, si j’ai fait ce dont il m’accuse, si l’iniquité se rencontre en mes œuvres,
Si j’ai rendu le mal pour le mal, ce sera justice, que je succombe sous mes ennemis sans nul espoir.
Que l’ennemi poursuive mon âme, qu’il s’en empare ; qu’à terre il foule aux pieds ma vie ; qu’en poussière il réduise ma gloire.
Levez-vous. Seigneur, dans votre colère ; faites paraître votre puissance au territoire de mes ennemis.
Oui ; levez-vous, Seigneur mon Dieu ! Que vos édits soient respectés. Voici que va vous entourer l’assemblée des peuples ;
A cause d’elle, reprenez place sur votre trône dans les hauteurs : le Seigneur juge les peuples.
Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, selon mon innocence.
La malice des pécheurs sera anéantie, et vous guiderez le juste, ô Dieu qui sondez les reins et les cœurs.
Il est juste que j’attende le secours du Seigneur qui sauve ceux qui ont le cœur droit.
Dieu est un juge équitable, fort et patient : fait-il chaque jour éclater sa colère ?
Si vous ne changez, il brandira son glaive ; il a tendu son arc, il le tient prêt,
Il y a mis des traits mortels, ses flèches sont faites d’un feu dévorant.
Ainsi l’impie, mettant son injustice au jour, a conçu la douleur et enfanté l’iniquité.
Préparant son piège, il a creuse la terre, et il est tombé dans la fosse qu’il avait faite.
Le mal qu’il me voulait se retournera contre lui ; sa méchanceté retombera sur sa tête.
Pour moi, je chanterai la justice du Seigneur, j’exalterai le nom du Seigneur Très-Haut.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sauver.
De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.
À la suite de ce cri maternel sorti du cœur de l’Église, toute l’assemblée prie en silence, offrant à Dieu l’Oraison Dominicale pour les trépassés aux prises avec les puissances de l’abîme.
Et voici que dans le recueillement de ce silence, omettant la demande d’une Bénédiction qu’ils ne peuvent plus recevoir au même titre que nous de l’Église, s’élève seule en leur nom la voix du Lecteur. Empruntant les accents du juste de l’Idumée sous la main qui l’éprouve, elle dit la souffrance qui les oppresse, leur foi indomptée, leur prière sublime. Et comme dans la tragédie antique, le Chœur intervient après chaque Lecture, en autant de Répons dont la mélodie s’harmonise merveilleusement avec ces échos d’outre-tombe : soit qu’il reprenne en s’y unissant la parole des morts, ou appuie leur prière de ses propres supplications ; soit que terrifié par cette rigueur de Dieu contre des âmes qui pourtant lui sont chères et sont sûres de l’aimer toujours, il tremble pour lui-même pécheur, dont le jugement est encore en suspens.
Au témoignage de saint Antonin et de Démocharès, cités par Gavanti [De Officio Defunct.], la composition de ces admirables Répons reviendrait pour une part à Maurice de Sully, l’évêque de Paris qui commença Notre-Dame ; toutefois le plus grand nombre d’entre eux se trouvent déjà dans les manuscrits grégoriens de l’époque antérieure.
D’autres livres de l’Écriture que celui de Job, et aussi les Œuvres de saint Augustin, fournirent longtemps en différents lieux les Leçons des morts ; et diverses églises avaient la coutume de terminer celles-ci par la formule : Beati mortui qui in Domino moriuntur [Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.].
LEÇON I. (Job VII)
Parce mihi Domine : nihil enim sunt dies mei. Quid est homo, quia magnificas eum : aut quid apponis erga eum cor tuum ? Visitas eum diluculo, et subito probas illum. Usquequo non parcis mihi, nec dimittis me, ut glutiam salivam meam ? Peccavi. Quid faciam tibi, o custos hominum ? Quare posuisti me contrarium tibi, et factus sum mihimetipsi gravis ? Cur non tollis peccatum meum ? Et quare non aufers iniquitatem meam ? Ecce nunc in pulvere dormiam, et si mane me quaesieris, non subsistam.
Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont que néant. Qu’est donc l’homme, pour l’estimer tant que d’arrêter sur lui votre pensée ? Vous venez à lui dès le matin, pour aussitôt l’éprouver. Jusques à quand ne m’épargnerez-vous pas, ne me laisserez-vous pas même avaler ma salive ? J’ai péché : pour vous apaiser, que ferai-je, gardien des hommes, à qui rien n’échappe ? Pourquoi m’avoir mis en butte à vos traits, me rendant à charge à moi-même ? Pourquoi n’ôtez-vous pas mon péché, ne pardonnez-vous pas mon iniquité ? Voici que je vais m’endormir dans la poussière du sépulcre, et si vous me cherchez au matin, je ne serai plus.
R. Credo quod redemptor meus vivit : et in novissimo die de terra surrecturus sum : Et in carne mea videbo Deum salvatorem meum
r. Je crois que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre. * Et dans ma chair je verrai Dieu mon Sauveur.
V. Quem visurus sum ego ipse, et non alius, et oculi mei conspecturi sunt. Et in carne mea videbo Deum salvatorem meum.
v. Je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux le contempleront. * Et dans ma chair.
LEÇON II. (Job. X.)
Taedet animam meam vitae meae, dimittam adversum me eloquium meum. Loquar in amaritudine animae meae : Dicam Deo, noli me condemnare. Indica mihi, cur me ita iudices. Numquid bonum tibi videtur, si calumnieris, et opprimas me, opus manuum tuarum, et consilium impiorum adiuves ? Numquid oculi carnei tibi sunt : aut, sicut videt homo, et tu videbis ? Numquid sicut dies hominis dies tui, et anni tui sicut humana sunt tempora, ut quaeras iniquitatem meam, et peccatum meum scruteris ? Et scias, quia nihil impium fecerim, cum sit nemo, qui de manu tua possit eruere.
R. Qui Lazarum resuscitasti a monumento fœtidum. Tu eis Domine dona requiem, et locum indulgentiae
V. Qui venturus es iudicare vivos et mortuos, et saeculum per ignem. Tu eis Domine dona requiem, et locum indulgentiae
Mon âme a la vie en dégoût ; je m’abandonnerai aux plaintes contre moi-même, je parlerai dans l’amertume de mon âme. Je dirai à Dieu : Ne me condamnez pas ; indiquez-moi pourquoi vous me traitez de la sorte. Vous plairiez-vous à m’accuser sans fondement, à m’accabler, moi l’œuvre de vos mains, donnant gain de cause aux impies ? Vos yeux à vous aussi sont-ils de chair, et voyez-vous à la manière de l’homme ? Vos jours sont-ils comptés comme les jours de l’homme et vos années s’écoulent-elles comme sa vie, pour vous presser ainsi d’informer contre moi et scruter mon péché de la sorte ? Et pourtant vous savez que je n’ai rien fait d’impie ; qui d’ailleurs pourrait me tirer de vos mains ?
R/. Vous qui ressuscitâtes Lazare du tombeau, quand déjà il sentait mauvais : * Seigneur, donnez-leur le repos, conduisez-les au lieu du pardon.
V/. Vous qui viendrez juger les vivants et les morts, et ce monde par le feu. * Seigneur, donnez-leur.
LEÇON III. (Job. X.)
Manus tuae Domine fecerunt me, et plasmaverunt me totum in circuitu : et sic repente praecipitas me ? Memento, quaeso, quod sicut lutum feceris me, et in pulverem reduces me. Nonne sicut lac mulsisti me, et sicut caseum me coagulasti ? Pelle, et carnibus vestisti me : ossibus, et nervis compegisti me. Vitam et misericordiam tribuisti mihi, et visitatio tuo custodivit spiritum meum.
Vos mains m’ont fait et façonné dans tout mon être : et c’est ainsi qu’en un instant vous me brisez ? Souvenez-vous, je vous prie, que vous m’avez pétri comme l’argile : et déjà vous me réduiriez en poussière ? N’ai-je pas d’abord été pour vous comme le lait sans consistance, qui s’épaissit ensuite ? Puis vous m’avez revêtu de peau et de chair, consolidant par des nerfs et des os cet ouvrage de vos mains. Enfin vous m’avez donné la vie et comblé de bienfaits ; votre providence attentive a gardé mon âme.
R. Domine quando veneris iudicare terram, ubi me abscondam a vultu irae tuae ? Quia peccavi nimis in vita mea.
r. Seigneur, quand vous viendrez juger la terre, où me cacherai-je pour éviter la colère de vos yeux ? * Car les péchés de ma vie ont passé les bornes.
V. Commissa mea pavesco, et ante te erubesco : dum veneris iudicare, noli me condemnare. Quia peccavi nimis in vita mea.
v. Mes forfaits m’épouvantent ; ma confusion devant vous est extrême : quand vous viendrez, ô Juge, ne me condamnez pas. * Car les péchés.
V. Requiem aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis. Quia
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. * Car les péchés.
DEUXIÈME NOCTURNE.
J’ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas [JOHAN. IV, 32.]. » C’est la réponse que s’attirerait de la part de ? chères âmes notre étonnement au sujet de l’Antienne qui va suivre. Ineffablement justes et saintes, la parole du Seigneur est aussi la leur : « Ma nourriture est d’accomplir la volonté de mon Père [Ibid. 34.]. » Or en effet, vu de ces sommets comme le voit notre Antienne, quel pâturage que le purgatoire ! Seigneur qui me conduisez, qui par votre grâce daignez être avec moi dans cette ombre de la mort, votre verge en me frappant me console ; mon abandon à vos justices est l’huile qui coule à flots de ma tête et, oignant tous mes membres, les fortifie pour le combat ; avide de soumission, mon cœur a trouvé son calice enivrant.
Saint Jean Chrysostome atteste qu’on chantait déjà de son temps ce Psaume aux funérailles des chrétiens, ainsi que le Psaume Dilexi, premier de nos Vêpres des morts [Chrys. Hom. IV in Epist. ad Heb.].
Ant. In loco pascuae ibi me collocavit.
Ant. Il m’a placé dans un pâturage.
PSAUME XXII.
DOMINUS regit me et nihil mihi deerit : * in loto pascuae ibi me collocavit.
Super aquam refectionis educavit me : * animas meam convertit.
Deduxit me super semitas iustitiae : * propter Nomen suum.
Et lux perpetua * luceat eis.
Nam etsi ambulavero in medio umbrae mortis, non timebo mala : * quoniam tu mecum es.
Virga tua, et baculus tuus * ipsa me consolata sunt.
Parasti in conspectu meo mensam : * adversus eos qui tribulant me.
Impinguasti in oleo caput meum : * et calix meus inebrians quam praeclarus est !
Et misericordia tua subsequetur me : * omnibus diebus vit meae.
Et ut inhabitem in domo Domini * in longitudinem dierum.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. In loco pascuae ibi me collocavit.
Le Seigneur me conduit, et rien ne me manquera : il m’a placé dans un pâturage.
Il m’a élevé près d’une eau nourrissante ; il a converti mon âme.
Il m’a conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom.
Aussi, même en marchant dans l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal ; car vous êtes avec moi.
Verge et houlette, en vos mains, me consolent.
Vous avez préparé devant moi une table, contre ceux qui me persécutent.
Vous avez répandu l’huile à flots sur ma tête : et qu’il est beau mon calice enivrant !
Votre miséricorde me suivra tous les jours de ma vie.
J’habiterai la maison du Seigneur durant des jours sans fin.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Il m’a placé dans un pâturage.
Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus. Plût à Dieu que nos examens de conscience eussent présentement le sérieux de celui qu’il nous faudra faire au lieu d’expiation, pour réparer leur insuffisance ! L’ignorance, qu’on prétend excuser tant d’hommes de nos jours, sera bien lourde alors pour ceux dont la négligence à s’instruire aura obscurci la foi, endormi l’espérance, attiédi l’amour, faussé sur mille points le christianisme et la vie. Alors aussi se solderont « jusqu’au dernier denier [MATTH. V, 26.] » ces dettes de pénitence accumulées par tant de péchés remis quant à la coulpe, il est vrai, dès longtemps peut-être, et depuis non moins longtemps, hélas ! totalement oubliés. O Dieu, voyez ma peine et mon humiliation.
Ant. Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.
PSAUME XXIV.
Ad te Domine levavi animam meam : * Deus meus in te confido, non erubescam. Neque irrideant me inimici mei : * etenim universi qui sustinent te, non confundentur. Confundantur omnes iniqua agentes : * supervacue. Vias tuas Domine demonstra mihi : * et semitas tuas edoce me. Dirige me in veritate tua, et doce me : * quia tu es Deus salvator meus, et te sustinui tota die. Reminiscere miserationum tuarum, Domine : * et misericordiarum tuarum, quae a saeculo sunt. Delicta iuventutis meae : * et ignorantias meas ne memineris. Secundum misericordiam tuam memento mei tu : * propter bonitatem tuam Domine. Dulcis, et rectus Dominus : * propter hoc legem dabit delinquentibus in via. Diriget mansuetos in iudicio : * docebit mites vias suas. Universae viae Domini misericordia et veritas : * requirentibus testamentum eius, et testimonia eius. Propter nomen tuum Domine et propitiaberis peccato meo : * multum est enim. Quis est homo, qui timet Dominum ? * legem statuet ei in via, quam elegit. Anima eius in bonis demorabitur : * et semen eius hereditabit terram. Firmamentum est Dominus timentibus eum : * et testamentum ipsius ut manifestetur illis. Oculi mei semper ad Dominum : * quoniam ipse evellet de laqueo pedes meos. Respice in me, et miserere mei : * quia unicus et pauper sum ego. Tribulationes cordis mei multiplicatae sunt : * de necessitatibus meis erue me. Vide humilitatem meam, et laborem meum : * et dimitte universa delicta mea. Respice inimicos meos, quoniam multiplicati sunt : * et odio iniquo oderunt me. Custodi animam meam, et erue me : * non erubescam, quoniam speravi in te. Innocentes et recti adhaeserunt mihi : * quia sustinui te. Libera Deus Israel : * ex omnibus tribulationibus suis.
Et lux perpetua * luceat eis.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. Delicta iuventutis meae et ignorantias meas ne memineris Domine
Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; en vous, mon Dieu, j’ai mis ma confiance : je n’aurai point à en rougir.
Que mes ennemis ne se rient pas de moi : quiconque vous attend ne sera point confondu.
Cette confusion, qu’elle soit pour tous ceux qui font le mal comme à plaisir.
Montrez-moi, Seigneur, la voie qui conduit à vous ; apprenez-moi vos sentiers.
Dirigez-moi dans votre vérité, instruisez-moi ; car vous êtes mon Dieu sauveur, et je vous attends tout le jour.
Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, de vos miséricordes qui sont à jamais.
Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, ne vous en souvenez plus.
Souvenez-vous de moi selon votre miséricorde, ô Seigneur, dans votre seule bonté.
Doux et juste est le Seigneur ; c’est pour cela qu’il donne sa loi à ceux qui s’égarent.
Il guide les humbles dans la justice ; il enseigne ses voies à ceux qui sont doux
Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité pour ceux qui recherchent son alliance et ses commandements.
Pour votre nom Seigneur, vous pardonnerez mon péché, si grand qu’il soit.
Quel est l’homme qui craint le Seigneur ? il ne sera point sans loi et direction dans le chemin qu’il a choisi.
Son âme aura la tranquille possession de tous les biens ; sa race aura la terre en héritage.
Le Seigneur est un ferme appui pour ceux qui le craignent ; par son alliance, il se révèle à eux.
Mes yeux restent tournés vers le Seigneur : c’est lui qui retirera mes pieds des filets.
Tournez vers moi les yeux, ayez pitié, car je suis pauvre et délaissé.
Mes afflictions et mes tribulations se sont multipliées ; délivrez-moi de telles angoisses.
Voyez mon humiliation et mon labeur ; remettez-moi tous mes péchés.
Considérez mes ennemis, leur multitude, de quelle injuste haine ils me haïssent.
Gardez mon âme, et délivrez-moi : non, je n’aurai point à rougir d’avoir mis en vous mon espoir.
Les justes et les cœurs droits font avec moi cause commune, parce que c ! est vous que j’attends.
Mon Dieu, délivrez Israël de toutes ses tribulations.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin
Ant. Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.
Le Psaume XXVI° fut chanté au Vendredi saint pour exprimer le sentiment de confiance qui n’abandonna pas le Messie durant les épreuves de sa Passion. Il reparaissait aux Matines du lendemain pour annoncer sa prochaine délivrance ; et l’Antienne qui l’accompagnait en ce dernier jour était celle-là même qui va suivre. Comme au grand Samedi où les limbes possédèrent le Sauveur, les hôtes du purgatoire s’unissent au Chef divin dans son attente du retour à la lumière, à la vie. Leur prière, que l’Église elle aussi fait sienne, est d’une inspiration bien faite pour toucher le Seigneur.
Ant. Credo videre bona Domini in terra viventium.
Ant. J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.
PSAUME XXVI.
Dominus illuminatio mea, et salus mea : * quem timebo ?
Qui tribulant me inimici mei : * ipsi infirmati sunt, et ceciderunt.
Dominus protestor vitae meae : * a quo trepidabo ?
Dum appropiant super me nocentes : *ut edant carnes meas.
Si consistant adversum me castra : * non timebit cor meum.
Ne avertas faciem tuam a me : * ne declines in ira a servo tuo.
Si exsurgat adversum me proelium : * in hoc ego sperabo.
Adjutor meus esto : * ne derelinquas me, neque despicias me, Deus salutaris meus.
Unam petii a Domino, hanc requiram * ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae
Ut videam voluptatem Domini : * et visitem templum ejus.
Quoniam abscondit me in tabernaculo suo " in die malorum protexit me in abscondito tabernaculi sui.
In petra exaltavit me * et nunc exaltavit caput meum super inimicos meos.
Circuivi, et immolavi in tabernaculo ejus hostiam vociferationis * cantabo, et psalmum dicam Domino.
Exaudi, Domine, vocem meam, qua clamavi ad te : * miserere mei, et exaudi me.
Tibi dixit cor meum, exquisivit te facies mea * faciem tuam, Domine, requiram.
Quoniam pater meus, et mater mea dereliquerunt me : * Dominus autem assumpsit me.
meos.
Legem pone mihi, Domine, in via tua : * et dirige me in semitam rectam propter inimicos
Ne tradideris me in animas tribulantium me : * quoniam insurrexerunt in me testes iniqui, et mentita est iniquitas sibi.
Et lux perpetua * luceat eis.
Credo videre bona Domini : * in terra viventium.
Exspecta Dominum, viriliter age : *et confortetur cor tuum, et sustine Dominum.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. Credo videre bona Domini in terra viventium.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut : qui craindrai-je ?
V. Collocet eos Dominus cum principibus.
Le Seigneur est le défenseur de ma vie : qui pourrait m’intimider,
R. Cum principibus populi sui.
En ce moment où les méchants m’ont cerné pour me dévorer ?
Mes persécuteurs se sont affaiblis, et ils sont tombés.
Quand même une armée ennemie m’assiégerait, mon cœur serait sans crainte.
Si elle me déclarait la bataille, c’est alors que je serais plein de confiance.
Je n’ai demandé qu’une chose au Seigneur ; je la lui demanderai sans cesse : c’est d’habiter dans sa maison tous les jours de ma vie ;
Afin de goûter les délices du Seigneur, et de contempler les beautés de son temple.
Car il me couvrira de l’ombre de son tabernacle ; au jour de mon affliction, il me protégera dans le secret de son temple.
Il m’a établi sur le roc ; il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis.
Après une marche sacrée, j’offrirai dans son tabernacle un sacrifice accompagné de cris de joie ; je chanterai des cantiques au Seigneur.
Exaucez, Seigneur, le cri que je vous adresse ; ayez pitié de moi, et exaucez-moi.
Mon cœur vous parle ; mes yeux vous cherchent : Seigneur, je ne cesserai de chercher votre présence.
Ne détournez pas de moi votre visage ; dans votre colère, ne vous éloignez pas de votre serviteur.
Soyez mon appui ; ne m’abandonnez pas ; ne me dédaignez pas, ô Dieu de mon salut.
Mon père et ma mère m’ont abandonné ; mais le Seigneur a pris soin de moi.
Enseignez-moi vos sentiers, Seigneur ; dirigez-moi dans la voie droite pour confondre mes ennemis.
Ne m’abandonnez pas à la fureur de ceux qui me persécutent ; car de faux témoins se sont élevés contre moi, et l’iniquité s’est menti à elle-même.
J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.
Attends le Seigneur, ô mon âme, sois ferme ; fortifie ton courage, et attends le Seigneur.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.
V/. Veuille le Seigneur les placer avec les avec les princes de son peuple.
Le Chœur a fait écho dans le Verset au désir des âmes ; il prie de nouveau en silence, disant le Pater.
C’est au début de la Leçon suivante que se rattache la scène terrifiante immortalisée dans la Vie de saint Bruno par le pinceau de Le Sueur. D’après une tradition conservée dans l’Ordre qu*il devait fonder, Bruno, séculier encore, assistait au service funèbre chanté à Notre-Dame de Paris pour un docteur de renom, Raymond Diocrès, lorsqu’à ces paroles : Responde mihi quantas habeo iniquitates et peccata, le mort se souleva de sa bière et prononça ces mots : « J’ai été accusé au juste jugement de Dieu. » L’Office interrompu dans l’émotion de tous, et remis au lendemain, la même tradition rapporte qu’on vit Diocrès se lever à nouveau, mais pour dire : « J’ai été jugé au juste jugement de Dieu. » Jusqu’à ce que, les funérailles une troisième fois reprises, la voix du malheureux se fit entendre au même moment que les deux premiers jours, et elle s’écriait, glaçant l’assemblée d’épouvante : « J’ai été condamné au juste jugement de Dieu [D. Le Couteulx, Annal. Cartns. in Proœmio, nis XXI XLI ; où l’on verra les arguments qui militent pour la substance du fait, sinon ses détails.]. »
LEÇON IV. (Job. XIII.)
Responde mihi, quantas habeo iniquitates et peccata : scelera mea atque delicta ostende mihi. Cur faciem tuam abscondis, et arbitraris me inimicum tuum ? Contra folium quod vento rapitur, ostendis potentiam tuam, et stipulam siccam persequeris. Scribis enim contra me amaritudines, et consumere me vis peccatis adolescentiae meae. Posuisti in nervo pedem meum, et observasti omnes semitas meas, et vestigia pedum meorum considerasti. Qui quasi putredo consumendus sum, et quasi vestimentum quod comeditur a tinea.
Répondez-moi : quel est le nombre de mes iniquités ? quelle est la gravité de mes fautes ? Faites-moi voir mes péchés et mes crimes. Pourquoi détourner de moi votre visage, et me considérer comme un ennemi ? Vous déployez votre puissance contre une feuille qu’emporte le vent, vous poursuivez une paille desséchée. Car vous édictez contre moi les mesures les plus dures, et pour me perdre vous remontez jusqu’aux péchés de mon adolescence. Vous avez mis mes pieds dans les ceps, vous avez observé tous mes sentiers, vous avez relevé les traces de mes pas, à moi qui bientôt ne serai que pourriture, pareil au vêtement mangé des vers.
R. Memento mei Deus, quia ventus est vita mea : Nec aspiciat me visus hominis.
r. Souvenez-vous de moi, ô Dieu, car ma vie n’est qu’un souffle. * Et les
V. De profundis clamavi ad te Domine : Domine exaudi vocem meam. Nec aspiciat me visus hominis.
hommes ne me verront plus.
V/. De l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix. * Et les hommes.
LEÇON V. (Job. XIV.)
Homo natus de muliere, brevi vivens tempore, repletur multis miseriis. Qui quasi flos egreditur, et conteritur, et fugit velut umbra, et numquam in eodem statu permanet. Et dignum ducis super huiuscemodi aperire oculos tuos : et adducere eum tecum in iudicium ? Quis potest facere mundum de immundo conceptum semine ? Nonne tu qui solus es ? Breves dies hominis sunt, numerus mensium eius apud te est. Constituisti terminos eius, qui praeteriri non poterunt. Recede ergo paululum ab eo, ut quiescat, donec optata veniat, et sicut mercenarii dies eius.
L’homme, né de la femme, vit peu de temps, et est rempli de beaucoup de misères. Il germe comme la fleur et comme elle est foulé aux pieds ; il fuit comme l’ombre et ne demeure jamais stable. Et c’est lui que vous estimez digne d’attirer vos regards, c’est lui que vous appelez en jugement avec vous ! Qui peut rendre pur l’être sorti d’une source souillée ? N’est-ce pas vous seul qui le pouvez ? Les jours de 1 homme sont courts ; vous connaissez les mois que doit durer sa vie : vous en avez marqué les bornes, qui ne seront point dépassées. Retirez-vous un peu de lui, afin qu’il ait quelque relâche, en attendant que vienne le jour désiré qui comme pour le mercenaire finira ses travaux.
R. Hei mihi Domine, quia peccavi nimis in vita mea : quid faciam miser, ubi fugiam, nisi ad te, Deus meus ? Miserere mei, dum veneris in novissimo die.
r. Hélas ! Seigneur, "‘ O combien j’ai péché dans ma vie ! Que ferai-je, malheureux ? Où fuir, sinon vers vous, mon Dieu ? * Ayez pitié de moi, quand vous viendrez au dernier jour.
V. Anima mea turbata est valde : sed tu Domine succurre ei. Miserere mei dum veneris in novissimo die.
v. Mon âme est grandement troublée ; mais vous, Seigneur, secourez-la.* Ayez pitié.
LEÇON VI. (Job. XIV.)
Quis mihi hoc tribuat, ut in inferno protegas me, et abscondas me, donec pertranseat furor tuus, et constitutas mihi tempus, in quo recorderis mei ? Putas ne mortuus homo rursum vivet ? Cunctis diebus, quibus nunc milito, expecto donec veniat immutatio mea. Vocabis me, et ego respondebo tibi. Operi manuum tuarum porriges dexteram. Tu quidem gressus meos dinumerasti, sed parce peccatis meis.
Qui me donnera de me voir mis à l’abri, caché par vous au séjour des morts, jusqu’à ce que passe votre fureur, et que vous me marquiez un temps où vous aurez souvenir de moi ? Mais se peut-il qu’une fois mort, l’homme revive ? Chacun de ces jours de ma milice terrestre, j’attends que survienne ma transformation. Vous m’appellerez alors, et je vous répondrai ; vous tendrez votre droite à l’ouvrage de vos mains. Mais maintenant vous comptez tous mes pas ; pardonnez mes péchés.
R. Ne recorderis peccata mea, Domine, * Dum veneris judicare saeculum per ignem.
r. SEIGNEUR, ne vous souvenez vous pas de mes péchés, * Quand vous viendrez juger le inonde par le feu.
V. Dirige, Domine Deus meus, in conspectu tuo viam meam * Dum veneris dies
v. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence, * Quand vous viendrez.
V. Requiem aeternam dona eis, Domine : * et lux perpetua luceat eis. * Dum veneris.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin, * Quand vous viendrez.
TROISIÈME NOCTURNE.
À mesure que se poursuit l’expiation purifiante, l’ombre qui ternissait l’âme se dissipe, et laisse comme poindre déjà l’auréole. Certes, ni l’expression de la souffrance, ni l’élan de la prière ne font défaut au Psaume XXXIX°, que nous chantâmes lui aussi à la mort du Sauveur [IIe Nocturne du Vendredi saint.]. Mais combien s’y montre surtout l’union toujours plus marquée dans la douleur au libérateur divin, dont le sang éteignit la flamme de tous les holocaustes ! combien dominent en ce Psaume, non seulement l’action de grâces, mais l’admiration pour Dieu à cause de ses bontés, et le besoin de le louer pour lui-même, de le voir louer par tous ! Oui ; qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; mais qu’ils tressaillent en vous ceux qui vous cherchent, qu’ils disent sans fin : Soit magnifié le Seigneur !
Ant. Complaceat tibi Domine, ut eruas me : Domine ad adiuvandum me respice.
Ant. Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.
PSAUME XXXIX.
Exspectans exspectavi Dominum :*et intendit mihi.
Et exaudivit preces meas : * et eduxit me de lacu miseriae, et de luto faecis.
Et statuit super petram pedes meos : * et direxit gressus meos.
Et immisit in os meum canticum novum : * carmen Deo nostro.
Annuntiavi, et locutus sum : * multiplicati sunt super numerum.
Videbunt multi et timebunt : * et sperabunt in Domino.
Beatus vir, cujus est nomen Domini spes ejus : * et non respexit in vanitates, et insanias falsas.Multa fecisti tu, Domine, Deus meus, mirabilia tua : * et cogitationibus tuis non est qui similis sit tibi.
Sacrificium et oblationem noluisti : * aures autem perfecisti mihi.
Convertantur retrorsum, et revereantur : * qui volunt mihi mala.
Holocaustum et pro peccato non postulasti : * tunc dixi : Ecce venio.
Ferant confestim confusionem suam : * qui dicunt mihi : Euge, euge.
In capite libri scriptum est de me, ut facerem voluntatem tuam : * Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei.
Annuntiavi justitiam tuam in ecclesia magna : * ecce labia mea non prohibebo ; Domine, tu scisti.
Justitiam tuam non abscondi in corde meo : * veritatem tuam, et salutare tuum dixi.
Non abscondi misericordiam tuam, et veritatem tuam : * a concilio multo.Tu autem, Domine, ne longe facias miserationes tuas a me : * misericordia tua et veritas tua semper susceperunt me.
Quoniam circumdederunt me mala, quorum non est numerus : * comprehenderunt me iniquitates meae, et non potui ut viderem.
Multiplicatae sunt super capillos capitis mei : * et cor meum dereliquit me.Complaceat tibi, Domine, ut eruas me : * Domine, ad adjuvandum mee respice.
Confundantur et revereantur simul qui quaerunt animem meam : * ut auferant eam.
Exultent, et laetentur super te omnes quaerentes te : * et dicant semper : Magnificetur Dominus, qui diligunt salutare tuum.
Et lux perpetua * luceat eis.
Ego autem mendicus sum et pauper : * Dominus sollicitus est mei.Adjutor meus, et protector meus tu es : * Deus meus, ne tardaveris.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. Complaceat tibi Domine, ut eruas me : Domine ad adiuvandum me respice.
J’ai attendu le Seigneur avec persévérance, et il s’est enfin tourné vers moi.
Il a exaucé ma prière ; il m’a tiré d’un abîme de misère et d’un bourbier profond.
Il a établi mes pieds sur le roc, et dirigé lui-même mes pas.
Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, un cantique de louanges pour notre Dieu.
Plusieurs verront ceci, ci seront dans la crainte ; ils espéreront dans le Seigneur.
Heureux l’homme qui met son espérance dans le nom du Seigneur, et qui ne cherche pas des appuis vains et insensés !
Seigneur mon Dieu, vous avez opéré d’innombrables merveilles ; et nulle créature, dans ses desseins, ne peut être comparée à vous.
Si je veux parler de vos œuvres et les annoncer, elles se trouvent au-dessus de mes paroles.
Vous n’avez pas agréé les victimes ni les offrandes ; mais vous m’avez formé des oreilles dociles.
Vous n’avez point demandé d’holocaustes, ni sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Voici que je viens.
Il est écrit de moi en tête du livre que je ferai votre volonté ; je le veux ainsi, mon Dieu, et votre commandement est gardé dans le plus intime de mon cœur.
J’ai annoncé votre justice dans une grande assemblée ; je n’ai point fermé mes lèvres ; vous le savez, Seigneur.
Je n’ai point retenu votre justice dans le secret de mon cœur : j’ai publié votre vérité et le salut qui vient de vous.
Je n’ai point caché votre miséricorde et votre vérité à cette réunion nombreuse.
Mais vous, Seigneur, n’éloignez pas de moi vos bontés ; que votre miséricorde et votre vérité m’accompagnent toujours.
Des maux sans nombre sont venus fondre sur moi ; mes iniquités m’ont enveloppé de toutes parts ; et je n’ai pu en soutenir la vue.
Elles surpassent le nombre des cheveux de ma tête ; et mon cœur en est tombé dans la défaillance.
Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.
Que ceux qui cherchent à m’ôter la vie soient couverts de honte et saisis de crainte.
Que ceux qui désirent ma perte soient mis en fuite et livrés à l’ignominie.
Qu’ils soient couverts de confusion, ceux qui disent en m’insultant : Allons, allons 1
Que tous ceux qui vous cherchent soient dans l’allégresse ; que tous ceux qui n’attendent leur salut que de vous disent sans cesse : Soit glorifié le Seigneur 1
Pour moi, je suis pauvre et mendiant ; mais le Seigneur prend soin de moi.
Vous êtes mon libérateur et mon appui : mon Dieu, ne tardez pas.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.
Pour moi, je suis le pauvre et le mendiant de Dieu, disait sur sa fin le dernier Psaume. Et le suivant débute en proclamant bienheureux celui qui s’ingénie à secourir l’indigent et le pauvre. Parmi tous les nobles sentiments qui règnent au purgatoire, ne pouvait manquer celui de la reconnaissance pour quiconque ne partage point l’oubli dont trop souvent sont l’objet les morts ; indifférence odieuse à l’égal d’une trahison, quand elle est celle de ces hommes de leur paix, comme dit le Psalmiste, de ces convives des heureux jours, en lesquels si à tort ils avaient mis espoir et confiance. Mais entendons leur prière humble et douce pour le bienfaiteur ignoré d’eux, dédaigné d’eux peut-être au temps de la prospérité mondaine, et venu au secours de leur abandon : Que le Seigneur le rende heureux sur la terre et le délivre de ses ennemis ; que le Seigneur lui vienne en aide, s’il est sur un lit de douleur.
Ant. Sana Domine animam meam, quia peccavi tibi.
Ant. Seigneur, guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.
PSAUME XL.
Beatus qui intellegit super egenum et pauperem : * in die mala liberabit eum Dominus. Dominus conservet eum, et vivificet eum, et beatum faciat eum in terra : * et non tradat eum in animam inimicorum eius. Dominus opem ferat illi super lectum doloris eius : * universum stratum eius versasti in infirmitate eius. Ego dixi Domine, miserere mei : * sana animam meam, quoniam peccavi tibi. Inimici mei dixerunt mala mihi : * quando morietur, et peribit nomen eius ? Et si ingrediebatur, ut videret, vana loquebatur : * cor eius congregavit iniquitatem sibi. Egrediebatur foras : * et loquebatur in idipsum. Adversum me susurrabant omnes inimici mei : * adversum me cogitabant mala mihi. Verbum iniquum constituerunt adversum me : * numquid qui dormit, non adiiciet ut resurgat ? Etenim homo pacis meae, in quo speravi : * qui edebat panes meos, magnificavit super me subplantationem. Tu autem Domine miserere mei : * et resuscita me, et retribuam eis. In hoc cognovi, quoniam voluisti me : * quoniam non gaudebit inimicus meus super me. Me autem propter innocentiam suscepisti : * et confirmasti me in conspectu tuo in aeternum. Benedictus Dominus Deus Israel a saeculo, et in saeculum : * fiat, fiat.
Et lux perpetua * luceat eis.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. Sana Domine animam meam, quia peccavi tibi.
Heureux celui qui s’ingénie à secourir l’indigent et le pauvre ! Le Seigneur le délivrera au jour mauvais.
Que le Seigneur le garde et qu’il le vivifie ; qu’il le rende heureux sur la terre et le délivre des embûches de ses ennemis.
Que le Seigneur lui vienne en aide, s’il est sur un lit de douleur. Ainsi faites-vous toujours, ô Dieu ! vous-même alors refaites et retournez son lit.
Pour moi, j’ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi ; guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.
Mes ennemis ne me souhaitent que du mal, et ils disent : Quand mourra-t-il ? quand périra son nom ?
Si quelqu’un d’eux entrait pour me voir, il ne disait que tromperies, tandis qu’il amassait l’iniquité dans son cœur.
Une fois sorti, il se concertait avec les autres ;
Et ils chuchotaient contre moi, et tous mes ennemis combinaient contre moi des desseins perfides.
Entre eux s’est formé contre moi un complot inique. Mais celui qui dort dans le tombeau ne pourra-t-il ressusciter ?
L’homme de ma paix, de ma confiance, l’homme qui mangeait mon pain m’a odieusement trahi.
Mais vous, Seigneur, ayez pitié de moi, ressuscitez-moi, et je le leur rendrai.
Le signe que vous m’aimez, c’est pour moi que mon ennemi n’aura point à se réjouir à mon sujet.
Vous m’avez pris en votre protection à cause de mon innocence, et vous m’avez établi devant vous pour toujours.
Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, dans tous les siècles. Ainsi soit-il, ainsi soit-il.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.
« Je ne crois point, dit sainte Catherine de Gênes, qu’il se puisse trouver contentement qui puisse être comparé à celui d’une âme de purgatoire, excepté celui des saints de paradis. Et d’autant croît ce contentement que la rouille du péché consumée par le feu diminue, laissant l’âme exposée d’autant mieux à la réverbération du vrai soleil, qui est Dieu. La peine pourtant ne diminue pas ; ains au contraire, l’amour, qui se trouve retardé, est ce qui fait la peine des âmes, et d’autant la fait-il plus grande que la perfection de l’amour, duquel Dieu les a faites capables, est grande [Traité du Purgatoire, traduction des Chartreux de Bourgfontaine, 1598.]. » Mais entendons l’âme elle-même exprimer son tourment ; nulle langue mortelle, fût-ce celle de la grande théologienne du purgatoire, ne rendra pareillement ces sublimités. Oh ! comme l’Église, avec ses Psaumes et sa Liturgie, surpasse ici encore ses fils les plus saints, les plus doctes !
Ant. Sitivit anima mea ad Deum fontem vivum : quando veniam, et apparebo ante faciem Domini ?
Ant. Mon âme a soif du Dieu vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
PSAUME XLI.
Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum :* ira desiderat anima mea ad te, Deus.
fluctus tui : * super me transierunt.
Sitivit anima mea ad Deum fortem vivum : * quando veniam et apparebo ante faciem Dei ?
Fuerunt mihi lacrymae meae panes die ac nocte : * dum dicitur mihi quotidie : Ubi est Deus tuus ?
Haec recordatus sum, et effudi in me animam meam : * quoniam transibo in locum tabernaculi admirabilis, usque ad domum Dei.
In voce exsultationis, et confessionis : * sonus epulantis.
Quare tristis es, anima mea : * et quare conturbas me ?
Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : * salutare vultus mei, et Deus meus.
Ad meipsum anima mea conturbata est : * propterea memor ero tui de terra Jordanis, et Hermoniim a monte modico.
Abyssus abyssum invocat : * in voce cataractarum tuarum.
Omnia excelsa tua, et
In die mandavit Do minus misericordia m suam : * et nocte canticum ejus.
Quare oblitus es mei ? * et quare contristatus incedo, dum affligit me inimicus ?
Apud me oratio Deo vitae meae : * dicam Deo : Susceptor meus es.
Dum confringuntur ossa mea :* exprobraverunt mihi qui tribulant me inimici mei.
Et lux perpetua * luceat eis.
Dum dicunt mihi per singulos dies : Ubi est Deus tuus ? * Quare tristis es, anima mea ? et quare conturbas me ?
Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : * salutare vultus mei, et Deus meus.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Ant. Sitivit anima mea ad Deum fontem vivum : quando veniam, et apparebo ante faciem Domini ?
V. Ne tradas bestiis animas confitentes tibi.
R. Et animas pauperum tuorum ne obliviscaris in finem.
Comme le cerf aspire après l’eau des fontaines, ainsi mon âme aspire après vous, ô Dieu.
Mon âme a soif du Dieu fort et vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
Mes larmes sont devenues mon pain du jour et de la nuit : on me dit tous les jours : Où est ton Dieu ?
J’ai repassé leurs injures, et j’ai répandu mon âme au dedans de moi-même ; mais je passerai jusqu’au lieu du tabernacle admirable, jusqu’à la maison de Dieu.
Voix d’allégresse et de louange ! c’est l’écho du festin.
Pourquoi es-tu triste, mon âme ? pourquoi me troubles-tu ?
Espère en Dieu, parce que je le louerai encore : il est le salut que verra mon visage, il est mon Dieu.
Mon âme s’est troublée en moi-même ; c’est pourquoi je me souviendrai de vous dans la terre du Jourdain, sur les montagnes d’Hermon.
L’abîme appelle l’abîme au bruit de vos cataractes.
Tous les torrents des nues, tous les flots de la terre ont passé sur moi.
Le Seigneur a fait éclater sa miséricorde en plein jour, et la nuit je chanterai ses louanges.
Je prierai en mon cœur le Dieu de ma vie ; je dirai à mon Dieu : Vous êtes mon refuge.
Pourquoi m’avez-vous oublié ? pourquoi suis-je réduit à marcher dans la tristesse, sous l’affliction de mon ennemi ?
Mes os en sont brisés ; les ennemis qui me poursuivent m’accablent d’injures.
Ils me disent tous les jours : « Où est ton Dieu ? » Pourquoi cette tristesse, ô mon âme ? pourquoi me troubles-tu ?
Espère en Dieu, car je le louerai encore : il est le salut que verra mon visage, il est mon Dieu.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Mon âme a soif du Dieu vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
V/. Ne livrez pas aux bêtes les âmes qui vous louent.
R/. N’oubliez pas à jamais les âmes de vos pauvres.
C’est toujours des mêmes pauvres que précédemment, à savoir les âmes souffrantes, qu’il est question dans la supplication instante du Verset [Psalm. LXXIII, 19.].
Après la récitation silencieuse du Pater par le Chœur, la voix de Job retentit à nouveau pour nous redire au nom des trépassés la vanité de cette courte vie, les lugubres réalités de la tombe, mais aussi, par delà cette vie et la tombe, les splendeurs attendues de la résurrection finale où dans sa chair tout homme verra son Dieu.
LEÇON VII. (Job. XVII.)
Spiritus meus attenuabitur : dies mei breviabuntur, et solum mihi superest sepulcrum. Non peccavi : et in amaritudinibus moratur oculus meus. Libera me Domine, et pone me iuxta te : et cuiusvis manus pugnet contra me. Dies mei transierunt, cogitationes meae dissipatae sunt, torquentes cor meum. Noctem verterunt in diem, et rursum post tenebras spero lucem. Si sustinuero, infernus domus mea est, et in tenebris stravi lectulum meum. Putredini dixi, Pater meus es : mater mea, et soror mea vermibus. Ubi est ergo nunc praestolatio mea et patientia mea ? Tu es Domine deus meus.
Ton souffle s’épuise, mes jours s’abrègent, il ne me reste plus que la tombe. Je n’ai point péché, et mon œil ne voit que persévérantes amertumes. Délivrez-moi, Seigneur, placez-moi près de vous : et que la main de qui que ce soit me combatte. Mais mes jours ont passé ; mes espérances se sont dissipées, ne me laissant au cœur que tourments. Elles prétendaient changer la nuit en jour, et me promettent encore qu’après les ténèbres reviendra la lumière. Mais qu’attendre, maintenant que je n’ai plus à compter sur d’autre asile que le séjour des morts ? Déjà j’ai dressé mon lit au pays des ombres. J’ai dit à la pourriture : C’est toi mon père ; aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœur ! Où donc est désormais pour moi l’espoir, et qui prend souci de mes maux ?
R. Peccantem me quotidie, et non me poenitentem, timor mortis conturbat me : Quia in inferno nulla est redemptio, miserere mei Deus, et salva me.
r. PÉCHANT tous les jours, et ne faisant point pénitence, je suis troublé par la crainte de la mort ; * Car en enfer, aucune rédemption n’a plus lieu : ayez pitié de moi, ô Dieu, et sauvez-moi.
V. Deus in nomine tuo salvum me fac, et in virtute tua libera me. Quia in inferno nulla est redemptio, miserere mei Deus, et salva me.
v. O Dieu, pour la gloire de votre nom, sauvez-moi ; faites éclater votre puissance, et délivrez-moi. * Car en enfer.
LEÇON VIII. (Job. XIX.)
Pelli meae, consumptis carnibus, adhaesit os meum : et derelicta sunt tantummodo labia circa dentes meos. Miseremini mei, miseremini mei, saltem vos amici mei, quia manus Domini tetigit me. Quare persequimini me sicut Deus, et carnibus meis saturamini ? Quis mihi tribuat, ut scribantur sermones mei ? Quis mihi det, ut exarentur in libro stylo ferreo et plumbi lamina, vel celte sculpantur in silice ? Scio enim quod redemptor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum : Et rursum circumdabor pelle mea, et in carne mea videbo Deum salvatorum meum : quem visurus sum ego ipse, et oculi mei conspecturi sunt, et non alius. Reposita est haec spes mea in sinu meo.
Mes chairs se sont consumées, mes os sont collés à ma peau, et il ne me reste plus que les lèvres autour des dents. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; car la main du Seigneur m’a touché. Pourquoi me persécuter comme Dieu, et vous rassasier de ma chair ? De qui obtiendrai-je que mes paroles soient écrites ? qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre, qu’elles soient gravées avec un stylet de fer sur une lame de plomb, qu’elles soient sculptées dans le roc avec le ciseau ? Car ce que je dis, je le sais : mon Rédempteur est vivant, et au dernier jour je ressusciterai de la terre ; et de nouveau je revêtirai cette peau qui est mienne, et dans ma chair je verrai mon Dieu. Je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux le contempleront. Cette espérance repose en mon sein.
R. Domine secundum actum meum noli me iudicare : nihil dignum in conspectu tuo egi : * ideo deprecor maiestatem tuam, Ut tu Deus deleas iniquitatem meam.
r. Seigneur, ne me jugez pas selon mes actions : je n’ai rien fait devant vous qui soit digne de vous ; c’est pourquoi j’implore votre majesté, * Pour que vous daigniez, ô Dieu, effacer mon péché.
V. Amplius lava me Domine ab iniustitia mea : et a delicto meo munda me. * Ut tu.
v. Seigneur, lavez-moi toujours plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon offense. * Pour que.
LEÇON IX.
Quare de vulva eduxisti me ? Qui utinam consumptus essem, ne oculus me videret. Fuissem quasi non essem, de utero translatus ad tumulum. Numquid non paucitas dierum meorum finietur brevi ? Dimitte me ergo, ut plangam paululum dolorem meum, antequam vadam, et non revertar ad terram tenebrosam, et opertam mortis caligine, terram miseriae, et tenebrarum, ubi umbra mortis, et nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat.
V. Tremens factus sum ego, et timeo : dum discussio venerit atque ventura ira. Quando.
R. Libera me Domine de morte aeterna, in die illa tremenda, Quando caeli movendi sunt, et terra : Dum veneris iudicare saeculum per ignem.
V. Dies illa dies irae, calamitatis, et miseriae, dies magna et amara valde. Dum veneris.
V. Requiem aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis. Libera me usque ad primum V.
Pourquoi m’avez-vous tiré du sein de ma mère ? que n’y suis-je mort sans que personne m’eût jamais vu ? J’aurais été comme n’ayant point été, du sein de ma mère porté au tombeau. Le petit nombre de mes jours ne doit-il pas au moins finir bientôt ? Laissez-moi donc exhaler un peu ma douleur avant de m’en aller, pour ne plus revenir, à la terre ténébreuse que la mort ensevelit dans ses ombres : terre de misère et de ténèbres où sous la nuit mortelle habite le chaos, l’éternelle horreur.
R/. Délivrez-m o i, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ; * Quand les deux et la terre seront ébranlés ; * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Je tremble et suis dans l’épouvante, à la pensée de l’examen final, de la colère qui le suivra. * Quand les cieux.
V/. Quel jour que ce jour de colère, de malheur et de larmes ! grand jour, plein d’amertume,* Où vous viendrez juger.
V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
On reprend Délivrez-moi jusqu’au premier V/.
LES LAUDES DES MORTS.
Les Laudes des morts débutent, comme celles de l’Office férial au cours de l’année, par le Psaume I, que David composa après son péché, et dans lequel il épanche d’une manière si vive et si humble les sentiments de sa pénitence. L’Église l’emploie toutes les fois qu’elle veut implorer la miséricorde de Dieu ; et de tous les Cantiques du Roi-Prophète il n’en est aucun qui soit plus familier aux chrétiens. C’est comme naturellement qu’il revient sur leurs lèvres, au lieu d’expiation.
Ant. Exultabunt Domino ossa humiliata.
Ant. Mes os humiliés tressailliront d’allégresse.
PSAUME L.
Miserere mei Deus : * secundum magnam misericordiam tuam.
Et secundum multitudinem miserationum tuarum : * dele iniquitatem meam.
Amplius lava me ab iniquitate mea : * et a peccato meo munda me.
Ecce enim veritatem dilexisti : * incerta et occulta sapientiæ tuae manifestasti mihi.
Quoniam iniquitatem meam ego cognosco : * et peccatum meum contra me est semper.
Asperges me hyssopo, et mundabor : * lavabis me, et super nivem dealbabor.
Tibi soli peccavi, et malum coram te feci : * ut justificeris in sermonibus tuis et vincas cum judicaris.
Auditui meo dabis gaudium et laetitiam : * et exsultabunt ossa humiliata.
Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum : * et in peccatis concepit me mater mea.
Averte faciem tuam a peccatis meis : * et omnes iniquitates meas dele.
Cor mundum crea in me Deus : * et spiritum rectum innova in visceribus meis.
Ne projicias me a facie tua : * et Spiritum sanctum tuum ne auferas a me.
Redde mihi laetitiam salutaris tui : * et spiritu principali confirma me.
Docebo iniquos vias tuas : * et impii ad te convertentur.
Et lux perpetua * luceat eis.
Libera me de sanguinibus, Deus, Deus salutis meae : * et exsultabit lingua mea justitiam tuam.
Ant. Exultabunt Domino ossa humiliata.
Domine, labia mea aperies : * et os meum annuntiabit laudem tua, m.
Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde.
Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique : * holocaustis non delectaberis.
Et dans l’immensité de votre clémence, daignez effacer mon péché.
Sacrificium Deo spiritus contribulatus : * cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies.
Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon offense.
Benigne fac, Domine, in bona voluntate tua Sion : * ut aedificentur muri Jerusalem.
Car je reconnais mon iniquité ; et mon péché est toujours devant moi.
Tune acceptabis sacrificium justitiae, oblationes, et holocausta : * tunc imponent super altare tuum vitulos.
C’est contre vous seul que j’ai péché, et j’ai fait le mal en votre présence. Je le confesse ; daignez me pardonner, afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles, et que vous demeuriez victorieux dans les jugements qu’on fera de vous.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
J’ai été conçu dans l’iniquité ; ma mère m’a conçu dans le péché.
Vous aimez la vérité, vous m’avez découvert ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus caché dans votre sagesse.
Vous m’arroserez d’eau avec l’hysope, comme le lépreux, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.
Vous me ferez entendre des paroles de joie et de consolation ; et mes os humiliés tressailliront d’allégresse.
Détournez votre face de mes péchés, et effacez toutes mes offenses.
O Dieu, créez en moi un cœur pur, et renouvelez l’esprit droit dans mes entrailles.
Ne me rejetez pas de votre face, et ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint.
Rendez-moi la joie en celui par qui vous voulez me sauver, et confirmez-moi par l’Esprit de force.
J’enseignerai vos voies aux méchants, et les impies se convertiront à vous.
Délivrez-moi du sang que j’ai versé, ô Dieu, ô Dieu mon Sauveur ! et ma langue publiera avec joie votre justice.
Seigneur, ouvrez mes lèvres ; et ma bouche chantera vos louanges.
Si vous aimiez les sacrifices matériels, je vous en offrirais ; mais les holocaustes ne sont pas ce qui vous est agréable.
Une âme brisée de regrets est le sacrifice que Dieu demande ; ô Dieu, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié.
Seigneur, traitez Sion selon votre miséricorde, et bâtissez les murs de Jérusalem.
Vous agréerez alors le sacrifice de justice, les offrandes et les holocaustes ; et on vous offrira des génisses sur votre autel.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Mes os humiliés tressailliront d’allégresse.
L’effet de la prière prolongée des fidèles unis à l’Église, leur Mère, se fait sentir aux trépassés. Les temps s’abrègent, les distances se rapprochent ; voici qu’apparaissent enfin les horizons delà terre promise. En marche déjà pour quitter Babylone, les tribus captives célèbrent cette vision si douce ; elles chantent la patrie aux fraîches eaux, aux collines bénies, aux vallons fertiles, Sion où réside le bonheur, Jérusalem où Dieu est loué comme il doit l’être.
Ant. Exáudi, Dómine, oratiónem meam : ad te omnis caro véniet.
Ant. Seigneur ! exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.
PSAUME LXIV
Te decet hymnus, Deus, in Sion : * et tibi reddétur votum in Ierúsalem.Exáudi oratiónem meam : * ad te omnis caro véniet.Verba iniquórum prævaluérunt super nos : * et impietátibus nostris tu propitiáberis.Beátus, quem elegísti, et assumpsísti : * inhabitábit in átriis tuis.Replébimur in bonis domus tuæ : * sanctum est templum tuum, mirábile in æquitáte.Exáudi nos, Deus, salutáris noster, * spes ómnium fínium terræ, et in mari longe.Præparans montes in virtúte tua, accínctus poténtia : * qui contúrbas profúndum maris sonum flúctuum eius.Turbabúntur gentes, et timébunt qui hábitant términos a signis tuis : * éxitus matutíni, et véspere delectábis. Visitásti terram, et inebriásti eam : * multiplicásti locupletáre eam.Flumen Dei replétum est aquis, parásti cibum illórum : * quóniam ita est præparátio eius.Rivos eius inébria, multíplica genímina eius : * in stillicídiis eius lætábitur gérminans.Benedíces corónæ anni benignitátis tuæ : * et campi tui replebúntur ubertáte.Pinguéscent speciósa desérti : * et exsultatióne colles accingéntur.Indúti sunt aríetes óvium, et valles abundábunt fruménto : * clamábunt, étenim hymnum dicent.V. Réquiem ætérnam * dona eis, Dómine.R. Et lux perpétua * lúceat eis.
Il convient qu’on vous loue dans Sion, ô Dieu ; à vous l’on doit rendre ses vœux dans Jérusalem.
Ant. Exáudi, Dómine, oratiónem meam : ad te omnis caro véniet.
Exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.
Les méchants avaient prévalu contre nous ; mais nos péchés vont recevoir de vous le pardon.
Heureux l’élu de votre grâce : il habitera vos parvis.
Nous aurons dans votre maison l’abondance de tous biens. Saint est votre temple ; admirable s’y révèle votre équité.
Exaucez-nous, ô Dieu notre sauveur, vous l’espérance de toute nation jusqu’aux plus lointains rivages ;
Vous qui, vous ceignant de force, affermissez les monts par votre puissance, qui soulevez la mer en ses profondeurs et faites mugir ses flots.
Jusqu’aux extrémités de la terre, les nations sont troublées, les peuples tremblent, à la vue de vos prodiges. Et c’est vous qui, de l’orient à l’Occident, répandez la félicité.
Vous visitez la terre et l’arrosez ; vous multipliez ses trésors.
Le fleuve de Dieu coule à pleins bords ; c’est l’abondance pour les humains : ainsi préparez-vous leur nourriture.
Enivrez les sillons, fécondez les germes ; le sol, fertilisé par la rosée des cieux, sera dans la joie.
Tout le cours de l’année, béni par vous, ressentira votre bonté : on verra les moissons déborder des champs,
Et s’engraisser les oasis du désert ; les collines se revêtiront d’allégresse.
Les béliers au milieu des brebis seront fiers de leurs opulentes toisons ; le froment regorgera dans les vallées : tout retentira de cris joyeux, tout chantera vos louanges.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.
L’aurore s’est donc montrée, au purgatoire. Aussi l’Église se garde-t-elle de remplacer le troisième Psaume qui revient chaque jour, sur la terre, à l’Office des Laudes. C’est le cri du chrétien qui élève son cœur vers Dieu à l’apparition de la lumière, et lui témoigne son amour et sa confiance. Ce Psaume est, comme toujours, accompagné du LXVI°, dans lequel le Psalmiste, au lever du soleil matériel, implore sur le monde le regard de la miséricorde divine.
Ant. Me suscepit dextera tua, Domine.
Ant. Votre droite m’a soutenu, ô Seigneur !
PSAUME LXII
Deus, Deus meus : * ad te de luce vigilo.Sitivit in te anima mea : * quam multipliciter tibi caro mea.In terra deserta, et invia, et inaquosa : * sic in sancto apparui tibi, ut viderem virtutem tuam, et gloriam tuam.Quoniam melior est misericordia tua super vitas : * labia mea laudabunt te.Sic benedicam te in vita mea : * et in nomine tuo levabo manus meas.Sicut adipe et pinguedine repleatur anima mea : * et labiis exsultationis laudabit os meum.Si memor fui tui super stratum meum, in matutinis meditabor in te : * quia fuisti adjutor meus.Et in velamento alarum tuarum exsultabo, adhaesit anima mea post te : * me suscepit dextera tua.Ipsi vero in vanum quaesierunt animam meam, introibunt in inferiora terrae :* tradentur in manus gladii, partes vulpium erunt.Rex vero laetabitur in Deo, laudabuntur omnes qui jurant in eo : * quia obstructum est os loquentium iniqua.
O Dieu, ô mon Dieu, je veille vers vous dès le point du jour.
Mon âme a soif de vous, et ma chair se consume pour vous,
Dans cette terre déserte, sans route et sans eau. Je me présente devant vous, dans votre sanctuaire, pour contempler votre puissance et votre gloire.
Votre miséricorde est pour moi plus douce que la vie ; mes lèvres ne cesseront de faire entendre vos louanges.
Tant que je vivrai, je vous bénirai ; pour invoquer votre nom, j’élèverai mes mains.
Mon Âme s’engraissera de vos faveurs, et ma bouche s’ouvrira pour des chants d’allégresse.
Je me souviendrai de vous sur ma couche : dès le matin je penserai à vous, parce que vous m’avez secouru.
Je tressaillirai de joie à l’ombre de vos ailes ; mon âme s’est attachée à vous ; votre droite m’a soutenu.
Mes ennemis ont en vain cherché ma ruine : les voilà précipités dans les abîmes de la terre ; ils seront livrés au glaive, et deviendront la proie des bêtes dévorantes.
Le juste délivré, semblable à un roi, se réjouira en Dieu : tous ceux qui jurent par son nom recevront des louanges ; parce que la bouche de l’iniquité est fermée à jamais.
PSAUME LXVI.
Deus misereatur nostri, et benedicat nobis ; * illuminet vultum suum super nos, et misereatur nostri.Ut cognoscamus in terra viam tuam : * in omnibus gentibus Salutare tuum.Confiteantur tibi populi Deus : * confiteantur tibi populi omnes.Laetentur et exsultent gentes : * quoniam judicas populos in aequitate, et gentes in terra dirigis.Confiteantur tibi populi Deus, confiteantur tibi populi omnes : * terra dedit fructum suum.Benedicat nos Deus, Deus noster, benedicat nos Deus : * et metuant eum omnes fines terrae.
V. Réquiem ætérnam * dona eis, Dómine.R. Et lux perpétua * lúceat eis.
Ant. Me suscepit dextera tua, Domine.
Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous bénisse ; qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il nous envoie sa miséricorde ;
Afin que nous connaissions sur la terre votre voie, et dans toutes les nations le salut que vous nous avez donné.
Que les peuples vous louent, ô Dieu ! que tous les peuples vous rendent hommage.
Que les nations soient dans la joie et l’allégresse ; car vous jugez les peuples dans l’équité, et vous dirigez les nations sur la terre.
Que les peuples vous louent, ô Dieu ! que tous les peuples vous rendent hommage ; la terre a porté son fruit.
Que Dieu, que notre Dieu nous bénisse ; que Dieu nous comble de ses bénédictions, et qu’il soit craint jusqu’aux confins de la terre.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Votre droite m’a soutenu, ô Seigneur !
Le Samedi saint, qui vit l’Homme-Dieu habiter les demeures souterraines, est le grand jour des trépassés. C’est pourquoi l’Église, ayant à faire choix du Cantique qu’elle a coutume de chanter à cet endroit des Laudes matutinales, met en la bouche de ses défunts celui d’Ézéchias qui fut pour elle, en cette solennelle journée, le type du Christ implorant sa prochaine délivrance. La même Antienne qu’au Samedi saint l’accompagne.
A porta ínferi erue, Dómine, ánimam meam.
Ant. De la porte de l’enfer, Seigneur, délivrez mon âme.
CANTIQUE D’EZECHIAS.
Ego dixi : In dimídio diérum meórum * vadam ad portas ínferi.Quæsívi resíduum annórum meórum. * Dixi : Non vidébo Dóminum Deum in terra vivéntium.Non aspíciam hóminem ultra, * et habitatórem quiétis.Generátio mea abláta est, et convolúta est a me, * quasi tabernáculum pastórum.Præcísa est velut a texénte, vita mea : dum adhuc ordírer, succídit me : * de mane usque ad vésperam fínies me.Sperábam usque ad mane, * quasi leo sic contrívit ómnia ossa mea :De mane usque ad vésperam fínies me : * sicut pullus hirúndinis sic clamábo, meditábor ut colúmba :Attenuáti sunt óculi mei, * suspiciéntes in excélsum.Dómine, vim pátior, respónde pro me. * Quid dicam, aut quid respondébit mihi, cum ipse fécerit ?Recogitábo tibi omnes annos meos * in amaritúdine ánimæ meæ.Dómine, si sic vívitur, et in tálibus vita spíritus mei, corrípies me, et vivificábis me. * Ecce, in pace amaritúdo mea amaríssima :Tu autem eruísti ánimam meam ut non períret : * proiecísti post tergum tuum ómnia peccáta mea.Quia non inférnus confitébitur tibi, neque mors laudábit te : * non exspectábunt qui descéndunt in lacum, veritátem tuam.
J’ai dit : À la moitié de ma vie, je vais donc voir les portes de la mort.
Vivens vivens ipse confitébitur tibi, sicut et ego hódie : * pater fíliis notam fáciet veritátem tuam.Domine, salvum me fac * et psalmos nostros cantábimus cunctis diébus vitae nostrae in domo Dómini.V. Réquiem ætérnam * dona eis, Dómine.R. Et lux perpétua * lúceat eis.Ant. A porta ínferi * erue, Dómine, ánimam meam.
J’ai cherché en vain le reste de mes années ; et j’ai dit : Je ne verrai donc plus le Seigneur mon Dieu sur la terre des vivants.
Je ne verrai plus les hommes désormais, ceux qui habitent ce monde dans la paix.
Le tissu de ma vie est enlevé et replié, comme la tente d’un berger.
La trame en est coupée comme parle tisserand ; il vient de la couper pendant qu’on l’ourdissait encore ; du matin au soir vous aurez achevé ma vie.
J’espérais encore vivre jusqu’au matin ; mais le mal comme un lion a broyé tous mes os.
Du matin au soir vous aurez achevé ma vie : mes cris sont semblables à ceux du petit de l’hirondelle ; je gémis comme la colombe.
À force de regarder en haut, mes yeux se sont épuisés.
Seigneur, je souffre violence : soyez ma caution. Mais que dirai-je et que me répondra-t-il, quand c’est lui-même qui m’a frappé ?
Je repasserai devant vous toutes mes années dans l’amertume de mon âme.
Seigneur, si j’ai vécu ainsi, si mon âme s’est ainsi rendue coupable, châtiez-moi ; mais ensuite rendez-moi la vie. Déjà je sens la paix qui vient succéder aux plus amères douleurs.
Vous retirez ma vie du tombeau ; vous jetez derrière vous tous mes péchés.
Le tombeau, en effet, ne vous rendrait plus d’actions de grâces ; la mort ne saurait vous louer ; et ceux qui descendent dans le sépulcre n’attendent plus la vérité de vos promesses.
Ce sont les vivants qui vous louent, comme je fais aujourd’hui ; le père racontera à ses enfants combien vous êtes fidèle à vos promesses.
Conservez-moi la vie, Seigneur, et nous chanterons dans votre maison des cantiques à votre gloire, tous les jours de notre vie.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. De la porte de l’enfer, Seigneur, délivrez mon âme.
Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire ! L’amour déborde au purgatoire ; la louange y devient tout ; le ciel est proche. L’oubli de soi absolu marque la fin des purifications douloureuses. Dût l’âme rester encore dans le feu de l’expiation, qu’elle n’en serait point éprouvée, n’ayant plus tache ni rouille qui puisse tomber sous la prise des flammes, pleine de Dieu, impuissante à tout autre sentiment que celui de sa gloire.
Ant. Omnis spiritus laudet Dominum.
Ant. Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire.
PSAUME CXLVIII.
Laudate Dominum de cœlis : * laudato eum in excelsis.Laudate eum omnes Angeli ejus : * laudato eum omnes virtutes ejus.Laudate eum sol et luna : * laudato eum omnes stellae et lumen.Laudate eum cœli cœlorum ; * et aquae omnes quae super cœlos sunt, laudent nomen Domini.Quia ipse dixit et facta sunt : * ipse mandavit, et creata sunt.Statuit ea in aeternum, et in saeculum saeculi : * praeceptum posuit, et non praeteribit.Laudate Dominum de terra ; * dracones et omnes abyssi.Ignis, grando, nix, glacies, spiritus procellarum : * quae faciunt verbum ejus.Montes et omnes colles : * ligna fructifera, et omnes cedri.Bestiae et universa pecora : * serpentes et volucres pennatae.Reges terrae et omnes populi : * principes, et omnes judices terrae.Juvenes, et virgines, senes cum junioribus, laudent nomen Domini : * quia exaltatum est nomen ejus solius.Confessio ejus super cœlum et terram : * et exaltavit cornu populi sui.Hymnus omnibus Sanctis ejus : * filiis Israel, populo appropinquanti sibi.
LOUEZ le Seigneur du haut des cieux ; louez-le dans les hauteurs célestes.
Vous tous, ses Anges, louez-le ; vous tous qui formez ses armées, louez-le.
Soleil et lune, louez-le ; étoiles et lumière, louez-le.
Cieux des cieux, louez-le ; eaux qui êtes par delà les airs, louez le nom du Seigneur.
Car il a dit, et tout a été fait ; il a commandé, et tout a été créé.
Il a établi ses créatures à jamais, et pour les siècles des siècles : il en a porté le décret, et sa parole ne passera pas.
Louez le Seigneur, vous qui êtes sur la terre ; dragons, abîmes des eaux ;
Feux, grêle, neige, glaces, souffles des tempêtes, qui obéissez à sa parole ;
Montagnes et collines, arbres fruitiers et cèdres ;
Bêtes et troupeaux ; serpents et volatiles empennés ;
Rois de la terre, et tous les peuples ; princes et juges de la terre ;
Jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants, louez le nom du Seigneur ; car son nom seul est grand.
Sa gloire éclate au ciel et sur la terre ; et il a relevé la puissance de son peuple.
Que sa louange soit dans la bouche de tous ses saints, des fils d’Israël, du peuple qu’il daigne réunir autour de lui.
PSAUME CXLIX.
Cantate Domino canticum novum : * laus ejus in Ecclesia Sanctorum.Laetetur Israel in eo, qui fecit eum : * et filii Sion exsultent in rege suo.Laudent nomen ejus in choro : * in tympano et psalterio psallant ei.Quia beneplacitum est Domino in populo suo : * et exaltabit mansuetos in salutem.Exsultabunt Sancti in gloria : * laetabuntur in cubilibus suis.Exaltationes Dei in gutture eorum : * et gladii ancipites in manibus eorum.Ad faciendam vindictam in nationibus : * increpationes in populis.Ad alligandos reges eorum in compedibus : * et nobiles eorum in manicis ferreis.Ut faciant in eis judicium conscriptum : * gloria haec omnibus Sanctis ejus.
Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; que sa louange retentisse dans rassemblée des saints.
Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a fait ; que les fils de Sion tressaillent d’allégresse en leur roi.
Qu’ils louent son nom dans les chœurs ; qu’ils lui chantent d* psaumes au son du tambour et de la harpe.
Car le Seigneur aime son peuple avec tendresse ; il glorifiera, il sauvera les humbles.
Les saints tressailliront d’allégresse dans leur gloire ; ils seront comblés de joie sur leurs couches d’honneur.
La louange de Dieu sera dans leur bouche, et le glaive à deux tranchants dans leurs mains,
Pour tirer vengeance des nations, pour châtier les peuples rebelles ;
Pour enchaîner les rois superbes, et contenir les puissants par des liens de fer ;
Pour exercer sur eux le jugement rendu par le Seigneur : telle est la gloire qu’il a réservée à tous ses saints.
PSAUME CL
Laudate Dominum in Sanctis ejus : * laudate eum in firmamento virtutis ejus.Laudate eum in virtutibus ejus : * laudate eum secundum multitudinem magnitudinis ejus.Laudate eum in sono tubae : * laudate eum in psalterio et cithara.Laudate eum in tympano et choro : * laudate eum in chordis et organo.Laudate eum in cymbalis bene sonantibus, laudate eum in cymbalis jubilationis : * omnis spiritus laudet Dominum.
Requiem æternam * dona eis, Dómine.Et lux perpetua * luceat eis.
Ant. Omnis spiritus laudet Dominum.
Louez le Seigneur dans son sanctuaire ; louez-le au firmament où éclate sa puissance.
Louez-le dans ses merveilles ; louez-le à cause de sa grandeur sans bornes.
Louez-le au son de la trompette, louez-le sur le psaltérion et la harpe.
Louez-le sur les tambours et dans les chœurs ; louez-le sur les instruments à cordes et dans les concerts.
Louez-le sur les cymbales harmonieuses, louez-le sur les cymbales de l’allégresse ; que tout ce qui respire loue le Seigneur.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire.
Comme à la fin déjà des Vêpres des morts, c’est en effet du ciel lui-même que descend jusqu’à nous le cri d’allégresse contenu au Verset.
V. Audívi vocem de cælo dicéntem mihi.R. Beáti mórtui qui in Dómino moriúntur.
V/. J’ai entendu une voix venant du ciel, qui me disait :
R/. Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur.
Et dans le Cantique de Zacharie, l’Église, avec toutes les âmes délivrées ou soulagées par la vertu des suffrages liturgiques, remercie le Seigneur Dieu d’Israël qui a visité et racheté son peuple. Nous aussi rendons grâces, pour nos morts bien-aimés, à Celui qui est la résurrection et la vie : il n’abandonne, même dans la mort, aucun de ceux qui crurent en lui sur la terre [Johan. XI, 25.].
Ego sum resurréctio et vita : qui credit in me, etiam si mórtuus fúerit, vivet ; et omnis qui vivit et credit in me, non moriétur in ætérnum.
Ant. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas à jamais.
CANTIQUE DE ZACHARIE
Benedictus Dominus Deus Israel : * quia visitavit, et fecit redemptionem plebis suae.Et erexit cornu salutis nobis : * in domo David pueri sui.Sicut locutus est per os Sanctorum : * quia a saeculo sunt Prophetarum ejus.Salutem ex inimicis nostris : * et de manu omnium qui oderunt nos.Ad faciendam misericordiam cum Patribus nostris : * et memorari testamenti sui sancti.Jusjurandum quod juravit ad Abraham patrem nostrum : * daturum se nobis.Ut sine timore de manu inimicorum nostrorum liberati : * serviamus illi.In sanctitate et justitia coram ipso ; * omnibus diebus nostris.Et tu puer, Propheta Altissimi vocaberis : * praeibis enim ante faciem Domini parare vias ejus.Ad dandam scientiam salutis plebi ejus : * in remissionem peccatorum eorum.Per viscera misericordiae Dei nostri : * in quibus visitavit nos, Oriens ex alto.Illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent : * ad dirigendos pedes nostros in viam pacis.
Requiem æternam * dona eis, Dómine.Et lux perpetua * luceat eis.
Ant. Ego sum resurréctio et vita : qui credit in me, etiam si mórtuus fúerit, vivet ; et omnis qui vivit et credit in me, non moriétur in ætérnum.
Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël ; car il a visité et racheté son peuple.
Et il nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur ;
Comme il l’avait promis par la bouche de ses saints, de ses Prophètes, qui ont prédit, dans les siècles passés,.
Qu’il nous sauverait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ;
Qu’il ferait la miséricorde promise à nos pères, et se souviendrait de son alliance sainte,
Du serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, de faire, dons sa bonté,
Que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le puissions servir sans crainte,
Dans la sainteté et la justice, marchant devant lui tous les jours de notre vie.
Et vous, petit enfant, vous serez appelé prophète du Très-Haut ; car vous marcherez devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies
Pour donner à son peuple la connaissance du salut, et annoncer la rémission des péchés,
Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, ce divin Orient qui s’est levé sur nous du haut du ciel.
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas à jamais.
Le Prêtre commence, toute l’assemblée à genoux, l’Oraison Dominicale :
Pater noster.
Notre Père.
Le reste se continue dans le silence, jusqu’à cette conclusion que suivent les Versets et l’Oraison terminant l’Office des morts :
V. Et ne nos indúcas in tentatiónem :R. Sed líbera nos a malo.V. A porta ínferi.R. Erue, Dómine, ánimas eórum.V. Requiéscant in pace.R. Amen.V. Dómine, exáudi oratiónem meam.R. Et clamor meus ad te véniat.
v. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
R/. Mais délivrez-nous du mal.
V/. De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.
V/. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.
ORAISON.
Fidelium, Deus, ómnium conditor et redemptor, animábus famulórum famularumque tuárum remissiónem cunctórum tríbue peccatórum : ut indulgéntiam, quam semper optavérunt, piis supplicatiónibus consequántur. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitáte Spíritus Sancti, Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. R. Amen.
Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplications l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, Dieu vous-même, durant tous les siècles des siècles. r. Amen.
V. Requiem aeternam dona eis Domine.R. Et lux perpetua luceat eis.V. Requiescant in pace.R. Amen.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
R/. Que luise pour eux la lumière sans fin.
V/. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
LA MESSE DES MORTS.
L’Église Romaine double aujourd’hui la tâche de son service quotidien envers la Majesté divine. La mémoire des défunts ne lui fait pas mettre en oubli l’Octave des Saints. L’Office du deuxième jour de cette Octave a précédé pour elle celui des morts ; Tierce de tous les Saints a été suivie de la Messe correspondante ; et c’est après None du même Office qu’elle va offrir le Sacrifice de l’autel pour les trépassés.
Un tel surcroît, le souci de maintenir la proportion harmonieuse établie par elle entre le double objet liturgique de ce jour, ont rendu jusqu’ici Rome peu favorable à l’extension du privilège qui autorise chaque prêtre, en Espagne, à célébrer aujourd’hui trois Messes pour les morts.
Longtemps l’Église mère fut presque seule, en la compagnie de ses filles les plus rapprochées, à ne pas omettre au 11 Novembre le souvenir des Saints ; la plupart des Églises d’Occident n’avaient en ce jour d’autre Office que celui des morts. On supprimait aux différentes Heures, aussi bien qu’à Matines et à Laudes, l’Hymne ainsi que le Deus in adjutorium ; les Psaumes ordinaires y étaient suivis du Requiem aeternam, et l’on concluait par l’Oraison des défunts, comme il est de nos jours encore en usage chez les Frères Prêcheurs. L’unique Messe solennelle, celle des morts, était après Tierce. On terminait généralement à None cette commémoration des trépassés, bien que Cluny jusqu’au dernier siècle ait gardé la coutume d’en célébrer aussi les secondes Vêpres.
Quant à l’obligation de chômer le jour des âmes, elle n’était que de demi-précepte en Angleterre, où les travaux plus nécessaires demeuraient permis ; le chômage ne dépassait pas le milieu de la journée en plusieurs lieux ; en d’autres, l’assistance à la Messe était seule prescrite. Paris observa quelque temps le 11 Novembre comme une fête de première obligation ; en 1613, l’archevêque François de Harlay maintenait encore jusqu’à midi, dans ses statuts, le commandement de garder ce jour. Même à Rome, aujourd’hui, le précepte n’existe plus.
La remarque d’Amalaire citée plus haut, en ce qui touche l’Office des défunts [Page 60.], ne s’applique pas moins, à la Messe des morts. Sans parler de la suppression du Gloria in excelsis et de l’Alléluia, le Prêtre y omet au pied de l’autel le Psaume Judica me Deus, comme on le fait dans le Temps de la Passion. Il est revêtu d’ornements noirs comme au jour de la mort du Seigneur ; même suppression qu’au grand Vendredi de la plupart des bénédictions, du baiser de paix, des signes d’honneur rendus au Célébrant ; l’autel n’y est pareillement encensé qu’une fois ; le chant de l’Évangile s’y accomplit suivant le même rit, non seulement sans bénédiction du Diacre par l’Officiant, mais sans cierges, ni encens, ni baiser du texte sacré par le Prêtre. Ainsi toujours, et jusque dans la mort, l’Église rapproche en toutes manières ses fils de Celui dont ils sont les membres.
L’Antienne d’Introït n’est autre que la supplication instante qui remplace toute doxologie à l’Office des défunts, et qui s’inspire d’un passage du quatrième Livre d’Esdras [IV Esdr. II, 34-35.]. Le deuxième Psaume des Laudes a fourni le Verset.
INTROÏT.
Requiem aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
Ps. Te decet hymnus Deus in Sion, et tibi reddetur votum in Jerusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet. Requiem.
Ps. Il convient qu’on vous loue dans Sion, ô Dieu ; à vous l’on doit rendre ses vœux dans Jérusalem : exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair. Donnez-leur.
Dans la Collecte, l’Église s’approprie maternellement la prière des âmes souffrantes ; et c’est à son Époux, au Dieu fait homme, qu’elle la présente, l’appelant de ses titres de Créateur et de Rédempteur, qui disent tout ce que ces âmes lui ont coûté et l’invitent à parfaire son œuvre.
COLLECTE.
FIDELIUM Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum, famularumque tuarum remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas cum Deo Patre in unitate Spiritus Sancti Deus,, per omnia saecula saeculorum.
Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplications l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, durant tous les siècles des siècles.
ÉPÎTRE
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. I, CAP. XV.
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XV.
FRATRES : Ecce mysterium vobis dico : Omne quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur. In momento, in ictu oculi, in novissima tuba : cavet enim tuba, et mortui resurgent incorrupti : et nos immutabimur. Oportet enim corruptibile hoc induere incorruptionem : et mortale hoc induere immortalitatem. Cum autem mortale hoc induerit immortalitatem, tunc fiet sermo, qui scriptus est : Absorpta est mors in victoria. Ubi est, mors, victoria tua ? Ubi est, mors, stimulus tuus ? Stimulus autem mortis peccatum est : virtus vero peccati lex. Deo autem gratias, qui dedit nobis victoriam per Dominum nostrum Jesum Christum.
Mes Frères, écoutez ce mystère : nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la trompette dernière, car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles, et nous nous serons changés. Il faut en effet que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel au*a revêtu l’immortalité, alors sera accomplie la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; comme la force du péché, c’est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné de vaincre par notre Seigneur Jésus-Christ.
Tandis qu’au sortir de la vie Pâme supplée dans le purgatoire à l’insuffisance de ses expiations, le corps qu’elle a quitté retourne à la terre en exécution de la sentence portée contre Adam et sa race dès l’origine du monde [Gen. III, 19.]. Mais pour le corps non moins que pour l’âme du fidèle, la justice est aussi amour ; ses reprises au delà du temps sont le prélude de la gloire qui attend l’être humain tout entier. L’humiliation du tombeau est le trop juste châtiment de la faute première ; mais ce renvoi de l’homme au limon d’où il fut tiré, saint Paul nous y fait voir encore l’ensemencement nécessaire à la transformation du grain prédestiné qui doit un jour reprendre vie dans des conditions tout autres [I Cor. XV, 36.]. C’est qu’en effet, la chair et le sang ne sauraient posséder le royaume de Dieu [Ibid. 50.], ni des organes soumis à la dissolution prétendre à l’immortalité Froment du Christ, selon le mot de saint Ignace d’Antioche [Epist. ad Rom.], le corps du chrétien est jeté dans le sillon de la tombe pour y laisser à la corruption ce qui était d’elle : la forme du premier Adam avec sa pesanteur et son infirmité ; mais par la vertu de l’Adam nouveau le reformant à sa propre image, il en sortira tout céleste et spiritualisé, agile, impassible et glorieux [I Cor. XV, 42-40,]. Honneur à Celui qui n’a voulu mourir comme nous que pour détruire la mort et faire de sa victoire notre victoire !
L’Église continue d’implorer, au Graduel, la délivrance des trépassés.
GRADUEL.
REQUIEM aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
V. In memoria aeterna erit justus : ab auditione mala non timebit.
v. La mémoire du juste sera éternelle ; il ne craindra point les paroles fâcheuses.
TRAIT.
ABSOLVE, Domine, animas, omnium fidelium defunctorum ab omni vinculo delictorum.
V. Et lucis aeternae beatitudine perfrui.
V. Et gratia tua illis succurrente, mereantur evadere judicium ultionis.
Absolvez, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts des liens de tous leurs péchés.
V/. Que, secourus par votre grâce, ils méritent de sortir des peines portées contre eux par la sentence de votre justice.
V/. Qu’ils soient heureux dans l’éternelle lumière.
L’Église, nous le verrons, ne répudiait pas autrefois l’Alléluia dans les funérailles de ses fils ; il exprimait son allégresse, motivée par l’espoir fondé qu’une mort sainte venait d’assurer au ciel un élu nouveau, dût le chrétien pour lequel prenait fin l’épreuve de la vie voir quelque temps se prolonger son expiation. Mais l’adaptation de la Liturgie des morts aux rites des derniers jours de la Semaine sainte ayant modifié sur ce point les anciennes coutumes, il eût semblé que la Séquence, développement festif, et suite originairement de l’Alléluia, ne devait pas non plus trouver place à la Messe des défunts. Rome cependant, et qui pourrait s’en plaindre ? faisait une exception sur ce point aux règles traditionnelles, en faveur de l’insigne poème de Thomas de Celano, lequel suivi bientôt du Stabat mater, œuvre de Frère Jacopone, méritait si belle place à la lyre franciscaine au sommet du Parnasse chrétien. Chanté dès le XIVe siècle en Italie, le Dies irae passait plus tard les monts, et ses accents inspirés retentissaient au XVIe en toute Église.
SÉQUENCE.
Dies irae, dies illasolvet saeclum in favilla :teste David cum Sibylla.
Quantus tremor est futurus,quando judex est venturus,cuncta stricte discussurus !
Tuba mirum spargens sonumper sepulcra regionum,coget omnes ante thronum.
Mors stupebit et natura,cum resurget creatura,judicanti responsura.
Rex tremendae majestatis,qui salvandos salvas gratis,salva me fons pietatis.
Liber scriptus proferetur,in quo totum continetur,unde mundus judicetur.
Recordare, Jesu pie,quod sum causa tuae viae :ne me perdas illa die.
Judex ergo cum sedebit,quidquid latet apparebit :nil inultum remanebit.
Quid sum miser tunc dicturus ?Quem patronum rogaturus,cum vix justus sit securus ?
Quaerens me, sedisti lassus :redemisti Crucem passus :tantus labor non sit cassus.
Juste judex ultionis,donum fac remissionisante diem rationis.
Ingemisco, tamquam reus :culpa rubet vultus meus :supplicanti parce, Deus.
Qui Mariam absolvisti,et latronem exaudisti,mihi quoque spem dedisti.
Preces meae non sunt dignae :sed tu bonus fac benigne,ne perenni cremer igne.
Inter oves locum praesta,et ab haedis me sequestra,statuens in parte dextra.
Oro supplex et acclinis,cor contritum quasi cinis :gere curam mei finis.
Confutatis maledictis,flammis acribus addictis :voca me cum benedictis.
Lacrimosa dies illa,qua resurget ex favillajudicandus homo reus.
Jour de colère que ce jour-là, qui doit réduire le monde en cendres, au témoignage de David comme de la Sibylle [Allusion au célèbre oracle de la Sibylle Érythrée sur la fin du monde, cité par saint Augustin en son Livre XVIII (ch. 23) de la Cité de Dieu, et dont les premières lettres de chaque vers réunies donnent en grec la formule : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.].
Huic ergo parce, Deus :pie Jesu Domine,dona eis requiem. Amen.
Combien la frayeur sera grande, lorsque le Juge se présentera pour tout scruter rigoureusement !
La trompette éclatante, retentissant par les sépulcres de l’univers, rassemblera tous les humains devant le trône.
La mort et la nature seront dans la stupeur, lorsque ressuscitera toute créature pour répondre à son Juge.
On produira le livre écrit renfermant tout l’objet du jugement du monde.
Quand donc le Juge s’assiéra, tout ce qui se cache apparaîtra, rien ne demeurera sans châtiment.
Que dirai-je alors, malheureux ? quel protecteur implorerai-je, quand à peine rassuré sera le juste ?
Roi de majesté redoutable, qui sauvez gratuitement ceux qui doivent se sauver, sauvez-moi, source de miséricorde.
Souvenez-vous, ô doux Jésus, que je suis la cause de votre venue : ne me perdez pas en ce jour !
En me cherchant, vous vous êtes assis de fatigue ; vous m’avez racheté en souffrant la croix : que tant de peine ne soit pas inutile.
Juge vengeur et juste, accordez-moi remise avant le jour des comptes.
Je me lamente, comme un coupable que je suis ; la confusion de mon péché couvre mon visage : ô Dieu, pardonnez à un suppliant !
Vous avez absous Madeleine ; vous avez exaucé le larron : à moi aussi vous avez donné l’espérance.
Mes prières ne sont pas dignes ; mais vous êtes bon : faites dans votre bonté que j’échappe au feu éternel.
Donnez-moi place au milieu des brebis, séparez-moi des boucs en me rangeant à votre droite.
Quand les maudits couverts de honte seront livrés par sentence aux terribles flammes, appelez-moi avec les bénis.
Suppliant, défaillant, le cœur broyé et comme réduit en cendres, je vous en prie, veillez sur mon heure dernière.
Jour de larmes que celui où ressuscitera de sa cendre,
Pour être jugé, l’homme coupable : daignez lui pardonner, ô Dieu !
O doux Jésus, Seigneur, donnez-leur le repos. Amen.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. CAP. V.
IN illo tempore : Dixit Jesus turbis Judaeorum : Amen, amen dico vobis, quia venit hora, et nunc est, quando mortui audient vocem Filii Dei : et qui audierint, vivent. Sicut enim Pater habet vitam in semetipso : sic dedit et Filio habere vitam in semetipso : et potestatem dedit ei judicium facere, quia Filius hominis est. Nolite mirari hoc, quia venit hora, in qua omnes, qui in monumentis sunt, audient vocem Filii Dei : et procedent, qui bona fecerunt, in resurrectionem vite : qui vero mala egerunt, in resurrectionem judicii.
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. V.
En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : En vérité, en vérité, je vous le dis : l’heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et l’entendant ils vivront. Car tout ainsi que le Père a la vie en lui-même, il a donné au Fils d’avoir pareillement la vie en lui-même ; et parce qu’il est Fils de l’homme, il lui a donné aussi le pouvoir de juge. N’en soyez point étonnés : l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui ont accompli le bien ressusciteront à la vie ; mais ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour leur condamnation.
Le purgatoire n’est pas éternel. Les arrêts du jugement particulier qui suit la mort varient à l’infini sa durée ; il peut se prolonger des siècles entiers pour certaines âmes plus coupables, ou qui exclues de la communion catholique, demeurent privées des suffrages de l’Église, bien que la miséricorde divine ait daigné les arracher à l’enfer. Cependant la fin du monde et de tout ce qui est du temps, doit fermer le lieu de l’expiation temporaire. Dieu saura concilier sa justice et sa grâce dans la purification des derniers venus de la race humaine, suppléer par l’intensité de la peine expiatrice à ce qui pourrait lui manquer en durée. Mais au lieu qu’en ce qui touche la béatitude, les arrêts du jugement particulier sont le plus souvent suspensifs et dilatoires, qu’ils laissent provisoirement le corps de l’élu comme du réprouvé au sort commun de la tombe : le jugement universel aura ce caractère définitif de n’enregistrer pour le ciel comme pour l’enfer que des sentences absolues, immédiatement et totalement exécutoires. Vivons donc dans l’attente de l’heure solennelle où les morts entendront la voix du Fils de Dieu. Celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas, nous rappelle le Docteur des nations [Heb. X, 37, ex Habac. II, 3.] ; son jour aura la soudaineté de l’arrivée d’un voleur, nous disent comme lui [I Thess. V, 2.] et le Prince des Apôtres [II Petr. III, 10.] et Jean le bien-aimé [Apoc. XVI, 15.], faisant écho à la parole du Seigneur même [MATTH. XXIV, 43.] : comme l’éclair sort de l’Orient et brille déjà en Occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme [Ibid. 27.].
Entrons dans les sentiments qui inspirent le sublime Offertoire des défunts. Bien que l’éternelle béatitude demeure finalement assurée aux pauvres âmes en peine, et qu’elles en aient conscience, la route plus ou moins longue qui les conduit au ciel s’ouvre toutefois dans le péril du suprême assaut diabolique et l’angoisse du jugement. L’Église donc, étendant sa prière à toutes les étapes de cette voie douloureuse, n’a garde d’en oublier l’entrée ; et elle ne craint point de se montrer en cela trop tardive. Pour Dieu qui d’un regard embrasse tous les temps, sa supplication d’aujourd’hui, déjà présente à l’heure du redoutable passage, ménageait aux âmes le secours ici imploré. Cette même supplication les suit du reste au cours des péripéties de leur lutte contre les puissances de l’abîme, quand Dieu permet que celles-ci servent elles-mêmes sa justice au lieu d’expiation, en la manière que plus d’une fois l’ont vu les Saints. En ce moment solennel où l’Église offre ses dons pour l’auguste et tout-puissant Sacrifice, redoublons nous aussi nos prières pour les trépassés. Implorons leur délivrance de la gueule du lion infernal. Obtenons du glorieux Archange préposé au Paradis, appui des âmes au sortir de ce monde, leur guide envoyé de Dieu [Ant. et Resp. in fest. S. Michaelis.], qu’il les amène à la lumière, à la vie, à Dieu même, promis comme récompense aux croyants dans la personne d’Abraham leur père [Gen. XV, 1.].
OFFERTOIRE.
DOMINE Jesu Christe, Rex gloriae, libera animas omnium fidelium defunctorum de poenis inferni, et de profundo lacu : libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus, ne cadant in obscurum : sed signifer sanctus Michael repraesentet eas in lucem sanctam : *Quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.
Hostias et preces tibi, Domine, laudis offerimus : tu suscipe pro animabus quarum hodie memoriam facimus fac eas, Domine, de morte transire ad vitam. * Quam olim.
Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer et de l’abîme ; délivrez-les de la gueule du lion ; qu’ils ne soient pas la proie du tartare, qu’ils ne tombent pas dans la nuit : mais que saint Michel, porte-étendard, les présente à la sainte lumière * Qu’autrefois vous promîtes à Abraham et à sa descendance.
V/. Seigneur, nous vous offrons nos prières et ces hosties de louange ; recevez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd’hui : Seigneur, faites qu’elles passent de la mort à la vie * Qu’autrefois.
C’est la foi dont elles firent les œuvres en ce monde, qui garantit aux âmes du purgatoire la récompense dernière, et rend Dieu propice aux dons présentés pour elles, comme l’exprime la Secrète.
SECRETE.
HOSTIAS, quaesumus Domine, quas tibi pro animabus famulorum famularumque tuarum offerimus, propitiatus in-tende : ut, quibus fidei christianae meritum contulisti, dones et praemium. Per Dominum.
Daignez, Seigneur, regarder favorablement ces dons qui vous sont offerts par nous pour les âmes de vos serviteurs et de vos servantes : et les ayant gratifiées du mérite de la foi chrétienne, donnez-leur-en la récompense. Par Jésus-Christ.
À l’Agnus Dei, la demande du repos pour les morts remplace celle de la paix pour les vivants :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem sempiternam.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos à jamais.
Comme descendent les flocons silencieux d’une neige abondante en un jour d’hiver, ainsi montent blanches et douces les âmes délivrées, à cette heure où par le monde entier l’Église, achevant ses longues supplications, verse à flots sur les flammes expiatrices le Sang rédempteur. Forts du crédit que donne à notre prière la participation aux Mystères sacrés, disons avec elle dans la Communion :
COMMUNION.
Lux aeterna luceat eis, Domine, * Cum sanctis tuis in aeternum, quia pius es.
Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur,* En la société de vos Saints à jamais, parce que vous êtes bon.
V. Requiem aeternam dona eis, Domine. et lux perpetua luceat eis. * Cum Sanctis.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. * En la société.
Tel est cependant, bien au-dessus de nos humaines conceptions, l’impénétrable et adorable mystère de la justice de Dieu, que pour plus d’une âme l’expiation doit se prolonger encore. Aussi l’Église, sans se lasser ni cesser d’espérer, prolonge elle aussi dans la Postcommunion sa prière. À toutes les Heures de l’Office de chaque jour, en toutes les Messes offertes au cours de l’année, quelle qu’en puisse être la solennité, les trépassés auront un souvenir de leur Mère.
POSTCOMMUNION.
Animabus, quaesumus, Domine, famulorum famularumque tuarum oratio proficiat supplicantium : ut eas et a peccatis omnibus exuas, et tuae redemptionis facias esse participes. Qui vivis. Amen.
Daignez faire, Seigneur, que nos prières et nos supplications servent aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, en vous amenant à les délivrer de tous leurs péchés et à leur donner part à votre rédemption. Vous qui vivez.
Le Benedicamus Domino, qui tient lieu de l’Ite Missa est dans les Messes où l’on supprime le Gloria in excelsis, est remplacé lui-même à celle des défunts par une invocation pour les morts.
Requiescant in pace.
Qu’ils reposent en paix.
R ; Amen.
r. Amen.
L’ABSOUTE.
La Messe achevée, les Clercs, précédés de la Croix et suivis du Célébrant, viennent se ranger autour du catafalque élevé dans la nef de l’église pour représenter les morts, à l’endroit même où leur dépouille inanimée reposa devant l’autel du Seigneur. Les Chantres y reprennent le neuvième Répons de l’Office des défunts ; suivent les prières de conclusion, pendant lesquelles le Prêtre rend aux trépassés l’hommage de l’eau sainte et de l’encens, comme au jour qui fut pour chacun d’eux le dernier des jours. L’Absoute tire son nom de l’Oraison Absolve, qui la termine le plus souvent, bien qu’on puisse comme aujourd’hui choisir la Collecte de la Messe, ou quelque autre Oraison indiquée par les circonstances.
REPONS.
Libera me, Domine, de morte aeterna, in die illa tremenda :* Quando caeli movendi sunt et terra : * Dum veneris judicare saeculum per ignem.
V. Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ira, * Quando.
V. Dies illa, dies irae, calamitatis et miseriae, dies magna et amara valde. * Dum veneris.
V. Requiem aeternam dona eis, Domine : et lux perpetua luceat eis.
Kyrie, eleison.
V. Libera me, usque ad primum v.
Christe, eleison.
Kyrie, eleison.
Pater noster, quod secreto prosequitur.
V. A porta inferi.
V. Et ne nos inducas in tentationem.
R. Sed libera nos a malo.
R. Erue Domine animas eorum.
Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés ;* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V. Requiescant in pace. R. Amen.
v. Je tremble et suis dans l’épouvante, à la pensée de l’examen final, de la colère qui le suivra, * Quand les cieux.
V. Domine exaudi orationem meam.
v. Quel jour que ce jour de colère, de malheur et de larmes ! grand jour, plein d’amertume,* Où vous viendrez juger.
R.. Et clamor meus ad te veniat.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
V. Dominus vobiscum.
On reprend Délivrez-moi jusqu’au premier v.
R. Et cum spiritu tuo.
Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.
Notre Père, et le reste en silence.
V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
R/. Mais délivrez-nous du mal.
V/. De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.
V/. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.
ORAISON.
ABSOLVE, quaesumus Domine, animas famulorum famularumque tuarum ab omni vinculo delictorum : ut in resurrectionis gloria, inter Sanctos et electos tuos resuscitati respirent. Per Christum Dominum nostrum.
R. Et lux perpetua luceat eis.
R. Amen.
V. Requiem aeternam dona eis Domine.
V. Requiescant in pace. R. Amen.
Absolvez de tout lien de péché, Seigneur, nous vous en supplions, les âmes de vos serviteurs et de vos servantes, pour qu’en la résurrection, ressuscités à la gloire, ils vivent parmi vos Saints et vos élus. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
r. Amen.
v. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
R/. Que luise pour eux la lumière sans fin.
V/. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
Pour honorer les Saints, dont l’Octave se célèbre aujourd’hui concurremment avec le souvenir des morts, le Missel de Marmoutier nous donnera cette Séquence.
SEQUENCE.
UT sequamur pari zelo Sanctorum vestigia, Nobis horum vitam, mores
Proponit Ecclesia.
Offert nobis tria : rosam, Violam et lilium,
Virginalem candidatum Attestatur lilium :
Ut ostendat nobis viam Ad caeleste bravium.
Rosa signat Martyres Per colorem rubeum ; Confessores viola Per florem purpureum ;
Per hoc ergo sequi Deum Nos oportet trivium.
Aut lapsos aliquando Firma continentia.
Nos mactet ut martyres Vera patientia, Confessores faciat Jugis abstinentia.
Nos conservet virgines Jugis castimonia,
Adjuvent nos Sancti quorum Colimus sollemnia, Ut horum prece possimus
Pour nous porter à suivre, héritiers de leur zèle, les traces des Saints, l’Église met sous nos yeux leur vie et leurs mœurs.
Assequi caelestia. Amen.
Elle nous présente la rose, la violette et le lis, nous montrant par les trois le chemin qui conduit à la récompense des cieux.
La rose rouge signifie les Martyrs ; les Confesseurs sont indiqués par la violette en leur ;
Le lis décèle l’amant de la virginité : par l’une donc de ces trois routes, il nous faut suivre Dieu.
Martyrs et immolés, soyons-le par une vraie patience ; qu’une retenue persévérante fasse de nous des Confesseurs.
Une pureté vigilante gardera les Vierges ; une courageuse continence sauvera ies tombés.
Viennent à notre aide les Saints dont nous célébrons la fête ; que leur prière nous fasse atteindre les deux.
Amen.
LE III NOVEMBRE. TROISIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT.
Si nous avions les yeux des Anges, la terre nous apparaîtrait comme un champ immense, ensemencé pour la résurrection. La mort d’Abel ouvrit le premier sillon ; depuis, les semailles se poursuivent sans trêve, en tous lieux. Quels trésors déjà elle renferme en son sein, cette terre du labeur et de l’infirmité ! Quelle moisson elle promet au ciel, quand le Soleil de justice, dardant sur elle soudainement ses feux, fera surgir non moins soudainement de la glèbe les épis du salut, mûrs pour la gloire 1 Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’Église bénisse, et qu’elle dirige elle-même la mise au sillon du précieux froment.
Mais l’Église ne se contente pas de semer toujours. Parfois, comme impatiente de l’attente, elle lève de terre le grain d’élite qu’elle-même y avait déposé ; son infaillible discernement la préserve d’erreur, et dégageant du limon le germe immortel, elle prélude pour lui aux magnificences de l’avenir : soit qu’elle le recueille dans l’or et les étoffes précieuses, le porte en triomphe, convoque à l’honorer les foules ; ou qu’appelant de son nom des temples nouveaux, elle lui décerne l’honneur suprême de reposer sous l’autel où s’offre à Dieu le Sacrifice auguste.
« Veuille, en effet, votre charité le comprendre, explique saint Augustin [Aug. Sermo CCCXVIII, de Stephano Mart. V.]. nous n’élevons pas d’autel à Étienne en ce lieu, mais des reliques d’Étienne nous faisons un autel à Dieu. Dieu les aime, ces autels ; et si vous me demandez pourquoi, c’est que la mort des saints est précieuse devant lui [Psalm. CXV, 15.]. » Pour obéir à Dieu, « l’âme invisible a quitté sa maison visible ; mais cette maison, Dieu la garde : et il trouve sa gloire dans les honneurs rendus par nous à cette chair inanimée ; et lui donnant la vertu des miracles, il la revêt de la puissance de sa divinité [Aug. Sermo CCLXXV, de Vincentio Mart. II.]. » De là les pèlerinages aux tombeaux des Saints.
« Peuple chrétien, dit saint Grégoire de Nysse, qui donc ici vous rassemble ? Un sépulcre n’attire pas ; la vue de ce qu’il contient n’inspire que répulsion. Et voilà qu’on ambitionne comme une bénédiction d’approcher celui-ci. Objet de convoitise, on estime présent d’un grand prix la poussière même recueillie aux abords de ce tombeau. Car d’atteindre jusqu’aux cendres qu’il garde, bien rare en est la faveur ! mais aussi combien désirable ! ils le savent les privilégiés : comme s’il vivait, ce corps, ils l’embrassent, y collent leurs lèvres et leurs yeux, répandant des larmes de dévotion et d’amour. Quel empereur fut jamais pareillement honoré [Greg. Nyss. de Theodoro Man.] ? »
« Les empereurs ! reprend saint Jean Chrysostome ; ce que furent les portiers de leurs palais, eux le sont aujourd’hui pour des pêcheurs : le fils du grand Constantin jugea ne pouvoir plus dignement l’honorer, qu’en ménageant une place à son tombeau dans le vestibule du pêcheur de Galilée [Chrys. in Epist. II ad Cor. Hom. XXVI.]. »
Et ailleurs, achevant d’expliquer l’admirable lettre aux Romains du Docteur des nations, la bouche d’or s’écrie : « Qui maintenant me donnera de me prosterner au sépulcre de Paul, de contempler la poussière de ce corps qui complétait, souffrant pour nous, ce qui manquait au Christ en ses souffrances [Col. I, 24.] ? la poussière de cette bouche qui parlait devant les rois sans rougir, et nous montrant ce qu’était Paul, nous révélait le Seigneur de Paul ? la poussière aussi de ce cœur, vraiment cœur du monde, plus élevé que les cieux, plus vaste que l’univers, cœur du Christ autant que de Paul, où se lisait, gravé par le Saint-Esprit, le livre de la grâce ? Je voudrais voir la poussière des mains qui écrivirent ces épîtres ; des yeux qui, d’abord aveuglés, recouvrèrent la vue pour notre salut ; des pieds qui parcoururent la terre. Oui ; je voudrais contempler la tombe où sont couchés ces instruments de la justice, de la lumière, ces membres du Christ, ce temple de l’Esprit-Saint. Corps vénéré qui, avec celui de Pierre, protège Rome plus sûrement que tous remparts [Chrys. in Epist. ad Rom. Hom. XXXII.]. »
Ces textes et bien d’autres n’empêchèrent point qu’au XVIe siècle l’hérésie, profanant les saints tombeaux, ne prétendît en cela nous ramener aux mœurs de nos pères. Mais à l’encontre de ces étranges réformateurs, le Concile de Trente ne faisait qu’exprimer l’unanime témoignage de la Tradition dans la définition suivante, où se trouvent résumées les raisons théologiques du culte rendu par l’Église aux reliques des Saints :
« Vénération est due par les fidèles aux corps des Martyrs et des autres Saints qui vivent avec Jésus-Christ. Ils furent en effet ses membres vivants et le temple de l’Esprit – Saint ; il doit les ressusciter pour la vie éternelle et pour la gloire ; Dieu par eux accorde aux hommes beaucoup de bienfaits. Ceux donc qui disent que les reliques des Saints ne méritent point d’être vénérées, que c’est inutilement qu’elles sont honorées des fidèles, que c’est en vain qu’on visite les mémoires ou monuments des Saints pour obtenir leur aide : ceux-là sont absolument condamnables ; et en la manière qu’elle les a dès longtemps déjà condamnés [Conc. Nic. II, c. VII.], l’Église maintenant à nouveau les condamne [Conc. Trid. Sess. XXV. De invocatione, veneratione et reliquiis Sanctorum.]. » Rome toutefois, considérant l’inégale distribution des reliques saintes par le monde, n’a point consacré de fête universelle au culte essentiellement local de ces restes précieux. Elle laisse aux Églises particulières de consulter sur ce point leurs propres convenances, se réservant comme Maîtresse et Mère de bénir en les sanctionnant les préférences de chacune.
LA MESSE DES SAINTES RELIQUES.
La fête des saintes Reliques se célébrant en beaucoup de lieux au Dimanche dans l’Octave de la Toussaint, nous donnons la Messe et les Vêpres qui lui sont communément consacrées. Mais les formules liturgiques ne varient guère moins ici que la date même de la fête.
L’Introït est emprunté au Psaume XXXIII. Il chante la sollicitude de Dieu pour les siens dans la mort comme dans la vie. Quel qu’ait été le sort des justes sous l’épreuve ou la persécution, leurs ossements se retrouveront tous à l’appel du Fils de l’homme au dernier jour [Johan. V, 28.].
INTROÏT.
Multae tribulationes justorum, et de his omnibus liberavit eos Dominus : Dominus custodit omnia ossa eorum : unum ex his non conteretur.
Nombreuses furent les tribulations des justes, et le Seigneur les a délivrés de toutes ; le Seigneur garde tous leurs os : pas un seul ne sera brisé.
Ps. Benedicam Dominum in omni tempore semper laus ejus in ore meo. Gloria Patri. Multae.
Ps. Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera toujours en ma bouche. Gloire au Père. Nombreuses.
Les miracles qu’opèrent ces ossements desséchés nous révèlent en effet, dit saint Augustin, qu’ils ne sont pas vraiment morts [Aug. Sermo CCCXIX, de Stephano Mart. VI.]. Ils doivent augmenter notre foi dans la résurrection future, et nous faire demander comme l’Église, en la Collecte, de partager nous-mêmes au temps voulu la gloire dont cette vertu qui resplendit en eux déjà est le gage assuré.
COLLECTE.
Auge in nobis, Domine, resurrectionis fidem, qui in Sanctorum tuorum reliquiis mirabilia operaris : et fac nos immortalis gloriae participes, cujus in eorum cineribus pignora veneramur. Per Dominum.
Seigneur, qui opérez des merveilles dans les reliques de vos Saints, augmentez en nous la foi de la résurrection ; et rendez-nous dans l’éternité participants de la gloire dont nous vénérons ces gages en leurs cendres. Par Jésus-Christ.
On fait mémoire du Dimanche correspondant et de l’Octave de la Toussaint par leurs Collectes respectives.
EPÎTRE.
Lectio libri Sapientiae. ECCLI. XLIV.
HI viri misericordiae sunt, quorum pietates non defuerunt : cum semine eorum permanent bona, haereditas sancta nepotes eorum, et in testamentis stetit semen eorum : et filii eorum propter illos, usque in aeternum manent : semen eorum, et gloria eorum non dere linquetur. Corpora ipsorum in pace sepulta sunt, et nomen eorum vivit in generationem et generationem. Sapientiam ipsorum narrent populi, et laudem eorum nuntiet Ecclesia.
Lecture du livre de la Sagesse. Eccli. XLIV.
Ceux-là furent des hommes de miséricorde ; leurs œuvres pieuses ne défaillirent pas. Leur race demeure bénie, leur descendance tient d’eux la sainteté pour héritage, leur postérité est fidèle à l’alliance. Aussi leurs fils, à cause d’eux, subsistent pour toujours ; ni leur race, ni leur gloire, ne finiront point. Leurs corps sont ensevelis dans la paix ; leur nom vivra de génération en génération. Que les peuples donc publient leur sagesse ; que l’Église chante leurs louanges.
Les saintes Reliques formaient pour nos aïeux la première richesse, le trésor par excellence des cités. On eût dit que rosée du ciel et graisse de la terre [Gen. XXVII, 28.], bénédictions de ce monde comme de l’autre, émanaient des corps saints. Leur présence imposait le respect aux armées ennemies, non moins qu’aux légions d’enfer ; elle gardait les mœurs, entretenait la foi, excitait la prière au sein des villes devenues par elles le centre envié vers lequel se portaient les foules, qu’attirent aujourd’hui moins sainement nos villes de plaisirs. De quelle vigilance on entourait l’auguste dépôt ! Tous les malheurs publics n’eussent pas égalé celui de sa perte.
Pourtant « ici, mes Frères, dit le Cardinal Pie, j’ai à vous dévoiler un plan merveilleux du Dieu que l’Écriture appelle admirable dans ses Saints [Psalm. LXVII, 36.]. Le Seigneur Jésus, qui a dit à ses disciples : « Allez et enseignez » : Euntes ergo, docete [Matth. XXVIII, 19], se plaît souvent à les mettre encore en mouvement après leur mort, et il se sert de leur apostolat d’outre-tombe pour porter le bienfait de la grâce à d’autres peuples qu’à ceux qu’ils ont évangélisés de leur vivant. « Je vous ai établis, leur a-t-il dit, « afin que vous alliez et que vous portiez des fruits » : Posui vos ut eatis, et fructum afferatis [JOHAN. XV, 16.]. Conformément à ce mot d’ordre, les Saints, même après qu’ils sont arrivés au terme bienheureux de leur pèlerinage mortel, se résignent encore à redevenir voyageurs. Si j’avais le loisir de vous raconter les pérégrinations posthumes de nos illustres pontifes et thaumaturges, par exemple, les courses réitérées, les allées et les venues, les marches et les contre-marches de notre Hilaire et de notre Martin durant plus de dix siècles, et les fruits incroyables de ces étranges déplacements, tout en captivant votre attention par des récits pleins d’intérêt, je risquerais de vous fatiguer par ma longueur [Cardinal Pie, Discours prononcé à la cérémonie de la translation des reliques de saint Latuin, à Séez, le mardi XXII juin MDCCCLVIII.]. »
Le Graduel et son Verset, tirés des Psaumes, exaltent la gloire future dont celle qui entoure les bienheureux sur leurs couches d’honneur ici-bas n’est qu’une faible image.
GRADUEL.
EXSULTABLINT Sancti in gloria : laetabuntur in cubilibus suis.
Alleluia, alleluia.
V. Cantate Domino canticum novum : laus ejus in Ecclesia Sanctorum.
V. Justi epulentur, et exsultent in conspectu Dei : et delectentur in laetitia. Alleluia.
Les Saints tressailliront d’allégresse dans leur gloire ; ils seront comblés de joie sur leurs couches d’honneur.
V/. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; que sa louange retentisse dans l’assemblée des Saints.
Alléluia, alléluia.
V/. Que les justes fassent des festins, qu’ils tressaillent devant Dieu ; qu’ils se laissent aller aux transports de la joie. Alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. CAP. VI.
In illo tempore : Descendens Jesus de monte, stetit in loco campestri, et turba discipulorum ejus, et multitudo copiosa plebis ab omni Judaea. et Jerusalem, et maritima, et Tyri, et Sidonis, qui venerant, ut audirent eum, et sanarentur a languoribus suis. Et qui vexabantur a spiritibus immundis, curabantur. Et omnis turba quaerebat eum tangere : quia virtus de illo exibat, et sanabat omnes. Et ipse, elevatis oculis in discipulos suos, dicebat : Beati pauperes : quia vestrum est regnum Dei. Beati, qui nunc esuritis : quia saturabimini. Beati, qui nunc fletis : quia ridebitis. Beati eritis cum vos oderint homines, et cum separaverint vos, et exprobraverint, et ejecerint nomen vestrum tamquam malum, propter Filium hominis. Gaudete in illa die, et exsultate : ecce enim merces vestra multa est in cœlo.
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. VI.
En ce temps-là, Jésus, descendant de la montagne, s’arrêta dans la plaine, et il fut entouré de la troupe de ses disciples, et d’une grande multitude de peuple venue de toute la Judée et de Jérusalem, de la région maritime, de Tyr, de Sidon, pour l’entendre et être guéris de leurs maladies. Et ceux que tourmentaient les esprits impurs étaient délivrés. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une vertu sortait de lui qui les guérissait tous. Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : Bienheureux vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est a vous. Bienheureux vous qui maintenant avez faim, parce que vous serez rassasiés. Bienheureux vous qui maintenant pleurez, parce que vous rirez. Bienheureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront et vous sépareront d’eux, et vous diront des injures et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là, et tressaillez ; car votre récompense est grande dans le ciel.
En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi fera lui-même les œuvres que je « fais, et il en fera de plus grandes [JOHAN. XIV, 12.]. » Cette parole de l’Homme-Dieu s’appliquait aux Saints, aux disciples de Jésus qui croiraient en lui jusqu’à mettre pour lui leur béatitude de ce monde dans la pauvreté, la faim, les pleurs et la persécution. On devait la voir s’accomplir au temps de leur vie mortelle ; elle se justifierait toujours, et souvent plus, dans la puissance que garderait leur dépouille inanimée pourchasser les démons, guérir tout mal, obtenir toute grâce ; ce n’était pas de l’étroite province de Judée, mais des rivages du monde entier que s’ébranleraient les foules, pour venir écouter les Saints dans l’éloquent silence de leurs tombes, pour éprouver la vertu qui sortirait d’eux.
Aussi, nous dit Paulin de Noie en de poétiques développements, « Dieu secourable ménagea la distribution des Saints parmi les nations, de telle sorte que leur aide ne pût manquer aux infirmes mortels [Paulin. Poema XIX, 14-50.]. S’il donna les principales cités pour séjour aux plus grands [Ibid. 51 52.], la grâce dont ils sont doués pour nous ne vit point là seulement où gît leur corps en son intégrité : où que subsiste une parcelle de ce corps, leur main s’y trouve et sa puissance, Dieu témoignant en cette manière de leur crédit au ciel [Poema XXVII, 440-448.]. Du pieux dépôt s’envolent, semences de vie, les cendres sacrées ; une goutte minime fuit de la source : source elle-même pour la grâce et l’amour, elle produit des fleuves [Poema XIX, 358-364.]. »
Célébrons donc le Seigneur en ses Saints ; car c’est de lui que leur vient toute vertu, comme dit l’Offertoire.
OFFERTOIRE.
MIRABILIS Deus in Sanctis suis : Deus Israel ipse dabit virtutem et fortitudinem plebi suae, benedictus Deus. Alleluia.
Admirable est Dieu dans ses Saints ; c’est lui, le Dieu d’Israël, qui donnera vertu et force à son peuple : béni soit-il ! Alléluia.
« Qui jamais adora les Martyrs ? qui prit un homme pour Dieu ? » disait saint Jérôme, en sa défense des honneurs rendus aux ossements sacrés [Hieron. contra Vigilantium.]. Et en effet, dans la Secrète, l’Église professe que de même que le culte de ces cendres vénérées remonte d’elles jusqu’aux Saints eux-mêmes, ainsi la puissance des Saints n’est qu’une puissance d’intercession auprès du Père de l’auguste Victime dont nous vient tout salut.
SECRETE.
Imploramvs, Domine, clementiam tuam : ut Sanctorum tuorum, quorum Reliquias veneramur, suffragantibus meritis, hostia quam offerimus nostrorum sit expiatio delictorum. Per Dominum.
Nous implorons, Seigneur, votre clémence : faites que, vénérant les Reliques de vos Saints, leurs mérites intercèdent pour nous, et nous obtiennent que cette hostie présentée sur l’autel efface nos péchés. Par Jésus-Christ.
La Secrète est suivie des mêmes mémoires que ci-dessus.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a dit l’Homme-Dieu, je le ressusciterai au dernier jour [Johan. VI,55.]. » La Communion, qui dépose le germe de l’immortalité glorieuse en nos corps, justifie l’objet de cette fête et en explique la joie.
COMMUNION.
GAUDETE justi in Domino : rectos decet collaudatio.
Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur ; la louange convient aux cœurs droits.
Quelle conclusion formuler dans notre prière en ce jour, sinon le vœu de vivre éternellement avec les bienheureux qui nous ont réjouis par la présence de leurs Reliques saintes ? C’est ce que fait l’Église en la Postcommunion.
POSTCOMMUNION.
MULTIPLICA super nos, quaesumus Domine, per haec Sancta quae sumpsimus, misericordiam tuam : ut sicut in tuorum solemnitate Sanctorum, quorum Reliquias colimus,. pia devotione lactamur, ita eorum perpetua societate, te largiente, fruamur. Per Dominum.
Daignez, Seigneur, par notre communion à ces sacrés Mystères, multiplier sur nous les effets de votre miséricorde : en la manière que dans cette solennité de vos Saints le culte de leurs Reliques est pour notre dévotion la cause d’une pieuse allégresse, puissions-nous, par votre grâce, jouir de leur compagnie dans l’éternité. Par Jésus-Christ.
On fait à la suite les mémoires indiquées plus haut, et l’Évangile du Dimanche correspondant tient lieu, à la fin de la Messe, de celui de saint Jean.
LES VÊPRES DES SAINTES RELIQUES.
Les Vêpres sont les mêmes que celles du Commun de plusieurs Martyrs, avec la Collecte de la Messe qui précède pour Oraison.
1. ANT. Sancti, qui pro testamento Dei sua corpora tradiderunt, et in sanguine Agni laverunt stolas suas.
1. Ant. Ceux-là sont les Saints qui ont livré leurs corps pour le testament de Dieu et lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau.
Psaume CIX. Dixit Dominus, page 24.
2. Ant. Les Saints ont vaincu les royaumes par la foi, ils ont accompli la justice, ils sont en possession des promesses.
2. ANT, SANCTI per fidem vicerunt regna, operati sunt justitiam, adepti sunt repromissiones.
Psaume CX. Confitebor tibi, Domine, page 24.
3. Ant. La jeunesse des saints se renouvellera comme celle de l’aigle ; ils fleuriront comme le lis dans la cité du Seigneur.
3. ANT. SANCTORUM velut aquilae juventus renovabitur : florebunt sicut lilium in civitate Domini.
Psaume CXI. Beatus vir, page 25.
4. ANT. Absterget Deus omnem lacrymam ab oculis Sanctorum : et jam non erit amplius neque luctus, neque clamor, sed nec ullus dolor : quoniam priora transierunt.
4. Ant. Dieu essuiera toute larme des yeux des Saints ; et il n’y aura plus désormais ni gémissements, ni cri, ni douleur d’aucune sorte ; car le passé n’est plus.
Psaume CXII. Laudate pueri, page 26.
5. ANT. In cœlestibus regnis Sanctorum habitatio est, et in aeternum requies eorum.
5. Les Saints habitent le royaume des cieux ; leur repos sera éternel.
Psaume CXV. Credidi, page 49
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CAPITULE. (Sap. III.)
JUSTORUM animae in manu Dei sunt, et non tanget illos tormentum mortis. Visi sunt oculis insipientium mori : autem sunt in pace.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les atteindra pas. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir ; mais eux sont dans la paix.
HYMNE
Sanctorum meritis inclyta gaudia
Pangamus socii, gestaque fortia :
Gliscent fert animus promere cantibus.
Victorum genus optimum.
Hi sunt quos fatue mundus abhorruit :
Hunc fructu vacuum, floribus aridum
Contempsere tui nominis asseclae
Jesu Rex bone caelitus.
Hi pro te furias atque minas truces
Calcarunt hominum saevaque verbera :
His cessit lacerans fortiter ungula,
Nec carpsit penetralia.
Caeduntur gladiis more bidentium
Non murmur resonat, non querimonia :
Conservat patientiam.
Sed corde impavido mens bene conscia
Quae vox, quae poterit lingua retexere,
Quae tu Martyribus munera praeparas ?
Rubri nam fluido sanguine fulgidis
Cingunt tempora laureis.
Te summe Deitas, unáque poscimus,
Célébrons dans nos chœurs les sublimes récompenses qu’ont méritées les Saints, leurs exploits héroïques : mon âme brûle d’exalter dans ses chants leur triomphe et leur noblesse insigne.
Ut culpas abluas, noxia subtrahas,
Voilà donc ceux qu’eut en aversion la folie du monde ! monde stérile, monde sans fleurs, méprisé de ces fidèles attachés à ton nom, Jésus, doux Roi des cieux.
Des pacem famulis, ut tibi gloriam
Pour toi ils se rirent des fureurs humaines, des farouches menaces, des fouets sanglants ; vaincue, la griffe de fer qui labourait le corps n’atteignit point leur cœur.
Annorum in seriem canant. Amen
Ils se présentent comme des brebis au glaive : ni plainte aux lèvres, ni murmure ; le cœur tranquille, l’âme sûre d’elle reste patiente.
V. Exsultabunt Sancti in gaudia.
Quelle voix, quelle langue pourra dire les dons que tu réserves à tes Martyrs ? Empourprés de leur sang, ils ceignent glorieux le laurier des vainqueurs.
R. Laetabuntur in cubilibus suis.
Déité une et souveraine, écoutez nos prières : effacez nos fautes, écartez tout danger ; donnez la paix à vos serviteurs, pour qu’ils chantent votre gloire dans toute la suite des âges.
Amen.
V. Les Saints tressailliront dans la gloire.R. Ils seront dans la joie sur leurs couches d’honneur.
ANTIENNE DE Magnificat.
GAUDENT in cœlis animae Sanctorum, qui Christi vestigia sunt secuti : et quia pro ejus amore sanguinem suum fuderunt, ideo cura Christo exsultant sine fine.
Les âmes des Saints qui ont suivi les traces de Jésus-Christ se réjouissent aux cieux ; pour son amour ils ont verse leur sang, leur bonheur avec lui n’aura point de terme.
Le Cantique Magnificat, page 28.
L’Oraison, page 96.
On fait ensuite mémoire du Dimanche et de l’Octave.
Plusieurs Églises chantent en cette fête l’Hymne suivante, œuvre de Claude Santeul, qu’il ne faut pas confondre avec le Victorin son frère, et dont les compositions l’emportent sur celles de Jean-Baptiste Santeul en onction et en simplicité comme par l’orthodoxie.
HYMNE.
O vos unanimes Christiadum chori,
Sanctorum tumulos et cineres Patrum,
Charas exuvias, pignora cœlitum
Lietis dicite cantibus.
Caelo quando piis aequa laboribus
Felices animae gaudia possident,
Poenarum sociis debita redditur
Hic laus et decus ossibus.
Passim sparsa Deus, polliciti memor
Custos, ne pereant, pignora colligit :
Electosque suis providus aggerit
Aptandos lapides locis.
Quin et reliquias, et tumulos sibi
Aras ipse Deus consecrat hostia :
Conjungensque suis se caput artubus,
Hos secum simul immolat.
Vos, quorum cineres supplicibus pia,
Tutum praesidium, plebs colit osculis,
Si vos nostra movent, subsidium boni Vestris ferte clientibus.
Surget juncta choris spirituum caro,
Ut cum nostra novis splendida dotibus
Indivisa Trias sit Deus omnia
Chœurs des chrétiens, célébrez par des chants d’allégresse les saints tombeaux, les cendres de nos Pères, chères dépouilles, gages que nous ont laissés les habitants des cieux.
Nobis semper in omnibus.
Tandis qu’au ciel les âmes bienheureuses jouissent de joies égales à leurs pieux labeurs, honneur et digne louange ici-bas sont rendus au corps qui partagea leurs souffrances.
Ces ossements dispersés en tous lieux, Dieu les garde ; il se souvient de sa promesse qu’ils ne périront pas : pierres de choix, qu’il rassemble avec amour, qu’appareille sa providence.
Suprême honneur : ces restes mortels et ces tombeaux, lui-même le Dieu hostie se les consacre pour autels ; lui, la tête, se joint à ses membres ; il les immole avec lui.
Vous, dont les cendres reçoivent l’hommage, les baisers suppliants du peuple pieux qui voit en vous sa sûre défense : si ce qui nous touche vous émeut, montrez-vous bons, secourez vos clients.
Exaucez-nous, afin qu’au jour où notre chair ressuscitée s’unira aux chœurs des esprits dans la splendeur de ses attributs nouveaux, l’indivisible Trinité soit pour nous Dieu tout en tous à jamais.
Amen.
Donnons à la suite cette belle formule du Pontifical romain pour la bénédiction des châsses et reliquaires.
PRÉFACE.
VERE dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus inaestimabilis, Deus ineffabilis, Deus misericordiarum, et totius consolationis. Qui Moysi famulo tuo praecepisti, ut juxta exemplar quod ei in monte demonstrasti, arcam de 1ignis imputribilibus construeret, et eam auro mundissimo circumdaret, in qua urna aurea manna cœlesti plena, cum tabulis testamenti digito majestatis tua : conscriptis, in testimonium futurae generationibus servari deberet. Quique nostris saeculis eadem sacratius intelligenda manifestasti, dum corpus unici Filii tui, opere Spiritus sancti de incorrupta Virgine conceptum, et anima rationali vivificatum, omni plenitudine divinitatis replesti :
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, inestimable, Dieu ineffable, Dieu de miséricorde et de toute consolation. Vous commandâtes à votre serviteur Moïse de faire selon l’exemplaire que vous lui montriez sur la montagne une arche de bois incorruptible, et de l’entourer d’un or très pur, afin qu’elle fût digne de garder, en témoignage pour les générations futures, et l’urne d’or remplie de la manne des cieux, et les tables du testament écrites par le doigt même de votre Majesté. Puis, dans nos temps, vous avez manifesté le sens de ces augustes mystères, lorsque vous remplîtes de toute la plénitude de la divinité le corps de votre Fils unique, conçu par l’opération du Saint-Esprit d’une Vierge très pure et vivifié par une âme raisonnable.
Te suppliciter imploramus, omnipotens Deus, Pater Domini nostri Jesu Christi, ex quo omnis paternitas in cœlo et in terra nominatur ; ut haec vascula Sanctorum tuorum pignoribus praeparata, eisdem Sanctis tuas intercedentibus, cœlesti benedictione perfundere digneris ; quatenus qui horum patrocinia requirunt, ipsis intercedentibus, cuncta sibi adversantia, te adjuvante, superare, et omnia commode profutura, abundantia largitatis tuae mereantur invenire. Et sicut illi, te Domine inspirante, spiritualium nequitiarum versutias cavere, et humanitus exquisita tormenta non solum contemnere, sed etiam penitus evincere, Christo Domino confortante, potuerunt ; ita ipsorum merita venerantibus, et Reliquias humiliter amplectentibus, contra diabolum, et angelos eius, contra fulmina et tempestates, contra grandines, et varias pestes, contra corruptum aerem, et mortis hominum, vel animalium, contra fures et latrones, sive gentium incursiones, contra malas bestias, et serpentium, ac reptantium diversissimas formas, contra malorum hominum adinventiones pessimas, eorumdem Santorum tuorum precibus complacatus, exteram invictae potentiae tuae ad depulsionem nocivorum et largitatem proficuorum semper et ubique propitius extende.
Nous vous implorons donc et supplions, Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, vous de qui relève au ciel et sur terre toute paternité : daignez, à la prière de vos Saints, répandre la bénédiction du ciel sur ces reliquaires préparés pour leurs restes sacrés ; en sorte que ceux qui recourent à eux méritent, par leur intercession, de surmonter tout mal avec votre aide, de puiser toute aisance et tout bien dans le trésor de votre largesse infinie. Eux, Seigneur, purent sous votre conduite intérieure éviter les embûches des esprits du mal ; confortés par le Seigneur Christ, non seulement les savantes tortures des hommes n’eurent que leur mépris, mais ils en triomphèrent pleinement : qu’ainsi les fidèles honorant les mérites de ces Saints, embrassant leurs Reliques avec humilité, soient protégés contre le diable et ses anges, contre la foudre et les orages, contre la grêle et les fléaux divers, contre l’empoisonnement de l’air et la mortalité des hommes ou des animaux, contre les voleurs, les assassins, les incursions ennemies, contre les animaux nuisibles, les serpents et reptiles aux multiples formes, contre la méchanceté humaine et ses intrigues pires que les autres calamités. Fléchi par les prières de vos bienheureux serviteurs, soyez propice à leurs dévots clients, étendez sur eux, toujours, en tous lieux, la droite de votre invincible puissance pour écarter les maux et répandre les biens.
Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate ejusdem Spiritus sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Par le même Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui vit et règne avec vous, Dieu lui-même, en l’unité du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Amen.
Enfin, nous gardant d’oublier nos chers morts aucun des jours de cette Octave, terminons par cette ancienne et toute suave supplication des Églises de Séez, du Mans, d’Angers, de Rennes, en la Commémoration des défunts.
SÉQUENCE.
De profundis clamantes gemimus Et gemendo preces effundimus :
Exaudi nos, Domine. Miserere misertus miseris,
Qui Salvator et Salus diceris, Competenti munere.
Sicut cereus ad fontes properat,
Nec secundum culpas retribuas,
Sic anima ad Te desiderat,
Fons misericordiae, Fontis hujus aquis nos abluas,
Deus indulgentiae.
Nec mensuram observes scelerum,
Nec culparum numeres numerum,
Sed da locum veniae.
Dono Tuae gratiae.
Non est opus reis judicio,
Tu dixisti : Vos qui laboribus
Sed afflictis detur remissio,
Pressi estis, atque oneribus,
Ego vos reficiam.
Ecce ad Te pressi confugimus,
Nec facturam Tuam despicias,
A Te solo refici petimus, Per Tuam clementiam.
Sed clamantem pius respicias,
Dans reis remedia. Qui venturus es Judex omnium,
Animabus cunctis fidelium
Des aeterna gaudia. Amen.
Du fond de l’abîme, gémissant nous crions, gémissant nous exhalons nos prières : Seigneur, exaucez-nous. Vous la Pitié, prenez en pitié notre sort pitoyable, vous le Sauveur et le Salut, doux noms si pleinement mérités.
Comme le cerf aspire à la source, ainsi l’âme vous désire, source de miséricorde. Source, en vos eaux lavez-nous : Dieu du pardon, n’ayez pas égard aux péchés.
N’observez pas la mesure de nos crimes, ne comptez pas le nombre de nos fautes : qu’à l’indulgence toute latitude soit donnée. Coupables que nous sommes, ce n’est point la justice qu’il nous faut : affligés, par pure grâce, nous implorons de vous la miséricorde.
Vous avez dit : Vous qui ployez sous le labeur et les fardeaux, je vous soulagerai. C’est donc à vous qu’épuisés nous avons recours ; c’est de vous seul que nous attendons soulagement par votre clémence.
Nous sommes vos créatures : ne nous dédaignez pas ; que nos cris nous attirent un regard de votre bonté : remédiez aux maux mérités par nos crimes. Vous qui devez venir pour juger l’univers, à toute âme croyante donnez les joies éternelles.
Amen.
LE MÊME JOUR. SAINT HUBERT, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR.
Rome, désireuse de laisser autant que possible à l’Octave qui se poursuit son caractère d’universalité grandiose, n’accorde qu’une brève mention, dans le Matyrologe de ce jour, à saint Hubert. Il ne sied pas que nous nous départions de sa réserve. Pourtant la dévotion des chasseurs chrétiens, si fidèles toujours à acclamer leur glorieux Patron, ne nous pardonnerait pas de sembler totalement l’oublier. Il convient aussi que satisfaction soit donnée à la piété populaire, non moins qu’à la reconnaissance des innombrables clients, sauvés de la rage, qu’une tradition millénaire ininterrompue ne cesse point de grouper chaque jour aux pieds du bienheureux. Bien peu de mots suffisent du reste à résumer sa vie.
De chasseur de fauves devenu chasseur d’âmes à l’école du cerf mystérieux qui lui révéla le Christ, il mérita d’être appelé l’Apôtre de l’Ardenne, dont ses meutes avaient tant de fois parcouru les forêts. Disciple et successeur de saint Lambert, il fonda la grandeur de Liège, alors obscur village, en y transférant de Maestricht les reliques de l’évêque martyr et le siège épiscopal même. Sa bienheureuse mort, survenue le 3o mai 727, fut suivie, le 3 novembre 743, d’une première élévation de ses restes précieux qui détermina l’anniversaire liturgique du présent jour. Au siècle suivant, l’abbaye d’Andain reçut la garde du saint dépôt ; elle prit de lui le nom de Saint-Hubert, comme la ville qui ne tarda pas de s’élever alentour, et vers laquelle ne cessèrent plus d’affluer les pèlerins. Deux Ordres de Chevaliers furent établis en l’honneur de saint Hubert : le premier ne survécut pas à la chute des Bourbons, ses derniers chefs ; l’autre subsiste encore sous la grande maîtrise des rois de Bavière.
ANTIENNE [Office propre à l’abbaye Sainte-Scholastique de Juvigny-les-Dames, où se conservait une dent de saint Hubert.]
AVE, decus Confessorum, ave, consors Angelorum nobis praesens tripudium da, sit perenne gaudium ; prece tua Deo grata sanos salva, aegros sana.
R. Et ostendit illi regnum Dei.
V. Justum deduxit Dominus per vias rectas.
Salut, honneur des Confesseurs ; salut, concitoyen des Anges : donnez-nous l’allégresse du temps, qu’elle devienne l’allégresse éternelle ; par votre prière bien venue de Dieu, sauvez les sains, guérissez les malades.
V/. Le Seigneur a conduit le juste par des voies droites.
R/. Et il lui a montré le royaume de Dieu.
ORAISON.
PROPITIARE, quaesumus Domine, nobis famulis tuis per sancti Huberti Confessoris tui atque Pontificis merita gloriosa, ut ejus pia intercessione ab omnibus semper protegamur adversis. Per Dominum.
Seigneur, soyez propice a notre prière : puissent vos serviteurs, en considération des glorieux mérites de votre Confesseur et Pontife saint Hubert, obtenir par sa pieuse intercession d’être toujours préservés de tout mal. Par Jésus-Christ.
LE IV NOVEMBRE. SAINT CHARLES, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR.
Humilitas. À sa naissance au château d’Arona, Charles trouvait inscrit en chef de l’écu de famille ce mot couronné d’or [Le chef de l’écu d’argent, chargé du mot humilitas, en lettres gothiques de sable, surmonté d’une couronne d’or.]. Parmi les pièces nombreuses du blason des Borromées, on disait de celle-ci qu’ils ne connaissaient l’humilité que dans leurs armes. Le temps était venu où l’énigmatique devise de la noble maison se justifierait dans son membre le plus illustre ; où, au faîte des grandeurs, un Borromée saurait vider de soi son cœur pour le remplir de Dieu : en sorte pourtant que, loin de renier la fierté de sa race,. plus intrépide qu’aucun, cet humble éclipserait dans ses entreprises les hauts faits d’une longue suite d’aïeux. Nouvelle preuve que l’humilité ne déprime jamais. Charles atteignait à peine sa vingt-deuxième année, quand Pie IV, dont sa mère était la sœur, l’appelait au poste difficile qu’on nomme aujourd’hui la Secrétairerie d’État, et bientôt le créait cardinal, archevêque de Milan, semblait se complaire à entasser honneurs et responsabilités sur ses jeunes épaules. On était au lendemain du règne de Paul IV, si mal servi par une confiance pareille, que ses neveux, les Caraffa, y méritèrent le dernier supplice. Mais l’événement devait montrer que son doux successeur recevait en cela ses inspirations de l’Esprit-Saint, non de la chair et du sang.
Soixante ans déjà s’étaient écoulés de ce siècle de Luther qui fut si fatal au monde, et les ruines s’amoncelaient sans fin, tandis que chaque jour menaçait l’Église d’un danger nouveau. Les Protestants venaient d’imposer aux catholiques d’Allemagne le traité de Passau qui consacrait leur triomphe, et octroyait aux dissidents l’égalité avec la liberté. L’abdication de Charles-Quint découragé donnait l’empire à son frère Ferdinand, tandis que l’Espagne et ses immenses domaines des deux mondes allaient à Philippe II son fils ; or Ferdinand Ier inaugurait la coutume de se passer de Rome, en ceignant le diadème mis au front de Charlemagne par saint Léon III ; et Philippe, enserrant l’Italie par la possession de Naples au Sud, du Milanais au Nord, semblait à plusieurs une menace pour l’indépendance de Rome elle-même. L’Angleterre, un instant réconciliée sous Marie Tudor, était replongée par Élisabeth dans le schisme où elle demeure jusqu’à nos jours. Des rois enfants se succédaient sur le trône de saint Louis, et la régence de Catherine de Médicis livrait la France aux guerres de religion.
Telle était la situation politique que le ministre d’État de Pie IV avait mission d’enrayer, d’utiliser au mieux des intérêts du Siège apostolique et de l’Église. Charles n’hésita pas. Appelant la foi au secours de son inexpérience, il comprit qu’au déluge d’erreurs sous lequel le monde menaçait de périr, Rome se devait avant tout d’opposer comme digue l’intégrale vérité dont elle est la gardienne ; il se dit qu’en face d’une hérésie se parant du grand nom de Réforme et déchaînant toutes les passions, l’Église, qui sans cesse renouvelle sa jeunesse [Psalm. CII, 5.], aurait beau jeu de prendre occasion de l’attaque pour fortifier sa discipline, élever les mœurs de ses fils, manifester à tous les yeux son indéfectible sainteté. C’était la pensée qui déjà, sous Paul III et Jules III, avait amené la convocation du concile de Trente, inspiré ses décrets de définitions dogmatiques et de réformation. Mais le concile, deux fois interrompu, n’avait point achevé son œuvre, qui restait contestée. Depuis huit ans qu’elle demeurait suspendue, les difficultés d’une reprise ne faisaient que s’accroître, en raison des prétentions discordantes qu’affichaient à son sujet les princes. Tous les efforts du cardinal neveu se tournèrent à vaincre l’obstacle. Il y consacra ses jours et ses nuits, pénétrant de ses vues le Pontife suprême, inspirant son zèle aux nonces accrédités près des cours, rivalisant d’habileté autant que de fermeté avec les diplomates de carrière pour triompher des préjugés ou du mauvais vouloir des rois. Et quand, après deux ans donnés à ces négociations épineuses, les Pères de Trente se réunirent enfin, Charles apparut comme la providence et l’ange tutélaire de l’auguste assemblée ; elle lui dut son organisation matérielle, sa sécurité politique, la pleine indépendance de ses délibérations, leur continuité désormais ininterrompue. Retenu à Rome, il est l’intermédiaire du Pape et du concile. La confiance des légats présidents lui est vite acquise ; les archives pontificales en gardent la preuve : c’est à lui qu’ils recourent journellement, dans leurs sollicitudes et parfois leurs angoisses, comme au meilleur conseil, à l’appui le plus sûr.
Le Sage disait de la Sagesse : « A cause d’elle, ma jeunesse sera honorée des vieillards ; les princes admireront mes avis : si je me tais, ils attendront que je parle ; quand j’ouvrirai la bouche, ils m’écouteront attentifs, les mains sur leurs lèvres [Sap. VIII, 10-12.]. » Ainsi en fut-il de Charles Borromée, à ce moment critique de l’histoire du monde ; et l’on comprend que la Sagesse divine qu’il écoutait si docilement, qui l’inspirait si pleinement, ait rendu son nom immortel dans la mémoire reconnaissante des peuples [Ibid. 13.].
C’est de ce concile de Trente dont l’achèvement lui est dû, que Bossuet reconnaît, en sa. Défense de la trop fameuse Déclaration, qu’il ramena l’Église à la pureté de ses origines autant que le permettait l’iniquité des temps [Gallia orthodoxa, Pars III, Lib. XI, c. 13 ; VII, c. 40.]. Écoutons ce qu’à l’heure où les assises œcuméniques du Vatican venaient de s’ouvrir, l’évêque de Poitiers, le futur cardinal Pie, disait « de ce concile de Trente, qui, à meilleur titre que celui même de Nicée, a mérité d’être appelé le grand concile ; de ce concile dont il est juste d’affirmer que, depuis la création du monde, aucune assemblée d’hommes n’a réussi à introduire parmi les hommes une aussi grande perfection ; de ce concile dont on a pu dire que, comme un arbre de vie, il a pour toujours rendu à l’Église la vigueur de sa jeunesse. Plus de trois siècles se sont écoulés depuis qu’il termina ses travaux, et sa vertu curative et fortifiante n’a point cessé de se faire sentir [Discours prononcé à Rome, dans l’église de Saint-André della Valle, le 14 janvier 1870.]. »
« Le concile de Trente est demeuré comme en permanence dans l’Église au moyen des congrégations romaines chargées d’en perpétuer l’application, ainsi que de procurer l’obéissance aux constitutions pontificales qui l’ont suivi et complété [Instruction pastorale à l’occasion du prochain concile de Bordeaux, 26 juin 1830.]. » Charles inspira les mesures adoptées dans ce but par Pie IV, et au développement desquelles les Pontifes qui suivirent attachèrent leurs noms. La révision des livres liturgiques, la rédaction du Catéchisme romain l’eurent pour promoteur. Avant tout, et sur toutes choses, il fut l’exemplaire vivant delà discipline renouvelée, acquérant ainsi le droit de s’en montrer envers et contre tous l’infatigable zélateur. Rome, initiée par lui à la réforme salutaire où il convenait qu’elle précédât l’armée entière des chrétiens, se transforma en quelques mois. Les trois églises dédiées à saint Charles en ses murs [Saint-Charles aux Catinari, l’une des plus belles de Rome ; Saint-Charles au Corso, qui garde son cœur ; Saint-Charles aux Quatre-Fontaines.], les nombreux autels qui portent son nom dans les autres sanctuaires de la cité reine, témoignent de la gratitude persévérante qu’elle lui a vouée.
Son administration cependant et son séjour n’y dépassèrent pas les six années du pontificat de Pie IV. À la mort de celui-ci, malgré les instances de saint Pie V, qu’il contribua plus que personne à lui donner pour successeur, Charles quitta Rome pour Milan où l’appelait son titre d’archevêque de cette ville. Depuis près d’un siècle, la grande cité lombarde ne connaissait guère que de nom ses pasteurs, et cet abandon l’avait, comme tant d’autres en ces temps, livrée au loup qui ravit et disperse le troupeau [JOHAN. X, 12.]. Notre Saint comprenait autrement le devoir de la charge des âmes. Il s’y donnera tout entier, sans ménagement de lui-même, sans nul souci des jugements humains, sans crainte des puissants. Traiter dans l’esprit de Jésus-Christ les intérêts de Jésus-Christ sera sa maxime [Acta Eccl. Mediolanensis, Oratio habita in concil. prov. VI.], son programme les ordonnances édictées à Trente. L’épiscopat de saint Charles fut la mise en action du grand concile ; il resta comme sa forme vécue, son modèle d’application pratique en toute Église, la preuve aussi de son efficacité, la démonstration effective qu’il suffisait à toute réforme, qu’il pouvait sanctifier à lui seul pasteur et troupeau.
Nous eussions voulu donner mieux qu’un souvenir à ces Acta Ecclesiae Mediolanensis, pieusement rassemblés par des mains fidèles, et où notre Saint paraît si grand ! C’est là qu’à la suite des six conciles de sa province et des onze synodes diocésains qu’il présida, se déroule l’inépuisable série des mandements généraux ou spéciaux que lui dicta son zèle ; lettres pastorales, où brille le Mémorial sublime qui suivit la peste de Milan ; instructions sur la sainte Liturgie, la tenue des Églises, la prédication, l’administration des divers Sacrements, et entre lesquelles se détache l’instruction célèbre aux Confesseurs ; ordonnances concernant le for archiépiscopal, la chancellerie, les visites canoniques ; règlements pour la famille domestique de l’archevêque et ses vicaires ou officiers de tous rangs, pour les prêtres des paroisses et leurs réunions dans les conférences dont il introduisit l’usage, pour les Oblats qu’il avait fondés, les séminaires, les écoles, les confréries ; édits et décrets, tableaux enfin et formulaire universels. Véritable encyclopédie pastorale, dont l’ampleur grandiose ne laisse guère soupçonner la brièveté de cette existence terminée à quarante-six ans, ni les épreuves et les combats qui, semble-t-il, auraient dû l’absorber tout entière.
Mais il est temps d’écouter la sainte Église.
Carolus, Mediolani nobili Borromaeorum familia natus, quanta futurus esset sanctitate conspicuus, divina lux super parientis matris cubiculum noctu coruscans præsignavit. A pueritia clericali militiæ adscriptus, abbatia postmodum insignitus, patrem admonuit, ne reditus in rem familiarem converterentur : quorum ipse nactus administrationem, quidquid supererat, expendebat in pauperes. Adolescens liberalibus disciplinis Papiæ operam dedit. Castitatem adeo coluit, ut impudicas etiam mulieres ad labefactandam ejus pudicitiam pluries immissas invicta constantia fugaverit. Vigesimum tertium ætatis annum agens, a Pio Quarto ejus avunculo in sacrum Cardinalium collegium cooptatus, insigni pietatis ac virtutum omnium splendore præluxit. Mox ab eodem Mediolanensis archiepiscopus creatus, in eo plurimam operam adhibuit, ut juxta sacrosanctum Tridentinum concilium, quod ejus potissimum sollicitudine jam tum fuerat absolutum, ecclesiam sibi commissam componeret : atque ut depravatos plebis suæ mores reformaret, præter iteratam sæpius synodorum celebrationem, seipsum eximiæ sanctitatis præbuit exemplar. In profligandis hæreticis e partibus Rhætorum et Helvetiorum, quorum plurimos ad christianam fidem convertit, maxime laboravit.
Charles naquit au territoire de Milan, de la noble famille des Borromées. Une lumière divine, qui brilla de nuit sur la chambre où sa mère le mettait au monde, fit présager combien éclatante serait sa sainteté. Inscrit dès l’enfance dans les rangs de la milice cléricale, et pourvu bientôt d’une abbaye, il avertit son père qu’on ne devait pas convertir ses revenus en bien familial, prenant grand soin, dès que l’administration lui en fut remise, de distribuer lui-même tout le surplus aux pauvres. Pavie le vit adolescent s’adonner aux études libérales. Son amour de la chasteté lui fit repousser avec une invincible constance des femmes perdues envoyées plus d’une fois pour ébranler sa pureté. Agrégé dans sa vingt-troisième année au sacre collège des Cardinaux par Pie IV, son oncle, il l’illustra par la splendeur d’une piété insigne et de toutes les vertus. Pie IV le créa bientôt archevêque de Milan. On le vit dès lors employer tout son zèle pour appliquer dans l’Église à lui confiée le saint concile de Trente, dont l’achèvement récent était dû surtout à ses soins. Pour réformer les dérèglements de son peuple, il célébra de nombreux synodes, et se montra lui-même un modèle achevé de sainteté. Il se donna beaucoup de peine pour chasser l’hérésie de la Suisse et du pays des Grisons ; grand nombre d’habitants de ces contrées furent ainsi ramenés à la foi véritable.
Hujus viri caritas præcipue enituit, cum Uritano principatu vendito, pretium universum ad quadraginta aureorum millia, una die in pauperes erogavit. Nec minore pietate viginti millia, quæ sibi fuerant legata, distribuit. Ecclesiasticos proventus, quibus ab avunculo copiose fuerat cumulatus, dimisit, nonnullis retentis, quibus ad proprios usus et egenorum necessitates utebatur. Quo tempore pestis Mediolani grassabatur, domesticam supellectilem, ne relicto sibi lectulo, in eosdem alendos contulit, super nuda in posterum tabula discumbens ; eoque morbo laborantes sedulo invisens, paterno reficiebat affectu, et Ecclesiæ sacramenta, propriis ipse manibus administrans, mirum in modum solabatur : humillimis interim precibus reconciliator accedens, publica supplicatione indicta, fune sibi ad collum alligato, nudis pedibus, etiam offendiculo cruentatis, crucem bajulans, semetipsum pro peccatis populi hostiam, offerens, divinam indignationem avertere satagebat. Ecclesiasticae libertatis fuit acerrimus propugnator. Disciplinæ vero restituendæ sollicitus, a seditiosis, dum orationi insisteret, tormenti bellici laxata rota, igneo globulo percussus, divina virtute servatur illæsus.
Une des circonstances où la charité du bienheureux se signala davantage, fut lorsqu’en un seul jour il donna aux pauvres tout le prix provenant de la vente de la principauté d’Oria, lequel se montait à quarante mille écus d’or. Une autre fois, c’était vingt autres mille, reçus en legs, qu’il distribuait non moins généreusement. Abondamment pourvu de revenus d’Église par son oncle, il se démit de ses bénéfices, n’en retenant quelques-uns que pour subvenir à ses propres nécessités et aux besoins des malheureux. Au temps où la peste sévissait à Milan, il aliéna en faveur de ceux-ci le mobilier de sa maison, sans se réserver même un lit, et coucha dorénavant sur une planche nue. Les pestiférés eurent en lui un père dont la tendresse et le dévouement leur furent d’un merveilleux secours ; il les visitait assidûment, leur administrait les Sacrements de ses propres mains ce pendant que, s’interposant comme médiateur entre eux et le ciel, il s’abîmait dans la prière : on le vit présider des supplications publiques qu’il avait ordonnées, les pieds nus et en sang, la corde au cou, chargé d’une croix, s’offrant comme victime pour les péchés du peuple, s’évertuant à détourner la colère de Dieu. Il se montra l’intrépide défenseur de la liberté de l’Église. Son zèle pour le rétablissement de la discipline amena des rebelles à tirer sur lui un coup d’arquebuse, pendant qu’il était en prières ; mais par la protection divine, la balle, qui l’avait atteint, ne lui fit aucun mal.
Abstinentia fuit admirabili : jejunabat sæpissime, pane tantum et aqua, solis quandoque lupinis contentus. Nocturnis vigiliis, asperrimo cilicio, assiduis flagellis corpus domabat. Humilitatis ac mansuetudinis studiosissimus fuit. Orationem ac verbi Dei prædicationem, gravissimis licet curis occupatus, numquam intermisit. Multas ecclesias, monasteria, collegia ædificavit. Plura scripsit, ad episcoporum præsertim instructionem utilissima : cujus etiam opera parochorum catechismus prodiit. Demum in solitudinem Varalli montis, ubi sculptis imaginibus Dominicæ passionis mysteria ad vivum repræsentantur, secessit : ibique, diebus aliquot voluntaria castigatione asperam, sed Christi dolorum meditationibus suavem vitam ducens, in febrim incidit. Mediolanum reversus, ingravescente morbo, cinere ac cilicio coopertus, et oculis in crucifixi imaginem defixis, migravit in cœlum, ætatis anno quadragesimo septimo, Domini vero millesimo quingentesimo octogesimo quarto, tertio nonas Novembris. Quem miraculis clarum Paulus Quintus Pontifex Maximus in Sanctorum numerum retulit.
Son abstinence fut admirable : il jeûnait le plus souvent au pain et à l’eau, y ajoutant parfois quelques légumes. Il domptait son corps par les veilles, un âpre cilice, des disciplines sans fin. L’humilité et la douceur lui étaient deux vertus très chères. Bien qu’occupé des plus graves soins, il n’omit jamais de prier ni de prêcher. Il bâtit nombre d’églises, de monastères, de maisons d’enseignement. Nombreux furent ses écrits, et précieux, pour l’instruction surtout des évêques ; on doit aussi à son intervention le catéchisme des prêtres à charge d’âmes. Enfin s’étant retiré dans la solitude du mont Varallo, où les mystères de la Passion sont représentés au vif en de pieuses sculptures, il y passa quelques jours moins durs par ses macérations volontaires qu’ils n’étaient doux en la méditation des souffrances du Seigneur. Saisi de la fièvre en ce lieu, il revint à Milan ; mais le mal s’aggravant, on le couvrit du cilice et de la cendre, et les yeux sur le crucifix il passa au ciel. C’était le trois des nones de novembre, en la quarante-septième année de son âge, qui était l’an du Seigneur mil cinq cent quatre-vingt-quatre. Des miracles éclatèrent bientôt à son invocation, et le Souverain Pontife Paul V le mit au nombre des Saints.
Successeur d’Ambroise, vous fûtes l’héritier de son zèle pour la maison de Dieu ; votre action fut puissante aussi dans l’Église ; et vos deux noms, à plus de mille ans d’intervalle, s’unissent dans une commune gloire. Puissent de même s’unir au pied du trône de Dieu vos prières, en faveur de nos temps amoindris ; puisse votre crédit au ciel nous obtenir des chefs dignes de continuer, de reprendre au besoin, votre œuvre sur terre ! Elle éclata de vos jours en pleine évidence, cette parole des saints Livres : Tel le chef de la cité, tels sent les habitants [Eccli. X, 2.]. Et cette autre non moins : J’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens, dit le Seigneur [Jerem. XXXI, 14.].
Combien justement vous disiez, ô Charles : « Jamais Israël n’entendit pire menace que celle-ci : Lex peribit a sacerdote [La loi périra, s’éteindra, sera muette, au cœur du prêtre et sur ses lèvres. Ezech. vii, 26. Acta Eccl. Mediolan. Constitutiones et régula ; societatis scholarum doctrina : christianae, Cap. III.]. Prêtres, instruments divins, desquels dépend le bonheur du monde : leur abondance est la richesse de tous ; leur nullité, le malheur des nations [Concio I ad Clerum, in Synod. Dioeces. XI.]. »
Et lorsque, du milieu de vos prêtres convoqués en synode, vous passiez à l’auguste assemblée des dix-sept pontifes, vos suffragants ; réunis en concile, votre voix se faisait, s’il se peut, plus forte encore : « Craignons que le Juge irrité ne nous dise : Si vous étiez les éclaireurs de mon Église, pourquoi donc fermiez-vous les yeux ? Si vous vous prétendiez les pasteurs du troupeau, pourquoi l’avez-vous laissé s’égarer ? Sel de la terre, vous vous êtes affadis. Lumière du monde, ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort n’ont point vu vos rayons. Vous étiez Apôtres ; mais qui donc éprouva votre vigueur apostolique, vous qui jamais n’avez rien fait que pour complaire aux hommes ? Vous étiez la bouche du Seigneur, et l’avez rendue muette. Si votre excuse doit être que le fardeau dépassait vos forces, pourquoi fut-il l’objet de vos brigues ambitieuses [Oratio habita in Concil. prov II.] ? »
Mais, par la grâce du Seigneur Dieu bénissant votre zèle pour l’amendement des brebis comme des agneaux, vous pouviez ajouter, ô Charles : « Province de Milan, reprends espoir. Voici que, venus à toi, tes pères se sont rassemblés dans le but de guérir tes maux ; ils n’ont plus d’autre souci que de te voir porter des fruits de salut, multipliant à cette fin leurs efforts communs [Oratio habita in Concil. prov. VI.]. »
Mes petits enfants que j’enfante de nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous [Gal. IV, 19.] ! C’est l’aspiration de l’Épouse, le cri qui ne cessera qu’au ciel : et synodes, visites, réformation, décrets concernant prédication, gouvernement, ministère, ne sont à vos yeux que la manifestation de cet unique désir de l’Église, la traduction du cri de la Mère [Apoc. XII, 2.] en travail de ses fils [Concio I ad Clerum, in Synod. diœces. XI.].
Daignez, bienheureux Pontife, ranimer en tous lieux l’amour de cette discipline sainte, où la sollicitude pastorale qui vous rendit glorieux [Collecte de la fête.] trouva le secret de sa fécondité merveilleuse. Il peut suffire aux simples fidèles de n’ignorer point que parmi les trésors de l’Église leur Mère existe, à côté de la doctrine et des Sacrements, un corps de droit incomparable, œuvre des siècles, objet de légitime fierté pour tous ses fils dont il protège les privilèges divins ; mais le clerc, qui se voue à l’Église, ne saurait la servir utilement sans l’étude approfondie, persévérante, qui lui donnera l’intelligence du détail de ses lois ; mais fidèles et clercs doivent supplier Dieu que le malheur des temps ne mette plus obstacle à la tenue par nos chefs vénérés de ces assemblées conciliaires et synodales prescrites à Trente [Sessio XXIV, de Reformatione cap. II.], magnifiquement observées par vous, ô Charles, qui fîtes l’expérience de leur vertu pour sauver la terre. Veuille le ciel exaucer en votre considération notre prière, et nous pourrons redire avec vous [Concio I ad Clerum, in Synod. XI.] à l’Église : « 0 bénigne Mère, ne pleurez plus ; vos peines seront récompensées, vos fils vous reviendront de la contrée ennemie. Et moi, dit le Seigneur, j’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens [Jerem. XXXI, 16, 14.]. »
Offrons notre hommage aux deux Martyrs dont la mémoire précéda celle de Charles Borromée sur le Cycle en ce jour. Vital et Agricola, l’esclave et le maître, montrèrent, par leur rencontre dans l’arène glorieuse, que la vraie noblesse se rit des inégalités sociales. Saint Ambroise, séjournant à Bologne où ils avaient souffert, retrouva leurs corps et célébra leur commun triomphe [Ambr. Lib. de Exhortat. Virginit. I.]. L’Église, à la suite de l’abeille de Milan, n’a point cessé de les associer dans une commune gloire.
ORAISON.
Præsta, quæsumus omnipotens Deus, ut, qui sanctorum Martyrum tuorum Vitalis et Agricolæ solemnia colimus, eorum apud te intercessionibus adjuvemur. Per Dominum.
Accordez, Dieu tout-puissant, à nous qui célébrons la solennité de vos saints Martyrs Vital et Agricola, la grâce d’être aidés près de vous par leurs prières. Par Jésus-Christ.
Revenons à l’Octave des Saints par cette Séquence de Notker, que l’Allemagne chantait jadis au jour de la fête.
SEQUENCE.
OMNES sancti Seraphim, Cherubim, Throni quoque Dominationesque,
Principatus, Potestates, Virtutes,
Archangeli, Angeli, vos decet laus et honores.
Ordines novem spirituum beatorum,
Quos in Dei laudibus firmavit caritas,
Vos quos Dei gratia vincere terrea,
Nos fragiles homines firmate precibus :
Et angelis socios fecit esse polo :
Ut spiritales pravitates vestro juvamine vincentes fortiter,
Vos patriarchae, prophetae, apostoli, confessores, martyres, monachi, Virgines,
Nunc et in aevum vestris simus digni sollemniis interesse sacris.
Et viduarum sanctarum omniumque placentium populus supremo Domino,
Nos adjutorium nunc et perenniter foveat, protegat, ut vestrum
Tous les saints Séraphins, Chérubins, Et Trônes et Dominations,
In die poscimus gaudiorum vestrorum. Amen.
Principautés, Puissances, Vertus,
Archanges, Anges, à vous louange, honneurs !
Vous êtes les neuf ordres des esprits bienheureux
Que l’amour affermit dans la divine louange :
Fragiles humains, que vos prières nous affermissent de même ;
Que par vous secourus, nous repoussions courageusement les esprits de malice,
Afin d’être dignes de prendre part à vos solennités sacrées, maintenant et dans l’éternité.
Vous que la grâce de Dieu fit vainqueurs sur terre,
Et au ciel compagnons des anges :
Vous patriarches, prophètes, apôtres, confesseurs, martyrs, moines, vierges,
Peuple des saintes veuve s et de tous ceux qui plurent au Seigneur suprême :
Que votre appui, maintenant et toujours, soit notre garde et protection ;
C’est notre prière au jour de vos joies.
Amen.
Nous empruntons à l’Euchologe, ou Rituel des Grecs, quelques traits de ses prières pour les morts.
IN OFFICIO EXSEQUIARUM.
Gloria Deo cui ita complacuit.
VENITE, extremum vale, Deo gratias agentes, defuncto dicamus. Illi Dominus requiem conferat, precemur.
Venez, disons au mort le dernier adieu, en rendant grâces au Seigneur. Prions le Seigneur de lui donner le repos.
Qualis vita nostra est ? Flosculus, vapor, matutinus ros vere. Adeste igitur et sepulcra circumlustremus. Ubi corporis venustas ? Ubi juventus ? Ubi illa lu-mina ? Ubi carnis species ? Cuncta velut foenum apparuerunt, dissipata sunt cuncta. Venite et Christo cum lacrymis procidamus.
Qu’est-ce donc que notre vie ? Une fleur, une vapeur, véritablement la rosée du matin. Venez : parcourons les tombeaux. Qu’est devenue cette beauté ? qu’est devenue cette jeunesse ? et ces yeux ? et cette grâce attrayante ? Tout n’était qu’une herbe éphémère, tout s’est flétri ! Aux pieds du Christ, laissons couler nos pleurs.
Salva sperantes in te, Mater solis occasum nescientis ; Dei genitrix, optimum tuum natum precibus tuis interpella, precamur, ut ei qui hinc migravit, det requiem, ubi justorum anima : quiescunt : divinorum bonorum in aulis justorum haeredem ilium constitue, in memoria aeterna, o immaculata.
Sauvez ceux qui espèrent en vous, Mère du soleil qui ne connaît pas de couchant ! Mère de Dieu, nous vous en supplions, intervenez près de votre très doux fils : priez-le qu’à celui qui nous quitte il donne le repos, là où les âmes des justes sont dans la paix. Immaculée, faites-le entrer en possession du divin héritage, au séjour des élus ; que sa mémoire soit éternelle.
Christus verus Deus noster qui a mortuis surrexit, intercessionibus illibatae suae Matris et omnium Sanctorum, servi sui vita functi animas in justorum tabernaculis collocet, in Abraham sinibus reclinet, justis annumeret ; nos-trique misereatur ut bonus et clemens. Amen.
Que le Christ notre vrai Dieu, lui qui ressuscita d’entre les morts, daigne, avant égard à l’intercession de sa très pure Mère et de tous les Saints, placer son défunt serviteur dans les tabernacles des justes, le faire reposer doucement, ce nouveau juste, au sein d’Abraham, et, dans sa bonté, dans sa clémence, avoir aussi pitié de nous. Amen.
Aeterna tibi sit memoria, semper beande et jugi animo recolende Frater noster.
A vous éternelle mémoire, ô notre Frère ! Soyez heureux à jamais ; comme toujours aura souvenir de vous notre cœur.
Gloire à Dieu, auquel il a plu ainsi !
LE V NOVEMBRE. CINQUIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT.
Et l’Esprit et l’Épouse disent : Venez. Que celui qui écoute dise aussi : Venez [Apoc. XXII, 17.] – Oui ; je viendrai bientôt [Ibid. 20.]. – Amen ! Venez Seigneur Jésus [Ibid.]. Sans négliger de faire monter vers l’Église triomphante l’hommage de nos chants, sans cesser d’apporter nos suffrages à l’Église souffrante, n’omettons pas de considérer l’Église militante, en ces jours où l’évolution du Cycle sacré nous la montre à la veille d’achever son œuvre sur terre. Modèle de ses fils, c’est surtout à l’heure où finira notre pèlerinage d’ici-bas qu’il convient que son attitude soit la nôtre. Or le dialogue précité, qui terminera l’histoire du monde, fait assez voir les sentiments auxquels dès maintenant l’Esprit la dispose en prévision du moment suprême.
Comme sont brisés dans l’homme, par la souffrance de ses derniers jours, les liens qui le retenaient à la vie des sens ; de même, si violemment qu’elle en doive être heurtée, les dernières convulsions sociales auront pour résultat de dégager l’Église des entraves d’un monde qu’elle devra renoncer à disputer davantage à la ruine. Et c’est pourquoi rendue au libre essor, si l’on peut dire ainsi, de sa spontanéité native, elle se consumera de l’unique désir qu’avaient, semblait-il, comprimé les siècles, maintenu à l’arrière-plan tant de labeurs ; elle n’aura plus qu’un mot : Venez ! Et dans le cataclysme où, le soleil obscurci, la lune refusant sa lumière, les vertus des cieux seront ébranlées [Matth. XXIV, 29.], elle tressaillira, n’ignorant point qu’au milieu de cette nuit-là même va retentir le cri : Voici l’Époux [Ibid. XXV, 6.] !
Que celui donc qui écoute, que chacun de nous dise aussi : Venez ! Si nous aimons le Seigneur, si l’on doit reconnaître en nous les membres de son Église bien-aimée, justifions ce beau titre, en ne voyant que par les yeux de l’Église, en n’appréciant que par son cœur toutes choses et, plus que tout, la mort : dans le suprême passage saluons, pour les nôtres et pour nous, l’entrée des noces éternelles. Nous le savons : à qui veut loyalement le Seigneur, le Seigneur ne saurait manquer ; fallût-il, par delà cette vie, solder à sa justice quelques dettes encore, rectifier l’un ou l’autre détail de parure avant de nous asseoir au banquet des cieux, le béni passage n’en donne pas moins sans nul retard et de plain-pied, pour tous les justes, accès dans l’impeccabilité, dans la sécurité de l’amour à jamais sauf.
Comme nous le verrons, c’est bien ainsi que l’entendaient nos pères.
Les Églises de France, de Suisse, d’Angleterre avaient, en grand nombre, fait choix de cette Séquence pour chanter les Saints.
SEQUENCE.
CHRISTO inclyto candida Nostra canunt melodiam agmina,
Angelorum concio tota
Laudes omnibus dantia Sanctis per haec sacrata festalia.
Et Archangelorum turba inclyta
Mariam primum vox sonet nostra, Per quam nobis vitae sunt data praemia.
Regina, quae es mater et casta,
Solve nostra per Filium tuum peccata.
Nostra diluant jam peccata,
Parando supera caeli gaudia.
Tu propheta, praeco, lucerna,
Atque plus quam propheta,
In lucida nos pone via, Mundans nostra corpora.
Apostolorum princeps Atque cuncta
Juncta caterva,
Jam corrobora
Vera in doctrina
Plebis pectora.
Stephane gloriose, Rutilans in corona,
Sanctorumque Martyrum Turma valida,
Fortia date corda, Corpora aeque firma, Sacra ut hostem vincant Rite spicula.
Martine inclyte
Et praesulum omnis caterva,
Suscipe nunc pia, Modo nostra clemens precata.
Regina Virginum permaxima,
Tu Mater es incorrupta, Virgo et gravida ;
Sacrata Domino est castitas :
Nostras serva animas Mundaque corpora.
Monachorum veneranda suffragia
Omniumque Sanctorum contubernia
Per precata assidua Nostra gubernent tempora,
Polorum vera gaudia.
Nosque ducant ad superna
Subjungant pium agmina Amen redempta.
Au Christ glorieux nos blanches phalanges adressent leurs chants dans cette fête auguste, célébrant tous les Saints.
Que notre voix nomme Marie la première : par elle la vie nous fut conquise. Mère et vierge, ô notre Reine, délivrez-nous par votre Fils des liens de nos péchés.
Que tous les Anges et les Archanges, leurs glorieux princes, toutes fautes effacées, nous disposent à goûter les surhumaines délices des cieux.
Vous qui, héraut du Christ et son flambeau, fûtes prophète et plus que prophète, conduisez-nous dans le chemin de la lumière et purifiez – nous.
Prince des Apôtres, avec tout le collège sacré, affermissez pour toujours les cœurs du peuple chrétien dans la véritable doctrine.
Illustre Étienne à la couronne resplendissante, vaillante armée des saints Martyrs, donnez-nous l’intrépidité des cœurs et des corps pour abattre l’ennemi sous les traits de notre foi sainte.
Glorieux Martin, dans l’assemblée des saints Pontifes, en ce jour, à cette heure, agréez bénignement nos humbles prières.
Reine des Vierges, et incomparablement la plus grande, vous êtes mère et la souillure ne vous atteint pas, vous êtes vierge et portez votre fruit ; pour le Seigneur la pureté est sacrée : gardez purs nos âmes et nos corps.
Que les Moines parleurs pieux suffrages, que tous les ordres des Saints par leurs prières assidues, gouvernent nos temps ; qu’ils nous conduisent par delà ce monde aux joies non menteuses.
Amen ! dise pieusement pour finir le peuple racheté.
Le dixième Chant du Cathemerinon de Prudence fournit l’Hymne qui suit à l’Office mozarabe des Vêpres des morts.
HYMNE.
Deus ignee fons animarum,duo qui socians elementavivum simul ac moribundumhominem Pater effigiasti :Tua sunt, tua rector utraque,tibi copula iungitur horum,tibi, dum vegetata cohaerent,et spiritus et caro servit.Rescissa sed ista seorsumsolvunt hominem perimuntque,humus excipit arida corpus,animae rapit aura liquorem.Quia cuncta creata necesse estlabefacta senescere tandem,conpactaque dissociari,et dissona texta retexi.Hinc maxima cura sepulcrisinpenditur : hinc resolutoshonor ultimus accipit artuset funeris ambitus ornat.Candore nitentia claropraetendere lintea mos est,adspersaque myrrha Sabaeocorpus medicamine servat.Hoc provida Christicolarumpietas studet, utpote credensfore protinus omnia viva,quae nunc gelidus sopor urget.Qui iacta cadavera passimmiserans tegit aggere terrae,opus exhibet ille benignumChristo pius omnipotenti :Quia lex eadem monet omnesgemitum dare sorte sub una,cognataque funera nobisaliena in morte dolere.Sequimur tua dicta redemptor,quibus atra morte triumphanstua per vestigia mandassocium crucis ire latronem.Patet ecce fidelibus amplivia lucida iam paradisi,licet et nemus illud adire,homini quod ademerat anguis.Illic precor, optime ductor,famulam tibi praecipe mentem
Quam liquerat exsul, et errans.
Genitali in sede sacrari,
Animas, non immemor ob hoc,
Quarum memores su-mus ipsi,
Deus, sorde rogamus, piatas,
Erebi rogis fac alienas.
Sit honor tibi, fons pietatis
Laus, gloria, summa po-testas
Patri, Genito, sive Domino
Orbis Regi ; qui Deus unus.
Source embrasée des âmes, ô Dieu, c’est dans l’union de deux principes, immortel et mortel, que vous fîtes l’homme, en vous nommant son Père.
Amen.
Tous les deux sont à vous, bien à vous, ô Seigneur suprême : comme par vous leur union s’accomplit, c’est pour vous qu’elle subsiste et qu’ils vivent, c’est vous que servent ensemble l’esprit et la chair.
S’ils se séparent, l’homme se dissout et il meurt : le corps retourne au terrestre limon ; L’âme subtile est emportée vers les cieux.
C’est une nécessité que toute créature se débilite et qu’elle vieillisse enfin, que l’assemblage se disjoigne, que l’union d’éléments dissonants ne dure pas.
De là les soins si grands donnés aux tombeaux, et le suprême honneur rendu à ces membres inanimés qu’exalte la pompe des funérailles.
Ainsi veut que soit fait, en vue de l’avenir, la piété des disciples du Christ : elle croit que revivront soudain tous ces corps plongés maintenant dans le glacial sommeil.
Quiconque pieusement recouvre de terre ces dépouilles humaines que la mort disperse en tous lieux, celui-là fait œuvre de miséricorde, œuvre que bénit comme faite à lui-même le Christ tout-puissant.
La commune loi nous avertit assez qu’un même douloureux sort étant ici celui de tous, la mort d’un étranger doit comme celle de nos proches attendrir nos cœurs.
Mais nous nous attachons à vos paroles, à Rédempteur, quand, terrassant la sombre mort, vous mander au compagnon de votre croix, au larron, de vous suivre.
Voici qu’enfin s’ouvre devant vos fidèles la voie brillante qui mène au paradis sans bornes ; voici qu’à l’homme est rendu l’accès du jardin de délices dont le serpent l’avait fait exclure.
O Guide très bon, recevez ma prière : cette âme votre servante, ordonnez que, par vous sanctifiée, elle rentre en ce séjour originel qu’elle avait quitté pour l’exil et ses égarements.
Et c’est pourquoi aussi, souvenez-vous, ô Dieu, des âmes dont nous faisons mémoire à cette heure : faites, nous vous en supplions, que purifiées de leurs souillures, elles échappent aux brasiers d’enfer.
Honneur soit à vous, source de miséricorde ! Louange, gloire, puissance souveraine au Père, au Fils, au Dominateur qui régit l’univers : un seul Dieu.
Amen.
La Préface suivante, d’une heureuse inspiration et rappelant des formules anciennes, est en usage en beaucoup de lieux aujourd’hui pour la Messe des défunts.
PRÉFACE.
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus ; per Christum Dominum nostrum. In quo nobis spem beatae resurrectionis concessisti : ut dum naturam contristat certa moriendi conditio, fidem consoletur futurae immortalitatis promissio. Tuis enim fidelibus, Domine, vita mutatur, non tollitur ; et dissoluta terrestris hujus habitatione domo, aeterna in cœlis habitatio comparatur. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cumque omnia cœlestis exercitus, hymnum gloriae tuae canimus, sine fine dicentes : Sanctus, sanctus, sanctus.
C’est une chose vraiment digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux. Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; par Jésus-Christ notre Seigneur : en qui vous nous avez donné l’espérance de la résurrection bienheureuse. Si la nature s’attriste à la pensée de l’inévitable mort, la foi, maintenant, se console dans la promesse de la future immortalité. Car chez vos fidèles, Seigneur, la vie se transforme, elle ne s’éteint pas ; et, pour cette demeure de notre terrestre séjour qui tombe en ruines, c’est une demeure éternelle que nous échangeons dans les cieux. C’est pourquoi donc, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec l’armée entière des cieux, nous chantons l’hymne de votre gloire, disant, sans jamais cesser : Saint ! Saint ! Saint !
LE VI NOVEMBRE. SIXIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT.
Vous êtes mon héritage, Seigneur, alléluia, dans la terre des vivants, alléluia, alléluia. – Tirez de cette prison mon âme ; elle louera votre nom dans la terre des vivants, alléluia, alléluia. – Gloire et honneur au Père, au Fils, au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles, en la terre des vivants, alléluia, alléluia.
Ainsi débutent les chants pour les morts au Missel mozarabe [In Missa defunctorum Officium (seu Introitus). Tu es portio mea, Domine, alleluia, in terra viventium, alleluia, alleluia.— V/. Educ de carcere animam meam ad comitendum nomini tuo : in terra viventium, alleluia, alleluia. – Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, in sa ; cula saxulorum, amen : in terra viventium, alleluia, alleluia.]. Les Grecs pareillement n’ont pas de mot qui revienne plus souvent que l’Alléluia dans l’Office des défunts [Goar, Nota 6a ad Officium Exsequiarum in Euchologio.]. Or Grecs et Mozarabes ne font en cela qu’observer jusqu’à nos jours une coutume générale autrefois dans l’Église entière.
Saint Jérôme nous dit comment, à la mort de Fabiola, « tout le peuple romain rassemblé, les psaumes retentissaient éclatants, et le sublime Alléluia remplissant les temples ébranlait leurs toits d’or [Hieron. ad Oceanum, de morte Fabiolae.]. » Deux siècles plus tard, le récit des funérailles de sainte Radegonde par sa fille Baudonivie montre que, si des larmes soumises n’étaient pas interdites aux survivants et pouvaient parfois couler abondantes, l’usage des Gaules cependant ne différait pas en ce point de celui de Rome même [Baudonivia, Vita Radegundis, 28.]. C’est ce qu’atteste encore, pour les temps qui suivirent, le manuscrit de Reims cité par Dom Hugues Ménard en ses notes sur le Sacramentaire grégorien [Nota 680.], et où l’on prescrit comme prélude aux prières de la sépulture le chant de l’In exitu Israël de Aegypto avec Alléluia pour Antienne.
Quand saint Antoine ensevelit au désert le corps de saint Paul ermite, le biographe de celui-ci nous raconte que, se conformant à la tradition chrétienne, Antoine chanta en la circonstance des hymnes aussi bien que des psaumes [Hieron. Vita S. Pauli primi eremitae, 16.]. C’était bien la tradition chrétienne, en effet, universelle, identique sous tous les cieux.
Saint Jean Chrysostome constate lui aussi le fait, et il nous en donne l’explication : « Dis moi ; ne sont-ce pas des vainqueurs que ces morts conduits par nous à la resplendissante lumière des flambeaux, au chant des hymnes ? Oui ; nous louons Dieu et lui rendons grâces : car, ce défunt, il le couronne ; il a mis fin à son labeur ; il le garde près de lui délivré de toute crainte. Ne cherche pas d’autre explication à ces hymnes, à ces psaumes : ils expriment la joie [Chrys. In epist. ad Hebr. Homil. IV.]. »
Saint Denys ne parle pas autrement en son livre de la Hiérarchie ecclésiastique. Après avoir dit la joie du chrétien mourant qui voit approcher la fin de la lutte et l’éternelle sécurité [Dionys. De eccles. hierarch. Cap. VII, I, § 1, 2.], il ajoute : « Les proches du défunt, ses proches en Dieu et dans la sainteté, le proclament bienheureux d’avoir vaincu enfin, et ils adressent des chants d’action de grâces au céleste auteur de la victoire C’est en demandant pour eux-mêmes un sort semblable, qu’ils le conduisent à l’hiérarque, distributeur des saintes couronnes, auquel appartient d’accomplir les rites augustes ordonnés à l’égard de ceux qui se sont endormis dans le Seigneur [Ibid. § 3.— Voir pour le témoignage des monuments, spécialement en nos régions, Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, nos 44. 73, etc.]. »
Suprêmes honneurs, autant que derniers devoirs rendus par l’Église à ses fils, et dont nous rappellerons demain quelques traits.
Nous emprunterons avec quelques Églises les strophes suivantes au dixième Chant du Cathemerinon, qui déjà nous donnait hier l’Hymne mozarabe des morts.
HYMNE
Iam moesta quiesce querela, Lacrymas suspendite, matres, Nullus sua pignora plangat : Mors haec reparatio vitae est.
Quidnam sibi saxa cavata, Quid pulchra volunt monumenta ? Res quod nisi creditur illis Non mortua, sed data somno ?
Venient cito saecula, quum iam Socius calor ossa revisat, Animataque sanguine vivo Habitacula pristina gestet.
Nam, quod requiescere corpus Vacuum sine mente videmus, Spatium breve restat, ut alti Repetat collegia sensus.
Quae pigra cadavera pridem Tumulis putrefacta iacebant, Volucres rapientur in auras, Animas comitata priores.
Tu depositum tege corpus : Non immemor ille requiret Sua munera fictor et auctor Propriique aenigmata vultus.
Sic semina sicca virescunt Iam mortua iamque sepulta, Quae reddita cespite ab imo Veteres meditantur. aristas.
Nunc suscipe terra fovendum, Gremioque hunc concipe molli : Hominis tibi membra sequestro, Generosa et fragmina credo.
Animae fuit hic domus olim, Factoris ab ore creatae ; Fervens habitavit in istis Sapientia principe Christo.
Veniant modo tempora justa Cum spem Deus impleat omnem, Reddas patefacta necesse est Qualem tibi trado figuram. Amen.
Cessez, lamentations ; mères, arrêtez vos larmes ; vous qui pleurez sur des enfants chéris, ne vous désolez pas : cette mort, c’est le renouvellement de la vie.
Que nous veulent dire ces marbres sculptés, ces splendides monuments, sinon que ce qu’ils gardent est, non pas mort, mais endormi ?
Ce corps que nous voyons gisant inanimé, encore un peu de temps, et il redeviendra le compagnon du principe spirituel qui est monté aux cieux.
Bientôt doit sonner l’heure où la vie, réchauffant ces ossements délaissés, les animant d’un sang fécond, y reprendra son premier séjour.
Inertes cadavres couchés dans la pourriture des tombeaux, voici qu’alertes comme l’oiseau ils s’élèveront dans les airs, associés aux mêmes âmes que jadis.
Ainsi reverdit la semence desséchée, morte elle aussi, ensevelie de même : elle sort de la glèbe où on l’avait enfouie, rappelant les épis d’autrefois.
Reçois maintenant, ô terre, ce dépôt à ta garde laissé ; que ton sein lui soit doux : nous confions à tes profondeurs ces membres humains, noble dépouille, trésor sans prix.
Cette chair fut la demeure d’une âme créée par le souffle du Tout-Puissant ; le Christ fut son roi ; la Sagesse habita ces membres et leur communiqua sa divine chaleur.
Recouvre donc ce corps à toi confié : il ne l’oubliera pas, Celui qui en fut l’auteur ; il te le redemandera, ce trésor, avec les traits qu’il y grava de sa propre image.
Qu’ils viennent bientôt les temps promis où Dieu comblera toutes nos espérances ! Alors que s’ouvriront les tombes, il faudra que tu me rendes ce visage aimé qu’aujourd’hui je te livre. Amen.
Ce Répons est le dernier du troisième Nocturne à l’Office abrégé des morts, au cours de l’année. Nous le faisons suivre d’une antique Oraison, qui se retrouve dans le rit ambrosien plus spécialement appropriée aux bienfaiteurs et parents défunts [Oratio super sindonem, in Missa quotidiana pro defunctis Fratribus, Sororibus, Propinquis et Benefactoribus.].
RÉPONS.
R. LIBERA me, Domine, de viis inferni, qui portas aereas confregisti : et visitasti infernum, et dedisti eis lumen, ut viderent te, * Qui erant in poenis tenebrarum.
V. Clamantes et dicentes : Advenisti, Redemptor noster. * Qui erant.
V. Requiem aeternam dona eis, Domine : et lux perpetua luceat eis. * Qui erant.
r. Délivrez-moi, Seigneur, des sentiers infernaux, vous qui, brisant les portes d’airain, avez visite les demeures souterraines et éclairé leurs habitants, pour qu’ils vous vissent, * Eux qui souffraient dans les ténèbres.
V/. Ils criaient et disaient : Vous êtes enfin venu, ô notre Rédempteur ! * Eux qui
souffraient.
V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans
fin. * Eux qui souffraient.
ORAISON.
DEUS vita viventium, spes morientium, salus omnium in te sperantium, praesta propitius, ut animai famulorum famularumque tuarum a nostrae mortalitatis tenebris absolutae in perpetua cula sanctis tuis luce laetentur. Per Dominum.
O Dieu, vie des vivants, espérance des mourants, salut de tous ceux qui espèrent en vous, soyez-nous propice, exaucez-nous : que les âmes de vos serviteurs et de vos servantes, dégagées des ténèbres de notre mortalité, se réjouissent en la compagnie de vos saints dans l’éternelle lumière. Par Jésus-Christ.
Souvent assignée à d’autres fêtes, la Prose suivante, œuvre d’Adam de Saint-Victor, fut cependant elle aussi chantée en plusieurs lieux pour célébrer tous les Saints.
SÉQUENCE.
SUPERNAE matris gaudia Repraesentet Ecclesia : Dum festa colit annua, Suspiret ad perpetua.
Mundus, Caro, daemonia Diversa movent proelia : Incursu tot phantasmatum Turbatur cordis sabbatum.
In hac valle miseriae Mater succurrat filiae : Hic caelestes excubiae Nobiscum stent in acie.
Dies festos cognatio Simul haec habet odio, Certatque pari foedere Pacem de terra tollere.
Confusa sunt hic omnia, Spes, metus, maeror, gaudium : Vix hora vel dimidia Fit in caelo silentium.
Que l’Église d’ici-bas célèbre les joies de sa mère, l’Église des cieux ; que le retour des fêtes annuelles la porte à désirer les éternelles.
Quam felix illa civitas In qua jugis solemnitas ! Et quam jocunda curia, Quae curae prorsus nescia !
Que la mère prête secours à la fille en cette vallée de misère ; que les armées d’en haut nous aident à mener la bataille.
Nec languor hic, nec senium, Nec fraus, nec terror hostium, Sed una vox laetantium Et unus ardor cordium.
Le monde, la chair et les démons multiplient contre nous les combats ; quel assaut de spectres hideux ! la quiétude du cœur en est troublée.
Illic cives angelici Sub hierarchia triplici, Trinae gaudent et simplici Se Monarchiae subjici.
Toute cette engeance a les jours de fête en horreur ; elle s’évertue d’un commun accord à faire disparaître la paix de la terre.
Mirantur, nec deficiunt, In ilium quem prospiciunt : Fruuntur, nec fastidiunt, Quo frui magis sitiunt.
Ici tout est mélange confus d’espoir, de crainte, de tristesse et de joie : au ciel, à peine se fit, dit l’Apocalypse, une demi-heure de silence [Apoc. VIII, 1.].
Illic patres dispositi Pro dignitate meriti, Semota jam caligine Lumen vident in lumine.
Que fortunée est cette cité où nulle fête ne prend fin ! combien heureuse l’assemblée où tout souci est inconnu !
Hi sancti quorum hodie Celebrantur solemnia Jam revelata facie Regem cernunt in gloria.
Là point de maladie, point de vieillesse ni de déclin ; point de tromperie, ni de crainte d’ennemis : mais concert unanime d’allégresse, unanime amour dans les cœurs.
Illic Regina virginum, Transcendens culmen ordinum, Excuset apud Dominum Nostrorum lapsus criminum.
Là sous leur triple hiérarchie, les Anges, habitants du ciel, se prosternent joyeux devant la trine et simple Unité qui gouverne le monde.
Nos ad sanctorum gloriam, Per ipsorum suffragia, Post praesentem miseriam Christi perducat gratia. Amen.
Ils admirent, sans se lasser, Dieu qu’ils contemplent ; ils jouissent de lui, ne s’en rassasient pas, affamés qu’ils sont d’en jouir plus toujours.
Là sont nos pères, rangés dans l’ordre du mérite ; pour eux enfin toute ombre est tombée : dans la lumière ils voient la lumière [Psalm. XXXV, 10.].
Ces saints dont la solennité se célèbre aujourd’hui, face à face maintenant, ils voient le Roi dans sa gloire.
Là resplendit la Reine des vierges, plus haut que tous les sommets : qu’elle daigne, auprès du Seigneur, excuser nos coupables chutes.
Par les suffrages des saints, que la grâce de Jésus-Christ nous conduise de la misère présente à leur état glorieux.
Amen.
LE VII NOVEMBRE. SEPTIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT.
Grand mystère que celui qui s’accomplit en nos morts ! s’écrie saint Jean Chrysostome. Mystère de louange et d’allégresse, lorsque mandée par le Roi des rois, l’âme s’en va vers son Seigneur, accompagnée des Anges venus pour cela des cieux ! Et toi, tu te lamentes [Chrys. in Acta Ap. Homilia XXI, 3,4.] ?… Pourtant, lorsque l’époux auquel tu l’as donnée emmène ta fille au loin, tu ne te plains pas s’il la rend heureuse ; bien que l’absence puisse te peser, la tristesse en est tempérée : sera-ce donc parce que ce n’est pas un homme, un esclave comme nous, qui s’attribue quelqu’un des tiens, mais le Seigneur lui-même, que ton chagrin doit passer toutes bornes ? Je ne te demande point de ne verser aucune larme : pleure, mais sans te désoler comme ceux qui n’ont point d’espérance [I Thess. IV, 12.] ; et sache n’en pas moins rendre grâces comme il est juste, honorant par là tes morts autant que glorifiant Dieu, leur faisant ainsi de splendides funérailles [Chrys. Homilia de Dormientibus, Va de Lazaro, 2.]. »
Tel était le sentiment dont s’inspiraient nos pères, en ces adieux de la liturgie primitive qui contrastaient si grandement avec les pompes désolées des païens, et semblaient faire du cortège funèbre une conduite d’épousée.
Des mains pieuses lavaient d’abord respectueusement la dépouille mortelle sanctifiée par l’eau du baptême et l’huile sainte, si souvent honorée de la visite du Seigneur en son Sacrement. On la revêtait ensuite des vêtements d’honneur sous lesquels elle avait servi l’Époux. Comme lui au tombeau, on l’entourait elle aussi de parfums. Souvent même, sur sa poitrine, à l’issue du Sacrifice d’action de grâces et de propitiation, on déposait l’Hostie sainte. Et c’est ainsi que dans une admirable succession de prières et de chants de triomphe, parmi les nuages d’encens, à la lumière de torches nombreuses, elle était conduite au champ du repos où la sépulture chrétienne allait l’associer au dernier mystère de la vie mortelle du Sauveur. Comme au grand Samedi sur le jardin du Golgotha, la Croix nue, dépossédée de son divin fardeau, y planait sur les tombes où l’Homme-Dieu continuait d’attendre, en ses membres mystiques, l’heure assurée de la résurrection.
Au moyen âge, pendant le trajet vers la tombe et la sépulture, on chanta longtemps à Rome, aussi bien que dans le reste de la chrétienté latine, sept Antiennes célèbres, dont l’In paradisum et le Subvenite perpétuent d’ailleurs jusqu’à nous l’inspiration touchante, en pleine harmonie avec les considérations qui précèdent. La première, Aperite mihi portas justitiae, formait le refrain du Psaume CXVII, Confitemini Domino quoniam bonus, et relevait ses accents de victoire, auxquels l’Église emprunte le glorieux Verset qui revient sans fin sur ses lèvres en la Solennité des solennités : Haec dies quam fecit Dominus, exsultemus et laetemur in ea. « C’est le jour que le Seigneur a fait, tressaillons et réjouissons-nous [Psalm. CXVII, 24.]. »
Mais le mieux est de donner la série entière des sept Antiennes, avec l’indication des Psaumes qu’elles accompagnaient. La dernière et le Cantique Benedictus sont encore en usage, ainsi que le Répons Subvenite et l’Antienne In paradisum, indiqués présentement au Rituel, le premier pour l’entrée à l’église, l’autre pour la sortie.
1. ANT. Aperite mihi portas justitiae, ingressus in eas confitebor Domino.
1. Ant. Ouvrez-moi les portes de la justice ; c’est par elles que j’entrerai pour louer le Seigneur.
Psaume CXVII. Confitemini Domino quoniam bonus.
2. ANT. INGREDIAR in locum tabernaculi admirabilis, usque ad domum Dei.
2. Ant J’entrerai dans le lieu du tabernacle admirable, jusqu’à la maison de Dieu.
Psaume XLI. Quemadmodum desiderat cervus.
3. ANT. Haec requies mea in saeculum saeculi, hic habitabo quoniam elegi eam.
3. Ant. C’est ici le lieu de mon repos à jamais, le lieu que j’habiterai ; car je l’ai choisi.
Psaume CXXXI. Memento Domine David.
4. Ant. SEIGNEUR, vous m’avez formé du limon, vous m’avez revêtu de cette chair ; vous êtes mon Rédempteur : ressuscitez-moi au dernier jour.
4. ANT. De terra plasmasti me Domine, et carne induisti me : Redemptor meus, resuscita me in novissimo die.
Psaume CXXXVIII. Domine probasti me.
5. Ant. Seigneur, n’entrez pas en jugement avec votre serviteur, parce que nul homme vivant ne pourra être trouvé juste devant vous.
5. ANT. NON intres in judicium cum servo tuo, Domine, quia non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens.
Psaume CXLII. Domine exaudi orationem meam.
6. ANT. Omnis spiritus laudet Dominum.
6. Ant. Soit loué, le Seigneur par tout ce qui respire !
Psaume CXLVIII. Laudate Dominum de cœlis.
7. ANT. Ego sum surrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet : et omnis qui vivit et credit in me, non morietur in aeternum.
7. Ant. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas à jamais.
Cantique Benedictus Dominus Deus Israël.
On concluait en certains lieux par l’Antienne suivante :
LAETO animo pergo ad L te, suscipe me Domine ; quia de terra plasmasti me, spiritus de cœlo introivit in me jussu tuo, veni ut commendes terrae corpus meum animam quam dedisti, suscipe illam Deus.
Je viens à vous d’un cœur joyeux, recevez-moi, Seigneur. Puisque vous m’avez formé de la terre, en m’infusant du ciel un principe de vie : venez, pour remettre à la terre mon corps ; et l’âme que vous m’avez donnée, recevez-la, mon Dieu.
REPONS ET ANTIENNE DU RITUEL ROMAIN.
R. SUBVENITE Sancti Dei, occurrite Angeli Domini : * Suscipientes animam ejus : * Offerentes eam in conspectu Altissimi.
r. Faites-lui cortège, Saints de Dieu ; Anges du Seigneur, venez à la rencontre : Accueillez son âme : * Présentez-la devant le Très-Haut.
V. Suscipiat te Christus qui vocavit te, et in sinum Abrahae Angeli deducant te. * Suscipientes,
v. Que te reçoive le Christ par qui tu fus appelée ; qu’au sein d’Abraham te conduisent les Anges. Accueillez.
V. Requiem aeternam dona ei, Domine : et lux perpetua luceat ei. * Offerentes.
v. Donnez-lui, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour elle la lumière sans fin. * Présentez-la.
ANT. In paradisum deducant te Angeli : in tuo adventu suscipiant te Martyres, et perducant te in civitatem sanctam Jerusalem. Chorus Angelorum te suscipiat, et cum Lazaro quondam paupere aeternam habeas requiem.
Ant. Qu’au paradis te conduisent les Anges ; qu’à ton arrivée t’accueillent les Martyrs, et qu’ils t’introduisent en Jérusalem, la cité sainte. Sois reçue par le chœur angélique ; qu’avec Lazare, jadis pauvre, soit à toi l’éternel repos.
Pour la consolation des mères, autant qu’en hommage au paradis dont ils sont les fleurs gracieuses, nous chanterons aujourd’hui, avec saint Ephrem, les enfants ravis dans leur innocence à cette terre de misères.
CANON XXXVI [S. Ephrem Syri funebres canones, ap. Assemani.].
AMABILIS puer quem gratia in utero matris formavit, ut vidit lucem, ut insiliit acerba mors, et aestu infestiore quam solis esse solet, vernantis floris folia decussit, caulem arefecit, ramos siccavit.
L’aimable enfant que la grâce forma dans le sein maternel avait à peine vu la lumière, que fondant sur lui, la cruelle mort, en un tourbillon brûlant, fit tomber les feuilles de cette fleur printanière, en flétrit la tige, en dessécha les rameaux.
Obitum flere tuum vereor, qui didici te a filio Regis ad supernae lucis adyta fuisse deductum. Natura quidem tuo, fili, fato illacrymari cogit : ego vero dum recogito te ad regionem beatae lucis translatum, cavendum mihi video ne Regis aula profano polluatur luctu, tum ipse arguar audax et impudens, qui laetitiae regiam atratus et lacrymans intraverim. Quin ergo meliore consilio puram hostiam offeram, et ad hilaritatem animum componam.
Je n’ose me lamenter sur ton trépas ; car je sais que le fils du Roi t’a emmené dans les sereines profondeurs des cieux. La nature, il est vrai, me dit de te pleurer, ô mon fils ; mais quand je songe au pays de la bienheureuse lumière devenu ton séjour, je sens qu’il me faut éviter d’assombrir la cour du Roi par de profanes regrets, qu’on me taxera d’audacieux mal appris si je me présente en larmes et sous des habits de deuil dans le palais du bonheur. M’arrêtant donc à meilleur conseil, j’offrirai une hostie sans reproche et tournerai mon cœur à l’allégresse.
Tui quidem cantus, care puer, meas ante mulcebant aures, meque vehementer delectarunt ; suave melos quod olim fundebas memoria adhuc retineo, et verba recordor. Quamquam dum cor illa repetit, mens ad Superum evolat choros, et audit admirabunda cœlites tecum canentes triumphale carmen Hosanna.
Enfant chéri, tes chants étaient doux à mon oreille ; quel charme j’y trouvais ! suave gazouillement dont je me souviens ! babil dont les mots sont gravés en moi pour toujours. Pourtant, quand se les rappelle mon cœur, ma pensée prend son vol vers les concerts de la patrie, et elle écoute ravie les habitants des cieux chanter avec toi le triomphal Hosanna.
CANON XLIII.
PARS tua, Domine, sunt parvuli pueri ; hisce sedes in caelo super astra dabis. Illos pro nobis, oro, statue deprecatores ; pures quippe scimus esse puerorum preces.
Les petits enfants, Seigneur, sont votre part aimée ; vous leur réservez une place au ciel par delà les astres. Faites, je vous en prie, qu’ils soient nos intercesseurs ; car, nous le savons, les prières des enfants sont pures.
Quin ergo te summis efferam laudibus, qui jubes tuis tales convivas assidere mensis. Nostrae Reparator salutis in oculis conspectuque populi amplexatus est pueros, eisque benedixit, quo hujus aetatis puritatem et innocentiam sibi placere demonstraret. Vere omni laude dignus est, cui innocentes pueros apud se habere placuit.
A vous ma louange, et ma louange la meilleure, vous qui voulez de tels convives à votre table. Celui qui fut notre salut, le Rédempteur embrassa les enfants et il les bénit sous les yeux du peuple assemblé, montrant combien lui agréait l’innocence, la pureté de cet âge. Oui ; il est digne de toute louange, Celui qui se complaît au milieu des innocents.
Vidit ille, in quo tamquam in sua sede considet justitia, hominum iniquitates ultra omnem increvisse modum, et pessum data innocentia ubique regnare contumaciam in perversa nitentium. Delectum puerorum agmen, missio apparitore ad se accersivit, et in deliciarum aeternarum sede locavit.
Lui en qui la justice réside comme en son trône, il a vu que les iniquités des hommes en sont arrivées h dépasser toute mesure, que, l’innocence bafouée, règne partout l’émulation du mal. Par son appariteur il a mandé l’enfantine phalange, et l’a introduite au séjour des joies éternelles.
Parvuli, quasi lilia de deserta et inculta regione revulsa, in amoenissimi horti areis iterato panguntur ; et quasi margaritae inseruntur diademati ; inde ad cœleste regnum evecti, sine fine laudant suae felicitatis Auctorem.
Comme des lis transplantés d’une terre inculte et désolée, les petits enfants ont repris racine dans les parterres du jardin de délices. Comme des perles, ils sont enchâssés dans le diadème du Seigneur. Montés de cette terre au royaume des cieux, ils louent sans fin l’auteur de leur félicité.
Porro cuinam jucundum non sit, parvulos videre caelo donatos ? aut quisnam plangat eorum obitum, quod tensos ubique vitiorum laqueos evaserint ? Utinam tua, Domine, favente gratia, talem mihi contingat habere finem, et beato eorum potiri convictu.
Qui ne se réjouirait de voir ainsi au ciel les petits enfants ? qui se désolerait d’une mort grâce à laquelle ils ont esquivé les filets du vice en tous lieux tendus ? Plaise à vous, Seigneur, que par votre grâce j’aie une telle fin et sois admise partager leur vie fortunée !
Laus sit et gloria Optimo, Maximo, qui pueros terris abstulit et caelo dedit, qui parvulos hujus vitae aerumnis eripuit et in cœlestem et beatam domum transtulit, atque in illam jucundissimam securitatem asseruit.
Soit louange et gloire au Très bon, au Très grand, qui enlève ces enfants à la terre pour les donner au ciel, qui les arrache aux misères de cette vie et les reçoit en sa bienheureuse maison, mettant leur bonheur en sûreté.
CANON XLIV.
PERFECTA tibi, Domine Deus noster, jam est laus ex ore infantium et lactentium ; pueri quippe sunt, qui modo quasi agni simplices in horto deliciarum pubescunt, Gabrielem Archangelum electi hujus gregis ductorem sequentes. Incolunt terram nefariis scelerum vestigiis usquequaque expiatam ; ejus autem quae maledicto subjecta fuit, ne meminere quidem.
Seigneur notre Dieu, voici que vous tirez une louange parfaite de la bouche des petits et des enfants à la mamelle : simples agneaux qui prospèrent à cette heure dans le jardin de délices, ils suivent l’Archange Gabriel, le guide de ce troupeau élu. Ils habitent une terre où nul crime n’a laissé sa néfaste empreinte ; de celle-ci qu’a frappée la malédiction, ils n’ont pas même un souvenir.
Veniet tandem sanctissimus ille dies, quando eorum cadavera vocem Filii Dei audient, et e tumulis cum tripudio exsilient ; contra inimica virtutis voluptas frontem submittet rubore suffusa, quod illorum mentes perturbare nequiverit. Paucos hic quidem vixere dies, paradisus excepit in aevum sempiternum victuros ; unde ipsorum parentes abesse se dolent, eoque ocyus pervenire desiderant.
Viendra pourtant le très saint jour où leurs corps entendront la voix du Fils de Dieu, et dans l’allégresse ils s’élanceront de leurs tombes ; devant eux, l’ennemie de la vertu, la volupté, baissera la tête, rouge de confusion, comme n’ayant pu troubler leurs âmes. Leurs jours ici-bas furent courts ; le paradis les recueillit pour y vivre toujours. Leurs parents gémissent d’en être éloignés encore, ne désirant que de promptement les y rejoindre.
Terminons par cette prière empruntée aux formules usitées dans l’Église latine pour la sépulture des petits enfants.
ORAISON.
OMNIPOTENS, et mitissime Deus, qui omnibus parvulis renatis fonte baptismatis, dum migrant a saeculo, sine ullis eorum meritis, vitam illico largiris aeternam : fac nos, quaesumus Domine, per intercessionem beatae Mariae semper Virginis, et omnium Sanctorum tuorum, hic purificatis tibi mentibus famulari, et in paradiso cum beatis parvulis perenniter sociari. Per Christum Dominum nostrum.
Dieu tout-puissant, Dieu très doux, qui à tous les petits enfants renés de la fontaine baptismale, quand ils quittent ce monde, donnez aussitôt la vie éternelle sans nul mérite de leur part ; nous vous en supplions, Seigneur : par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, faites que nous vous servions ici-bas dans la pureté du cœur, afin qu’au paradis nous soyons admis pour toujours dans la société des bienheureux petits enfants. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Amen.
LE VIII NOVEMBRE. L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT.
Quelle conclusion donner aux enseignements de l’Octave qui va finir, sinon celle que formule elle-même aujourd’hui la Liturgie sainte ? « Étrangers et pèlerins sur la terre, saluons du cœur et de la pensée le jour qui doit nous rendre à tous une demeure stable en nous ouvrant le paradis. Qui, loin de la patrie, ne hâterait le retour ? Qui, naviguant vers les siens, n’appellerait lèvent favorable et ne souhaiterait d’embrasser au plus tôt ses bien-aimés ? Parents, frères, fils, amis nombreux, nous attendent et désirent en la patrie des cieux : foule fortunée, déjà sûre de l’immortalité bienheureuse, encore anxieuse à notre endroit. Quelle joie pour eux, quelle joie pour nous, quand nous pourrons les voir enfin, quand ils pourront nous serrer dans leurs bras ! Plus rien, dans ce royaume du ciel, que bonheur à goûter ensemble ; plus de crainte de mourir ; plus rien que l’éternelle et souveraine félicité ! Que tous nos désirs tendent à cet unique but : rejoindre les saints, pour avec eux posséder le Christ [Lectiones IIi Noct. ex Cypriano, de Mortalitate, XXVI.]. »
À ces effusions que l’Église emprunte au beau livre de saint Cyprien sur la Mortalité, font écho, dans l’Office de la nuit, les fortes paroles de saint Augustin rappelant, consolation sublime, au fidèle que l’exil menace de retenir encore, la vraie compensation, la grande béatitude de cette terre : la béatitude de ceux que le monde persécute et maudit. Souffrir pour le Christ avec joie, c’est la gloire du chrétien, l’invisible beauté qui vaut à son âme les divines complaisances et lui assure une grande récompense dans les cieux [Homilia IIIi Noct. ex Augustino, de Sermone Domini in monte, L. I, c. V.].
Que celui qui nuit nuise encore, dit le Seigneur, et que le souillé se souille encore ; et que le juste se justifie encore ; et que le saint se sanctifie encore. Voici que je viendrai bientôt, et ma récompense avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres, moi l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin [Apoc. XXII, 11-13.]. Patience donc à nous chrétiens, patience aux méprisés de l’heure présente ! Le temps est court ; la figure de ce monde passe [I Cor. VII, 29-31.]. Voyons du haut de notre baptême les insensés qui se croient forts parce qu’ils ont à leur disposition la violence, qui se disent sages parce que le plaisir est leur unique loi. Quand d’un souffle de sa bouche l’Homme-Dieu fera justice de leur chef [II Thess. II, 8.], leur part sera la sentence indignée qu’entendit le prophète de Pathmos : Arrière, chiens ! dehors les empoisonneurs et les menteurs [Apoc. XXII, 15.] !
Et ce pendant la création entière, la création dont ils avaient fait l’esclave gémissante de leur corruption [Rom. VIII, 20-22.], répondra par un chant de délivrance à leur chute honteuse. Elle-même, réhabilitée, se transformera en de nouveaux cieux, en une terre nouvelle [Apoc. XXI, 1.]. Elle participera de la gloire des enfants de Dieu délivrés comme elle [Rom. ibid.] et portera dignement la nouvelle Jérusalem, la sainte cité où dans nos corps nous verrons Dieu [Job. XIX, 26], où siégeant à la droite du Père dans le Christ Jésus [Eph. I, 20 ; II, 6.], l’humanité glorifiée jouira pour jamais des honneurs d’Épouse.
Entrons parla pensée dans Rome, et dirigeons nos pas vers l’antique église qui porte, au mont Cœlius, le nom des Quatre saints couronnés. Il est peu de Martyrs dont les Actes aient été plus que les leurs dédaignés « par une critique superficielle et ignorante de la science archéologique [De Rossi, Bulletin, 1879, II édition française, pages 45-91.] », comme le fut trop souvent celle des XVI°, XVII° et XVIII° siècles. Mais « aujourd’hui, l’histoire et les traditions relatives à l’auguste monument du Cœlius ont été remises en honneur par des savants et des antiquaires que nul ne saurait taxer de superstition ou d’une aveugle crédulité pour les légendes du moyen âge [Ibid.]. » C’est l’irréfragable jugement du Commandeur de Rossi. Honorons donc et prions, avec la sainte Liturgie, les titulaires de la vénérable église, autrefois fonctionnaires impériaux, sans oublier les cinq sculpteurs, aussi Martyrs, qui préférèrent comme eux la mort à l’infidélité et partagent maintenant la gloire de leur tombe.
ORAISON.
PRAESTA, quaesumus omnipotens Deus : ut, qui gloriosos Martyres fortes in sua confessione cognovimus, pios apud te in nostra intercessione sentiamus. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, soyez favorable à notre humble demande : comme nous est connue la force de vos glorieux Martyrs en leur confession, faites que nous éprouvions la tendresse de leur charité dans leur intercession près de vous en notre faveur. Par Jésus-Christ.
Séville nous donnera, pour honorer les Saints, la Séquence qu’elle chanta longtemps en ce jour de l’Octave.
SÉQUENCE.
Ad honorem Salvatoris, Intus corde, vote foris, Concinat haec concio ; Dulcis erit melodia Si concordent ista tria : Cor, os, operatio.
Vix respirant, eos ita Flagellat et cruciat ?
Admirandus est in sanctis
Numquid, Christe, pie odis
Suis Deus ; sed cum tantis
Quos diversis poenae modis Dignum ducis affici,
Tandem bonis satiat, Cur dum spirant in hac vita
Et attritos in tormentis Saepe sinis et consentis
Dirae neci subjici ?
Sed non odit, sed explorat Quo affectu quis laborat
Certant enim contra mundum, Hostem nequam et immundum,
In ejus obsequio ; Amat cunctos, probat tamen
Carnis quoque vitia ; Hac imprimis confessores
Per sudorem et certamen Quanta sit devotio.
Martyresque formant mores
Virili constantia.
Est certamen speciale Quod confligit capitale
Carnis optans gaudium.
Martyri supplicium ; Sed interdum confessori Litor deest in litori
Ob amorem ergo Christi Certant certant isti,
Tam mares quam feminae : Qui plus sudat in agone
Plus mercedis et coronat Refert pro certamine.
Omnes Deo sunt electi : Velit Deus horum flecti
Tartari tortoribus.
Meritis et precibus, Ut quum dies erit dira Non nos sua subdat ira
Sed hunc nostra laudet lyra
Qu’a l’honneur du Sauveur chante cette assemblée ; qu’elle chante au dedans en son cœur, que sa voix retentisse au dehors ; douce sera la mélodie, pourvu que s’accordent ces trois : le cœur, la bouche et la conduite.
Cum cœlorum civibus. Amen.
Admirable est Dieu dans ses saints. Si cependant pour finir il les comble de tant de biens, comment donc en cette vie les laisse-t-il respirer à peine sous l’épreuve et sous la douleur ?
Comment s’accorde, ô Christ, avec l’amour une haine qui vous fait juger bon de les accabler par tous les genres de souffrance, de les laisser broyer dans les tourments, de permettre qu’ils meurent de la plus cruelle mort ?
Mais non, ce n’est pas haine : il veut savoir de quel amour chacun à son service est animé ; lui les aime tous, et cependant éprouve dans la fatigue et le combat leur degré de fidélité.
Ils luttent donc contre le monde, contre l’ennemi réprouvé et immonde, contre les vices aussi de la chair : lutte virile où se forment à la vertu confesseurs et aussi martyrs.
Au martyr le combat spécial que lui vaut le dernier supplice ; mais au confesseur parfois c’est le licteur qui se dérobe, pour le laisser aux prises avec les passions.
Combattent donc pour l’amour du Christ et ceux-ci, et ceux-là, quel que soit leur sexe : à qui peine plus en la lutte, revient pour son labeur plus belle couronne et meilleure récompense.
Tous ils sont les élus de Dieu ; qu’il daigne se laisser fléchir en considération de leurs mérites et prières, pour qu’au jour du terrible avènement, son courroux ne nous livre pas aux bourreaux d’enfer.
Mais que notre lyre soit admise à le louer dans la compagnie des habitants des cieux. Amen.
Prions toujours pour nos chers disparus. Les Missels de diverses Églises nous fournissent à cette fin la pièce qui suit, aux accents d’une supplication si instante.
SEQUENCE.
DE profundis exclamantes Audi, Christe, nostras voces
In caelesti curia :
Pro defunctis fidelibus Orat nunc mater omnibus,
Te supplex Ecclesia.
Vocis haec suffragia : Vox haec orat, Rex gloriae
Fiant ergo intendentes Ut audiant tuae aures
Fidelibus ut hodie Concedas remedia.
Peccatores quamvis simus,
Sustinere nec possimus,
Si observes vitra : Flat tamen salutaris Quae offertur nunc a nobis
Pro defunctis hostia.
Haec quam Patri obtulisti
Offerimus et nos ipsi ; Sit eis propitia :
Propitius est eis :
Solve vincla, Jesu, reis In tua potentia. Propter legem quam dedisti, Te sustinent quos fecisti ;
averte supplicia :
Te sustinent, eruantur ; In te sperant, educantur
De faecis miseria :
Ad cœli palatia. In te sperant, in te credunt ; Ad te tendunt et suspirant
In te die, in te nocte, In te mane et vespere
Sit eis fiducia.
Sit apud te quem rogamus, Pro qua tibi supplicamus, Pietatis copia :
Portae mortis destruantur,
Ut redimas eas, Christe, Supplex rogat coetus iste, Ab omni nequitia. Reginarum imperatrix, Tua roget te genetrix
Diaboli confundantur,
Fiat horum imperatrix, Quae rogamus, Maria.Bone Jesu Rex gloriae, Omnes sancti praecipue
Te rogantes sint hodie Pro eorum venia. Qui per crucem exaltatus Peccatorum es misertus,
Audi preces queis devotus Ad te clamat noster coetus
Cum misericordia. Per te vincla confringantur,
Et animae consequantur Sempiterna gaudia. Amen.
Du fond de l’abîme nous crions ; Christ, entendez nos voix du haut des cieux : pour tous les fidèles défunts la Mère Église vous prie et supplie à cette heure.
Que votre oreille soit donc attentive, et qu’elle écoute cette voix suppliante : ô Roi de gloire, cette voix vous prie pour vos fidèles et vous demande d’alléger aujourd’hui leurs maux.
Bien que pécheurs, bien qu’indignes même de subsister, si vous considérez nos vices : que produise cependant ses fruits de salut fa victime offerte par nous à cette heure pour les trépassés.
L’hostie offerte par vous au Père, c’est elle que nous-mêmes aussi nous offrons : qu’elle leur soit secourable ; oui, soyez-leur secourable, ô Jésus, déliez les liens de leurs péchés dans votre puissance.
A cause de la loi que vous avez donnée, ceux qui furent l’œuvre de vos mains vous attendent : écartez d’eux les supplices ; ils vous attendent, délivrez-les ; en vous ils espèrent, conduisez-les aux palais des cieux.
En vous ils espèrent, en vous ils croient, vers vous ils tendent et ils soupirent du fond de leur misère ; qu’en vous le jour, qu’en vous la nuit, qu’en vous le matin et le soir ils se confient.
Nous vous le demandons : qu’abonde en vous la miséricorde implorée ; Christ, cette assemblée vous supplie prosternée de les délivrer de tout mal.
Daigne vous prier la reine des reines, l’impératrice votre mère ; que par Marie nous soient obtenues nos demandes. Bon Jésus, Roi de gloire, que tous les Saints, spécialement en ce jour, implorent de vous pour eux la grâce désirée.
C’est par pitié pour les pécheurs que sur la croix vous êtes monté : écoutez miséricordieusement les prières et les cris de notre dévote assemblée. Que par vous soient brisées les chaînes, détruites les portes de la mort, confondus les démons : que par vous les âmes entrent en possession des joies éternelles. Amen.
LE DIMANCHE APRÈS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. LA FÊTE DE LA DEDICACE DES ÉGLISES.
DOMUM Dei decet sanctitudo : Sponsum ejus Christum adoremus in ea [Invitator. festi ad Matut.]. C’est la formule invitatoire où se précise la pensée liturgique du jour. « Il convient que soit sainte la maison de Dieu : adorons en elle le Christ, son Époux. » Quel est le mystère de cette maison en même temps épouse ?
Saintes, nos églises le sont par leur appartenance à Dieu, parla célébration du Sacrifice, par la prière et la louange offertes en elles à l’hôte divin. A meilleur titre que le tabernacle figuratif ou l’ancien temple, leur dédicace les a solennellement, pour toujours, séparées de toute demeure d’hommes, élevées au-dessus de tout palais de la terre. Mais nonobstant les rites dont la magnificence emplit leur enceinte au jour de la consécration qui les voue à Dieu, sous l’huile sainte dont demeurent à jamais imprégnés leurs murs, elles-mêmes n’en restent pas moins dépourvues de sentiment et de vie.
Qu’est-ce à dire donc, sinon que cette sublime fonction de la dédicace des églises, comme aussi la fête destinée à en perpétuer le souvenir, ne s’arrêtent pas au sanctuaire bâti par nos mains, mais s’élèvent à de vivantes et plus augustes réalités ? La principale gloire du noble édifice sera d’en symboliser la grandeur. L’humanité s’initiera sous l’ombre de ses voûtes à d’ineffables secrets, dont le mystère se consommera par delà le monde, au plein jour du ciel. Entendons sur ce point la doctrine.
Dieu n’a qu’un sanctuaire vraiment digne de lui : sa propre vie divine ; le tabernacle dont il est dit qu’il s’entoure [Psalm. XVII, 12.] quand il incline les cieux [Ibid. 10.], épaisses ténèbres [Ibid. 12.] aux yeux mortels, inaccessible lumière [I Tim. VI, 16.] où habite dans sa gloire la tranquille Trinité. Pourtant, ô Dieu très haut, cette vie divine que ne sauraient abriter dignement les cieux mêmes [III Rep. VIII, 27.] et bien moins la terre, vous daignez la communiquer à nos âmes, et ce faisant, rendre l’homme participant de votre nature [II Petr. 1,4.]. Nul obstacle dès lors qu’en lui, comme par delà tous les cieux, ne réside la Trinité sainte. Ainsi dès le principe [Prov. VIII, 22.], comme loi du monde en formation [Ibid. 27.], pouviez-vous déclarer à l’abîme, à la terre, aux cieux, que vos délices seraient d’être avec les fils des hommes [Ibid. 31.].
Quand fut venue la plénitude des temps, Dieu en effet envoya son Fils [Gal. IV, 4.], le faisant fils d’Adam, pour que dans l’homme habitât corporellement la plénitude entière de la divinité [Col. II, 9.]. À dater de ce jour, la terre l’emporta sur le ciel. Tout chrétien participa du Christ et, devenu la demeure de l’Esprit-Saint [I Cor. III, 16.], porta Dieu dans son corps [Ibid. VI, 20.]. Le temple de Dieu est saint, disait l’Apôtre, et ce temple, c’est vous [Ibid. III, 17.] : c’est le chrétien ; c’est aussi l’assemblée chrétienne.
Le Christ appelant l’humanité entière à participer de sa plénitude [JOHAN. I, 16 ; Col. II, 10.], l’humanité à son tour compléta le Christ [Eph. I, 23.]. Elle fut l’os de ses os, la chair de sa chair [Gen. II, 23.], un seul corps [Eph. VI, 3o.], formant avec lui l’hostie qui doit brûler du feu de l’amour éternellement sur l’autel des cieux ; ce pendant qu’il était la pierre d’angle sur laquelle, autres pierres vivantes [I Petr. II, 4-7.], l’assemblée des prédestinés s’éleva par les soins des architectes apostoliques [I Cor. m, 10.] en un temple saint du Seigneur [Eph. 11,20-22.]. Ainsi l’Église est l’Épouse, et par le Christ et avec lui la Maison de Dieu.
Elle l’est dès ce misérable monde, où s’accomplit, dans le labeur et la souffrance, la taille des pierres élues, successivement posées au lieu prévu par le plan divin [Hyran. festi ad Vesp.]. Elle l’est dans la félicité au ciel, où le temple éternel s’accroît de toute âme envolée d’ici-bas, en attendant qu’achevé par l’accession de nos corps immortels, il soit dédié par notre grand Pontife au jour de l’incomparable dédicace qui clora les temps [I Cor. XV, 24.] : remise solennelle du monde racheté et sanctifié au Père qui lui donna son Fils [JOHAN. m, 16.], à Dieu devenu tout en tous [I Cor. XV, 28.].
Alors il apparaîtra que l’Église fut bien l’archétype montré d’avance sur la montagne [Exod. XXVI, 3o.], et dont tout autre sanctuaire fait de main d’hommes ne pouvait être que la figure ou l’ombre [Heb. VIII, 5 ; IX, 24.]. Alors la prophétie de Jean le bien-aimé sera réalisée : J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, parée comme une épouse ornée pour son époux ; et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu [Apoc. XXI, 2, 3.].
Aussi convenait-il que cette fête illuminât des premiers rayons de l’éternité le Cycle expirant. C’est un des anges chargés des coupes remplies de la colère de Dieu qui montre à l’Évangéliste-prophète l’Épouse de l’Agneau sous l’éclat de sa riche parure [Ibid. 9.]; que l’espérance de la contempler dans sa gloire soit également pour nous le réconfort des jours mauvais. L’attente de son apparition prochaine animera les justes au temps des derniers combats.
Mais dès maintenant, fils de l’Épouse, applaudissons à notre Mère [Sequentia Jerusalem et Sion filiae, quae infra dabitur.] ; que ce jour très cher à son cœur [Cant. III, 11.] soit pour nous l’égal des plus augustes solennités. Car il rappelle et sa naissance du côté de l’Adam céleste, et la consécration bienheureuse formant son titre aux complaisances du Père, à l’amour du Fils, aux largesses du divin Esprit.
AUX PREMIÈRES VÊPRES.
Lorsque, au commencement du siècle dernier, les églises de France furent rendues au culte, le Saint-Siège voulut qu’une fête générale de la Dédicace remplaçât désormais la solennité locale qui s’était célébrée jusque-là pour chacune à l’anniversaire même de sa consécration. Les honneurs du rit Double de première classe lui furent conservés, montrant bien qu’elle n’avait rien perdu de son importance aux yeux du premier Siège. Sa fixation permanente au Dimanche garantissait aux populations le bénéfice du retour annuel des enseignements sublimes où se complaisaient nos pères ; et le choix de ce Dimanche, à la suite de l’Octave de la Toussaint, faisait d’elle comme l’auguste complément de cette dernière, l’épanouissement glorieux du Cycle entier.
L’Office et la Messe qui vont suivre constituent le Commun de la Dédicace au cours de l’année. Us reparaissent en ce mois même, dans la sainte Liturgie, pour célébrer la Dédicace de la Basilique du Sauveur au Latran, et celle des Basiliques de saint Pierre et de saint Paul au Vatican et sur la voie d’Ostie.
L’Église, qui va chanter dans le Psaume CIX le Pontife éternel, est tout d’abord saisie du sentiment de la sainteté que réclame cette maison du Seigneur où elle a convoqué ses fils, où s’offre à Dieu le grand Sacrifice. La première Antienne est tirée du Psaume XCII,5 qu’elle accompagne de même à l’Office des Laudes.
1. ANT. Domum tuam Domine decet sanctitudo in longitudinem dierum.
1. Ant. SEIGNEUR, Il convient que votre maison soit à jamais sainte.
Psaume CIX. Dixit Dominus, page 24.
Oui ; cette maison est sainte : maison de la prière est le nom que lui donnent tous les peuples. Isaïe l’avait annoncé [Isai. LVI, 7.]; l’Homme-Dieu le rappela aux vendeurs du temple [MATTH. XXI, 13.].
2. ANT. Domus mea domus orationis vocabitur.
2. Ant. Ma maison s’appellera la maison de la prière.
Psaume CX. Confitebor tibi, Domine, page 24.
Maison de Dieu ! ce mot, l’Église aime à le redire ; et voici qu’il la fait se souvenir du texte évangélique où Jésus compare l’homme qui écoute ses paroles, et les met en pratique, à celui qui bâtit sa maison sur la pierre [MATTH. VII, 24-27.]. Déjà l’on pressent qu’un rapprochement s’opère, dans la pensée de l’Église, entre l’édifice sacré dont elle exalte la stabilité sainte et le fidèle lui-même.
3. ANT. Haec est domus Domini firmiter aedificata, bene fundata est supra firma petram.
3. Ant. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement, bien établie sur la pierre ferme.
Psaume CXI. Beatus vir, page 25.
Les chants s’élèvent ; l’extase se trahit dans la reprise enthousiaste par la quatrième Antienne des expressions de la précédente ; nul doute maintenant que l’Église illuminée n’ait plus en vue seulement ces murs qui tomberont un jour : pour elle la pierre ferme est le Christ, la maison l’assemblée des élus [Eph. II, 19-22.].
4. ANT. BENE fundata est domus Domini supra firmam petram.
Ant. Bien établie sur la pierre ferme est la maison du Seigneur.
Psaume CXII. Laudate pueri, page 26.
Et ravie par delà le monde, l’Église interpelle en son admiration la glorieuse demeure que le Seigneur Époux se construit au ciel, de pierres précieuses exclusivement, de gemmes vivantes qui formeront les tours de la Sion nouvelle [Apoc. XXI.].
5. Ant. Lapides pretiosi omnes muri tui, et turres Jerusalem gemmis aedificabuntur.
5 Ant. Tous v0s murs seront de pierres précieuses, et vos tours seront bâties en perles, ô Jérusalem !
PSAUME CXLVII.
Lauda, Jerusalem, Domi num : * lauda Deum tuum, Sion.Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in te.Qui posuit fines tuos pacem, * et adipe frumenti satiat te.Qui emittit eloquium suum terrae : * velociter currit sermo ejus.Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.Mittit crystallum suam sicut buccellas : ante faciem frigoris ejus quis sustinebit ?Emittet verbum suum, et liquefaciet ea : * flabit spiritus ejus, et fluent aquae.Qui annuntiat verbum suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israel.Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.
Jérusalem, chantez le Seigneur ; Sion, chantez votre Dieu.
C’est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment.
Il envoie son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Il n’a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.
Mais cette nouvelle Sion, c’est l’Église même ! Car qui donc, autre qu’elle, est l’Épouse ? et, au Capitule, Jean nous montre la cité sainte descendant du ciel parée comme une épouse pour son époux.
CAPITULE. (Apoc. XXI.)
Vidi civitatem sanctam Jerusalem novam descendentem de caelo a Deo, paratam sicut sponsam ornatam viro suo.
J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des deux, venant de Dieu parée comme une épouse ornée pour son époux.
Le VII° siècle où s’accomplit, on s’en souvient, la solennelle Dédicace du Panthéon qui donna naissance à la fête de tous les Saints, nous a légué, pour chanter les mystères du présent jour, une très suave composition d’où furent tirées les Hymnes des Vêpres et des Laudes. On la trouvera plus loin dans son texte primitif et dans son entier.
HYMNE.
cœlestis urbs Jerusalem, Beata pacis visio,
Quae celsa de viventibus Saxis ad astra tolleris, Sponsaeque ritu cingeris Mille Angelorum
millibus.
O sorte nupta prospera, Dotata Patris gloria, Respersa sponsi gratia, Regina formosissima, Christo jugata Principi, caeli corusca civitas.
Hic margaritis emicant, Patentque cunctis ostia :
Virtute namque praevia Mortalis illuc ducitur ; Amore Christi percitus Tormenta quisquis sustinet.
Scalpri salubris ictibus. Et tunsione plurima, Fabri polita malleo
Hanc saxa molem construunt,
Aptisque juncta nexibus Locantur in fastigio.
Decus Parenti debitum Sit usquequaque Altissimo,
Natoque Patris unico, Et inclyto Paraclito, Cui laus, potestas, gloria
V. Haec est domus Domini firmiter aedificata.
Aeterna sit per saecula. Amen.
R. Bene fundata est supra firmam petram.
Jérusalem, céleste cité, bienheureuse vision de la paix, bâtie de pierres vivantes vous vous élevez jusqu’aux astres, entourée de milliers d’Anges qui vous font un cortège d’épousée.
Dotée par le Père de sa gloire, la grâce de l’Époux est sur vous répandue ; Reine de toute beauté, que le Christ Roi s’est unie : combien heureux est votre sort d’Épouse, resplendissante cité des cieux !
Faites de perles brillantes, vos portes demeurent ouvertes pour tous ; car c’est vers elles que la vertu conduit le mortel qui la prend pour guide, quiconque pressé de l’amour du Christ supporte ici-bas des tourments.
Il faut que toute pierre, pour entrer dans vos murs, se livre à l’ouvrier qui la polit sous les coups répétés du marteau, du ciseau salutaire ; il faut qu’elle s’appareille et se laisse fixer, pour y trouver place honorable.
Soit en tout lieu rendu l’honneur au Père, au Fils unique du Père, au glorieux Paraclet ; soit au Très-Haut louange, puissance, gloire à jamais durant les siècles.
Amen.
v. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est
bâtie solidement,
R/. Bien établie sur la pierre ferme.
Quand Salomon dédia le temple, il rappela au ciel les antiques promesses concernant le lieu que Jéhovah devait choisir pour y placer son Nom [III Reg. VIII, 29 ; Deuter. XXVI, 2.]. Nos églises l’emportent sur l’ancien temple, ayant mieux en elles que le simple Nom du Seigneur ; et tout chrétien est aujourd’hui la demeure de Dieu. Combien mieux encore, combien excellemment Marie, le tabernacle prédestiné, sanctifié, dédié dès sa première origine au Dieu qui prit chair en elle, et commença ainsi d’habiter parmi nous [JOHAN. I, 14.] ! Rendons grâces et pour elle et pour nous, en chantant son divin Cantique.
ANTIENNE DE Magnificat.
SANCTIFICAVIT Dominus tabernaculum suum : quia haec est domus Dei, in qua invocabitur nomen ejus, de quo scriptum est : Et erit nomen meum ibi, dicit Dominus.
Le Seigneur a sanctifié son tabernacle ; car c’est ici la maison de Dieu, dont le nom y sera invoqué, selon qu’il est écrit : Là sera mon nom, dit le Seigneur.
Le Cantique Magnificat, page 28.
ORAISON.
DEUS, qui nobis per singulos annos hujus sancti templi tui consecrationis reparas diem, et sacris semper mysteriis repraesentas incolumes : exaudi preces populi tui, et praesta ; ut quisquis hoc templum beneficia petiturus ingreditur, cuncta se impetrasse laetetur. Per Dominum.
O Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.
Le nom d’église donné au temple chrétien lui vient de l’assemblée des baptisés fréquentant ses parvis. C’est à la sanctification du même peuple élu dans ses phases successives, que la dédicace de l’édifice sacré emprunte l’inspiration et la trame qui font d’elle une des plus augustes fonctions de la Liturgie.
Que nous représente, dès l’abord, ce temple aux murailles nues, aux portes closes, sinon l’humanité, faite pour Dieu et pourtant vide de lui depuis le péché d’origine ? Mais les héritiers de la promesse se sont gardés de la désespérance : ils ont jeûné ; ils ont prié dans la nuit. Le matin les retrouve faisant monter vers Dieu la supplication des psaumes de pénitence qu’inspirèrent au Prophète-roi son châtiment et son repentir.
Or voici qu’avec l’aube, sous la tente abritant ces prières d’exilés [Sub tentorio ante fores Ecclesiae consecrandae parato. Pontificale rom.], est apparu le Verbe Sauveur ; c’est Lui que nous montre, en effet, la personne du pontife revêtant les insignes de son ministère, comme Lui revêtit notre nature [Simeon Thessalonic. De templo et ejus consecratione, CII.]. Et Dieu fait homme s’unit à la prière des autres hommes ses frères ; et les ramenant devant le temple fermé toujours, il se prosterne comme eux, redouble avec eux de supplications.
Autour du noble édifice inconscient de ses destinées, se dessine alors la patiente stratégie à laquelle Dieu veut que se prêtent sa grâce et les ministres de sa grâce, entreprenant le siège des âmes perdues. Par trois fois, le Pontife fait le tour des murailles et tente de forcer ces portes obstinément closes ; mais son investissement est tout de prières au ciel, sa force toute de persuasion miséricordieuse et respectueuse de l’humaine liberté : Ouvrez-vous, portes, et le Roi de gloire entrera [Pontificale rom. ex Psalm. XXIII, 7.].
L’infidèle cède enfin ; l’entrée du temple est conquise. Paix éternelle à cette maison au nom de l’Éternel [Pontificale rom. Ant. ad intr. Pontificis. – 2. – 3.] ! Tout cependant n’est pas fini, mais plutôt commence : de l’édifice, profane encore, reste à faire une demeure digne de Dieu. Introduit dans la place, le Pontife prie toujours.
L’humanité, dont la future église sera le symbole, absorbe sa pensée. Il sait que, depuis si longtemps déchue, l’ignorance est son premier mal. Se levant donc, avec la crosse épiscopale il trace sur deux lignes de cendres qui se dirigent transversalement d’une extrémité à l’autre du temple, et se croisent au milieu de la grande nef, l’alphabet grec et l’alphabet latin : premiers éléments [Remig. Antissiodorensis, tractatus de Dedicat. Ecclesiae ; Ivo Carnotensis, Sermo IV, de sacramentis Dedicat. De Rossi, Bulletin, 1881 : L’alphabet dans les monuments chrétiens ; et au point de vue plus spécialement archéologique de la terminatio loci sacri, ibidem : Les alphabets que l’évêque trace sur la croix grecque en consacrant les églises ; p. 138-155.] des deux langues principales où se conservent pour nous la Tradition et l’Écriture ; ils sont tracés avec l’aide du bâton pastoral sur la cendre et la croix, parce que la science sacrée nous vient de l’autorité doctrinale, qu’elle n’est comprise que des humbles et qu’elle se résume dans Jésus crucifié [I Cor. II, 2.].
Éclairée maintenant comme le catéchumène, comme lui l’humanité demande avec le temple à être purifiée. Le Pontife s’inspire des plus hautes données du symbolisme chrétien, pour parfaire l’élément de cette purification qui lui tient à cœur ; il y mêle l’eau et le vin, la cendre et le sel, qui figurent l’humanité et la divinité du Sauveur, sa mort et sa résurrection. En la manière que le Christ nous précéda dans les eaux du baptême au Jourdain [Simeon Thessalon. ubi supva, CVII.], les aspersions commencent par l’autel, qui le représente, et se poursuivent dans l’édifice entier. Primitivement, c’était alors que non seulement tout l’intérieur et le pavé du temple, mais aussi l’extérieur des murailles, et jusqu’aux toits en certains lieux [Et per culmina templi. Ordo IV in Dedicat. ap. Martene, ex Pontificali S. Dunstani Cantuarionsis.], se voyaient inondés de la pluie sanctifiante qui chasse le démon, donne cette demeure à Dieu, la prépare aux faveurs qui vont suivre.
Dans l’ordre des opérations du salut, l’eau appelle l’huile, qui confère au chrétien par le deuxième sacrement la perfection de son être surnaturel, qui fait aussi les rois, les prêtres et les pontifes. À tous ces titres, l’huile sainte à son tour coule à flots sur l’autel, qui est le Christ chef, Pontife et Roi ; pour de lui, comme avait fait l’eau, gagner les murs, l’Église entière. Vraiment, en effet, le temple est-il digne de ce nom d’Église désormais ; car ainsi baptisées, ainsi consacrées avec l’Homme-Dieu dans l’eau et l’Esprit-Saint, les pierres dont il est bâti représentent au vif l’assemblée des élus [Pontificale rom. Ant. Lapides pretiosi, ad unctionem parietum.], liés entre eux comme avec la pierre divine par l’indestructible ciment de l’amour.
Jérusalem, loue le Seigneur ; loue ton Dieu, ô Sion [Psalm. CXLVII, ibid. ad id.] ! Les chants sacrés, qui, depuis le commencement de l’auguste fonction, n’ont point cessé d’en relever les sublimes développements, redoublent d’enthousiasme ; et atteignant le sommet du mystère, dans l’Église si intimement associée à l’Autel ils saluent l’Épouse de l’Agneau [Haec est Jerusalem, ibid.]. De cet Autel l’encens s’élève en tourbillons qui, montant jusqu’aux voûtes et parcourant les nefs, imprègnent le temple entier des parfums de l’Époux. Et voici que s’avancent les sous-diacres de la sainte Église, présentant à la bénédiction du Pontife les dons faits à l’Épouse en ce grand jour, les vêtements précieux qu’elle-même a préparés pour elle et pour le Seigneur.
Alors seulement [Remig. Antissiod. ubi supra ; Ordines veterum ap. Martène. –], aux premiers siècles du moyen âge, avait lieu la triomphale translation des Reliques destinées à entrer dans l’autel, et qui étaient demeurées jusque-là sous la tente de l’exil ; c’est toujours, en Orient, le couronnement de la consécration des églises [Eucholog. Ordo et Officium Dedicationis Templi.]. Je vais vous préparer une place, disait l’Homme-Dieu ; et quand je l’aurai préparée, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que là où je suis vous soyez vous-mêmes [JOHAN. XIV, 2, 3.]. Chez les Grecs, le Pontife dépose les saintes Reliques sur le disque sacré [Répondant à notre patène.], et les porte élevées au-dessus de sa tête, « honorant à l’égal des redoutables Mystères ces restes précieux, parce que l’Apôtre a dit des fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres [I Cor. XII, 2 ; Simeon Thessalon. ubi supra, CXVI.]. » En Occident, jusqu’au XIII° siècle et plus tard, on scellait dans l’autel avec les Saints le Seigneur lui-même en son corps eucharistique. C’était « l’Église unie au Rédempteur, l’Épouse à l’Époux, » dit saint Pierre Damien [Petr. Dam. Sermo LXXII, in Dedicat. IV.]; c’était la consommation finale, le passage du temps à l’éternité.
À TIERCE.
L’Hymne et les trois Psaumes dont se compose l’Office de Tierce, se trouvent ci-dessus, page 16.
ANT. Domus mea domus orationis vocabitur.
Ant. Ma maison s’appellera la maison de la prière.
Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 129.
R. br. DOMUM tuam Domine * Decet sanctitudo. Domum tuam.
Gloria Patri. Domum tuam.
V. In longitudinem dierum. * Decet.
V. Locus iste sanctus est, in quo orat sacerdos.
R. Pro delictis et peccatis populi.
R/. br. Votre maison, Seigneur, * Il convient qu’elle soit sainte.
Votre maison.
V/. A jamais,* Il convient.
Gloire au Père. Votre maison.
V/. Ce lieu est saint, où prie le prêtre
R/. Pour les fautes et péchés du peuple.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 133.
À LA MESSE.
Toute au souvenir du jour qui fît d’elle l’objet des divines prédilections, la Maison de Dieu renouvelle sa jeunesse sous l’éclat des plus riches parures. La couleur blanche de ses ornements montre en elle l’Épouse. Comme au moment où l’effusion du chrême l’ennoblit pour jamais, les douze flambeaux, symboles de la lumière apostolique, illuminent sur ses murs consacrés les douze croix qui témoignent de son titre aux faveurs du ciel.
Nos églises sont pour les Anges le point d’aboutissement du ciel en terre ; et c’est pourquoi l’Introït s’inspire des paroles de Jacob, au sortir de la vision où lui était apparue l’échelle mystérieuse par où montaient et descendaient les célestes messagers [Gen. XXVIII.]. Le Verset, tiré des Psaumes [Psalm. LXXXIII.], chante à la fois le temple d’ici-bas et celui des cieux. « N’est-ce donc pas là le royaume que vous m’avez promis, mon Père ? » s’écriait Clovis ébloui, à sa première entrée dans l’église Sainte-Marie de Reims ; et Rémi répondait : « C’est l’entrée du chemin qui doit t’y conduire. »
INTROÏT.
TERRIBILIS est locus iste : hic domus Dei est, et porta cœli : et vocabitur aula Dei.
Ps. Quam dilecta tabernacula tua, Domine virtutum concupiscit, et deficit anima mea in atria Domini. Gloria Patri. Terribilis.
Ce lieu est terrible : c’est la maison de Dieu et la porte du ciel : on l’appellera la demeure de Dieu.
Ps. Qu’ils sont aimés vos tabernacles, ô Seigneur des armées ! mon âme défaille en ses aspirations vers les parvis du Seigneur. Gloire au Père. Ce lieu.
Le Saint-Siège, en étendant le bénéfice de cette fête aux églises qui ne sont pas consacrées, n’a pas cru devoir modifier pour celles-ci la Collecte. Soit que l’on admette alors une communication de privilège entre l’Église cathédrale de chaque diocèse et ses filles moins honorées ; soit que l’on s’attache au sens pleinement universel exposé ci-dessus, et dans lequel tout édifice réservé au culte divin n’est que le symbole d’un temple plus auguste, le même en tous lieux : action de grâces est due à Celui qui nous donne de pouvoir goûter encore cette année les joies d’une si grande solennité. La vie prolongée, la santé conservée, sont des bienfaits de Dieu qu’il est juste de reconnaître ; l’en remercier dans sa maison, c’est le disposer à nous exaucer quand nous reviendrons implorer quelque autre bénédiction du corps et de l’âme, en ce lieu où il daigne écouter toute demande de son peuple [III Reg. VIII, 52 ; IX, 3].
COLLECTE.
DEUS, qui nobis per singulos annos hujus sancti templi tui consecrationis reparas diem, et sacris semper mysteriis repraesentas incolumes : exaudi precès populi tui, et praesta ; ut quisquis hoc templum beneficia petiturus ingreditur, cuncta se impetrasse laetetur. Per Dominum.
O Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et fuites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.
EPÎTRE.
Lectio libri Apocalypsis beati Johannis Apostoli. CAP. XXI.
In diebus illis : Vidi sanctam civitatem Jerusalem novam descendentem de caelo a Deo, paratam sicut sponsam ornatam viro suo. Et audivi vocem magnam de throno dicentem : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis. Et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus : et absterget Deus omnem lacrymam ab oculis eorum : et mors ultra non erit, neque luctus, neque clamor, neque dolor erit ultra, quia prima abierunt. Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia.
Lecture du livre de l’Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. XXI.
En ces jours-là, j’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu, parée comme une épouse ornée pour son époux. Et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu ; et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus décris, plus de souffrance : tout le passé s’en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles.
Nous ne devons pas oublier que les magnificences de l’Église des cieux sont déjà, moins la vision qui nous en est différée, celles de l’Église de la terre, sans plus tarder toute belle et sainte, vraiment Épouse, et à ce titre attirant Dieu qui par elle demeure avec nous. Les prophètes d’Israël n’usèrent point d’autres expressions que le disciple bien-aimé ne fait en ces lignes, quand ils annoncèrent la substitution ici-bas d’une autre Jérusalem à l’infidèle Sion.
« Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle, dit le Seigneur, et Tonne se souviendra plus dupasse ; je prendrai mes délices en Jérusalem : plus de cris ni de pleurs, plus que joie pour mon peuple [Isai. LXV, 17-19.]. Car ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu [Jerem. XXXI, 33.]. – Cité de Dieu, loue le Seigneur : il relèvera son tabernacle en toi. Tu brilleras d’une lumière éclatante, et les nations viendront des extrémités de la terre, apportant leurs dons, adorant en toi le Seigneur. Les portes de Jérusalem seront bâties de saphirs et d’émeraudes ; l’enceinte entière de ses murailles sera de pierres précieuses ; blanches et belles seront les pierres qui paveront ses places publiques, et l’on chantera l’Alléluia dans ses rues [Tob. XIII.]. »
Faisons donc fête à l’Église militante aujourd’hui, non moins qu’à la triomphante ; renouvelons pour elle notre vénération, notre dévouement, notre amour. « Réjouissez-vous avec Jérusalem, et tressaillez en elle, vous tous qui l’aimez ; que ses allégresses comme ses deuils soient les vôtres : abreuvez-vous avec délices au sein de sa consolation ; que votre joie grandisse en la mesure où déborde sa gloire [Isai. LXVI, 10, 11.]. » Ainsi chantait le prince des prophètes, à qui la maison de Dieu fut montrée reparaissant dans le lointain des âges au sommet des monts, sur les collines de la gentilité [Ibid. III, 2.]. Et de l’altière Ninive qui retenait Israël captif, le vieux Tobie, lui faisant écho, se proclamait bienheureux de l’espoir que quelqu’un de sa race vivrait assez pour contempler les gloires de la Sion nouvelle [Tob. XIII, 20.] ; il ajoutait : « Que maudits soient tes contempteurs, et bénis ceux qui te construisent ; heureux tous ceux qui t’aiment et que réjouit ta paix [Ibid. 16, 18.] ! » Disons nous-mêmes : « Béni soit le Seigneur qui l’a exaltée ! qu’il règne en elle dans les siècles des siècles [Ibid. 23.]. »
Les ineffables sentiments qui remplissent l’âme delà sainte Église se font jour, au Graduel, dans une des plus admirables mélodies qui soient au répertoire grégorien. Le Verset d’Alléluia est tiré du Psaume CXXXVII.
GRADUEL.
Locus iste a Deo factus est, inaestimabile sacramentum, irreprehensibilis est.
V. Deus, cui adstat Angelorum chorus, ex audi preces servorum tuorum.
Alleluia, alleluia.
V. Adorabo ad templum sanctum tuum, et confitebor nomini tuo. Alleluia.
Ce lieu a été fait par Dieu, inestimable mystère ! il est sans nul reproche.
V/. O Dieu devant qui se tient le chœur des Anges, exaucez les prières de vos serviteurs.
Alléluia, alléluia.
V/. J’adorerai dans votre saint temple, et louerai votre nom. Alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. CAP. XIX.
IN illo tempore : Ingressus Jesus perambulabat Jericho. Et ecce vir nomine Zachaeus : et hic princeps erat publicanorum, et ipse dives : et quaerebat videre Jesum, quis esset : et non poterat prae turba, quia statura pusillus erat. Et praecurrens ascendit in arborem sycomorum ut videret eum : quia inde erat transiturus. Et cum venisset ad locum, suspiciens Jesus vidit ilium, et dixit ad eum : Zachaee, festinans descende : quia hodie in domo tua oportet me manere. Et festinans descendit, et excepit ilium gaudens. Et cum viderent omnes, murmurabant, dicentes, quod ad hominem peccatorem divertisset. Stans autem Zachaeus, dixit ad Dominum : Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus : et si quid aliquem defraudavi, reddo quadruplum. Ait Jesus ad eum : Quia hodie salus domui huic facta est : eo quod et ipse filius sit Abrahae. Venit enim Filius hominis quaerere, et salvum facere, quod perierat
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XIX.
En ce temps-là, Jésus étant entré dans Jéricho marchait par la ville. Et voici qu’un homme du nom de Zachée, qui était riche et chef des publicains, cherchait à voir Jésus pour le connaître. Mais il ne pouvait y parvenir à cause de la foule ; car il était de petite taille. Courant donc devant, il monta sur un sycomore pour le voir, en un endroit où il devait passer. Et Jésus, y étant arrivé, leva les yeux, et l’ayant vu lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre ; car c’est dans votre maison que je dois demeurer aujourd’hui. Lui donc, descendant vite, le reçut avec joie. Or à cette vue, tous murmuraient, disant qu’il était allé loger chez un pécheur. Mais Zachée, se tenant debout devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un en quelque chose, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-là aussi est fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu.
Les Grecs chantent, à la Messe qui suit la dédicace de leurs églises, l’Évangile où l’Homme-Dieu dit à Simon fils de Jean : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle [MATTH. XVI.]. Digne complément des symboliques leçons d’un aussi grand jour ; le schisme qui nous l’apporte est loin d’en diminuer la saveur. Saluons la pierre apostolique, dont la pose en notre Occident montra les races latines prédestinées à demeurer, jusqu’à la fin, la carrière d’où seraient tirés les plus nobles matériaux du temple éternel. Toutefois, ce fut à d’autres textes du livre sacré que nos pères empruntèrent la lecture évangélique du jour.
La comparaison établie par le Christ entre le fidèle et l’homme qui bâtit lui aussi sa maison sur la pierre [Ibid. VII.], fixa le choix de quelques églises ; on a vu [Page 128.]qu’elle inspire encore plus d’une Antienne et d’un Verset de l’Office. Rome cependant, capitale des nations, préféra le récit de saint Luc où Jésus déclare prendre la maison de Zachée pour demeure. La maison que le Seigneur daignait faire sienne alors, et mieux que pour un jour, c’était en effet le publicain lui-même, le méprisé de la synagogue ; c’était nous tous, la gentilité, dont saint Ambroise atteste, en l’Office de la nuit, qu’il était la figure [Homil. diei festi, ex Ambr. in Luc. VIII.].
Zachée, petit de race et de mérites comme le peuple des nations, ainsi s’exprime le saint Docteur, désirait voir Celui que les siens n’avaient point voulu recevoir [Ibid. ex JOHAN. I, II.]. Lui donc qui n’avait ni les Prophètes ni la Loi, pour s’élever au-dessus de la terre et parvenir à la vue du Sauveur, prit les devants ; et il courut au sycomore, à la Croix [Homil. 5ae diei infra Oct., ex Bed. in Luc. 1. III Reg. VIII, 52 ; IX, 3.], par où Jésus, quittant les Juifs, devait passer pour aller aux Gentils. De la situation dominante où l’avait porté son humilité, il vit la Sagesse de Dieu [Homil. 4ae diei infra Oct., ex Gre. Moral. XXVII, XXVII.]. Il l’entendit qui disait à cette foule ingrate et hautaine : On vous laissera votre maison déserte [MATTH. XXIII, 38.] ; pendant que, dédaigneuse des pharisaïques murmures d’Israël déchu, montait vers lui la voix si douce qui l’invitait à remplacer le premier-né dans l’honneur de recevoir chez lui son Dieu. Et certes, si la maison de l’homme qui écoute les paroles de Jésus et les met en pratique n’a rien à craindre de la tempête ou des flots déchaînés, étant bâtie sur la pierre [Ibid. VII, 24, 25.] : quelle demeure plus sûre que le cœur de ce représentant des déshérités de jadis, réparant si grandement le passé, allant si généreusement au-devant des conseils mêmes du Seigneur !
L’Offertoire est emprunté au passage du premier Livre des Paralipomènes, où David remercie Dieu qui lui a permis de rassembler les trésors nécessaires à la construction du temple. L’Église fait siennes les paroles du fils de Jessé en offrant à l’autel ses propres dons, en s’offrant surtout elle-même et ses fils, pour être unis dans un même Sacrifice au Seigneur Époux et former avec lui le véritable temple de Dieu. « Toutes choses sont à vous, disait le Roi-prophète en la circonstance : ce que nous vous donnons, nous le tenions nous-mêmes de votre main ; mon Dieu, vous voyez les cœurs, et vous aimez la simplicité [I Paralip. XXIX.]. »
OFFERTOIRE.
DOMINE Deus, in simplicitate cordis mei laetus obtuli universa : et populum tuum, qui repertus est, vidi cum ingenti gaudio : Deus Israel, custodi hanc voluntatem. Alleluia
Seigneur mon Dieu, je vous ai tout offert avec joie dans la simplicité de mon cœur, et j’ai été bien heureux de voir ainsi rassemblé ce peuple qui est vôtre : Dieu d’Israël, gardez en lui cette bonne volonté. Alléluia.
Si la Messe se dit en dehors de l’église même dont on célèbre la Dédicace, le Prêtre omet, dans la Secrète qui suit, les mots entre parenthèses.
SECRETE.
ANNUE, quaesumus Domine, precibus nostris : (ut quicumque intra templi hujus, cujus anniversarium dedicationis diem celebramus, ambitum continemur, plena tibi, atque perfecta corporis et animae devotione placeamus ;) ut, dum haec vota praesentia reddimus, ad aeterna praemia, te adjuvante, pervenire mereamur. Per Dominum.
Nous vous en supplions, soyez propice, Seigneur, à nos prières ; (faites que nous tous, rassemblés dans l’enceinte de ce temple, et célébrant le jour anniversaire de sa Dédicace, vous soyons agréables par une entière et parfaite dévotion du corps et de l’âme :) afin que vous rendant présentement ces vœux, nous méritions de parvenir avec votre secours aux éternelles récompenses. Par Jésus-Christ.
Bonne en tous lieux, la prière cependant revêt une efficacité particulière dans les églises consacrées. L’Antienne de Communion s’appuie, pour le dire, sur la parole du Très-Haut déclarant sa maison la maison de la prière [MATTH. XXI, 13 ; ex Isai. LVI, 7.], en laquelle, ajoute l’Église de sa propre autorité, se vérifie l’autre divine parole : « Qui demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et l’on ouvre à celui qui frappe [MATTH. VII, 8.]. »
COMMUNION.
Domus mea, domus orationis vocabitur, dicit Dominus : in ea omnis, qui petit, accipit : et qui quaerit, invenit, et pulsanti aperietur.
Ma maison s’appellera la maison de la prière, dit le Seigneur : en elle, quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et à qui frappe, il sera ouvert.
La Postcommunion, qui rassemble dans une suprême aspiration les sentiments dont cette fête laisse l’Église embrasée, formule avec un grand bonheur d’expression le multiple mystère du jour.
POSTCOMMUNION.
DEUS, qui de vivis et electis lapidibus aeternum Majestati tuae praeparas habitaculum, auxiliare populo tuo supplicanti, ut quod Ecclesiae tuae corporalibus proficit spatiis, spiritualibus amplificetur augmentis. Per Dominum.
O Dieu qui préparez à votre Majesté une demeure éternelle construite de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple en prière, pour qu’aux espaces nouveaux acquis sur la terre à votre Église répondent de plus grands accroissements spirituels. Par Jésus-Christ.
À SEXTE.
Hymne et les trois Psaumes de l’Office de Sexte se trouvent ci-dessus, page 18.
ANT. Haec est Domus Domini firmiter aedificata, bene fundata est supra firmam petram.
Ant. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement, bien établie sur la pierre ferme.
CAPITULE. (Apoc. XXI.)
Et audivi vocem magnam de throno dicentem : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis. Et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus.
Gloria Patri. Locus iste.
R. br. Locus iste sanctus est, * In quo orat sacerdos. Locus iste.
V. Haec est domus Domini firmiter aedificata.
V. Pro delictis et peccatis populi. " In quo.
R. Bene fundata est supra firmam petram.
Et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu.
R/. br. Ce lieu est saint, * Où prie le prêtre. Ce lieu.
V/. Pour les fautes et péchés du peuple. * Où prie. Gloire au Père. Ce lieu.
V/. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement,
R/. Bien établie sur la pierre ferme.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 133.
À NONE.
L’Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 21.
Ant. LAPIDES pretiosi omnes muri tui, et turres Jerusalem gemmis aedificabuntur.
Ant. Tous vos murs serons de pierres précieuses, et vos tours seront bâties en perles, ô Jérusalem !
CAPITULE. (Apoc. XXI.)
ET absterget Deus omnem lacrymam ab oculis eorum : et mors ultra non erit, neque luctus, neque clamor, neque dolor erit ultra, quia prima abierunt. Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia.
R. br. Haec est domus Domini * Firmiter aedificata. Haec est.
V. Bene fundata est supra firmam petram. » Firmiter.
Gloria Patri. Haec est.
V. Bene fundata est domus Domini.
R. Supra firmam petram.
Et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus de cris, plus de souffrance : tout le passé s’en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles.
R/. br. C’est ici la maison du Seigneur ; * Elle est bâtie solidement. C’est ici.
V/. Bien établie sur la pierre ferme. * Elle est.
Gloire au Père. C’est ici.
V/. La maison du Seigneur est bien établie.
R/. Sur la pierre ferme.
L’Oraison, page 133.
AUX SECONDES VÊPRES.
Les secondes Vêpres sont en tout semblables aux premières, pages 127-130, à l’exception du Verset et de l’Antienne de Magnificat.
V. Domum tuam Domine decet sanctitudo.
v. Seigneur, il convient que votre maison soit sainte.
R. In longitudinem dierum.
r. À jamais.
ANTIENNE DE Magnificat.
QUAM metuendus est locus iste : vere non est hic aliud, nisi domus Dei, et porta caeli.
Oh ! combien ce lieu est redoutable ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.
Cette fête devait être, et elle le fut, une source féconde d’inspiration pour la poésie chrétienne. On fait remonter au VII° siècle, nous l’avons dit, la rédaction première que voici des Hymnes de l’Office.
HYMNE.
URBS Jerusalem beata, Dicta pacis visio, Qua : construitur in cœlis
Portae nitent margaritis Adytis patentibus ;
Vivis ex lapidibus. Et Angelis coronata, Ut sponsata comite.
Et virtute meritorum Illuc introducitur Omnis, qui oh Christi nomen
Nova veniens e caelo, Nuptiali thalamo Praeparata, ut sponsata Copuletur Domino : Plateae et muri ejus Ex auro purissimo.
Hic in mundo premitur. Tunsionibus, pressuris
Disponuntur permansuri Sacris aedificiis.
Expoliti lapides, Suis coaptantur locis Per manus artificis,
Angularis fundamentum Lapis Christus missus est,
Omnis illa Deo sacra Et delicta civitas,
Qui parietem compage In utroque nectitur,
Quem Sion sancta suscepit, In quo credens permanet.
Plena modulis, in laude, Et canore jubilo,
Et clementi bonitate Precem vota suscipe ;
Trinum Deum unicumque Cum fervore praedicat.
Largam benedictionem Hic infunde jugiter.
Hoc in templo, summe Deus, Exoratus adveni ;
Hic promereantur omnes Petita acquirere,
Et adepta possidere : Cum Sanctis perenniter
Gloria et honor Deo Usquequaque altissimo,
Paradisum introire, Translati in requiem.
Una Patri, Filioque, Inclyto Paraclito,
Cui laus est et potestas Per aeterna saecula. Amen.
Jérusalem, bienheureuse ville, dont le nom signifie la vision de la paix ! elle se bâtit de pierres vivantes dans les deux ; les Anges l’entourent, lui formant un cortège d’épousée.
C’est la nouvelle Sion : elle vient du ciel, parée pour la fête nuptiale ; le Seigneur l’a élue pour épouse. Ses places publiques et ses murailles sont d’or très pur.
Les portes en sont de perles brillantes ; elles demeurent ouvertes toujours : quiconque souffre en ce monde pour le nom de Jésus-Christ, y trouve entrée par le droit du mérite.
Le marteau des souffrances en polit les pierres ; et c’est ainsi qu’appareillées par l’ouvrier, elles sont posées, elles sont fixées à leurs places respectives dans le saint édifice.
Le Christ en est dans les fondations la pierre d’angle, reliant en lui le double mur : Sion, en l’accueillant, devint sainte ; sa foi dans le Christ est l’élément qui lui garantit la durée.
Toute cette cité bien-aimée, vouée à Dieu, n’est que louange, que mélodies : chants d’allégresse dont son fervent amour adresse l’hommage au Dieu unique en trois personnes.
Dieu souverain, descendez dans ce temple où vous appellent nos prières : que votre bonté clémente y accueille nos vœux suppliants ; daignez répandre ici toujours d’abondantes bénédictions.
Que tous méritent ici d’obtenir leurs demandes et de conserver vos bienfaits, pour qu’à jamais en son repos avec les Saints nous reçoive, au sortir du monde, le Paradis.
Gloire et honneur soient en tous lieux au Dieu très haut, au Père avec le Fils, avec l’auguste Paraclet, à qui appartiennent louange et puissance dans les siècles éternels. Amen.
Les strophes qui suivent célèbrent magnifiquement le sublime mystère de la Dédicace, compris comme l’entendaient nos pères. Chantées depuis le XIII° siècle dans nos églises, elles ont mérité d’être attribuées à Adam de Saint-Victor. Nous avons dû nous arrêter au texte le plus généralement usité de nos jours.
SEQUENCE.
Jerusalem et Sion filiae, Coetus omnis fidelis curiae, Melos pangas jugis laetitiae, Alleluia ! Christus enim, norma justitiae,Matrem nostram, desponsat hodie Quam de lacu traxit miseriae, Ecclesiam.
Hanc, sanguinis et aquae munere,
Dum penderet in crucis arbore,
De proprio produxit latere
Deus homo.Formaretur ut sic Ecclesia Figuravit in prima femina Quae de costa Adae est edita, Mater Heva. Heva fuit noverca posteris : Haec est mater electi generis, Vitae portus, asylum miseris Et tutela.
Haec esu cymba qua tuti vehimur,
Hoc ovile quo tecti condimur :
Haec columna qua firmi nitimurVeritatis.O solemnis festum laetitiae ; Quo unitur Christus Ecclesiae, In quo nostrae salutis nuptiae Celebrantur ! Justis inde solvuntur praemia, Lapsis autem donatur venia :
Et sanctorum augentur gaudia
Angelorum.Ab aeterno fons sapientiae, Intuitu solius gratiae, Sic praevidit in rerum serie Haec futura. Christus ergo nos suis nuptiis, Recreatos veris deliciis, Interesse faciat gaudiis Electorum ! Amen.
Que les filles de Sion et de Jérusalem, que toute l’assemblée du peuple fidèle donne essor à ses chants d’intarissable liesse : Alléluia !
Le Christ, en effet, règle de toute justice, épouse aujourd’hui notre Mère, l’Église, après l’avoir tirée de l’abîme de sa misère.
Par le sang et par l’eau qu’il lui donna pour dot, l’Homme-Dieu la produisit de son propre côté, tandis qu’à l’arbre de la croix il était suspendu.
Que l’Église dût être ainsi formée, on le vit en figure dans la première femme, quand fut créée d’une des côtes d’Adam notre mère Eve.
Eve fut une marâtre pour ses descendants : celle-ci est la mère de la race élue ; elle donne la vie aux malheureux dont elle se fait l’asile et le rempart.
C’est la barque où nous voguons en sécurité ; c’est le bercail où nous vivons à couvert ; c’est la colonne de vérité formant notre ferme appui.
O fête de solennelle allégresse, où le Christ s’unit à l’Église, où se célèbrent les noces de notre salut !
C’est pour les justes la récompense, pour les tombés le pardon, pour les saints Anges l’accroissement du bonheur.
De toute éternité, la divine Sagesse, ne considérant que sa grâce, régla l’évolution des siècles a cette seule fin.
Veuille le Christ, nous donnant d’avoir part à ses noces et d’en goûter les substantielles délices, nous admettre aux joies des élus. Amen.
Écoutons maintenant les bénédictions que l’Épouse implore, au jour de leur consécration, pour ces églises dans chacune desquelles elle voit son symbole. Si nous considérons que l’Épouse est toujours exaucée, cette Préface du Pontifical nous dira quels bienfaits y attendent notre humble prière.
PRÉFACE.
AETERNE Deus, adesto precibus nostris, adesto Sacramentis, adesto etiam piis famulorum tuorum laboribus, nobisque misericordiam tuam poscentibus. Descendat quoque in hanc Ecclesiam tuam, quam sub invocatione sancti nominis tui, in honorem sanctae crucis, in qua coaeternus tibi Filius tuus Dominus noster Jesus Christus pro redemptione mundi pati dignatus est, et memoriam sancti tui N. nos indigni consecramus, Spiritus sanctus tuus, septiformis gratiae, ubertate redundans ; ut quotiescumque in hac domo tua sanctum nomen tuum fuerit invocatum, eorum, qui te invocaverint, a te pio Domino preces exaudiantur.
Dieu éternel, favorisez nos prières, favorisez ces rites sacrés, favorisez aussi les pieux labeurs de ceux qui vous servent : nous implorons votre miséricorde. Malgré notre indignité, nous consacrons cette Église, qui est vôtre, sous l’invocation de votre saint nom, en l’honneur de la croix sainte sur laquelle votre Fils coéternel notre Seigneur Jésus-Christ a daigné souffrir pour racheter le monde, en mémoire aussi de votre saint N. (On nomme ici le Saint titulaire de l’Église.) Que sur elle descende votre Saint-Esprit, dans l’abondance débordante de sa grâce septiforme, pour qu’autant de fois qu’en cette maison votre saint nom sera invoqué, votre bonté, Seigneur, exauce invocations et prières.
O beata et sancta Trinitas, quae omnia purificas, omnia mundas, et omnia perornas. O beata majestas Dei, quae cuncta impies, cuncta contines, cuncta disponis. O beata et sancta manus Dei, quae omnia sanctificas, omnia benedicis, omnia locupletas. O sancte Sanctorum Deus, tuam clementiam humillima devotione deposcimus, ut hanc Ecclesiam tuam, per nostrae humilitatis famulatum, in honorem sanctae et victoriosissimae crucis, et memoriam sancti tui N. purificare, benedicere, et consecrare, perpetua sanctificationis tuae ubertate digneris. Hic quoque Sacerdotes sacrificia tibi laudis offerant. Hic fideles populi vota persolvant. Hic peccatorum onera solvantur,, fidelesque lapsi reparentur.
O bienheureuse et sainte Trinité, qui tout purifiez, tout parez, tout ornez ! O bienheureuse majesté de Dieu, qui remplissez tout, renfermez tout, ordonnez tout ! O bienheureuse et sainte main de Dieu, qui tout sanctifiez, tout bénissez, tout enrichissez ! O Dieu saint des Saints, nous implorons dans nos plus dévots abaissements votre clémence : daignez, par notre humble ministère, purifier, bénir et consacrer a jamais, dans l’abondance de vos dons sanctificateurs, cette Église élevée en l’honneur de la croix sainte et victorieuse, en mémoire aussi de votre saint N. Qu’ici les Prêtres vous offrent le sacrifice de la louange. Qu’ici les peuples fidèles acquittent leurs vœux. Qu’ici se dissolvent les fardeaux des péchés et reviennent à la grâce les fidèles tombés.
In hac ergo, quaesumus Domine, domo tua Spiritus sancti gratia aegroti sanentur ; infirmi recuperentur ; claudi curentur ; leprosi mundentur ; caeci illuminentur ; daemonia ejiciantur. Cunctorum hic debilium incommoda, te, Domine, annuente ; pellantur, omniumque vincula peccatorum absolvantur. Ut omnes qui hoc templum beneficia juste deprecaturi ingrediuntur, cuncta se impetrasse laetentur ; ut concessa misericordia, quam precantur, perpetuo miserationis tuae munere glorientur. Per eumdem Dominum.
Exaucez donc notre prière, Seigneur : que par la grâce du Saint-Esprit, dans cette maison qui est la vôtre, les malades soient guéris, les infirmes recouvrent leurs forces, les boiteux marchent, les lépreux soient purifiés, les aveugles voient, les démons soient chassés. Seigneur, qu’ici, par votre faveur, disparaisse toute débilité et misère, soient déliés tous liens des péchés. Qu’ainsi tous ceux qui viendront dans ce temple solliciter comme il faut vos bienfaits, aient la joie de se voir pleinement exaucés : afin qu’ayant obtenu la miséricorde, objet de leur prière, ils glorifient votre gratuite munificence à jamais. Par le même Jésus-Christ.
Nous terminerons par ces belles formules de la liturgie Ambrosienne, où la Dédicace est célébrée en Octobre [Dominica III Octobris.] et donne son nom, post Dedicationem, aux derniers Dimanches du Cycle sacré.
PRÉFACE.
PER Christum Dominum nostrum. Qui eminentiam potestatis acceptae tradidit Ecclesiae, quam pro honore percepto et Reginam constituit, et Sponsam. Cujus sublimitati uni-versa subjecit ; ad cujus judicium consentire jussit e cœlo. Haec est mater omnium viventium, filiorum numero facta sublimior quae per Spiritum Sanctum quotidie Deo filios procreat ; cujus palmitibus mundus omnis impletus est : quae propagines suas ligno bajulante suspensas erigit ad regna cœlorum. Haec est civitas illa, sublimis jugo montis erecta, perspicua cunctis, et omnibus clama ; cujus conditor, et inhabitator est idem Dominos noster Jesus Christus Filius mus. Quem una tecum omnipotens Pater.
C’est une chose juste de vous rendre grâces, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur. Donnant à l’Église la même souveraine puissance qu’il avait reçue de vous, il l’établit par cet honneur qu’il lui faisait Épouse et Reine, soumettant tout à sa sublimité, ordonnant que le ciel ratifiât ses jugements. Mère de tous les vivants, sa grandeur croît par sa fécondité : chaque jour la voit donner à Dieu des fils par l’Esprit-Saint. C’est une vigne dont les branches remplissent le monde entier ; suspendant ses rejetons au bois qui la porte, elle les élève jusqu’au royaume des cieux. C’est la ville fondée au sommet des monts, visible pour tous, attirant tous les yeux ; elle a pour fondateur et tout ensemble pour habitant notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, que louent avec vous les Anges.
ORAISON.
DEUS qui Ecclesiam tuam, Unigeniti tui Sponsam vocare dignatus es, ut, quae habet gratiam per fidei devotionem, haberet etiam ex nomine pietatem : da, ut omnis haec plebs, nomini tuo serviens, hujus vocabuli consortio digna esse mereatur. Per eumdem Dominum.
Dieu, qui daignâtes donner à votre Église le titre d’Épouse de votre Fils unique, afin que la ferveur de sa foi appelant votre grâce, elle attirât aussi par son nom et y puisât l’amour ; faites que tout ce peuple de vos serviteurs soit digne et mérite de porter avec elle un tel nom. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.
Seigneur, j’ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu dont vous avez fait l’habitation de votre gloire [Psalm. XXVI, 8.]. Que cette parole demeure en nous comme le parfum de l’auguste solennité. Votre maison, ô Dieu, c’est notre église, ineffablement belle du rayonnement des mystères divins. Qu’était près d’elle le tabernacle, abritant l’arche de l’alliance du Sinaï ? et pourtant sa pensée remplissait l’âme de David au désert et le faisait défaillir [Psalm. LXXXIII.], semblable au cerf qui soupire après l’eau des fontaines [Psalm. XLI.]. Apprenons de nos pères des siècles de l’attente à aimer les parvis du Seigneur.
Pourtant, chrétien, l’exil dont souffrait David ne saurait t’atteindre ; car tues devenu au baptême le sanctuaire de Dieu. Que ce jour de dédicace te rappelle les consécrations qui t’enlevèrent à toi-même [I Cor. VI, 19.], pour faire de toi le temple de l’Esprit-Saint, pour te donner au Christ, avec lequel ta vie est désormais cachée [Col. III, 3.] dans le très doux et très fécond secret de la face du Père. Sache entourer dans ton âme la Trinité sainte des hommages que réclame sa présence.
Enfin, âme baptisée et consacrée, rappelle-toi que tu n’es pas seule au banquet de l’amour de ton Dieu ; que la divine charité qui t’unit au Christ Époux doit aussi te joindre à ses membres, et t’appareiller, pierre animée, préparée ici-bas pour la place qui sera tienne un jour dans l’édifice du sanctuaire des cieux. Sache t’adapter à l’Église vivante, vibrer à l’unisson de la grande Épouse, t’essayant à l’éternité, où ton unique et bienheureux emploi sera de glorifier comme elle Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.
LE IX NOVEMBRE. LA DÉDICACE DE LA BASILIQUE DU TRÈS SAINT SAUVEUR.
Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. « Gloire au Tout-Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes ! » s’écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l’admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux. De villes en villes, s’assemblaient les évêques et s’empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d’allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l’unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d’un même souffle de l’Esprit-Saint ; c’était l’accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l’auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Église ! la perfection achevée qu’y déployaient les Pontifes, l’élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin [Euseb. Hist. eccl. X, I-IV.].
Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu’il appelait dans ses édits impériaux l’œuvre des églises [Euseb. De Vita Constantini, II, XLV, XLVI.]. Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.
Aujourd’hui fut le jour natal de l’Église Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei [Palais de Dieu.], Basilique d’or ; nouveau Sinaï [Inscriptio vetus olim in apside majori.], d’où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu’on ne s’étonne pas d’en voir célébrer la fête en tous lieux.
Si depuis des siècles les Papes n’habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu’ « en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l’Église qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Église embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel [Petr. Dam. Epist. L. II, 1.]. » Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’ homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s’assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife [Zach. VI, 12, 13.].
C’est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s’accomplissent chaque année en leur nom, comme Évêques de Rome, les fonctions cathédrales delà bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l’ordination générale. Prudence, le grand poète de l’âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu’il dirait toujours : « A flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d’où l’on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, ô Christ, que Rome te fût consacrée [Prudent. Lib. I contra Symmachum, 586-588.] ! »
Lisons le récit liturgique attribué à ce jour.
Ritus quos in consecrandis ecclesiis et altaribus Romana servat Ecclesia, beatus Silvester Papa primus instituit. Nam etsi jam ab Apostolorum tempore loca fuerunt Deo dicata, quæ ab quibusdam Oratoria, ab aliis Ecclesiæ dicebantur, ubi collectæ fiebant per unam sabbati, et christianus populus orare, Dei verbum audire, et Eucharistiam sumere solitus erat : non tamen illa adeo solemni ritu consecrabantur, nec in eis adhuc in titulum erectum erat altare, quod chrismate delibutum, Domini nostri Jesu Christi, qui altare, hostia et sacerdos noster est, figuram exprimeret.
Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l’Église romaine dans la consécration des églises et des autels. Il y avait bien dès le temps des Apôtres, en effet, certains lieux voués à Dieu, et nommés Oratoires par les uns, Églises par d’autres ; on y tenait l’assemblée le premier jour de la semaine, et le peuple chrétien avait la coutume d’y prier, d’y entendre la parole de Dieu, d’y recevoir l’Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n’y élevait pas d’autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous autel, hostie et pontife.
Sed ubi Constantinus imperator per baptismi sacramentum sanitatem salutemque consecutus est, tum primum lege ab eo lata concessum est toto orbe terrarum, Christiani ut ecclesias ædificarent : quos ille non solum edicto, sed etiam exemplo ad sacram ædificationem est cohortatus. Nam et in suo Lateranensi palatio ecclesiam Salvatori dedicavit, et ei continentem basilicam nomine sancti Joannis Baptistæ condidit, eo loco quo ipse, baptizatus a sancto Silvestro, a lepra mundatus est : quam idem Pontifex consecravit quinto idus novembris : cujus consecrationis memoria celebratur hodierno die, quo primum Romæ publice ecclesia consecrata est, et imago Salvatoris in pariete depicta populo romano apparuit.
Mais lorsque l’empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l’Âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l’univers aux chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l’exemple et inaugurer les saints travaux. C’est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contigu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même, baptisé par saint Silvestre, avait été guéri de la lèpre. C’est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons la mémoire en ce même jour où pour la première fois à Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l’image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.
Quod si beatus Silvester postea in consecratione altaris Principis Apostolorum decrevit, ut deinceps nisi ex lapide altaria non ædificarentur, tamen basilicæ Lateranensis altare fuit e ligno erectum : quod mirum non est. Nam cum a sancto Petro usque ad Silvestrum, propter persecutiones, Pontifices certo loco consistere non possent : quocumque eos necessitas compulisset, sive in cryptas, sive in coemeteria, sive in ædes piorum, super illo altari ligneo ad arcæ similitudinem concavo, sacra faciebant. Quo altari sanctus Silvester, reddita Ecclesiæ pace, honoris causa Principis Apostolorum, qui in illo sacrificasse dicitur, et reliquorum Pontificum, qui usque ad id tempus ad mysteria conficienda eo usi fuerant, in Lateranensi prima ecclesia collacato, sancivit ne quisquam in eo, præter Romanum Pontificem, Missam deinceps celebraret. Eamdem ecclesiam incendiis, vastationibus, terræ insuper motibus disjectam eversamque, ac secula Summorum Pontificum cura reparatam, nova postmodum molitione restitutam, Benedictus decimus tertius Pontifex Maximus Ordinis Prædicatorum, die vigesima octava aprilis anni millesimi septingentesimi vigesimi sexti, ritu solemni consecravit, ejusque celebritatis memoriam hac die recolendam statuit. Quod autem Pius nonus perficiendum consuerat, Leo decimus tertius, cellam maximam, vetustate fatiscentem, ingenti molitione producendam laxandamque curavit, vetus musivum, multis jam antea partibus instauratum, ad antiquum exemplar restitui et in novam absidem, opere cultuque magnifico exornatam, transferri, aulam transversam laqueari et contignatione refectis expoliri jussit, anno millesimo octingentesimo octuagesimo quarto, sacrario, æde canonicorum perpetuaque ad Baptisterium Constantinianum porticu adjectis.
Plus tard, ayant à consacrer l’autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l’autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s’en étonner : de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières, soit dans les maisons des chrétiens, c’était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu’ils offraient le Sacrifice. Quand la paix fut rendue à l’Église, par honneur pour le Prince des Apôtres qu’on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu’alors s’en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silvestre le plaça dans la première église, au Latran, défendant que nul autre n’y célébrât par la suite, si ce n’est le Pontife romain. Ébranlée et ruinée par les incendies, les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec grand zèle parles Souverains Pontifes ; à la suite d’une nouvelle restauration, le Pape Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, la consacra derechef en grande pompe, le vingt-huitième jour d’avril de l’an mil sept cent vingt-six, assignant à la mémoire de cette solennité le présent jour. De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l’agrandissement et le prolongement de l’abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l’antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans ta nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement delà charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre, d’une sacristie, d’habitations pour les chanoines et d’un portique rejoignant les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.
Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Église de Latran est aussi notre Église ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le Pontifical romain au jour de la consécration des Églises ; elles ne sauraient s’appliquer mieux qu’à l’Église Mère.
ANTIENNES ET REPONS.
r. Fundata est domus Domini super viticem montium, et exaltata est super omnes colles, et venient ad eam omnes gentes. * Et dicent : Gloria tibi, Domine.
Ant. Hæc est domus Domini firmiter ædificata : bene fundata est supra firmam petram.
v. Venientes antem venient cum exsultatione, portantes manipulos suos. * Et dicent.
r. Tu Domine universorum, qui nullam habes indigentiam, voluisti templum tuum fieri in nobis. * Conserva domum istam immaculatam in æternum, Domine.
v. Tu elegisti, Domine, domum istam ad invocandum nomen tuum in ea ; ut esset domus orationis, et obsecrationis populo tuo. * Conserva.
Ant. Pax æterna ab Æterno huic domui. Pax perennis, Verbum Patris, sit pax huic domui. Pacem pius Consolator huic præstet domui.
Ant. O quam metuendus est locus iste : vere non est hic aliud, nisi domus Dei, et porta cœli.
Ant. Vidit Jacob scalam, summitas ejus cœlos tangebat, et descendentes Angelos, et dixit : Vere locus iste sanctus est.
r. Hæc est Jerusalem civitas illa magna cœlestis, ornata tamquam sponsa Agni. * Quoniam tabernaculum facta est. Alleluia.
v. Portæ ejus non claudentur per diem, nox enim non erit in ea. * Quoniam.
r. La maison du Seigneur est fondée au sommet des monts ; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle * Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !
r. Plateæ tuæ, Jerusalem, sternentur auro mundo, Alleluia, et cantabitur in te canticum lætitiæ, Alleluia. * Et per omnes vicos tuos dicetur ab universis, Alleluia, Alleluia.
v. Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. * Et elles diront.
v. Luce splendida fulgebis : et omnes fines terræ adorabunt te. * Et per omnes.
r. Seigneur de toutes choses, qui n’avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. * Gardez pure à jamais cette maison, Seigneur.
Ant. Circumdate Sion, et complectimini eam, narrate in turribus ejus.
v. Seigneur, c’est la maison que vous choisîtes pour qu’y fût invoqué votre nom : maison de la prière et des supplications de votre peuple. * Gardez.
v. Magnus Dominus et laudabilis nimis, in civitate Dei nostri, in monte sancto ejus.
Ant. Paix éternelle à cette maison par l’Éternel ! Paix soit à cette maison la Paix sans fin, Verbe du Père ! Paix donne à cette maison le divin Consolateur !’
r. Induit te Dominus tunica jucunditatis, et imposuit tibi coronam. * Et ornavit te ornamentis sanctis.
Ant. Oh ! combien redoutable est ce lieu ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.
v. Luce splendida fulgebis, et omnes fines terræ adorabunt coram te. * Et ornavit te.
Ant. C’est la maison du Seigneur solidement bâtie, bien établie sur la pierre ferme.
r. Nationes ex longinquo ad te venient, et munera deferentes adorabunt Dominum ; et terram tuam in sanctificatione habebunt, et nomen magnum invocabunt in te. * Et ornavit.
Ant. Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint.
v. Benedicti erunt, qui te ædificaverunt ; tu autem lætaberis in filiis tuis, quoniam omnes benedicentur et congregabuntur ad Dominum. * Et ornavit te.
r. Voici Jérusalem, la grande cité, céleste, ornée comme l’Épouse de l’Agneau. * C’est le vrai tabernacle. Alléluia.
V/. Ses portes ne se fermeront point durant le jour ; quant à la nuit, elle y sera inconnue. * C’est le vrai.
R/. Vos places, Jérusalem, seront pavées d’or pur, Alléluia, et l’on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia.
V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera.* Et par vos rues.
Ant. Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte, racontez ses merveilles en ses tours.
V/. Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.
R/. Le Seigneur vous a revêtue d’un vêtement d’allégresse ; à votre front il a mis le diadème.* Il vous a parée de saints ornements.
V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. * Il vous a parée.
V/. Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre ; elles invoqueront en vous le grand Nom.* Il vous a parée.
V/. Bénis seront vos constructeurs. Pour vous, vos fils seront votre joie ; car la bénédiction sera sur eux tous, et tous ensemble ils viendront au Seigneur. * Il vous a parée.
ORAISON.
Omnipotens sempiterne Deus, qui per Filium tuum, angularem scilicet lapidem, duos ex diverso venientes, ex circumcisione et præputio parietes, duosque greges ovium sub uno eodemque pastore unisti ; da famulis tuis per hæc nostræ devotionis officia, indissolubile vinculum charitatis, ut nulla divisione mentium, nullaque perversitatis varietate sequestrentur, quos sub unius regimine pastoris unus grex continet, uniusque te custode ovilis septa concludunt. Per Dominum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui par votre Fils, la pierre d’angle, avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui sous un même et seul pasteur avez uni par lui les deux troupeaux distincts ; ayez égard à notre dévotion : donnez à vos serviteurs l’indissoluble lien de la charité, pour qu’aucune division des ; 1mes, pour qu’aucune perversion d’aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l’unique pasteur, ceux que gardent sous votre protection les barrières de l’unique bercail. Par le même Jésus-Christ.
À la mémoire du grand Martyr brûlé vif, le soldat « conscrit » Théodore d’Amasée, que célébra saint Grégoire de Nysse, qu’honore au pied du Palatin Rome même, et qui eut trois églises de son nom dans Constantinople, disons avec l’Église latine en ce jour :
ORAISON.
Deus, qui nos beati Theodori Martyris tui confessione gloriosa circumdas et protegis : præsta nobis ex ejus imitatione proficere, et oratione fulciri. Per Dominum.
O Dieu qui nous entourez, comme d’une protection, de la confession glorieuse du bienheureux Théodore, votre Martyr ; accordez-nous de profiter de ses exemples, d’être soutenus de sa prière. Par Jésus-Christ.
LE X NOVEMBRE. SAINT ANDRÉ AVELLINO, CONFESSEUR.
On sait quelle moisson l’Esprit-Saint fit germer du sol de l’Église au XVI° siècle, en réponse au reproche d’épuisement formulé contre elle. André fut l’un des plus méritants coopérateurs de l’Esprit dans l’œuvre de sainte réformation, de renaissance surnaturelle, qui s’accomplit alors. L’éternelle Sagesse avait comme, toujours laissé l’enfer s’essayer le premier, mais pour sa honte, à se parer de ces grands noms de renaissance et de réforme.
Depuis neuf ans saint Gaétan avait quitté la terre, la laissant réconfortée déjà par ses œuvres, tout embaumée de ses vertus ; l’ancien évêque de Théate, son auxiliaire et compagnon dans la fondation des premiers Clercs réguliers, avait ceint la tiare et gouvernait l’Église sous le nom de Paul IV : c’était l’heure où une nouvelle faveur du ciel donnait aux Théatins, dans la personne de notre bienheureux, un héritier des dons surnaturels et de l’héroïque sainteté qui avaient fait de Gaétan le zélateur du sanctuaire. Il fut l’ami et l’appui du grand évêque de Milan, Charles Borromée, qu’il rejoint aujourd’hui dans la gloire. Ses pieux écrits continuent de servir l’Église. Lui-même sut se former d’admirables disciples, comme ce Laurent Scupoli qui fut l’auteur du Combat spirituel, si grandement apprécié par l’Évêque de Genève [« Il est clair et tout practiquable. Ouy, ma fille, le Combat spirituel est un grand livre, et mon cher livre, que je porte en ma poche il y a bien dix-huit ans et que je ne relis jamais sans proffit. » S. François de Sales, Lettres spirit. LXXI, LXXIX, LXXXI, édition Vives.].
Le récit autorisé qui va suivre, nous dispense de rien ajouter.
Andreas Avellinus, dictus antea Lancellottus, apud Castrum Novum Lucaniae pagum natus, inter ipsa infantiae primordia, futurae sanctitatis non obscura praebuit indicia. Adolescens ad litteras addiscendas paterna e domo egressus, lubricam illius aetatis semitam inter bonarum artium studia ita peregit, ut sapientiae initium quod est timor Domini, ob oculos potissimum habere numquam praetermiserit. Cum egregia proinde forma eximium castitatis studium conjunxit, quo impudicas saepe mulierum insidias elusit, interdum etiam apertam vim propulsavit. Clericali militiae jam pridem adscriptus, Neapolim se contulit, ut legalibus disciplinis vacaret, ibique iuris prudentiae lauream adeptus, atque interea ad sacerdotalem dignitatem evectus causarum patrocinia in foro dumtaxat ecclesiastico, proque privatis quibusdam personis, juxta sacrorum canonum sanctiones agere coepit. Verum cum aliquando inter causam agendam leve ei mendacium excidisset, mox vero fortuita sacrarum Scripturarum lectione in illa verba incidisset : Os, quod mentitur, occidit animam ; tanto ejus culpae dolore ac poenitentia correptus est, ut statim ab ejusmodi vitae instituto sibi recedendum esse duxerit. Itaque, abdicatis forensibus curis se totum divino cultui sacrisque ministeriis mancipavit. Cumque ecclesiasticae virtutis exemplis emineret, sanctimonialium regimini a tunc exsistente archiepiscopo Neapolitano praefectus fuit. Quo in munere cum pravorum hominum odia subesset, primo quidem intentatae sibi necis periculum declinavit ; mox vero per sicarium tribus in facie acceptis vulneribus, injuriae atrocitatem aequo animo pertulit. Tunc perfectioris vitae desiderio flagrans, ut inter Clericos Regulares adscriberetur, suppliciter postulavit, votique compos factus, ob ingentem, quo aestuabat, crucis amorem, ut sibi Andreae nomen imponeretur, precibus impetravit.
André Avellino, appelé d’abord Lancellotti, naquit à Castro Nuovo, bourg de la Basilicate. Il donna, encore tout enfant, des marques non équivoques de sa future sainteté. Sorti de la maison paternelle pour apprendre les lettres, il passa de telle sorte l’âge glissant de l’adolescence au milieu des études libérales, qu’il n’omit jamais d’avoir surtout devant les yeux le commencement de la sagesse, c’est-à-dire la crainte du Seigneur. Son grand amour de la pureté le fit ainsi triompher d’embûches réitérées, parfois d’attaques à force ouverte, qu’une physionomie avantageuse lui attirait de la part de femmes éhontées. Il était clerc depuis quelque temps déjà quand, se rendant à Naples pour y étudier le droit, il y prit ses degrés. Honoré du sacerdoce sur ces entrefaites, il arrêta de ne plaider qu’au for ecclésiastique et pour quelques particuliers, voulant en cela se conformer aux prescriptions des saints canons. Or il arriva qu’ayant laissé échapper un léger mensonge en une plaidoirie, et lisant par hasard peu après l’Écriture, il tomba sur ces mots : La bouche qui ment tue l’âme. Si vifs furent les sentiments de douleur et de repentir qu’il conçut de sa faute, qu’il jugea devoir aussitôt renoncer à ce genre de vie, et que, disant adieu au barreau, il se donna désormais tout entier au culte divin et au saint ministère. Il présentait en lui le modèle des vertus ecclésiastiques, et l’archevêque de Naples en ce temps lui confia le gouvernement des religieuses. Sa fidélité en cette charge lui valut la haine d’hommes pervers qui cherchèrent à le faire mourir ; il échappa une fois au danger, mais n’évita pas, dans une autre circonstance, trois blessures que l’assassin lui fit au visage, sans que l’atrocité de l’attentat parvînt à troubler son âme. Ce fut alors qu’embrasé du désir d’une vie plus parfaite, il sollicita humblement son admission parmi les Clercs réguliers, et qu’étant exaucé, il obtint par ses prières qu’on lui donnât le nom d’André, en raison du grand amour dont il brûlait pour la croix.
Arctioris itaque vitae curriculum alacri studio ingressus, in eas maxime virtutis exercitationes incubuit, ad quas sese arduis etiam emissis votis obstrinxit, altero scilicet suae ipsius voluntati jugiter obsistendi, altero vero in via christianae perfectionis semper ulterius progrediendi. Regularis disciplinae cultor assiduus, et in ea promovenda, cum aliis praeesset, studiosissimus fuit. Quidquid ab instituti sui officii et regulae praescripto supererat temporis, orationi et animarum saluti tribuebat. In confessionibus excipiendis mira ejus pietas et prudentia enituit : vicos et oppida Neapoli finitima evangelicis ministeriis magno cum animarum lucro frequens lustrabat. Quam ardentem erga proximos sancti viri caritatem signis etiam Dominus illustravit. Cum enim intempesta nocte ab audita aegri confessione domum rediret, ac pluviae ventorumque vis praelucentem facem exstinxisset, non solum ipse cum sociis inter effusissimos imbres nihil malefactus est : verum etiam, inusitato splendore e suo corpore mirabiliter emicante, sociis inter densissimas tenebras iter monstravit. Abstinentia et patientia, nec non abjectione atque odio sui summopere praestitit. Necem fratris filio illatam imperturbato animo tulit, ac suos ab omni ulciscendi cupiditate compescuit, imo etiam pro interfectoribus opem et misericordiam judicum imploravit.
Embrassant donc avec courage la voie étroite, et se dévouant à la vertu, il ne craignit pas de s’astreindre par vœu, d’une part à toujours combattre sa volonté propre, de l’autre à progresser sans relâche dans le chemin de la perfection chrétienne. Très observant de la discipline régulière, il s’en montra le zélateur attentif quand il fut supérieur. Tout ce qu’il lui restait de temps en dehors de sa charge et de la règle était consacré à la prière et au salut des âmes. Dans les confessions qu’il entendait, sa piété et sa prudence étaient admirables ; il parcourait fréquemment bourgs et villages autour de Naples, y exerçant le ministère évangélique au grand profit des âmes. On vit le Seigneur lui-même illustrer par des prodiges l’ardente charité du saint homme pour le prochain. Une nuit d’orage, en effet, qu’il revenait de confesser un malade et que la violence de l’ouragan avait éteint la lumière, non seulement ses compagnons ne furent pas plus que lui mouillés par la pluie qui tombait à torrents, mais encore une clarté insolite rayonnant miraculeusement de son corps leur montra le chemin au milieu des ténèbres épaisses. Il excella dans l’abstinence et la patience, l’amour de l’abjection, la haine de soi. Il supporta d’une âme tranquille la mort violente du fils de son frère, détournâtes siens de tout désir de vengeance, et alla jusqu’à implorer des magistrats pour les meurtriers grâce et protection.
Pluribus in locis Clericorum Regularium ordinem propagavit, eorumque domicilia Mediolani et Placentiae instituit. Illius operam sanctus Carolus Borromaeus, et Paulus de Aretio Clericus Regularis, Cardinales, quibus erat acceptissimus, in pastoralis muneris curis adhibuerunt. Deiparam Virginem singulari amore et cultu prosequebatur. Angelorum colloquio perfrui meruit, quos, cum divinas laudes persolveret, e regione concinentes se audisse testatus est. Denique post heroica virtutum exempla, prophetiae quoque dono illustris, quo et secreta cordium, et absentia, et futura prospexit, annis gravis, et laboribus fractus, ad aram celebraturus in verbis illis tertio repetitis : Introibo ad altare Dei, repentino apoplexiae morbo correptus est ; mox sacramentis rite munitus, placidissime inter suos animam efflavit. Ejus corpus Neapoli in ecclesia sancti Pauli ad haec usque tempora eo frequentissimo populi concursu colitur, quo fuit elatum. Illum denique insignibus in vita et post mortem miraculis clarum Clemens undecimus Pontifex Maximus solemni ritu sanctorum catalogo adscripsit.
Il propagea en plusieurs lieux l’Ordre des Clercs réguliers, et fonda leurs maisons de Milan et de Plaisance. Ami des cardinaux saint Charles Borromée et Paul d’Arezzo, théatin, il fut leur aide dans les soucis de la charge pastorale. Tout spécial était son amour et son culte pour la Vierge Mère de Dieu. Il mérita de s’entretenir avec les Anges, et témoigna les avoir entendus, quand il s’acquittait de la louange divine, l’accompagner en chœur. Ayant donc donné d’héroïques exemples de vertu, brillé par le don de prophétie qui lui faisait connaître les secrets des cœurs, les choses absentes, les événements futurs, il succomba enfin sous le poids des années et l’épuisement du labeur. Voulant célébrer la sainte Messe, et ayant par trois fois au pied de l’autel répété ces mots : J’entrerai à l’autel de Dieu, il fut frappé d’une attaque subite d’apoplexie. Muni sans tarder des sacrements de l’Église, il rendit l’âme en grande paix au milieu des siens. Son corps repose à Naples, en l’église de Saint-Paul, honore jusqu’à nos temps du même grand concours au milieu duquel il y fut porté. Insignes furent ses miracles après la mort comme durant la vie, et le Souverain Pontife Clément XI l’inscrivit solennellement au catalogue des Saints.
Combien furent suaves et fortes à votre endroit les voies de l’éternelle Sagesse [Sap. VIII, I], ô bienheureux André, quand de la légère faute où vous étiez tombé par surprise en cette vallée des larmes, elle fit le point de départ de la sainteté qui resplendit en vous ! La bouche qui ment tue l’âme [Ibid. I, 11.], disait-elle ; et comme elle ajoutait : Ne mettez pas votre zèle en cette vie par une erreur funeste à poursuivre la mort, n’employez pas vos œuvres à acquérir la perdition [Ibid. 12.], elle fut pleinement comprise ; le but de la vie vous apparut tout autre, ainsi que le montrèrent les vœux qu’elle-même vous inspira pour sans cesse vous éloigner de vous-même, et sans cesse vous rapprocher du souverain Bien. Avec l’Église [Collecta diei.], nous glorifions le Seigneur qui disposa de si admirables ascensions dans votre âme [Psalm. LXXXIII, 6.]. Comme l’annonçait le Psaume, cette marche toujours progressive de vertu en vertu vous amène aujourd’hui dans Sion, où vous voyez le Dieu des dieux [Psalm. LXXXIII, 8.].
Votre cœur, votre chair, tressaillaient pour le Dieu vivant ; votre âme, absorbée dans l’amour des parvis sacrés, défaillait à leur pensée [Ibid. 2, 3.]. Quoi d’étonnant qu’une suprême défaillance au pied des autels du Seigneur des armées, vous donne entrée dans sa maison bienheureuse ? Avec quelle joie vos angéliques associés de ce monde en la divine louange vous accueillent dans les chœurs éternels [Ibid. 4, 5.]!
Ayez égard aux hommages de la terre. Daignez répondre à la confiance de Naples et de la Sicile, qui se recommandent de votre puissant patronage auprès du Seigneur. Unissez-vous, pour bénir la pieuse famille des Clercs réguliers Théatins, à saint Gaétan, son père et le vôtre. Pour nous tous, implorez une part dans les bénédictions qui vous furent si abondamment départies [Ibid. 8.]. Puissent les vains plaisirs que Ton goûte sous les tentes des pécheurs ne nous séduire jamais, l’humilité de la maison de Dieu avoir nos préférences sur toute grandeur mondaine [Ibid. 11.]. Si comme vous nous aimons la miséricorde et la vérité, le Seigneur nous donnera comme à vous la grâce et la gloire [Ibid. 12.]. Au souvenir des circonstances où s’accomplit votre fin bienheureuse, le peuple chrétien honore en vous un protecteur contre la mort subite et imprévue : gardez-nous dans le dernier passage ; que l’innocence de notre vie ou la pénitence en préparent l’issue fortunée ; que notre soupir final s’exhale, pareil au vôtre, dans l’espérance et l’amour [Ibid. 13.].
Rome nous invite à donner avec elle, en ce jour, un souvenir au groupe des Martyrs qui forment la protection et la richesse de son grand hôpital du Saint-Esprit, où ils reposent sous l’autel majeur. L’église de Saint-Augustin, voisine de l’ancienne église stationnale de saint Tryphon, possède elle-même une partie des précieux restes de ce dernier.
ORAISON.
FAC nos, quaesumus Domine, sanctorum Martyrum tuorum Tryphonis, Respicii et Nymphae semper festa sectari : quorum suffragiis protectionis tuae dona sentiamus. Per Dominum.
Faites, nous vous en prions, Seigneur, que la fête de vos saints Martyrs Tryphon, Respicius et Nympha, nous soit toujours chère ; puissions-nous, grâce à leurs suffrages, éprouver les effets de votre protection. Par Jésus-Christ.
LE XI NOVEMBRE. SAINT MARTIN, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR.
Trois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France [Une liste par diocèses s’en trouve dans le Saint Martin de Lecoy de la Marche, en l’Appendice.], presque autant dans le reste du monde, attestent l’immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d’un culte superstitieux quand l’idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l’abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques, enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l’humble soldat qui les avait vaincues.
C’est qu’en effet, la mission de Martin fut d’achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu’à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l’influence des cités.
Aussi, à l’encontre des divines complaisances, quelle haine n’essuya-t-il point de la part de l’enfer ! Dès le début, Satan et Martin s’étaient rencontrés : « Tu me trouveras partout sur ta route, » avait dit Satan [Sulpit. Sever. Vita, vi.] ; et il tint parole. Il l’a tenue jusqu’à nos jours : de siècle en siècle, accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le monde entier ; dans le XVI°, livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France ; au XIX° enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l’honneur de leur ville.
Reconnaissance du Christ roi, rage de Satan, se révélant à de tels signes, nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.
Moine, il le fut d’aspiration et de fait jusqu’à son dernier jour. « Dès sa première enfance, il ne soupire qu’après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut à douze s’en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle sorte qu’on le prendrait déjà pour un moine [Ita ut, jam illo tempore, non miles sed monachus putaretur. Ibid. II.]. Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cotte solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules. Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit étranger partout hormis à Ligugé. Moine paraîtrait, il n’avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ses habitudes monastiques. Il satisfaisait à la dignité de l’évêque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine [Ita implebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret. Sulpit. Sev. Vita, X.] ; s’étant fait tout d’abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmoutier ou de grand monastère [Cardinal Pie, Homélie prononcée à l’occasion du rétablissement de l’Ordre de saint Benoît à Ligugé, 25 novembre 1853.]. »
C’est à la direction reçue de l’ange qui présidait alors aux destinées de l’Église de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l’honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite [Hilarium secutus est Martinus, qui tantum illo doctore profecit, quantum ejus postea sanctitas declaravit. In festo S. Hilarii, Noct. II, Lect. II.]. Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l’Occident l’admirable disciple que lui adressait le ciel, c’est ce qu’à défaut d’Hilaire même, il convient de demander à l’héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :
« Ç’a été, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps, qu’à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés parleurs fonctions de vivre mêlés au siècle, il fallait dans l’Église une milice séparée du siècle et enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique, vivant de renoncement et d’obéissance, accomplissant nuit et jour la noble et incomparable fonction de la prière publique. Ç’a été la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le monde les pures doctrines de l’Évangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s’en rapprochant le plus possible. Lisez la vie des plus grands hommes de l’épiscopat, dans l’Orient comme dans l’Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l’Église comme au moyen âge ; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire, le grand Hilaire, de son coup d’œil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l’ordre monastique dans le christianisme, et le clergé régulier dans l’Église. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l’importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l’évêque [Cardinal Pie, ubi supra.]. »
On ne saurait présumer d’essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l’autorité de l’Évêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d’apostolat des Gaules : « Loin de moi, s’écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs, des premiers évoques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l’apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, c’a été principalement saint Martin. Et d’où vint à Martin, sur tant d’autres grands évoques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d’apostolat ? Placerons-nous Martin au-dessus de son maître Hilaire ? S’il s’agit de la doctrine, non pas assurément ; s’il s’agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m’appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire, c’est qu’Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur ; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge.
« On parle beaucoup aujourd’hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c’est oublier l’Écriture et l’histoire ; et, de plus, c’est déroger. Dieu n’a pas jugé qu’il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n’est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l’a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d’une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d’une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l’homme, mais sur la force de Dieu [I Cor. II, 4.]. On ne le veut plus ainsi aujourd’hui ; on nous dit qu’en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n’abolira point cet ordre, on n’abolira ni l’Évangile ni l’histoire. N’en déplaise aux lettrés de notre siècle, n’en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l’appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l’oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l’Église, et pour jusqu’à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.
« Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : a Hélas ! s’écriait un jour le saint, les serpents m’écoutent, et les hommes refusent de m’entendre. » Cependant les hommes l’entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l’entendit ; non seulement l’Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l’une après l’autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l’idolâtrie. Était-ce légal, me demandez-vous ? Si j’étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l’était peut-être. Mais ce que je puis dire, c’est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n’obéissait en cela qu’à l’Esprit de Dieu. Et ce que je dois dire, c’est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n’avait d’autres armes que les miracles qu’il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu’il répandait devant Dieu lorsque l’endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays. Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu’il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C’est ainsi que l’Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin [Cardinal Pie, Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre 1858.]. »
La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l’année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux [Concil. Mogunt. an. 813, can. XXXVI.], favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l’été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l’occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.
Aussi Grégoire de Tours n’hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier [Greg. Tur. De miraculis S. Martini, IV, in Prolog.] ! Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d’Amiens, n’ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife. La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d’avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l’eut pour père : en la manière que l’unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l’unité nationale ; il veille sur sa durée ; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l’Église, la chape de saint Martin conduisit avant l’oriflamme de saint Denis nos armées au combat [Quel qu’ait pu être le vêtement de saint Martin désigné par cette appellation, on sait que l’oratoire des rois de France tira de lui son nom de chapelle, passé ensuite à tant d’autres.]. Or donc, disait Clovis, « où sera l’espérance de la victoire, si l’on offense le bienheureux Martin [Et ubi erit spes victoriae, si beatus Martinus offenditur ? Greg. Tur. Historia Francorum, II, XXXVII.] ? »
Lisons le récit de l’Église, qui s’étend avec complaisance sur les derniers moments de son illustre fils, vraiment dignes en effet d’être admirés par tous.
Martinus, Sabariæ in Pannonia natus, cum decimum attigisset annum, invitis parentibus ad Ecclesiam confugiens, in catechumenorum numerum adscribi voluit. Quindecim annos natus in militiam profectus, primum in Constantii, deinde Juliani exercitu militavit. Qui cum nihil haberet præter arma, et vestimentum quo tegebatur, Ambiani, pauperi ac nudo ab eo petenti, ut Christi nomine sibi eleemosynam tribueret, partem chlamydis dedit. Cui sequenti nocte Christus dimidiata illa veste indutus apparuit, hanc mittens vocem : Martinus catechumenus hac me veste contexit.
Martin était né à Sabarie en Pannonie. Comme il atteignait sa dixième année, il courut malgré ses parents à l’Église et s’y fit inscrire parmi les catéchumènes. Parti à quinze ans pour l’armée, il servit sous Constance d’abord et ensuite sous Julien. Un jour qu’à Amiens, un pauvre mendiant nu lui demandait l’aumône au nom de Jésus-Christ, n’ayant rien que ses armes et le vêtement dont il était couvert, il partagea sa chlamyde avec le pauvre. Or, la nuit suivante, le Christ lui apparut couvert de cette moitié de manteau, et il disait : Martin catéchumène m’a revêtu de ce vêtement.
Decem et octo annos cum haberet, baptizatus est. Quare relicta militari vita, ad Hilarium. Pictaviensem episcopum se contulit, a quo in acolythorum numerum redactus est. Post factus episcopus Turonensis monasterium ædificavit, ubi cum octoginta monachis sanctissime aliquamdiu vixit. Qui cum postea ad Candacensem vicum suæ dioecesis in gravem febrim incidisset, assidua Deum oratione precabatur, ut se ex illo mortali carcere liberaret. Quem audientes discipuli, sic rogabant : Cur nos pater deseris ? cui nos miseros derelinquis ? Quorum voce commotus Martinus, ita Deum orabat : Domine, si adhuc populo tuo sum necessarius, non recuso laborem.
A dix-huit ans, il fut baptisé. Renonçant dès lors à la vie militaire, il se rendit près d’Hilaire, évêque de Poitiers, qui le mit au nombre des acolythes de son église. Fait par la suite évêque de Tours, il mena une vie très sainte avec quatre-vingts moines, dans le monastère qu’il y bâtit. Saisi à Cande, bourg de son diocèse, d’une fièvre très grave, il priait instamment Dieu qu’il le délivrât de cette prison mortelle. Ce qu’entendant, ses disciples le suppliaient : Père, pourquoi nous abandonnez-vous ? à qui nous laissez-vous dans notre malheur ? Et Martin, ému de leurs larmes, disait à Dieu : Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail.
Sed cum eum in illa vehementi febre supinum orantem viderent discipuli, suppliciter ab eo petierunt, ut converso corpore tantisper, dum remitteret morbi vis, pronus conquiesceret. Quibus Martinus, Sinite me, inquit, cœlum potius, quam terram aspicere, ut suo jam itinere iturus ad Dominum spiritus dirigatur. Instante jam morte, viso humani generis hoste : Quid, inquit, astas, cruenta bestia ? nihil in me funeste reperies. Ea in voce, unum et octoginta annos natus, animam Deo reddidit : quam Angelorum chorus excepit, eosque divinas canentes laudes multi, in primisque sanctus Severinus Coloniensis episcopus, audierunt.
Et comme, malgré la violence de la fièvre, ses disciples le voyaient prier constamment tourné vers le ciel, ils le supplièrent de se laisser changer de position quelque temps, pour que le mal prît quelque relâche et lui permît de reposer. Mais Martin : Laissez-moi, dit-il, regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme sur le départ trouve son chemin vers le Seigneur. Comme la mort approchait, voyant l’ennemi du genre humain, il dit : Que fais-tu là, bête cruelle ! tu ne trouveras rien en moi pour toi. Ce fut en prononçant ces mots, qu’âgé de quatre-vingt-un ans, il rendit à Dieu son âme. Elle fut reçue par le chœur des Anges, dont plusieurs personnes ouïrent les divines mélodies, spécialement l’évêque de Cologne saint Séverin.
Nous donnons ici les belles Antiennes des Vêpres de la fête. Les cinq premières sont composées de passages de Sulpice Sévère en sa lettre à Bassula, où il raconte la mort du bienheureux, complétant ainsi le livre qu’il avait écrit de la Vie de saint Martin pendant que celui-ci vivait encore.
ANTIENNES.
Dixerunt discipuli ad beatum Martinum : Cur nos pater deseris, aut cui nos desolatos relinquis ? Invadunt enim gregem tuum lupi rapaces.
O virum ineffabilem, nec labore victum, nec morte vincendum, qui nec mori timuit, nec vivere recusavit !
Domine, si adhuc populo tuo sum necessarius, non recuso laborem : fiat voluntas tua.
Oculis ac manibus in cœlum semper intentus, invictum ab oratione spiritum non relaxabat. Alleluia.
Martinus Abrahæ sinu lætus excipitur : Martinus, hic pauper et modicus, cœlum dives ingreditur, hymnis cœlestibus honoratur.
O beatum virum, cujus anima paradisum possidet : unde exsultant Angeli, lætantur Archangeli, chorus Sanctorum proclamat, turba Virginum invitat, Mane nobiscum in æternum.
Ses disciples dirent au bienheureux Martin : Père, pourquoi nous abandonnez-vous ? à qui nous laissez-vous dans notre malheur ? Des loups ravisseurs se jetteront sur votre troupeau.
O beatum Pontificem, qui totis visceribus diligebat Christum Regem, et non formidabat imperii principatum : o sanctissima anima, quam etsi gladius persecutoris non abstulit, palmam tamen martyrii non amisit.
Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail : qu’il en soit ce que décidera votre volonté.
Homme ineffable ! ni le labeur ne l’a vaincu, ni la mort ne le saurait vaincre, ne craignant point de mourir, ne refusant point la vie.
Les yeux et les mains continuellement levés vers le ciel, l’esprit infatigable, il ne donnait nulle trêve à sa prière. Alléluia.
Martin est accueilli au sein d’Abraham dans la joie ; Martin, pauvre et humble ici-bas, fait son entrée au ciel dans l’abondance, célébré par les chants des cieux.
O bienheureux homme, dont l’âme est en possession du paradis ! Aussi les Anges tressaillent, les Archanges se réjouissent, le chœur des Saints publie sa gloire, les Vierges l’entourent et elles disent : Demeurez avec nous toujours.
O bienheureux Pontife, qui par toutes les fibres de son être aimait le Christ Roi, et ne redoutait point les puissants de ce monde ! ô âme très sainte, que le glaive du persécuteur n’a point séparée de son corps, et qui pourtant n’a pas perdu la palme du martyre.
L’un des plus illustres et dévots clients de saint Martin, saint Odon, Abbé de Cluny, composa en son honneur l’Hymne suivante. Les fidèles trouveront aux Communs de leurs livres d’Offices l’Hymne plus ancienne, Iste Confessor, à la rédaction modifiée depuis il est vrai, mais qui, primitivement, chanta l’Évêque de Tours et les miracles opérés au tombeau de ce premier des justes non martyrs honorés dans l’Église entière.
HYMNE.
Rex Christe, Martini decus,Hic laus tua, tu illius :Tu nos in hunc te colere,Quin ipsum in te tribue.
En pauper hic et modicusCœlum dives ingreditur ;Cœli cohortes obviant,Linguæ, tribus, gentes ovant.
Qui das per orbis cardines,Quod gemma fulget Præsulum ;Da quos premunt culpæ graves,Solvat per ingens meritum.
Ut vita, fulget transitus,Cœlis et arvo splendidus ;Gaudere cunctis pium est,Cunctis salus sit hæc dies.
Martine, par Apostolis,Festum colentes tu fove ;Qui vivere discipulisVis, aut mori, nos respice.
Fac nunc quod olim gesseras,Tu Præsules clarifica,Auge decus Ecclesiæ,Fraudes relide Satanæ.
Qui ter chaos evisceras,Mersos reatu suscita :Diviseras ut chlamydem,Nos indue justitiam.
Christ Roi, de Martin la gloire : vous êtes sa louange, il est la vôtre ; vous honorer en lui, comme lui-même en vous, est notre désir.
Ut specialis gloriæQuondam recorderis tuæ,Monastico nunc Ordini,Jam pene lapso, subveni.
Vous qui d’un pôle à l’autre du monde faites briller la perle des Pontifes, délivrez-nous par son très grand mérite des lourds péchés qui nous oppressent.
Sit Trinitati gloria,Martinus ut confessus est ;Cujus fidem per operaIn nos et ipse roboret. Amen.
Il était pauvre ici-bas et humble : et voici qu’au ciel il fait son entrée dans l’abondance, que les phalanges des cieux viennent au-devant de lui, que toute langue, toute tribu, toute nation applaudit au triomphe.
Comme avait fait sa vie, resplendit sa mort, admiration de la terre et des cieux : pour tous, c’est acte pie que se réjouir ; pour tous que ce jour soit un jour de salut.
Martin, l’égal des Apôtres, bénissez-nous célébrant votre fête : jetez sur nous les yeux, vous qui pour vos disciples demeurez prêt à vivre comme à mourir.
Faites maintenant ce que vous fîtes autrefois : des Pontifes faites briller les vertus, de l’Église accroissez la gloire, de Satan déjouez les embûches.
Vous qui trois fois avez dépouillé l’abîme, sauvez ceux que leurs fautes ont engloutis ; en souvenir du manteau partagé, revêtez-nous de justice.
Et vous rappelant cette gloire qui dans le temps fut vôtre à titre spécial, de l’Ordre monastique aujourd’hui presque éteint montrez-vous le secours.
Gloire soit à la Trinité, dont par sa vie Martin fut le confesseur ; puisse-t-il faire que chez nous aussi la foi en soit appuyée par les œuvres. Amen.
Amen.
Adam de Saint – Victor consacre au grand Évêque de Tours une de ses plus enthousiastes productions.
SÉQUENCE.
Gaude Sion, quæ diem recolis,Qua Martinus, compar Apostolis,Mundum vincens, junctus cœlicolisCoronatur.
Hic Martinus, pauper et modicus,Servus prudens, fidelis villicus,Cœlo dives, civis angelicusSublimatur.
Hic Martinus, jam catechumenusNudum vestit, et nocte protinusIn sequenti, hac veste DominusEst indutus.
Hic Martinus, spernens militiam,Inimicis inermis obviamIre parat, baptismi gratiamAssecutus.
Hic Martinus, dum offert hostiam,Intus ardet per Dei gratiam :Supersedens apparet etiamGlobus ignis.
Hic Martinus, qui cœlum reserat,Mari præest et terris imperat,Morbos sanat et monstra superat,Vir insignis.
Hic Martinus nec mori timuit,Nec vivendi laborem respuit,Sicque Dei se totum tribuitVoluntati.
Hic Martinus, qui nulli nocuit,Hic Martinus, qui cunctis profuit,Hic Martinus, qui trinæ placuitMajestati.
Hic Martinus, qui fana destruit,Qui gentiles ad fidem imbuit,Et de quibus eos instituitOperatur.
Hic Martinus, qui tribus mortuisMeritis dat vitam præcipuis :Nunc momentis Deum continuisContemplatur.
O Martine, pastor egregie,O cœlestis consors militiæ,Nos a lupi defendas rabieSævientis.
Sion, sois dans la joie en célébrant le jour où Martin, l’égal des Apôtres, triomphant du monde, est couronné parmi les habitants des cieux.
O Martine, fac nunc quod gesseras,Deo preces pro nobis offeras,Esto memor, quam numquam deseras
C’est lui Martin, l’humble et le pauvre, le serviteur prudent, le fidèle économe : au ciel, à lui la richesse et la gloire, devenu qu’il est concitoyen des Anges.
Tuae gentis.Amen.
C’est lui Martin, qui catéchumène revêt un pauvre, et le Seigneur, dès la nuit suivante, a revêtu le manteau.
C’est lui Martin, qui dédaignant les armes, offre d’aller sans nulle défense au-devant des ennemis ; car il est baptisé.
C’est lui Martin, qui offrant l’hostie sainte, s’embrase au dedans par la divine grâce, tandis qu’un globe de feu apparaît sur sa tête.
C’est lui Martin, qui ouvre le ciel, commande à l’océan, donne des ordres à la terre, guérit les maladies, chasse les monstres, ô l’homme incomparable !
C’est lui Martin, qui ne craignit point de mourir, qui ne refusa point le labeur de vivre, et de la sorte à la divine volonté s’abandonna tout entier.
C’est lui Martin, qui ne nuisit à personne ; c’est lui Martin, qui fit du bien à tous ; c’est lui Martin, qui plut à la trine Majesté.
C’est lui Martin, qui renverse les temples, lui qui instruit dans la foi les gentils, et de ce qu’il enseigne leur donne en ses œuvres l’exemple.
C’est lui Martin, qui sans pareil en mérites, rend la vie à trois morts ; maintenant il voit Dieu pour toujours.
O Martin, pasteur excellent, ô vous qui faites partie de la céleste milice, défendez-nous contre la rage du loup furieux.
O Martin, faites maintenant comme autrefois : offrez pour nous à Dieu vos prières ; souvenez-vous, pour ne jamais l’abandonner, de cette nation qui est vôtre.
Amen.
O saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L’hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde ; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l’extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, au nom du Christ dont se recommandait le pauvre d’Amiens, tandis qu’eux n’en savent plus trouver le nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu’ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l’avoir reçu de vous, leurs pères.
Combien lamentable est devenu surtout le dénuement de ce pays de France, que vous aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent reconnus par de telles injures ! Daignez considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard à la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer, comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets ; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.
Cette histoire qui fut celle des beaux jours de l’Église, du règne du Christ Roi, ô Martin, serait-elle finie ? Laissons l’ennemi sceller déjà en pensée notre tombe. Mais le récit de vos prodiges nous apprend qu’il vous appartient de redresser sur leurs pieds les morts mêmes. Le catéchumène de Ligugé n’était-il pas rayé du nombre des vivants [Psalm. LXVIII, 29.], quand vous le rappelâtes à la vie, au baptême ? Fussions-nous comme lui déjà parmi ceux dont le Seigneur ne se souvient plus [Psalm. LXXXVII, 6.], l’homme ou le pays qui a Martin pour protecteur et pour père ne saurait abandonner l’espérance. Si vous daignez garder souvenir de nous, les Anges viendront redire au Juge suprême : C’est celui-là, c’est la nation, pour qui Martin prie ; et ils recevront l’ordre de nous retirer des lieux obscurs où végètent les peuples sans gloire, pour nous rendre à Martin, aux nobles destinées que nous valut sa prédilection [Sulpit. Sev. Vita, VII.].
Nous savons néanmoins que votre zèle pour l’avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l’infidélité. Ramenez l’Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l’unité que l’hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d’efforts contraires, gardez à son poste d’honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l’implorent.
Au ciel aujourd’hui, chante l’Église, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : « Demeurez avec nous toujours [Ant. ad Magnificat in Iis Vesp.] ! » N’est-ce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d’une vénération si touchante [Sulpit. Sev. Dialog. I (II, 8, 12).]; où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d’Agnès, se complaisait à passer déjà de longues heures en votre cellule de Marmoutier, devenue, nous dit votre historien, l’égale des pavillons des Anges [Ibid. 13.] ? Imitant leurs frères et sœurs du ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d’eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à les éclairer tous, qu’un regard de Martin leur assurera les bénédictions du Seigneur.
Originaire d’Égypte, le soldat Mennas devint, après son martyre, le protecteur d’Alexandrie. Il n’est pas rare de rencontrer, encore aujourd’hui, des ampoules rapportées autrefois par les pèlerins qui les remplissaient de l’huile brûlant à son tombeau. Disons avec l’Église :
ORAISON.
Præsta quæsumus omnipotens Deus : ut qui beati Mennæ Martyris tui natalitia colimus, intercessione ejus in tui nominis amore roboremur. Per Dominum.
Accordez à notre prière, Dieu tout-puissant, que nous, qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux Mennas votre Martyr, soyons par son intercession fortifiés dans l’amour de votre nom. Par Jésus-Christ.
LE XII NOVEMBRE. SAINT MARTIN Ier, PAPE ET MARTYR.
Pendant que l’affluence des peuples au tombeau de l’évêque de Tours amenait son troisième successeur, Perpétuus, a élever sur ses restes précieux la basilique où devaient s’accomplir tant de prodiges durant le moyen âge entier, Rome elle-même dédiait à Martin une de ses plus nobles églises, en l’associant, comme titulaire du glorieux édifice, à son illustre Pontife et Confesseur Silvestre. Dans l’éclat de sa double auréole, Saint-Martin-aux-Monts consacrait dignement pour la Ville éternelle le culte des Confesseurs à côté de celui des Martyrs. Mais une autre gloire attendait l’auguste sanctuaire.
Au thaumaturge apôtre, au pontife de la paix, tous deux vainqueurs de l’idolâtrie et n’ayant dû d’échapper au glaive qu’à la conversion des bourreaux, le dernier Pape Martyr, s’honorant lui aussi du nom de Martin, devait venir longtemps après la disparition des persécuteurs païens demander l’hospitalité de la tombe. « De tous ses prédécesseurs ayant suivi les temps de Constantin, dit Baronius, Martin Ior fut le plus heureux : jugé digne de souffrir plus qu’eux tous pour le nom de Jésus-Christ, il eut la bonne fortune de trouver Dèce et Dioclétien dans un prince baptisé [Baron. Ad ann. 651.]. »
L’empereur ainsi flétri par le grand annaliste s’appelait Constant II. Petit-fils d’Héraclius, qui lui du moins valut au monde chrétien quelques années glorieuses, il n’hérita de son aïeul que la byzantine prétention d’imposer ses édits dogmatiques à l’Église. Comme l’Ecthèse d’Héraclius, le Type de Constant afficha l’intention d’imposer silence aux catholiques aux prises avec l’eutychianisme rajeuni sous le nom de monothélisme. Déjà saint Léon II nous a, le XXVIII juin, initiés à ces luttes concernant l’intégrité respective des natures humaine et divine en l’Homme Dieu. L’Église pouvait-elle, sans protestation, laisser dire de l’Époux qu’il n’avait pris d’Adam qu’un semblant d’humanité, comme eût été cette nature tronquée, décapitée de la volonté, que rêvaient pour lui les sectaires nouveaux ?
Martin Ier, mieux inspiré qu’Honorius, comprit le péril, et sut non moins réparer le passé qu’assurer l’avenir. À peine monté au Siège apostolique, il réunit en cette église du Sauveur dont nous célébrions la dédicace il y a peu de jours, une des plus belles assemblées conciliaires qui s’y tinrent jamais. « Sonnez de la trompette, criez sur la montagne ; soldats de Dieu, réveillez-vous [Conclusion du discours d’ouverture, Mansi, X, 870.] ! » Ainsi, dès le début, faisait justice d’un silence fatal ce concile de Latran de 649, qui vengea l’honneur de l’Église. A la lecture de ses splendides et larges définitions, présentant au monde dans son adorable intégrité le Fils de la Vierge Mère, on se rappelle, mais combien triomphante, la solennelle déclaration du prétoire au grand Vendredi : Voila l’HOMME [JOHAN. XIX, 5.] ! oui certes, ô notre Dieu Sauveur ; le plus achevé, le plus parfait, le plus beau de ses frères.
Et quel soulagement, pour l’âme, que le spectacle des impériales élucubrations retournées avec leurs qualifications de scélérates et d’impies au césar byzantin [Impiissimam ecthesim, sclerosum typum. Canon XVIII. Mansi, X, 1158.], qui tenait à sa merci dans Rome encore dépendante le Pontife désarmé ! Martin Ier pouvait, comme Paul, prendre à témoin l’Église de Dieu [Epist. encyclica promulgationis concilii. Ibid. 1178.] qu’il ne s’était point dérobé au devoir d’éclairer le troupeau [Act. XX, 26, 27.]; il pouvait rappeler aux pasteurs le prix dont le Christ avait acheté les brebis confiées à leur garde [Ibid. 28.] : lui, comme Paul, était prêt [Ibid. 22-24.]. Son martyre allait assurer le triomphe final, dont le sixième concile général et saint Léon II étaient appelés à recueillir les fruits.
Les Grecs célèbrent au XIII avril la fête du glorieux Pontife, qu’ils appellent « un coryphée des dogmes divins, l’honneur du Siège de Pierre, celui qui sur la Pierre divine a maintenu l’Église inébranlée [Menaea. XIII april.]. »
Voici la brève notice que Rome lui consacre en sa Liturgie.
Martinus, Tuderti in Umbria natus, initio pontificatus, et litteris et legationibus missis operam dedit, ut Paulum. Constantinopolitanum Patriarcham a nefaria hæresi ad catholicæ fidei veritatem revocaret. Qui Constante imperatore hæretico fretus, eo amentiæ progressus fuerat, ut Sedis apostolicæ legatos varie in insulas relegarit. Quo ejus scelere commotus Pontifex, coacto Romæ concilio centum quinque episcoporum, eum condemnavit.
Martin, né à Todi en Ombrie, chercha au commencement de son Pontificat, par lettres et légations, à ramener d’une hérésie impie à la vérité de la foi catholique Paul, patriarche de Constantinople. Mais fort de l’appui de l’empereur Constant, lui-même hérétique, Paul alla jusqu’à ce degré de folie que de reléguer les nonces du Siège apostolique en diverses îles. Le Pape, outré d’un pareil crime, rassemble à Rome un concile de cent cinq évêques et porte contre lui une sentence de condamnation.
Quam causa fuit Constanti mittendi in Italiam Olympium exarchum, ut Martinum Pontificem interficiendum, aut ad se perducendum curaret. Igitur Olympius Romam veniens lictori mandat, ut Pontificem, dum in basilica sanctæ Mariæ ad Præsepe Missarum solemnia celebraret, occideret. Quod ubi lictor aggreditur, cæcus repente factus est.
L’empereur alors envoie en Italie l’exarque Olympius avec ordre de tuer le Pontife ou de le lui faire amener. Olympius, venant donc à Rome, commande à un licteur de frapper Martin, pendant que celui-ci célébrait solennellement la Messe dans la basilique de Sainte-Marie de la Crèche. Mais comme le licteur se disposait à obéir, il fut soudain frappé de cécité.
Constanti autem imperatori ex eo tempore multæ calamitates inciderunt : quibus nihilo melior factus, Thedorum Calliopam ad Urbem mittens, imperat ut Pontifici manus injiciat. A quo per fraudem captus Martinus, et Constantinopolim perductus, deinde in Chersonesum relegatus, ibi ob catholicam fidem ærumnis confectus, pridie idus novembris cessit e vita clarus miraculis. Cujus corpus Romam postea translatum, in ecclesia conditum est, quæ sanctorum Silvestri et Martini nomine dedicata erat. Præfuit Ecclesiæ annos sex, mensem unum, dies viginti sex. Habuit ordinationes duas mense decembri, quibus creavit presbyteros undecim, diaconos quinque, episcopos per diversa loca triginta tres.
Constant se vit depuis lors en butte à mille calamités, sans pour cela devenir meilleur. Théodore Calliopas, chargé à son tour de la mission d’arrêter le Pontife, se saisit de lui par ruse. Conduit à Constantinople, Martin fut de là relégué dans la Chersonèse ; il y mourait la veille des ides de novembre, des misères qu’il avait endurées pour la foi. Dieu lui donna la gloire des miracles. Son corps fut plus tard rapporté à Rome, et déposé dans l’église dédiée sous le nom des saints Silvestre et Martin. Il gouverna l’Église six ans, un mois et vingt-six jours. Il fit deux ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa onze prêtres, cinq diacres, et trente-trois évêques pour divers lieux.
S’il est juste que l’humanité honore ses membres dans la mesure où eux-mêmes l’ont honorée, vous méritez, saint Pontife, qu’elle vous garde un glorieux souvenir. Car, non seulement vos admirables vertus furent de celles qui imposent le respect de la terre aux puissances des cieux ; mais l’homme vous doit d’avoir vu l’enfer contraint à s’humilier devant sa nature : divinisée sans nulle réserve en la personne du Fils de Dieu, c’est grâce à vous qu’elle fut pleinement reconnue telle, malgré les dénégations parties de l’abîme, malgré la conjuration des sages du monde unis aux puissants pour prêter main forte aux esprits de ténèbres, et faire la nuit sur cette noblesse incomparable des fils d’Adam. Quel est donc le mystère de cette complicité que l’ennemi de l’homme, Satan, est toujours assuré de trouver dans l’homme pour l’amoindrir et pour le perdre ? Mais Lucifer ne fut-il pas à lui-même tout d’abord son unique ennemi ? et sa folie s’explique-t-elle mieux que celle delà chétive créature qu’il égare à sa suite, jusqu’à l’absurde, dans les sentiers d’orgueil où lui-même s’est perdu le premier ? Car c’est l’orgueil qui fit de lui le prince des insensés comme le père du mensonge. Son intelligence, la plus haute cependant qui fût aux cieux, ne résista pas au poison de la superbe qui la troubla en l’arrêtant à se complaire dans son néant de créature, en l’amenant à retenir captive la vérité qu’il connaissait de Dieu [Rom. I, 18.] pour suivre l’ombre de préférence à la lumière. Ainsi arrive-t-il qu’à l’exemple de Satan, les hommes, abaissant Dieu pour s’exalter eux-mêmes, s’évanouissent dans leurs pensées [Ibid. 21.] jusqu’à ces déviations de l’esprit, aussi bien que du cœur et des sens, qui jettent dans la stupeur l’âme restée droite et simple en son humilité.
Gardez-nous donc, ô saint Pontife. Maintenez en nous l’intelligence du don de Dieu. Que le Psalmiste n’ait à redire d’aucun de nous : L’homme, élevé en honneur, n’a pas compris ; il s’est ravalé de lui-même au niveau de la bête [Psalm. XLVIII. 13, 21.]. Que l’éternelle Sagesse qui nous appelle à son alliance [Prov. VII, 4.], n’ait point à gémir de nous voir lui préférer la mort [Sap. 1, 16.].
Et en même temps, apprenez-nous que, pour l’honneur de Dieu non moins que pour celui de l’homme, un pareil don, l’intégrité de l’incarnation du Seigneur, est de ceux qui n’attendent pas le laissez-passer des politiques ou le visa des prétendus sages ; qu’il est celui-là même dont l’Apôtre a dit : Il faut le croire de cœur pour être justifié, LE CONFESSER DE BOUCHE POUR ÊTRE SAUVÉ [Rom. X, 10.]. Épargnez pour toujours à l’Église la douloureuse situation que put seul dénouer l’héroïsme de votre martyre.
LE XIII NOVEMBRE. SAINT DIEGO, CONFESSEUR.
L’humble frère lai, Diego de Saint-Nicolas, rejoint au ciel, près de son père saint François, Bernardin de Sienne et Jean de Capistran qui le précédèrent de quelques années. Ceux-ci ont laissé l’Italie, l’Europe entière, vibrantes toujours des échos de leur voix qui pacifiait les villes au nom du Seigneur Jésus, et lançait des armées au-devant du Croissant vainqueur de Byzance. Le siècle qu’ils contribuèrent si puissamment à sauver des suites du grand schisme et à rendre à ses chrétiennes destinées, ne connut guère de Diego que son admirable charité lors de ce jubilé de 1420, aux résultats, il est vrai, si précieux : Rome, redevenue pratiquement non moins que théoriquement la ville sainte aux yeux des nations, vit les pires fléaux impuissants à retenir loin d’elle ses fils [Isaï. XLX, 8-22.] ; l’enfer, débordé par le courant inouï qui, des quatre coins du monde, amenait les foules aux sources du salut, en fut retardé de soixante-dix ans dans son œuvre de ruine.
Le bienheureux garde-malades de l’Ara Caeli qui se dépensait alors au service des pestiférés, n’eut sans doute à de tels résultats qu’une part bien minime aux yeux des hommes, surtout si on la rapproche de celle des grands apôtres franciscains ses frères. Or cependant voici que l’Église delà terre, interprète fidèle de celle des cieux, honore aujourd’hui Diego des mêmes honneurs que nous l’avons vue rendre à Bernardin et à Jean. Qu’est-ce à dire sinon derechef que, devant Dieu, les hauts faits des vertus cachées au monde ne le cèdent point à ceux dont l’éclat ravit la terre, si procédant d’une même ardeur d’amour, ils produisent dans l’âme un même accroissement de la divine charité ?
Le pontificat de Nicolas V qui présida l’imposant rendez-vous des peuples aux tombeaux des Apôtres en 1450, fut aussi et demeure justement admiré pour l’essor nouveau qu’il donna sur les sept collines au culte des lettres et des arts ; car il appartient à l’Église de faire entrer dans sa couronne, à l’honneur de l’Époux, tout ce que l’humanité estime à bon droit grand et beau. Présentement néanmoins, quel humaniste d’alors, ainsi qu’on appelait les lettrés de ce temps, ne préférerait la gloire du pauvre Frère mineur sans lettres à celle dont les éphémères rayons lui firent si vainement se promettre l’immortalité ! Au quinzième siècle, comme toujours, Dieu choisit le faible et l’insensé pour confondre les sages [I Cor. 1, 27.] ; l’Évangile a toujours raison.
Lisons la lumineuse vie de cet ignorant dans le livre de la sainte Église.
Didacus Hispanus, ex oppido sancti Nicolai de Portu dioecesis Hispalensis, ab ineunte aetate pii sub sacerdotis disciplina, sanctioris vitae solitaria in ecclesia, tyrocinium exercuit. Deinde ut firmius Deo se conjungeret, in conventu de Arizzafa fratrum Minorum (quos Observantes vocant) sancti Francisci regulam in statu laicali professus est. Magna ibi alacritate humilis obedientiae et regularis observantiae jugum subiens, contemplationi in primis deditus, mira Dei luce perfundebatur, adeo ut de rebus cœlestibus, litterarum expers, mirandum in modum et plane divinitus loqueretur.
Diégo [Nom qui n’est autre que celui de Jacques, et rappelle le Patron des Espagnes.], Espagnol de nation, naquit au bourg de Saint-Nicolas du Port au diocèse de Séville. Dès son plus jeune âge, il s’exerça dans une église solitaire, sous la conduite d’un bon prêtre, à mener une vie sainte. Plus tard, voulant s’attacher à Dieu par des liens plus forts, il fit profession de la règle de saint François comme frère lai, au couvent d’Arrizafa des frères Mineurs de l’Observance. Grande y fut son ardeur à porter le joug de l’humble obéissance et de l’observance régulière. La contemplation, qui faisait ses plus chères délices, le remplissait de la lumière de Dieu si abondamment que, bien qu’il fût sans lettres, il s’exprimait sur les choses du ciel d’une manière admirable et toute divine.
Canariis in insulis, ubi fratribus sui ordinis praefuit, multa perpessus, martyrii aestuans desiderio, plures infideles verbo et exemplo ad Christi fidem convertit. Romam veniens anno jubilaei, Nicolao quinto Pontifice, aegrotorum curae in conventu Arae cœli destinatus, eo caritatis affectu munus hoc exercuit, ut Urbe annonae inopia laborante, aegrotis tamen, quorum aliquando ulcera etiam lambendo abstergebat, nihil penitus necessarii defecerit. Eximia quoque fides et gratia curationum in eo eluxit, cum lampadis, quae collucebat ante imaginem beatissimae Dei Genitricis, quam summa devotione colebat, oleo aegros inungens, signo crucis impresso, multorum morbos mirabiliter sanaverit.
On l’envoya aux îles Canaries, où il gouverna les frères de son Ordre et eut beaucoup à souffrir, brûlant qu’il était de la soif du martyre, et travaillant à convertir, comme il fit par sa parole et son exemple, plusieurs infidèles à la foi de Jésus-Christ. Venu à Rome en l’année du jubilé, sous le pontificat de Nicolas V, on lui confia le soin des malades au couvent de l’Ara Cœli. Tel fut en cet office le zèle de sa charité, que bien que la Ville souffrît de la disette, le manque du nécessaire ne se fit jamais sentir aux malades. On le voyait parfois nettoyer leurs ulcères de ses lèvres. Grande était en lui la foi, et la grâce des guérisons lui fut donnée : dans sa profonde dévotion pour la Mère de Dieu, il prenait de l’huile de la lampe qui brûlait devant son image, en oignait les malades, les marquant du signe de la croix, et un grand nombre furent ainsi guéris miraculeusement.
Demum Compluti finem sibi vitae adesse intelligens, lacera et obsoleta indutus tunica, conjectis in crucem oculis, singulari devotione illis verbis ex sacro hymno pronuntiatis : Dulce lignum, dulces clavos, dulcia ferens pondera, quae fuisti digna portare Regem cœlorum et Dominum, animam Deo reddidit, pridie Idus Novembris, anno Domini supra millesimum quadringentesimo sexagesimo tertio. Ejus corpus cum menses non paucos (ut pio confluentium desiderio fieret satis) insepultum mansisset, quasi jam incorruptionem induerit, odorem suavissimum efflavit. Illum multis et illustribus miraculis clarum Sixtus quintus Pontifex Maximus sanctorum numero adscripsit.
Enfin, étant à Alcala, il comprit qu’il allait mourir. Couvert pour vêtement d’une tunique déchirée et usée, il jeta les yeux sur la croix, et avec singulière dévotion prononça ces mots de l’hymne sacrée : Doux bois, doux sont tes clous, doux ton fardeau, toi qui fus digne de porter le Roi et Seigneur des cieux ! Ce qu’achevant, il rendit à Dieu son âme, la veille des ides de novembre, l’an du Seigneur mil quatre cent soixante-trois. Son corps fut gardé non enseveli plusieurs mois, afin de satisfaire au pieux désir de ceux qui affluaient pour le voir ; comme s’il eût revêtu déjà l’incorruptibilité, il exhalait une odeur très suave. Nombreux autant qu’éclatants furent ses miracles, et Sixte-Quint, Souverain Pontife, l’inscrivit au nombre des Saints.
« Dieu tout-puissant et éternel qui, par une disposition admirable, faites choix de ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est fort ; daignez accorder à notre humilité que par les pieuses prières du bienheureux Diego, votre Confesseur, nous méritions d’être élevés à la gloire éternelle des cieux [Collecte de la fête.]. » C’est la demande que l’Église fait monter vers le Seigneur à toutes les heures liturgiques de cette fête qui est la vôtre, ô Diego. Appuyez ses supplications ; votre crédit est grand près de Celui que vous suivîtes avec tant d’amour dans la voie de l’humilité et de la pauvreté volontaire. Voie royale en toute vérité, puisque c’est elle qui vous amène aujourd’hui à ce trône dont l’éclat fait pâlir tous les trônes de la terre. Même ici-bas, combien à cette heure votre humaine renommée dépasse celle de tant de vos contemporains non moins oubliés qu’ils furent illustres un jour ! C’est la sainteté qui distribue les seules couronnes durables pour les siècles présents comme pour les éternels ; car c’est en Dieu qu’est le dernier mot comme la suprême raison de toute gloire, de même qu’en lui est le principe de la seule vraie félicité pour cette vie et pour l’autre. Puissions-nous tous, à votre exemple et par votre aide, ô Diego, en faire la bienheureuse expérience.
LE XIV NOVEMBRE. SAINT JOSAPHAT, ÉVÊQUE ET MARTYR.
Contemporain de François de Sales et de Vincent de Paul, Josaphat Kuncewiez a l’allure d’un moine grec du XI° siècle, pénitent à la façon d’un ascète de la Thébaîde. Étranger à la culture intellectuelle de l’Occident, il ne connaît que les livres liturgiques et les textes sacrés à l’usage de son église ; prêtre, archimandrite, réformateur de son Ordre basilien, et enfin archevêque, il combat toute sa vie contre les conséquences du schisme de Photius ; et martyr, il cueille enfin dans cette lutte la palme de la victoire. Cependant la scène se passe en pleine Europe, dans des contrées soumises alors à la Pologne catholique, sous le règne du plus pieux de ses rois. Comment expliquer ce mystère ?
« Au lendemain des invasions mongoles, la Pologne reçut dans ses bras bien plus qu’elle ne conquit la nation ruthène, c’est-à-dire les Slaves du rit grec du Dnieper et delà Dwina, qui avaient formé autour de Kiew, leur métropole religieuse et leur capitale, le noyau primitif de cette puissance, appelée aujourd’hui la Russie. En faisant participer à sa vie nationale ces frères séparés, mais non pas ennemis de l’unité romaine, qui venaient à elle pleins de confiance dans sa force et dans son équité, la Pologne aurait assuré le triomphe de la cause catholique et sa propre hégémonie dans le monde slave tout entier. L’union au Pontife romain des nouveaux arrivants, qui avec plus d’esprit politique et de zèle religieux, aurait dû être conclue dès le XIV° siècle, ne fut proclamée qu’en 1595.
« Ce fut l’Union de Brzesc. Par le pacte signé dans cette petite ville de Lithuanie, le métropolite de Kiew et les autres évêques grecs, sujets de la Pologne, déclaraient rentrer dans la communion du Saint-Siège apostolique. Chefs spirituels de la moitié de la nation, ils achevaient ainsi la fusion des trois peuples ruthène, lithuanien et polonais, réunis alors sous le sceptre de Sigismond III. Or une réforme religieuse, fût-elle décrétée dans un concile, ne devient une réalité que si des hommes de Dieu, de vrais apôtres et, au besoin, des martyrs apparaissent pour la consommer. Tel fut le rôle de saint Josaphat, l’apôtre et le martyr de l’Union de Brzesc. Ce qu’il ne fit pas lui-même, ses disciples l’achevèrent. Un siècle de gloire était assuré à la nation, et sa ruine politique en fut de deux cents ans retardée.
« Mais la Pologne laissa dans un état d’infériorité humiliante ce clergé et ce peuple du rit gréco-slave, qui s’abritaient dans son sein ; ses politiques n’admirent jamais dans la pratique que des chrétiens du rit grec pussent être de véritables catholiques, égaux à leurs frères latins. Bientôt cependant un duel à mort allait s’engager entre la Moscovie, personnifiant l’influence gréco-slave, et la Pologne latine. On sait comment cette dernière fut vaincue. Les historiens signalent les causes de sa défaite ; mais ils oublient d’ordinaire la principale, celle qui l’a rendue irrémédiable : la destruction presque totale de l’Union de Brzesc, le retour forcé au schisme de l’immense majorité des Ruthènes ramenés autrefois à l’Église catholique par saint Josaphat. La consommation de cette œuvre néfaste, bien plus que les circonstances politiques et les triomphes militaires, a rendu définitive la victoire de la Russie. La Pologne, réduite à ses neuf ou dix millions de Latins, ne peut plus lutter contre sa rivale d’autrefois, devenue sa rude dominatrice d’aujourd’hui.
« La puissance des Slaves séparés de l’unité catholique grandit chaque jour. De jeunes nations, émancipées du joug musulman, se sont formées dans la presqu’île des Balkans ; la fidélité au rite gréco-slave, dans lequel s’identifiaient pour eux leur nationalité et le christianisme, a été la force unique qui a. empêché ces peuples d’être broyés sous les pieds des escadrons turcs ; victorieux de l’ennemi séculaire, ils ne peuvent oublier d’où leur est venu le salut : la direction morale et religieuse de ces nations ressuscitées appartient à la Russie. Profitant de ces avantages avec une habileté constante et une énergie souveraine, elle développe sans cesse son influence en Orient. Du côté de l’Asie, ses progrès sont plus prodigieux encore. Le tzar qui, à la fin du XVIII° siècle, commandait seulement à trente millions d’hommes, en gouverne aujourd’hui cent vingt-cinq ; et par la seule progression normale d’une population exceptionnellement féconde, avant un demi-siècle, l’Empire comptera plus de deux cents millions de sujets.
« Pour le malheur de la Russie et de l’Église, cette force est dirigée présentement par d’aveugles préjugés. Non seulement la Russie est séparée de l’unité catholique, mais l’intérêt politique et le souvenir des luttes anciennes lui font croire que sa grandeur est identifiée avec le triomphe de ce qu’elle appelle l’orthodoxie et qui est simplement le schisme photien. Pourtant, toujours dévouée et généreuse, l’Église romaine ouvre les bras pour recevoir sa fille égarée ; et, oubliant les affronts qu’elle en a reçus, elle réclame seulement qu’on la salue du nom de mère. Que ce mot soit prononcé, et tout un douloureux passé sera effacé.
« La Russie catholique, c’est la fin de l’Islam et le triomphe définitif de la Croix sur le Bosphore, sans péril aucun pour l’Europe ; c’est l’empire chrétien d’Orient relevé avec un éclat et une puissance qu’il n’eut jamais ; c’est l’Asie évangélisée, non plus seulement par quelques prêtres pauvres et isolés, mais avec le concours d’une autorité plus forte que celle de Charlemagne. C’est enfin la grande famille slave réconciliée dans l’unité de foi et d’aspirations pour sa propre grandeur. Cette transformation sera le plus grand événement du siècle qui la verra s’accomplir et changera la face du monde.
« De pareilles espérances ont-elles quelque fondement ? Quoi qu’il arrive, saint Josaphat sera toujours le patron et le modèle des futurs apôtres de l’Union en Russie et dans tout le monde gréco-slave. Par sa naissance, son éducation, ses études, toutes les allures de sa piété et toutes les habitudes de sa vie, il ressemblait plus aux moines russes d’aujourd’hui qu’aux prélats latins de son temps. Il voulut toujours la conservation intégrale de l’antique liturgie de son Église, et, jusqu’à son dernier soupir, il la pratiqua avec amour sans altération, sans diminution aucune, telle que les premiers apôtres de la foi chrétienne l’avaient apportée à Kiew de Constantinople. Puissent s’effacer les préjugés, fils de l’ignorance ; et si décrié que soit aujourd’hui son nom en Russie, saint Josaphat sera, aussitôt que connu, aimé et invoqué par les Russes eux-mêmes. « Nos frères gréco-slaves ne peuvent fermer plus longtemps l’oreille aux appels du Pontife suprême. Espérons donc qu’un jour viendra et qu’il n’est pas éloigné, dans lequel la muraille de division s’écroulera pour jamais, et le même chant d’action de grâces retentira à la fois sous le dôme de Saint-Pierre et les coupoles de Kiew et de Saint-Pétersbourg [Rme D. A. Guépin, Un apôtre de l’union des Egl. au XVII° siècle, saint Josaphat ; en l’Avant-propos, passim.]. »
Nous n’aurons pas la prétention de rien ajouter à ces considérations autorisées, que le récit liturgique complétera de lui-même.
Josaphat Kuncewitius nobilibus et catholicis parentibus Vladimiriæ in Volbinia natus, cum puerulus matrem de Christi passione loquentem audiret, jaculo a latere imaginis Jesu crucifixi immisso, vulnus in corde suscepit. Dei amore incensus, adeo orationi aliisque piis operibus instare cœpit, ut provectioribus adolescentibus exemplo et admirationi esset. Vicennis inter claustrales sancti Basilii alumnos monasticam regulam professus, mirum quos in evangelica perfectione progressus fecerit. Nudis pedibus, frigidissima licet sæviente regionis hieme, incedebat : carnes numquam, vinum nonnisi ex obedientia adhibuit, asperrimoque cilicio ad obitum usque corpus afflixit. Castitatis florem, quem ab adolescentia Virgini Deiparæ voverat, inviolatum servavit. Virtutis doctrinaeque ejus brevi sic fama percrebruit, it quamvis junior, Bytenii monasterio præfectus sit ; mox Vilnensis archimandrita, ac demum archiepiscopus Polocensis, invitus quidem, sed Catholicis gestientibus, fuerit renuntiatus.
Josaphat Kuncewicz naquit de parents catholiques et nobles d’origine à Wlodimir en Volhinie. Un jour de son enfance que sa mère lui parlait de la passion du Seigneur, il fut blessé au cœur d’un trait parti du côté de l’image de Jésus crucifié. Embrasé de l’amour divin, il se livra dès lors de telle sorte à la prière et autres œuvres pieuses, qu’il était l’exemple et l’admiration de ses compagnons plus âgés. A vingt ans il embrassa la règle monastique dans le cloître basilien, et fit dans la perfection évangélique des progrès merveilleux. Il marchait nu-pieds dans les plus grands froids des rigoureux hivers de ces régions. L’usage de la viande lui était inconnu ; et pareillement celui du vin, sauf quand l’y contraignait l’obéissance. Il garda jusqu’à la mort sur sa chair un rude cilice. Inviolable demeura la fleur de pureté que dès l’adolescence il avait vouée à la Vierge Mère de Dieu. La renommée de sa vertu et de sa science devint telle en peu de temps, qu’on le mit malgré sa jeunesse à la tête du monastère de Byten, et que bientôt archimandrite de Vilna, il fut enfin, contre son gré, mais à la grande joie des catholiques, proclamé archevêque de Potock.
Hac dignitate auctus, nihil de priori vivendi ratione remittens, nonnisi divinum cultum et creditarum sibi ovium salutem cordi habuit. Catholicæ unitatis ac veritatis strenuus propugnator, totis viribus adlaboravit ut schismaticos hæreticosque ad communionem cum beati Petri sede reduceret. Summum Pontificem ejusque potestatis plenitudinem ab impudentissimis impiorum calumniis et erroribus, qua concionibus, qua scriptis pietate ac doctrina refertis defendere umquam destitit. Episcopalem jurisdictionem et Ecclesiæ bona a laicis usurpata vindicavit. Incredibile dictu est quot hæreticos in sinum matris Ecclesiæ revocaverit. Unionis vero Græcæ Ecclesiæ cum Latina Josaphatum promotorem extitisse præclarissimum, etiam pontificia oracula diserte testantur. Ad hæc, et templi Dei decori instaurando, et sacrarum virginum extruendis ædibus, aliisque piis operibus juvandis, mensæ suæ proventus ultro erogavit. In pauperes adeo effusus, ut cum olim inopiæ cujusdam viduæ sublevandæ nihil occurreret, episcopale pallium, seu Omophorion, oppignorari jusserit.
Cette dignité nouvelle ne changea rien à son genre de vie ; le culte divin, le salut des brebis à lui confiées eurent tout son cœur. Champion infatigable de l’unité catholique et de la vérité, il consacra ses forces à ramener schismatiques et hérétiques à la communion du Siège de saint Pierre. Des erreurs impies, d’impudentes calomnies étaient répandues contre le Souverain Pontife et la plénitude de sa puissance ; il ne faillit jamais à la tâche de les défendre, soit par ses discours, soit en des écrits pleins de piété et de doctrine. Il revendiqua les droits épiscopaux et les biens d’Église que des laïques avaient usurpés. Incroyable fut le nombre des hérétiques ramenés par lui au sein de la Mère commune. Que surtout Josaphat ait été le promoteur incomparable de l’union de l’Église grecque avec l’Église latine, c’est ce qu’attestent expressément les déclarations du pontificat suprême. En outre, c’était à restaurer la splendeur du temple de Dieu, à construire des asiles pour les vierges sacrées, à mille œuvres pies, qu’allaient comme d’eux-mêmes tous les revenus de son évêché. Sa charité envers les malheureux était si grande qu’un jour, ne trouvant rien pour soulager la misère d’une pauvre veuve, il fit mettre en gage son omophorion ou pallium épiscopal.
Tot catholicæ fidei incrementa perditissimorum hominum adeo excitaverunt odia, ut, conspiratione inita, Christi athletam ad necem quærerent ; quam sibi imminere ipse in suo ad populum sermone prænuntiavit. Cum itaque Vitepscum pastoralis visitationis gratia profectus esset, illi archiepiscopales invadunt ædes ; obvios quosque feriunt ac cædunt. Tum vir mitissimus quærentibus sponte occurrit, eosque amice compellans, Filioli, inquit, quare familiares meos cæditis ? Si quid contra me habetis, ecce adsum. Hinc impetu facto, eum verberibus contundunt, telis confodiunt, ac demum immani securi necatum, in flumen projiciunt ; die duodecima novembris anni sexcentesimi vicesimi tertii supra millesimum, ætatis ejus quadragesimi tertii. Corpus mirabili luce circumfusum, ex imo fluminis alveo elatum est. Sanguis Martyris parricidis ipsis in primis profuit, qui fere omnes capitis damnati, ejurato schismate suum scelus detestati sunt. Cum tantus Præsul plurimus post obitum coruscaret miraculis, eum Urbanus octavus Pontifex Maximus Beatorum honoribus decoravit. Pius nonus tertio calendas julias anni millesimi octingentesimi sexagesimi septimi, cum sæcularia Apostolorum Principum solemnia celebrarentur, coram Patrum Cardinalium senatu, simulque astantibus fere quingentis, Patriarchis, Metropolitis et Episcopis cujuscumque ritus, qui ex toto terrarum orbe convenerant, hunc ecclesiasticæ unitatis assertorem, primum ex orientalibus, solemni ritu in Vaticana Basilica Sanctorum ordini accensuit. Cujus Officium ac Missam Leo decimus tertius Summus Pontifex ad universam extendit Ecclesiam.
Tels furent les progrès de la foi catholique, que des hommes pervers en vinrent dans leur haine contre l’athlète du Christ à conspirer sa mort ; lui-même, dans un discours à son peuple, l’avait annoncée. Vitebsk en fut le lieu. A l’occasion de la visite pastorale de l’archevêque, les conjurés envahissent sa demeure, frappant et blessant tout ce qu’ils rencontrent. Lui très doux cependant vient de lui-même au-devant de ceux qui le cherchent, et leur parlant avec amour : Mes petits enfants, dit-il, pourquoi frappez-vous mes gens ; si vous avez quelque chose contre moi, me voici. Alors, se précipitant, ils le meurtrissent de coups, le percent de traits, l’achèvent d’un coup de hache, et le jettent dans le fleuve. C’était le douzième jour de novembre, et l’an mil six cent vingt-trois ; Josaphat était dans sa quarante-troisième année. Son corps, enveloppé d’une lumière miraculeuse, fut retiré du fond des eaux. Ce fut aux parricides mêmes que profita tout d’abord le sang du Martyr ; condamnés à mort, presque tous abjurèrent le schisme, en détestant leur crime. La mort du grand évêque fut suivie d’éclatants et nombreux miracles, qui portèrent le Souverain Pontife Urbain VIII à lui décerner les honneurs des Bienheureux. Le trois des calendes de juillet de l’an mil huit cent soixante-sept, en la solennité centenaire des Princes des Apôtres, étant présent le collège des Cardinaux avec près de cinq cents Patriarches, Métropolitains ou Évêques de tous rites assemblés de toutes les parties du monde en la basilique vaticane, Pie IX inscrivit solennellement parmi les Saints ce défenseur de l’unité de l’Église. Il fut le premier des Orientaux glorifiés en cette sorte. Léon XIII, Souverain Pontife, étendit son Office et sa Messe à l’Église entière.
« Daignez, Seigneur, nous écouter et susciter en votre Église l’Esprit dont fut rempli le bienheureux Josaphat, votre Martyr et Pontife [Collecte de la fête.]. » Ainsi prie aujourd’hui la Mère commune ; et l’Évangile achève de montrer son désir d’obtenir des chefs qui vous ressemblent [JOHAN. X, 11-16.]. Le texte sacré nous parle du faux pasteur qui fuit dès qu’il voit le loup venir ; mais l’Homélie qui l’explique dans l’Office de la nuit flétrit non moins du titre de mercenaire le gardien qui, sans fuir, laisse en silence l’ennemi faire son œuvre à son gré dans la bergerie [Chrys. in JOHAN. Homil. LIX.]. O Josaphat, préservez-nous de ces hommes, fléau du troupeau, qui ne songent qu’à se paître eux-mêmes [Ibid.]. Puisse le Pasteur divin, votre modèle jusqu’à la fin [JOHAN. XIII, I.], jusqu’à la mort pour les brebis [Ibid. X, II.], revivre dans tous ceux qu’il daigne appeler comme Pierre en part d’un plus grand amour [Ibid. XXI, 15-17.].
Apôtre de l’unité, secondez les vues du Pontife suprême rappelant au bercail unique ses brebis dispersées [Ibid. X, 16.]. Les Anges qui veillent sur la famille Slave ont applaudi à vos combats : de votre sang devaient germer d’autres héros ; les grâces méritées par son effusion soutiennent toujours l’admirable population des humbles et des pauvres de la Ruthénie, faisant échec au schisme tout-puissant ; tandis que, sur les confins de cette terre des martyrs, renaît l’espérance avec le renouvellement de l’antique Ordre basilien dont vous fûtes la gloire. Puissent-elles ces grâces déborder sur les fils des persécuteurs ; puisse l’apaisement présent préluder au plein épanouissement de la lumière, et les ramener à leur tour vers cette Rome qui a pour eux les promesses du temps comme de l’éternité !
LE XV NOVEMBRE. SAINTE GERTRUDE, VIERGE [Notre Révérendissime Père et Maître, Dom Guéranger, ayant eu l’occasion de traiter avec son incomparable compétence le sujet propre de cette fête, en l’édition qu’il a donnée des Exercices de sainte Gertrude, c’est lui-même qu’on aura l’avantage d’entendre seul aujourd’hui dans les pages qui vont suivre.].
L’école qui a pour base la règle du Patriarche des moines d’Occident, commence à saint Grégoire le Grand ; et telle a été l’indépendance de l’Esprit-Saint qui la dirigeait, que des femmes y ont prophétisé comme les hommes. Il suffit de rappeler sainte Hildegarde et sainte Gertrude, à côté de laquelle figure avec honneur sa compagne, sainte Mechtilde, et la grande sainte Françoise romaine. Quiconque en fera l’expérience, s’il a pratiqué les auteurs plus récents sur l’ascèse et la mystique, ne tardera pas à sentir cette saveur si différente, cette autorité douce qui ne s’impose pas, mais qui entraîne. Là, rien de cette habileté, de cette stratégie, de cette analyse savante que l’on rencontre ailleurs ; procédés qui réussissent plus ou moins, et dont on ne recommence l’application qu’avec le risque d’en sortir blasé.
Le pieux et docte P. Faber a relevé avec sa sagacité ordinaire les avantages de cette forme de spiritualité qui ménage la liberté d’esprit, et produit dans les âmes, sans méthode rigoureuse, les dispositions dont les méthodes modernes n’ont pas toujours le secret. « Nul ne peut lire, dit-il, les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît, sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Sainte Gertrude en est un bel exemple ; elle respire partout l’esprit de saint Benoît. L’esprit de la religion catholique est un esprit facile, un esprit de liberté ; et c’était là surtout l’apanage des Bénédictins ascétiques de la vieille école. Les écrivains modernes ont cherché à tout circonscrire, et cette déplorable méthode a causé plus de mal que de bien [Tout pour Jésus, ch. VIII, § 8.]. »
Au reste, les voies sont diverses, et tout chemin qui mène l’homme à Dieu par la réforme de soi-même est un heureux chemin. Nous n’avons voulu dire qu’une chose, c’est que celui qui se livrera à la conduite d’un Saint de la vieille école ne perdra pas son temps, et que s’il est exposé à rencontrer moins de philosophie, moins de psychologie sur son chemin, il a chance d’être séduit par la simplicité et l’autorité du langage, d’être ébranlé et bientôt réduit parle sentiment du contraste qui existe entre lui et la sainteté de son guide. Telle est l’heureuse révolution qu’éprouvera pour l’ordinaire une âme qui, se proposant de resserrer ses relations avec Dieu, et s’étant établie dans la droiture de l’intention et dans un sincère recueillement, voudra suivre sainte Gertrude, tout spécialement dans la semaine d’Exercices qu’elle a tracée. Nous oserions presque lui promettre qu’elle en sortira tout autre qu’elle n’y était entrée. Il est même à croire qu’elle y reviendra plus d’une fois et avec plaisir ; car il ne lui souvient pas qu’elle ait éprouvé la moindre fatigue, et que la liberté de son esprit ait été enchaînée même un instant. Elle a pu être confondue de se sentir si près d’une âme sanctifiée, elle si loin de la sainteté ; mais elle a senti qu’ayant après tout la même fin que cette âme, il lui faut sortir de la voie molle et dangereuse qui l’entraînerait à sa perte.
Si l’on se demande d’où vient à notre Sainte cet empire qu’elle exerce sur quiconque consent à l’écouter, nous répondrons que le secret de son influence est dans la sainteté dont elle est remplie : elle ne démontre pas le mouvement, elle marche. Une âme bienheureuse, descendue du ciel pour demeurer quelque temps avec les hommes, et parlant la langue delà patrie sur cette terre d’exil, transformerait ceux qui auraient le bonheur de l’entendre parler. Sainte Gertrude, admise dès ici-bas à la plus étroite familiarité avec le Fils de Dieu, semble avoir quelque chose de l’accent qu’aurait cette âme ; voilà pourquoi ses paroles sont autant de flèches pénétrantes qui abattent toute résistance dans ceux qui se placent à leur portée. L’intelligence est éclairée par cette doctrine si pure et si élevée, et cependant Gertrude ne disserte pas ; le cœur est ému, et cependant Gertrude n’adresse la parole qu’à Dieu ; l’âme se juge, se condamne, se renouvelle par la componction, et cependant Gertrude n’a pas cherché un instant à l’établir dans un état factice.
Si l’on veut maintenant se rendre compte de la bénédiction particulière attachée à son langage, qu’on recherche la source de ses sentiments et des expressions sous lesquelles ils se traduisent. Tout émane de la divine parole, non seulement de celle que Gertrude a entendue de la bouche de l’Époux céleste, mais aussi de celle qu’elle a goûtée, dont elle s’est nourrie dans les livres sacrés et dans la sainte Liturgie. Cette fille du cloître n’a pas cessé un seul jour de puiser la lumière et la vie aux sources de la contemplation véritable, de cette contemplation que l’âme goûte en s’abreuvant à la fontaine d’eau vive, qui jaillit de la psalmodie et des paroles inspirées des divins Offices. Elle s’est tellement enivrée de cette liqueur céleste, qu’elle ne dit pas un mot qui ne dévoile l’attrait qu’elle y trouve. Telle est sa vie, si complètement absorbée dans la Liturgie de l’Église, que nous voyons constamment, dans ses Révélations, le Seigneur arriver près d’elle, lui manifester les mystères du ciel, la Mère de Dieu et les Saints se présenter à ses regards et l’entretenir, à propos d’une Antienne, d’un Répons, d’un Introït, que Gertrude chante avec délices et dont elle déguste toute la saveur.
Delà, chez elle, ce lyrisme continuel qu’elle ne recherche pas, mais qui lui est devenu comme naturel ; cet enthousiasme sacré auquel elle ne peut se soustraire, et qui l’amène à produire tant de pages où la beauté littéraire semble arriver à la hauteur de l’inspiration mystique. Cette fille du XIII° siècle, au fond d’un monastère de la Souabe, a réalisé avant Dante le problème de la poésie spiritualiste Tantôt la tendresse de son âme s’épanche dans une touchante élégie ; tantôt le feu qui la consume éclate en brûlants transports ; tantôt c’est la forme dramatique qu’elle emploie pour rendre le sentiment qui la domine. Parfois ce vol sublime s’arrête : l’émule des Séraphins semble vouloir redescendre sur la terre ; mais c’est pour repartir bientôt et s’élever plus haut encore. Une lutte incessante a lieu entre son humilité qui la tient prosternée dans la poussière, et son cœur haletant vers Jésus qui l’attire et lui a donné tant de gages de son amour.
À notre avis, les plus sublimes passages de sainte Thérèse, mis en regard des effusions de sainte Gertrude, n’en affaibliraient en rien l’ineffable beauté. Il nous semble même que souvent l’avantage resterait à la vierge de Germanie sur la vierge espagnole. Ardente et impétueuse, la seconde n’a pas, il est vrai, la teinte un peu mélancolique et réfléchie de la première ; mais Gertrude, initiée à la langue latine, ravivée sans cesse par la lecture des saintes Écritures et les divins Offices qui n’ont pas d’obscurités pour elle, y puise un langage dont la richesse et la puissance nous semblent l’emporter généralement sur les immortels épanchements de Thérèse à qui ces secours ont été moins familiers.
Que le lecteur cependant ne s’effraie pas à la pensée d’être placé tout à coup sous la conduite d’un Séraphin, lorsque sa conscience lui rend le témoignage qu’il a encore une longue station à faire dans la région purgative, avant de songer à parcourir des voies qui peut-être ne s’ouvriront jamais devant lui. Qu’il écoute simplement Gertrude, qu’il la contemple et qu’il ait foi dans le but d’arrivée. La sainte Église, lorsqu’elle met dans notre bouche les Psaumes du Roi-Prophète, n’ignore pas que leurs expressions dépassent trop souvent les sentiments de notre âme ; mais le moyen d’arriver à l’unisson avec ces divins cantiques, n’est-ce pas de les réciter fréquemment avec foi et humilité, et d’obtenir ainsi la transformation que nul autre moyen n’aurait opérée ? Gertrude nous détache doucement de nous-mêmes et nous conduit à Jésus-Christ, en nous précédant de loin, mais en nous entraînant après elle. Elle va droit au cœur de son Époux divin : rien n’est plus juste ; mais ne lui serons-nous pas déjà assez redevables, si elle nous conduit à ses pieds comme Madeleine repentante et régénérée ?
Même quand elle écrit plus spécialement pour ses sœurs, on doit se garder de penser que la lecture de ces pages si émouvantes soit inutile à ceux qui sont engagés dans la vie du siècle. La vie religieuse exposée par un tel interprète est un spectacle aussi instructif qu’il est éloquent. Est-il permis d’ignorer que la pratique des préceptes devient plus aisée à quiconque s’est donné la peine d’approfondir et d’admirer celle des conseils ? Le livre de l’Imitation, qu’est-il autre chose que le livre d’un moine écrit pour des moines ? En quelles mains cependant ne le rencontre-t-on pas ? Combien de personnes séculières sont sous le charme des écrits de sainte Thérèse ? Et néanmoins la vierge du Carmel concentre sur la vie religieuse ses écrits et sa doctrine.
Nous nous garderons d’analyser ici des merveilles qu’il faut contempler soi-même. Dans notre société désaccoutumée du langage ferme et coloré des âges de foi, gâtée, dans ce qui tient à la piété, par les fadeurs ou les prétentions mondaines des livres de dévotion que l’on voit éclore chaque jour, sainte Gertrude étonnera et choquera même plus d’un lecteur. Que faire alors ? Si l’on a désappris le langage de l’antique piété qui formait les Saints, il semble qu’il n’y aurait rien de mieux à faire que de le rapprendre, et il est de fait que sainte Gertrude y pourrait servir beaucoup.
La liste des admirateurs de sainte Gertrude serait longue Mais il est encore une autorité plus imposante : nous voulons dire celle de l’Église elle-même. Cette Mère des fidèles, toujours dirigée parle divin Esprit, a rendu son témoignage par l’organe de la sainte Liturgie. La personne de Gertrude et l’esprit qui l’animait y sont à jamais recommandés et glorifiés aux yeux de tous les chrétiens, par le jugement solennel contenu dans l’Office de la Sainte [Dom Guéranger, Les Exercices de sainte Gertrude (1863), en la Préface.].
La vie de Gertrude la Grande, ainsi qu’elle mérita d’être désignée entre les Saintes du même nom, fut humble et cachée [1256-13o3.]. Entrée à cinq ans à l’Abbaye d’Helfta, près Eisleben, elle s’y perdit dans le secret de la face de Dieu. Malgré la confusion qui régna plusieurs siècles à ce sujet et qui se retrouve dans la Légende de la fête, c’est à tort qu’on l’a prise pour son homonyme, grandement prévenue elle-même des dons divins, l’Abbesse Gertrude de Hackeborn, qui gouverna de son temps le monastère. Ce fut sur la sublimité de ses Révélations tardivement publiées [Consignées dans les cinq Livres du Legatus divinae pietatis, ou Héraut de l’amour divin.] qu’inscrite en 1677 au Martyrologe, elle vit au siècle suivant Clément XII ordonner la célébration de sa fête dans toute l’Église sous le rit Double. Les Indes Occidentales l’acclamèrent comme Patronne, et le Nouveau-Mexique bâtit une ville en son honneur.
Afin de fournir une expression à la piété des fidèles envers sainte Gertrude, nous plaçons ici l’une des Hymnes que l’Ordre de saint Benoît lui consacre dans sa Liturgie, et nous la faisons suivre d’une des Antiennes et de l’Oraison.
HYMNE
GERTRUDIS, arca Numinis, Sponsoque juncta virginum,
Da nuptialis pangere Castos mores foederis.
Quadrima Christo nubilis In claustra prompte convolas ;
Spretoque nutricis sinu, Sponsi requiris oscula.
Candentis instar lilii Odore mulces sidera,
Et virginali caelitum Regem decore pertrahis.
Qui vivit in sinu Patris Cinctus perenni gloria,
Tuoque cordi propria Inurit alte stigmata.
Amanter, ut Sponsus, tua Recumbit inter ubera.
O singularis charitas ! O mira commutatio !
Amore Christum vulneras ; Hic te vicissim vulnerat,
Hic corde respirat tuo : Tu vivis hujus spiritu.
Te, sponse Jesu, Virginum Beata laudent agmina ;
O Gertrude, sanctuaire de la divinité, unie à l’Époux des vierges, laissez-nous célébrer vos chastes amours et votre alliance nuptiale.
Patri, simul Paraclito, Par sit per aevum gloriae.
À peine âgée de quatre ans et déjà fiancée au Christ, vous prenez votre vol vers le cloître ; vous vous arrachez aux bras de votre nourrice, n’aspirant qu’aux divines caresses de l’Époux.
Amen.
Semblable au lis sans tache, vous exhalez un parfum qui réjouit les cieux, et l’éclat de votre virginale beauté attire vers vous le Roi dé cet heureux séjour.
Celui qui vit au sein du Père, entouré d’une gloire éternelle, devient votre Époux, et daigne se reposer dans votre amour.
Par cet amour, vous avez blessé le Christ, à son tour il blesse aussi votre cœur, il y grave en traits de feu les stigmates des plaies qu’il a reçues.
O ineffable amour ! ô échange merveilleux ! c’est lui qui respire dans votre cœur ; son souffle devient en vous le principe de la vie.
Que l’heureux chœur des Vierges célèbre vos louanges, ô Jésus leur Époux ! gloire égale au Père et au divin Paraclet ! Amen.
ANTIENNE.
DIGNISSIMA Christi Sponsa, quam lux prophetiae illustravit, zelus apostolicus inflammavit, laurea Virginum coronavit, divini amoris incendium consummavit !
O très digne Épouse du Christ, la lumière prophétique vous a éclairée, le zèle apostolique vous a enflammée, la couronne des Vierges a ceint votre front, et les flammes du divin amour vous ont consumée.
ORAISON.
DEUS, qui in purissimo corde beatae Gertrudis Virginis tuae jucundam tibi habitationem praeparasti ejus mentis et intercessione, cordis nostri maculas clementer absterge ; ut digna divinae majestatis tuae habitatio effici mereatur. Per Christum Dominum nostrum.
O Dieu qui avez préparé pour vous une habitation pleine d’attraits dans le cœur très pur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, par ses mérites et son intercession, effacer les taches de notre cœur, afin qu’il mérite d’être à son tour habité par votre majesté divine. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Révélatrice du Cœur sacré, quelle meilleure prière pourrions-nous faire à votre honneur, que de dire avec vous, nous tournant vers le Fils de la Vierge bénie :
« Lumière sereine de mon âme, Matin éclatant des plus doux feux, devenez en moi le jour. Amour qui non seulement éclairez, mais divinisez, venez à moi dans votre puissance, venez dissoudre doucement tout mon être. Détruite en ce qui est de moi, faites que je passe en vous tout entière, en sorte que je ne me retrouve plus dans le temps, mais que déjà je vous sois étroitement unie pour l’éternité.
« C’est vous qui m’avez aimée le premier ; c’est vous qui m’avez choisie. Vous êtes celui qui accourt de lui-même vers la créature altérée ; et l’éclat de la lumière éternelle brille sur votre front. Montrez-moi votre visage, tout rayonnant des feux du divin soleil. Comment l’étincelle pourrait-elle subsister loin du feu qui l’a produite ? Comment la goutte d’eau se conserverait-elle hors de la fontaine d’où elle est sortie ? Amour, pourquoi m’avez-vous aimée, moi créature et souillée, si ce n’est parce que vous vouliez me rendre belle en vous ? O vous, qui êtes la fleur délicate qu’a produite la Vierge Marie, votre miséricordieuse bonté m’a séduite et m’entraîne. Amour, ô mon beau Midi ! je voudrais mourir mille fois, pour me reposer en vous.
« O Charité, à l’heure de ma mort, vous me soutiendrez par vos paroles plus délicieuses que le vin le plus exquis ; vous serez ma voie ; vous m’aiderez, ô ma Reine, à parvenir jusqu’à ces pâturages charmants et fertiles que recèle le divin désert, où enfin, enivrée de bonheur, je serai admise à jouir delà présence de l’Agneau qui est mon Époux et mon Dieu. O amour qui êtes Dieu, sans vous le ciel et la terre n’auraient de moi une espérance ni un désir : daignez accomplir en moi cette union que vous désirez vous-même ; qu’elle soit ma fin, la consommation de mon être. Dans les traits de mon Dieu, votre lumière éclate comme celle de l’astre du soir ; à l’heure de ma mort, montrez-moi vos rayons.
« Amour, ô mon Soir bien-aimé, que la flamme sacrée qui brûle éternellement en votre divine essence, consume à ce moment toutes les taches de ma vie. O mon doux Soir, faites-moi m’endormir en vous d’un sommeil tranquille, et goûter cet heureux repos que vous avez préparé en vous à ceux que vous aimez. Par votre seul regard si calme et si plein de charmes, daignez disposer toutes choses, et dirigez les préparatifs de mes noces éternelles. Amour, soyez pour moi un Soir si beau, que mon âme transportée dise avec allégresse un doux adieu à son corps, et que mon esprit, retournant au Seigneur qui l’a donné, repose en paix sous votre ombre chérie [Du cinquième Exercice. Pour animer en soi l’amour de Dieu.]. »
LE XVII NOVEMBRE. SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR.
Moïse, instruit dans la sagesse des Égyptiens, puissant en œuvres et en paroles [Act. VII, 22.] se retire au désert ; Grégoire, prévenu des meilleurs dons de naissance et de nature, rhéteur brillant, riche de toute science, dérobe aux hommes sa florissante jeunesse et court offrir à Dieu dans la solitude l’holocauste qui plaît au Seigneur. Tous deux, espoir de leur peuple, se détournent de lui pour se perdre en la contemplation des mystères du ciel. Et cependant le joug du Pharaon s’appesantit sur Jacob ; et cependant des âmes périssent, qu’une parole ardente arracherait à l’empire des faux dieux : pareille fuite n’est-elle pas désertion ?
Est-ce donc à l’homme de se proclamer sauveur, quand Jésus ne s’est pas attribué de lui-même un tel nom [MATTH. I, 21 ; Heb. V, 5.] ? et quand le mal grandissait partout, l’ouvrier de Nazareth eut il tort de s’attarder dans l’ombre des trente années qui précédèrent son ministère si court ? Docteurs de nos temps enfiévrés, qui rêvez d’une hiérarchie nouvelle entre les vertus et comprenez la divine charité autrement que nos pères, ceux-là ne sont pas de la race des sauveurs d’Israël [I Mach. V, 62.] qui pensent sur le salut social d’autre manière que le Sauveur du monde.
Grégoire fut comme Moïse de cette race bénie. Amis et ennemis s’accordaient à dire qu’il rappelait le législateur des Hébreux pour l’excellence de la vertu et l’éclat des prodiges opérés à son commandement [Basil. de Spir. S. XXIX.]. Même zèle de part et d’autre à connaître Dieu, pour le manifester aux hommes qu’ils devaient lui conduire ; la plénitude de la doctrine est le premier don des guides des peuples, leur pénurie en ce point la pire des insuffisances [MATTH. XV, 14.]. Je suis Celui qui suis, déclare Dieu sur sa demande à Moïse ; du milieu du buisson ardent, la sublime formule à lui confiée authentique la mission qui l’appelle à sortir du désert [Exod. III.]. Quand l’heure sonne pour Grégoire d’aller lui-même au monde de par Dieu, la Vierge bénie, dont le buisson d’Horeb fut la figure [Ant. Rubum quem viderat Moyses.], apparaît à ses yeux éblouis dans la nuit profonde où il implorait la lumière, et Jean qui suit la Mère de Dieu laisse tomber de ses lèvres d’évangéliste cette autre formule ; complétant la première à l’usage des disciples de la loi d’amour :
« Un seul Dieu, Père du Verbe vivant, de la Sagesse subsistante et puissante qui est l’expression éternelle de lui-même, principe parfait du Fils unique et parfait qu’il engendre. Un seul Seigneur, unique engendré de l’unique, Dieu de Dieu, Verbe efficace, Sagesse embrassant et contenant l’univers, puissance créatrice de toute créature, vrai Fils d’un vrai Père. Et un seul Saint-Esprit tenant de Dieu l’être divin, révélé aux hommes par le Fils dont il est le parfait semblable, vie causant la vie, sainteté donnant d’être saint. Trinité parfaite, immuable, inséparable en gloire, éternité, domination [Greg. Nyss. Vita Greg. Thaumaturg.]. »
C’est le message que notre Saint doit communiquer à son pays, le symbole qui portera son nom dans l’Église de Dieu. Dans sa foi au premier des mystères il soulèvera les montagnes et refoulera les flots, dépossédera l’enfer et chassera du Pont l’infidélité. Lorsque vers l’an 240, Grégoire évêque prend la route de Néocésarée, il ne voit partout que temples d’idoles et s’arrête pour la nuit dans un sanctuaire fameux. Au matin, les dieux sont en fuite et refusent de revenir ; mais le Saint remet à leur adresse au prêtre de l’oracle un ordre ainsi libellé : Grégoire à Satan : rentre [Ibid.]. Une défaite plus cuisante attendait, en effet, l’infernale cohorte ; contrainte d’arrêter sa retraite précipitée, elle doit assister à la ruine de son empire dans les âmes qu’elle abusa. Leur prêtre, le premier, se donne à l’évêque, et il devient son diacre ; bientôt sur les décombres des temples, en tous lieux abattus, se dresse l’Église du Christ seul Dieu.
Heureuse Église, si fortement fondée que l’hérésie fut impuissante contre elle au siècle suivant, sous la tempête arienne où fléchirent tant d’autres ! Au témoignage de saint Basile, les successeurs de Grégoire, éminents eux-mêmes, formaient à Néocésarée comme une parure de pierres précieuses [Basil. Ep. XXVIII, al. LXII.], une couronne de brillantes étoiles [Ep. CCIV, al. LXXV.]. Or, dit Basile, tous ces illustres prélats mettaient leur honneur à maintenir le souvenir du grand devancier, ne souffrant pas qu’un acte quelconque, un mot, une manière même de faire autre que la sienne dans les rites sacrés, prévalussent sur les traditions qu’il avait laissées [De Spir. S. XXIX.].
Lorsque Clément XII établit dans l’Église entière, comme nous l’avons vu, la fête de sainte Gertrude la Grande, il décréta d’abord qu’elle serait fixée au présent jour, où continue de la célébrer l’Ordre de saint Benoît. Mais, dit Benoît XIV, le XVII Novembre étant attribué depuis de longs siècles à la mémoire de Grégoire le Thaumaturge, il parut mieux convenir que celui qui changeait de place les montagnes ne fût pas lui-même changé de son lieu par la vierge ; et c’est ainsi que dès l’année 1739, qui suivit l’institution de la fête nouvelle, celle-ci fut fixée pour l’avenir au XV dudit mois [Benedict. XIV, De canonizat. SS. Lib. I, cap. XLI, 40, 41.].
Lisons le bref résumé consacré dans la sainte Liturgie au grand Thaumaturge.
GREGORIUS Neocaesareae Ponti episcopus sanctitate doctrinaque illustris, signis vero ac miraculis multo illustrior,, quorum multitudine atque praestantia Thaumaturgus appellatus est, et sancti Basilii testimonio cum Moyse, Prophetis et Apostolis comparatus ; montem, qui ecclesiae aedificationem impediebat. oratione alio transtulit. Item paludem, inter fratres causam discordiarum, exsiccavit. Lycum fluvium, perniciose agros inundantem, defixo ad ripam, quo sustentabatur, baculo, qui statim virentem crevit in arborem, coercuit, ut postea ultra eum terminum non effluxerit.
Grégoire, évêque de Néocésarée dans le Pont, illustre par sa doctrine et sa sainteté, le fut plus encore par le nombre et l’éclat des miracles extraordinaires qui le firent appeler Thaumaturge et le rendirent, au témoignage de saint Basile, comparable à Moïse, aux Prophètes et aux Apôtres. Par sa prière il changea de place une montagne qui le gênait pour bâtir une église Il mit de même à sec un étang qui était pour des frères une cause de discorde. Il arrêta les débordements du Lycus qui dévastait les campagnes, en enfonçant sur la rive son bâton qui prit racine aussitôt et devint un grand arbre, formant une limite que le fleuve ne dépassa plus.
SAEPISSIME daemones ex idolorum simulacris, atque ex hominum corporibus ejecit, multaque alfa mirabiliter effecit, quibus innumerabiles homines traduxit ad Jesu Christi fidem, cum etiam prophetico spiritu futura praediceret, Qui migraturus e vita, cum quaesisset quot in civitate Neocesariensi reliqui essent infideles, responsumque esset tantum esse septemdecim ; Deo gratias agens, Totidem, inquit, erant fideles, cum coepi episcopatum. Plura scripsit, quibus etiam, non solum miraculis, Dei Ecclesiam illustravit.
Souventes fois il chassa les démons des idoles et des corps, et accomplit nombre d’autres prodiges par lesquels des multitudes d’hommes furent amenées à la foi de Jésus-Christ ; il possédait aussi l’esprit des prophètes et annonçait l’avenir. Sur le point de quitter la vie, comme il s’informait du nombre d’infidèles qui restaient dans Néo-césarée, on lui répondit qu’il n’était que de dix-sept, et rendant grâces à Dieu, il dit : C’est le même nombre que celui des fidèles au début de mon épiscopat. Il écrivit plusieurs ouvrages qui, comme ses miracles, ont illustré l’Église de Dieu.
Saint Pontife, votre foi, soulevant les montagnes et domptant les flots, justifia la promesse du Seigneur [Marc, XI, 22-24.]. Apprenez-nous à faire honneur nous-mêmes à l’Évangile, en ne doutant jamais de la divine parole et du secours qu’elle nous promet contre Satan, en qui l’Église nous montre aujourd’hui l’orgueilleuse montagne à jeter à la mer [Homil. ad Matut. ex Beda in Marc.], contre le débordement des passions et l’entraînement d’un monde dont vos écrits nous disent avec le Sage la vanité [Greg. Thaumat. Metaphrasis in Ecclesiasten Salomonis.]. Enseignez-nous non moins à ne pas oublier le bienfait du secours du ciel après la victoire ; préservez-nous de l’ingratitude qui vous fut si odieuse.
Nous possédons toujours l’éloge touchant que vous dicta votre reconnaissance pour l’illustre maître aux enseignements duquel vous dûtes, après Dieu, cette fermeté et splendeur de foi qui fut votre gloire [In Origenem oratio panegyrica.]. Leçon précieuse et pratique pour tous : célébrant la divine Providence dans l’homme qui fut pour vous son instrument prédestiné, vous n’avez garde d’oublier l’hommage à l’Ange de Dieu qui écarta vos pas des abîmes dans la nuit de l’infidélité où s’écoulèrent vos premiers ans ; céleste gardien qui toujours en éveil dans son dévouement actif, éclairé, persévérant, supplée à nos insuffisances, nourrit, instruit chacun de nous, le conduit par la main, ménageant aux âmes à travers l’espace et les temps ces inestimables rencontres qui transforment la vie et assurent l’éternité [Ibid, IV.].
Mais comment remercier dignement, créatures pécheresses, l’auteur premier de tous biens, l’Être infini qui donne à l’homme et ses anges et les intermédiaires visibles ici-bas de la divine grâce ? Confiance pourtant ; car nous avons pour chef son premier-né, son Verbe qui sauva nos âmes et gouverne l’univers. Lui seul, mais lui peut sans peine rendre au Père d’assidues, d’éternelles actions de grâces pour lui-même comme pour tous et chacun, sans risque d’ignorance ou d’oubli dans le thème de sa louange, sans nul péril d’imperfection dans le mode ou l’ampleur de ses chants. A lui donc, au Dieu Verbe, ô Grégoire, nous renvoyons comme vous le légitime souci de parfaire les accents de notre gratitude, en considération des ineffables prévenances du Père qui est aux cieux ; car le Verbe est pour nous, comme il le fut pour vous, l’unique voie de la piété, delà reconnaissance et de l’amour [In Origenem oratio panegyrica., IV.]. Puisse-t-il susciter en nos temps des pasteurs qui rappellent vos œuvres ; puisse-t-il réveiller les antiques Églises de cet Orient dont vous fûtes la lumière !
LE XVIII NOVEMBRE. LA DÉDICACE DES BASILIQUES DES SS. APÔTRES PIERRE ET PAUL.
QUOD DUCE TE MUNDUS SURREXIT IN ASTRA TRIUMPHANS, HANC CONSTANTINUS VICTOR TIBI CONDIDIT AULAM. Parce que le monde sous ta conduite s’est élevé triomphant jusqu’aux cieux, Constantin vainqueur construisit ce temple à ta gloire. C’était l’inscription qui, dans l’ancienne basilique vaticane, se détachait en lettres d’or au sommet de l’arc triomphal [De Rossi, Inscript, christ. T. II, 345.]. Jamais en moins de mots le génie romain ne s’exprima si magnifiquement ; jamais n’apparut mieux la grandeur de Simon fils de Jean sur les sept collines. En 15o6, la sublime dédicace tombant de vétusté périt avec l’arc sous lequel, à la suite du premier empereur chrétien, peuples et rois, le front dans la poussière, s’étaient pressés durant douze siècles en présence de la Confession immortelle, centre et rendez-vous du monde entier. Mais la coupole lancée dans les airs par le génie de Michel-Ange, désigne toujours à la Ville et au monde le lieu où dort le pêcheur galiléen, successeur des Césars, résumant dans le Christ dont il est le Vicaire les destinées de la ville éternelle.
La seconde gloire de Rome est la tombe de Paul sur la voie d’Ostie. Cette tombe, à la différence de celle de Pierre qui continue de plonger dans les profondeurs de la crypte vaticane, est portée jusqu’à fleur de terre par un massif de maçonnerie, sur lequel pose le vaste sarcophage. On fut à même de constater cette particularité en 1841, lorsque l’on reconstruisit l’autel papal. Il parut évident que l’intention de soustraire le tombeau de l’apôtre aux inconvénients qu’amènent les débordements du Tibre, avait obligé de soulever ainsi le sarcophage de la place où d’abord Lucine l’avait établi [Voir XVI Septembre, en la Légende de saint Corneille.]. Le pèlerin n’a garde de s’en plaindre, lorsque par le soupirail qui s’ouvre au centre de l’autel, son œil respectueux peut s’arrêter sur le marbre qui ferme la tombe, et y lire ces imposantes paroles, tracées en vastes caractères de l’époque constantinienne : PAULO APOSTOLO ET MARTYRI. À Paul Apôtre et Martyr [Dom Guéranger, Sainte Cécile et la Société romaine aux deux premiers siècles, ch. VI.].
Ainsi Rome chrétienne est protégée au nord et au midi par ces deux citadelles. Associons-nous aux sentiments de nos pères, lorsqu’ils disaient de la cité privilégiée : « Pierre, le portier, fixe ! à l’entrée sa demeure sainte ; qui niera que cette ville soit pareille aux cieux ? À l’autre extrémité, Paul, de son temple, en garde les murs ; Rome est assise entre les deux : là donc est Dieu [Janitor ante fores fixit sacraria Petrus :Quis neget has arces instar esse poli ?Parte alia Pauli circumdant atria muros :Hos inter Roma est : hic sedet ergo Deus.Inscription de la porte de Rome qu’on appelait au VI° siècle la porte de Saint-Pierre. (De Rossi, Inscript. II, 99.)]. »
Donc aussi la présente fête méritait d’être plus qu’une solennité locale ; l’Église mère, en l’étendant à toute Église dans ces derniers siècles, a mérité la reconnaissance du monde. Grâce à elle, nous pouvons tous ensemble aujourd’hui faire en esprit ce pèlerinage ad limina [Ad limina Apostolorum, aux seuils des basiliques des Apôtres, où l’on se prosternait avant d’entrer dans les basiliques mêmes.] que nos aïeux accomplissaient au prix de tant de fatigues, ne croyant jamais en acheter trop cher les saintes joies et les bénédictions. « Célestes monts, sommets brillants de la Sion nouvelle ! là sont les portes de la patrie, les deux lumières du monde en sa vaste étendue : là, Paul comme un tonnerre fait entendre sa voix ; là, Pierre retient ou lance la foudre. Par celui-là les cœurs des hommes sont ouverts, par celui-ci les cieux. Celui-ci est la pierre de fondement, celui-là l’ouvrier du temple où s’élève l’autel qui apaise Dieu. Tous deux, fontaine unique, épanchent les eaux qui guérissent et désaltèrent [Venant. Fortunat. Miscellanea, III, VII.]. »
L’Église romaine a consigné, dans les Leçons qui suivent, ses traditions concernant les basiliques dont la dédicace fait l’objet de la fête de ce jour.
Ex locis sacris quæ olim apud Christianos venerationem habuerunt, illa celeberrima et frequentissima fuerunt, in quibus condita sanctorum corpora, vel aliquod Martyrum vestigium aut monumentum esset. In quorum numero sanctorum locorum, in primis semper fuit insignis ea Vaticani pars, quam sancti Petri Confessionem appellabant. Nam eo Christiani ex omnibus orbis terræ partibus, tamquam ad fidei petram et Ecclesiæ fundamentum convenientes, locum Principis Apostolorum sepulchro consecratum, summa religione ac pietate venerabantur.
Parmi les lieux sacrés qui attirèrent autrefois la vénération des chrétiens, les plus célèbres et les plus fréquentés furent ceux où l’on gardait les corps des saints, ou quelque reste ou mémoire des Martyrs. Au nombre et en tête de ces saints lieux fut toujours cette partie glorieuse du Vatican qu’on appelait la Confession de saint Pierre. Là, en effet, de toutes les parties du monde affluaient les chrétiens ; là était pour eux la pierre de la foi, le fondement de l’Église ; leur vénération pour le lieu consacré parle tombeau du Prince des Apôtres se traduisait par les plus religieuses et les plus pieuses démonstrations.
Illuc Constantinus Magnus imperator octavo die post susceptum baptismum venit, depositoque diademate, et humi jacens, vim lacrimarum profudit : mox sumpto ligone ac bidente, terram eruit : indeque duodecim terræ cophinis, honoris causa duodecim Apostolorum, ablatis, ac loco basilicæ Principis Apostolorum designato, ecclesiam ædificavit. Quam sanctus Silvester Papa decimo quarto calendas decembris, eo modo quo Lateranensem ecclesiam quinto idus novembris consecraverat, dedicavit : et in ea altare lapideum chrismate delibutum erexit ; atque ex eo tempore sancivit, ne deinceps altaria nisi ex lapide fierent. Idem beatus Silvester basilicam sancti Pauli Apostoli in via Ostiensi ab eodem Constantino imperatore magnificentissime ædificatam dedicavit. Quas basilicas idem imperator multis prædiis attributis locupletavit, ac muneribus amplissimis exornavit.
Là l’empereur Constantin le Grand vint le huitième jour après son baptême, et déposant le diadème et se prosternant, répandit une grande abondance de larmes ; puis s’armant de la pioche et du hoyau, il creusa le sol et en retira douze charges de terre en l’honneur des douze Apôtres, désignant ainsi l’emplacement de la basilique qu’il voulait construire à leur Prince. Elle fut dédiée par le Pape saint Silvestre le quatorze des calendes de décembre, en la manière que, le cinq des ides de novembre, il avait consacré l’église du Latran, mais en y élevant un autel de pierre qu’il oignit du chrême, et prescrivant que désormais tout autel devrait être de pierre. Le bienheureux Silvestre dédia pareillement sur la voie d’Ostie la basilique de saint Paul Apôtre, que l’empereur Constantin avait de même construite avec magnificence, l’enrichissant ainsi que la première de biens-fonds, d’ornements, et de présents considérables.
Porro Vaticanam basilicam vetustate jampridem collabentem, ac propterea multorum Pontificum pietate latius ac magnificentius a fundamentis erectam, Urbanus Octavus hac eadem recurrente die anni millesimi sexcentesimi vigesimi sexti, solemni ritu consecravit. Basilicam vero Ostiensem, quum dira incendii vis, anno millesimo octingentesimo vigesimo tertio penitus consumpsisset, indefessa quatuor Pontificum cura splendidius quam antes erectam, et ab interitu veluti vindicatam, Pius Nonus auspicatissimam nactus occasionem qua dogma de Immaculata beatæ Mariæ Virginis Conceptione nuper ab ipso proclamatum, ingentem cardinalium et episcoporum numerum ex dissitis etiam catholici orbis regionibus Romam attraxerat, die decima decembris anni millesimi octingentesimi quinquagesimi quarti, tanta circumdatus purpuratorum patrum et antistitum corona solemniter dedicavit, ejusque celebritatis memoriam hac die recolendam decrevit.
Or, comme la basilique vaticane tombait de vétusté, elle fut par la piété de nombreux Pontifes réédifiée depuis les fondations plus magnifique et plus grande ; l’an mil six cent vingt-six, en ce même jour, Urbain VIII la consacrait solennellement. L’an mil huit cent vingt-trois, un violent incendie consumait entièrement la basilique de la voie d’Ostie ; relevée plus belle qu’auparavant par le zèle persévérant de quatre Pontifes et comme reconquise sur la destruction, Pie IX mit à profit pour sa consécration la très heureuse circonstance de la définition de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie qu’il venait de proclamer, et qui des contrées les plus éloignées de l’univers catholique avait attiré à Rome nombre d’évêques et de cardinaux ; ce fut le dixième jour de décembre de l’année mil huit cent cinquante-quatre, qu’entouré d’une si brillante couronne de prélats et de princes de l’Église il accomplit la solennelle dédicace, en en fixant la mémoire annuelle au présent jour.
Pour célébrer les saints Apôtres, il nous plaît d’emprunter aux bibliothèques de nos frères séparés d’Angleterre cette Séquence que la vénérable Église d’York chantait encore, il y a quatre siècles, en leur honneur.
SEQUENCE.
In sollemni memoriaApostolorum principis,Piæ laudis harmoniaLætis resonet canticis.
Hic Judæos, ille gentesViam vitæ nescientesAd salutem convocat ;Ambo præsunt convocatis,Ambo certant desolatis,Hostis ne praevaleat.
Veneremur simul pariDignum laude venerariApostolum gentium ;Ut quos amor vita junxit,Nec mors ipsa post disjunxitJungat et præconium.
Contra summæ potentiæConsurgunt imperium,Unus crucis, alter ensisPerpessus supplicium.
Horum laus est quod destructaRomanæ potentiæ idolatria,Jam fundata et firmataIbidem orbem gubernat Ecclesia.
Fide Petri fundamentumPauli tenet firmamentumDogmate Ecclesia ;Clavis huic potentiæ,Illi cessit scientiæJuncta ad officia.
Petro namque sub pastoreGratulatur et rectoreInter fluctus sæculi ;Pauli viget ex doctrina,Vitæ sumpta medicinaGrex fidelis populi.
Iste verbo instruit,Ille cœlum aperitVerbo vitæ credulis,Et quod unus prædicatAlter verum comprobatCrebris hoc miraculis.
Sicque una urbe mortemUna die passi, sortemAd justorum transmeant ;Qui malorum nos exsortesSua prece et consortesBeatorum faciant.
En cette mémoire solennelle du Prince des Apôtres, que l’harmonie de notre louange, inspirée par l’amour, se fasse jour en cantiques joyeux.
Amen.
Avec lui vénérons, digne comme lui de nos chants, l’Apôtre des nations ; ainsi la louange réunira ceux que l’amour unit dans la vie et que la mort elle-même n’a pu séparer.
Leur louange, c’est que dans Rome, siège de l’empire, ils renversèrent l’idolâtrie ; que dans cette Rome, l’Église fondée et soutenue par eux gouverne l’univers.
Le fondement de l’Église, c’est la foi de Pierre, comme la doctrine de Paul en est le soutien ; au premier la clef signifiant la puissance, au second celle qui ouvre les horizons de la science : toutes deux concourent à l’œuvre commune.
Car c’est ainsi que le troupeau, que le peuple fidèle se félicite, au milieu des tempêtes de cette vie, d’avoir en Pierre un pasteur et un guide ; tandis que Paul par ses enseignements le fortifie, l’anime et le guérit dans ses maux.
L’un répand la parole de vie, l’autre aux croyants de cette parole ouvre les deux ; ce que l’un prêche, l’autre en montre la vérité par des miracles sans nombre.
Ils appellent au salut, celui-ci les Juifs, celui-là les nations ignorantes du chemin de la vie ; tous deux dirigent les appelés, tous deux combattent pour eux, repoussant l’assaut de l’ennemi,
Ne craignant pas de faire face à la force toute-puissante de l’empire, encourant l’un le supplice de la croix, l’autre celui du glaive.
En la même ville, en un même jour, ils souffrent la mort et passent aux cieux où sont récompensés les justes. Puissent-ils, priant pour nous, nous préserver de tout mal, et nous amener à partager leur bienheureux sort. Amen.
Enfin mettant à profit ce jour pour rappeler et pour compléter les enseignements qui nous furent donnés dans la fête générale de la Dédicace des Églises, terminons par cette autre Séquence, digne d’Adam de Saint-Victor auquel on l’attribua longtemps. Toutes les allégories du temps des figures y sont relevées à l’honneur du grand mystère de l’union du Christ et de l’humanité, qu’exprime la consécration des temples chrétiens.
SEQUENCE.
Quam dilecta tabernaculaDomini virtutum et atria !
Quam electiArchitecti,Tuta ædificia,Quæ non moventImo foventVentus, flumen, pluvia !
Synagoga supplantaturA Jacob, dum devagaturnimis freta litteræ.Liam lippam latent multa :Quibus Rachel videns fulta,Pari nubit fœdere.
Quam decora fundamentaPer concinna sacramentaUmbræ præcurrentia !Latus Adæ dormientisEvam fundit, in manentisCopulæ primordia
Arca ligno fabricataNoe servat, gubernataMundi per diluvium.Prole sera tandem fœtaAnus Sara ridet læta,Nostrum lactans gaudium.
Servus bibit qui legaturEt camelus adaquaturEx Rebeccæ hydria.Hæc inaures et armillasAptat sibi, ut per illasVirgo fiat congrua.
In bivio tegens nuda,Geminos parit ex JudaThamar diu vidua. Hic Moyses a puellaDum se lavat, in fiscellaReperitur scirpea.
Qu’ils sont aimés les tabernacles et les parvis du Seigneur des armées !
Hic mas agnus immolaturQuo Israel satiatur,Tinctus ejus sanguine ;Hic transitur rubens unda,Ægyptios sub profundaObruens voragine.
O architecte incomparable ! ô temple édifié de telle sorte, que l’affermissent, au lieu de l’ébranler, les pluies, les flots débordés, les tempêtes !
Hic est urna manna plena,Hic mandata legis dena,Sed in arca fœderis.Hic sunt ædis ornamenta,Hic Aaron indumentaQuæ præcedit poderis.
Belles sont ses fondations, qui remontent aux jours où de gracieuses figures l’annonçaient sous les ombres ! C’était le côté d’Adam endormi produisant Eve : première image d’une union qui doit durer toujours.
Hic Urias viduatur,Bethsabee sublimatur,Sedis consors regiæ.Hæc regi varietateVestis astat deauratæ,Sicut regum filiæ.
C’était l’arche faite du bois : elle sauve Noé, navigue sûrement sur les eaux du déluge où périt le monde. C’est Sara chargée d’ans et sa fécondité tardive, et son rire de bonheur quand elle allaite celui dont le nom signifie notre joie.
Huc venit Austri regina,Salomonis quam divinaCondit sapientia,Hæc est nigra sed formosa,Myrrhæ et thuris fumosa,Virga pigmentaria.
Rébecca présente l’eau qu’elle a puisée au serviteur, porteur du message, et abreuve aussi ses chameaux. Elle se pare des bracelets, des pendants d’oreilles, pour se montrer telle qu’il convient à une vierge.
Hæc futuraQuæ figuraObumbravit,ReseravitNobis dies gratiæ ;Jam in lectoCum dilectoQuiescamus,Et psallamus :Adsunt enim nuptiæ.
Par Jacob la synagogue est supplantée, tandis que, ne se confiant qu’à la lettre, elle s’égare. Aux yeux chassieux de Lia bien des choses échappent, qui font la force de Rachel la voyante et rendent égaux ses droits.
Quarum tonat initiumIn tubis epulantiumEt finis per psalterium.
Veuve longtemps, Thamar voilée donne à Juda deux fils. Là, Moïse est trouvé dans sa corbeille de jonc par la jeune fille qui se baigne au fleuve.
Sponsum millena milliaUna canunt melodia,Sine fine dicentia : Alleluia ! Amen.
Là l’agneau mâle est immolé, rassasiant Israël, le teignant de son sang. Là la mer Rouge est traversée, les Égyptiens sont engloutis sous les flots profonds.
Là est l’urne remplie de la manne ; là, mais dans l’arche de l’alliance, sont les dix commandements de la loi. Là sont gardés les ornements du temple, et aussi les vêtements d’Aaron dont le premier est l’éphod du pontife.
Là Bethsabée, veuve d’Urie, élevée en gloire, s’assied sur le trône royal. Dans sa robe d’or et sa parure variée, elle est devant le prince semblable aux filles des rois.
Là vient s’instruire à la divine sagesse de Salomon la reine du midi ; bien que noire, elle est belle, tout imprégnée de myrrhe et d’encens, toute parfums.
Toutes ces figures annonçant sous les ombres l’avenir, le plein jour de la grâce nous en a révélé la portée. Maintenant unis au bien-aimé, goûtons sa paix, chantons des psaumes ; car c’est le jour des noces.
Les trompettes éclatantes du festin en annoncent l’ouverture, le psaltérion l’achèvement.
L’Époux ! c’est lui que chantent, unique mélodie, les millions de voix qui sans fin disent : Alléluia !
Amen.
LE XIX NOVEMBRE. SAINTE Élisabeth DE HONGRIE, DUCHESSE DE THURINGE.
Bien que tous les élus resplendissent au ciel d’un éclat propre à chacun d’eux, Dieu se complaît à les grouper par familles, comme il le fait dans la nature pour les astres du firmament. C’est la grâce qui préside à ce groupement des constellations dans le ciel des Saints ; mais parfois Dieu semble vouloir nous rappeler ici que nature et grâce l’ont pour commun auteur ; et les conviant malgré la chute à l’honorer ensemble dans ses élus, il fait de la sainteté comme un patrimoine auguste que se transmettent de générations en générations les membres d’une même famille de la terre [Eccli. XLIV.]. Parmi ces races bénies ne le cède à aucune la royale lignée qui, de l’antique Pannonie, étendit sur le monde aux meilleurs temps de la chrétienté l’ombre de ses rameaux ; riche en vertu, éprise du beau, comme parle l’Écriture, portant la paix dans ces maisons couronnées de la vieille Europe que tant d’alliances avaient rendues siennes [Ibid. 6.], les noms qu’elle inscrivit au livre d’or des bienheureux perpétuent sa gloire.
Mais, de ces noms illustres, entouré d’eux comme un diamant serti d’une couronne de perles, le plus grand pour l’Église et les peuples est celui de l’aimable Sainte, mûre pour le ciel à vingt-quatre ans, qui rejoint aujourd’hui les Étienne, les Émeric et les Ladislas. Élisabeth ne demeura pas au-dessous de leurs mâles vertus ; mais la simplicité de son âme aimante imprégna l’héroïsme de sa race comme d’une huile parfumée dont la senteur, se répandant sous tous les cieux, entraîne dans la voie des Bienheureux et des Saints, avec sa fille Gertrude de Thuringe, sa tante Hedwige de Silésie, et ses cousines ou nièces et petites-nièces Agnès de Bohême, Marguerite de Hongrie, Cunégonde de Pologne, Élisabeth de Portugal.
Le Dieu des humbles sembla vouloir rivaliser avec toute la poésie de ces temps chevaleresques, pour idéaliser dans la mémoire des hommes la douce enfant qui, transplantée, fleur à peine éclose, delà cour de Hongrie à celle de Thuringe, ne sut qu’aimer et se dévouer pour lui. Quelle fraîcheur d’idylle, mais d’une idylle du ciel, en ces pages des contemporains où nous est racontée la vie de la chère Sainte avec l’époux si tendrement aimé qui fut le digne témoin des extases de sa piété sublime et naïve, le défenseur envers et contre tous de ses héroïques et candides vertus ! Aux intendants qui se plaignent que, dans une absence du duc Louis, elle a malgré eux épuisé le trésor pour les pauvres : « J’entends, dit-il, qu’on laisse mon Élisabeth agir à sa guise ; qu’elle donne tout ce qu’elle voudra, pourvu qu’elle me laisse la Wartbourg et Naumbourg. »
Aussi le Seigneur, ouvrant les yeux du landgrave, lui montrait sous la forme de roses, dignes déjà des parterres du ciel, les provisions qu’Élisabeth portait aux malheureux dans son manteau. Jésus lui-même apparaissait en croix dans le lépreux qu’elle recueillait en ses appartements pour le soigner plus à l’aise. S’il arrivait que d’illustres hôtes survenant à l’improviste, la duchesse dont les bijoux passaient comme le reste en aumônes se trouvât dépourvue de la parure qui eût convenu pour leur faire honneur, les Anges y suppléaient si bien qu’aux yeux émerveillés des visiteurs, selon le dire des chroniqueurs allemands de l’époque, la reine de France n’eût pas été plus admirablement belle, plus richement parée.
C’est qu’en effet Élisabeth entendait ne se dérober à aucune des obligations ni convenances de sa situation de princesse souveraine ou d’épouse. Aussi gracieusement simple en ses vertus qu’affable pour tous, elle s’étonnait de l’attitude sombre et morose que plusieurs affectaient dans leurs prières ou leurs austérités : « Ils ont l’air de vouloir épouvanter le Bon Dieu [Montalembert. Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, Ch. VII.], disait-elle, tandis qu’il aime celui qui donne joyeusement [II Cor. IX, 7.]. »
Le temps, hélas ! vint vite pour elle de donner sans compter. Ce fut d’abord le départ en croisade du duc Louis, son époux, dont il sembla qu’elle ne se pourrait jamais séparer ; puis la scène déchirante où lui fut annoncée sa mort, au moment où pour la quatrième fois elle venait d’être mère ; enfin l’acte d’odieuse félonie par lequel Henri Raspon, l’indigne frère du landgrave, trouvant l’occasion bonne pour s’emparer des états du défunt, chassa ses enfants et sa veuve, avec défense à qui que ce fût de les recevoir. Dans ce pays où toute misère avait éprouvé ses bontés, Élisabeth dut mendier, en butte à mille rebuts, le pain des pauvres enfants, réduits comme elle à se contenter pour gîte d’une étable à pourceaux.
L’heure des réparations devait sonner avec le retour des chevaliers partis en la compagnie du duc Louis. Mais Élisabeth, devenue l’amante passionnée de la sainte pauvreté, resta parmi les pauvres. Première professe du Tiers-Ordre séraphique, le manteau que saint François lui avait envoyé comme à sa très chère fille demeura son unique trésor. Bientôt les sentiers du renoncement absolu l’eurent conduite au terme. Celle que, vingt ans auparavant, on apportait dans un berceau d’argent à son fiancé vêtue de soie et d’or, s’envolait à Dieu d’une masure de terre glaise, n’ayant pour vêtement qu’une robe rapiécetée ; les ménestrels dont les assauts de gai savoir avaient rendu fameuse l’année de sa naissance n’étaient plus là, mais on entendit les Anges qui chantaient, montant vers les cieux : Regnum mundi contempsi, propter amorem Domini mei Jesu Christi, quem vidi, quem amavi, in quem credidi, quem dilexi [J’ai méprisé les trônes du monde en considération du Seigneur Jésus-Christ, l’attrait de mes yeux et de mon cœur, qui eut ma foi et mon amour.].
Quatre ans après, Élisabeth, déclarée Sainte par le Vicaire de Jésus-Christ, voyait tous les peuples du Saint-Empire, empereur en tête, affluer à Marbourg où elle reposait au milieu de ces pauvres dont elle avait ambitionné la vie. Son corps sacré fut remis à la garde des chevaliers Teutoniques, qui reconnurent l’honneur en faisant de Marbourg un chef-lieu de l’Ordre, et en élevant à la Sainte la première église ogivale que l’Allemagne ait possédée. De nombreux miracles y attirèrent longtemps l’univers chrétien.
Et maintenant, bien que toujours debout, toujours belle en son deuil, Sainte-Élisabeth de Marbourg ne connaît plus que de nom celle qui fut sa gloire. À la Wartbourg embaumée des grâces de la chère Sainte, où s’écoula au milieu des plus suaves épisodes sa vie d’enfant et d’épouse, le grand souvenir qu’on montre au voyageur est la chaire d’un moine en rupture de ban, et la tache d’encre dont, en un jour de démence ou d’ivresse, il salit les murs, comme il devait de sa plume tenter de tout profaner et souiller dans l’Église de Dieu.
Il est temps d’écouter le récit liturgique de la fête.
ELISABETH Andraeae regis Hungariae filia ab infantia Deum timere coepit : et crescens aetate, crevit etiam pietate. Ludovico Lantgravio Hassiae et Thuringiae in conjugem copulata, non minore cura quae Dei, quam quae viri sui erant, exsequebatur. Surgens enim nocturno tempore, orationi diu incumbebat ; ac variis misericordiae officiis dedita, viduis, pupillis, aegrotis, egentibus sedulo inserviebat ; gravique fame urgente, domus suae frumenta liberaliter erogabat. Leprosos hospitio suscipiens, manus eorum et pedes osculabatur. Curandis autem et alendis pauperibus insigne xenodochium construxit.
Élisabeth, fille d’André roi de Hongrie, commença dès l’enfance à craindre Dieu, et la piété grandit en elle avec l’âge. Mariée à Louis, landgrave de Hesse et de Thuringe, son zèle ne fut pas moindre au service de Dieu qu’en celui de son époux. Elle se levait de nuit et priait longtemps ; elle exerçait les différentes œuvres de miséricorde, se dévouant à soulager les veuves, les orphelins, les malades, les indigents, donnant tout le blé de ses greniers quand sévissait la disette. Recueillant les lépreux, elle leur baisait les mains et les pieds. Elle construisit un bel hospice pour soigner et nourrir les pauvres.
DEFUNCTO conjuge, ut Deo liberius serviret, depositis omnibus saecularis gloria : indumentis, vili tunica induta est, atque ordinem Poenitentium sancti Francisci ingressa, patientiae et humilitatis virtute maxime enituit. Nam bonis omnibus exuta, a propriis aedibus ejecta, ab omnibus derelicta, contumelias, irrisiones, obtrectationes invicto animo toleravit, adeo ut summopere gauderet, se talia pro Deo pati. Ad infima quaeque ministeria erga pauperes et aegrotos se abjiciens, eis necessaria procurabat, solis oleribus et leguminibus pro suo victu contenta.
Quand son époux fut mort, pour servir Dieu plus librement, elle mit de côté tous les ornements de la gloire mondaine, se couvrit d’une tunique grossière et embrassa l’Ordre des Pénitents de saint François. La patience et l’humilité furent ses plus remarquables vertus. Dépouillée de tous ses biens, chassée de sa demeure, abandonnée par tous, on la vit supporter les injures, les moqueries, les injustes reproches, sans que son cœur en fût troublé, grandement joyeuse d’avoir à souffrir de tels excès pour Dieu. S’abaissant aux plus viles occupations près des pauvres et des malades, elle leur procurait ce dont ils avaient besoin et se contentait d’herbes et de légumes pour sa propre nourriture.
CUM vero in his aliisque plurimis sanctis operibus vitam religiosissime transegisset, finis tandem suae peregrinationis advenit, quem domesticis suis ante praedixit. Cumque defixis in caelum oculis di vi nae contemplationi vacaret, a Deo mirabiliter recreata, et sacramentis refecta, obdormivit in Domino. Statimque plurima ad ejus tumulum miracula patrata sunt. Quibus auditis, et rite probatis, Gregorius nonus Sanctorum numero eam adscripsit.
Ainsi se passait donc sa vie très sainte en ces bonnes œuvres et beaucoup d’autres, quand arriva enfin le terme de son pèlerinage. Elle l’annonça aux personnes qui vivaient en sa compagnie ; ses yeux absorbés dans la divine contemplation se fixèrent au ciel ; divinement consolée, munie des sacrements, elle s’endormit dans le Seigneur. Aussitôt de nombreux miracles éclatèrent à sa tombe. Sur leur renommée, Grégoire IX, ayant procédé aux enquêtes régulières, l’inscrivit parmi les Saints.
L’Allemagne chantait au XIV° siècle l’Hymne qui suit en l’honneur de sainte Élisabeth.
HYMNE.
Hymnum Deo vox jocunda Decantat Ecclesiae
Nam congaudet laetabunda Sion mater filiae
Ascendenti de profunda Convalle miseriae.
Quam regali stirpe natam in annis infantiae
Vir accepit desponsatam Indolis eximiae,
Semper tamen inspiratam Voto continentiae.
Fide, prole, sacramento Ratum hoc conjugium,
Vero docet argumento Quod patrum cœlestium
Vitae sanctae succremento Attigit consortium.
Lege carnis sic ligata Non extinxit spiritum,
Haec insignis, haec beata Pauperum nutritia
Sed implevit fide rata Nec reliquit irritum
Quod a Deo mens parata Gerebat propositum.
Fastu mundi non elata Nec parentum gloria,
Aquam eam dum rogavit H ostis innocentiae,
In se carne trucidata Crucifixit vitia.
Potum lacte perforavit Clavo paenitentiae
Et sic sese liberavit Virtus patientiae.
Tandem viro destituta Munda mundum exuit,
Christum mente jam induta Saccum carni consuit,
Et in tempus hoc statuta Sic lampas emicuit.
Veras censu paupertatis Redimens divitias
De thesauro pietatis Fudit auri copias,
Et multorum egestatis Supplevit inopias.
Fecit opus fuso, cibi Quaerens alimoniam,
Et vilescens ipsa sibi Sprevit ignominiam,
Sciens soli, Christe, tibi Recte dari gloriam.
Et mercedem das coronae Vincenti viriliter.
Gloria sit, Jesu bone, Tibi nunc et jugiter,
Qui certantes in agone Adjuvas fideliter,
Amen.
L’Église en accents mélodieux offre à Dieu la louange ; Sion est dans la joie ; la mère fait fête à son illustre fille s’élevant du fond de la vallée de misère.
De royale descendance, enfant encore elle est fiancée ; les plus beaux dons l’ornent pour l’époux auquel elle est unie : union dont la pureté répond à ses vœux.
Fidélité, fécondité, grâce du sacrement consacrent ce mariage ; qu’il la conduise au ciel où sont ses pères, la preuve en est dans sa sainteté croissante.
Bien donc que soumise à la loi de la chair, l’esprit en elle ne s’y éteignit pas ; fidèle à des engagements sacrés, elle ne négligea pas les inspirations qu’elle recevait de Dieu dans son cœur.
Des pauvres elle se fit la bienheureuse et noble nourricière, n’ayant aux pompes du monde nul égard, non plus qu’à la gloire des aïeux, crucifiant les vices en sa chair mortifiée.
Comme à Jahel Sisara [Judic. IV.], l’ennemi de l’innocence lui demande un peu d’eau ; mais trompé par le lait qu’elle lui donne en breuvage, elle le transperce avec le clou de la pénitence, sauvant ainsi son renoncement et sa vertu.
Son époux mort, elle dépouille sans jamais en avoir été souillée la mondanité : celle qui depuis longtemps a revêtu le Christ en son âme, donne un sac à son corps pour vêtement ; comme une lampe ardente elle resplendit au milieu de ce siècle.
Elle se procure au prix de la pauvreté les véritables richesses ; elle répand du trésor de sa piété des flots d’or : de combien de malheureux n’a-t-elle pas secouru l’indigence !
Pour elle, elle gagne son pain en travaillant et en filant ; vile à ses propres yeux, elle dédaigne de se voir abaissée, n’ignorant pas qu’à vous seul, Christ, est due légitimement la gloire.
Gloire soit à vous, ô bon Jésus, maintenant et toujours vous qui fidèlement aidez les combattants du bon combat, et donnez en récompense au vainqueur vaillant la couronne.
Amen.
Quelle leçon vous laissez à la terre en montant au ciel, ô bienheureuse Élisabeth ! Nous le demandons avec l’Église pour nous et tous nos frères dans la foi : puissent vos prières glorieuses obtenir de Dieu miséricordieux que nos cœurs s’ouvrent à la lumière des enseignements de votre vie, et méprisent le bonheur du monde pour n’estimer que les consolations célestes [Collecte de la fête.]. L’Évangile nous le dit aujourd’hui même à votre honneur : Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché, à une perle sans prix ; l’homme sage et entendu en affaires vend tout ce qu’il a pour s’assurer le trésor ou la perle [Évangile, ex MATTH. XII.]. Bon négoce dont vous eûtes l’intelligence, atteste l’Épître [Épître, ex Prov. XXXI.], et qui fit autour de vous la fortune de tous : de vos heureux sujets, dont il secourut les corps et releva les âmes ; de votre noble époux siégeant, grâce à vous, en bon lieu parmi les princes qui surent échanger un diadème périssable pour la couronne éternelle ; de tous les vôtres enfin, dont vous êtes la plus douce gloire, dont plusieurs vous suivirent de si près sur le chemin du renoncement qui conduit aux cieux. Pourquoi faut-il que d’autres, en un siècle de ruine, aient abdiqué leur titre de fils des Saints, entraînant après eux les peuples à faire litière des plus suaves souvenirs comme des plus nobles traditions ? Daigne le Seigneur rendre à son Église et à vous-même le pays qui fut pour vous celui de son amour ; puissent vos supplications se joindre aux nôtres en ce jour, et ramener l’antique foi dans ces rameaux de votre descendance que ne parcourt plus la sève du salut ; puisse la glorieuse tige, en ses branches fidèles, nous donner toujours des Saints.
L’Église se recommande aujourd’hui d’un saint Pape du temps des persécutions. Déporté par sentence de l’empereur Maximin dans une île de la Méditerranée, il y souffrit d’indignes traitements qui lui valurent la couronne du martyre. Fabien, deuxième successeur de Pontien, ramena son corps au cimetière de Calliste.
ORAISON.
INFIRMITATEM nostram respice omnipotens Deus : et quia pondus propriae actionis gravat, beati Pontiani Martyris tui atque Pontificis intercessio gloriosa nos protegat. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Pontien, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ.
LE XX NOVEMBRE SAINT FÉLIX DE VALOIS, CONFESSEUR.
Félix, appelé dès l’adolescence au désert, semblait devoir y mourir oublié d’un monde qu’il avait méprisé. Mais le Seigneur se réservait de rendre aux yeux des hommes sa vieillesse féconde [Psalm. XCI, 15.].
On était à ce qu’on nomme de nos jours un tournant de l’histoire. Le premier des grands Ordres actifs allait, avec saint Jean de Matha, se lever dans l’Église ; d’autres suivraient, réclamés par les temps nouveaux. Ce fut l’heure où l’éternelle Sagesse, qui préside immuable aux variations des peuples [Sap. VII, 27.], voulut montrer qu’elle non plus la sainteté ne change pas, la charité demeurant sous des formes variées ce que la connurent nos pères, n’ayant toujours qu’en Dieu aimé pour lui-même son principe et sa fin. Et c’est pourquoi Jean de Matha fut amené par l’Esprit à Félix de Valois, comme le disciple au maître ; l’anachorète dont les derniers ans s’achevaient au fond des forêts, vit se greffer sur la contemplation pure, en sa personne, la vie d’action débordante du rédempteur des captifs ; Cerfroid, son désert, resta le chef-lieu des Trinitaires comme il en avait été le berceau.
Lisons la vie du serviteur de Dieu dans le livre de la sainte Église. Mais rappelons-nous qu’elle demande à être complétée par celle de son disciple et fils (VIII février).
Felix, Hugo antea dictus, ex regali Valesiorum familia ortus in Gallia, ab ineunte aetate non levia dedit futurae sanctitatis indicia praesertim misericordiae erga pauperes : nam adhuc infantulus, manu propria, ac si grandior esset, et judicii maturitate polleret, nummos egenis distribuit. Jam grandiusculus solebat ex appositis in mensa dapibus ad ipsos mittere, et ferme eo, quod sapidius erat, obsonio pauperculos pueros recreabat. Adolescens non semel vestibus se exspoliavit, ut inopes cooperiret. Ab avunculo Theobaldo, Xamphanae et Blesii comite, vitam reo mortis impetravit, praedicens hunc infamem hactenus sicarium, mox sanctissimis praeditum moribus evasurum : veridicum testimonium monstravit eventus.
Félix, appelé d’abord Hugues, était né en France de la famille royale des Valois. Il donna dès le plus jeune âge de sérieuses marques de sa sainteté future, surtout pour la miséricorde envers les pauvres ; car encore tout petit enfant, il distribuait de sa main des pièces d’argent aux malheureux, comme s’il eût été grand et en âge de comprendre. Un peu plus âgé, il avait la coutume de leur envoyer des mets servis sur la table, et choisissant ce qu’il y avait de meilleur, il le servait aux enfants pauvres. Jeune homme, il se dépouilla plus d’une fois de ses habits pour en couvrir les indigents. Il obtint de son oncle Thibauld, comte de Champagne et de Blois, la grâce d’un condamné à mort, annonçant que celui qui n’était jusque-là qu’un sicaire infâme deviendrait sous peu un grand saint : prédiction justifiée par l’événement.
Post exactam laudabiliter adolescentiam, coepit ex caelestis contemplationis studio solitudinem cogitare ; prius tamen voluit sacris initiari, ut omnem regni, a cujus successione jure legis Salicae non longe distabat, spem sibi praecideret. Sacerdos factus, et prima Missa devotissime celebrata, non multo post in eremum secessit, ubi summa abstinentia victitans, caelestium charismatum abundantia pascebatur. Ibi cum sancto Joanne de Matha Parisiensi doctore, a quo ex divina inspiratione quaesitus et inventus, per aliquot annos sanctissime vixit ; donec ambo per Angelum a Deo admoniti Romam petierunt, specialem a Summo Pontifice vivendi regulam impetraturi. Facta igitur Innocentio Papae tertio inter Missarum solemnia revelatione religionis et instituti de redimendis captivis, ab ipso Pontifice, simul cum socio, candidis vestibus bicolori cruce signatis induitur, ad eam formam qua Angelus indutus apparuit : et insuper voluit Pontifex, ut nova religio juxta triplicem colorem, quo habitus constat, sanctissimae Trinitatis titulo decoraretur.
Au sortir de sa vertueuse adolescence, il se sentit porté par l’attrait de la contemplation céleste à s’enfermer dans la solitude, mais voulut tout d’abord cependant recevoir les Ordres sacrés pour se prémunir contre les droits éventuels à la couronne qu’il tenait de la loi Salique. Ordonné prêtre, il célébra sa première Messe avec grande ferveur et gagna peu après le désert ou il vécut en grande abstinence, réconforté par l’abondance des grâces du ciel. Il y fut trouvé par saint Jean de Matha, docteur de Paris, qu’une inspiration divine avait poussé à sa recherche. Tous deux vécurent là très saintement quelques années, jusqu’à ce qu’un Ange les avertît delà part de Dieu qu’ils eussent à se rendre à Rome pour obtenir du Souverain Pontife une règle de vie. C’était alors Innocent III, lequel pendant la Messe solennelle eut révélation du nouvel Ordre et institut qu’ils devaient fonder pour la rédemption des captifs. Le Pape revêtit lui-même Félix et Jean du vêtement blanc avec la croix rouge et bleue sous lequel l’Ange était apparu, et il voulut que leur famille religieuse, en raison de ces trois couleurs de son habit, fût honorée du nom de la très sainte Trinité.
Regula propria ex Summi Pontificis Innocentii confirmatione accepta, in dioecesi Meldensi apud locum, qui Cervus Frigidus dicitur, primum ordinis paulo ante a se et socio exstructum caenobium ampliavit, ubi religiosam observantiam, et Redemptionis institutum mirifice coluit, ac inde per alumnos in alias provincias diligentissime propagavit. Illustrem hic a beata Virgine Matre favorem accepit : dormientibus siquidem cunctis fratribus, et ad matutinas preces in pervigilio Nativitatis Deiparae media nocte recitandas, Deo sic disponente, non surgentibus, Felix de more vigilans, et horas praeveniens, chorum ingressus, reperit beatam Virginem in medio chori habitu cruce ordinis insignito indutam, ac caelitibus similiter indutis sociatam. Quibus permixtus Felix, praecinente Deipara, laudes divinas concinuit, riteque persolvit. Et quasi jam a terrestri ad caelestem chorum evocaretur, instantis mortis ab Angelo certior factus, filios ad caritatem erga pauperes et captivos adhortans, animam Deo reddidit, aetate ac meritis consummatus, anno post Christum natum ducentesimo duodecimo supra millesimum, sub eodem Pontifice Innocentio tertio.
Félix donc, avec la règle confirmée par le Pape Innocent, revint à Cerfroid, au diocèse de Meaux, où lui et son compagnon ayant peu auparavant bâti la première maison de l’Ordre, il l’agrandit, y fit régner l’observance religieuse, se montrant le promoteur admirable de l’œuvre de la Rédemption, mettant tout son zèle à la propager par ses disciples en d’autres provinces. Il fut en ce lieu favorisé d’une insigne grâce de la Vierge Mère : c’était en la nuit de la Nativité de la Mère de Dieu ; tandis que par une permission divine les frères continuaient de dormir et ne se levaient pas pour Matines, Félix, veillant à son ordinaire et prévenant l’heure de l’Office, entra au chœur où il trouva la bienheureuse Vierge. Elle portait sur son vêtement la croix de l’Ordre ; des Anges vêtus de même, l’accompagnaient ; elle entonna les chants, et ce fut avec elle et les Anges que Félix accomplit le devoir de l’Office canonial. Et comme si déjà on l’appelait du chœur de la terre a celui des cieux, averti par un céleste messager de sa mort prochaine, il exhorta ses fils à la charité envers les captifs et les pauvres, puis rendit l’âme, chargé de mérites et d’années, l’an douze cent douze du Seigneur, sous le pontificat du même Innocent III.
Félix, heureux amant de la charité, enseignez-nous le prix de cette reine des vertus et aussi sa nature. C’est elle qui vous attira dans la solitude pour y poursuivre son objet divin, et quand vous sûtes trouver Dieu en lui-même, vous le montra et fit aimer dans vos frères. N’est-ce pas le secret qui rend l’amour fort comme la mort, lui donne comme en vos fils l’audace d’affronter l’enfer [Cant. VIII, 6.] ? Puisse-t-il ne point cesser d’être chez nous l’inspirateur de tous les dévouements ; qu’il demeure la part excellente de votre saint Ordre, le procédé précieux de son adaptation toujours féconde aux besoins d’une société où ne cesse point de régner sous mille formes la tyrannie des pires servitudes.
LE XXI NOVEMBRE. LA PRÉSENTATION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE.
Inférieure en solennité aux autres fêtes de Notre-Dame, tardivement inscrite au Cycle sacré, la Présentation semble de préférence réserver chez nous le culte de ses mystères à la contemplation silencieuse. Dans le silence de leur prière ignorée, les justes gouvernent la terre ; la Reine des saints, la première, fit plus par ses mystères cachés que tous les faux grands hommes dont les gestes bruyants prétendent constituer la trame des annales du monde.
L’Orient chantait depuis sept siècles au moins [Pitra, Analecta sacra Spicilegio Solesmensi parata, I, 275.] l’entrée de la Mère de Dieu dans le temple de Jérusalem [Menaea, ad diem hanc.], quand pour la première fois [Ceci doit s’entendre seulement de la fête proprement dite ; car le marbre de Berre, illustré par Le Blant sous le n° 542 A des Inscriptions chrétiennes de la Gaule, démontre que le fait du séjour de Marie au temple de Jérusalem était reconnu et honoré en Occident au V° siècle. Voir Planche 72 du même, n° 433.], en 1372, Grégoire XI permit qu’elle fût célébrée à la cour romaine d’Avignon. Or en réponse, Marie brisait les chaînes qui depuis soixante-dix ans retenaient la Papauté captive, et bientôt Grégoire XI rendait à Rome le successeur de Pierre. Ainsi déjà, au Cycle d’Occident, la Visitation nous était apparue comme le monument de l’unité reconquise sur le schisme qui suivit l’exil [11 Juillet.].
Dès l’année 1373, à l’imitation du Pontife suprême, Charles V de France introduisait la fête de la Présentation dans sa chapelle du palais. Par lettres en date du 10 novembre 1374, aux maîtres et écoliers du collège de Navarre, il exprimait le désir qu’elle fût célébrée dans le royaume entier :
« Charles, par la grâce de Dieu roi des Francs, à nos bien-aimés : salut en Celui qui ne cesse point d’honorer sa Mère sur la terre. Entre les autres objets de notre sollicitude, souci journalier et diligente méditation, le premier qui occupe à bon droit nos pensées est que la bienheureuse Vierge et très sainte Impératrice soit honorée par nous d’un très grand amour et louée comme il convient à la vénération qui lui est due. Car c’est un devoir pour nous de lui rendre gloire ; et nous qui élevons vers elle en haut les veux de notre âme, nous savons quelle protectrice incomparable elle est pour tous, quelle puissante médiatrice auprès de son béni Fils pour ceux qui l’honorent avec un cœur pur… Et c’est pourquoi, voulant exciter notre fidèle peuple à solenniser ladite fête comme Nous-même nous proposons de le faire, Dieu aidant, chacune des années de notre vie, nous en adressons l’Office à votre dévotion à cette fin d’augmenter vos joies [Launoy, Historia Navarrae gymnasii, Pars I L I, c. 10.]. »
Ainsi parlaient les princes dans ces temps. Or on sait comment dans ces mêmes années le sage et pieux roi, poursuivant l’œuvre inaugurée à Brétigny par la Vierge de Chartres, sauvait une première fois de l’Anglais la France vaincue et démembrée. Dans l’État donc comme dans l’Église, à cette heure si critique pour les deux, Notre-Dame en sa Présentation commandait à l’orage, et le sourire de Marie enfant dissipait la nue.
La nouvelle tête, enrichie d’indulgences par Paul II, s’était peu à peu généralisée, quand saint Pie V, voulant alléger d’un certain nombre d’Offices le calendrier universel, crut devoir la comprendre en ses suppressions. Mais Sixte-Quint la rétablissait au Bréviaire romain dès l’année 1585, et peu après, Clément VIII l’élevait au rang des Doubles-majeurs. Bientôt clercs et réguliers prenaient pour coutume de renouveler leurs engagements sacrés en ce jour où leur commune Reine ouvrit devant eux la voie qui conduit par le sacrifice aux prédilections du Seigneur.
Écoute, ma fille, et vois, et prête l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roi convoitera ta beauté [Psalm XLIV, 11, 12.]. Ainsi, formulant les vœux des filles de Tyr [Ibid. 13.], chantait au sommet de Moriah l’Église de l’attente ; et son regard inspiré perçant l’avenir, elle ajoutait. À sa suite viendront les vierges, ses compagnes ; elles s’avanceront dans la joie et l’allégresse ; elles entreront dans le temple du Roi [Ibid. 15, 16].
Or donc, salué d’avance comme le plus beau des fils des hommes [Ibid. 3.], ce Roi, qui est le Très Puissant [Ibid. 4.], prélude à ses conquêtes en ce jour ; et son début, selon le mot du Psaume, est admirable [Ibid. 5.], Par la gracieuse enfant qui à cette heure franchit les degrés du temple, il prend possession de ce temple, dont le sacerdoce le reniera vainement plus tard ; car cette enfant qu’accueille aujourd’hui le temple est son trône [Psalm. XLIV. 7.]. Dès maintenant, son parfum le précède et l’annonce en la mère au sein de laquelle l’huile d’allégresse, coulant à flots, doit le faire Christ entre ses frères [Ibid.8.] ; en elle déjà les Anges saluent la Reine dont la virginité féconde enfantera toutes ces âmes consacrées qui réservent à l’Époux la myrrhe et l’encens de leurs holocaustes, ces filles des rois qui feront l’honneur de sa cour [Ibid. 9, 10.].
Mais la Présentation de Notre-Dame ouvre encore à l’Église d’autres horizons. Au Cycle des Saints, dépourvu des frontières précises qui délimitent celui du Temps, le mystère du séjour de Marie dans le sanctuaire de l’ancienne alliance prélude, mieux que n’aurait pu faire aucun autre, à la saison si prochaine de l’Avent liturgique. Marie, conduite au temple pour s’y préparer dans la retraite, l’humilité, l’amour, à ses incomparables destinées, eut aussi pour mission d’y parfaire, au pied des autels figuratifs, la prière de l’humanité trop impuissante à faire pleuvoir des cieux le Sauveur [Isai. XLV, 8.]. Elle fut, dit saint Bernardin de Sienne, le bienheureux couronnement de toute attente et demande de l’avènement du Fils de Dieu ; en elle, comme en un sommet, tous les désirs des saints qui l’avaient précédée eurent leur consommation et leur terme [Bernardin. Sen. Pro festivitatibus V. Marias, Sermo IV, art. 1, c. 3.].
Par son admirable intelligence des Écritures, par sa conformité de chaque jour, de toute heure, aux moindres enseignements et prescriptions du rituel mosaïque, Marie découvrait, adorait partout le Messie sous la lettre ; elle s’unissait à lui, s’immolait avec lui dans chacune des victimes immolées sous ses yeux ; et ainsi rendait-elle au Dieu du Sinaï l’hommage, vainement attendu jusque-là, de la Loi comprise, pratiquée, fécondée selon la plénitude qu’elle comportait pour le Législateur. Alors Jéhovah put dire en toute vérité : Comme la pluie descend du ciel et n’y retourne point, mais enivre la terre et lui fait produire ses fruits ; ainsi sera ma parole : elle ne me reviendra pas inféconde, mais aura heureusement tous les effets que j’ai voulus [Isai. LV, 10, II.].
Supplément béni de la gentilité non moins que de la synagogue, Marie dès lors vit dans l’Épouse du Cantique sacré l’Église à venir. En notre nom à tous elle adressait à Celui qu’elle savait devoir être l’Époux, sans connaître encore qu’elle l’aurait pour fils, les appels d’un amour qui, sur ses lèvres, était bien fait pour obtenir du Verbe divin l’oubli des infidélités passées, des dérèglements où le monde dévoyé s’abîmait toujours plus [Olier, Vie intérieure de la T. Sainte Vierge, Présentation. –]. Arche de l’alliance universelle, combien avantageusement ne remplaçait-elle pas celle des Juifs, disparue avec le premier temple ! C’était pour elle sans le savoir qu’Hérode, le Gentil, avait repris la construction du second, demeuré comme désert et comme vide depuis Zorobabel ; car le temple, aussi bien que le tabernacle qu’il remplaçait, n’était que l’asile de l’arche destinée à porter Dieu lui-même : mais garder la réalité fut pour le second temple une gloire plus grande [Agg. II, 10.] que d’abriter comme le premier la figure.
Les Grecs ont fait choix, comme Leçons de ce jour, des passages de l’Écriture qui rappellent l’entrée de l’arche dans le tabernacle au désert [Exod. XL.], et plus tard dans le temple à Jérusalem [III Reg. VIII.]. Le synaxaire, ou leçon historique de la solennité, résume les traditions qui nous montrent la bienheureuse Vierge offerte par ses saints parents dans la troisième année de son âge au temple de Dieu, pour y demeurer jusqu’aux jours où, après douze années écoulées, devait s’accomplir en elle le mystère du salut.
Au VI° siècle de notre ère, l’empereur Justinien fit élever en l’honneur de la Présentation une église grandiose dans la partie méridionale de la plate-forme qui avait porté le temple et ses annexes [C’est aujourd’hui la mosquée El-Aksa.].
Le siècle suivant nous donne les strophes liturgiques ci-après, qui témoignent de l’antiquité de la fête.
DE B. VIRGINE IN TEMPLUM RECEPTA.
SALVATORIS templum a maxime mundum, illa tanti aestimando ovis et Virgo, sacra illa arca thesaurum divinae continens gloriae hodie adducitur in domum Domini ; gratiam secum affert divini Spiritus, dum angeli Dei eam concelebrant : Ipsa palam est caeleste tabernaculum.
Le temple très pur du Sauveur, le trésor sacré de la divine gloire, la brebis et la Vierge inestimable est aujourd’hui amenée dans la maison du Seigneur ; elle y apporte la grâce de l’Esprit-Saint, les anges de Dieu la célèbrent dans leurs chants : c’est le tabernacle des cieux.
Dei ineffabilium et sacrorum mysteriorum dum cerno in hac Virgine gratiam ostensam et aperte cumulatam, gaudeo, nec modos intelligere valeo insolitos et dicto difficiles, quibus electa illa immaculata sola praestat super omnem creaturam, tam oculis quam mente perceptam ; ideo faustis vocibus volens illi plaudere, stupeo vehementer animo et eloquio : audeo tamen eam praedicare, magnamque dicere. Ipsa siquidem est cœleste tabernaculum.
Quand je contemple dans la Vierge la grâce qui s’y révèle, le comble des ineffables et très sacrés mystères de Dieu, l’allégresse me transporte, et je ne puis comprendre l’étonnante et inexprimable manière dont cette élue, dont cette immaculée l’emporte à elle seule sur toute créature visible ou invisible. Lors donc que je veux l’acclamer, ma voix et mon esprit défaillent ; pourtant j’ose l’exalter et la glorifier comme étant le tabernacle des cieux.
Rerum omnium conditor, opifex et Dominus, ex arcana misericordia et sola clementia sua, se ad nos inclinans, cum lapsum eum videret, quem proprius compegit manibus, misertus est, eumque restituere dignatus est, opere sublimiore, quippe bonus esset et misericors, semet exinanivit ; propterea Mariam, uti Virginem et immaculatam, ascivit sibi participem mysterii, quo genus nostrum sponte assumpsit : ipsa est cœleste tabernaculum.
Le créateur, auteur et seigneur de toutes choses, s’est incliné vers nous dans son indicible miséricorde et mû par sa seule clémence ; voyant tombé celui qu’il avait façonné de ses propres mains, il en a eu pitié ; dans sa bonté compatissante, il daigne, œuvre plus divine, le relever en s’anéantissant lui-même ; c’est pourquoi, dans le mystère où il a résolu de prendre notre nature, il s’associe Marie, la Vierge et l’immaculée : elle est le tabernacle des cieux.
Pro nobis igitur redemptor et Verbum in carne cum vellet ostendi, tum Virginem in terram induxit, et novo adventu stupendoque incremento intemeratam illam honestavit ; precibus enim hunc fructum concessit, eamque nuntio et praeconio promisit justis Joachim et Annae : receptoque cum fide oraculo, parentes cum amore et laetitia voverunt, se illam Domino oblaturos esse ; ipsa est caeleste tabernaculum.
Le rédempteur et Verbe du Très-Haut, voulant se manifester pour nous dans la chair, introduisit donc la Vierge sur terre, relevant par des honneurs inusités et admirables cette entrée de la toute pure en notre monde : il fit d’elle la récompense et le fruit de la prière, la promettant et l’annonçant par message aux justes Joachim et Anne ; eux, ses parents, recevant avec foi l’oracle, firent avec amour et joie le vœu d’offrir au Seigneur l’immaculée : c’est le tabernacle des cieux.
Divino jam numine exorta alma Virgine, justi, prout spoponderant, eam creatori dandam adducebant in templum ; laeta ergo Anna palam exclamavit, sacerdotem affata Eccillam recipito et introduc ad inaccessa templi penetralia, et circumtuere eam : mearum enim precum hic fructus datus est ; hanc Deo auctori cum laetitia et fide promisi dicandam : ipsa est caeleste tabernaculum.
Étant donc née par divine providence l’auguste Vierge, les saints époux, comme ils l’avaient promis, la conduisirent au temple à son auteur. Anne, dans son allégresse, interpellant le prêtre, s’écriait : Recevez-la, donnez-lui place au plus profond de l’inaccessible sanctuaire, entourez-la de soins ; car c’est un fruit qui fut la récompense de mes prières ; avec joie, dans ma foi. j’ai promis de la rendre à Dieu son auteur : c’est le tabernacle des cieux.
Au XV° siècle et au XVI°, on chantait en ce jour dans un grand nombre d’églises la Prose suivante, composée sur l’acrostiche : AVE MARIA, BENEDICO TE, AMEN. Je vous salue Marie et vous bénis. Amen.
SEQUENCE.
Altissima providenteCuncta rite disponenteDei Sapientia :Vno nexu conjugatisJoachim et Anna, gratisJuge sunt sterilia. Ex cordis affectu totoDomino fideli votoSe strinxerunt pariter :.
Dans sa profonde providence, la Sagesse divine ordonne toutes choses comme il convient. Joachim et Anne sont unis par le lien conjugal ; mais leur union demeure stérile.
Mox si prolem illis dareDignetur, hanc dedicareIn tempto perenniter. Angelus apparuitLucidus qui docuitExaudita vota :Regis summi gratiaUt his detur filiaGratiosa tota. In utero consecrata,Miro modo generata,Gignet mirabilius :Altissimi Patris natumVirgo manens, qui reatumMundi tollet gratius.
Dans toute l’ardeur de leur amour, par vœu sincère ensemble ils s’engagent au Seigneur : sans tarder, s’il daigne leur donner un enfant, ils le consacreront pour toujours en son temple.
Benedicta virgo nata,Templo trima praesentataIt ter quinis gradibus :Erecta velox ascenditEt uterque parens tenditSe ornando vestibus. Nova fulsit gloriaTemplum, dum eximiaVirgo praesentatur :Edocta divinitus,Visitata cœlitus,Angelis laetatur. Dum ut nubant jubet multisPrinceps puellis adultis,Primo virgo renuit :Ipsam namque devovereParentes, ipsa manereVirgo voto statuit. Consultus Deus responsumDat, ut virgo sumat sponsum,Quem pandet fus editusOstensus Joseph puellamAd parentum duxit cellam,Nuptiis sollicitus.
Un Ange apparaît, éclatant de lumière, qui leur apprend que leurs désirs sont exaucés : que par la grâce du Roi suprême, une fille leur sera donnée, toute bénie.
Tunc Gabriel ad virginemFerens conceptus ordinemDelegatur :Erudita stat tacita,Verba quae sint insolitaMeditatur.
Sainte dès le sein maternel, admirable sera sa naissance, plus admirable l’enfantement par lequel, en demeurant vierge, elle sera mère de Celui dont le Très-Haut est Père, dont la grâce débordante ôtera le péché du monde.
At cum ille tradiditModum, virgo credidit,Sicque sacro flamineMox Verbum concipitur,Et quod nusquam clauditurConditur in virgine. Ecce virgo singularis,Quanta laude sublimaris,Quanta fulges gloria :Nos ergo sic tuearis,Ut fructu, quo gloriaris,Fruamur in patrie.Amen.
Elle est née la vierge bénie ; âgée de trois ans on la présente au temple, elle en franchit les quinze degrés, toute parée, d’un pas ferme et rapide, sous les yeux de son père et de sa mère.
Le temple resplendit d’une nouvelle gloire à la présentation de l’auguste vierge : instruite divinement et visitée des cieux, elle se réjouit avec les Anges.
À l’âge adulte où ses compagnes sont appelées par ordre du prince des prêtres à contracter mariage, la vierge s’y refuse d’abord ; car ses parents l’ont vouée au Seigneur, et elle-même a résolu par vœu de garder sa virginité.
Dieu consulté répond que la vierge doit prendre pour époux celui qu’une fleur miraculeusement éclose aura désigné ; Joseph, ainsi élu, l’épouse et la conduit en sa maison.
Gabriel est alors député vers la vierge, lui annonçant comment elle doit concevoir ; elle prudente, écoute silencieuse, et considère ce que pareil message a d’insolite.
Lui cependant explique la manière dont toutes choses s’accompliront ; la vierge croit, et aussitôt dans l’Esprit-Saint le Verbe est conçu ; Celui que rien ne peut contenir s’enferme en une vierge.
O vierge sans pareille, quelle louange égalera maintenant vos mérites ! quel n’est pas l’éclat de votre gloire ! Maintenant donc protégez-nous pour que dans la patrie nous jouissions du fruit qui fait votre honneur.
Amen.
« Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce que, lorsque j’étais petite, j’ai plu au Très-Haut [Deuxième r. du premier Nocturne à l’Office ordinaire de N.-D]. » C’est l’invitation que vous nous adressez dans les Offices chantés à votre honneur, ô Marie ; et quelle fête la justifie mieux que celle-ci ? Quand, plus petite encore par l’humilité que par l’âge, vous montiez si candide et si pure les degrés du temple, le ciel dut avouer que c’était justice si désormais les meilleures complaisances du Très-Haut étaient pour la terre. Retirée jusque-là dans l’intimité de vos bienheureux parents, ce fut votre première démarche publique ; elle ne vous montrait aux hommes que pour aussitôt vous dérober mieux encore à leurs yeux dans le secret de la face de Dieu ; mais en la manière que pour la première fois vous étiez officiellement offerte et présentée au Seigneur, lui-même sans nul doute, entouré des puissances de sa cour, vous présentait non moins solennellement à ces nobles esprits dont vous étiez la reine. Dans une plénitude de lumière qui n’avait point lui précédemment pour eux, ils comprirent, en même temps que vos grandeurs incomparables, la majesté de ce temple où Jéhovah recueillait un hommage surpassant en dignité celui des neuf chœurs, l’auguste prérogative de cet ancien Testament dont vous étiez la fille, dont les enseignements et les directions allaient parfaire en vous durant douze années la formation de la Mère de Dieu.
La sainte Église, cependant, vous déclare imitable pour nous en ce mystère de votre Présentation comme dans tous les autres, ô Marie [Lectio 2a IIi Noct. ex AMBR. de Virginibus II.]. Daignez bénir plus spécialement les privilégiés que la grâce de leur vocation fait dès ici-bas habitants de la maison du Seigneur : qu’ils soient eux aussi l’olivier fertile [Eccli. XXIV, 19.], engraissé de l’Esprit-Saint, auquel vous compare aujourd’hui saint Jean Damascène [Lectio Ia IIi Noct. ex Damasc. de Fide orthodoxa, IV.]. Mais tout chrétien n’est-il pas, de par son baptême, l’habitant, le membre de l’Église, vrai sanctuaire de Dieu, dont celui de Moriah n’était qu’une figure ? Puissions-nous, par votre intercession, vous suivre d’assez près dans votre Présentation bienheureuse au pays des ombres et des frimas, pour mériter d’être de même présentés à votre suite au Très-Haut dans le temple de sa gloire [Collecte du jour.].
LE XXII NOVEMBRE. SAINTE CÉCILE, VIERGE ET MARTYRE.
Cécile unit dans ses veines au sang des rois celui des héros qui firent la Ville éternelle. Au moment où retentit dans le monde la trompette évangélique, plus d’une famille de l’ancien patriciat ne se survivait plus dans une descendance directe. Mais les adoptions et les alliances qui, sous la République, avaient serré les liens des grandes familles en les rattachant toutes aux plus illustres d’entre elles, formaient de la gloire de chacune un fonds commun qui, jusque dans les siècles de la décadence républicaine, se transmettait intact et constituait l’apanage des survivants de l’aristocratie.
Or il est aujourd’hui démontré, par l’irréfragable témoignage des monuments, que le christianisme dès l’abord s’assimila cette gloire, en faisant siens ses héritiers ; que les premières assises de la Rome des Pontifes, merveilleux dessein de la Providence ! furent ces derniers représentants de la République, conservés tout exprès pour donner aux deux phases de l’histoire romaine l’unité puissante qui est le cachet des œuvres divines. Rapprochés autrefois par un même patriotisme, les Cornelii, les Aemilii, comme eux héritiers des Fabii, les Caecilii, les Valerii, les Sergii, les Furii, les Claudii, Pomponii, Plautii, Acilii, premiers-nés de l’Église des gentils, virent se resserrer encore au sein du christianisme les liens formés sous la République, et constituèrent, dès le premier et le second siècle de la prédication évangélique, l’indissoluble et noble réseau de la nouvelle société romaine. Puis sur ce tronc vigoureux toujours de la vieille aristocratie vinrent se greffer dans les mêmes siècles, et sous l’influence de la religion que Pierre et Paul avaient prêchée, les membres les plus méritants des nouvelles familles impériales ou consulaires, dignes par leurs vertus vraiment romaines au sein de la dépravation générale, d’être appelés à renforcer les rangs trop éclaircis des fondateurs 4e Rome, et à combler sans brusque transition les vides faits par le temps dans les familles du vrai patriciat. Ainsi Rome poursuivait elle ses destinées ; ainsi l’édification de la Ville éternelle allait s’achevant par ces mêmes hommes qui l’avaient autrefois, dans leur sang et leur génie, constituée forte et puissante sur les sept collines.
Représentante légitime de cette aristocratie sans pareille au monde, Cécile, la plus belle des fleurs de la vieille tige, en fut aussi comme la dernière. Le deuxième siècle de l’ère chrétienne était sur son déclin ; le troisième qui, des mains de l’africain Septime Sévère, allait voir l’empire passer successivement aux Orientaux et aux barbares des rives du Danube, devait être, on le conçoit, peu favorable à la conservation des vieux restes de la noblesse d’antan ; et l’on peut dire que c’en est fait alors de la vraie société romaine, parce qu’alors, sauf de rares et individuelles exceptions, il ne reste plus de romain que le nom, vaine parure d’affranchis et d’hommes nouveaux qui, sous des princes dignes d’eux, exploitent le monde au gré de leurs vices.
Cécile est donc bien apparue à son heure, personnifiant avec une incomparable dignité la société qui va disparaître, son œuvre accomplie. Dans sa force et dans sa beauté, royalement ornée de la pourpre du martyre, c’est l’antique Rome s’élevant aux cieux glorieuse et fière, en face des césars parvenus dont la médiocrité jalouse achève par son immolation, sans en avoir conscience, l’exécution du plan divin. Ce sang des rois et des héros qui s’épanche à flots de sa triple blessure, est la libation du vieux patriciat au Christ vainqueur, à la Trinité dominatrice des nations ; c’est la consécration suprême qui nous révèle dans son étendue la vocation sublime des fortes races appelées à fonder Rome éternelle.
Mais qu’on ne croie pas que la fête de ce jour limite son objet à exciter en nous une admiration théorique et stérile [Les lignes qui précèdent résument la pensée de notre illustre Père et Maître, en Sainte Cécile et la Société romaine aux deux premiers siècles (Didot, 1874) ; nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’emprunter textuellement ce qui suit à la Préface, toujours, hélas ! si actuelle, de sa première Histoire de sainte Cécile, Vierge romaine et Martyre (Lecoffre, 1849).]. L’Église reconnaît et honore dans sainte Cécile trois caractères dont la réunion la distingue souverainement au sein de cette admirable famille des Bienheureux qui resplendit au ciel, et en fait descendre les grâces et les exemples. Ces trois caractères sont : la virginité, le zèle apostolique, le courage surhumain qui lui a fait braver la mort et les supplices ; triple enseignement que nous apporte cette seule histoire chrétienne.
Dans ce siècle aveuglément asservi au culte du sensualisme, n’est-il pas temps de protester par les fortes leçons de notre foi contre un entraînement auquel échappent à peine les enfants de la promesse ? Depuis la chute de l’empire romain, vit-on jamais les mœurs, et avec elles la famille et la société, aussi gravement menacées ? La littérature, les arts, le luxe n’ont d’autre but, depuis longues années, que de proposer la jouissance physique comme l’unique terme de la destinée de l’homme ; et la société compte déjà un nombre immense de ses membres qui ne vivent plus que par les sens. Mais aussi malheur au jour où, pour être sauvée, elle croirait pouvoir compter sur leur énergie ! L’empire romain essaya aussi, et à plusieurs reprises, de soulever le fardeau de l’invasion ; il retomba sur lui-même et ne se releva plus.
Oui ; la famille elle-même, la famille surtout est menacée. Contre la reconnaissance légale, disons mieux, l’encouragement du divorce, il est temps qu’elle songe à sa défense. Elle n’y arrivera que par un seul moyen : en se réformant elle-même, en se régénérant d’après la loi de Dieu, en redevenant sérieuse et chrétienne. Que le mariage soit en honneur, avec toutes les chastes conséquences qu’il entraîne ; qu’il cesse d’être un jeu, ou une spéculation ; que la paternité et la maternité ne soient plus un calcul, mais un devoir sévère ; bientôt, par la famille, la cité et la nation auront repris leur dignité et leur vigueur.
Mais le mariage ne remontera à cette élévation qu’autant que les hommes apprécieront l’élément supérieur sans lequel la nature humaine n’est tout entière qu’une ignoble ruine ; cet élément céleste est la continence. Sans doute, tous ne sont pas appelés à l’embrasser dans sa notion absolue ; mais tous lui doivent hommage, sous peine d’être livrés au sens réprouvé, comme parle l’Apôtre [Rom. I, 28.]. C’est la continence qui révèle à l’homme le secret de sa dignité, qui trempe son âme pour tous les genres de dévouement, qui assainit son cœur, et relève son être tout entier. Elle est le point culminant delà beauté morale dans l’individu, et en même temps le grand ressort de la société humaine. Pour en avoir éteint le sentiment, l’ancien monde s’en allait en dissolution ; lorsque le fils de la Vierge parut sur la terre, il renouvela et sanctionna ce principe sauveur, et les destinées de la race humaine prirent un nouvel essor.
Les enfants de l’Église, s’ils méritent ce nom, goûtent cette doctrine, et elle n’a rien qui les étonne. Les oracles du Sauveur et de ses Apôtres leur ont tout révélé, et les annales de la foi qu’ils professent leur montrent en action, à chaque page, cette vertu féconde à laquelle tous les degrés de la vie chrétienne doivent participer, chacun dans sa mesure. Sainte Cécile n’offre à leur admiration qu’un exemple de plus. Mais la leçon est éclatante, et tous les siècles chrétiens l’ont célébrée. Que de vertus Cécile a inspirées, que de courages elle a soutenus, que de faiblesses son souvenir a prévenues ou réparées ! Car telle est la puissance de moralisation que le Seigneur a placée dans ses saints, qu’ils n’influent pas seulement par l’imitation directe de leurs héroïques vertus, mais aussi par les inductions que chaque fidèle est à même d’en tirer pour sa situation particulière.
Le second caractère que présente à étudier la vie de sainte Cécile est cette ardeur de zèle dont elle est demeurée l’un des plus admirables modèles, et nous ne doutons pas que sous ce rapport encore la leçon ne soit de nature à produire d’utiles impressions. L’insensibilité au mal dont nous n’avons pas à répondre personnellement, dont les résultats ne sont pas en voie de nous atteindre, est un des traits de l’époque ; on convient que tout s’en va, on assiste à la décomposition universelle, et l’on ne songe pas à tendre la main à son voisin pour l’arracher au naufrage. Où en serions-nous aujourd’hui, si le cœur des premiers chrétiens eût été aussi glacé que le nôtre ; s’il n’eût été pris de cette immense pitié, de cet inépuisable amour qui leur défendit de désespérer du monde, au sein duquel Dieu les avait déposés pour être le sel de la terre [MATTH. V, 13.] ? Chacun alors se sentait comptable sans mesure du don qu’il avait reçu. Fût-il libre ou esclave, connu ou inconnu, tout homme était l’objet d’un dévouement sans bornes pour ces cœurs que la charité du Christ remplissait. Qu’on lise les Actes des Apôtres et leurs Épîtres, on apprendra sur quelle immense échelle fonctionnait l’apostolat dans ces premiers jours ; et l’ardeur de ce zèle fut longtemps sans se refroidir. Aussi les païens disaient : « Voyez comme ils s’aiment ! » Et comment ne se fussent-ils pas aimés ? Dans l’ordre de la foi, ils étaient fils les uns des autres.
Quelle tendresse maternelle Cécile ressentait pour les âmes de ses frères, par cela seul qu’elle était chrétienne ! À la suite de son nom, nous pourrions en enregistrer mille autres qui attestent que la conquête du monde par le christianisme et sa délivrance du joug des dépravations païennes, ne sont dues qu’à ces actes de dévouement opérés sur mille points à la fois, et produisant enfin le renouvellement universel. Imitons du moins en quelque chose ces exemples auxquels nous devons tout. Perdons moins de temps et d’éloquence à gémir sur des maux trop réels. Que chacun se mette à l’œuvre, et qu’il gagne un de ses frères-bientôt le nombre des fidèles aura dépassé celui des incroyants. Sans doute, ce zèle n’est pas éteint, il opère dans plusieurs, et ses fruits réjouissent et consolent l’Église ; mais pourquoi faut-il qu’il sommeille si profondément dans un si grand nombre de cœurs que Dieu lui avait préparés !
La cause en est, hélas ! à la froideur générale, produit de la mollesse des mœurs, et qui donnerait à elle seule le type de l’époque, s’il ne fallait encore y joindre un autre sentiment qui procède de la même source, et suffirait, s’il était de longue durée, à rendre incurable l’abaissement d’une nation. Ce sentiment est la peur, et l’on peut dire qu’il s’étend aujourd’hui aussi loin qu’il est possible. Peur de perdre ses biens ou ses places ; peur de perdre son luxe ou ses aises ; peur enfin de perdre la vie. Il n’est pas besoin de dire que rien n’est plus énervant, et partant plus dangereux pour ce monde, que cette humiliante préoccupation ; mais avant tout, il faut convenir qu’elle n’a rien de chrétien. Aurions-nous oublié que nous ne sommes que voyageurs sur cette terre, et l’espérance des biens futurs serait-elle donc éteinte dans nos cœurs ? Cécile nous apprendra comment on se défait du sentiment de la peur. Au temps où elle vécut, la vie était moins sûre qu’aujourd’hui. Alors on pouvait bien avoir quelque raison de craindre ; cependant on était ferme, et les puissants tremblèrent souvent à la voix de leur victime.
Dieu sait ce qu’il nous réserve ; mais si bientôt la peur ne faisait place à un sentiment plus digne de l’homme et du chrétien, la crise politique ne tarderait pas à dévorer toutes les existences particulières. Quoi qu’il arrive, l’heure est venue de rapprendre notre histoire. La leçon ne sera pas perdue, si nous arrivons à comprendre ceci : avec la peur, les premiers chrétiens nous eussent trahis, car la Parole de vie ne fût pas arrivée jusqu’à nous ; avec la peur, nous trahirions les générations à venir qui attendent de nous la transmission du dépôt que nous avons reçu de nos pères [Dom Guéranger, ubi supra.].
La Passio sanctae Caeciliae est indiquée par les plus anciens textes au XVI septembre [Martyrologe hiéronymien.], et elle eut lieu sous Marc-Aurèle et Commode empereurs [Actes primitifs.]. La grande fête du XXII novembre, précédée de sa Vigile, était l’une des plus solennelles du Cycle romain ; elle rappelait aux habitants des sept collines la dédicace de l’église élevée sur l’emplacement du palais consacré par le sang de la descendante des Metelli, et légué par Cécile mourante à l’évêque Urbain, représentant du Souverain Pontife Éleuthère. Urbain, confondu plus tard avec le Pape du même nom qui gouverna l’Église de Dieu au temps d’Alexandre Sévère, amena les légendaires à retarder d’un demi-siècle le martyre de la Sainte, comme on le voit encore aujourd’hui dans les leçons historiques du jour.
Selon toute vraisemblance, ce fut en l’année 178 que Cécile rejoignit Valérien au ciel d’où l’Ange du Seigneur était descendu peu de mois auparavant, dans la nuit des noces, apportant aux deux époux les couronnes où s’entrelaçaient les lis et les roses. Ensevelie par Urbain telle que l’avait laissée la mort, elle vit au commencement du siècle suivant la crypte de famille qui l’abritait donnée par les siens à l’Église romaine, et disposée pour la sépulture des Pontifes de cette Église maîtresse et mère. Paschal Ier la retrouvait près de ces tombes augustes au IX° siècle, et la ramenait triomphalement, le VIII mai 822, à sa maison du Transtévère qu’elle ne devait plus quitter désormais.
Le XX octobre 099, des travaux nécessités par la restauration de la basilique faisaient de nouveau reparaître Cécile aux yeux émerveillés de la Ville et du monde. Elle était revêtue de sa robe brochée d’or, sur laquelle on distinguait encore les traces glorieuses de son sang virginal ; à ses pieds reposaient les linges teints de la pourpre de son martyre. Étendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, elle semblait dormir profondément. Le cou portait encore les cicatrices des plaies dont le glaive du licteur l’avait sillonné ; la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante, était retournée vers le fond du cercueil. Le corps se trouvait dans une complète intégrité, et la pose générale, conservée par un prodige unique, après tant de siècles, dans toute sa grâce et sa modestie, retraçait avec la plus saisissante vérité Cécile rendant le dernier soupir, étendue sur le pavé de la salle du bain. On se croyait reporté au jour où le saint évêque Urbain avait renfermé dans l’arche de cyprès le corps de Cécile, sans altérer en rien l’attitude que l’épouse du Christ avait choisie pour exhaler son âme dans le sein de son Époux. On admirait aussi la discrétion de Paschal qui n’avait point troublé le repos de la vierge, et avait su conserver à la postérité un si grand spectacle [Dom Guéranger. Sainte Cécile et la Société rom., p. 496 (édition Didot).].
Sfondrate, l’heureux cardinal-titulaire de Sainte-Cécile qui dirigeait les travaux, retrouva en outre dans la chapelle dite du Bain l’hypocauste et les soupiraux du sudatorium où la Sainte passa un jour et une nuit au milieu des vapeurs embrasées. De nouvelles fouilles entreprises récemment, et qui se poursuivent au moment où nous écrivons ces lignes, ont mis à jour d’autres restes de la patricienne demeure, que leur style doit faire reporter aux temps reculés de la République.
Lisons maintenant le récit liturgique concernant l’illustre Vierge et Martyre.
Caecilia, virgo Romana, nobili genere nata, a prima aetate christianae fideipraeceptis instituta, virginitatem suam Deo vovit. Sed cum postea contra suamvoluntatem data esset in matrimonium Valeriano, prima nuptiarum nocte hunc cumeo sermonem habuit : Ego, Valeriane, in Angeli tutela sum, qui virginitatem meamcustodit : quare ne quid in me committas, quo ira Dei in te concitetur. Quibusverbis commotus Valerianus, illam attingere non est ausus : quin etiam addiditse in Christum crediturum, si eum Angelum videret. Cui Caecilia, cum sinebaptismo negaret id fieri posse, incensus cupiditate videndi Angelum, sebaptizari velle respondit. Quare hortatu virginis ad Urbanum Papam, qui propterpersecutionem in Martyrum sepulchris via Appia latebat, veniens, ab eobaptizatur.
Cécile, vierge romaine, était d’une illustre naissance. Élevée dès l’enfance dans les pratiques de la foi chrétienne, elle consacra à Dieu sa virginité. Mariée dans la suite cependant contre son gré, elle dit, la première nuit des noces, à Valérien son époux : Valérien, je suis sous la garde d’un Ange qui veille sur ma virginité ; fais donc en sorte avec moi d’éviter la colère de Dieu. Emu de ces paroles, Valérien respecta son désir, et se déclara prêt à croire en Jésus-Christ s’il voyait l’Ange de Dieu. Cécile donc lui ayant répondu que cela ne se pouvait sans le baptême, enflammé du désir de voir l’Ange, il dit qu’il voulait être baptisé ; et sur l’avis de la vierge, il se rendit près du Pape Urbain que la persécution contraignait à se cacher parmi les tombeaux des Martyrs de la voie Appienne, et qui le baptisa.
Inde ad Caeciliam reversus, orantem et cum ea Angelum divino splendore fulgenteminvenit. Quo aspectu obstupefactus, ut primum ex timore confirmatus est,Tiburtium fratrem suum accersit : qui a Caecilia Christi fide imbutus, et abeodem Urbano baptizatus, ipse etiam eiusdem Angeli, quem frater ejus viderat,aspectu dignatus est. Uterque autem paulo post Almachio praefecto constantermartyrium subiit. Qui mox Caeciliam comprehendi imperat, ab eaque primum, ubiTiburtii et Valeriani facultates sint, exquirit.
Revenant près de Cécile, il la trouve en prières, et avec elle l’Ange brillant d’une divine splendeur. Saisi d’abord de stupeur et de crainte, il se rassure et mande son frère Tiburce, que Cécile instruit de la foi du Christ. Baptisé par Urbain à son tour, lui aussi mérite de voir l’Ange qu’avait vu son frère. Traduits peu après devant le préfet Almachius, tous deux subirent courageusement le martyre. Bientôt Cécile est arrêtée elle-même, et le préfet commence par lui demander où sont les richesses de Tiburce et de Valérien.
Cui cum virgo omnia illorum pauperibus distributa esse respondisset, eo furoreconcitatus est, ut eam in ipsius aedes reductam, in balneo comburi jusserit. Quoin loco cum diem noctemque ita fuisset, ut ne flamma quidem illam attingeret ; eoimmissus est carnifex, qui ter securi ictam, cum caput abscindere non potuisset,semivivam reliquit. Illa triduo post, decimo Kalendas Decembris Alexandroimperatore duplici virginitatis et martyrii palma decorata, evolavit in cœlum.Cujus corpus ab ipso Urbano Papa in Callisti coemeterio sepultum est, in ejusaedibus ecclesia ipsius Caeciliae nomine consecrata. Ejus et Urbani ac LuciiPontificum, Tiburtii, Valeriani et Maximi corpora a Paschali primo Pontificeinde translata in Urbem, in eadem sanctae Caeciliae ecclesia condita sunt.
La vierge ayant déclaré que tous leurs biens avaient été distribués aux pauvres, sa réponse mit le juge en fureur ; il la fit reconduire à son palais, pour y être consumée dans la salle des bains. Mais un jour et une nuit s’écoulèrent sans que la flamme lui eût fait aucun mal. Un bourreau fut alors envoyé pour lui trancher la tête au lieu même ; mais il ne put, après l’avoir frappée trois fois de la hache, y parvenir, et la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dix des calendes de décembre, elle s’envolait au ciel, portant la double palme de la virginité et du martyre. C’était au temps de l’empereur Alexandre. Le Pape Urbain ensevelit Cécile au cimetière de Calliste et consacra, dans le palais même de la vierge, une église sous son nom. Paschal Ier leva son corps en même temps que les corps des Pontifes Urbain et Lucius et ceux de Tiburce, Valérien, Maxime, pour les transférer tous en ladite église de Sainte-Cécile.
Tout l’ensemble des Antiennes et des Répons du XXII novembre est emprunté aux Actes de la Sainte, et il reste le même après treize siècles qu’au temps de saint Grégoire. Nous en détachons quelques parties de nature à compléter le récit qui précède. La vierge nous y est tout d’abord montrée chantant à Dieu dans son cœur, au milieu des profanes accords du festin nuptial : silencieuse mélodie, supérieure à tous les concerts de la terre, qui inspira l’heureuse idée de représenter Cécile avec les attributs de la Reine de l’harmonie, et de l’acclamer comme la patronne du plus séduisant des arts.
RÉPONS ET ANTIENNES.
R. Cantantibus organis Caecilia virgo in corde suo soli Domino decantabat, dicens : * Fiat, Domine, cor meum et corpus meum immaculatum, ut non confundar. V. Biduanis et triduanis jejuniis orans, commendabat Domino quod timebat. R. Fiat,
R. Cilicio Caecilia membra domabat, Deum gemitibus exorabat : * Tiburtium et Valerianum ad coronas vocabat. V. Haec est Virgo sapiens, et una de numero prudentum. * Tiburtium
R. O beata Caecilia, quae duos fratres convertisti, Almachium judicem superasti, * Urbanum episcopum in vultu angelico demonstrasti. [Magnum virum, Urbanum nomine, in quo est aspectus angelicus. Actes, paroles de Valérien à Tiburce.]V. Quasi apis argumentosa Domino deservisti. * R. Urbanum
R. Virgo gloriosa semper Evangelium Christi gerebat in pectore, et non diebus neque noctibus vacabat * A colloquiis divinis et oratione. V. Expansis manibus orabat ad Dominum, et cor ejus igne cœlesti ardebat. * A colloquiis
R. Domine Jesu Christe, pastor bone, seminator casti consilii, suscipe seminum fructus quos in Caecilia seminasti : * Caecilia famula tua quasi apis [L’ancienne leçon portait : Leo et ovis simul morabuntur Le lion et la brebis demeureront ensemble, qui rappelle le texte d’Isaïe. Isa XI, 6.] tibi argumentosa deservit. V. Nam sponsum, quem quasi leonem ferocem accepit, ad te quasi agnum mansuetissimum destinavit. * Caecilia Gloria * Caecilia
Ant. Crédimus Christum Fílium Dei verum Deum esse, qui sibi talem elégit fámulam
Ant. Est secretum Valeriane, quod tibi volo dicere : Angelum Dei habeo amatorem, qui nimio zelo custodit corpus meum.
Ant. Dum auróra finem daret, Cæcília exclamávit dicens : Eia, mílites Christi, abícite ópera tenebrárum et induímini arma lucis.
Ant. Beáta Cæcília * dixit ad Tibúrtium : Hódie te fáteor meum cognátum, quia amor Dei te fecit esse contemptórem idolórum.
Ant. Triduanas a Domino poposci inducias, ut domum meam ecclesiam consecrarem.
r. Au milieu des concerts d’instruments, Cécile la vierge chantait à Dieu seul en son cœur, et disait : * Que mon cœur et mes sens demeurent purs, ô mon Dieu ! que je ne sois pas confondue.
V/. Elle s’imposait des jeûnes de deux jours et de trois jours, elle priait, recommandant au Seigneur ce pour quoi elle tremblait. * Que mon cœur.
R/. O bienheureuse Cécile qui triomphâtes du juge Almachius, et convertîtes deux frères, * Leur faisant voir l’évêque Urbain au visage angélique.
V/. Comme une abeille industrieuse, vous serviez le Seigneur.* Leur faisant voir.
R/. La glorieuse vierge portait toujours l’Évangile sur son cœur ; ni jours ni nuits n’interrompaient * Ses entretiens divins et sa prière.
V/. Les mains étendues, elle priait le Seigneur ; son cœur brûlait des flammes du ciel * En ses entretiens.
R/. Cécile domptait ses membres par le cilice, elle gémissait et suppliait Dieu ; * Elle appelait Valérien et Tiburce à mériter la couronne.
V/. Vierge sage et l’une des prudentes, * Elle appelait.
R/. Seigneur Jésus-Christ, bon pasteur, auteur des chastes résolutions, recevez le fruit de la divine semence que vous avez déposée au cœur de Cécile. * Cécile, votre servante, comme une abeille industrieuse, a rempli la mission que vous lui aviez confiée.
V/. Cet époux, qu’elle avait reçu semblable à un lion impétueux, elle en a fait pour vous le plus doux des agneaux.* Cécile. Gloire au Père. * Cécile.
Ant. J’ai un secret, ô Valérien, que je veux te confier : j’ai pour ami un Ange de Dieu qui veille sur mon corps avec sollicitude.
Ant. La bienheureuse Cécile dit à Tiburce : Je te reconnais pour mon frère, aujourd’hui que l’amour de Dieu te fait mépriser les idoles.
Ant. Nous croyons que le Christ Fils de Dieu, qui s’est choisi une telle servante, est le Dieu véritable.
Ant. Cécile cria, comme finissait l’aurore : Courage, soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres, revêtez-vous des armes de la lumière.
Ant. Cécile, au moment de mourir : J’ai demandé ce délai de trois jours au Seigneur, afin de consacrer ma maison en église.
Les deux Hymnes suivantes ont été approuvées par le Siège apostolique en 1852.
HYMNE.
TERRENA cessent organa, Cor aestuans Caeciliae
Caeleste fundit canticum, Deoque totum jubilai
Dum nuptiali nobilis Domus resultat gaudio,
Haec sola tristis candido Gemit columba pectore.
O Christe mi dulcissime, Cui me sacravit charitas,
Serva pudoris integram, Averte labem corpore.
Ovis leonem sedula Agnum facit mitissimum
Hic fonte lotus mystico, cœlo repente militat.
Solvit Tiburtium soror Erroris a caligine ;
Factoque fratris asseclae Ad astra pandit semitam.
Verbo potens, fit particeps Apostolorum gloria.
Seges per illam plurima Superna replet horrea :
Delapsus arce siderum Illam tuetur Angelus ;
Rosaeque mixtae Ambire crines gestiunt.
Sertum rubens et candidum Affertur una conjugi,
Quem castitatis remulum caelestis ardor efficit.
Te, sponse, Jesu, virginum Beata laudent agmina ;
Silence aux concerts de la terre ! le cœur embrasé de Cécile épanche en de célestes mélodies des chants qui sont pour Dieu seul.
Patrique cum Paraclito Par sit per aevum gloria.
Tandis que la noble maison est tout entière à l’allégresse nuptiale, seule gémit la colombe, et son âme innocente exhale en priant ses craintes.
Amen.
O Christ, ô bien-aimé, vous à qui m’a donnée l’amour, gardez mon cœur et protégez mes sens.
La brebis diligente a fait du lion un doux agneau ; lavé dans la fontaine sacrée, il milite aussitôt pour le ciel.
Sœur de Tiburce, elle le délivre en l’éclairant à son tour, et l’engageant sur les pas de son frère, lui montre le chemin qui mène aux cieux.
Par elle une abondante moisson remplit les greniers d’en haut ; puissante en la parole, elle participe de la gloire des Apôtres.
Un Ange descendu des célestes sommets la protège ; autour de ses cheveux roses et lis s’entrelacent à l’envi.
Rouge et blanche est aussi la couronne apportée au même temps à l’époux que la céleste flamme a rendu son émule en pureté.
Jésus Époux, soyez loué par les heureuses phalanges des vierges ; au Père, au Paraclet, soit pareillement gloire éternelle.
Amen.
HYMNE.
NUNC ad coronas pergite, Clamat suis Caecilia :
Minantis iram despicit, Et falsa ridet numina :
Mox ipsa virgo sistitur Ad judicis praetorium.
Jam morte digna ducitur Puella culpa nescia.
Inclusa perstat balneo : Ardent calore fornices
Ast urit intus virginem Divinus ignis fortior.
Intaminatam barbarus Ter ense lictor percutit :
Scelus tamen n on perficit ; Christus moras dat martyri.
Horae supremae proxima, Deo sacrandas devovet
Aedes avitas, libera Volatque ad Agno nuptias.
Nova refulgens gloria Romae parenti redderis.Ne flos tenebris areat, Te Virgo servat virginum :
Salveto, corpus martyris, Diu sub antris abditum :
Rubens cruoris purpura Stola micante cingeris.Dormi silenti marmore, Dum sede laetus cœlica
Indulget hymnis spiritus, Votisque dexter annuit.
Te, sponse, Jesu, virginum Beata laudent agmina ;
C’est l’heure de gagner la couronne, s’écrie Cécile, encourageant les siens ; bientôt elle-même la vierge est traduite au prétoire.
Patrique cum Paraclito Par sit per aevum gloria.
Elle dédaigne les menaces du juge irrité et se rit des faux dieux ; sa jeunesse ignorante de toute faute est déclarée aussitôt digne de mort.
Amen.
On l’entraîne, on l’enferme de longues heures en la salle de bains dont les voûtes s’emplissent de vapeurs embrasées, mais le feu divin qui brûle au cœur de la vierge est plus fort.
Trois fois le licteur cruel frappe du glaive la victime innocente, et cependant il ne peut consommer l’attentat ; le Christ accorde une trêve à la martyre.
En ce moment suprême, elle veut donner pour être consacrée à Dieu la demeure des ancêtres, et libre enfin s’envole aux noces de l’Agneau.
Salut, corps de la martyre, longtemps caché sous l’ombre des cryptes : resplendissant d’une gloire nouvelle, vous êtes rendu à Rome qui vous donna le jour.
La Vierge des vierges se fait votre gardien ne, de crainte qu’au sein des ténèbres ne se fane la fleur ; ainsi demeurez-vous empourpré du sang du triomphe sous la cyclade aux reflets d’or.
Dormez sous le marbre silencieux, tandis que sur son trône du ciel l’âme qui vous anima chante son allégresse, écoute bénignement nos vœux.
Jésus Époux, soyez loué parles heureuses phalanges des vierges ; au Père, au Paraclet, soit pareillement gloire éternelle.
Amen.
Le langage des Anges pourrait seul célébrer dignement vos grandeurs, ô Épouse du Christ ! et nous n’avons pour vous louer que les accents incomplets et timides de l’homme mortel et pécheur. O Reine qui assistez à la droite du Roi. des siècles, revêtue de cette robe tout éclatante d’or qu’a chantée le Psalmiste [Psalm. XLIV, 10.], inclinez sur nous un regard favorable, et daignez accepter cette offrande de nos louanges que nous déposons sur le dernier degré de votre trône sublime.
Nous osons y joindre une prière pour la sainte Église dont vous fûtes l’humble fille, avant d’en devenir l’espérance et l’appui. Dans cette nuit profonde du siècle présent, l’Époux tarde à paraître. Au sein de ce solennel et mystérieux silence, il permet à la Vierge de se laisser aller au sommeil jusqu’à ce que le cri de son avènement se fasse entendre [MATTH. XXV, 5.]. Nous honorons votre repos sur la pourpre de vos victoires, ô Cécile ! mais nous savons que vous ne nous oubliez pas ; car l’Épouse dit dans le sacré Cantique : « Je dors, mais mon cœur veille [Cant. V, 2.]. »
L’heure approche où l’Époux va paraître, appelant tous les siens sous l’étendard de sa Croix. Bientôt le cri va retentir : « Voici l’Époux, marchez au-devant de lui [MATTH. XXV, 6.]. » O Cécile ! vous direz alors aux chrétiens, comme à cette troupe fidèle qui se pressait autour de vous à l’heure de la lutte : « Soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres, et revêtez les armes de la lumière [Acta S. Caeciliae.]. »
L’Église qui chaque jour prononce votre nom avec amour et confiance dans l’Action du plus sacré de ses Mystères, attend fermement votre secours, ô Cécile ! elle sait qu’il ne lui fera point défaut. Préparez sa victoire, en élevant les cœurs chrétiens vers les seules réalités que trop souvent ils oublient, pour courir à la poursuite de ces vaines apparences dont vous sûtes déprendre le cœur de Tiburce. Le jour où le sentiment de l’éternité de nos destinées dominera de nouveau la pensée des hommes, le salut et la paix des peuples seront assurés.
Soyez à jamais, ô Cécile ! les délices de l’Époux. Aspirez éternellement le divin parfum de ses roses et de ses lis ; enivrez-vous sans fin de l’harmonie suprême dont il est la source. Du sein de vos splendeurs vous veillerez sur nous, et quand notre dernière heure sera venue, nous vous en supplions par les mérites de votre héroïque trépas, assistez-nous sur notre couche funèbre ; recevez notre âme dans vos bras, et portez-la jusque dans cet immortel séjour où il nous sera donné de comprendre, en voyant la félicité qui vous entoure, le prix de la Virginité, de l’Apostolat et du Martyre [Dom Guéranger, Histoire de sainte Cécile (1849), conclusion.].
LE XXIII NOVEMBRE. SAINT CLEMENT Ier, PAPE ET MARTYR [Dom Guéranger, Sainte Cécile et la Société romaine, Ch. VII, Saint Clément.].
La mémoire de Clément se présente entourée d’une auréole particulière dans les origines de l’Église de Rome. A ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Linus et Clétus, qui cependant avaient reçu avant lui l’honneur de l’épiscopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Églises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d’honneur que l’Église latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel, et l’on sent déjà que l’Église tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d’écrits apocryphes, qu’il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s’accordent à le faire naître de race impériale.
Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent l’intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines ; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l’évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l’égard de certains pasteurs avait suscitées. Ces divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens eux-mêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. À ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde, hors saint Jean qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèse, où résidait l’Apôtre, la distance n’était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.
Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas litteras [Contra haereses, III, III, 3.]. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n’y sent l’esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.
Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet : la paix se rétablit dans l’Église de Corinthe, et les messagers de l’Église romaine ne tardèrent pas à en rapporter l’heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Église envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.
Élevé à l’école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Épiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au XVIII° siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d’Alep [Bien que de récents critiques aient mis en doute l’authenticité du texte reconnu par d’autres comme étant celui de Clément aux vierges, le fait de l’intervention du saint Pape en faveur de la virginité n’en reste pas moins appuyé par les témoignages concordants de saint Épiphane (H. XXX, 15) et de saint Jérôme (Contra Jovinian. I, 12).].
Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier. Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l’origine l’une des bases du christianisme, et l’un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrifice, et saint Paul, comparant les deux états de la femme, enseignait que la vierge est toute au Seigneur, tandis que l’épouse, malgré sa dignité, demeure divisée [I Cor. VII.]. Clément eut à développer cette doctrine, et c’est ce qu’il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, ces grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet si grave. « Celui ou celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d’une vie supérieure, doit vivre comme les Anges d’une existence divine et toute céleste. La vierge s’isole des attraits sensuels ; non seulement elle renonce au droit qu’elle aurait de les suivre en ce qu’ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu’ont les hommes d’avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »
Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l’Empire. Si le christianisme se fût contenté d’inviter les hommes à l’honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l’orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L’idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d’ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte La corruption romaine s’étonna en entendant parler de la virginité, comme de l’objet du culte et de la pratique d’un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l’honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l’égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d’infliger à ces infidèles les pénalités antiques.
Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l’enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l’apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l’âge de soixante à soixante-dix ans ; mais élevés dès leur enfance sous la loi du Christ, ils ont persévéré jusqu’à cette heure dans l’état de virginité, et il n’est pas de pays dans lequel je n’en pourrais signaler de semblables. » Athénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèle peu d’années après, pouvait dire à son tour : « Vous trouverez parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu’à la vieillesse dans l’état de virginité, n’ayant d’autre but que de s’unir à Dieu plus intimement. »
Clément était prédestiné à la gloire du martyre ; une sentence d’exil le relégua dans la Chersonèse, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité ; nous n’avons pas à les discuter ici. Ils racontent que Clément trouva dans cette presqu’île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés à l’exploitation des carrières de marbre, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s’explique d’elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n’ont rien qui doive surprendre. Le miracle d’une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que l’on rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l’apparition d’un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d’où l’eau va jaillit, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le symbole de l’agneau debout sur un monticule verdoyant [Dom Guéranger, ubi supra.]. Au IX° siècle, Cyrille, l’apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome, et l’insigne église qui, selon l’expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle [Hieron. De viris illustr. XV.], posséda de lui désormais mieux qu’un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d’antiques traditions, cette église était bâtie sur l’emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l’aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques de ce dernier demi-siècle ont permis de retrouver, sous l’abside môme de la basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d’hypogée, les chambres d’une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens [Mullooly, Saint Clément, and his basilica ; De Rossi, Bulletin, 1863, 1870, etc.].
Il est temps de lire le récit consacré au grand Pape du premier siècle dans la sainte Liturgie.
Clemens Romanus, Faustini filius, de regione Caelii montis, discipulus beati Petri, cujus meminit Paulus scribens ad Philippenses : Etiam rogo et te germane compar, adjuva illas quae mecum laboraverunt in Evangelio, cum Clemente et ceteris adjutoribus meis, quorum nomina sunt in libro vitae. Hic septem Urbis regiones divisit septem Notariis, singulas singulis attribuens, qui passiones Martyrum et res ab eis gestas diligentissime conquisitas litteris mandarent. Multa scripsit et ipse accurate et salutariter, quibus christianam religionem illustravit.
Clément naquit à Rome et eut pour père Faustinus ; il habitait la région du mont Cœlius. Il fut disciple du bienheureux Pierre. C’est de lui que Paul fait mention dans son épître aux Philippiens, quand il dit : Je vous prie aussi, vous mon fidèle compagnon, d’aider celles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile, ainsi que Clément et les autres qui ont été mes aides, dont les noms sont au livre de vie. Il partagea la Ville en sept régions, les attribuant à sept Notaires chargés en chacune de rechercher et recueillir avec grand soin les Actes des Martyrs. Lui-même écrivit d’une plume châtiée beaucoup d utiles ouvrages qui firent honneur au christianisme.
Cum autem doctrina ac vitae sanctitate multos ad Christi fidem converteret, a Trajano imperatore relegatus est trans mare Ponticum in solitudine urbis Chersonae, in qua duo millia Christianorum reperit, qui ab eodem Trajano condemnati fuerant. Qui cum in eruendis et secandis marmoribus aquae penuria laborarent, Clemens facta oratione, in vicinum collem ascendit, in cujus jugo vidit Agnum dextero pede fontem aquae dulcis, qui inde scatebat, attingentem ; ubi omnes sitim expleverunt : eoque miraculo multi infideles ad Christi fidem conversi, Clementis etiam sanctitatem venerari coeperunt.
Mais comme par sa doctrine et la sainteté de sa vie il convertissait beaucoup de monde à la foi du Christ, l’empereur Trajan le relégua au delà du Pont-Euxin dans la solitude de Cherson, où se trouvaient déjà deux mille chrétiens condamnés par ce même empereur. Employés à extraire et à tailler le marbre, ils souffraient du manque d’eau, Clément, ayant prié, monta sur une colline qui était proche, et vit à son sommet un Agneau marquant de son pied droit le lieu d’où jaillissait une source d’eau douce où tous éteignirent leur soif. À la suite de ce miracle, un grand nombre d’infidèles se convertirent et vénérèrent Clément comme un saint.
Quibus concitatus Trajanus, misit illuc, qui Clementem, alligata ad ejus collum anchora, in profundum dejicerent. Quod cum factum esset, Christianis ad littus orantibus, mare ad tria milliaria recessit : eoque illi accedentes, aediculam marmoream in templi formam, et intus arcam lapideam, ubi Martyris corpus conditum erat, et juxta illud anchoram, qua mersus fuerat, invenerunt. Quo miraculo incolae permoti, Christi fidem susceperunt. Ejus corpus postea Romam, Nicolao primo Pontifice translatum, in ecclesia ipsius sancti Clementis conditum est. Ecclesia etiam in eo insulae loco, unde divinitus fons manarat, eiusdem nomine dedicata est. Vixit in pontificatu annos novem, menses sex, dies sex. Fecit ordinationes duas mense Decembri, quibus creavit presbyteros decem, diaconos duos, episcopos per diversa loca quindecim.
À cette nouvelle, Trajan irrité envoya dans ce lieu des gens chargés de jeter Clément à la mer, une ancre au cou ; ce qui fut fait. Or, pendant que les chrétiens priaient sur le rivage, la mer se retira à trois milles, et approchant ils virent un édicule de marbre en forme de temple où, dans un sarcophage de pierre, était enseveli le corps du Martyr ; auprès se trouvait l’ancre avec laquelle on l’avait précipité. Les habitants du pays, émus d’un pareil prodige, embrassèrent la foi chrétienne. Le corps de Clément fut transporté à Rome par la suite, sous le pontificat de Nicolas Ier, et déposé dans l’église de son nom. Une église lui fut aussi dédiée à l’endroit de l’île d’où avait jailli la source miraculeuse. Il vécut dans le pontificat neuf ans, six mois, six jours. En deux ordinations au mois de décembre, il créa dix prêtres, deux diacres, quinze évêques pour divers lieux.
Les Antiennes propres de l’Office de saint Clément forment un ensemble plein de grâces et qui respire un grand parfum d’antiquité.
ANTIENNES.
OREMUS omnes ad Dominum Jesum Christum, ut Confessoribus suis fontis venam aperiat.
Orante sancto Clemente, * apparuit ei Agnus Dei.
Non meis meritis * ad vos me misit Dominus, vestris coronis participem fieri.
Vidi supra montem * Agnum stantem, de sub cujus pede fons vivus emanat.
De sub cujus pede * fons vivus emanat, fluminis impetus laetificat civitatem Dei.
Omnes gentes * per gyrum crediderunt Christo Domino.
Prions tous le Seigneur Jésus-Christ qu’il fasse couler une source d’eau pour ses confesseurs.
Cum iter ad mare * cepisset, populus voce magna clamabat : Domine Jesu Christe, salva illum : et Clemens cum lacrimis dicebat : Suscipe Pater spiritum meum.
Comme saint Clément priait, lui apparut l’Agneau de Dieu.
Dedisti Domine habitaculum Martyri tuo Clementi in mari, in modum templi marmorei, angelicis manibus praeparatum, iter praebens populo terrae, ut enarrent mirabilia tua.
Sans regarder à mes mérites, voici que le Seigneur m’a envoyé vers vous, pour partager vos couronnes.
J’ai vu sur la montagne l’Agneau debout ; de sous son pied jaillit une source vive.
La source vive qui sous son pied jaillit, c’est le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu.
Toutes les nations d’alentour crurent au Christ Seigneur.
Comme il s’en allait vers la mer, le peuple priait, disant à grands cris : Seigneur Jésus-Christ, sauvez-le ; et Clément disait avec larmes : Père, recevez mon esprit.
Seigneur, à Clément votre Martyr vous avez donné pour demeure, au milieu de la mer, comme un temple de marbre élevé par les mains des Anges ; vous en avez procuré l’accès aux habitants du pays, pour qu’ils pussent raconter vos merveilles.
Nous empruntons les belles formules qui suivent au Sacramentaire léonien.
ORAISON.
OMNIPOTENS sempiterne Deus, qui in omnium Sanctorum tuorum es virtute mirabilis : da nobis in beati Clementis annua solemnitate laetari, qui Filii tui Martyr et Pontifex, quod ministerio gessit, testimonio comprobavit, et quod praedicavit ore, firmavit exemplo. Per Dominum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui êtes admirable dans la vertu de tous vos Saints, exaucez-nous : que la solennité annuelle du bienheureux Clément soit notre joie, lui qui, Martyr et Pontife de votre Fils, justifia par la parole son ministère et joignit l’exemple à ses discours. Par Jésus-Christ.
PREFACE.
VERE dignum. Sancti Clementis Martyris tui Natalitia celebrantes, qui cognationem reliquit et patriam ; et post odorem tui nominis terras mariaque transmittens, abnegansque semetipsum,. crucem peregrinationis assumpsit, ut te per Apostolorum tuorum vestigia sequeretur. Cui tu, beatissimi Petri mox tradito discipulo…, deinde Magistri sui Vicarium per ordinem subrogando, Romanae Urbis, cujus propter te despexerat dignitatem, tenere constituis Principatum, proque transitoria claritate, cœlesti facis honore conspicuum. Postremo Martyrii gloria sublimatum, pro temporalibus gestis aeternam provehis ad coronam. Per.
C’est une chose digne et juste que nous vous rendions grâces, en célébrant le jour natal de saint Clément, votre Martyr. Il abandonna famille et patrie ; séduit par votre nom, courant à ses parfums, il traversa les terres et les mers ; se renonçant lui-même, il porta la croix de ces pérégrinations afin de vous suivre sur les pas de vos Apôtres. Or, voici que d’abord disciple du bienheureux Pierre, il est par vous ensuite, ô Seigneur, substitué comme remplaçant et successeur à son maître ; cette ville de Rome dont pour vous il avait dédaigné les grandeurs, vous arrêtez de lui en donner la principauté ; il n’a point voulu d’un éclat qui passe, et vous l’ennoblissez devant les cieux. Enfin l’élevant à la gloire du martyre, vous l’honorez, pour ses travaux dans le temps, d’une couronne éternelle.
Le Seigneur dit : Ma parole que j’ai mise en ta bouche ne fera point défaut sur tes lèvres, et tes offrandes seront agréées à mon autel [Introït de la fête, ex Isai.]. Ainsi l’Église débute en votre honneur aujourd’hui dans les chants du Sacrifice. Et pour elle, en effet, quand les Apôtres disparurent, la grande joie, la consolation suprême fut de constater que cependant ne défaillait pas la parole ; car, de ses dons, c’était le plus indispensable que l’Époux s’élevant aux cieux lui eût assuré. Or le Verbe, en vos écrits, parcourait toujours la terre, autorisé et respecté, dirigeant, pacifiant, sanctifiant les peuples aussi pleinement, aussi sûrement qu’au temps des Apôtres et du Seigneur même ; la preuve, grâce à vous, se faisait éclatante que Jésus, selon sa promesse, demeurait avec les siens jusqu’à la consommation du monde [MATTH. XXVIII, 20.]. Soyez béni d’avoir, dès ces temps reculés, consolé en cette sorte notre Mère l’Église.
Ainsi comprîtes-vous encore, ô Clément, que la grande œuvre apostolique, la diffusion de l’Évangile au milieu des nations, ne devait pas s’interrompre au départ des premiers ouvriers. Grâce à vous, la mort et la nuit continuèrent d’être toujours plus loin refoulées. À nous entre autres, à nous surtout, fils de la terre gauloise, il appartient de se souvenir en ce jour. Soyez béni pour les augustes messagers que Lutèce et les cités ses sœurs virent apparaître en leurs murs, disant de votre part à nos pères : Debout, vous qui dormez ; levez-vous d’entre les morts, et le Christ sera votre lumière [Eph. V, 14.].
Mais les luttes d’un apostolat aux prises sous tous les cieux avec le prince du monde, les soucis d’un gouvernement qui déjà embrassait l’univers, ne suffisaient point au zèle dont votre âme de Pontife était embrasée. Soyez béni d’avoir plus spécialement consacré vos leçons et vos soins à la portion du bon troupeau plus intimement aimée du Seigneur Christ, à ceux qui suivent l’Agneau de Dieu sur la montagne où vous l’aperçûtes et partout où il va [Apoc. XIV, 4.].
Puissent par votre prière les émules de Flavia Domitilla croître en nombre, en mérite plus encore, à la suite de l’Époux. Puisse tout chrétien retenir des enseignements de votre propre vie que la noblesse du monde n’est rien, auprès de celle qu’assure l’amour du Christ. Puisse le monde, puisse Rome, sa capitale, redevenir pour le Dieu des armées ce domaine indiscuté que lui avaient acquis de concert le patriciat des sept collines et l’apostolat parti de Judée.
Avec l’Église, au X Juillet, nous célébrâmes Félicité, la mère des Martyrs, donnant au ciel en un septuple et nouvel enfantement les sept fils que lui avait donnés la nature. Pour elle, cependant, la récompense demeurait suspendue. Tandis que l’Église l’inscrit aux diptyques sacrés, honorons-la derechef et prions-la, en ce jour où le glaive, comblant ses vœux, justifiant son nom pour jamais, lui rend ses fils dans la suprême félicité.
ANT. Date ei fructu m anuum suarum, et laudent eam in portis opera ejus.
Ant. Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses œuvres soient sa louange dans l’assemblée.
V. Diffusa est gratia in labos tuis.
v. La grâce a été répandue sur vos lèvres.
R. Propterea benedixit te Deus in aeternum.
r. C’est pourquoi Dieu vous a bénie pour l’éternité
ORAISON.
PRAESTA, quaesumus omnipotens Deus : ut, beatae Felicitatis Martyris tuae solemnia recensentes, meritis ipsius protegamur et precibus. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, exaucez-nous célébrant la fête de la bienheureuse Félicité, votre Martyre : puissent nous protéger ses mérites et sa prière. Par Jésus-Christ.
LE XXIV NOVEMBRE. SAINT JEAN DE LA CROIX, CONFESSEUR.
Suivons l’Église se dirigeant vers le Carmel, pour y porter l’hommage reconnaissant du monde. Sur les pas de Thérèse de Jésus, Jean de la Croix s’est levé, frayant aux âmes en quête de Dieu un chemin sûr.
L’évolution qui inclinait les peuples au délaissement de la prière sociale, menaçait de compromettre irréparablement la piété, quand, au XVIe siècle, la divine bonté suscita des Saints dont la parole comme la sainteté répondissent aux besoins de ces temps nouveaux. La doctrine ne change pas ; l’ascétique, la mystique de ce siècle transmirent aux siècles suivants les échos de ceux qui avaient précédé. Leur exposé se fit toutefois plus didactique, leur analyse plus serrée ; leurs procédés se prêtèrent à la nécessité de secourir les âmes que l’isolement livrait au risque de toutes les illusions. C’est justice de reconnaître que, sous l’action toujours féconde de l’Esprit-Saint, la psychologie des états surnaturels en devint plus étendue et plus précise.
Les chrétiens d’autrefois, priant avec l’Église, vivant chaque jour, à toute heure, de sa vie liturgique, gardaient son empreinte en toutes circonstances dans leurs relations personnelles avec Dieu. Et de la sorte il arrivait que, sous l’influence persévérante et transformante de l’Église, participant aux grâces de lumière et d’union, à toutes les bénédictions de cette unique bien-aimée, de cette unique agréée de l’Époux [Cant. VI, 8.], c’était sa propre sainteté qu’ils s’assimilaient sans labeur autre que de suivre docilement leur Mère, ou de se laisser porter dans ses bras très sûrs. Ainsi s’appliquaient-ils la parole du Seigneur : Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux [MATTH. XVIII, 3.].
Qu’on ne s’étonne pas de ne point remarquer près d’eux, aussi fréquente et assidue que de nos jours, l’assistance de directeurs spéciaux attachés à leurs propres personnes. Les guides particuliers sont moins nécessaires aux membres d’une caravane ou d’une armée : ce sont les voyageurs isolés qui ne peuvent s’en passer ; et même avec ces guides particuliers, la sécurité, pour eux, ne sera jamais comparable à celle de quiconque suit la caravane ou l’armée.
C’est ce que comprirent au cours des derniers siècles les hommes de Dieu qui, s’inspirant des aptitudes multiples des âmes, donnèrent leurs noms à des écoles, unes quant au but, diverses quant aux moyens proposés par elles à l’encontre des dangers de l’individualisme. Dans cette campagne de redressement et de salut, où l’ennemie redoutable entre toutes était l’illusion aux mille formes, aux subtiles racines, aux détours infinis, Jean de la Croix fut la vivante image du Verbe de Dieu, pénétrant mieux qu’un glaive acéré jusqu’à la division de l’esprit et de l’âme, des moelles et des jointures, scrutant, révélateur inexorable, intentions et pensées des cœurs [Heb. IV, 12-13.]. Écoutons-le : bien que moderne, on reconnaît en lui le fils des anciens.
« L’âme, écrit-il, est faite pour parvenir à une connaissance fort étendue, et pleine de saveur, des choses divines et humaines, qui s’élève bien au-dessus de sa science naturelle. Autant le divin est éloigné de l’humain, autant la lumière et la grâce de l’Esprit-Saint diffèrent de la lumière des sens [Vie et Œuvres de saint Jean de la Croix, édition des Carmélites de Paris, La Nuit obscure de l’âme, L. II, ch. IX.]. Aussi avant d’arriver à la divine lumière de la parfaite union d’amour, dans la mesure où cela est possible en ce monde, l’âme doit traverser la nuit obscure, affronter ordinairement des ténèbres si profondes que l’intelligence humaine est impuissante à les comprendre et la parole à les exprimer [Ibid. La Montée du Carmel, Prologue.].
« La purification qui conduit l’âme à l’union divine peut recevoir la dénomination de nuit pour trois raisons. La première se rapporte au point de départ ; car, en renonçant à toutes les choses créées, l’âme a dû tout d’abord priver ses appétits du goût qu’ils y trouvaient. Or ceci est indubitablement une nuit pour tous les sens et tous les instincts de l’homme.
« La seconde raison est la voie même qu’il faut prendre pour atteindre l’état bienheureux de l’union. Cette voie n’est autre que la foi, nuit vraiment obscure pour l’entendement.
« Enfin la troisième raison est le terme où l’âme tend. Terme qui est Dieu, être incompréhensible et infiniment au-dessus de nos facultés, et qu’on peut appeler par là même une nuit obscure pour l’âme durant son pèlerinage ici-bas.
« Ces trois nuits à traverser par l’âme sont figurées au Livre de Tobie par les trois nuits que, sur l’ordre de l’Ange, le jeune Tobie laissa écouler avant de s’unir à son épouse [Tob. VI, 18.]. L’Ange Raphaël lui commanda de brûler pendant la première nuit le foie du poisson, symbole d’un cœur affectionné et attaché aux choses créées. Quiconque désire s’élever à Dieu doit, dès le début, purifier son cœur dans le feu de l’amour divin et y consumer tout ce qui appartient au créé. Cette purification met en fuite le démon, qui auparavant avait puissance sur l’âme pour la faire adhérer aux plaisirs temporels et sensibles.
« L’Ange dit à Tobie que dans la seconde nuit il serait admis en la compagnie des saints Patriarches, qui sont les pères de la foi. De même l’âme, après avoir traversé la première nuit, figurée par la privation de tout ce qui flatte les sens, pénètre sans obstacle dans la seconde. Là, étrangère à tous les objets sensibles, elle demeure dans la solitude et la nudité de la foi, l’ayant choisie pour son unique guide.
« Enfin, pendant la troisième nuit il fut promis à Tobie une abondante bénédiction. Dans le sens qui nous occupe, cette bénédiction est Dieu lui-même qui, à la faveur de la seconde nuit, c’est-à-dire de la foi, se communique à l’âme d’une manière si secrète et si intime, que c’est un autre genre de nuit plus profonde que les précédentes. L’union avec l’Épouse, c’est-à-dire avec la Sagesse de Dieu, se consomme quand la troisième nuit est écoulée, nous voulons dire, lorsque cette communication de Dieu à l’esprit est achevée [La Montée du Carmel, L. I, ch. II.]. « O âmes spirituelles ! ne vous plaignez pas de sentir vos puissances livrées à l’angoisse des ténèbres, vos affections stériles et paralysées, vos facultés impuissantes à tout exercice de la vie intérieure. En vous enlevant votre manière imparfaite d’agir, le Seigneur vous délivre ainsi de vous-même. Malgré le bon emploi que vous eussiez fait d’ailleurs de vos facultés, leur impureté et leur ignorance ne vous eussent jamais permis d’obtenir un résultat aussi parfait et une sécurité aussi entière. Dieu vous prend parla main, et se fait lui-même votre conducteur au milieu des ténèbres. Il vous guide comme un aveugle par un chemin inconnu, vers le terme où ni vos lumières ni vos efforts n’eussent jamais pu vous conduire [La Nuit obscure, L. II, ch. XVI.]. »
Nous aimons à laisser les Saints décrire eux-mêmes les voies qu’ils parcoururent, et dont ils demeurent, en récompense de leur fidélité, les guides reconnus dans l’Église. Ajouterons-nous qu’ « il faut prendre garde, dans les peines de ce genre, à ne pas exciter la commisération du Seigneur avant que son œuvre soit achevée ? On ne peut s’y méprendre : telles grâces que Dieu fait à l’âme ne sont pas nécessaires au salut, mais elles doivent être payées d’un certain prix. Si nous nous montrions par trop difficiles, il se pourrait que, pour ménager notre faiblesse, le Seigneur nous laissât retomber dans une voie inférieure, ce qui, au regard de la foi, serait un irréparable malheur.
« Mais dira-t-on, qu’importe, puisque cette âme se sauvera ? Il est vrai, mais notre intelligence ne saurait apprécier la supériorité d’une âme qui pourrait devenir l’émule des chérubins ou des séraphins, sur celle qui ne saurait être assimilée qu’aux hiérarchies inférieures. Une fausse modestie ou l’amour du médiocre ne saurait avoir légitimement cours en ces matières [La Vie spirituelle et l’Oraison d’après la sainte Écriture et la Tradition monastique, Solesmes, 1899, Ch. XIV.].
« Il importe plus qu’on ne saurait le dire aux intérêts de la sainte Église et à la gloire de Dieu que les âmes vraiment contemplatives se multiplient sur la terre. Elles sont le ressort caché et le moteur qui donne l’impulsion sur terre à tout ce qui est la gloire de Dieu, le règne de son Fils, et l’accomplissement parfait de la divine volonté. En vain multipliera-t-on les œuvres, les industries, et même les dévouements : tout sera stérile, si l’Église militante n’a pas ses saints qui la soutiennent dans l’état de voie, celui que le Maître a choisi pour racheter le monde. Certaines puissances et certaines fécondités sont inhérentes à la vie présente ; elle a, de soi, si peu de charmes, qu’il n’était pas inutile d’en relever ainsi le mérite [Ibid. Ch. XIX.]. »
Voici la vie de saint Jean de la Croix racontée par la sainte Église.
Joannes a Cruce, Fontiberi in Hispania piis parentibus natus, a primis annis certo innotuit, quam Deiparae Virgini futurus esset acceptus ; nam quinquennis in puteum lapsus, eiusdem Deiparae manu sublatus, incolumis evasit. Tanto autem patiendi desiderio flagravit, ut novennis, spreto molliori lecto, super sarmentis cubare consueverit. Adolescens hospitio pauperum aegrotantium Metymnae Campi famulum sese addixit, quibus magno caritatis ardore vilissima quaeque complectens officia, praesto aderat. Cujus exemplo excitati ceteri eadem caritatis munera ardentius obibant. Verum ad altiora vocatus, beatae Mariae Virginis de Monte Carmelo institutum amplexus est : ubi sacerdos ex obedientia factus, severioris disciplinae et arctioris vitae cupidissimus, primitivam ordinis regulam ex superioris licentia ita professus est, ut, ob jugem Dominicae passionis memoriam, bello in se, tamquam in infensissimum hostem indicto, vigiliis, jejuniis, ferreis flagellis, omnique poenarum genere, brevi carnem cum vitiis et concupiscentiis suis crucifixerit : dignus plane, qui a sancta Teresia inter puriores sanctioresque animas Ecclesiam Dei id temporis illustrantes recenseretur.
Jean de la Croix naquit de parents pieux à Hontiveros, en Espagne. On vit clairement, dès ses premières années, combien il serait agréable à la Vierge Mère de Dieu ; car tombé dans un puits à l’âge de cinq ans, il en sortit sain et sauf, soutenu par la main de cette bienheureuse Vierge. Dans son grand désir de souffrir, à neuf ans, il prenait pour s’endurcir l’habitude de coucher sur des sarments. Adolescent, il se consacra au service des pauvres malades dans l’hôpital de Médina del Campo ; grande s’y montra l’ardeur de sa charité, dans le zèle qui le faisait s’empresser près d’eux aux plus vils offices et excitait, par la force de l’exemple, l’ardeur des autres pour les mêmes œuvres charitables. Cependant appelé plus haut, il embrassa l’institut de la bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel, ou, fait prêtre par obéissance, et désireux d’une discipline plus sévère et d’une vie plus dure, il s’attacha, du consentement de son supérieur, à pratiquer la règle primitive de l’Ordre. On le vit dès lors, ayant sans cesse en pensée la passion du Seigneur, se déclarer la guerre à lui-même comme a l’ennemi le plus funeste ; veilles, jeûnes, disciplines de fer, tous les genres de tourments, eurent bientôt fait de crucifier en lui la chair avec ses vices et ses passions, le rendant véritablement digne d’être rangé par sainte Thérèse au nombre des âmes les plus pures et les plus saintes qui illustrassent alors l’Église de Dieu.
Singulari vitae austeritate, et omnium virtutum praesidio munitus, prae assidua rerum divinarum contemplatione, diuturnas et mirabiles extases frequenter patiebatur : tantoque in Deum aestuabat amore, ut, cum divinus ignis sese intro diutius continere non posset, foras erumpere, ejusque vultum irradiare visus sit. Proximorum saluti summopere intentus, tum in verbi Dei praedicatione, tum in sacramentorum administratione fuit assiduus. Hinc tot meritis auctus, strictiorisque disciplinae promovendae ardore vehementer accensus, sanctae Teresiae comes divinitus datus est, ut quam ipsa inter sorores primaevam Carmeli ordinis observantiam instauraverat, eamdem et inter fratres, Joanne adjutore, restitueret. Innumeros itaque una cum Dei famula in divino opere promovendo perpessus labores, coenobia quae eiusdem sanctae Virginis cura per totam Hispaniam erecta fuerant, nullis vitae incommodis et periculis territus, singula perlustravit : in quibus aliisque quamplurimis ejus opera erectis, restauratam observantiam propagando, verbo et exemplo firmavit ; ut merito primus post sanctam Teresiam Carmelitarum Excalceatorum ordinis professor et parens habeatur.
Toutes les vertus, jointes à l’extrême austérité de sa vie, lui formaient comme un rempart ; assidûment plongé dans la contemplation des choses divines, il éprouvait souvent de longues et admirables extases ; si grand était l’amour dont il brûlait pour Dieu, que le feu divin, ne pouvant rester enfermé davantage, s’échappait au dehors et entourait son visage de rayons. Grandement zélé pour le salut du prochain, il s’adonnait à la prédication de la parole de Dieu et à l’administration des sacrements. Tant de mérites, et l’ardent désir qui le consumait d’une plus stricte discipline en son Ordre, le firent donner par Dieu comme compagnon à sainte Thérèse, afin qu’elle pût, aidée de Jean, rétablir la primitive observance du Carmel chez les frères comme elle l’avait fait pour les sœurs. C’est pourquoi, dans cette œuvre divine, il supporta avec la servante de Dieu d’innombrables travaux, visitant, sans nul souci des fatigues et des dangers, chacun des monastères que la sainte avait fondés dans toute l’Espagne, en établissant nombre d’autres lui-même, et partout propageant l’observance restaurée, l’affermissant par sa parole et son exemple. Aussi est-ce à bon droit qu’il est considéré comme étant, après sainte Thérèse, le père et premier profès de l’Ordre des Carmes déchaussés.
Virginitatem perpetuo coluit, impudentesque mulieres ejus pudicitiae insidiari conantes, non modo repulit, sed etiam Christo lucrifecit. In divinis explicandis arcanis aeque ac sancta Teresia, apostolicae sedis judicio, divinitus instructus, libros de mystica theologia caelesti sapientia refertos conscripsit. Semel interrogatus a Christo, quid praemii pro tot laboribus posceret, respondit : Domine, pati, et contemni pro te. Imperio in daemones, quos e corporibus saepe fugabat, discretione spirituum, prophetiae dono, miraculorum gloria celebratissimus, ea semper fuit humilitate, ut saepius a Domino flagitaverit eo loco mori, ubi omnibus esset ignotus. Voti compos factus, Ubedae diro morbo, et in crure quinque plagis sanie manantibus, ad implendum patiendi desiderium constantissime toleratis, Ecclesiae sacramentis pie sancteque susceptis, in Christi crucifixi amplexu, quem semper in corde atque ore habuerat, post illa verba : In manus tuas commendo spiritum meum obdormivit in Domino, die et hora a se praedictis, anno salutis millesimo quingentesimo nonagesimo primo, aetatis quadragesimo nono. Migrantem ejus animam splendidissimus ignis globus excepit : corpus vero suavissimum odorem spiravit, quod etiamnum incorruptum Segoviae honorifice colitur. Eum plurimis ante et post obitum fulgentem signis Benedictus decimus tertius, Pontifex Maximus, in sanctorum numerum retulit.
Il garda toujours la virginité, et non seulement repoussa, mais gagna au Christ des femmes éhontées qui lui tendaient des pièges. Au jugement du Siège apostolique, éclairé par Dieu comme sainte Thérèse dans l’explication des secrets divins, il écrivit sur la théologie mystique des livres remplis d’une sagesse du ciel. Un jour, interrogé par Jésus-Christ quelle récompense il demandait pour tant de travaux, il répondit : Seigneur, souffrir, et être méprisé pour vous. Célèbre par son empire sur les démons qu’il chassait fréquemment des corps, doué du discernement des esprits, du don de prophétie, de la gloire des miracles, telle fut toujours son humilité que souvent il implorait du Seigneur la faveur de mourir en un lieu où il fût inconnu de tous. Son vœu fut exaucé. En proie à une cruelle maladie, où cinq plaies suppurantes à la jambe donnèrent satisfaction au désir qu’il avait de souffrir et firent voir son inaltérable patience, il s’endormit dans le Seigneur à Ubeda, pieusement et saintement muni des sacrements de l’Église, tenant embrassée l’image de Jésus crucifié qu’il avait toujours eu dans le cœur et sur les lèvres, disant : Entre vos mains je remets mon esprit. C’était au jour et à l’heure qu’il avait annoncés, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-onze, de son âge le quarante-neuvième. Un globe de feu resplendissant reçut son âme ; un parfum très suave se répandit de son corps, que l’on garde toujours sans corruption à Ségovie en grand honneur. Les éclatants et nombreux prodiges qu’il accomplit après sa mort comme de son vivant, portèrent le Souverain Pontife Benoît XIII à le mettre au nombre des Saints.
Puissent au Carmel et sur les monts, comme dans la plaine et les vallées, se multiplier les âmes qui concilient le ciel à la terre, attirent les bénédictions, écartent la foudre ! Saints que nous sommes par vocation [Rom. I, 7.], puissions-nous à votre exemple et par votre prière, ô Jean de la Croix, laisser la divine grâce agir en nous selon toute la mesure de sa vertu purifiante et déifiante ; car alors aussi nous pourrons dire un jour avec vous :
« O vie divine qui ne donnez la mort que pour rendre la vie, vous m’avez blessée pour me guérir, vous avez détruit en moi ce qui me retenait dans la mort. Sagesse divine, ô touche délicate, Verbe qui pénétrez si subtilement la substance de mon âme, et la plongez en des douceurs qu’on ne connaît pas dans la terre de Chanaan ni dans celle de Théman [Baruch, III, 22.] : vous renversez les montagnes, vous brisez les rochers d’Horeb par la seule ombre de votre puissance, et au prophète vous vous révélez par le murmure d’une brise légère [III Reg. XIX, II, 12]. O souffle divin, si terrible et si doux, le monde ne connaît pas votre suavité.
« Ceux-là seuls vous sentent, ô mon Dieu et ma vie ! ceux-là seuls vous reconnaissent à votre délicatesse infinie, qui, s’éloignant du monde, se sont spiritualisés tout entiers. Vous qui n’avez en vous rien de matériel, vous touchez l’âme d’une manière d’autant plus intime et profonde, que votre être divin, affranchi de tout mode, figure ou forme, l’a rendue elle-même plus simple et pure. Vous cachant en elle, désormais séparée de tout souvenir de créatures, vous la cachez à votre tour dans le secret de votre face divine, l’y mettant à couvert de tous les troubles de ce monde. Vous l’étant réservée, tout autre objet, qu’il soit d’en haut ou d’en bas, la fatigue ; et c’est pour elle une peine et un tourment que d’avoir à s’en occuper [La vive flamme d’amour, strophe II, vers III, résumé.]. »
Rome honore aujourd’hui l’un de ses illustres fils, Chrysogone, qui donna sa vie pour le Christ à Aquilée, sous l’empire de Dioclétien. La splendide église qui porte son nom, au Transtévère, garde le chef vénéré du Martyr, et elle remonte, quant à sa première origine, au temps même du triomphe de la foi sur l’idolâtrie. Chrysogone instruisit dans cette foi sainte la bienheureuse Anastasie, comme lui Martyre, et dont la mémoire se relie d’une façon si touchante au jour même de la naissance du Sauveur ; on sait comment, de temps immémorial, la deuxième Messe de Noël, celle de l’Aurore, se célèbre en l’église de Sainte-Anastasie. Chrysogone et sa fille spirituelle ont leurs noms prononcés tous les jours aux diptyques sacrés.
ORAISON.
ADESTO Domine supplicationibus nostris : ut qui ex iniquitate nostra reos nos esse cognoscimus, beati Chrysogoni Martyris tui intercessione liberemur. Per Dominum.
Soyez propice, Seigneur, à nos supplications, afin que nous, qui connaissons le poids de notre iniquité, soyons délivrés par l’intercession du bienheureux Chrysogone, votre Martyr. Par Jésus-Christ.
LE XXV NOVEMBRE. SAINTE CATHERINE, VIERGE ET MARTYRE.
Gertrude la Grande avait eu dès l’enfance un attrait spécial pour la glorieuse vierge Catherine ; un jour qu’elle désirait connaître ses mérites, le Seigneur la lui montra sur un trône si haut et si magnifique, que, n’y eût-il pas eu de plus grande reine dans le ciel, la gloire de celle-ci aurait semblé suffire à le remplir ; de sa couronne rejaillissait sur ceux qui l’honoraient une merveilleuse splendeur [Legatus divinae pietatis, IV, LVII.]. On sait comment la Pucelle d’Orléans, placée par Michel Archange sous la conduite des saintes Catherine et Marguerite, reçut d’elles conseil et assistance durant sept années ; comment Sainte-Catherine-de-Fierbois fournit l’épée de la libératrice de la France
Les croisés d’Occident avaient, dans les XII° et XIII° siècles, éprouvé l’aide puissante de la Martyre d’Alexandrie ; ils rapportèrent d’Orient son culte en nos contrées, où lui fut vite acquise une popularité sans pareille. Un Ordre de chevalerie était fondé pour protéger les pèlerins qui allaient vénérer son saint corps au Mont Sinaï. Sa fête, élevée à la dignité de la première classe, comportait l’abstention des œuvres serviles en beaucoup d’églises. Les philosophes chrétiens, les écoliers, les orateurs et procureurs l’honoraient comme patronne ; le doyen des avocats fut appelé bâtonnier en raison du privilège qui lui appartenait de porter sa bannière ; tandis que les jeunes filles, organisées en confréries de Sainte-Catherine, estimaient à grand honneur le soin d’orner l’image de leur Sainte vénérée. Comptée parmi les Saints auxiliateurs à titre de sage conseillère, elle voyait beaucoup d’autres corporations se réclamer d’elle, sans autre motif plausible que l’expérience faite par tous de son crédit universel auprès du Seigneur. Ses fiançailles avec le divin Enfant, d’autres traits de sa Légende, fournirent à l’art chrétien d’admirables inspirations.
Cependant le sage et pieux Baronius regrettait déjà de son temps que, sur quelques points, les Actes de la grande Martyre d’Orient donnassent prise aux doutes dont devait s’emparer la critique outrée des siècles suivants pour amoindrir la confiance des peuples [Baron. Annal, ad ann. 307.]. Au grand honneur de la virginité chrétienne, il n’en reste pas moins qu’acclamée par élèves et maîtres en la personne de Catherine, elle présida dans la vénération et l’amour au développement de l’esprit humain et de la pensée, durant ces siècles où resplendirent comme des soleils les Albert le Grand, les Thomas d’Aquin, les Bonaventure. Heureux les purs de cœur ! car ils verront Dieu [MATTH. V, 8.]. « Il faut, disait Méthodius, l’évêque martyr du in » siècle, en son Banquet des vierges, il faut que la vierge aime d’amour les saines doctrines, et qu’elle tienne une place honorable parmi ceux que distingue leur sagesse [Method. Conviv. Oratio I, 1.]. »
Lisons la Légende abrégée de Catherine dans le livre de la sainte Église.
Catharina nobilis virgo Alexandrina, a prima aetate studia liberalium artium cum fidei ardore conjungens, brevi ad eam sanctitatis et doctrinae perfectionem pervenit, ut decem et octo annos nata eruditissimum quemque superaret. Quae cum Maximini jussu multos propter christianae religionis professionem varie tormentis cruciatos, ad supplicium rapi videret, non dubitanter ipsum adiit Maximinum, eique nefariam immanitatem objiciens sapientissimis rationibus Christi fidem ad salutem necessariam esse affirmavit.
Catherine, noble vierge d’Alexandrie, unit des le premier âge l’étude des arts libéraux et l’ardeur de la foi. Telle fut bientôt la perfection de sa science comme de sa sainteté, qu’à dix-huit ans elle l’emportait sur les plus instruits. Or, en ce temps, beaucoup de chrétiens étaient par ordre de Maximin soumis pour leur religion à divers tourments et conduits à la mort ; ce que voyant, la vierge alla trouver sans hésiter Maximin lui-même, lui reprocha ses cruautés impies, et démontra par de très sages raisons que la foi dans le Christ était nécessaire au salut.
Cujus prudentiam Maximinus admiratus, retineri eam jubet, accersitis undique doctissimis hominibus, magnisque propositis praemiis, qui convictam Catharinam a Christi fide ad idolorum cultum perduxissent. Quod contra accidit. Nam plures philosophi, qui ad eam coarguendam convenerant, vi ac subtilitate ejus disputationis tanto Jesu Christi amore sunt incensi, ut pro illo mori non dubitaverint. Quamobrem Maximinus blanditiis ac promissis Catharinam de sententia deducere aggreditur : verum id frustra fieri intelligens verberibus affectam, plumbatisque contusam, dies undecim sine cibo ac potu inclusam tenet in carcere.
Maximin, admirant sa prudence, la fit retenir ; et mandant de tous côtés les plus savants personnages, il promit de grandes récompenses à quiconque par raisonnement détournerait Catherine de la foi au Christ et l’amènerait au culte des idoles. Mais ce fut le contraire qui arriva. Car beaucoup de ‘philosophes, qui s’étaient rassemblés dans le but de la convaincre, furent parla force et l’habileté de son argumentation embrasés d’un si grand amour de Jésus-Christ, qu’ils n’hésitèrent pas à mourir pour lui. Maximin donc, ayant essayé des flatteries et des promesses près de Catherine, et comprenant qu’il perdait sa peine, la fit battre et meurtrir avec des fouets garnis de plomb, puis enfermer onze jours en prison sans nourriture ni rien pour apaiser sa soif.
Quo tempore Maximini uxor, et Porphyrius belli dux, visendae virginis causa carcerem ingressi, et eiusdem praedicatione in Jesum Christum credentes, postea martyrio coronati sunt. Interim Catharina educitur e custodia, et rota expeditur, crebris et acutis praefixa gladiis, ut virginis corpus crudelissime dilaceraretur. Quae machina brevi, Catharinae oratione, confracta est : eoque miraculo multi Christi fidem susceperunt. Ipse Maximinus in impietate et crudelitate obstinatior, Catharinam securi percuti imperat. Quae fortiter dato capite, ad duplicatum virginitatis et martyrii praemium evolavit septimo Kalendas Decembris : cujus corpus ab Angelis in Sina Arabiae monte mirabiliter collocatum est.
La femme de Maximin et Porphyre, chef de la milice, étant alors venus voir la vierge en sa prison, furent convertis par ses paroles à Jésus-Christ, et ensuite couronnés du martyre. Cependant Catherine est tirée du cachot : on produit une roue garnie de glaives nombreux et acérés qui doit mettre en pièces cruellement le corps de la vierge ; mais bientôt, Catherine priant, la roue se brise, et le prodige amène à la foi beaucoup de monde. Pour Maximin, plus obstiné toujours dans l’impiété et dans la cruauté, il commande de frapper Catherine de la hache. Ce fut le sept des calendes de décembre que la Sainte, présentant courageusement la tête au bourreau, s’envola pour recevoir la double récompense de la virginité et du martyre. Les Anges transportèrent miraculeusement son corps en Arabie et le déposèrent au Mont Sinaï.
Nombreuses furent les compositions liturgiques inspirées à l’Occident par la fête de ce jour. Nous nous bornons à emprunter celle-ci au Graduel de Saint-Victor, en la faisant suivre d’un beau et touchant Répons conservé par les Frères Prêcheurs [Troisième Répons du II° Nocturne de la fête.].
SEQUENCE.
Vox sonora nostri chori,Nostro sonet Conditori,Qui disponit omnia,Per quem dimicat imbellis,Per quem datur et puellisDe viris victoria ;Per quem plebs AlexandrinaFeminae non femininaStupuit ingenia,Quum beata CatharinaDoctos vinceret doctrina,Ferrum patientia.
Pulchrum dedit ornamentum
Haec ad gloriam parentum
Morum privilegia,
Clara per progenitores,
Ampliori gratia.
Claruit per sacros mores
Florem teneri decoris,Lectionis et laborisAttrivere studia :Nam perlegit disciplinasSaeculares et divinasIn adolescentia.Vas electum, vas virtutum,Reputavit sicut lutumBona transitoria,Et reduxit in contemptumPatris opes et parentumLarga patrimonia.Vasis oleum includens,Virgo sapiens et prudensSponso pergit obvia,Ut, adventus ejus hora,Praeparata, sine moraIntret ad convivia.Sistitur imperatori,Cupiens pro Christo mori ;Cujus in praesentiaQuinquaginta sapientesMutos reddit et silentesVirginis facundia.
Carceris horrendi claustrum,
Et rotarum triste plaustrum,
Famem et jejunia,
Et quaecumque fiunt ci,
Sustinet amore Dei,
Eadem ad omnia.
Torta superat tortorem,
Superat imperatorem
Feminae constantia :
Cruciatur imperator,
Quia cedit cruciator,
Nec valent supplicia.
Tandem capite punitur,
Et, dum morte mors finitur,
Vitae subit gaudia.
Angelis mox fuit curae
Dare corpus sepulturae
Terra procul alia.
Oleum ex ipsa manat
Evidenti gratia.
Quod infirmos multos sanat
Bonum nobis dat unguentum,
Gaudens ipsa videat
Si per suum interventum
De se praesens gaudia,
Nostra sanet vitia.
Et futura praebeat.
Quae dedit praesentia,
Que notre chœur harmonieusement chante le Créateur, par qui toutes choses sont disposées : par lui combat celui qui ignorait la guerre, par lui sur l’homme à des jeunes filles la victoire est donnée.
Et hic nobis gaudeat,
Par lui les habitants d’Alexandrie sont stupéfaits de voir en une femme des qualités qui semblaient n’être pas de la femme, lorsque Catherine la bienheureuse triomphe des docteurs par sa science, du fer par son courage à souffrir.
Illi nos in gloria.
A la gloire de sa race sa vertu sans pareille ajoute un éclat nouveau ; illustre par ceux qui la mirent au monde, illustre elle est plus encore par les mœurs saintes dont fa grâce l’a favorisée.
Amen.
Tendre est la fleur de sa beauté ; point cependant elle ne lui épargne étude et labeur : de toutes sciences, qu’elles aient le monde ou Dieu pour objet, sa jeunesse s’est rendue maîtresse.
Vase de choix, vase des vertus, les biens qui passent ne sont pour elle que de la boue ; elle méprise la fortune de son père et les grands patrimoines que lui vaut sa naissance.
Vierge prudente et sage, elle se fait sa réserve d’huile pour aller au-devant de l’Époux : elle veut, toute prête à l’heure qu’il arrivera, entrer sans retard au festin.
Pour le Christ elle désire mourir ; devant l’empereur à qui elle est présentée, l’éloquence de la vierge réduit cinquante philosophes au silence.
L’horreur de la prison où on l’enferme, et l’épreuve des roues menaçantes, la faim, les privations, tout ce qu’elle doit subir, elle le supporte pour l’amour de Dieu, toujours la même en toute rencontre.
Torturée, elle triomphe du bourreau ; la constance d’une femme a triomphé d’un empereur : c’est lui qui est dans les tourments, parce que le bourreau s’avoue vaincu avec ses supplices impuissants.
Elle est enfin décapitée ; la mort pour elle au trépas a pris fin ; elle fait joyeuse son entrée dans la vie : ce pendant que les Anges prennent soin d’ensevelir son corps en une terre lointaine.
Une huile en découle qui, par une grâce évidente, guérit beaucoup de malades ; bonne pour nous sera l’essence, si son intervention guérit nos vices.
Présente à nous, qu’elle se réjouisse en voyant les joies qu’elle nous cause ; que nous donnant les présentes joies, elle nous procure aussi les futures ; qu’elle se réjouisse avec nous ici-bas, et nous avec elle dans la gloire.
Amen.
RÉPONS.
Virgo flagellatur, crucianda fame religatur, carcere clausa manet, lux caelica fusa refulget : * Fragrat odor dulcis, cantant cœli agmina laudes.
V. Sponsus amat sponsam, Salvator visitat illam.
*Fragrat.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.
* Fragrat
La vierge est flagellée, chargée de liens elle est soumise au tourment de la faim, elle demeure emprisonnée, une lumière céleste emplit la prison de splendeur : * Un doux parfum se fait sentir, on entend les cantiques des phalanges des cieux.
V/. L’Époux aime l’Épouse, elle reçoit la visite du Sauveur.
* Un doux parfum.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.
* Un doux parfum.
Bienheureuse Catherine, recevez-nous à votre école. Par vous la philosophie, justifiant son beau nom, conduit à la Sagesse éternelle, le vrai au bien, toute science au Christ, qui est la voie, la vérité, la vie [JOHAN. XIV, 6.] « Curieux qui vous repaissez d’une spéculation stérile et oisive, s’écrie le plus éloquent de vos panégyristes, sachez que cette vive lumière qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Ames lâches et intéressées, qui n’employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu’un trésor si divin n’est pas fait pour cet indigne trafic ; et que s’il entre dans le commerce, c’est d’une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c’est-à-dire, pour négocier le salut des âmes [Bossuet, Panégyrique de sainte Catherine.]. »
Ainsi, ô Catherine, n’employez-vous votre science que pour la vérité. Vous faites « paraître Jésus-Christ avec tant d’éclat que les erreurs que soutenait la philosophie sont dissipées par sa présence ; et les vérités qu’elle avait enlevées viennent se rendre à lui comme à leur maître, ou plutôt se réunir en lui comme en leur centre. Apprenons d’un si saint exemple à rendre témoignage à la vérité, à la faire triompher du monde, à faire servir toutes nos lumières à un si juste devoir, qu’elle nous impose. O sainte vérité ! je vous dois le témoignage de ma parole ; je vous dois le témoignage de ma vie ; je vous dois le témoignage de mon sang : car la vérité, c’est Dieu même [Bossuet, Panégyrique de sainte Catherine.]. »
L’Église, ô vierge magnanime, n’a pas d’autre pensée quand aujourd’hui elle formule ainsi pour nous sa prière : « O Dieu qui donnâtes la loi à Moïse sur le sommet du Mont Sinaï, et au même lieu par les saints Anges avez miraculeusement placé le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; exaucez nos supplications : faites que par ses mérites et son intercession nous parvenions à la montagne qui est le Christ, vivant et régnant avec vous dans les siècles des siècles [Collecte du jour.]. »
LE XXVI NOVEMBRE. SAINT SILVESTRE, ABBÉ.
Dieu, souvent, amène le monde à ceux qui le fuient ; Silvestre Gozzolini, après bien d’autres, en fait aujourd’hui l’expérience. C’est l’heure où la terre, émerveillée par la sainteté, l’éloquence des Ordres nouveaux, semble, au XIII° siècle, oublier les moines et le chemin du désert ; Dieu, qui n’oublie pas, conduit silencieusement son élu dans la solitude, et derechef la solitude tressaille et fleurit comme le lis [Isai. XXXV, I, 2.]. Mains languissantes, genoux débiles des fils du cloître, la force vous est rendue [Ibid. 3.]. L’austérité des vieux âges, la ferveur des oraisons prolongées revivent à Monte-Fano, et se propagent en soixante autres monastères ; une nouvelle famille religieuse, celle des Silvestrins [Approuvée par Innocent IV, en 1247.], reconnaissable au vêtement bleu qui la distingue de ses aînées, acclame après sept siècles écoulés Benoît, le patriarche du Cassin, comme législateur et comme père.
Lisons la vie de Silvestre, insérée par le Souverain Pontife Léon XIII au livre de la sainte Église.
Silvester, Auximi in Piceno nobili genere ortus, statim puerilem aetatem litteris ac bonis moribus mirifice exornavit. Adolescens, Bononiam ad studia jurisprudentiae missus a patre, cum sacris litteris, a Deo monitus, dedisset operam, parentis incurrit indignationem ; quam aequo animo toto decennio pertulit. Ob egregiam ejus virtutem a canonicis Cathedralis Auximanae ecclesiae socius honoris electus est : in quo munere populo orationibus, exemplo et concionibus opera tulit.
Silvestre naquit de race noble à Osimo, dans la Marche d’Ancône. La science des lettres et les bonnes mœurs avaient, dès l’enfance, merveilleusement brillé en lui. Son père l’envoya à Bologne, quand il fut plus grand, pour y étudier la jurisprudence. Mais, sur un avertissement divin, il s’adonna aux lettres sacrées et, de ce chef, encourut l’indignation paternelle qu’il supporta patiemment durant dix années. Son éminente vertu détermina les chanoines de l’église cathédrale d’Osimo à lui faire partager l’honneur de leur titre ; il fut dans cet office le secours du peuple par ses oraisons, son exemple et ses prédications.
Inter funus nobilis cujusdam defuncti, in aperto tumulo formosi viri suique propinqui deforme cadaver conspiciens : Ego, inquit, sum, quod hic fuit ; quod hic est, ego ero. Et mox, peracto funere, illi sibi Domini occurrente sententia : Qui vult venire post me, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me ; in solitudinem, majoris perfectionis studio, secessit, ibique vigiliis, orationibus jejuniisque deditus, crudas tantum herbas in cubum saepius adhibuit. Ut autem magis lateret homines, varias mutavit sedes ; ac demum pervenit ad montem Fanum, locum, quamvis prope Fabrianum, eo tamen tempore desertum, ibique in honorem sanctissimi patris Benedicti templum erexit, congregationisque Silvestrinorum fundamenta jecit, sub regula et habitu in visione sibi ab eodem Sancto ostensis.
Un jour qu’il assistait aux funérailles d’un de ses proches, noble personnage remarquable par sa beauté, il vit dans le cercueil ouvert l’affreux état du cadavre et dit : Je suis ce qu’il fut ; ce qu’il est, je le serai. Puis la parole du Seigneur lui vint en pensée : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Sans tarder, la cérémonie funèbre achevée, il se retira dans la solitude pour y travailler à sa perfection, se livrant aux veilles, aux prières, aux jeûnes, n’usant le plus souvent comme nourriture que d’herbes crues. Pour rester mieux caché aux hommes, il changea plusieurs fois d’asile, et arriva enfin au mont Fano. C’était alors, bien que proche de Fabriano, un lieu désert. Il y bâtit en l’honneur du très saint Père Benoît une église, et y jeta les fondements de la congrégation des Silvestrins, sous la règle et l’habit que, dans une vision, Benoît lui avait montrés.
At invidens satanas variis terroribus illius monachos turbare nitebatur, noctu monasterii januas hostiliter invadens. Sed vir Dei, hostis impetum ita repressit, ut monachi in sancto institute magis confirmarentur ac patris sanctitatem agnoscerent. Spiritu prophetiae aliisque donis enituit. Quae ut semper profunda humilitate conservavit, ita contra se daemonis invidiam concitavit ; a quo praeceps actus per scalas oratorii, et prope interimendus, praesentissimo Virginis beneficio incolumitati redditus est. Quod beneficium perpetua et singulari in illam pietate commendavit ad ultimi usque vitae spiritum, quem fere nonagenarius, sanctitate et miraculis clarus, Deo reddidit anno salutis millesimo ducentesimo sexagesimo septimo, sexto Kalendas Decembris. Ejus Officii ac Missam Leo decimus tertius Pontifex maximus ad universam extendit Ecclesiam.
Cependant la jalousie de Satan s’efforçait de troubler ses moines, cherchant à les effrayer en diverses manières, donnant de nuit l’assaut aux portes du monastère. Mais l’homme de Dieu repoussa si bien l’attaque de l’ennemi, que les moines, connaissant la sainteté de leur père, s’en trouvèrent plus affermis encore en leur saint institut. L’esprit de prophétie et d’autres dons brillaient en lui. L’humilité toujours si profonde qu’il leur donnait pour garde excita à ce point l’envie du démon que, le précipitant par l’escalier de l’oratoire, il l’eût tué sans la très secourable assistance de la bienheureuse Vierge qui le releva sain et sauf. Il voua jusqu’au dernier soupir à sa bienfaitrice une piété singulière. Âge d’environ quatre-vingt-dix ans, illustre par sa sainteté et ses miracles, il rendit son âme à Dieu l’an du salut mil deux cent soixante-sept, le six des calendes de décembre. Léon XIII, Souverain Pontife, a étendu son Office et sa Messe à toute l’Église.
Combien sont vaines noblesse et beauté, la mort, en vous le révélant, ouvrit devant vous les sentiers de la vie. La futilité d’un monde qu’abuse le mirage de plaisirs trompeurs, ne saurait comprendre l’Évangile qui remet au delà du temps la béatitude, et fait du renoncement, de l’abaissement, de la croix, le chemin pour y parvenir. Avec l’Église [Collecte du jour.]nous demandons au Dieu très clément qu’il veuille, en considération de vos mérites, nous donner de mépriser comme vous les félicités sitôt dissipées de la terre, pour jouir un jour en votre compagnie de l’éternel et vrai bonheur. Daignez appuyer nos supplications de votre prière.
Nous attendons de Celui qui vous a glorifié qu’il bénisse et multiplie vos fils, qu’il soutienne avec eux tout l’Ordre monastique, toute famille religieuse, dans les angoisses du temps présent. Saint Abbé, reconnaissez par des bienfaits nouveaux la confiance du Pontife suprême étendant votre culte à l’Église entière en ces tristes jours.
Pierre, évêque d’Alexandrie après saint Théonas, fut par sa science et sa sainteté la gloire de l’Égypte et la lumière de toute l’Église de Dieu. Son courage fut tel dans l’atroce persécution excitée par Maximien Galère, que le spectacle d’une si admirable patience fortifia la vertu d’un grand nombre de chrétiens. Ce fut lui qui sépara le premier de la communion des fidèles Arius, diacre d’Alexandrie, à cause de l’appui qu’il donnait au schisme des Mélétiens. Les prêtres Achillas et Alexandre étant venus intercéder pour Arius dans la prison où l’évêque attendait la mort, il leur répondit que, pendant la nuit, Jésus s’était montré à lui la robe déchirée, et que comme il en demandait la cause, le Seigneur avait dit : « Arius a déchiré ma robe, qui est l’Église. » Et leur prédisant qu’ils lui succéderaient dans l’épiscopat, il leur défendit de jamais recevoir Arius à la communion, parce qu’il le savait mort à Dieu. La preuve de la vérité de cette prophétie ne devait pas se faire attendre longtemps. Pour Pierre, il eut la tête tranchée, cueillant ainsi la couronne du martyre, en la douzième année de son épiscopat, le VI des calendes de décembre [Légende de saint Pierre d’Alexandrie au Bréviaire romain.].
Honorons et prions le grand évêque dont l’Église fait mémoire en ce jour. On le nomma longtemps, comme par excellence, Pierre le Martyr ; jusqu’à ce qu’au XIII° siècle, un autre Pierre Martyr, illustre lui-même entre tous, fit qu’on appela désormais son glorieux homonyme Saint Pierre d’Alexandrie.
Ant. ISTE sanctus pro lege Dei sui certavit usque ad mortem, et a verbis impiorum non timuit : fundatus enim erat supra firmam petram.
R. Et constituisti eum super opera manuum tuarum.
V. Gloria et honore coronasti eum Domine.
ANT. Ce saint a combattu jusqu’à la mort pour la loi de son Dieu, et n’a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme.
V/. Vous l’avez couronné d’honneur et de gloire, ô Seigneur.
R/. Et vous l’avez établi sur les œuvres de vos mains.
ORAISON.
INFIRMITATEM nostram respice, omnipotens Deus : et quia pondus propriae actionis gravat, beati Petri Martyris tui atque Pontificis, intercessio gloriosa nos protegat. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité ; et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Pierre, votre Martyr et Pontife. Par Jésus – Christ.
LE XXIX NOVEMBRE. LA VIGILE DE SAINT ANDRÉ. SAINT SATURNIN, MARTYR.
Noël apparaît à l’horizon. Le dernier Dimanche après la Pentecôte a clos pour nous les enseignements du Cycle mobile. Depuis déjà le XXVII de ce mois, les jours appartiennent selon les années au Cycle naissant ou à celui qui expire.
La dernière Leçon de l’Écriture du Temps [Au Samedi précédant l’Avent.] se termine par la déclaration solennelle du dernier des Prophètes, annonçant les temps nouveaux : Du lever du soleil à son couchant, mon Nom est grand chez les nations, dit le Seigneur des armées, et en tout lieu s’offre à mon Nom le sacrifice d’une oblation pure [Malach. I, II.].
Faisant écho à Malachie, et rejoignant les temps aux temps, Jean-Baptiste s’écrie dans l’Évangile du jour : Voici l’Agneau de Dieu ! Et il nous montre tou’. près de nous déjà le Messie [Évangile de la Vigile de saint André, JOHAN. I, 36.].
À la demande qu’André, frère de Pierre, et un autre disciple de Jean lui adressent : Maître, où habitez-vous ? Jésus répond : Venez et voyez. Et ils vinrent, poursuit en son Évangile le disciple bien-aimé, et ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent chez lui ce jour-là [Ibid. 38, 39.].
Sur quoi saint Augustin nous dit en cette Vigile, au nom de notre Mère l’Église : « Élevons-lui une demeure dans nos cœurs, pour qu’il y vienne, et qu’il nous enseigne, et qu’il vive avec nous [Homilia Vigiliae, ex Aug. Tract. VII in JOHAN.]. » C’est tout l’Avent qui se dessine.
Mettons-en la saison bénie sous la protection de l’Apôtre de la Croix, et du saint Martyr que l’Église honore de temps immémorial en ce jour.
ORAISON.
Quaesumus omnipotens Deus : ut beatus Andreas Apostolus, cujus praevenimus festivitatem, tuum pro nobis imploret auxilium ; ut a nostris reatibus ab soluti, a cunctis etiam periculis eruamur. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, nous vous en supplions : puisse le bienheureux Apôtre André, dont nous prévenons la fête, implorer pour nous votre secours ; afin qu’absous de nos péchés, nous soyons aussi délivrés de toute crainte. Par Jésus-Christ.
ORAISON.
Deus, qui nobis beati Saturnini Martyris tui concedis natalitio perfrui : ejus nos tribue meritis adjuvari. Per Dominum.
Dieu qui nous donnez de jouir du jour natal du bienheureux Saturnin, votre Martyr : accordez-nous d’éprouver l’aide de ses mérites. Par Jésus-Christ.
LE XXX NOVEMBRE. SAINT ANDRÉ, APÔTRE.
Cette fête est destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s’éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s’ouvrir. Certes, il était juste que, dans l’Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu’il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.
Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l’Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l’Amour ; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c’est à l’aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l’Église se rend digne de son Époux : tout en elle retrace ce triple caractère. C’est donc pour cela qu’après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l’objet d’une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.
Mais lisons les gestes de l’héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l’arbre de la Croix. L’Église les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés parles prêtres de l’Église de Patras, qu’il avait fondée. L’authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVII°et XVIII° siècles, tant en France qu’à l’étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d’érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Églises de l’Orient et de l’Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.
Andreas Apostolus Bethsaidae natus, qui est Galilaeae vicus, frater Petri, discipulus Joannis Baptistae, cum eum de Christo dicentem audisset : Ecce Agnus Dei ; secutus Jesum, fratrem quoque suum ad eumdem perduxit : cum postea una cum fratre piscaretur in mari Galilaeae, ambo a praetereunte Christo Domino ante alios Apostolos vocati illis verbis : Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum ; nullam interponentes moram, et relictis retibus secuti sunt eum. Post cujus passionem et resurrectionem, Andreas, cum in Scythiam Europae, quae ei provincia ad Christi fidem disseminandam obtigerat, venisset, deinde Epirum ac Thraciam peragrasset ; doctrina et miraculis innumerabiles homines ad Christum convertit. Post Patras Achajae profectus, et in ea urbe plurimis ad veritatem evangelicam perductis, Aegeam proconsulem, praedicationi evangelicae resistentem, liberrime increpavit, quod, qui judex hominum haberi vellet, Christum Deum omnium judicem a daemonibus elusus non agnosceret.
André, Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée, était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : Voici l’Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres, par le Seigneur, qui, passant près d’eux, leur dit : Suivez-moi : je vous ferai pêcheurs d’hommes. Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d’Europe ; puis il parcourut l’Épire et la Thrace, et par sa prédication et ses miracles, convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras, ville d Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Égée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu’à lui faire méconnaître le Christ Dieu, Juge de tous les hommes.
Tunc Aegeas iratus, Desine, inquit, Christum jactare, cui similia verba nihil profuerunt, quominus a Judaeis crucifigeretur. Andream vero de Christo nihilominus libere praedicantem quod pro salute humani generis se crucifigendum obtulisset, impia oratione interpellat, ac demum hortatur, ut sibi consulens, diis velit immolare. Cui Andreas : Ego omnipotenti Deo, qui unus et verus est, immolo quotidie, non taurorum carnes, nec hircorum sanguinem, sed immaculatum Agnum in altari : cujus carnem posteaquam omnis populus credentium manducaverit, Agnus, qui sacrificatus est, integer perseverat et vivus. Quam ob rem ira accensus Aegeas, jubet eum in carcerem detrudi : unde populus Andream facile liberasset, nisi ipse sedasset multitudinem, vehementius rogans, ne se ad optatissimam martyrii coronam properantem impedirent.
Égée irrité lui dit : Cesse de vanter ton Christ que de tels propos n’ont point empêche d’être crucifié par les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s’était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache immolé sur l’autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l’Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C’est pourquoi Égée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eût aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n’eût apaise la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne du martyre.
Igitur paulo post in tribunal productum, cum Aegeas crucis extollentem mysteria, sibique suam impietatem exprobrantem diutius ferre non posset, in crucem tolli, et Christi mortem imitari jussit. Adductus Andreas ad locum martyrii, cum crucem vidisset, longe exclamare coepit : O bona crux, quae decorem ex membris Domini suscepisti, diu desiderata, sollicite amata, sine intermissione quaesita, et aliquando cupienti animo praeparata : accipe me ab hominibus, et redde me magistro meo : ut per te me recipiat, qui per te me redemit. Itaque cruci affixus est : in qua biduum vivus pendens, et Christi fidem praedicare numquam intermittens, ad eum migravit, cujus mortis similitudinem concupierat. Quae omnia presbyteri et diaconi Achajae, qui ejus passionem scripserunt, se ita ut commemorata sunt, audisse et vidisse testantur. Ejus ossa primum Constantino imperatore Constantinopolim, deinde Amalphim translata sunt. Caput, Pio secundo Pontifice, Romam allatum, in basilica sancti Petri collocatum est.
Peu après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Égée exaspéré commanda qu’on le mît en croix, pour lui faire imiter la mort du Christ. C’est alors qu’arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix, André s’écria de loin : O bonne Croix qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur, Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté par toi. Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours, sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à Celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu’ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d’abord à Constantinople, au temps de l’empereur Constance, et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de Saint-Pierre.
Entendons maintenant la voix des diverses Églises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l’Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Évangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d’abord quelques-uns des Répons de Matines.
R. Cum perambularet Dominus juxta mare Galilaeae vidit Petrum et Andream retia mittentes in mare, et vocavit eos, dicens :* Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum.V. Erant enim piscatores, et ait illis.R. Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum.
r. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes, v. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes.
R. Mox ut vocem Domini praedicantis audivit beatus Andreas, relictis retibus, quorum usu actuque vivebat,* Aeternae vitae secutus est praemia largientem.V. Hic est qui pro amore Christi pependit in cruce, et pro lege ejus sustinuit passionem.R. Aeternae vitae secutus est praemia largientem.
r. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l’appelait, ayant quitté les filets dont l’usage le faisait vivre, * Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle, v. C’est cet homme qui pour l’amour du Christ tut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. * Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.
R. Doctor bonus, et amicus Dei Andreas ducitur ad crucem, quam a longe aspiciens dixit : Salve crux,* Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.V. Salve crux, quae in corpore Christi dedicata es : et ex membris ejus tamquam margaritis ornata.R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.V. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.
r. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix ! * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître, v. O Croix, salut ! toi qui as été consacrée1 par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres, comme d’autant de perles précieuses. * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.
R. Videns crucem Andreas exclamavit, dicens : O crux admirabilis, o crux desiderabilis, o crux quae per totum mundum rutilas :* Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.V. O bona crux, quae decorem et pulchritudinem de membris Domini suscepisti.R. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.V. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.R. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit
r. André, voyant la croix, s’écria : O Croix admirable ! ô Croix désirable ! ô Croix qui brilles par tout l’univers ! * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi. v.O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l’éclat et la beauté. * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi.
R. Oravit sanctus Andreas, dum respiceret in cœlum, et voce magna clamavit et dixit : Tu es Deus meus, quem vidi : ne me patiaris ab impio judice deponi :* Quia virtutem sanctae crucis agnovi.V. Tu es magister meus Christus, quem dilexi, quem cognovi, quem confessus sum : tantummodo in ista voce exaudi me.R. Quia virtutem sanctae crucis agnovi
r. Saint André pria, en regardant le ciel, et s’écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j’ai vu de mes yeux ; ne souffrez pas que je sois détaché d’ici par un juge impie : * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix. v. Vous êtes le Christ mon maître, que j’ai aimé, que j’ai connu, que j’ai confessé : exaucez seulement cette prière que je vous fais. * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix.
Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d’onction.
ANTIENNES.
Salve crux pretiosa, * suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus
Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.
Beatus Andreas * orabat, dicens : Domine Rex aeternae gloriae, suscipe me pendentem in patibulo
Le bienheureux André priait, et disait : Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.
Andreas Christi famulus, * dignus Dei Apostolus, germanus Petri, et in passione socius
André, le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.
Maximilla Christo amabilis * tulit corpus Apostoli, optimo loco cum aromatibus sepelivit.
Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l’Apôtre, et l’ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.
Qui persequebantur justum, * demersisti eos Domine in inferno, et in ligno crucis dux justi fuisti.
Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités. Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l’appui du juste sur la Croix.
L’Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l’ami de saint Jérôme ; il y est fait allusion au nom d’André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté.
HYMNE.
Decus sacrati nominis, vitamque nomen exprimens, hoc te decorum praedicat crucis beatae gloria.
Andrea, Christi Apostole, hoc ipso jam vocabulo signaris isto nomine, decorus idem mystice.
Quem Crux ad alta provehit, crux quem beata diligit, cui crux amara praeparat lucis futurae gaudia.
Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.
In te Crucis mysterium cluit gemello stigmate, dum probra vicis per Crucem, crucisque pandis sanguinem.
André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.
Jam nos foveto languidos, curamque nostri suscipe,
O vous que la Croix élève jusqu’aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l’amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,
Quo per Crucis victoriam cœli petamus patriam. Amen.
En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé : vous triomphez de l’opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.
Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel.
Amen.
Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l’Apôtre de la Croix. La première est du XI° siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les Séquences de cette époque.
SÉQUENCE.
Sacrosancta hodiernae festivitatis praeconia
Digna laude universa categorizet Ecclesia.
Mitissimi sanctorum sanctissima extollenda merita,
Hic accepto a Johanne Baptista quod venisset qui tolleret peccata ;
Inventoque fratre suo Barjona : Invenimus ait ovans, Messiam,
Mox ejus intrans habitacula, audiebat eloquia.
Et duxit eum ad dulcifluam Salvatoris praesentiam,
Hunc perscrutantem maria, Christi vocavit clementia.
Artem piscandi commutans dignitate apostolica.
Hujus animam post clara festi Paschalis gaudia,
Sancti Spiritus praeclara perlustravit potentia ;
Ad praedicandum populis paenitentiam, et Dei Patris per Filium clementiam.Gratulare ergo tanto patre, Achaia ;
Honorata multimoda signorum frequentia.Et tu gemens plora, trux carnifex Aegea.
Illustrata ejus salutari doctrina ;
Tu lues inferna et mors tenet aeterna.
Sed Andream felicia per Crucem manent gaudia.
Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu’on célèbre en ce jour.
Jam Regem tuum spectas, jam in ejus conspectu, Andrea stas.Odorem suavitatis jam adspiras, quem divini amoris aroma dat.
Que toute l’Église fasse entendre un chant digne du sujet.
Sis ergo nobis inclyta dulcedo, spirans intima cœlestis vitae balsama. Amen.
Qu’elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,
De l’Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.
11 apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.
Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.
Et rencontrant son frère Barjona : Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie ;
Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.
André parcourait les mers, quand l’appela la clémence du Christ ;
Pour échanger l’art de pêcheur contre la dignité de l’Apostolat.
Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,
Fut illuminée par la puissance glorieuse de l’Esprit-Saint ;
Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.
Réjouis-toi d’un si noble Père, ô Achaïe !
Éclairée par sa doctrine salutaire,
Illustrée par l’abondance variée de ses prodiges.
Et toi, gémis et pleure, Égée, cruel bourreau !
À toi, l’infection infernale et l’éternelle mort.
Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.
Déjà tu contemples ton Roi, André ! déjà tu apparais debout devant lui.
Déjà tu aspires l’odeur des parfums qu’exhale l’arôme du divin amour.
Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie. Amen.
La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge.
SÉQUENCE.
Exsultemus et laetemur : et Andreae delectemur laudibus Apostoli.
Hujus fidem, dogma mores, et pro Christo tot labores, digne decet recoli.
Hic ad fidem Petrum duxit, cui primum lux illuxit, Johannis indicio.
Secus mare Galilaeae, Petri simul et Andreae sequitur electio.
Ambo prius piscatores, verbi fiunt assertores, et forma justitiae.
Tete laxant in capturam ; vigilemque gerunt curam nascentis Ecclesiae.
Fide, vita, verbo, signis, doctor pius et insignis cor informat populi.
A fratre dividitur, et in partes mittitur Andrea Achaiae.
In Andreae retia currit, Dei gratia, magna pars provinciae.
Ut Aegeas comperit quid Andreas egerit, irae surgunt stimuli.
Mens secura, mens virilis, cui praesens vita vilis, viget patientia.
Blandimentis aut tormentis non enervat robur mentis judicis insania.
Crucem videns praeparari, suo gestit conformari magistro discipulus.
Mors pro morte solvitur et crucis appetitur triumphalis titulus.
In cruce vixit biduum, victurus in perpetuum : nec vult volente populo deponi de patibulo.
O Andrea gloriose, cujus preces pretiosae, cujus mortis luminosae dulcis et memoria.
Hora fere dimidia, luce perfusus nimia, cum luce, cum laetitia, pergit ad lucis atria.
Ab hac valle lacrymarum, nos ad illus lumen clarum, pie pastor animarum, tua transfer gratia. Amen.
Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l’Apôtre André.
Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.
C’est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.
Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.
Tous deux d’abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.
Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s’étendent sur toute l’Église naissante.
Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l’Achaïe.
Dans les filets d’André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.
Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.
Égée apprend les œuvres d’André, et déjà s’agite sa fureur.
Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s’arme de la patience.
Ni les caresses, ni les tortures qu’emploie le sensé, n’amollissent son âme vigoureuse.
Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d’être un disciple semblable à son Maître.
Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.
Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.
Pendant une moitié d’heure, il est inondé de clarté ; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.
O glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;
Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élevez-nous par votre faveur jusqu’à cette éclatante lumière.
Amen.
Les pièces que nous avons rapportées jusqu’ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Églises, ou de ceux des diverses Églises de l’Occident qui gardent la forme de ses Offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint Apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres Liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle Préface qui suit.
PRÉFACE.
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine Sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Adest enim nobis dies sacri votiva mysterii : qua beatus Andreas germanum se Petri Apostoli tam praedicatione Christi tui, quam confessione monstravit ; et apostolicae numerum dignitatis simul passione supplevit et gloria ; ut id, quod libera praedicaverat voce, nec pendens taceret in cruce : auctoremque vitae perennis tam in hac vita sequi, quam in mortis genere meruit imitari : ut cujus praecepto terrena in semetipso crucifixerat desideria, ejus exemplo ipse patibulo figeretur. Utrique igitur germani piscatores, ambo cruce elevantur ad cœlum ; ut, quos in hujus vitae cursu tua gratia tot vinculis pietatis constrinxerat, hos similis in regno cœlorum necteret et corona : et quibus erat una causa certaminis, una retributio esset et praemii.
Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à la mémoire d’un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l’Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l’honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu’il avait prêché sur la terre d’une voix intrépide ; heureux de suivre l’auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l’imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce, Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d’amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des deux, et qu’après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage.
La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l’Église des Gaules, du IV° au VIII° siècle, partageait l’enthousiasme des Églises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix.
CONTESTATION.
Dignum et justum est ; aequum et justum est : pietati tuae ineffabiles gratias referre, omnipotens sempiterne Deus : et inaestimabili gaudio passionem tuorum praedicare Sanctorum, per Christum Dominum nostrum. Qui beato Andreae in prima vocatione dedit fidem ; et in passione donavit victoriam. Acceperat haec utraque beatus Andreas ; ideo habebat et in praedicatione constantiam, et in passione tolerantiam. Qui post iniqua verbera, post carceris septa, alligatus suspendio se purum sacrificium tibi obtulit Deo. Extendit mitissimus brachia ad cœlos ; amplectitur crucis vexillum ; defigit in osculis ora ; Agni cognoscit arcana. Denique dum ad patibulum duceretur, in cruce suspenderetur, carne patiebatur, et Spiritu loquebatur. Obliviscitur crucis tormenta ; dum de cruce Christum praeconat. Quantum enim corpus ejus in ligno extendebatur ; tantum in lingua ejus Christus exaltabatur. Absolvi se non patitur a cruce, ne tepescat certamen in tempore. Turba circumspicit, et lamentat : demitti a vinculo petit, quem reparatorem mentis intelligit. Laxari postulat justum, ne pereat populus hoc delicto. Interea fundit Martyr spiritum, possessurus sempiterni Judicis regnum. Pro cujus meritis concede nobis, omnipotens Deus, ut a malis omnibus tuti atque defensi, tibi Domino nostro Deo Martyrum et Principi Apostolorum, laudes semper et gratias referamus.
Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d’ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs ; et c’est pour cela qu’il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices. Après des verges injustes, après l’étroite prison, enchaîné au gibet, il s’offrit à vous, ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l’étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l’Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l’Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ ; car, suspendu au bois, il se félicitait d être associé au Christ. Il ne souffre pas qu’on le descende de la croix, dans la crainte que l’ardeur du combat qu’il soutient ne s’attiédisse. La foule le considère et se lamente ; elle veut qu’on délie les liens de celui qu’elle sait être le médecin des âmes ; elle demande qu’on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l’âme, et est admis en possession du royaume de l’éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d’être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d’éternelles louanges et actions de grâces, à vous, notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres.
La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu’au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :
CAPITULE.
Christe, Dominus noster, qui beatissimum Andream, et Apostolatus gratia, et Martyrii decorasti corona ; hoc illi specialiter in munere praestans, ut Crucis praedicando mysterium, ad Crucis mereretur pervenire patibulum : da nobis, ut sanctae Crucis tuae verissimi amatores effecti, abnegantes nosmetipsos tollamus crucem nostram, et sequamur te ; ut passionibus tuis in hac vita communicantes, ad aeternam vitam pervenire mereamur felices.
O Christ, notre Seigneur, qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l’Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l’honneur d’arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de devenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre ; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l’éternelle vie.
L’Église Grecque ne le cède à aucune de celles de l’Occident pour le zèle à célébrer les prérogatives et les mérites de saint André. Il lui est même d’autant plus cher, que Constantinople le regarde comme son Apôtre tutélaire. Il serait difficile, peut-être, de justifier par des arguments sérieux la prétention des Grecs, qui attribuent à saint André la fondation de l’Église de Byzance ; mais il est certain que Constantinople fut, pendant plusieurs siècles, enrichie du précieux dépôt de ses reliques. Elles y furent transportées en 357, par les soins de l’Empereur Constance, qui les déposa dans la Basilique des Apôtres bâtie par Constantin. Plus tard, vers le milieu du VI° siècle, Justinien en fit une nouvelle translation, toujours dans la même Église. Nous empruntons aux Menées des Grecs les belles Hymnes qui suivent ; la première se chante à l’ Office du soir, et la seconde à l’Office du matin.
AU SOLENNEL OFFICE DU SOIR.
Luci antelucanae assimilatus, quem splendorem hypostaticum Paternae gloriae dicimus, hominum genus per suam magnam misericordiam salvare cum voluisset, tune primus, gloriose, illi occurristi, illustratus interius perfectissima ejus Deitatis claritate : unde et praeco et Apostolus vocaris Christi Dei nostri ; quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.
Quand Celui que l’on compare à l’astre avant-coureur du jour, et que nous appelons la splendeur hypostatique de la gloire du Père, voulut, par sa grande miséricorde, sauver le genre humain, tu vins le premier, ô glorieux André, te présenter à lui, illuminé dans ton âme par la pure clarté de sa très parfaite Divinité ; c’est pourquoi tu es appelé et le héraut et l’Apôtre de notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.
Praecurrenti voce insonans, quando omni-sanctum Verbum caro factum est, quando nobis vitam donavit, salutemque in terris evangelizavit, tune, sanctissime, istud secutus es, et teipsum primitias et sacrificium quasi primam ipsi oblationem constituisti : quem cognoscere fecisti, fratrique tuo monstrasti Deum nostrum ; hunc deprecare salvare animas nostras.
Quand Celui qu’avait proclamé la voix du Précurseur, le Verbe très saint, se fit chair et nous donna la vie ; quand il apporta la bonne nouvelle du salut à la terre, tu vins te mettre à sa suite en t’offrant toi-même comme prémices, comme sacrifice, et première oblation à Celui que tu fis ensuite connaître, et que tu désignas à ton frère comme étant notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.
Qui carnem e sterili florescenti induit, quando Virginalis Filius apparuit, praeceptor pietatis puritatem démonstrans, tune tu, ardentissime virtutis amator, Andrea, beatus effectus es ; ascensiones in tuo corde disponens, a gloria in gloriam sublimatus es inauditam Domini Dei nostri : quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.
Quand Celui qui se revêtit de notre chair dans un sein infécond, et pourtant florissant ; quand le Fils de la Vierge apparut, le maître de la piété, l’auteur de la pureté ; alors, très ardent amateur de la vertu, ô André ! tu fus a u comble de ton bonheur ; disposant dans ton cœur de sublimes élans, tu t’élevas de la gloire à la gloire ineffable du Seigneur notre Dieu, lequel daigne prier de sauver et d’éclairer nos âmes.
Piscium piscationem derelinquens, homines carpis calamo praedicationis, mittens hamum pietatis, et extrahens e profundo erroris omnes Gentes, Andrea Apostole, Coryphaei frater, et terrée dux celeberrime, excellens et non deficiens ; tenebrosos homines illustra tua veneranda memoria.
Tu abandonnes la pêche des poissons, ô grand Apôtre, pour pêche les hommes avec la ligne de la prédication, leur jetant l’appât de la piété, et retirant tous les peuples de l’abîme de l’erreur, ô André, Apôtre, frère du Coryphée, glorieux, excellent et puissant Prince de la terre ; viens illuminer par ta douce mémoire ceux qui sont dans les ténèbres.
Primovocatus discipulus et imitator passionis tuae, assimilatus tibi. Domine, Andreas Apostolus in abysso dégentes ignorantiae' olimque errantes, hamo tuae Crucis cum abstraxisset, tibimetipsi adduxit : et ideo salvati fidèles ad te clamamus precibus illius, optime Domine, vitam nostram pacifica, et salva animas nostras.
Le premier appelé à l’Apostolat, l’imitateur de votre Passion, celui qui se rendit semblable à vous, Seigneur, c’est André, Apôtre, lequel se servant de votre Croix comme d’une ligne salutaire, retira de l’abîme de l’ignorance ceux qui y vivaient errants autrefois, et vous les amena ; c’est pourquoi, nous, fidèles qui avons été sauvés, nous crions vers vous, ô Seigneur de bonté : Pacifiez notre vie et sauvez nos âmes par son intercession !
Ignis illuminans mentes et comburens peccata, in corde interius arripiens, Apostolus Christi discipulus fulget mysticis radiis instructionum in Gentium tenebrosis cordibus. Urit autem iterum surculosas impiorum fabulas ; ignis enim Spiritus tantam habet energiam ! O mirabiliter terribile ! Cœnosa lingua, fictilis natura, corpus pulverinum, intellectualem et immaterialem praebuit Gnosim. Sed tu, o initiate rerum ineffabilium, et contemplator cœlestium, deprecare illuminari animas nostras.
L’Apôtre disciple du Christ est un feu qui illumine les intelligences, consume les péchés et pénètre jusqu’au fond des cœurs. Il brille par les mystiques rayons de ses préceptes dans les cœurs ténébreux des Gentils. Il consume les vains rejetons des discours fabuleux des impies ; tant a d’énergie le feu de l’Esprit-Saint ! O étonnante merveille ! une langue de limon, une nature d’argile, un corps de poussière a montré à tous l’intellectuelle, l’immatérielle Gnose. Et toi, ô initié des mystères ineffables ! ô contemplateur des choses célestes ! daigne prier le Seigneur d’illuminer nos âmes.
Gaudeas, disertum cœlum, gloriam Dei passim enarrans. Primus Domino obediens ardenter effectus, ipsi immédiate adhaerens, ab ipso accensus, lumen apparuisti alterum, et degentes in tenebris, tuis illuminasti radiis, hanc Domini benignitatem imitatus : unde tuam omnisanctam perficimus laudem, et Reliquiarum thecam cum gaudio magno deosculamur, ex qua scaturit salus petentibus et magna misericordia.
Réjouis-toi, ô Ciel éloquent ! qui racontes partout la gloire de notre Dieu. Le premier tu te soumis à l’obéissance du Seigneur, tu t’attachas immédiatement à lui ; et nourri de ses divins feux, tu apparus comme une seconde lumière pour éclairer de tes rayons ceux qui vivaient dans les ténèbres, imitant ainsi la bénignité du Seigneur ; c’est pourquoi nous célébrons par nos louanges ta sainte mémoire, et nous baisons avec grande joie la châsse sacrée de tes Reliques, de laquelle découle la santé et une grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent. Par les filets de tes oracles, tu as retiré de l’abîme de l’ignorance les peuples qui ne connaissaient point Dieu. Tu as agité les ondes comme le coursier généreux du dominateur de la mer, ô digne de toute louange ! tu as desséché l’ordure de l’impiété, ô sel vénérable, en y semant ta sagesse, laquelle, ô glorieux Apôtre, remplit de stupeur et d’étonnement ceux qu’enflait une vaine et nuisible sagesse, et qui ignoraient le Seigneur qui donne au monde sa grande miséricorde.
Gentes nescientes Deum quasi ex abysso ignorantiae vivas carpsisti sagena tuorum oraculorum, salsaque commoves aequora sapienter, equus optimus visus Dominatoris maris, celebrande ; qui siccasti putredinem impietatis, sal honorandum, spargens sapientiam tuam : quam stupentes admirati sunt, Apostole gloriose, qui malesanam sapientiam inflati amplexi erant, ignorantes Dominum donantem mundo magnam misericordiam.
À L’OFFICE DU MATIN.
Accurristi siti non vocatus, Andrea, sed voluntarie, sicut cervus ad fontem vitae. Fide innixus, de incorruptionis fontibus siti fatigatas extremas usque regiones potasti.
Cognovisti naturae leges, Andrea admirande, et comparticipem accepisti fratrem, clamans : invenimus Desideratum ; atque ei qui iter fecerat secundum carnis generationem, accersisti Spiritus cognitionem.
Verbum cum dixisset : Hic rétro mei Christum alacer secutus est cum Andréa et Cephas genitori valedicentes, et naviculae, et retibus, tamquam fidei propugnacula.
Tu es accouru, ô André ! appelé non par la soif, mais de toi-même, comme le cerf, à la fontaine de vie. Appuyé sur la foi, tu as abreuvé aux sources incorruptibles les régions les plus éloignées, exténuées par la soif.
Deifica inexhaustaque potentis omnifactoris atque flammantis Spiritus virtus in te, Andréa divine, inhabitans in igneae linguae forma, ineffabilium te indicavit praeconem.
Tu as reconnu les lois de la nature, ô André l’Admirable ! et tu as admis ton frère en partage avec toi, en lui criant : Nous avons trouvé le Désiré ; et à celui qui marchait selon la voie de la chair, tu as procuré la connaissance de l’Esprit.
Non arma ad defensionem attulit carnea, et ad destructionem terribilium inimici propugnaculorum, Andréas honoratissimus ; sed ad Christum loricatus, quas captivitate redegerat Gentes, adduxit submissas.
Quand le Verbe eut dit : Suivez-moi, Céphas aussi suivit le Christ avec André ; tous deux disant adieu à leur père, à leur barque, à leurs filets, pour être les citadelles de la foi.
Tuam ineffabilem pulchritudinem Andréas videns primus, Jesu, fratrem clara voce vocavit : Petre ardenter desiderans, invenimus Messiam, qui in Lege et in Prophetis proclamatus est ; veni, verae Vitae agglutinemur.
La déifique et inépuisable vertu du puissant auteur de toutes choses et de l’Esprit sans cesse enflammé, habitant en toi, ô divin André ! sous la forme d’une langue de feu, te fît connaître comme le héraut des ineffables vérités.
Hunc pro mercede recuperasti quem desiderabas, Andréa Apostole, ligatis cum eo laborum manipulis, tuisque digne cum eo collectis : unde te hymnis glorificamus.
André, digne à jamais de tout honneur, n’apporta point des armes de chair pour sa défense et pour la destruction des remparts terribles de son ennemi ; mais, couvert de la cuirasse, il amena soumises au Christ les nations que le Christ avait déjà rachetées de la captivité.
Magistrum desiderasti, et illum insecutus es, qui illius vestigiis ad vitam ambulasti, et illius passiones, vere honorande Andréa, usque ad mortem imitatus.
André, voyant le premier votre ineffable beauté, ô Jésus I appela son frère à haute voix : Pierre, dit-il, homme brûlant de désirs, nous avons trouvé le Messie prédit dans la Loi et les Prophètes ; viens, attachons-nous à la véritable Vie.
Spiritualem vitae tranquille navigatus abyssum, Apostole, perambulasti cum vélo Spiritus, fide Christi : ideoque ad vitae portum pervenisti gaudens in cuncta saecula.
Tu as retrouvé, pour ta récompense, Celui que tu désirais, ô Apôtre André ! Celui avec lequel tu as lié les gerbes de tes travaux, et tu Tes as dignement amassées ; c’est pourquoi nous te chantons un hymne de gloire.
Spiritali Sole in cruce occidente voluntate propria, solis jubar cum illo quaerens dissolvi et occidere in Christum, in ligno suspensus est Andréas, fax magna et fulgida Écclesiae.
Tu as désiré le Maître et tu l’as suivi, marchant à la vie sur ses traces, imitant ses souffrances jusqu’à la mort, ô André ! digne de tout honneur.
Velut discipulus omnium optimus, illius qui voluntarie affixus est Cruci, magistrum tuum usque ad mortem secutus, cum gaudio in altitudinem ascendisti Crucis, viam instruens ad cœlos, béate Apostole.
Tu as navigué tranquillement sur la mer spirituelle de la vie, ô Apôtre ! tu l’as parcourue avec la voile de l’Esprit, et la foi au Christ ; c’est pourquoi tu es parvenu joyeux au port de vie pour les siècles des siècles.
Gaude nunc, Bethsaida ; in te enim floruerunt e materno fonte nimis odorifera lilia, Petrus et Andréas, universo mundo fidei praedicationis odorem ferentes gratia Christi, cujus passionibus communicaverunt.
Le Soleil spirituel s’étant couché par sa volonté sur la Croix, André, le grand et brillant flambeau de l’Église, le glorieux reflet de ce divin soleil, voulant disparaître aussi et s’éteindre dans le Christ, a été suspendu au bois.
Te Patrum civitas pastorem possidet, et divinum praesidem, et periculorum omnium liberatorem, et custodem te, Andréa sapiens ; gratanter honoravit te : sed tu deprecare incessanter pro ea, ut servetur ab omni perditione.
Comme un disciple, le plus généreux de tous, de Celui qui volontairement fut attaché à la Croix, tu as suivi ton Maître jusqu’à la mort, tu es monté avec joie sur les sommets de la Croix ; nous traçant, ô bienheureux Apôtre, la route qui mène aux cieux.
Réjouis-toi présentement, Bethsaïda : en toi, en ton sein maternel ont fleuri les deux lis odorants, Pierre et André, qui ont répandu dans tout l’univers comme une suave odeur la prédication de la foi, par la grâce du Christ dont ils ont partagé la Passion.
La cité des Pères te possède comme son pasteur et son divin gouverneur, comme son libérateur dans tous les dangers et sa sentinelle vigilante, ô André, plein de sagesse ! Elle t’offre des hommages reconnaissants ; et toi, prie sans cesse pour elle, afin qu’elle soit préservée de toute calamité.
L’Église de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le Cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d’Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples. On sait qu’à la même époque, les plus précieuses reliques de l’Église grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements, et persista dans l’orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l’Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l’Église de Rome d’une si précieuse relique. En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessarion, et le douze Avril de cette même année, Dimanche des Rameaux, l’héroïque Pape Pie II l’alla chercher en grande pompe jusqu’au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd’hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. A l’aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d’un enthousiasme religieux, et avant de lever un si glorieux fardeau pour l’introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Églises ont prodigués à saint André :
« Vous voici donc arrivé, ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : O heureux exil qui trouve un pareil secours ! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.
« Cette ville que vous voyez, c’est l’auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c’est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d’élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos neveux. Tous reconnaissent en vous le frère d’un père, un second père ; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s’appuient sur votre patronage en la présence du grand Dieu.
« O très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l’auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu’au jour de la Pentecôte, le saint Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l’apparence du feu !
« O vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l’Esprit – Saint ! Ici s’arrêta l’Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité ; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n’est pas douteux qu’elles n’aient plus d’une fois reçu les baisers de Jésus.
O Sanctuaire ineffable ! ô charité ! ô piété ! ô douceur de l’âme ! ô consolation de l’esprit ! qui ne sentirait, en une telle présence, ses en – trailles s’émouvoir ? Quel cœur ne s’embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l’aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l’Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, ô très divin Apôtre André ! car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.
Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu’ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d’être embaumes de son très suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c’est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l’enceinte de la ville.
« Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu’à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous ; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu’elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ. Amen. »
C’est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l’Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d’une Octave dans beaucoup d’Églises, compte aussi parmi ses titres d’honneur celui d’avoir été choisi pour Patron de l’un des Royaumes de l’Occident : l’Écosse, aux jours de l’unité catholique, s’était placée sous sa protection. Puisse-t-il s’en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !
Prions maintenant, en union avec l’Église, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour ; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin.
C’est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier aux abords de ce chemin mystique de l’Avent où nous marcherons bientôt, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu’il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d’un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l’amenâtes à Jésus.
Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l’avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d’attente et de préparation qu’il nous reste à traverser, jusqu’au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d’être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.
Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André ! puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n’ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.
Cette voie, vous nous l’enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu’à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, ô saint Apôtre ! afin que nous comprenions cet amour de la Croix ; afin que, l’ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Épître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. IV, 1.) Vous, ô bienheureux André ! vous nous présentez aujourd’hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l’être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l’expiation des péchés qui nous couvrent, l’extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l’amour à Celui que son amour seul y a attaché.
Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, ô grand Apôtre ! que la Croix est la consommation, et non le principe. C’est le Dieu enfant, c’est le Dieu de la crèche qu’il nous faut d’abord connaître et goûter ; c’est l’Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c’est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps qui va s’ouvrir est celui de l’Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l’Avènement du Christ en nos cœurs.
Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Église dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; levez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu’elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu’elle aime cette Croix, et qu’elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu’elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l’Église de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l’unité, parce qu’elle n’a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l’amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d’Écosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l’erreur soient abrégés, et que cette moitié de l’Île des Saints rentre bientôt, avec l’autre, sous la houlette de l’unique Pasteur.
FIN DU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE
ET DE L’ANNÉE LITURGIQUE.
Table des matières
L’ANNEE LITURGIQUE 2
PREFACE. 2
LE TEMPS APRÈS LA PENTECOTE 3
CHAPITRE PREMIER. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE. 3
CHAPITRE II. DES OFFICES DE TIERCE, SEXTE ET NONE, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE. 15
CHAPITRE III. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET FÊTES, AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE. 23
CHAPITRE IV. DE L’OFFICE DE COMPLIES AU TEMPS APRÈS LA PENTECÔTE 28
PROPRE DES SAINTS 34
LE 1er NOVEMBRE. LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS. 34
AUX PREMIÈRES VÊPRES. 35
À LA MESSE. 44
AUX SECONDES VÊPRES. 49
LES VÊPRES DES MORTS. 50
LE II NOVEMBRE. LA COMMÉMORATION DES MORTS. 58
LES MATINES DES MORTS. 60
LES LAUDES DES MORTS. 77
LA MESSE DES MORTS. 86
L’ABSOUTE. 92
LE III NOVEMBRE. TROISIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. 94
LE MÊME JOUR. SAINT HUBERT, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR. 103
LE IV NOVEMBRE. SAINT CHARLES, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR. 104
LE V NOVEMBRE. CINQUIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. 111
LE VI NOVEMBRE. SIXIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. 115
LE VII NOVEMBRE. SEPTIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. 118
LE VIII NOVEMBRE. L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. 122
LE DIMANCHE APRÈS L’OCTAVE DE LA TOUSSAINT. LA FÊTE DE LA DEDICACE DES ÉGLISES. 125
AUX PREMIÈRES VÊPRES. 127
À LA MESSE. 132
AUX SECONDES VÊPRES. 137
LE IX NOVEMBRE. LA DÉDICACE DE LA BASILIQUE DU TRÈS SAINT SAUVEUR. 142
LE X NOVEMBRE. SAINT ANDRÉ AVELLINO, CONFESSEUR. 146
LE XI NOVEMBRE. SAINT MARTIN, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR. 149
LE XII NOVEMBRE. SAINT MARTIN Ier, PAPE ET MARTYR. 157
LE XIII NOVEMBRE. SAINT DIEGO, CONFESSEUR. 160
LE XIV NOVEMBRE. SAINT JOSAPHAT, ÉVÊQUE ET MARTYR. 161
LE XV NOVEMBRE. SAINTE GERTRUDE, VIERGE. 165
LE XVII NOVEMBRE. SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR. 169
LE XVIII NOVEMBRE. LA DÉDICACE DES BASILIQUES DES SS. APÔTRES PIERRE ET PAUL. 172
LE XIX NOVEMBRE. SAINTE Élisabeth DE HONGRIE, DUCHESSE DE THURINGE. 178
LE XX NOVEMBRE SAINT FÉLIX DE VALOIS, CONFESSEUR. 182
LE XXI NOVEMBRE. LA PRÉSENTATION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE. 184
LE XXII NOVEMBRE. SAINTE CÉCILE, VIERGE ET MARTYRE. 189
LE XXIII NOVEMBRE. SAINT CLEMENT Ier, PAPE ET MARTYR. 197
LE XXIV NOVEMBRE. SAINT JEAN DE LA CROIX, CONFESSEUR. 203
LE XXV NOVEMBRE. SAINTE CATHERINE, VIERGE ET MARTYRE. 207
LE XXVI NOVEMBRE. SAINT SILVESTRE, ABBÉ. 212
LE XXIX NOVEMBRE. LA VIGILE DE SAINT ANDRÉ. SAINT SATURNIN, MARTYR. 214
LE XXX NOVEMBRE. SAINT ANDRÉ, APOTRE. 215