Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (9,35-38)
In illo tempore: Circumíbat Iésus civitátes omnes et castélla, docens in synagógis eórum et prǽdicans evangélium regni et curans omnem languórem et omnem infirmitátem. Videns autem turbas, misértus est eis, quia erant vexáti et iacéntes sicut oves non habéntes pastórem. Tunc dicit discípulis suis: “Méssis quidem multa, operárii autem pauci; rogáte ergo Dóminum messis, ut mittat operários in messem suam.”
En ce temps là : Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l’Évangile du royaume, et guérissant toute langueur et toute infirmité. Et voyant les foules, Il en eut compassion ; car elles étaient accablées, et gisaient comme des brebis qui n’ont point de pasteur. Alors Il dit à Ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans Sa moisson.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
A la vue des foules qui le suivaient, se fatiguant pour entendre la bonne nouvelle, le Seigneur fut saisi d'une grande pitié. Elles le firent songer à d'autres foules qui ne pouvaient le suivre, et que son amour, pourtant, voulait atteindre. Ce « regard » est ordinaire chez le Seigneur : nous le retrouverons lors de la multiplication des pains (Mc., vi, 34 ; viii, 2) : Misereor super turbam. C'est le regard d'une tendresse qui embrasse toutes les âmes et qui s'incline vers toutes les misères. Le Seigneur ne songe pas tant, d'ailleurs, à la fatigue physique de ce peuple qu'à la détresse où l'avaient réduit ses guides religieux, les pharisiens et les scribes. Les foules étaient comme des brebis sans pasteurs (Ez., xxxiv), déchirées par les épines des halliers, par les morsures des loups ou des chiens, tombant de lassitude çà et là. La Synagogue ne dispensait plus la vérité ; elle se bornait à faire peser sur des faibles un joug intolérable. Et le Seigneur confie aux disciples ses préoccupations divines : « La moisson est grande, mais les ouvriers sont rares : priez donc le maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers pour sa moisson. » On voit naître le dessein du Seigneur, et cette combinaison affectueuse moyennant laquelle Dieu lui-même ira vers ceux qui ne peuvent pas venir à lui. Au lieu d'arracher les peuples à leur maison et à leur travail. Dieu s'en ira, dans la personne des apôtres et des disciples, frapper à la porte de chacun.