Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange

   Léctio sancti Evangélii secúndum Lucam (10,13-16)
   
   In illo tempore: Dixit Iesus: Væ tibi, Chorázin! Væ tibi, Bethsáida! Quia si in Tyro et Sidóne factæ fuíssent virtútes, quæ in vobis factæ sunt, olim in cilício et cínere sedéntes pæníterent. Verúmtamen Tyro et Sidóni remíssius erit in iudício quam vobis.Et tu, Caphárnaum, numquid usque in cælum exaltáberis? Usque ad inférnum demérgeris! Qui vos audit, me audit; et, qui vos spernit, me spernit; qui autem me spernit, spernit eum, qui me misit.”
   En ce temps là : Jésus dit : "Malheur à toi, Corozaïn! malheur à toi, Bethsaïde! car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, depuis longtemps elles auraient fait pénitence, revêtues d’un sac et assises dans la cendre. C’est pourquoi, au jugement, il y aura moins de rigueur pour Tyr et pour Sidon que pour vous. Et toi, Capharnaüm, qui as été élevée jusqu'au ciel, tu seras plongée jusque (au fond de) dans l’enfer. Celui qui vous écoute, m’écoute; celui qui vous méprise, me méprise. Et celui qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé."
   Commentarium evangelii
   Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Nous réunissons au récit de saint Luc un fragment de saint Matthieu (Mt xi,20) qui trouvera peut-être ici sa vraie place chronologique. Les, malédictions contre les villes galiléennes ont pu, sans doute, être prononcées à divers moments ; mais elles se comprennent mieux à une date où le Seigneur s'éloigne de la Galilée pour toujours. Il n'est pas nécessaire d'imaginer que Jésus est revenu en Galilée après la Scénopégie : ses anathèmes supposent bien un certain voisinage des cités maudites, mais ils sont encore vraisemblables en terre samaritaine ou sur les frontières de Judée.
Alors, dit saint Matthieu, il commença à adresser des reproches aux villes galiléennes qui, en dépit de ses nombreux miracles, n'avaient point consenti à faire pénitence. La Galilée, nous le savons, était favorisée des biens de la terre et peu religieuse. Elle s'était enthousiasmée souvent des miracles opérés chez eile, mais sans aller jusqu'à la conversion, jusqu'à un vrai retour à Dieu. Il faut, pour se convertir, autre chose que des prodiges : lorsque manquent les dispositions intérieures de droiture et de vaillance, les miracles ne sont qu'un vain objet de curiosité et demeurent sans fruit. Malheur à vous, Corozain ! On ne connaît cette ville que par l'allusion rapide des deux évangélistes. Malheur à vous, Bethsaïde ! Car si les miracles accomplis au milieu de vous eussent été accordés à Tyr et à Sidon, depuis longtemps ces villes auraient fait pénitence, avec le sac et sous la cendre. Aussi je vous le déclare : au jour du jugement, le châtiment sera moins rigoureux pour Tyr et Sidon que pour Corozain et Bethsaïde. Des villes entièrement païennes sont moins coupables que les cités juives, obstinées dans leur indifférence. Ce n'est jamais en vain qu'on est aimé de Dieu : plus de tendresse témoignée nous crée une responsabilité plus redoutable. L'équité de Dieu jugera chacun selon ses oeuvres. Nous n'avons pas d'ailleurs à rechercher pourquoi le Seigneur donne là où il sait que son bienfait sera inutile, et pourquoi pas plutôt là où sa grâce aurait porté des fruits : Noli quaerere, si non vis errare. Dieu donne à son gré ; il est infiniment libre et indépendant dans la distribution de ses bienfaits.
Et tu, Capharnaum... Capharnaüm avait été choisie pour être la seconde patrie du Seigneur, le Centre de son apostolat, le rendez-vous du collège apostolique. Mais le souci des intérêts matériels, l'orgueil inspiré à cette ville par son commerce florissant, lui ont fait dédaigner l'honneur surnaturel d'appartenir, plus qu'aucune autre cité galiléenne, au Royaume de Dieu. Et le Seigneur lui demande, en empruntant ses termes au prophète Isaïe (xiv, 13,15) : Sera-ce vraiment jusqu'au ciel que vous vous élèverez ?... C'est jusqu'aux enfers que vous serez abaissée. Car si les miracles accomplis dans votre sein l'eussent été à Sodome, cette ville subsisterait sans nul doute encore aujourd'hui. Aussi, je vous le déclare : au jour du jugement, Sodome sera traitée avec plus d'indulgence que vous, Caphamaüm ! Le Seigneur conclut, chez saint Luc, en observant que les villes inhospitalières pour ses disciples seront traitées comme celles qui ne l'ont pas accueilli lui-même : Qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise, me méprise ; et qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé ( Mt., x, 40 ; Jo., xiii, 20).
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