Dominica 11 Octobris 2026, Hebdomada XXVIII per annum,
L’ANNÉE LITURGIQUE
PAR LE
R. P. DOM PROSPER GUÉRANGER
ABBÉ DE SOLESMES
LE TEMPS PASCAL
TOME III
DOUZIÈME ÉDITION
1902
H. OUDIN, Éditeur
PARIS
10, RUE DE MÉZIÈRES, 10
POITIERS
9, RUE DU CHAUDRON-D’OR, 9
De licentia Superiorum
IMPRIMATUR
† HENRICUS, Episc Pictaviensis
6 Januarii 1902.
L’ANNÉE LITURGIQUE
PRÉFACE.
Ce volume est consacré principalement à l’exposition des mystères de l’Ascension et de la Pentecôte ; et l’importance de la matière nous a contraint à ne pas dépasser l’intervalle des trois semaines qui sont les dernières du Temps Pascal. Nous n’avons inséré dans ce volume que les fêtes des Saints des douze derniers jours du mois de mai. Le nombre des jours auxquels elles sont admises durant cette courte période est fort restreint. Cependant le mouvement de la Pâque, qui s’étend au delà d’un mois, nous eût obligé d’accumuler un nombre excessif de ces fêtes pour correspondre aux éventualités qui peuvent se rencontrer tout au plus sur dix à onze jours. On devra donc prendre au tome précédent ou aux suivants les fêtes qui ne se trouveront pas dans celui-ci.
Le volume qui doit suivre traitera des fêtes de la Trinité, du Saint-Sacrement, du Sacré-Cœur de Jésus, et commencera la longue période du Temps après la Pentecôte. On entrera alors dans la seconde partie du Cycle liturgique, bien que la date des fêtes de la Trinité et du Saint-Sacrement dépende originairement de celle de Pâques ; mais ces solennités sont détachées du Cycle mobile, quant à leur objet.
Nous continuons de réclamer avec la même confiance l’intervention de nos lecteurs auprès de Dieu, afin qu’il daigne nous permettre de mener à une heureuse fin cette œuvre entreprise pour sa gloire et l’utilité de nos frères.
CHAPITRE PREMIER. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR AU TEMPS PASCAL.
Au Temps pascal, le chrétien, dès son réveil s’unira a la sainte Église qui, dans l’Office des Matines, vient de faire entendre ces paroles solennelles
   Surrexit Dominus vere. Alleluia.
   Le Seigneur est véritablement ressuscité. Alléluia !
Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans Les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.
PRIÈRE DU MATIN.
D’abord, la louange et l’adoration à la très sainte Trinité :
   V/ Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.
   v. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;
   r. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.
   
   r. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.
   V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
r. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.
v. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
r. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Puis la louange à Jésus – Christ, notre Sauveur :
   v. In resurrectione tua, Christe, alleluia.
   r. cœli et terra laetentur, alleluia.
v. À votre résurrection, ô Christ, alléluia.
r. Les cieux et la terre tressaillent d’allégresse, alléluia.
Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :
   Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique, le Symbole de la Foi et les formules qui suivent, s’appliquant à entrer dans les pensées spéciales à ce saint temps en la manière développée au précédent volume de cette saison liturgique.
L’ORAISON DOMINICALE
   Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.
   Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
   Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.
   Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.
LA SALUTATION ANGÉLIQUE.
   Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.
   Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
   Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
   Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.
LE SYMBOLE DES APÔTRES.
   Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem cœli et terrae
   Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
   Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad in cœlos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.
   Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.
   Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam, Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.
   Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.
HYMNE.
   Aurora cœlum purpurat, Aether resultat laudibus, Mundus triumphans jubilat, Horrens avernus infremit :Rex ille dum fortissimus De mortis inferno specu Patrum senatum liberum Educit ad vitae jubar.Cujus sepulchrum plurimo Custode signabat lapis, Victor triumphat, et suo Mortem sepulchro funeratSat funeri, sat lacrimis, Sat est datum doloribus : Surrexit exstinctor necis, Clamat coruscans angelus.Et sis perenne mentibus Paschale Jesu gaudium, A morte dira criminum Vitae renatos libera.Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito, In sempiterna saecula.Amen.
   L’aurore empourpre les cieux ; un chant de louange retentit dans les airs ; la terre, dans son triomphe, se livre aux transports de la joie ; l’enfer frémit d’horreur et d’épouvante.
C’est l’heure où le Roi de force entraîne sur ses pas, vers la lumière de vie, l’armée des anciens pères affranchie des ténèbres où la mort les retenait captifs.
De nombreux gardiens veillaient autour de son tombeau scellé ; il est vainqueur, il triomphe de la mort ; il l’enferme pour jamais dans le sépulcre où lui-même reposa.
Plus d’arrêts funèbres, plus de larmes, assez de regrets ; il est ressuscité, le vainqueur du trépas, s’écrie l’Ange éclatant de lumière.
Pour être toujours, o Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.
A Dieu le Père soit la gloire ! Gloire au Fils ressuscité d’entre les morts ! Et gloire au Paraclet, dans les siècles éternels. Amen.
LA CONFESSION DES PÉCHÉS.
   Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.
   Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.
   Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Sanctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.
   C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint-Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
   Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.
   Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos pèches et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.
   Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.
   Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.
Ici, on pourra faire la Méditation, si l’on est dans l’usage de ce saint exercice. Après quoi, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :
   v. Domine, exaudi orationem meam ;
   v. Seigneur, exaucez ma prière ;
   r. Et clamor meus ad te veniat.
   r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
   Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :
   V/ Deus in adjutorium meum intende.
   v. O Dieu ! venez à mon aide !
   r. Domine, ad adjuvandum me festina.
   r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
   v. Deus, in adjutorium meum intende.
   v. O Dieu ! venez à mon aide !
   r. Domine, ad adjuvandum me festina.
   r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
   v. Deus, in adjutorium meum intende.
   v. O Dieu ! venez à mon aide !
   r. Domine, ad adjuvandum me festina.
   r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
ORAISON.
   Dirigere et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros, in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in aeternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvator mundi. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.
   Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l’éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d’être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.
PRIÈRE DU SOIR.
HYMNE
   Ad regias Agni dapes, Stolis amicti candidis, Post transitum Maris Rubri, Christo canamus Principi :
   Divina cujus caritas Sacrum propinat sanguinem, Almique membra corporis Amor sacerdos immolat.
   Sparsum cruorem postibus Vastator horret Angelus : Fugitque divisum mare ; Merguntur hostes fluctibus. Jam Pascha nostrum Christus est Paschalis idem victima,
   Et pura puris mentibus Sinceritatis azyma. O vera caeli victima, Subjecta cui sunt tartara, Soluta mortis vincula, Recepta vitae praemia.
   Victor, subactis inferis, Trophaea Christus explicat ; cœloque aperto, subditum Regem tenebrarum trahit.
   Après le passage de la Mer Rouge, couverts de nos robes blanches et assis au festin royal de l’Agneau, chantons au Christ notre roi.
   Ut sis perenne mentibus Paschale, Jesu, gaudium, A morte dira criminum Vitae renatos libera.Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito, In sempiterna saecula.
   C’est lui dont la charité divine nous verse à boire son propre sang ; c’est son amour qui sacrifie en victime les membres de son corps sacré.
L’Ange exterminateur est saisi de crainte à la vue du sang dont nos portes sont marquées ; la mer divisée en deux fuit devant nous ; nos ennemis sont submergés sous les flots.Notre Pâque, c’est le Christ ; il est notre victime pascale ; il est l’azyme de sincérité pour les cœurs purs.
O victime véritable venue du ciel, par qui l’enfer est abattu, les liens de la mort brisés, les dons de la vie restitués.
Vainqueur de la mort qu’il a terrassée, le Christ déploie son étendard ; il rouvre le ciel, et traîne en captif le roi des ténèbres.
Pour être toujours, o Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.
À Dieu le Père soit la gloire ! Gloire au Fils ressuscité d’entre les morts ! Et gloire au Paraclet dans les siècles éternels.
Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres. On fera ensuite l’Examen de conscience, on récitera le Confiteor, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, qui sera suivi des Actes de Foi, d’Espérance et de Charité.
ACTE DE CONTRITION.
Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes péchés : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.
ACTE DE FOI.
Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.
ACTE D’ESPÉRANCE.
Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.
ACTE DE CHARITÉ.
Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.
ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE
   Regina Cœli, laetare, alleluia :quia quem meruisti portare, alleluia.Resurrexit, sicut dixit, alleluia.Ora pro nobis Deum, alleluia.
   Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluiacar Celui que vous avez mérité de porter dans votre sein, alléluiaest ressuscité comme Il l’a dit, alléluiaPriez Dieu pour nous, alléluia.
   V. Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia.R. Quia surrexit Dominus vere, alleluia.
   V. Soyez dans la joie et l’allégresse, Vierge Marie, alléluia.
R. Car le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.
ORAISON
   Deus, qui per resurrectionem Filii tui, Domini nostri Jesu Christi, mundum laetificare dignatus es : praesta, quaesumus ; ut, per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitæ. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen
   O Dieu, qui avez daigné réjouir le monde par la Résurrection de Jésus-Christ, votre Fils, daignez nous faire arriver aux joies de la vie éternelle en vue de sa sainte Mère, la Vierge Marie. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE
Kyrie, eleison.
Christe, eleison.
Kyrie, eleison.
   Christe, audi nos.
   Sancta Dei Genitrix, ora, etc.
   Christe, exaudi nos.
   Sancta Virgo virginum.
   Pater de cœlis, Deus, miserere nobis.
   Mater Christi.
   Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.
   Mater divine gratiae.
   Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.
   Mater purissima.
   Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.
   Mater castissima.
   Sancta Maria, ora pro nobis.
   Mater inviolata.
Mater intemerata.
Mater amabilis.
Mater admirabilis.
Mater boni consilii.
Mater Creatoris.
Mater Salvatoris.
Virgo prudentissima.
Virgo veneranda.
Virgo praedicanda.
Virgo potens.
Virgo clemens.
Virgo fidelis.
Speculum justitiae
Sedes Sapientiae.
Causa nostrae laetitiae.
Vas spirituale.
Vas honorabile.
Vas insigne devotionis.
Rosa mystica.
Turris Davidica.
Turris eburnea.
Domus aurea.
Fœderis arca.
Janua cœli.
Stella matutina.
Salus infirmorum.
Refugium peccatorum.
Consolatrix afflictorum.
Auxilium Christianorum.
Regina Angelorum.
Regina Patriarcharum.
Regina Prophetarum.
Regina Apostolorum.
Regina Martyrum.
Regina Confessorum.
Regina Virginum.
Regina Sanctorum omnium.
Regina sine labe originali concepta.
Regina sacratissimi Rosarii.
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.
   Seigneur, ayez pitié de nous.
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.
   Christ, ayez pitié de nous.
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
   Seigneur, ayez pitié de nous.
   V. Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia. R. Quia surrexit Dominus vere, alleluia.
   Christ, écoutez-nous.
Christ, exaucez-nous.
Dieu Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.
Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.
Dieu Saint-Esprit, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Marie, priez pour nous.
Sainte Mère de Dieu, priez, etc.
Sainte Vierge des vierges.
Mère du Christ.
Mère de la divine grâce.
Mère très pure.
Mère très chaste.
Mère inviolable.
Mère sans tache.
Mère aimable.
Mère admirable.
Mère du bon conseil.
Mère du Créateur.
Mère du Sauveur.
Vierge très prudente.
Vierge digne de tout honneur.
Vierge digne de toute louange.
Vierge puissante.
Vierge clémente.
Vierge fidèle.
Miroir de justice.
Siège de la Sagesse.
Cause de notre joie.
Vase spirituel.
Vase honorable.
Vase insigne de dévotion.
Rose mystique.
Tour de David.
Tour d’ivoire.
Maison d’or.
Arche d’alliance.
Porte du ciel.
Étoile du matin.
Salut des infirmes.
Refuge des pécheurs.
Consolatrice des affligés.
Secours des Chrétiens.
Reine des Anges.
Reine des Patriarches.
Reine des Prophètes.
Reine des Apôtres.
Reine des Martyrs.
Reine des Confesseurs.
Reine des Vierges.
Reine de tous les Saints.
Reine conçue sans tache.
Reine du très saint Rosaire.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
V. Soyez dans la joie et l’allégresse, Vierge Maria, alléluia. R. Car le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.
ORAISON.
   Deus, qui per resurrectionem Filii tui, Domini nostri Jesu Christi, mundum laetificare dignatus es : praesta, quaesumus ; ut, per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitæ. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen
   O Dieu, qui avez daigné réjouir le monde par la Résurrection de Jésus-Christ, votre Fils, daignez nous faire arriver aux joies de la vie éternelle en vue de sa sainte Mère, la Vierge Marie. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
PRIÈRE AUX SAINTS ANGES
   Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in proelio, ut non pereamus in tremendo judicio.
   Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.
   v. Angelis suis Deus mandavit de te,
   v. Dieu a commandé à ses Anges,
   r. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.
   r. De vous garder dans toutes vos voies.
ORAISON.
   Deus, qui ineffabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
À TOUS LES SAINTS
   Ant. Sancti Dei omnes, intercedere dignemini pro nostra omniumque salute.
   Ant. Saints de Dieu, daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.
PSAUME CXXIX.
   De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.
   Et lux perpetua luceat eis.
   Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.
   v. A porta inferi,
   Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?
   
   Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.
   
   Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.
   
   A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.
   
   Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.
   
   Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.
   
   Requiem aeternam dona eis, Domine :
   
   r. Erue, Domine, animas eorum.
   Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.
   v. Requiescant in pace.
   Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.
   r. Amen.
   Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?
   v. Domine, exaudi orationem meam ;
   Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.
   r. Et clamor meus ad te veniat.
   Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.
Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.
Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.
Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :
Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.
v. Des portes de l’enfer,
r. Arrachez leurs âmes, Seigneur.
v. Qu’ils reposent en paix.
   r. Amen.
   v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
   Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.
   O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.
ANTIENNE
   Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.
   Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
   v. Dignare, Domine, nocte ista,
   v. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,
   r. Sine peccato nos custodire.
   r. Nous préserver de tout péché.
   v. Miserere nostri, Domine.
   v. Ayez pitié de nous, Seigneur.
   r. Miserere nostri.
   r. Ayez pitié de nous.
   v. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,
   v. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,
   r. Quemadmodum speravimus in te.
   r. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.
   v. Domine, exaudi orationem meam ;
   v. Seigneur, exaucez ma prière ;
   r. Et clamor meus ad te veniat.
   r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
   Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments que doit inspirer le Temps pascal, on répétera ces touchantes paroles que l’Église emprunte aux disciples d’Emmaüs, dans son Office du soir :
   V. Mane nobiscum, Domine, Alleluia. R. Quoniam advesperascit Alleluia.
   V. Demeurez avec nous, Seigneur, Alléluia. R. Car il se fait tard, Alléluia.
CHAPITRE II. DE L’ASSISTANCE À LA SAINTE MESSE AU TEMPS PASCAL.
Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’eau bénite, et en beaucoup d’églises la Procession, devront d’abord intéresser la piété.
ANTIENNE DE L’ASPERSION.
   Vidi aquam egredientem de templo a latere dextro, alleluia : et omnes, ad quos pervenit aqua ista, salvi facti sunt, et dicent : Alleluia, alleluia.Ps. Confitemini Domino, quoniam bonus : quoniam saeculum misericordia ejus.Gloria Patri. Vidi aquam.V. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam, alleluia.R. Et salutare tuum da nobis, alleluia.
   J’ai vu une eau qui sortait du temple, au côté droit, Alléluia : et tous ceux que cette eau a touchés ont été sauves, et ils diront : Alléluia, Alléluia.
Ps. Louez le Seigneur, parce qu’il est bon, et sa miséricorde est à jamais.
Gloire au Père. J’ai vu une eau.
v. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, Alléluia :
r. Et donnez-nous le Sauveur que vous nous avez destiné, Alléluia.
ORAISON.
   Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat, foveat, protegat, visitet atque do fendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, visite et défende tous ceux, qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L’ORDINAIRE DE LA MESSE.
   In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.
   Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.
   v. Introibo ad altare Dei,
   
   r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
   
   Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.
   
   Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me reppulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?
   
   Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.
   
   Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.
   
   Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?
   
   Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.
   
   Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
   r. Qui fecit cœlum et terram.
   v. Introibo ad altare Dei,
   Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
   r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
   Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.
   v. Adjutorium nostrum in nomine Domini,
   Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.
C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.
Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.
Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.
Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.
Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.
Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.
Cette pensée qu’il va paraître devant le Seigneur excite dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et faites ensuite votre confession avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :
   Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.
   
   v. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.
   
   r. Amen.
   
   v. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.
   
   r. Amen.
   
   v. Deus, tu conversus vivificabis nos ;
   
   r. Et plebs tua laetabitur in te.
   
   v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
   
   r. Et Salutare tuum da nobis.
   
   v. Domine, exaudi orationem meam ;
   
   r. Et clamor meus ad te veniat.
   
   v. Dominus vobiscum ;
   
   r. Et cum spiritu tuo.
   
OREMUS.
   Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
v. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.
   r. Amen.
   v. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.
   r. Amen.
   v. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;
r. Et votre peuple se réjouira en vous.
v. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
r. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.
v. Le Seigneur soit avec vous ;
r. Et avec votre esprit.
PRIONS.
Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.
Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :
   Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.
   Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.
Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel. Il dit ensuite l’Introït, qui est suivi des Kyrie.
Au Père qui nous a envoyé son Fils pour nous délivrer de la mort :
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Au Fils qui, par sa Résurrection, a détruit la mort et nous a frayé le chemin de la vie éternelle :
Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.
Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !
Au Saint-Esprit , qui est venu répandre ses dons sur l’Église tout entière :
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
L’HYMNE ANGÉLIQUE.
   Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.
   Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.
   Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.
   
   Domine Deus, Rex cœlestis, Deus Pater omnipotens.
   
   Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.
   
   Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.
   
   Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
   
   Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
   Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.
   Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
   Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.
Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !
Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !
Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.
Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.
Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.
Le Prêtre salue encore le peuple. Vient ensuite la Collecte ou Oraison, qui se trouve au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et à laquelle on doit répondre Amen, avec le ministre qui sert la Messe. On lira ensuite l’Épître, puis les Versets alléluiatiques.
Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :
   Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.
   Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
   Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.
On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre.
Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on dira avec lui :
LE SYMBOLE DE NICÉE.
   Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
   Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.
   Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.
   Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.
   Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.
   Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.
Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation. Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :
   Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.
   Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.
Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau :
   Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti, da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps, Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.
Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau :
   Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.
   Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.
   In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus.
   Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.
   Veni, Sanctificator omnipotens, aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.
   Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.
Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; puis il lave ses mains.
DU PSAUME XXV.
   Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum, Domine.
   Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
   Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.
   
   Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.
   
   Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.
   
   In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.
   
   Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.
   
   Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.
   
   Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
   Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis revenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Le Prêtre, au milieu de l’autel et s’incline respectueusement :.
   Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis, Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae, et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
   Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.
Le Prêtre se tourne une dernière fois vers le peuple, et il dit :
   Orate, Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.
   Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.
   R. Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui, ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.
   R. Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.
Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, qu’il termine à haute voix :
   Per omnia sæcula sæculorum.
   Sursum corda !
   R. Amen.
   
   Dominus vobiscum ;
   
   R. Et cum spiritu tuo.
   
   R. Habemus ad Dominum.
   Gratias agamus Domino Deo nostro.
R. Dignum et justum est.
Dans tous les siècles des siècles.
   R. Amen.
   Le Seigneur soit avec vous.
R. Et avec votre esprit.
Les cœurs en haut !
R. Nous les avons vers le Seigneur.
Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
R. C’est une chose digne et juste.
PREFACE [Les Préfaces de l’Ascension et de la Pentecôte se trouvent aux Messes de ces Fêtes.].
   Vere dignum et justum est, aequum et salutare : Te quidem, Domine, omni tempore, sed in hoc potissimum gloriosius praedicare, cum Pascha nostrum immolatus est Christus. Ipse enim verus est Agnus, qui abstulit peccata mundi. Qui mortem nostram mo­riendo destruxit et vitam resurgendo reparavit. Et ideo cum An­gelis et Archangelis, cum Thro­nis et Dominationibus cumque omni militia caelestis exercitus hymnum gloriae tuae canimus, sine fine dicentes :
   Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de célébrer vos grandeurs en tout temps, Seigneur ; mais surtout en ces jours où le Christ notre Pâque est immolé ; car il est le véritable Agneau qui a ôté les péchés du monde. C’est lui qui, par sa mort, a détruit notre mort, et qui, par sa résurrection, a rétabli notre vie. C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec l’armée entière des cieux, nous chantons l’hymne à votre gloire, disant sans jamais cesser :
   Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus sabaoth !
   Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !
   Pleni sunt cœli et terra gloria tua.
   Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.
   Hosanna in excelsis !
   Hosannah au plus haut des cieux !
   Benedictus qui venit in Nomine Domini.
   Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.
   Hosanna in excelsis !
   Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !
LE CANON DE LA MESSE.
   Te igitur, clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas, et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.
   O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.
   Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.
   Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes, pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.
   Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli, Andreae, Jacobi, Johannis, Thomae, Jacobi, Philippi, Bartholomaei, Matthaei, Simonis et Thaddaei, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas, ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
   Mais non seulement, ô mon Dieu, l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.
   Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.
   Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.
   Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.
   Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.
   Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! venez !
   Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.
   Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.
   Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.
   La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.
   Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.
   Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.
   Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
   Mais, ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.
   Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
   N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.
   Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.
   Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.
   Per omnia sæcula sæculorum.
   
OREMUS
Praeceptis salutare moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :
Dans tous les siècles des siècles.
   R. Amen.
   Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :
L’ORAISON DOMINICALE.
   Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.
   Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
   R. Sed libera nos a malo.
   R. Mais délivrez-nous du mal.
   Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis, da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.
   Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.
   Per omnia sæcula sæculorum. r. Amen.
   Dans tous les siècles des siècles. r. Amen.
   Pax Domini sit semper vobiscum.
   Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !
   R. Et cum spiritu tuo.
   Et avec votre esprit.
Le Prêtre divise l’Hostie sainte et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice :
   Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.
   Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
   Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
   Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
   Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.
   Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.
   Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté. Vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles de siècles. Amen.
Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur.
   Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.
   Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.
   Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad tutamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   Seigneur Jésus-Christ, faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.
Le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier :
Panem cœlestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.
Venez, Seigneur Jésus !
Il frappe sa poitrine et confesse son indignité, disant trois fois :
   Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.
   Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.
Au moment où il consomme la sainte Hostie :
   Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
   Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.
Le Prêtre prend le Calice avec action de grâces :
   Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.
   Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.
   Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
   Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !
La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois :
   Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.
   Vous m’avez visité dans le temps, ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.
Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois :
   Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.
   Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.
Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, se retourne vers le peuple, et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion.
Puis il dit :
   Dominus vobiscum.
   Ite, Missa est.
   R. Et cum spiritu tuo.
   R. Deo gratias.
   Placeat tibi, sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Le Seigneur soit avec vous.
R. Et avec votre esprit.
Retirez-vous : la Messe est finie.
R. Grâces soient rendues à Dieu.
Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.
Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :
   Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
   Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit !
   R. Amen.
   
   v. Dominus vobiscum ;
   
   r. Et cum spiritu tuo.
   
   R. Amen.
   v. Le Seigneur soit avec vous ;
r. Et avec votre esprit.
LE DERNIER Évangile.
Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.
   In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.
   Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
CHAPITRE III. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS PASCAL.
AVANT LA COMMUNION
ACTE DE FOI.
L’éclat de vos œuvres, ô Sauveur des hommes. inonde vos fidèles d’une lumière si vive, qu’ils ne peuvent s’empêcher de vous rendre gloire, et de protester que vous êtes le Fils de Dieu. Nous crûmes en vous, lorsque vous apparûtes dans l’humilité de la crèche au milieu de la nuit ; un aimant secret nous attirait vers vous, et sous les langes nous vous adorions déjà avec les Esprits célestes. Naguère nous vous vîmes attache à la croix, honni et blasphème de tout un peuple ; mais nous n’avons pas cessé pour cela de vous reconnaître pour le Roi suprême. Avec le bon larron nous vous disions : « Seigneur, souvenez-vous de nous, quand vous serez dans votre royaume ». Mais aujourd’hui que tous avez triomphé de la mort, que le sépulcre vous a rendu vivant et victorieux ; aujourd’hui que la terre entière retentit de vos louanges, et que le bruit de votre Résurrection, accomplie il y a tant de siècles, ébranle toutes les nations, qui pourrait ne pas rendre hommage à votre divinité, ne pas confesser vos mystères, ne pas dire avec le disciple qui fut incrédule un moment : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ? » Je n’ai pas l’avantage de voir de mes yeux mortels et de toucher de mes mains tremblantes vos plaies sacrées et rayonnantes ; mais je crois fermement que vous êtes aussi mon Seigneur et mon Dieu. Vous avez dit : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui néanmoins ont cru » ; je veux être du nombre de ces heureux croyants, ô Jésus ! Je confesse que vous êtes véritablement ressuscite, Fils de Dieu et Fils de l’homme. Je crois aussi que vous êtes le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, et que c’est vous-même que je vais recevoir en moi tout à l’heure. Augmentez encore celte loi, mon Seigneur et mon Dieu, afin que je vous rende tous les hommages que vous avez droit d’attendre de votre humble et heureuse créature.
ACTE D’HUMILITÉ.
Qui ne tremblerait à la seule pensée de vous voir dans l’éclat de votre majesté, o divin triomphateur de la mort ? Avant votre Passion, vous laissâtes apparaître quelques rayons de votre gloire à trois de vos disciples sur le Thabor, et ils tombèrent comme morts ; nous voici dans les jours où les splendeurs de votre victoire éblouissent les regards même des Anges ; et vous voulez taire plus que vous montrera moi. Vous daignez descendre jusque dans mon néant, m’incorporer à nous, moi faible et indigne créature, à vous qui n’êtes plus dans les langes de la crèche, ni sur le bois douloureux de la croix, à vous qui allez vous asseoir pour l’éternité dans la gloire de Notre Père. Auteur de la lumière, Lumière infinie et sans ombres, vous voulez vous mêler à mes ténèbres. Mon néant tressaille à cette pensée ; mais ma conscience pécheresse en est plus effrayée encore. Quel rapprochement peut-il exister entre votre souveraine sainteté et ma vie pleine d’infidélités ? « La lumière a lui dans les ténèbres, nous dit votre Évangéliste ; mais les ténèbres ne l’ont pas comprise. » Les ténèbres de l’orgueil ont cru être la lumière, et elles n’ont pas reconnu a vraie Lumière : qu’il n’en soit pas ainsi de moi, ô Jésus ! J’humilie mon être tout entier devant vous ; je reconnais ma misère : elle est immense ; daignez donc agir en moi, ô Lumière ineffable, selon toute l’étendue de votre miséricorde.
ACTE DE CONTRITION.
Vous venez en moi, ô libérateur des hommes, vainqueur de l’enfer, et je ne suis qu’un pécheur. Vous voulez donc me traiter comme vous traitâtes vos disciples, au jour de votre résurrection. Ils vous avaient lâchement abandonné dans votre Passion, et vous êtes revenu près d’eux ; afin de rassurer leurs inquiétudes, vous ne leur avez témoigné que de la bonté ; aucun reproche sur leur conduite passée n’est sorti de votre bouche. Vous vouliez, ô Jésus, qu’ils comprissent, par cette indulgence de votre part, à quel point ils avaient été coupables de vous abandonner. J’accepte pour moi-même cette leçon du meilleur des maîtres ; mais qu’il y a loin de la faute de ces hommes qui vous connaissaient à peine, âmes péchés qui sont ceux d’un chrétien tant de fois rebelle à la lumière de vos divins mystères ! L’ensemble de tant de vérités sublimes était ignoré encore de vos apôtres, lorsqu’ils se laissèrent effrayer par vos ennemis ; ils n’avaient pas reçu encore l’Esprit-Saint qui m’a été si abondamment communiqué. Je m’unis. Seigneur, aux regrets qu’ils éprouvèrent à la vue de votre générosité ; je déteste mes fautes qui ont blesse si cruellement votre Cœur divin ; je sens que le péché est la mort, et qu’il n’a rien de commun avec la vie que vous renouvelez en nous par votre résurrection. Je veux être mort au péché, et vivre à votre grâce. Daignez, par ce mystère de vie que vous allez communiquer à mon âme repentante, la préserver pour jamais du malheur de perdre votre grâce.
ACTE D’AMOUR.
Votre résurrection, ô Jésus, n’est pas seulement le trophée de votre victoire ; elle est bien plus encore le suprême triomphe de votre amour. C’est par amour que vous avez pris notre humble chair ; c’est par amour que vous avez enduré votre cruelle Passion ; mais ces monuments de votre adorable bonté envers nous ne sont que la préparation du dernier effort de cet amour d’un Dieu pour sa créature coupable. En ces jours, vous sortez du tombeau, vous entrez en possession de l’immortalité ; mais vous ne voulez pas jouir seul de ces avantages conquis par vos humiliations et vos souffrances, si vous triomphez, c’est pour nous. Qu’aviez-vous besoin de la crèche et de la croix, ô vous, Dieu éternel et souverainement heureux ? Quelle nécessité de mourir et de ressusciter ensuite, de passer par le tombeau pour reprendre ensuite la vie ? Je le comprends, ô mon Dieu ! vous nous avez aimés, nous qui avions mérité de mourir en punition de nos péchés. Dans votre amour incompréhensible, vous avez voulu partager notre mort, afin vie nous donner part à votre résurrection. Attaché à la croix, sortant de votre tombeau glorieux, toujours vous êtes à nous, vous êtes pour nous ; mais c’est par ce dernier acte de votre toute-puissante bonté que vous mettez le comble a vos bienfaits. Que pouvons-nous faire, ô Jésus, si ce n’est de vous offrir en retour l’humble et fervent hommage de notre amour ? Et à quel moment vous l’exprimerai-je avec plus d’effusion, si ce n’est a celui-là même où vous vous préparez à me communiquer ce Pain sacré qui est vous-même, et par lequel vous venez m’unir à votre divine chair ressuscitée, afin de m’incorporer à votre gloire et à votre immortalité ? O Jésus, mon libérateur, quiètes à moi dans votre mort et dans votre vie. je veux être tout a votre amour dans le temps et dans l’éternité.
APRÈS LA COMMUNION.
ACTE D’ADORATION.
Vous êtes en moi, et je suis en vous. Majesté infinie ! Au moment où vous vous élanciez du tombeau, la terre trembla à l’aspect de votre gloire ; à cette heure fortunée où je vous sens en moi-même, mon être tout entier tressaille d’émotion, car vous êtes le grand Dieu à qui il n’a fallu qu’un acte de sa volonté pour faire jaillir la lumière du sein du chaos, à qui il n’a fallu qu’un instant pour réunir son âme à son corps et s’échapper des liens du tombeau. Que puis-je faire, sinon adorer profondément cette puissance, cette grandeur qui m’est unie en ce moment ? O Dieu a qui rien ne résiste, je m’anéantis devant vous, je confesse votre domaine sur moi ; recevez mon hommage que vous êtes venu chercher du haut du ciel, en descendant jusqu’au fond de cet abîme de néant. Je succombe sous le poids de l’insigne honneur que vous daignez me faire. Vous êtes le souverain Être, l’auteur et le conservateur de toutes choses : je vous adore comme mon maître absolu, je confesse avec bonheur ma dépendance, et je vous offre de tout mon cœur mon humble service.
ACTE DE REMERCIEMENT.
Qui me donnera de reconnaître, comme je le dois, le bienfait de votre visite. Ô Jésus ? C’est pour me taire part de votre propre vie que vous êtes venu en moi. Faible comme je le suis, le souvenir de ce que vous avez opère en ma faveur ne suffirait pas à me soutenir dans la voie nouvelle que votre résurrection m’a ouverte : dans votre aimable condescendance pour mon infirmité, vous êtes venu dans mon âme sans bruit, mais avec toute votre puissance et toute votre gloire. Vous vous montrâtes ainsi aux Apôtres réunis dans le Cénacle, ô divin Ressuscite ! « C’est moi, leur dites-vous ; n’ayez pas de crainte. » J’entends au dedans de moi les mêmes paroles. Vous me dites de ne pas me troubler, quelles que soient votre grandeur et ma bassesse, votre souveraine sainteté et mon indignité. « La paix soit avec vous ! » c’est le salut que vous donnâtes à vos disciples ; en ce moment, c’est à moi-même que vous l’adressez. Je le reçois, ô Jésus, de votre bouche adorable, et j’y réponds par mes actions de grâces. Soyez béni pour cette divine prévenance, pour cette tendre sollicitude qui vous porte à vous unir ainsi à mon indignité, à abaisser toutes les barrières qui me captivaient sous l’empire de la mort, à m’associer intimement à votre triomphe, à me prémunir contre le retour de ia mort, en m’incorporant, parce Pain sacre, votre immortelle vie. Je dirai donc avec le Roi-Prophète : « Mon âme, et tout ce qui est en moi, bénis le Seigneur, et n’oublie jamais son bienfait ; c’est lui qui ta rachetée de la mort, et qui a renouvelé ta jeunesse comme celle de l’aigle. »
ACTE D’AMOUR.
Comblé de vos plus chères faveurs, que dois-je faire, ô Jésus, sinon répondre à votre amour par tout ! amour dont je suis capable : Madeleine, à votre Sépulcre, n’a entendu de vous qu’une seule parole, et son cœur se fond ; elle ne peut répondre que par cette exclamation : « Mon maître ! mon cher maître ! » Et moi, ô Jésus, qui n’entends pas seulement votre parole, mais qui vous sens en moi-même, qui suis tout pénétré de nous, quels termes emploierai-je pour exprimer mon amour ? Les disciples d’Emmaüs n’avaient eu avec vous qu’un simple entretien, et ils disaient : « Notre cœur n’était-il pas brûlant au dedans de nous, pendant qu’il nous parlait dans le chemin ? » Que dirai-je ? que ressentirai-je en ce moment où vous reposez dans ma poitrine ? J’oserai vous dire que moi aussi je vous aime, Ô mon Sauveur ressuscité ! Vous daignâtes agréer l’amour de Madeleine et encourager par votre bonté celui de vos disciples ; agréez aussi le mien. S’il est faible, vous pouvez l’accroître ; je prends la résolution de ne le plus contrarier, de le développer en moi, avec l’aide de votre sainte grâce, et de recourir souvent, pour cet effet, à l’adorable Sacrement dans lequel vous avez déposé toutes les ressources et tous les secrets de ce saint amour.
 ACTE D’OFFRANDE.
J’étais à vous, ô Jésus, parce que vous m’aviez racheté ; je suis maintenant à vous, parce que vous m’avez rendu la vie par votre Résurrection ; et dans le divin mystère dont vous venez de me faire part, vous m’avez associé a tout ce que votre victoire sur la mort a de plus glorieux. Mon sort est donc désormais uni au votre ; comme vous, je suis mort au péché, et je vis a Dieu. Que dois-je donc faire, sinon m’offrir et me donner à vous pour ne m’en plus séparer jamais ? Disposez de moi, ô Jésus ! Je suis votre racheté et votre compagnon de gloire ; tout mon présent, tout mon avenir est en vous jusque dans l’éternité. Je renonce donc à moi-même, pour être à toutes vos volontés ; je renonce au monde et a ses maximes, qui sont l’opposé de la vie nouvelle que je veux mener désormais ; mais je sens que, pour être fidèle, j’ai besoin d’un secours puissant qui m’assiste sans cesse. Le secours, ô Jésus, c’est la venue en moi de votre Esprit-Saint ; c’est sa demeure en moi. Vous l’avez promis ; il doit, par son arrivée, mettre le sceau à toutes les joies pascales. Envoyez-le-moi, o Fils du Père ! Vous montez au ciel : ne me laissez pas orphelin. Votre divin Sacrement me reste ; mais je n’y puis participer à toute heure, et mes besoins sont de chaque instant. Daignez donc renouveler en moi la présence de ce divin Esprit, qui conservera et développera, pour votre gloire, les dons que vous venez de me communiquer en vous unissant à moi.
O Marie, je vous en supplie par la joie dont votre cœur maternel est inonde dans la résurrection de votre divin Fils, gardez en moi le fruit de l’heureuse visite qu’il a daigné me faire. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain Bien dont l’immuable possession vous rend à jamais heureux.
CHAPITRE IV. DES OFFICES DE TIERCE, SEXTE ET NONE , AU TEMPS PASCAL .
À TIERCE
   V. Deus, in adjutorium meum intende.
   V. O Dieu, venez à mon aide.
   R. Domine, ad adiuvandum me festina.Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
   R. Hâtez-vous, Seigneur de me secourir.
   Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Amen. Alleluia.
   Gloire au Père et au Fils, et au Sain-Esprit ;
Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.
HYMNE
   Nunc, sancte nobis Spiritus, Unum Patri cum Filio, Dignare promptus ingeri Nostro refusus pectori.
   Os, lingua, mens, sensus, vigor Confessionem personent, Flammescat igne caritas, Accendat ardor proximos.
   Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen
   Esprit-Saint, substance unique avec le Père et le Fils, daignez, à cette heure, descendre en nous, et vous répandre dans nos cœurs.Que notre bouche, notre langue, notre esprit, nos sens, nos forces, publient vos louanges : que le feu de la charité s’allume ; que son ardeur embrase tous nos frères.Exaucez-nous, Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII
   Legem pone mihi Domine viam iustificationum tuarum et exquiram eam semper.Da mihi intellectum et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo.Deduc me in semita mandatorum tuorum quia ipsam volui.Inclina cor meum in testimonia tua et non in avaritiam.Averte oculos meos ne videant vanitatem in via tua vivifica me.Statue servo tuo eloquium tuum in timore tuo.Amputa obprobrium meum quod suspicatus sum quia iudicia tua iucunda.Ecce concupivi mandata tua in aequitate tua vivifica me.
   Gloria Patri, etc.
   Et veniat super me misericordia tua Domine salutare tuum secundum eloquium tuum.Et respondebo exprobrantibus mihi verbum quia speravi in sermonibus tuis.Et ne auferas de ore meo verbum veritatis usquequaque quia in iudiciis tuis supersperavi.Et custodiam legem tuam semper in saeculum et in saeculum saeculi.Et ambulabam in latitudine quia mandata tua exquisivi.Et loquebar in testimoniis tuis in conspectu regum et non confundebar.Et meditabar in mandatis tuis quae dilexi.Et levavi manus meas ad mandata quae dilexi et exercebar in iustificationibus tuis.
   
   Memor esto verbi tui servo tuo in quo mihi spem dedisti.Haec me consolata est in humilitate mea quia eloquium tuum vivificavit me.Superbi inique agebant usquequaque a lege autem tua non declinavi.Memor fui iudiciorum tuorum a saeculo Domine et consolatus sum.Defectio tenuit me prae peccatoribus derelinquentibus legem tuam.Cantabiles mihi erant iustificationes tuae in loco peregrinationis meae.Memor fui in nocte nominis tui Domine et custodivi legem tuam.Haec facta est mihi quia iustificationes tuas exquisivi.
   Gloria Patri, etc.
   Portio mea Dominus dixi custodire legem tuam.Deprecatus sum faciem tuam in toto corde meo miserere mei secundum eloquium tuum.Cogitavi vias meas et avertisti pedes meos in testimonia tua.Paratus sum et non sum turbatus ut custodiam mandata tua.Funes peccatorum circumplexi sunt me et legem tuam non sum oblitus.Media nocte surgebam ad confitendum tibi super iudicia iustificationis tuae.Particeps ego sum omnium timentium te et custodientium mandata tua.Misericordia Domini plena est terra iustificationes tuas doce me.
   
   Bonitatem fecisti cum servo tuo Domine secundum verbum tuum.Bonitatem et disciplinam et scientiam doce me quia mandatis tuis credidi.Priusquam humiliarer ego deliqui propterea eloquium tuum custodivi.Bonus es tu et in bonitate tua doce me iustificationes tuas.Multiplicata est super me iniquitas superborum ego autem in toto corde scrutabor mandata tua.Coagulatum est sicut lac cor eorum ego vero legem tuam meditatus sum.Bonum mihi quia humiliasti me ut discam iustificationes tuas.Bonum mihi lex oris tui super milia auri et argenti.
   Donnez-moi pour loi, Seigneur, la voie de vos volontés pleines de justice, et je ne cesserai de la rechercher.
   Manus tuae fecerunt me et plasmaverunt me da mihi intellectum et discam mandata tua.Qui timent te videbunt me et laetabuntur quia in verba tua supersperavi.Cognovi Domine quia aequitas iudicia tua et veritate humiliasti me.Fiat misericordia tua ut consoletur me secundum eloquium tuum servo tuo.Veniant mihi miserationes tuae et vivam quia lex tua meditatio mea est.Confundantur superbi quia iniuste iniquitatem fecerunt in me ego autem exercebor in mandatis tuis.Convertantur mihi timentes te et qui noverunt testimonia tua.Fiat cor meum inmaculatum in iustificationibus tuis ut non confundar.
   Donnez-moi l’intelligence, et je scruterai votre loi, et je la garderai de tout mon cœur.
Conduisez-moi dans le sentier de vos préceptes : c’est lui que je désire.
Inclinez mon cœur vers vos commandements, et détournez-le de la cupidité.
Détournez mes yeux, afin qu’ils ne voient pas la vanité ; vivifiez-moi dans votre voie.
Affermissez votre parole en votre serviteur, pare la crainte de vous offenser.Éloignez de moi l’opprobre que j’appréhende ; car vos jugements sont pleins de douceur.
Voilà que j’ai désiré remplir vos commandements ; dans votre justice donnez-moi la vie ;
Et que votre miséricorde vienne sur moi, ce salut que vous avez promis.
Et je répondrai à ceux qui m’outragent, aux ennemis de mon âme, que j’avais espéré dans votre parole.
Et n’enlevez jamais de ma bouche la parole de votre vérité ; car mon espérance en vos justices a été sans bornes.
Et je garderai votre loi toujours, dans les siècles des siècles.
Et je marcherai dans la vie, avec la joie de mon cœur, parce que j’ai recherché vos commandements.
Et je parlerai de votre loi en présence des rois, et je n’en rougirai point.Et je méditerai sur vos préceptes, objet de mon amour.
Et je lèverai mes mains vers vos commandements que j’ai aimés, et je m’exercerai dans la pratique de votre justice.
Gloire au Père, etc.
Souvenez-vous de votre parole à votre serviteur, par laquelle vous m’avez donné l’espérance.C’est elle qui m’a consolé en mon humiliation ; car votre parole m’a donné la vie.Les esprits de superbe m’ont attaqué de toutes parts avec injustice ; mais je ne me suis point détourné de votre loi.
Je me suis souvenu, Seigneur, des jugements que vous avez exercés dès le commencement du monde ; et j’ai été consolé.
La défaillance s’est emparée de moi, à la vue des pécheurs qui désertent votre loi.Votre loi de justice a été le sujet de mes chants, dans le lieu de mon pèlerinage.Seigneur, je me suis souvenu de votre nom durant la nuit, et j’ai gardé votre loi.
Ce bonheur m’est arrivé, parce que j’ai recherché vos justices.
J’ai dit : Mon partage, Seigneur, est de garder votre loi.
J’ai imploré votre assistance du fond de mon cœur ; selon votre parole, ayez pitié de moi.
J’ai réfléchi sur mes voies, et j’ai ramené mes pas dans le sentier de vos préceptes.
Je suis prêt et je veux, sans trouble, garder désormais vos commandements.
Les filets des pécheurs m’ont environné, et je n’ai point oublié votre loi.
Je me levais au milieu de la nuit, pour vous rendre gloire sur les jugements de votre justice.
Je suis uni à tous ceux qui vous craignent et qui gardent vos commandements.
Toute la terre est pleine de votre miséricorde, Seigneur : enseignez-moi votre justice.
Vous avez signalé votre bonté envers votre serviteur, selon votre parole, Seigneur.
Enseignez-moi la miséricorde, la sagesse et la science ; car j’ai cru à vos préceptes.Avant que vous m’eussiez humilié, j’ai péché ; c’est pourquoi, éclairé maintenant, j’observe votre loi.
Vous êtes bon ; dans cette bonté, enseignez-moi vos justices.
Mes ennemis superbes ont multiplié sur moi leur iniquité ; mais mon cœur s’attachera tout entier à la recherche de vos commandements.
Leur cœur s’est épaissi comme le lait ; pour moi, j’ai médité votre loi.
Il m’a été bon que vous m’ayez humilié, afin que j’apprisse la justice de vos préceptes.
Votre Verbe qui est la loi sortie de votre bouche, o Père céleste, est plus précieux pour moi que les monceaux d’or et d’argent.
Vos mains m’ont fait et m’ont façonné ; donnez-moi l’intelligence, et j’apprendrai vos décrets.
Ceux qui vous craignent me verront, et se réjouiront ; car j’ai grandement espéré en vos paroles.
J’ai connu, Seigneur, que vos jugements sont l’équité, et que vous m’avez humilié avec justice.
Que votre miséricorde daigne venir me consoler, selon la promesse que vous fîtes à votre serviteur.
Viennent sur moi vos miséricordes, et je vivrai ; car votre loi est toute mon occupation.
Que mes ennemis superbes soient confondus, puisqu’ils m’ont persécuté avec injustice ; moi je m’exercerai sur vos préceptes.
Que ceux qui vous craignent et qui entendent vos oracles se tournent vers moi.
Que mon cœur devienne pur par la pratique de vos préceptes, afin que je ne sois pas confondu, au jour où vous paraîtrez dans votre justice.
L’Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l’Oraison qui complètent l’Office de Tierce, ainsi que les Offices de Sexte et de None, se trouve ci-après, dans leurs lieux et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.
Á SEXTE
   Deus, in adiutorium, etc.
   Gloria Patri, etc.
O Dieu ! Venez à mon aide, etc.
Gloire soit au Père, etc.
HYMNE
   Rector potens, verax Deus, qui temperas rerum vices, splendore mane instruis et ignibus meridiem,
   Extingue flammas litium, aufer calorem noxium, confer salutem corporum veramque pacem cordium
   Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, cum Spiritu Paraclito regnans per omne saeculum. Amen.
   Arbitre tout-puissant, Dieu de vérité, qui réglez l’ordre de toute choses, vous dispensez au matin sa splendeur, et au midi ses feux.
Éteignez la flamme des discordes, dissipez toute ardeur nuisible ; donnez à nos corps la santé, à nos cœurs la paix véritable.
Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
   Defecit in salutare tuum anima mea in verbum tuum supersperavi.Defecerunt oculi mei in eloquium tuum dicentes quando consolaberis me.Quia factus sum sicut uter in pruina iustificationes tuas non sum oblitus.Quot sunt dies servo tuo quando facies de persequentibus me iudicium.Narraverunt mihi iniqui fabulationes sed non ut lex tua.Omnia mandata tua veritas inique persecuti sunt me adiuva me.Paulo minus consummaverunt me in terra ego autem non dereliqui mandata tua.Secundum misericordiam tuam vivifica me et custodiam testimonia oris tui.
   Gloria Patri, etc.
   In aeternum Domine verbum tuum permanet in caelo.In generationem et generationem veritas tua fundasti terram et permanet.Ordinatione tua perseverat dies quoniam omnia serviunt tibi.Nisi quod lex tua meditatio mea est tunc forte perissem in humilitate mea.In aeternum non obliviscar iustificationes tuas quia in ipsis vivificasti me.Tuus sum ego salvum me fac quoniam iustificationes tuas exquisivi.Me expectaverunt peccatores ut perderent me testimonia tua intellexi.Omni consummationi vidi finem latum mandatum tuum nimis.
   
   Quomodo dilexi legem tuam tota die meditatio mea est.Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo quia in aeternum mihi est.Super omnes docentes me intellexi quia testimonia tua meditatio mea est.Super senes intellexi quia mandata tua quaesivi.Ab omni via mala prohibui pedes meos ut custodiam verba tua.A iudiciis tuis non declinavi quia tu legem posuisti mihi.Quam dulcia faucibus meis eloquia tua super mel ori meo.A mandatis tuis intellexi propterea odivi omnem viam iniquitatis.Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis.Iuravi et statui custodire iudicia iustitiae tuae.Humiliatus sum usquequaque Domine vivifica me secundum verbum tuum.Voluntaria oris mei beneplacita fac Domine et iudicia tua doce me.Anima mea in manibus meis semper et legem tuam non sum oblitus.Posuerunt peccatores laqueum mihi et de mandatis tuis non erravi.Hereditate adquisivi testimonia tua in aeternum quia exultatio cordis mei sunt.Inclinavi cor meum ad faciendas iustificationes tuas in aeternum propter retributionem.
   Gloria Patri, etc.
   Iniquos odio habui et legem tuam dilexi.Adiutor meus et susceptor meus es tu in verbum tuum supersperavi.Declinate a me maligni et scrutabor mandata Dei mei.Suscipe me secundum eloquium tuum et vivam et non confundas me ab expectatione mea.Adiuva me et salvus ero et meditabor in iustificationibus tuis semper.Sprevisti omnes discedentes a iustitiis tuis quia iniusta cogitatio eorum.Praevaricantes reputavi omnes peccatores terrae ideo dilexi testimonia tua.Confige timore tuo carnes meas a iudiciis enim ; tuis timui.
   Mon âme a défailli dans l’attente du Sauveur que vous aviez promis ; mais j’ai mis mon espérance en votre parole.
   Feci iudicium et iustitiam non tradas me calumniantibus me.Suscipe servum tuum in bonum non calumnientur me superbi.Oculi mei defecerunt in salutare tuum et in eloquium iustitiae tuae.Fac cum servo tuo secundum misericordiam tuam et iustificationes tuas doce me.Servus tuus sum ego da mihi intellectum et sciam testimonia tua.Tempus faciendi Domino dissipaverunt legem tuam.Ideo dilexi mandata tua super aurum et topazion.Propterea ad omnia mandata tua dirigebar omnem viam iniquam odio habui.
   Mes yeux se sont lassés à relire vos promesses, et je disais : Quand me consolerez-vous ?
Je me suis desséché comme la peau exposé à la gelée ; mais je n’ai point oublié vos justices.
Je disais : Combien de jours restent encore à votre serviteur ? Quand ferez-vous justice de mes persécuteurs ?
Les impies me racontaient leurs fables ; mais ce qu’ils disent n’est pas comme votre loi.
Toutes vos ordonnances sont vérité ; ils me poursuivent injustement : aidez-moi.
Ils m’ont presque anéanti sur la terre ; mais je n’ai point abandonné vos commandements.Vivifiez-moi selon votre miséricorde ; et je garderai les oracles de votre bouche.Votre parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.
Votre vérité passe de génération en génération. C’est vous qui avez affermi la terre, et elle est stable.
Par votre ordre, le jour subsiste ; car tous vous est assujetti.
Si votre loi n’eût été le sujet de mes méditations, j’airais péri déjà dans mon affliction.
Je n’oublierai jamais vos justices ; car c’est par elles que vous m’avez vivifié.
Je suis à vous ; sauvez-moi : car j’ai recherché vos préceptes.
Les pécheurs m’ont attendu pour me perdre ; mais j’avais fixé mon attention sur vos oracles.
J’ai vu venir la fin de toutes choses ; votre loi seule est infinie.
Gloire au Père, etc.
Que j’aime votre loi, Seigneur, toute la journée elle est le sujet de mes méditations.Vous m’avez rendu plus sage que mes ennemis par les préceptes que vous m’avez donnés : je les ai embrassés à jamais.
J’ai surpassé en intelligence tous mes maîtres, parce que je médite vos oracles.Je suis devenu plus prudent que les vieillards, parce que j’ai recherché vos commandements.J’ai détourné mes pieds de toute mauvaise voie, pour garder vos ordonnances.Je ne me suis point écarté de vos règles ; car c’est vous-même qui m’avez prescrit la loi.
Que vos paroles sont douces à ma bouche ! elles sont plus suaves que le miel à mon palais.
Vos préceptes m’ont donné l’intelligence ; c’est pourquoi je hais toute voie d’iniquité.
Votre parole est la lampe qui éclaire mes pas : elle est la lumière de mes sentiers.
J’ai juré et j’ai résolu de garder les décrets de votre justice.
J’ai été réduit, Seigneur, à une extrême humiliation : rendez-moi la vie selon votre parole.
Agréez, Seigneur, le sacrifice volontaire que vous offre ma bouche, et enseignez-moi vos commandements.
Mon âme est toujours entre mes mains ; et je n’ai point oublié votre loi.
Les pécheurs m’ont tendu des lacs ; mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.
J’ai pris vos préceptes pour être à jamais mon héritage ; car ils sont la joie de mon cœur.
J’ai incliné mon cœur à l’accomplissement de vos commandements pour jamais, à cause de la récompense.
J’ai haï les méchants, et j’aime votre loi.
Vous êtes mon secours et mon asile ; en votre parole j’ai mis toute mon espérance.Retirez-vous de moi, méchants, et je chercherai les préceptes de mon Dieu.
Recevez-moi selon votre parole et je vivrai ; ne permettez pas que je soit confondu dans mon attente.
Aidez-moi, et je serai sauvé ; et je méditerai continuellement vos ordonnances.
Vous rejetez avec mépris tous ceux qui s’écartent de vos commandements ; car leur pensée est injuste.
J’ai regardé tous les pécheurs de la terre comme des prévaricateurs ; et pour cela j’ai chéri vos oracles.
Transpercez ma chair de votre crainte ; car vos jugements remplissent mon âme de terreur.
J’ai pratiqué l’équité et la justice : ne me livrez pas aux ennemis qui me calomnient.
Recevez votre serviteur et affermissez-le dans le bien : que les superbes cessent de m’opprimer.
Mes yeux s’étaient épuisés à attendre le salut que vous m’apportez, et l’effet des oracles de votre justice.
Faites donc maintenant selon votre miséricorde avec votre serviteur, et enseignez-moi vos commandements.
Je suis votre serviteur : donnez-moi l’intelligence, afin que je connaisse vos préceptes.
Il est temps d’agir, Seigneur : ils ont dissipé votre loi.
C’est pour cela que j’ai aimé vos commandements plus que l’or et la topaze.
C’est pour cela que je me suis réglé en tout selon vos commandements, et que j’ai haï toute voie injuste.
À NONE
   Deus, in adiutorium, etc.
   Gloria Patri, etc.
O Dieu ! Venez à mon aide, etc.
Gloire soit au Père, etc.
HYMNE
   Rerum Deus, tenax vigor, immotus in te permanens, lucis diurnae tempora successibus determinans,
   O Dieu dont la puissance soutient tous les êtres, toujours immuable en votre essence, vous partagez le temps par les révolutions de la lumière du jour.
   Largire clarum vespere, quo vita numquam decidat, sed praemium mortis sacrae perennis instet gloria.
   Versez la lumière sur le soir de nos jours ; que notre vie ne s’éloigne jamais d’elle ; et qu’une gloire immortelle soit la récompense d’une mort sainte.
   Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, cum Spiritu Paraclito regnans per omne saeculum. Amen.
   Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
   Mirabilia testimonia tua ideo scrutata est ea anima mea.Declaratio sermonum tuorum inluminat et intellectum dat parvulis.Os meum aperui et adtraxi spiritum quia mandata tua desiderabam.Aspice in me et miserere mei secundum iudicium diligentium nomen tuum.Gressus meos dirige secundum eloquium tuum et non dominetur mei omnis iniustitia.Redime me a calumniis hominum et custodiam mandata tua.Faciem tuam inlumina super servum tuum et doce me iustificationes tuas.Exitus aquarum deduxerunt oculi mei quia non custodierunt legem tuam.Justus es Domine et rectum iudicium tuum.Mandasti iustitiam testimonia tua et veritatem tuam nimis.Tabescere me fecit zelus meus quia obliti sunt verba tua inimici mei.Ignitum eloquium tuum vehementer et servus tuus dilexit illud.Adulescentulus sum ego et contemptus iustificationes tuas non sum oblitus.Iustitia tua iustitia in aeternum et lex tua veritas.Tribulatio et angustia invenerunt me mandata tua meditatio mea.Aequitas testimonia tua in aeternum intellectum da mihi et vivam.Gloria Patri, etc.
   Gloria Patri, etc.
   Clamavi in toto corde exaudi me Domine iustificationes tuas requiram.Clamavi te salvum me fac et custodiam mandata tua.Praeveni in maturitate et clamavi in verba tua supersperavi.Praevenerunt oculi mei ad diluculum ut meditarer eloquia tua.Vocem meam audi secundum misericordiam tuam Domine secundum iudicium tuum vivifica me.Adpropinquaverunt persequentes me iniquitate a lege autem tua longe facti sunt.Prope es tu Domine et omnes viae tuae veritas.Initio cognovi de testimoniis tuis quia in aeternum fundasti ea.
   
   Vide humilitatem meam et eripe me quia legem tuam non sum oblitus.Iudica iudicium meum et redime me propter eloquium tuum vivifica me.Longe a peccatoribus salus quia iustificationes tuas non exquisierunt.Misericordiae tuae multae Domine secundum iudicia tua vivifica me.Multi qui persequuntur me et tribulant me a testimoniis tuis non declinavi.Vidi praevaricantes et tabescebam quia eloquia tua non custodierunt.Vide quoniam mandata tua dilexi Domine in misericordia tua vivifica me.Principium verborum tuorum veritas et in aeternum omnia iudicia iustitiae tuae.
   
   Principes persecuti sunt me gratis et a verbis tuis formidavit cor meum.Laetabor ego super eloquia tua sicut qui invenit spolia multa.Iniquitatem odio habui et abominatus sum legem autem tuam dilexi.Septies in die laudem dixi tibi super iudicia iustitiae tuae.Pax multa diligentibus legem tuam et non est illis scandalum.Expectabam salutare tuum Domine et mandata tua dilexi.Custodivit anima mea testimonia tua et dilexi ea vehementer.Servavi mandata tua et testimonia tua quia omnes viae meae in conspectu tuo.
   Vos témoignages sont admirables, o Dieu ! C’est pour cela que mon âme les a recherchés avec ardeur.
   Adpropinquet deprecatio mea in conspectu tuo Domine iuxta eloquium tuum da mihi intellectum.Intret postulatio mea in conspectu tuo secundum eloquium tuum eripe me.Eructabunt labia mea hymnum cum docueris me iustificationes tuas.Pronuntiabit lingua mea eloquium tuum quia omnia mandata tua aequitas.Fiat manus tua ut salvet me quoniam mandata tua elegi.
   La révélation de vos promesses répand la lumière ; elle donne l’intelligence aux petits.
   Concupivi salutare tuum Domine et lex tua meditatio mea.Vivet anima mea et laudabit te et iudicia tua adiuvabunt me.Erravi sicut ovis quae periit quaere servum tuum quia mandata tua non sum oblitus.
   J’ai ouvert la bouche, et j’ai aspiré le souffle ; car j’ai désiré vos commandements.
Jetez un regard sur moi ; ayez pitié de moi, selon votre coutume à l’égard de ceux qui aiment votre loi.
Dirigez mes pas selon votre parole ; que nulle iniquité ne domine en moi.
Délivrez-moi de la calomnie des hommes ; afin que je garde vos commandements.
Faites reluire sur votre serviteur l’éclat de votre visage ; enseignez-moi vos justices.
Mes yeux ont répandu des ruisseaux de larmes, parce que les hommes n’ont pas gardé votre loi.
Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits.
Vos commandements prescrivent la justice ; rien n’en peut altérer la vérité.
Mon zèle m’a desséché dans son ardeur ; car mes ennemis ont oublié vos paroles.
Votre Verbe, o Père céleste ! Est un feu consument : c’est pourquoi votre serviteur l’aime avec ardeur.
Je suis jeune et méprisé ; mais je n’ai point oublié vos préceptes.
Votre justice est justice à jamais, et votre loi, vérité.
La tribulation et l’angoisse sont fondu sur moi ; vos oracles ont été tout mon entretien.
Vos jugements sont l’équité éternelle : donnez-moi l’intelligence, et je vivrai.
Gloire au Père, etc.
J’ai crié du fond de mon cœur : Seigneur, exaucez-moi ; et je rechercherai vos injustices.
J’ai crié vers vous, sauvez-moi ; et j’accomplirai vos décrets.
J’ai devancé l’aurore, et j’ai poussé des cris ; car j’espérais vivement en vos promesses.
Mes yeux se tournaient vers vous dès le point du jour, pour méditer votre loi.
Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Seigneur ; vivifiez-moi selon votre justice.
Mes persécuteurs ont embrassé l’iniquité ; ils se sont éloignés de votre loi.
Vous êtes près de nous, Seigneur, et toutes vos voies sont la vérité.
Dès le commencement j’avais reconnu que vous avez établi vos témoignages pour durer éternellement.
Voyez mon humiliation, et délivrez-moi ; car je n’ai pas oublié votre loi.
Jugez ma cause et rachetez-moi ; rendez-moi la vie, à cause de votre parole.
Le salut est loin des pécheurs, parce qu’ils n’ont pas recherché vos commandements.
Vos miséricordes sont infinies, Seigneur ; rendez-moi la vie selon vos oracles.
Ils sont nombreux, ceux qui me persécutent et m’affligent ; mais je ne me suis point écarté de vos préceptes.
J’ai vu les prévaricateurs, et j’en ai séché de douleur ; car il n’ont pas gardé vos ordonnances.Voyez, Seigneur, que j’ai toujours aimé vos commandements ; rendez-moi la vie, dans votre miséricorde.
Le principe de vos paroles est la vérité : tous les décrets de votre justice demeurent à jamais.
Les princes m’ont persécuté injustement ; mais mon cœur n’a craint que votre parole.
Je me réjouirai dans vos promesses comme un homme qui a trouvé de richesses dépouillés.
J’ai haï l’iniquité, et je l’ai eue en horreur ; mais j’ai aimé votre loi.
Sept fois le jour, j’ai chanté vos louanges, sur les jugements de votre justice.Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; il n’y a pas pour eux de scandale.
J’attendais votre Salut, o Seigneur ! Et dans cette attente, j’ai aimé vos commandements.
Mon âme a gardé vos préceptes ; elle les a aimés d’un amour ardent.
J’ai observé vos lois et vos ordonnances ; car toutes mes voies sont en votre présence.Que ma prière, Seigneur, mont jusqu’à vous ; donnez-moi l’intelligence, selon votre parole.
Que mes supplications pénètrent jusqu’en votre présence : délivrez-moi, selon vos promesses.Mes lèvres éclateront en cantiques, lorsque vous m’aurez enseigné vos justices.
Ma langue publiera vos oracles ; car tous vos commandements sont l’équité.
Étendez votre main, et sauvez-moi ; car j’ai choisi vos préceptes pour mon partage.
Seigneur, Père saint ! j’ai désiré avec ardeur votre Salut promis ; et votre loi est tout mon entretien.
Maintenant qu’il est venu, mon âme vivra, et vous louera ; et vos justices me protégeront.J’errais comme une brebis perdue : divin Pasteur, descendu du ciel, daignez chercher votre serviteur ; car je n’ai point oublié vos commandements.
CHAPITRE V. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET FÊTES, AU TEMPS PASCAL.
   v. Deus, in adjutorium meum intende.
   Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
   r. Domine, ad adjuvandum me festina.
   
   Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.
   v. O Dieu ! venez à mon aide !
   Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ.
   r. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire.
PSAUME CIX.
   Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.
   Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.
   Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.
   De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.
   Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.
   Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
   Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
   Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
   Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.
   O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
   Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.
   La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.
PSAUME CX.
   Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.
   Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.
   Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.
   Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
   Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
   Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
   Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.
   Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
   Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.
   Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
   Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.
   Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.
   Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.
   Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
   Redemptionem misit populo suo : * mandavit in æternum testamentum suum.
   Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
   Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.
   Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
   Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.
   La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.
PSAUME CXI.
   Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.
   Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.
   Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.
   Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
   Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
   Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
   Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.
   La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
   Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.
   Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste, qui s’est donné aux hommes.
   In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.
   Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
   Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.
   La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
   Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.
   Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.
PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.
   Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.
   Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.
   A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.
   
   Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.
   
   Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?
   
   Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.
   Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
   Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.
   Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.
   Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.
   Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.
   Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.
   A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.
   Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :
   
   Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?
   
   Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.
   Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.
   Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.
   
   Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
   
   Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.
   
   Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.
   Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.
   Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.
   
   Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.
   
   Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.
   
   Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.
   
   Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.
   Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
   Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.
   
   Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.
   Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;
   Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.
   La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
   Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.
   La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
À la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.
Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
À cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.
Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.
HYMNE.
   Ad regias Agni dapes, Stolis amicti candidis, Post transitum Maris Rubri, Christo canamus Principi :Divina cujus caritas Sacrum propinat sanguinem, Almique membra corporis Amor sacerdos immolat.Sparsum cruorem postibus Vastator horret Angelus : Fugitque divisum mare ; Merguntur hostes fluctibus.Jam Pascha nostrum Christus est Paschalis idem victima, Et pura puris mentibus Sinceritatis azyma.O vera caeli victima, Subjecta cui sunt tartara, Soluta mortis vincula, Recepta vitae praemia.Victor, subactis inferis, Trophaea Christus explicat ; cœloque aperto, subditum Regem tenebrarum trahit.Ut sis perenne mentibus Paschale, Jesu, gaudium, A morte dira criminum Vitae renatos libera.Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito, In sempiterna saecula.
   R. Quoniam advesperascit. Alleluia
   Amen.
   Après le passage de la mer Rouge, couverts de nos robes blanches et assis au festin royal de l’Agneau, chantons au Christ notre roi.
   V. Mane nobiscum, Domine, Alleluia.
   C’est lui dont la charité divine nous verse à boire son propre sang ; c’est son amour qui sacrifie en victime les membres de son corps sacré.
L’Ange exterminateur est saisi de crainte à le vue du sang dont nos portes sont marquées ; la mer divisée en deux fuit devant nous : nos ennemis sont submergés sous les flots.Notre Pâque, c’est le Christ : il est notre victime pascale, il est l’azyme de sincérité pour les cœurs purs.
O victime véritable venue du ciel, par lui qui l’enfer est abattu, les liens de la mort brisés, les dons de la vie restitués.
Vainqueur de la mort qu’il a terrassée, le Christ déploie son étendard ; il rouvre le ciel, et traîne en captif le roi des ténèbres.
Pour être toujours, o Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.
À Dieu le Père soit la gloire ! Gloire au Fils ressuscité d’entre les morts ! Et gloire au Paraclet, dans les siècles éternels.
V. Demeurez avec nous, Seigneur, alléluia.
R. Car le soir est venu. Alléluia.
CANTIQUE DE MARIE.
   Magnificat : * anima mea Dominum.
   Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
   Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.
   Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
   Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
   Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
   Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.
   
   Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.
   
   Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
   
   Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.
   Mon âme glorifie le Seigneur,
Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.
Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Les Antiennes de Magnificat et les Oraisons se trouvent en leur lieu, aux Dimanche et fêtes.
CHAPITRE VI. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS PASCAL.
v. Jube, Domne, benedicere.
   Benedictio Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.
   V. Mon Père, veuillez me bénir.
   r. Amen.
   Bénédiction. Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.
   r. Amen.
   LECON BREVE (1 Petr. v.)
   Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.
   r. Deo gratias.
   v. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.
   r. Qui fecit cœlum et terram.
Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !
r. Rendons grâces à Dieu.
v. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.
r. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.
On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.
Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :
   v. Converte nos, Deus, Salutaris noster.
   Gloria Patri, etc.
   r. Et averte iram tuam a nobis.
   v. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
   v. Deus, in adjutorium meum intende.
   r. Et détournez votre colère de dessus nous.
   r. Domine, ad adjuvandum me festina.
   v. O Dieu ! venez à mon aide.
r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloire au Père, etc.
PSAUME IV
   Cum invocarem exaudivit me Deus iustitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.
   Miserere mei : * et exaudi orationem meam.
   Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?
   A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.
   Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.
   
   Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.
   
   Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?
   
   Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.
   
   In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.
   Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.
   Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.
   Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?
Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m’exaucera quand je crierai vers lui.
Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.
Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.
Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.
Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.
PSAUME XC
   Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei cœli commorabitur.
   Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.
   Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.
   
   Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.
   Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.
   Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.
   
   A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.
   
   Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.
   
   Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.
   Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.
   Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.
   
   Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.
   
   In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.
   
   Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.
   Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
   Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.
   Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.
   Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.
   Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.
Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.
Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.
Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;
Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,
Parce qu’il a connu mon nom.
Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le glorifierai.
Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.
PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.
   Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.
   Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
   In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.
   Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
   Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.
   Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
   Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam.
   Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant. Alléluia, alléluia, alléluia.
HYMNE.
   Te lucis ante terminum, Rerum Creator, poscimus, Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.
   Procul recedant somnia, Et noctium phantasmata, Hostemque nostrum comprime, Ne polluantur corpora.
   Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen.
   Avant que la lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.
CAPITULE. (Jerem. XIV.)
   Tu autem in nobis es, Domine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.
   Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
   r. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum : * Alleluia, alleluia.
   r. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit : * Alléluia, alléluia.
   In manus tuas.
   On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
   v. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Alleluia, alleluia.
   v. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité.
   Gloria. In manus tuas.
   On répète : * Alléluia, alléluia.
   v. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi, alleluia.
   Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
   r. Sub umbra alarum tuarum protege nos, alleluia.
   v. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil alléluia.
r. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes, alléluia, alléluia.
CANTIQUE DE SIMÉON.
   Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.
   Gloria Patri, et Filio, etc.
   Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,
   
   Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.
   
   Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.
   
   Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace. Alleluia.
   C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.
Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix. Alléluia.
ORAISON
   Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
   v. Benedicamus Domino.
   v. Dominus vobiscum ;
   r. Deo gratias.
   r. Et cum spiritu tuo.
   
   Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
   Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
   r. Amen.
   v. Que le Seigneur soit avec vous ;
r. Et avec votre esprit.
v. Bénissons le Seigneur.
r. Rendons grâces à Dieu.
Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
   r. Amen.
   ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.
Regina cœli, laetare, Alléluia,
   Quia quem meruisti portare, Alléluia,
   v. Gaude et laetare, Virgo Maria, Alléluia ;
   Resurrexit sicut dixit, Alléluia.
   
   Ora pro nobis Deum, Alléluia.
   
   r. Quia surrexit Dominus vere, Alléluia.
   Reine du ciel, réjouissez-vous, Alléluia ;
Car celui que vous avez mérité de porter, Alléluia,
Est ressuscité comme il l’avait dit, Alléluia.
Daignez prier Dieu en notre faveur, Alléluia.
v. Soyez dans. l’allégresse, ô Vierge Marie, Alléluia ;
r. Car le Seigneur est vraiment ressuscité, Alléluia.
ORAISON.
   Deus, qui per Resurrectionem Filii tui Domini nostri Jesu Christi mundum laetificare dignatus es : praesta quaesumus, ut per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitae. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
   O Dieu, qui avez voulu réjouir le monde par la Résurrection de Jésus-Christ, votre Fils : daignez nous faire arriver aux joies de la vie éternelle, par le secours de sa sainte Mère la Vierge Marie. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
   V. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.
   V. Que le secours divin demeure toujours avec nous ! R. Amen.
   R. Amen.
   
PROPRE DU TEMPS
Encore quatre jours, et le divin Ressuscité, dont la société nous était si chère et si précieuse, aura disparu de la terre. C’est par cette annonce que ce cinquième dimanche après la joyeuse Pâque semble nous préparer à la séparation. Le dimanche suivant ouvrira la longue série de ceux qui doivent se succéder d’ici qu’il revienne pour juger le monde. A cette pensée, le cœur du chrétien se serre ; car il sait qu’il ne verra son Sauveur qu’après cette vie ; et il s’unit à la tristesse que ressentirent les Apôtres à la dernière Cène, lorsqu’il leur dit cette parole : « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus [JOHAN. XVI, 16.]. »
Mais après la résurrection de leur Maître, quelle dut être l’angoisse de ces hommes privilégiés qui comprenaient enfin ce qu’il était, lorsqu’ils s’aperçurent comme nous que l’heureuse quarantaine, si rapidement écoulée, touchait bientôt à sa fin ! Avoir vécu, pour ainsi dire, avec Jésus glorifié, avoir ressenti les effets de sa divine condescendance, de son ineffable familiarité, avoir reçu de sa bouche tous les enseignements qui devaient les mettre en état d’accomplir ses volontés, en fondant sur la terre cette Église qu’il était venu choisir pour son Épouse ; et se trouver tout d’un coup livrés à eux-mêmes, privés de sa présence visible, ne plus voir ses traits, ne plus entendre sa voix, et mener jusqu’au bout leur carrière avec de tels souvenirs : c’est le sort qui attendait les Apôtres et qu’ils avaient à accepter.
Nous éprouverons quelque chose de ce qu’ils durent ressentir, si nous nous sommes tenus unis à notre mère la sainte Église. Depuis le jour où elle ouvrit en notre faveur la série des émotions qui la transportent chaque année, lorsqu’elle repasse successivement tant de sublimes anniversaires, à partir de celui de la Naissance de son Emmanuel, jusqu’à celui de sa triomphante Ascension au ciel, n’est-il pas vrai que nous aussi nous avons vécu en société avec son divin Époux, qui est en même temps notre Rédempteur, et qu’au moment de le voir disparaître aux regards de notre foi attentive jusqu’à cette heure à le suivre dans tous ses états, l’émotion que ressentirent les Apôtres vient nous gagner nous-mêmes ?
Mais il est sur la terre, à la veille du jour où Jésus doit la quitter pour le ciel, une créature dont nous ne pourrons jamais sonder ni décrire les sentiments ; c’est Marie qui avait retrouvé son fils, et qui voit approcher le moment où il va s’éloigner encore. Jamais cœur ne fut plus soumis aux volontés de son Maître souverain ; mais jamais aussi semblable sacrifice ne fut demandé à une créature. Jésus veut que l’amour de Marie croisse encore, et c’est pour cela qu’il la soumet à l’épreuve de l’absence. Il veut en outre qu’elle coopère à la formation de l’Église, qu’elle ait la main dans ce grand œuvre qui ne devait s’élever qu’avec son concours. C’est en cela que se montre encore l’amour de Jésus pour sa mère ; il désire pour elle le mérite le plus grand, afin de déposer sur sa tète le diadème le plus glorieux, au jour où elle montera au ciel à son tour pour y occuper le trône qui a été préparé pour elle au-dessus de toute la création glorifiée.
Ce n’est plus, il est vrai, un glaive de douleur qui transpercera le cœur de Marie ; c’est le feu d’un amour que nul langage ne saurait décrire qui consumera ce cœur dans une angoisse à la fois poignante et délicieuse, sous l’effort de laquelle elle tombera un jour, comme le fruit mûr que la branche de l’arbre ne soutient plus, parce qu’elle n’a plus rien à lui donner. Mais à ces instants suprêmes où nous sommes, dans les dernières étreintes de ce fils divin qui va la laisser en exil, quel serrement au cœur d’une telle mère qui n’a joui que durant quarante jours du bonheur de le voir glorieux et triomphant, et de recevoir ses divines et filiales caresses ! C’est la dernière épreuve de Marie ; mais en face de cette épreuve elle n’a encore que sa même réponse : « Voici la servante du Seigneur.; qu’il me soit fait selon votre parole. » Sa vie tout entière est dans le bon plaisir de Dieu, et c’est ainsi qu’elle devient toujours plus grande, plus rapprochée de Dieu. Une sainte âme du XVII° siècle, favorisée des plus sublimes révélations, nous a appris que le choix fut donné à Marie d’entrer dans le repos de la gloire avec son fils, ou de demeurer encore sur la terre dans les labeurs de l’enfantement de la sainte Église ; mais qu’elle préféra retarder les joies maternelles que lui réservait l’éternité, et servir, aussi longtemps qu’il plairait à la divine Majesté, au grand œuvre qui importait tant à l’honneur de son fils et au bien de la race humaine, dont elle était devenue aussi la mère.
Si un tel dévouement éleva la coopératrice de notre salut au plus haut degré de la sainteté, en lui faisant atteindre le point culminant de sa mission, on est en droit de conclure que l’amour de Jésus pour sa mère s’accrut encore, lorsqu’il reçut d’elle une marque si sensible de l’union qu’elle avait aux plus intimes désirs de son cœur sacré. De nouveaux témoignages de sa tendresse furent pour Marie la récompense de cet oubli d’elle-même, et de cette conformité aux desseins qui l’appelaient à être véritablement dès ici-bas la Reine des Apôtres, comme l’appelle l’Église, et la coadjutrice de leurs travaux.
Le Seigneur, durant ces dernières heures, allait multipliant les témoignages de sa bonté envers tous ceux qu’il avait daigné admettre dans sa familiarité. Pour plusieurs d’entre eux la séparation devait être longue. Jean le bien-aimé aurait à attendre plus de cinquante années sa réunion à son Maître divin. Ce ne serait qu’après trente ans que Pierre monterait à son tour sur l’arbre de la croix, pour se réunir à celui qui lui avait confié les clefs du royaume des cieux. Le même intervalle de temps devait être rempli par les soupirs enflammés de Madeleine ; mais aucun d’eux ne murmurait ; car tous sentaient qu’il était juste que le divin Rédempteur du monde, ayant suffisamment établi la foi de sa résurrection, « entrât enfin dans sa gloire [Luc. XXIV, 26.]. »
Jésus avait fait donner ordre à ses disciples par les Anges, le jour même de sa résurrection, de se rendre en Galilée pour y jouir de sa présence. Nous avons vu comment ils obéirent à cet ordre, et en quelle manière le Sauveur se manifesta à sept d’entre eux sur les bords du lac de Génézareth ; ce fut la huitième des manifestations que les Évangiles ont enregistrées. La neuvième eut lieu pareillement dans la Galilée. Jésus aimait cette contrée, au sein de laquelle il avait pris la plupart de ses disciples, où Marie et Joseph avaient habité, et où lui-même avait passé tant d’années dans le travail et l’obscurité. La population, plus simple et plus morale que celle de la Judée, l’attirait davantage. Saint Matthieu nous révèle que la plus solennelle des manifestations de Jésus ressuscité, celle que nous compterons pour la dixième de fait, et pour la neuvième de celles que rapportent les Évangélistes, eut lieu sur une montagne de cette contrée [MATTH. XXVIII, 16.].
Selon le sentiment de saint Bonaventure et celui du pieux et savant Denys le Chartreux, cette montagne fut le Thabor, dont le sommet avait déjà été honoré par le mystère de la Transfiguration. Là se trouvèrent réunis, comme nous l’apprenons de saint Paul, plus de cinq cents disciples de Jésus [I Cor. XV, 5.], assemblée formée en grande partie des habitants de la Galilée qui avaient cru en Jésus dans le cours de sa prédication, et qui avaient mérité d’être témoins de ce nouveau triomphe du Nazaréen. Jésus se montra à leurs regards, et leur donna une telle certitude de sa résurrection que l’Apôtre des Gentils, écrivant aux chrétiens de Corinthe, invoque leur témoignage à l’appui de ce mystère fondamental de notre foi.
Désormais nous demeurons sans renseignements positifs sur ce qui se passa encore dans la Galilée, quant à ce qui est des manifestations du Sauveur ressuscité ; mais nous savons qu’il intima à ses disciples l’ordre de se rendre à Jérusalem, où il devait bientôt reparaître à leurs yeux une dernière fois, avant de monter aux cieux. Suivons en ces jours la marche des disciples vers la ville coupable. Combien de fois, dans cette même ville, Jésus avait voulu réunir ses fils comme la poule ramasse ses poussins sous ses ailes, et elle ne l’a pas voulu [MATTH. XXIII, 37.] ! Il va revenir dans ses murs ; mais elle ne le saura pas. Il ne se montrera pas à elle, il ne se révélera qu’à ses amis, et il partira en silence, pour ne plus revenir qu’au jour où il viendra juger ceux qui n’ont pas connu le temps de sa visite.
LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES.
Le cinquième dimanche après Pâques, dans l’Église grecque, est appelé le dimanche de l’Aveugle-né, parce qu’on y lit le récit de l’Évangile où est rapportée la guérison de cet aveugle. On l’appelle aussi le dimanche de l’Episozomène, qui est un des noms par lesquels les Grecs désignent le mystère de l’Ascension, dont la solennité, chez eux comme chez nous, interrompt le cours de cette semaine liturgique.
À LA MESSE.
Isaïe, le plus sublime des Prophètes, a fourni la matière de l’Introït. Sa voix éclatante et mélodieuse convie toutes les nations de la terre à célébrer la victoire que le divin Ressuscité a remportée, et dont le prix a été notre délivrance.
INTROÏT.
   Vocem jucunditatis annuntiate, et audiatur, alleluia : annuntiate usque ad extremum terrae : liberavit Dominus populum suum, alleluia, alleluia.
   Poussez des cris de joie, et qu’on les entende de toutes parts, alléluia : publiez jusqu’aux extrémités de la terre que le Seigneur a délivré son peuple, alléluia, alléluia.
   Ps. Jubilate Deo omnis terra : psalmum dicite Nomini ejus, date gloriam laudi ejus. Gloria Patri. Vocem jucunditatis
   Ps. Peuples de la terre entière, chantez au Seigneur avec allégresse ; faites entendre un cantique à son Nom, rendez-lui gloire par vos louanges. Gloire au Père. Poussez des cris.
Dans la Collecte, la sainte Église nous apprend que nos pensées et nos actions, pour être méritoires de la vie éternelle, ont besoin de la grâce qui inspire les unes et aide notre volonté à accomplir les autres.
ORAISON.
   Deus, a quo bona cuncta procedunt, largire supplicibus tuis : ut cogitemus, te inspirante,
   O Dieu, vous de qui procèdent tous les biens, accordez à nos humbles prières que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien, et daignez nous accorder votre conduite pour l’accomplir. Par Jésus-Christ.
   quae recta sunt, et, te gubernante, eadem faciamus. Per Dominum.
   De la très sainte Vierge.
   Concede nos famulos tuos, quaesumus Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatae Marie semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui laetitia
   Seigneur Dieu, daignez accorder à nous, vos serviteurs, la grâce de jouir constamment delà santé de l’âme et du corps ; et par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez-nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicité.
Contre les persécuteurs de l’Église.
   Ecclesiae, quaesumus Domine, preces placatus admitte, ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, secura tibi serviat libertate. Per Dominum.
   Daignez, Seigneur, vous laisser fléchir par les prières de votre Église, afin que, toutes les adversités et toutes les erreurs ayant disparu, elle puisse vous servir dans une paisible liberté. Par Jésus-Christ.
Pour le Pape.
   Deus Omnium fidelium Pastor et rector, famulum tuum N., quem Pastorem Ecclesiae tue praeesse voluisti, propitius respice : da ci, quaesumus, verbo et exemplo, quibus praeest proficere ; ut ad vitam una cum grege sibi credito perveniat sempiternam. Per Dominum.
   O Dieu, qui êtes le Pasteur et le conducteur de tous les fidèles, regardez d’un œil propice votre serviteur N. que vous avez mis à la tête de votre Église en qualité de Pasteur ; donnez-lui, nous vous en supplions, d’être utile par sa parole et son exemple à ceux qui sont sous sa conduite, afin qu’il puisse parvenir à la vie éternelle avec le troupeau qui lui a été confié. Par Jésus-Christ.
ÉPÎTRE.
Lectio Epistolae beati Jacobi Apostoli. CAP. I.
   fn HARISSIMI, Estote factores verbi, et non auditores tantum, fallentes vosmetipsos. Quia si quis auditor est verbi, et non factor, hic comparabitur viro consideranti vultum nativitatis suae in speculo ; consideravit enim se, et abiit, et stati m oblitus est qualis fuerit. Qui autem perspexerit in legem perfectam libertatis, et permanserit in ea, non auditor obliviosus factus, sed factor operis : hic beatus in facto suo erit. Si quis autem putat se religiosum esse, non refraenans linguam suam, sed seducens cor suum, hujus vana est religio. Religio munda, et immaculata apud Deum et Patrem, haec est : Visitare pupillos at viduas in tribulatione eorum, et immaculatum se custodire ab hoc saeculo.
   Lecture de l’Épître de saint Jacques, Apôtre. Chap. I.
Mes bien-aimés, accomplissez la parole qui vous est enseignée, ne vous contentant pas de l’écouter, en vous trompant vous-mêmes. Car celui qui écoute la parole sans la pratiquer, est semblable à un homme qui considère son visage naturel dans un miroir, et qui à peine l’y a vu, s’en va, et oublie à l’instant même quel il était. Mais celui qui considère d’un œil ferme la loi parfaite de la liberté, et qui s’arrête à elle, n’étant pas seulement un auditeur oublieux, mais accomplissant dans ses œuvres ce qu’il a entendu : celui-là trouvera son bonheur dans ce qu’il fait. Si quelqu’un d’entre vous croit être un homme religieux, et qu’il ne mette pas un frein à sa langue, mais qu’il séduise son propre cœur, sa religion est vaine. Une religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, est de visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et de se conserver purs de la corruption de ce monde.
Le saint Apôtre dont nous venons d’entendre les conseils avait reçu les leçons du Sauveur ressuscité ; nous ne devons donc pas être étonnés du ton d’autorité avec lequel il nous parle. Jésus, ainsi que nous l’avons raconté, avait même daigné lui accorder une de ses manifestations particulières : ce qui nous montre l’affection dont il honorait cet Apôtre, auquel les liens du sang le rattachaient par sa mère nommée aussi Marie. Nous avons vu cette sainte femme se rendre au sépulcre, avec Salomé sa sœur, dans la compagnie de Madeleine. Jacques le Mineur est véritablement l’Apôtre du Temps pascal, où tout nous parle de la vie nouvelle que nous devons mener avec le Christ ressuscité. Il est l’Apôtre des œuvres, et c’est lui qui nous a transmis cette maxime fondamentale du christianisme, que si la foi est nécessaire avant tout au chrétien, cette vertu, sans les œuvres, est une foi morte qui ne pourrait le sauver. Il insiste aujourd’hui sur l’obligation où nous sommes de cultiver en nous-mêmes l’attention aux vérités que nous avons une fois comprises, et de nous tenir en garde contre cet oubli coupable qui cause tant de ravages dans les âmes inconsidérées. Parmi ceux en qui s’est accompli le mystère de la Pâque, il en est qui n’y persévéreront pas ; et ce malheur leur arrivera, parce qu’ils se livreront au monde, au lieu d’user du monde comme n’en usant pas [I Cor. VII, 31.]. Rappelons-nous toujours que nous devons marcher dans une vie nouvelle, à l’imitation de celle de notre divin Ressuscité qui ne peut plus mourir.
Les deux Versets de l’Alléluia célèbrent l’éclat de sa résurrection ; mais déjà son Ascension prochaine y est annoncée. Sorti du Père éternellement, descendu dans le temps jusqu’à notre terrestre demeure, il nous avertit que sous peu de jours il va remonter à son Père.
   ALLELUIA ; alleluia. Surrexit Christus et illuxit nobis, quos redemit sanguine suo.
   Alleluia.
   Exivi a Patre, et veni in mundum ; iterum relinquo mundum at vado ad Patrem, alleluia
   Alléluia, alléluia.
v. Le Christ est ressuscité, il a fait luire sa lumière sur nous, qu’il a rachetés de son sang.
Alléluia.
v. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je laisse le monde, et je vais à mon Père, alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. XVI.
   In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Amen, amen dico vobis : si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. Usque modo non petistis quidquam in nomine meo : petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plenum. Haec in proverbiis locutus sum vobis. Venit hora cum jam non in proverbiis loquar vobis, sed palam de Patre annuntiabo vobis. In illo die in nomine meo petetis : et non dico vobis quia ego rogabo Patrem de vobis : ipse
   La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XVI.
   enim Pater amat vos, quia vos me amastis et credidistis quia ego a Deo exivi. Exivi a Patre, et veni in mundum : iterum relinquo mundum, et vado ad Patrem. Dicunt ei discipuli ejus Ecce nunc palam loqueris, et proverbium nullum dicis : nunc scimus quia scis omnia, et non opus est tibi ut quis te interroget : in hoc credimus quia a Deo existi.
   En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : En vérité, en vérité je vous le dis : Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine. Je vous ai dit ces choses en paraboles : l’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous enseignerai ouvertement sur le Père. En ce jour, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que je prierai pour vous le Père ; car le Père vous aime lui-même, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père et suis venu en ce monde : maintenant je quitte le monde et je vais au Père. Ses disciples lui dirent : Voilà que maintenant vous parlez ouvertement, et sans dire de paraboles. A présent nous savons que vous savez toutes choses, et qu’il n’est pas besoin qu’on vous interroge : en cela nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.
Lorsque le Sauveur, à la dernière Cène, annonçait ainsi à ses Apôtres son prochain départ, ils étaient loin encore de comprendre tout ce qu’il était. Déjà cependant ils croyaient « qu’il était sorti de Dieu ». Mais cette croyance était faible, puisqu’elle devait s’éteindre sitôt. Dans les jours où nous sommes, entourant leur Maître ressuscité, illuminés par sa parole, ils savent mieux ce qu’il est. Le moment est arrivé « où il ne leur parle plus en paraboles » ; nous avons vu quels enseignements il leur donne, comme il les prépare à devenir les docteurs du monde. C’est maintenant qu’ils peuvent lui dire : « O Maître, vous êtes véritablement sorti de Dieu. » Mais par là même ils comprennent davantage la perte dont ils sont menacés ; ils ont l’idée du vide immense que son absence leur fera sentir.
Jésus commence à recueillir le fruit que sa divine bonté a semé en eux, et qu’il a attendu avec une si ineffable patience. Si, lorsqu’ils étaient autour de lui à la table de la Cène, il les félicitait déjà sur leur foi ; maintenant qu’ils l’ont vu ressuscité, qu’ils l’ont entendu, ils méritent bien autrement ses éloges ; car ils sont devenus plus fermes et plus fidèles. « Le Père vous aime, leur disait-il lors de cette dernière cène, parce que vous m’avez aimé ; » combien plus le Père doit-il les aimer, maintenant que leur amour s’est accru ! Que cette parole nous donne espérance. Avant la Pâque, nous aimions faiblement le Sauveur, nous étions chancelants à son service ; maintenant que nous avons été instruits par lui, nourris de ses mystères, nous pouvons espérer que le Père nous aimera ; car nous aimons davantage, nous aimons mieux son Fils. Ce divin Rédempteur nous invite à demander au Père en son nom tous nos besoins. Le premier de tous est la persévérance dans l’esprit de la Pâque ; insistons pour l’obtenir, et offrons à cette intention la divine Victime qui dans peu d’instants sera présentée sur l’autel.
L’Offertoire est emprunté des Psaumes ; c’est un chant d’action de grâces que le fidèle, uni à Jésus ressuscité, offre à Dieu qui a daigné l’établir dans la vie nouvelle, en lui faisant part de ses miséricordes les plus choisies.
OFFERTOIRE.
   Benedicite, gentes, Dominum Deum nostrum, et obaudite vocem laudis ejus : qui posuit animam meam ad vitam, et non dedit commoveri pedes meos. Benedictus Dominus,, qui non amovit deprecationem meam, et misericordiam suam a me, alleluia.
   Peuples, bénissez le Seigneur notre Dieu, et faites entendre ses louanges. Il a donné la vie à mon âme, il n’a pas permis que mes pieds fussent ébranlés. Béni soit le Seigneur qui n’a pas rejeté ma prière, ni retire de moi sa miséricorde, alléluia.
Dans la Secrète, l’Église demande pour nous l’entrée dans la gloire céleste, dont la Pâque terrestre est l’introduction. Tous les mystères divinement opérés ici-bas ont pour but de nous sanctifier, afin que nous devenions mûrs pour la vision et la possession éternelle de Dieu ; c’est ce que l’Église, instruite par les divines Écritures, appelle la gloire.
SECRÈTE.
   Suscipe, Domine, fidelium preces cum oblationibus hostiarum : ut per haec pia devotionis officia, ad cœlestem gloriam transeamus. Per Dominum.
   Recevez, Seigneur, les prières des fidèles, avec ces hosties qui vous sont offertes ; et en retour de l’accomplissement de ce devoir de notre religion, faites-nous parvenir à la gloire céleste. Par Jésus-Christ.
De la très sainte Vierge.
   Tua, Domine, propitiatione, et beatae Mariae semper Virginis intercessione, ad perpetuam atque praesentem haec oblatio nobis proficiat prosperitatem et pacem.
   Daignez, Seigneur, nous être propice, et par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, faire que cette oblation nous procure la prospérité et la paix, en ces jours et à jamais.
Contre les persécuteurs de l’Église.
   Protege nos, Domine, tuis mysteriis servientes : ut divinis rebus inhaerentes, et corpore tibi famulemur et mente. Per Dominum.
   Protégez-nous, Seigneur, nous qui célébrons vos Mystères, afin que nous attachant aux choses divines, nous vous servions dans le corps et dans l’âme. Par Jésus-Christ.
Pour le Pape.
   Oblatis quaesumus Domine, placare muneribus : et famulum tuum N., quem Pastorem Ecclesiae tuae praeesse voluisti, assidua protectione guberna. Per Dominum.
   Laissez-vous fléchir, Seigneur, par l’offrande de ces dons, et daignez gouverner par votre continuelle protection votre serviteur N. que vous avez voulu établir Pasteur de votre Église. Par Jésus-Christ.
L’Antienne de la Communion est un chant de jubilation qui exprime l’allégresse continue de la Pâque, et dont les accents sont empruntés au Roi-Prophète.
COMMUNION.
   Cantate Domino, alleluia : cantate Domino, et benedicite Nomen ejus : bene nuntiate de die in diem salutare ejus, alleluia, alleluia.
   Chantez au Seigneur, alléluia ; chantez au Seigneur et bénissez son Nom ; célébrez chaque jour le salut qu’il nous donne, alléluia, alléluia.
La sainte Église nous suggère dans la Postcommunion la formule de nos demandes à Dieu. Il nous faut désirer le bien ; demandons ce désir, et continuons notre prière jusqu’à ce que le bien lui-même nous arrive. La grâce descendra alors, et ce sera à nous de ne la pas négliger.
POSTCOMMINION.
   Tribue nobis, Domine, cœlestis mensae virtute satiatis, et desiderare quae recta sunt et desiderata percipere. Per Dominum.
   Nous sommes rassasiés, Seigneur, par la puissante nourriture de la table céleste ; donnez-nous de désirer ce qui est bien, et d’obtenir ce que nous désirons. Par Jésus-Christ.
De la très sainte Vierge.
   Sumptis, Domine, salutis nostrae subsidiis, da quaesumus, beatae Mariae semper Virginis patrociniis nos ubique protegi, in cujus veneratione haec tue obtulimus majestati.
   Nous venons, Seigneur, de recevoir le puissant secours du salut ; daignez faire que nous soyons en tous lieux couverts de la protection de la bienheureuse Marie toujours Vierge, en l’honneur de laquelle nous avons offert ce Sacrifice à votre Majesté.
Contre les persécuteurs de l’Église.
   Quaesumus, Domine Deus noster, ut quos divina tribuis participatione gaudere, humanis non sinas subjacere periculis. Per Dominum.
   Nous vous supplions, Seigneur notre Dieu, de ne pas laisser exposés aux périls de la part des hommes ceux à qui vous accordez de participer aux Mystères divins. Par Jésus-Christ.
Pour le Pape.
   Haec nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti perceptio protegat : et famulum tuum N., quem Pastorem Ecclesiae tuae praeesse voluisti, una cum commisso sibi grege, salvet semper et muniat. Per Dominum.
   Que la réception de ce divin Sacrement nous protège, Seigneur ; qu’elle sauve aussi et fortifie à jamais, avec le troupeau qui lui est confié, votre serviteur N. que vous avez établi Pasteur de votre Église Par Jésus-Christ.
À VÊPRES.
ANTIENNE de Magnificat.
   Petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plenum : ipse enim Pater amat vos, quia vos me amastis, et credidistis, alleluia.
   Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit complète ; car mon Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru en moi, alléluia.
ORAISON.
   Deus, a quo bona cuncta procedunt, largire supplicibus tuis : ut cogitemus, te inspirante, quae recta surit, et, te gubernante, eadem faciamus. Per Dominum.
   O Dieu, vous de qui procèdent tous les biens, accordez à nos humbles prières que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien, et daignez nous accorder votre conduite pour l’accomplir. Par Jésus-Christ.
Nous terminons la journée par cette grave exhortation que l’Église gothique d’Espagne adressait aux fidèles au milieu même des joies pascales, afin de les avertir des précautions qui leur étaient nécessaires pour conserver en eux la vie nouvelle qu’ils avaient reçue.
MISSA.
(Feria V post Pascha.)
   Habeant, dilectissimi fratres, vote cautelam, festa diligentiam gaudia disciplinam. Exsultare decet quod resurrexerimus : sed timere convenit ne cadamus. Inter novam vitam veteremque mortem oportet scire quid evasimus oportet eligere quid amemus. Non enim error, sed contemptus est peccare commonitum. Major post veniam poena sequitur contumaces gravius est captivos fieri jam redemptos. Habet ista pietas potestatem, habet potestas ista terrorem, habet terror iste vindictam. Non enim fuisset pius in homine, nisi prius iratus fuisset in daemone. Confortamur gratia doni, si non corrumpamur lege peccati. Ratio parcendi est praevisio corrigendi. Non mutamur indulgentia, si non renovetur offensa. Qui nobis quod peccavimus indulsit, et ne ultra peccaremus admonuit. Profuit clementia, si profecit disciplina. Jam quidem hominem gratia adoptavit, sed necdum daemonem gehenna suscepit. Violentia peccatum perdidit, non naturam. Dimicandi est facultas, non securitas otiandi. Spoliatus est adversarius, non exstinctus. Gravius necesse est ut frendeat in amissis, quibus praeerat dominando subjectis. Accepimus castra per fidem, arma per crucem, signa per carnem, vexilla per sanguinem restat causa certaminis. Qui enim auferre necessitatem noluit pugnae, spem voluit probare victoria. Praecessit quidem in adoptione donum, sed adhuc restat in conversatione judicium. Hic promissio e q de munere, illic vicissitudo futura est post laborem. Sit itaque ille ante oculos nostros Domini miserantis affectus, quod in taxatione nostra non argenti pondus, non auri talentum dedit, non gratiarum fudit ornatum, sed convitio subdidit se patibuli, sepulcro sustinens carneam injuriam, sepulturam. Nihil majus potuit dare, nihil melius. Ut utique sit probandum quod diligentius nos sibi servire voluit, qui pretiosius nos redemit. Ergo ut in nobis redemptionis sum beneficia dignetur perficere, constanter nos convenit ac perseveranter orare.
   Sachons, frères bien aimés, unir nos transports avec la réserve, nos fêtes avec la vigilance, nos joies avec la règle. Il est juste que nous soyons dans l’allégresse, puisque nous sommes ressuscités ; mais il nous faut craindre aussi, de peur qu’il ne nous arrive de tomber. Entre la vie nouvelle et la mort qui l’a précédée, connaissons bien celle des deux à laquelle nous avons échappé, et choisissons celle que nous devons aimer. Ce n’est pas erreur, c’est mépris, de pécher quand on est averti. Une peine plus sévère attend après la récidive celui qui fut d’abord gracié ; et ce serait une chose indigne si celui que l’on a racheté allait de nouveau retomber dans les fers. Outre la bonté, Dieu possède la puissance ; cette puissance est de nature à nous faire trembler, et la crainte qu’elle inspire vient de ce qu’elle est vengeresse. Si Dieu s’est montré si miséricordieux envers l’homme, c’est que sa colère s’était déchargée d’abord contre le démon. Une grâce toute gratuite nous a rendu nos forces : n’allons pas retomber par le péché dans notre première maladie. C’est dans le but de nous voir corrigés que Dieu nous a octroyé le pardon, et son indulgence demeurera sur nous, si nos offenses ne se renouvellent pas. En nous remettant nos péchés, il nous a avertis de ne pécher plus. Sa clémence a été pour nous un bien, si la pénitence nous a changes. La grâce divine a daigné adopter un pécheur ; mais l’enfer n’a pas encore reçu le démon, et ne s’est pas refermé sur lui. On lui a arraché violemment le pécheur ; mais la nature qui produit le péché est restée. L’arène du combat est ouverte, et le repos n’aurait aucune sûreté. L’adversaire a été dépouillé, mais non tué ; sa rage doit être au comble d’avoir perdu les sujets qu’il dominait avec tant d’empire. La foi est devenue pour nous un camp, la croix une arme, la chair et le sang du Christ un étendard ; reste à attendre le moment de la bataille. Celui qui a voulu nous assujettir au combat comme à une nécessité, approuve en nous l’espoir de la victoire. Il a commencé par nous octroyer le don de l’adoption ; le jugement lui reste à porter sur notre vie. Maintenant il nous promet ses bienfaits : après l’heure du travail viendra le moment critique. Ayons donc devant les yeux le bienfait du Seigneur plein de miséricorde qui, lorsqu’il s’est agi de notre rançon, n’a pas versé un poids d’argent, un talent d’or, ne s’est pas borné à répandre ses grâces, mais s’est soumis à un infâme gibet, acceptant jusqu’à la plus sanglante insulte dans sa chair, l’insulte du tombeau. Certes, il ne pouvait rien faire de plus grand que ce qu’il a fait pour nous, rien de plus avantageux ; mais il a dû exiger que notre service envers lui fût d’autant plus soigneux, qu’il a daigné nous racheter à un plus grand prix. Afin donc qu’il daigne achever en nous les bienfaits de sa rédemption, attachons-nous avec constance et persévérance à la prière.
LE LUNDI DES ROGATIONS.
Aujourd’hui commence une série de trois jours consacrés à la pénitence. Cet incident inattendu paraît au premier abord une sorte d’anomalie dans le Temps pascal ; et néanmoins, quand on y réfléchit, on arrive à reconnaître que cette institution n’est pas sans une relation intime avec les jours auxquels elle se rapporte. Il est vrai que le Sauveur disait avant sa Passion que « durant le séjour de l’Époux au milieu de nous, il ne serait pas temps de jeûner [Luc. V, 34] ; » mais ces dernières heures qui précèdent son départ pour le ciel n’ont-elles pas quelque chose de mélancolique ? et n’étions-nous pas portés tout naturellement hier à penser à la tristesse résignée et contenue qui oppresse le cœur de la divine Mère et celui des disciples, à la veille de perdre celui dont la présence était pour eux l’avant-goût des joies célestes ?
Il nous faut maintenant raconter comment et à quelle occasion le Cycle liturgique s’est complète, dans cette saison, par l’introduction de ces trois jours durant lesquels la sainte Église, toute radieuse qu’elle était des splendeurs de la Résurrection, semble vouloir tout à coup rétrograder jusqu’au deuil quadragésimal. L’Esprit-Saint, qui la dirige en toutes choses, a voulu qu’une simple Église des Gaules, un peu après le milieu du V° siècle, vît commencer dans son sein ce rite imposant qui s’étendit rapidement à toute la catholicité, dont il fut reçu comme un complément de la liturgie pascale.
L’Église de Vienne, l’une des plus illustres et des plus anciennes de la Gaule méridionale, avait alors saint Mamert pour évêque. Des calamités de tout genre étaient venues désoler cette province récemment conquise par les Burgundes. Des tremblements de terre, des incendies, des phénomènes effrayants agitaient les populations, comme autant de signes de la colère divine. Le saint évêque, désirant relever le courage de son peuple, en le portant à s’adresser à Dieu dont la justice avait besoin d’être apaisée, prescrivit trois jours d’expiation durant lesquels les fidèles se livreraient aux œuvres de la pénitence, et marcheraient en procession en chantant des psaumes. Les trois jours qui précèdent l’Ascension furent choisis pour l’accomplissement de cette pieuse résolution. Sans s’en douter, le saint évêque de Vienne jetait ainsi les fondements d’une institution que l’Église entière allait adopter.
Les Gaules commencèrent, comme il était juste. Saint Alcime Avit, qui succéda presque immédiatement à saint Mamert sur le siège de Vienne, atteste que la pratique des Rogations était déjà consolidée dans cette Église [Homil. de Rogationibus.]. Saint Césaire d’Arles, au commencement du VI° siècle, en parle comme d’une coutume sacrée déjà répandue au loin, désignant au moins par ces paroles toute la portion des Gaules qui se trouvait alors sous le joug des Visigoths [Serm. CLXXII, parmi les Sermons de saint Augustin.]. On voit clairement que la Gaule tout entière ne tarda pas d’adopter ce pieux usage, en lisant les canons portés à ce sujet dans le premier concile d’Orléans tenu en 511, et réuni de toutes les provinces qui reconnaissaient l’autorité de Clovis. Les règlements du concile au sujet des Rogations donnent une haute idée de l’importance que l’on attachait déjà à cette institution. Non seulement l’abstinence de chair est prescrite pendant les trois jours, mais le jeûne est de précepte. On ordonne également de dispenser de leur travail les gens de service, afin qu’ils puissent prendre part aux longues fonctions par lesquelles ces trois jours étaient pour ainsi dire remplis [Canon XXVII.]. En 567, le concile de Tours sanctionnait pareillement l’obligation du jeûne dans les Rogations [Canon XVII.] ; et quant à l’obligation de férier durant ces trois jours, on la trouve reconnue encore dans les Capitulaires de Charlemagne et de Charles le Chauve.
Le principal rite des Églises des Gaules durant ces trois jours consista, dès l’origine, dans ces marches solennelles accompagnées de cantiques de supplication, et que l’on a appelées Processions, parce que l’on se rend d’un lieu dans un autre. Saint Césaire d’Arles nous apprend que celles qui avaient lieu dans les Rogations duraient six heures entières ; en sorte que le clergé se sentant fatigué par la longueur des chants, les femmes chantaient en chœur à leur tour, afin de laisser aux ministres de l’Église le temps de respirer [Serm. CLXXIV. HERBERTUS TURRITANUS, Miracul. lib. I, c. 21.]. Ce détail emprunté aux mœurs des Églises des Gaules à cette époque primitive, peut nous aider à apprécier l’indiscrétion de ceux qui, en nos temps modernes, ont poussé à l’abolition de certaines processions qui prenaient une partie notable de la journée, et cela dans l’idée que cette longueur devait être en elle-même considérée comme un abus.
Le départ de la Procession des Rogations était précédé de l’imposition des cendres sur la tête de ceux qui allaient y prendre part, et c’était le peuple tout entier. L’aspersion de l’eau bénite avait lieu ensuite ; après quoi le pieux cortège se mettait en marche. La Procession était formée du clergé et du peuple de plusieurs églises d’un rang secondaire, qui marchaient sous la croix d’une église principale dont le clergé présidait la fonction. Tout le monde, clercs et laïques, marchait nu-pieds. On chantait la Litanie, des Psaumes, des Antiennes, et l’on se rendait à quelque basilique désignée pour la Station, où l’on célébrait le saint Sacrifice. Sur la route on visitait les églises qui se rencontraient, et l’on y chantait une Antienne à la louange du mystère ou du saint, sous le titre duquel elles avaient été consacrées.
Tels étaient à l’origine, et tels ont été longtemps les rites observés dans les Rogations. Le Moine de Saint-Gall, qui nous a laissé de si précieux mémoires sur Charlemagne, nous apprend que le grand empereur, en ces jours, quittait sa chaussure comme les plus simples fidèles, et marchait nu-pieds à la suite de la croix, depuis son palais jusqu’à l’église de la Station [De rebus bellicis Caroli Magni, cap. XVI.]. Au XIII° siècle, sainte Élisabeth de Hongrie donnait encore le même exemple ; son bonheur était, durant les Rogations, de se confondre avec les plus pauvres femmes du peuple, marchant aussi nu-pieds, et couverte d’un grossier vêtement de laine [SURIUS, ad diem XIX Novembris.]. Saint Charles Borromée, qui renouvela dans son Église de Milan tant d’usages précieux de l’antiquité, n’eut garde de négliger les Rogations. Par ses soins et par ses exemples, il ranima dans son peuple l’ancien zèle pour une pratique si sainte. Il exigea de ses diocésains le jeûne pendant ces trois jours, et il l’accomplissait lui-même au pain et à l’eau. La Procession, à laquelle tout le clergé de la ville était tenu d’assister, et qui commençait par l’imposition des cendres, partait du Dôme au point du jour, et ne rentrait qu’à trois ou quatre heures après midi, ayant visité le lundi treize églises, neuf le mardi, et onze le mercredi. Le saint Archevêque célébrait le saint Sacrifice dans une de ces églises, et adressait la parole à son peuple [GIUSSANO, Vie de saint Charles Borromée.].
Si l’on compare le zèle de nos pères pour la sanctification de ces trois journées avec l’insouciance qui accompagne aujourd’hui, surtout dans les villes, la célébration des Rogations, on ne saurait manquer de reconnaître ici encore une des marques de l’affaiblissement du sens chrétien dans la société actuelle. Combien cependant sont importantes les fins que se propose la sainte Église dans ces Processions auxquelles devraient prendre part tant de fidèles qui ont des loisirs pieux, et qui, au lieu de les consacrer à servir Dieu par les œuvres de la vraie piété catholique, les consument dans des exercices privés qui ne sauraient ni attirer sur eux les mêmes grâces, ni apporter à la communauté chrétienne les mêmes secours d’édification !
Les Rogations s’étendirent rapidement des Gaules dans toute l’Église d’Occident. Elles étaient déjà établies en Espagne au VII° siècle, et elles ne tardèrent pas à s’introduire en Angleterre, et plus tard dans les nouvelles Églises de la Germanie, à mesure qu’elles étaient fondées. Rome elle-même les adopta à la fin du VIII° siècle, sous le pontificat de saint Léon III. C’était peu de temps après que les Églises des Gaules ayant renoncé à la liturgie gallicane pour prendre celle de Rome, eurent à admettre dans leurs usages la Procession de saint Marc. Mais il y eut cette différence qu’à Rome on conserva à la Procession du 25 avril le nom de Litanie majeure, et l’on appela Litanies mineures celles des Rogations, tandis qu’en France on désigna ces dernières par l’appellation de Litanies majeures, en réservant le nom de mineure pour la Litanie de saint Marc. Mais l’Église romaine, sans blâmer la dévotion des Églises des Gaules qui avaient cru devoir introduire dans le Temps pascal trois journées d’observance quadragésimale, n’adopta pas cette rigueur. Il lui répugnait d’attrister par le jeûne la joyeuse quarantaine que Jésus ressuscité accorde encore à ses disciples ; elle s’est donc bornée à prescrire l’abstinence de la viande durant ces trois jours. L’Église de Milan qui garde si sévèrement, ainsi que nous l’avons vu, l’institution des Rogations, l’a placée au lundi, mardi et mercredi qui suivent le dimanche dans l’Octave de l’Ascension, c’est-à-dire au-delà des quarante jours consacrés à célébrer la Résurrection.
Il faut donc, pour être dans cette véritable mesure dont l’Église romaine ne se départ jamais, envisager les Rogations comme une institution sainte qui vient tempérer nos joies pascales et non les anéantir. La couleur violette employée à la Procession et à la Messe de la Station n’a pas pour but de nous indiquer encore la fuite de l’Époux [Cant. VIII.] ; mais elle nous avertit que son départ est proche ; et l’abstinence qui nous est imposée, bien qu’elle ne soit pas accompagnée du jeûne, est déjà comme un témoignage anticipé de nos regrets pour cette chère présence de notre Rédempteur qui va nous être sitôt ravi.
En écrivant ces lignes destinées à expliquer aux fidèles les motifs d’une institution que l’Église a sanctionnée par ses ordonnances, il nous vient en mémoire que, dans ces dernières années, l’abaissement des mœurs chrétiennes est venu à tel point parmi nous, que plusieurs Évêques ont cru devoir solliciter du Siège apostolique la remise de l’abstinence en ces trois jours, après tant de siècles, et dans cette même France qui, par son exemple, avait imposé à toute la chrétienté la solennité des Rogations. C’est donc une expiation de moins, une intercession de moins, un secours de moins, en un siècle déjà si appauvri des moyens par lesquels la vie chrétienne se conserve, par lesquels le ciel est fléchi, les grâces de salut obtenues. Puissent les vrais fidèles en conclure que l’assistance aux Processions de ces trois jours est devenue plus opportune que jamais, et qu’il est urgent de compenser, en s’unissant à la prière liturgique, l’abolition d’une loi salutaire qui datait de si loin, et qui, dans ses exigences, pesait si légèrement sur notre mollesse !
Selon la discipline actuelle de l’Église, les Processions des Rogations, dont l’intention est d’implorer la miséricorde de Dieu offensé par les péchés des hommes, et d’obtenir la protection céleste sur les biens de la terre, sont accompagnées du chant des Litanies des Saints, et complétées par une Messe spéciale qui se célèbre soit dans l’église de la Station, soit dans l’église même d’où la Procession est partie, si elle ne doit pas s’arrêter dans quelque sanctuaire
On ne saurait trop estimer les Litanies des Saints, à cause de leur puissance et de leur efficacité. L’Église y a recours dans toutes les grandes occasions, comme à un moyen de se rendre Dieu propice, en faisant un appel à la cour céleste tout entière. Si l’on ne pouvait prendre part aux Processions des Rogations, que l’on récite du moins ces Litanies en union avec la sainte Église : on aura part aux avantages d’une si sainte institution, et on contribuera à obtenir les grâces que la chrétienté sollicite de toutes parts en ces trois jours ; enfin on aura fait acte de catholique.
Nous insérons ici lu Messe des Rogations, qui est la même pour les trois jours. Tout y parle de la nécessité et de la puissance de la prière. La sainte Église y revêt la couleur quadragésimale pour exprimer ses intentions expiatrices ; mais tout en elle respire la confiance et l’espoir d’être exaucée ; on sent qu’elle s’appuie sur l’amour de son Époux ressuscité.
LA MESSE DES ROGATIONS.
L’Introït tiré des Psaumes annonce d’avance la miséricorde du Seigneur, qui a exaucé la prière de son peuple, tout aussitôt qu’elle est montée vers lui.
INTROÏT.
   Exaudivit de templo sancto suo vocem meam, alleluia : et clamor meus in conspectu ejus introivit in aures ejus, alleluia, alleluia.
   Exaudivit.
   Ps. Diligam te, Domine, virtus mea : Dominus firmamentum meum et refugium meum, et liberator meus. Gloria Patri.
   De son temple saint, le Seigneur a exaucé ma prière, alléluia ; et le cri que j’ai poussé en sa présence a pénétré jusqu’à ses oreilles, alléluia, alléluia.
Ps. Je vous aimerai, Seigneur qui êtes ma force ; le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur. Gloire au Père. De son temple.
Dans la Collecte, l’Église expose à Dieu les besoins de ses enfants, le priant de reconnaître la confiance avec laquelle ils recourent à lui, et implorant pour eux sa protection dans leurs nécessités.
ORAISON.
   Praesta, quaesumus omnipotens Deus, ut, qui in afflictione nostra de tua pietate confidimus, contra adversa omnia, tua semper protectione muniamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
   Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que nous qui, dans nos afflictions, mettons notre confiance en votre bonté, nous soyons fortifiés par votre protection contre toute adversité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute les autres Collectes, comme à la Messe du cinquième Dimanche après Pâques, ci-dessus, page 46.
ÉPÎTRE.
Lectio Epistolae beati Jacobi Apostoli. CAP. V.
   Charissimi, Confitemini alterutrum peccata vestra, et orate pro invicem ut salvemini multum enim. valet deprecatio justi assidua. Elias homo erat similis nobis, passibilis : et oratione oravit ut non plueret super terram, et non pluit annos tres, et menses sex. Et rursum oravit : et cœlum dedit pluviam, et terra dedit fructum suum. Fratres mei, si quis ex vobis erraverit a veritate, et converterit quis eum : scire debet quoniam qui converti fecerit peccatorem ab errore vi suae, salvabit animam ejus a morte, et operiet multitudinem
   peccatorum.
Lecture de l’Épître de saint Jacques, Apôtre. Chap. V.
Mes bien-aimés, confessez vos fautes les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés ; car la prière persévérante du juste peut beaucoup. Elie était un homme semblable à nous, sujet à la souffrance ; cependant, quand il eut prié avec instance pour obtenir que la pluie cessât de tomber sur la terre, il n’y eut pas de pluie durant trois ans et six mois ; puis il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit. Mes frères, si l’un de vous s’écarte de la vérité, et que quelqu’un l’y fasse rentrer, il doit savoir que celui qui aura fait sortir un pécheur de l’erreur de sa voie, sauvera de la mort son âme à soi, et couvrira la multitude de ses péchés.
C’est encore à l’Apôtre saint Jacques le Mineur que la sainte Église emprunte l’Épître aujourd’hui ; et l’on ne saurait trop admirer l’à-propos que présentent les paroles de l’écrivain inspiré. L’une des fins de l’institution des Rogations est d’obtenir de la bonté de Dieu la température convenable pour les fruits de la terre, et saint Jacques nous montre, par l’exemple d’Élie, que la prière peut rendre le ciel serein, ou en faire descendre une pluie fécondante. Imitons la foi du prophète, et recommandons au Seigneur les moissons, qui ont tant besoin encore de sa bonté pour arriver à leur maturité, et pour échapper aux fléaux qui pourraient fondre sur elles. Un autre but des Rogations est d’obtenir la rémission des péchés. Si nous prions avec ferveur pour nos frères qui sont égarés, nous obtiendrons en leur faveur des miséricordes particulières. Nous ne connaîtrons peut-être pas en ce monde ceux que notre prière, unie à celle de la sainte Église, aura retirés de la voie du péché ; mais l’Apôtre nous apprend que notre charité recevra la plus précieuse récompense, l’effusion de la miséricorde de Dieu sur nous-mêmes.
Pour exprimer le deuil et la componction dans cette Messe des Rogations, l’Église, qui a revêtu la couleur violette, arrête la jubilation de ses cantiques ; elle ne se permet qu’un seul Verset alléluiatique, lequel d’ailleurs continue d’exprimer ses espérances dans la bonté du Seigneur.
ALLELUIA.
   V. Confitemini Domino, quoniam bonus quoniam in saeculum misericordia ejus.
   
ALLELUIA.
v. Louez le Seigneur, parce qu’il est bon, parce que sa miséricorde est à jamais.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. CAP. XI.
   In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Quis vestrum habebit amicum, et ibit ad ilium media nocte, et dicet illi : Amice, commoda mihi tres panes, quoniam amicus meus venit de via ad me, et non habeo quod ponam ante ilium ; et ille deintus respondens dicat : Noli mihi molestus esse, jam ostium clausum est, et pueri mei mecum sunt in cubili : non possum surgere, et dare tibi. Et si ille perseveraverit pulsans : dico vobis, et si non dabit surgens eo quod amicus ejus sit, propter improbitatem tamen ejus surget, et dabit illi quotquot habet necessarios. Et ego dico vobis : Petite, et dabitur vobis quaerite, et invenietis : pulsate, et aperietur vobis. Omnis enim qui petit, accipit : et qui quaerit, invenit : et pulsanti aperietur. Quis autem ex vobis patrem petit panem, numquid lapidem dabit illi ? Aut piscem numquid pro pisce serpentem dabit ? Aut si petierit ovum : numquid porriget illi scorpionem ? Si ergo vos, cum sitis mali, nostis bona data dare filiis vestris : quanto magis Pater vester de cœlo dabit spiritum bonum petentibus se !
   La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XI.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si l’un de vous a un ami, et que, l’allant trouver au milieu delà nuit, il lui dise : Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu’un de mes amis en voyage est venu chez moi, et je n’ai rien à lui donner ; et que du dedans de la maison l’autre réponde : Ne m’importune pas, la porte est fermée, et mes serviteurs sont au lit comme moi ; je ne puis me lever et te rien donner. Si cependant le premier continue de frapper, quand même il ne se lèverait pas d’abord et ne lui donnerait rien par le motif de l’amitié ; à cause de son importunité, je vous le dis, il se lèvera et lui donnera ce dont il a besoin. Je vous dis de même : Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à qui frappe, on ouvrira. Est-il parmi vous un père qui donnât à son fils une pierre, lorsqu’il lui demande du pain ? ou qui lui donnât un serpent, lorsqu’il lui demanderait un poisson ? ou qui lui donnât un scorpion, lorsqu’il lui demanderait un œuf ? Si donc vous, quiètes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants ; combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit bon à ceux qui le lui demandent !
Est-il rien, dans les saints Évangiles, qui soit plus expressif sur la toute-puissance de la prière que ces paroles de notre Sauveur ? La sainte Église, en nous les faisant lire aujourd’hui, nous montre assez sans doute l’importance des Rogations, puisque c’est en ces jours qu’elle nous révèle la vertu de l’intercession, qui triomphe des refus même de Dieu. Le choix des lectures de la sainte Écriture dans la Liturgie est un enseignement permanent et toujours à propos : on a dû le reconnaître jusqu’ici. En ces trois jours où il s’agit de fléchir le ciel offensé, rien n’était plus nécessaire que de faire bien comprendre aux chrétiens le pouvoir qu’exerce sur Dieu lui-même l’insistance dans la prière. Les Litanies qui ont été chantées dans le cours de la Procession nous offrent un modèle de cette sainte obstination dans la prière. Nous n’avons cessé de répéter : « Seigneur ! ayez pitié ; délivrez-nous, Seigneur ! Nous vous en supplions, exaucez-nous ! » En ce moment la médiation de notre divin Agneau pascal offert sur l’autel se prépare, et dans peu d’instants il joindra à nos faibles vœux son entremise toujours efficace. Muni d’un tel gage, nous nous retirerons, assurés de n’avoir pas prié en vain. Prenons donc aussi la résolution de ne plus nous tenir éloignés de la sainte Église dans ses pratiques, et de préférer toujours la prière faite avec elle à toute autre que nous offririons à Dieu en notre particulier, dans les jours où cette Épouse du Sauveur, cette mère commune, veut bien nous convier à prendre part aux devoirs de supplication que, dans notre intérêt, elle rend à son céleste Époux.
Dans l’Offertoire emprunté aussi à David, elle loue le Seigneur qui, malgré l’indignité de l’homme pécheur, s’est laissé vaincre par ses instances, et s’est levé pour le défendre et subvenir à ses besoins.
OFFERTOIRE.
   Confitebor Domino nimis in ore meo : et in medio multorum laudabo eum, qui adstitit
   Je louerai le Seigneur avec tous les accents de ma voix ; je chanterai ses louanges au milieu d’une nombreuse assemblée ; car il s’est tenu à la droite du pauvre, et il a sauvé mon âme des atteintes de ceux qui la poursuivaient, alléluia.
   a dextris pauperis, ut salvam faceret a persequentibus animam meam, alleluia.
   Les liens de nos péchés nous tenaient enchaînés, et nous ne pouvions pas nous-mêmes revenir à Dieu ; la victime pascale nous a rendus à la liberté, et chaque fois que son Sacrifice se renouvelle sur l’autel, c’est notre délivrance qui s’opère de nouveau. La sainte Église, dans la Secrète, représente au Dieu tout-puissant les motifs sur lesquels s’appuie notre confiance dans l’Hostie divine dont il nous a fait don.
SECRÈTE.
   Haec munera, quaesumus Domine, et vincula nostra pravitatis absolvant, et tuae nobis misericordiae dona concilient. Per Dominum.
   Par cette oblation, Seigneur, daignez nous dégager des liens de notre malice, et nous concilier les dons de votre miséricorde Par Jésus-Christ.
On ajoute les autres Secrètes, comme à la Messe du cinquième Dimanche après Pâques, ci-dessus, page 49.
L’Antienne de la Communion répète avec jubilation les paroles du Sauveur que nous avons entendues dans notre Évangile. C’est lui-même qui nous autorise à tout oser dans la prière. Nul de nous n’aurait osé dire : « Quiconque demande à Dieu reçoit l’effet de sa demande ; » mais maintenant que le Fils de Dieu est venu du ciel en terre pour nous l’apprendre, notre consolation doit être de le répéter sans cesse.
COMMUNION.
   Petite, et accipietis : quaerite, et invenietis : pulsate et aperietur vobis : omnis enim qui petit accipit : et qui quaerit invenit : et pulsanti aperietur, alleluia.
   DEMANDEZ, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit ; quiconque cherche, trouve ; et à celui qui frappe, on ouvrira, alléluia.
Le Sacrifice de paix est consommé, et la confiance de l’Église s’épanche dans les paroles d’actions de grâces que renferme la Postcommunion. Le don sacré a apporté la consolation ; la sainte Église espère que ses enfants en profiteront pour faire de nouveaux progrès dans l’amour.
POSTCOMMUNION.
   Vota nostra, quaesumus Domine, pio favore prosequere : ut, dum dona tua in tribulatione percipimus, de consolatione nostra in tuo amore crescamus. Per Dominum.
   Daignez, Seigneur, agréer favorablement nos vœux ; afin qu’en recevant vos dons au milieu de notre tribulation, la consolation que vous nous donnez nous fasse croître dans votre amour. Par Jésus-Christ.
On ajoute les autres Postcommunions, comme à la Messe du cinquième Dimanche après Pâques, ci-dessus, page 50.
Nous ajoutons ici un fragment liturgique tire de la Messe des Rogations selon l’antique rite gallican. Cette prière fait partie des supplications du premier jour, et doit remonter à la plus haute antiquité. On est à même d’y reconnaître l’importance que l’on attachait au jeûne des Rogations dans l’Église des Gaules, au tempo des Mamert de Vienne et des Césaire d’Arles.
POST NOMINA.
   Tua sunt, Domine, alimonia, quibus in quotidiano victu ad sustentationem reficimur : tuaque jejunia, quibus carnem a lubrica voluptate, te praecipiente, restringimus. Tu ad consolationem nostram vicissitudines temporum disposuisti : ut tempus edendi corpora nostra refectio sobria aleret ; et jejunandi tempus ea in justitiam tibi placitam faceret macerata. Hanc hostiam ob jejunia triduanae macerationis a nobis oblatam sanctificans dignanter adsume, et praesta placatus : ut sopita delectatione corporea, mens ab iniquitatibus pariter conquiescet. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
   Ils sont à vous, Seigneur, ces aliments dont chaque jour nous nous servons pour soutenir nos forces ; ils sont à vous aussi, les jeûnes par lesquels nous contenons, pour vous obéir, nos sens entraînés par le désir d’être satisfaits. C’est vous qui, pour notre consolation, avez réglé l’ordre des temps, en sorte que nos corps eussent à attendre une réfection sobre destinée à les nourrir, dans la saison où il est opportun de le faire, et que, en d’autres temps, le devoir du jeûne les châtiât, et fît d’eux un hommage à votre justice. Daignez recevoir aujourd’hui et sanctifier l’hostie que nous vous offrons pour accompagner la sévérité de ce jeûne de trois jouis, et accordez-nous la grâce de sentir en notre âme le penchant au mal s’apaiser, en même temps que nous retirons à nos corps les satisfactions ordinaires. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LE MARDI DES ROGATIONS.
Les Supplications de l’Église continuent aujourd’hui encore, et l’armée du Seigneur parcourt pour la seconde fois les rues des cités et les chemins ombragés des campagnes. Joignons-nous-y, et faisons entendre ce cri qui pénètre le ciel, Kyrie eleison ! Seigneur, ayez pitié ! Songeons au nombre immense de péchés que chaque jour et chaque nuit voient se commettre, et implorons miséricorde. Aux jours du déluge, « toute chair avait corrompu sa voie [Gen. VI, 12.] » ; mais les hommes ne songeaient pas à demander grâce au ciel. « Le déluge vint et les « perdit tous, » dit le Seigneur [Luc. XVII, 27.]. S’ils eussent prié, s’ils eussent fait amende honorable à la divine justice, la main de Dieu se fût arrêtée ; elle n’eût pas déchaîné sur la terre les cataractes du grand abîme [Gen. VIII, 2.]. Un jour doit venir aussi, où non plus les eaux, mais un feu allumé à la colère céleste s’élancera tout à coup, et il embrasera cette terre que nous foulons. Il brûlera jusqu’aux racines des montagnes [Deut. XXXII, 22.], et dévorera les pécheurs qui seront surpris dans leur fausse sécurité, comme il arriva aux jours de Noé.
Mais auparavant la sainte Église, opprimée par ses ennemis, décimée par le martyre de ses enfants, réduite aux abois par les défections, dépourvue vue de tout appui terrestre, sentira que le jour est proche ; car la prière sera devenue rare comme la foi. Veillons donc et prions, afin que ces jours de la consommation soient retardes, afin que la vie chrétienne si épuisée reprenne un peu de vigueur, et que ce monde vieilli ne s’affaisse pas en nos temps. Nous sommes encore partout, mais notre nombre a diminué visiblement. L’hérésie occupe de vastes régions où la catholicité fleurissait autrefois ; dans les pays épargnés par l’hérésie, l’incrédulité et l’indifférence ont amené la plupart des hommes à n’être plus chrétiens que de nom, et à enfreindre sans remords les devoirs religieux les plus essentiels ; chez un grand nombre de ceux qui remplissent encore leurs obligations de catholiques, les vérités sont diminuées [Psalm. XI.], l’énergie de la foi a fait place à la mollesse dans les convictions, des conciliations impossibles sont tentées et suivies, les sentiments et les actions des saints qu’animait l’Esprit de Dieu, les actes et les enseignements de l’Église sont taxés d’exagération et d’incompatibilité avec un soi-disant progrès ; la recherche des aises est devenue une étude sérieuse, la poursuite des biens terrestres une noble passion, l’indépendance une idole à laquelle on sacrifie tout, la soumission une honte qu’il faut fuir ou dissimuler ; enfin le sensualisme, comme une impure atmosphère, imprègne de toutes parts une société que l’on dirait avoir résolu d’abolir jusqu’au souvenir de la Croix.
De là tant de périls pour cette société qui rêve d’autres conditions que celles que Dieu lui a voulu imposer. Si l’Évangile est divin, comment les hommes en pourraient-ils prendre le contre-pied, sans provoquer le ciel à lancer sur eux ces fléaux qui écrasent quand ils ne sauvent pas ? Soyons justes, et sachons convenir de nos misères devant la souveraine sainteté : les péchés de la terre se multiplient en nombre et en intensité d’une manière effrayante ; et pourtant, dans le tableau que nous venons de tracer, nous n’avons parlé ni de l’impiété forcenée, ni des enseignements pervers dont le poison circule partout, ni des pactes avec Satan qui menacent notre siècle de descendre au niveau des siècles païens, ni de la conspiration ténébreuse organisée contre tout ordre, toute justice, toute vérité. Encore une fois, unissons-nous à la sainte Église, et crions avec elle en ces jours : « De votre colère, délivrez-nous, Seigneur ! »
Une autre fin des Rogations est d’attirer la bénédiction de Dieu sur les moissons et les fruits de la terre ; c’est la demande du pain quotidien qu’il s’agit de présenter solennellement à la majesté divine. « Tous les êtres, dit le Psalmiste, élèvent avec espoir leurs yeux vers vous, Seigneur, et vous leur donnez leur nourriture en la saison convenable ; vous ouvrez la main, et vous répandez votre bénédiction sur tout ce qui respire [Psalm. CXLIV.]. » Appuyée sur ces touchantes paroles, la sainte Église supplie le Seigneur de donner, cette année encore, aux habitants de la terre la nourriture dont ils ont besoin. Elle confesse qu’ils en sont indignes par leurs offenses ; reconnaissons avec elle les droits de la divine justice sur nous, et conjurons-la de se laisser vaincre par la miséricorde. Les fléaux qui pourraient arrêter tout court les espérances orgueilleuses de l’homme sont dans la main de Dieu ; il ne lui en coûterait pas un effort pour anéantir tant de belles spéculations : un dérangement dans l’atmosphère suffirait pour mettre les peuples aux abois. La science économique a beau faire : bon gré, mal gré, il lui faut compter avec Dieu. Elle parle de lui rarement ; il semble consentir à se voir oublié ; mais « il ne dort pas, celui qui garde Israël [Psalm. CXX.]. » Qu’il retienne sa main bienfaisante, et nos travaux agricoles, dont nous sommes si fiers, nos cultures, à l’aide desquelles nous nous vantons d’avoir rendu la famine impossible, sont aussitôt frappés de stérilité. Une maladie dont la source demeurera inconnue fondra tout à coup, nous l’avons vu, sur les produits de la terre ; et ce serait assez pour affamer les peuples, assez pour amener les plus terribles perturbations dans un ordre social qui s’est affranchi de la loi chrétienne, et n’a plus d’autre raison de tenir debout que la compassion divine.
Et cependant, si le Seigneur daigne cette année encore octroyer fécondité et protection aux moissons que nos mains ont semées, il sera vrai de dire qu’il aura donné la nourriture à ceux qui l’oublient, à ceux qui le blasphèment, comme à ceux qui pensent à lui et l’honorent. Les aveugles et les pervers, abusant de cette longanimité, en profiteront pour proclamer toujours plus haut l’inviolabilité des lois de la nature ; Dieu se taira encore, et il les nourrira. Pourquoi donc n’éclate-t-il pas ? pourquoi contient-il son indignation ? C’est que son Église a prié, c’est qu’il a reconnu sur la terre les dix justes [Gen. XVIII, 32.], c’est-à-dire le contingent si faible dont il se contente dans son adorable bonté. Il laissera donc parler et écrire ces savants économistes qu’il lui serait si aisé de confondre. Grâce à cette patience, il adviendra que plusieurs se lasseront de courir ainsi les voies de l’absurde ; une circonstance inattendue leur dessillera les yeux, et un jour ils croiront et prieront avec nous. D’autres s’enfonceront toujours plus avant dans leurs ténèbres ; ils défieront la justice divine jusqu’à la fin, et mériteront que s’accomplisse sur eux ce terrible oracle : « Le Seigneur a fait toutes choses pour lui-même, et l’impie pour le jour mauvais [Prov. XVI, 4.]. »
Pour nous qui nous faisons gloire de la simplicité de notre foi, qui attendons tout de Dieu et rien de nous-mêmes, qui nous reconnaissons pécheurs et indignes de ses dons, nous implorerons, durant ces trois jours, le pain de sa pitié, et nous dirons avec la sainte Église : « Daignez donner et conserver les fruits de la terre : Seigneur, nous vous en supplions, exaucez-nous ! » Qu’il daigne exaucer cette fois encore le cri de notre détresse ! Dans un an nous reviendrons lui adresser la même demande. Marchant sous l’étendard de la croix, nous parcourrons encore les mêmes sentiers, faisant retentir les airs des mêmes Litanies, et notre confiance se fortifiera de plus en plus, à la pensée que, par toute la chrétienté, la sainte Église conduit ses enfants dans cette marche aussi solennelle qu’elle est suppliante. Depuis quatorze siècles, le Seigneur est accoutumé à recevoir les vœux de ses fidèles à cette époque de l’année ; nous ne voudrons plus désormais atténuer les hommages qui lui sont dus, et nous ferons nos efforts pour suppléer, par l’ardeur de nos prières, à l’indifférence et à la mollesse qui s’unissent trop souvent, pour faire disparaître de nos mœurs tant de signes de catholicité qui furent chers à nos pères.
La Messe des Rogations est la même que celle d’hier ; on la trouvera ci-dessus, page 54.
Nous ajouterons ici une prière empruntée à l’antique Liturgie gallicane, et composée à l’époque où la pieuse institution à laquelle sont consacrés ces trois jours était encore dans sa première ferveur.
CONTESTATIO.
   Vere dignum et justum est, te tota cordis contritione in jejunio laudare, omnipotens sempiterne Deus, per Christum Dominum nostrum. Qui nos mysteriorum tuorum secretis informans, pacificum nemus ore columbae gestatum, Noe oculis ostendens, nobis de virente
   Il est juste et raisonnable ô Dieu tout puissant et éternel, de vous offrir nos vœux, en accompagnant ce jeûne annuel de toute la contrition de nos cœurs, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui étant venu à nous pour nous manifester la profondeur de vos mystères, nous a révélé le symbole qui fut offert aux yeux de Noé dans la branche de l’olivier pacifique que la colombe portait dans son bec, lorsqu’il nous a présenté le signe glorieux de la croix, qui est l’arbre verdoyant. Cet arbre, que la colombe mystique a dédié à l’honneur du Christ, elle l’a en même temps sanctifié par la grâce de l’Esprit-Saint, afin qu’il fût pour tous l’objet d’un culte religieux, et nous inspirât le désir de retracer en nous l’innocence de cet oiseau, et de recevoir la sanctification par le divin Esprit dont il figura un jour la présence. Nous offrons donc nos vœux dans ce jeûne et cette humiliation de trois jours, portant en tête des bataillons formés de fidèles le signe invincible de la croix, et faisant retentir dans le chant des psaumes la louange de votre divine Majesté. Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, d’agréer tous les hommages que vous présente votre peuple et tous les rites sous lesquels il les exprime, et de nous accorder, au moyen de ce jeûne, la sanctification de nos âmes, en leur faisant mériter d’être affranchies de tout péché.
   arbore crucis gloriosum signum expressit : quem co1utnbe species in Christi decoravit honore cunctis colendum Spiritus sanctificatione demonstrans. Cujus animalis innocentia esse similes praeoptantes, ab eoque sanctificari Spiritu, cujus ipse sumpsit speciem, exorantes ; in hoc jejunio triduana humiliatione instituto, invictum hoc signum cum plebium cuneis praeferentes, atque Majestatem tuam psallencii modulatione laudantes, petimus, omnipotens Deus : ut accipias cunctas plebis vota, quaque quoquo ritu tibi reddit subjecta : et ita eos in hoc jejunio sanctifices, ut a cinctis mereantur exui peccatis.
   
LE MERCREDI DES ROGATIONS – LA VIGILE DE L’ASCENSION.
Pour la troisième fois la sainte Église reprend sa marche, et sort du saint temple, afin de faire un dernier appel à la divine miséricorde. Rangeons-nous sous sa bannière, et unissant nos voix à la sienne, invoquons avec elle le secours des Saints. Elle est glorieuse, mais aussi elle est puissante, la Litanie dans laquelle sont invoqués tour à tour les chœurs de la Jérusalem céleste. C’est l’Église triomphante s’unissant à l’Église militante pour obtenir le salut de la terre.
Marie, Mère de Dieu, Vierge des vierges, miracle de la puissance divine, employez en notre faveur votre maternelle médiation auprès de celui qui étant Dieu est aussi votre fils.
Michel l’invincible, Gabriel, heureux messager du salut, Raphaël, médecin compatissant de nos misères ; Anges et Archanges qui veillez à notre défense et coopérez à notre salut ; hiérarchies célestes qui attendez les élus de la terre pour renforcer vos rangs, intercédez pour vos frères et vos clients.
Jean-Baptiste, précurseur de l’Agneau de Dieu ; Joseph, époux de Marie immaculée, père nourricier du Fils de Dieu ; Patriarches, ancêtres majestueux de la race humaine, aïeux du divin Messie ; Prophètes qui avez annoncé sa venue et décrit tous ses traits, afin que la terre reconnût en lui son Sauveur : souvenez-vous des habitants de cette terre lointaine sur laquelle vous avez été voyageurs.
Pierre, Pasteur universel, porte-clefs du royaume des cieux ; Paul, apôtre des Gentils, armé du glaive de la parole et consommé par le glaive du martyre ; André, crucifié comme votre Maître ; Jacques le Majeur, enfant du tonnerre, fondateur du royaume Catholique ; Jean le Bien-Aimé, fils et gardien de Marie, Évangéliste et le dernier des Prophètes ; Thomas, apôtre des Indes, immolé par la lance ; Jacques le Mineur, appelé frère du Seigneur ; Philippe, qui avez évangélisé les Scythes et rencontré la croix à Hiérapolis ; Barthélemi, docteur de l’Arménie, arrosée de votre sang ; Évangéliste Matthieu, qui êtes allé porter la foi jusque dans les régions brûlantes de l’Éthiopie ; Simon, dont la Mésopotamie a entendu la voix ; Thaddée, qui avez affronté l’Égypte et ses idoles ; Mathias, appelé à prendre la place du traître Judas, et digne d’un tel honneur ; Barnabé, compagnon de Paul, et plus tard la lumière de l’île de Chypre ; Luc, disciple de l’Apôtre des Gentils, historien du Verbe incarné ; Marc, disciple de Pierre, qui avez écrit sous sa dictée l’Évangile du salut : nous vous saluons tous avec amour comme nos pères dans la foi ; priez en ces jours avec nous et pour nous.
Disciples du Seigneur, qui, sans avoir été élevés jusqu’au rang des Apôtres, fûtes choisis par lui pour être leurs coopérateurs, et qui, au jour de la Pentecôte, avez été remplis des feux de l’Esprit-Saint ; tendres enfants de Bethléhem, prémices des Martyrs : daignez tous vous associer à nos supplications.
Étienne le Couronné, Laurent, dont le front est ceint de lauriers, Vincent le Victorieux, tous trois unis dans la forte milice du diaconat ; Fabien, pontife désigné par la colombe céleste ; Sébastien, noble chevalier de la sainte Église ; Jean et Paul, Côme et Damien, Gervais et Protais, généreux frères qui avez combattu le même combat : armée innombrable des Martyrs, protégez-nous à l’ombre de vos palmes.
Silvestre, pontife de la paix ; Grégoire, vicaire du Christ dans sa mansuétude comme dans son autorité ; Ambroise, dont la parole fut douce comme le miel, et la force indomptable comme celle du lion ; Augustin, soleil de vérité, apôtre delà charité divine ; Jérôme, interprète inspiré de la parole de Dieu ; Martin, thaumaturge de l’Occident ; Nicolas, thaumaturge de l’Orient : saints pontifes, saints docteurs, ramenez à Jésus ses brebis errantes.
Antoine, la gloire du désert, le vainqueur de Satan ; Benoît, nouvel Abraham, entouré d’une postérité sans nombre ; Bernard, soutien de la sainte Église, favori de l’auguste Reine des cieux ; Dominique, prédicateur de la vraie doctrine, fléau de l’hérésie ; François, amant et époux de la pauvreté, crucifié avec le Christ : nous vous honorons tous ; ranimez dans nos âmes le sentiment de la perfection chrétienne.
Prêtres du Seigneur, saints moines, saints ermites, saints confesseurs, priez pour ce peuple qui implore votre secours.
Marie-Madeleine, pécheresse sanctifiée, amante du Rédempteur, obtenez-nous la componction du cœur qui répare le péché par l’amour.
Agathe et Lucie, fleurs odorantes de l’heureuse Sicile ; Agnès, qui suivez partout l’Agneau divin ; Cécile, couronnée de roses et de lis, brillante reine de l’harmonie ; Catherine, vierge sage qui confondîtes la fausse sagesse des philosophes ; Anastasie, femme forte qui avez triomphé des épreuves de la vie et de la rigueur des supplices : vous toutes, vierges sacrées ou épouses fidèles, jetez un regard de compassion sur les habitants de la terre.
Saints et saintes de Dieu, justes de tout âge, de tout sexe et de toute condition, qui peuplez déjà l’empyrée, souvenez-vous de nous qui gémissons encore dans cette vallée de larmes, et élevez nos cœurs jusqu’au séjour de l’éternel bonheur que les vanités de ce monde nous feraient si souvent oublier.
La Litanie est achevée ; et, pour la troisième fois, l’auguste Sacrifice va sceller la réconciliation du Dieu offensé avec ses enfants coupables ; espérons désormais une année tranquille et féconde. Daigne le Seigneur, en l’année qui suivra celle-ci, accroître le nombre de ceux qui viendront s’unir à son Église pour implorer le pardon général !
La Messe des Rogations se trouve ci-dessus, au Lundi, page 54. Assistons-y avec le sentiment de l’insuffisance de nos réparations personnelles, mais avec une entière confiance dans les mérites infinis de la victime pascale.
Enfin nous nous pénétrerons une dernière fois de l’esprit de pénitence qui animait en ces trois jours l’antique Église des Gaules, en lut empruntant cette pieuse prière qu’elle présentait aujourd’hui même à la Majesté divine.
IMMOLATIO.
   Vere dignum et justum est, satisque est dignum : te solum a jejunantibus quaerere, qui es magister abstinentiae, et continentiae remunerator aeterne : quique a jejunantibus fideli tantum corde exposcunt abstergi omnem maculam, quam saturatis contrahit indecens. Hoc itaque sanctum jejunium in Leviticis apicibus per famulum tuum Moysen evidentibus declarasti : in quo jussisti ut humiliaremus animas nostras, ne exterminaremur ; sicut esu gulae deditus populus, exterminatur. Quod etiam nobis Unigenitus tuus ita sanctificavit implendo : et ut regnum perditum per jejunium panderet, et peccatis veniam daret. Et ideo quae instituisti, jejunia suscipe libens, per es nos a reatibus cunctis absolvens.
   Il est juste et raisonnable, ô Dieu tout-puissant et éternel, que ceux qui se livrent au jeûne se tournent vers vous qui avez été, par votre exemple, le maître de l’abstinence, et qui êtes maintenant le rémunérateur éternel de nos privations ; puisque dans ceux qui jeûnent avec les dispositions d’un cœur fidèle, vous daignez, à leur demande, effacer toutes les taches que l’intempérance leur avait fait contracter. C’est vous-même qui avez proclamé l’institution du jeûne sacré, par votre serviteur Moïse, au livre du Lévitique, nous ordonnant d’humilier nos âmes, afin que nous ne fussions pas exterminés, comme le fut ce peuple qui s’était abandonné aux excès de la sensualité. Votre Fils unique est venu sanctifier cette institution en s’y soumettant lui-même, nous rouvrant, par son jeûne, l’accès du royaume que avions perdu, et nous accordant le pardon de nos pèches. Daignez donc recevoir avec bonté l’hommage d’une pratique dont la première institution vient de vous, et nous accorder en retour la remise de toutes nos offenses.
La troisième matinée des Rogations s’est écoulée, l’heure de midi se fait entendre ; elle vient ouvrir la dernière journée que le Fils de Dieu doit passer sur la terre avec les hommes. Nous avons semblé perdre de vue, durant ces trois jours, le moment si proche de la séparation ; toutefois, le sentiment de la perte qui nous menace vivait au fond de nos cœurs, et les humbles supplications que nous présentions au ciel, en union avec la sainte Église, nous préparaient à célébrer le dernier des mystères de notre Emmanuel.
À ce moment, les disciples sont tous rassemblés à Jérusalem. Groupés autour de Marie dans le Cénacle, ils attendent l’heure à laquelle leur Maître doit se manifester à eux pour la dernière fois. Recueillis et silencieux, ils repassent dans leurs cœurs les divines marques de bonté et de condescendance qu’il leur a prodiguées durant ces quarante jours, et les solennels enseignements qu’ils ont reçus de sa bouche. C’est maintenant qu’ils le connaissent, qu’ils savent qu’il est sorti de Dieu ; quant à ce qui les concerne, ils ont appris de lui la mission à laquelle il les a destinés : ce sera d’enseigner, eux ignorants, les peuples de la terre ; mais, ô regret inconsolable ! il s’apprête à les quitter ; « encore un peu de temps, et ils ne le verront plus [JOHAN. XVI, 16.]. »
Par un touchant contraste avec leurs tristes pensées, la nature entière semble s’être mise en devoir d’offrir à son auteur le plus splendide triomphe ; car ce départ doit être un départ triomphant. La terre s’est parée des prémices de sa fécondité, la verdure des campagnes le dispute à l’émeraude, les fleurs embaument l’air de leurs parfums, sous le feuillage des arbres les fruits se hâtent de mûrir, et les moissons grandissent de toutes parts. Tant d’heureux dons sont dus à l’influence de l’astre qui brille au ciel pour vivifier la terre, et qui a reçu le noble privilège de figurer par son royal éclat, et dans ses phases successives, le passage de l’Emmanuel au milieu de nous.
Rappelons-nous ces jours sombres du solstice d’hiver, où son disque pâle, tardif vainqueur des ténèbres, ne montait dans le ciel que pour y parcourir une étroite carrière, dispensant la lumière avec mesure, et n’envoyant à la terre aucun rayon assez ardent pour résoudre la constriction qui tenait glacée toute sa surface. Tel se leva, comme un astre timide, notre divin Soleil, dissipant à peine les ombres autour de lui, tempérant son éclat, afin que les regards des hommes n’en fussent pas éblouis. Comme le soleil matériel, il élargit peu à peu sa carrière ; mais des nuages vinrent souvent dissimuler son progrès. Le séjour en la terre d’Égypte, la vie obscure de Nazareth, dérobèrent sa marche aux yeux des hommes ; mais l’heure étant venue où il devait laisser poindre les rayons de sa gloire, il brilla d’un souverain éclat sur la Galilée et sur la Judée, lorsqu’il se mit à parler « comme ayant puissance [MATTH. VII, 29.], » lorsque ses œuvres rendirent témoignage de lui [JOHAN. X, 25.], et que l’on entendit la voix des peuples qui faisait retentir « Hosannah au fils de David ».
Il allait atteindre à son zénith, quand tout à coup l’éclipsé momentanée de sa passion et de sa mort persuada pour quelques heures à ses ennemis jaloux que leur malice avait suffi pour éteindre à jamais sa lumière importune à leur orgueil. Vain espoir ! notre divin Soleil échappait dès le troisième jour à cette dernière épreuve ; et il plane maintenant au sommet des cieux, versant sa lumière sur tous les êtres qu’il a créés, mais nous avertissant que sa carrière est achevée. Car il ne saurait descendre ; pour lui, pas de couchant ; là s’arrête son rapport avec l’humble flambeau qui éclaire nos yeux mortels. C’est du haut du ciel qu’il brille désormais, et pour toujours, ainsi que l’avait annoncé Zacharie, lors de la naissance de Jean [Luc. 1, 79.] ; et comme l’avait prédit encore auparavant le sublime Psalmiste, en disant : « Il a fourni sa carrière comme un géant, il est arrivé au sommet des cieux, d’où il était parti, et nul ne peut se soustraire à l’action de sa puissante chaleur [Psalm. XVIII.]. »
Cette Ascension, qui établit l’Homme-Dieu centre de lumière pour les siècles des siècles, il en a fixé le moment précis à l’un des jours du mois que les hommes appellent Mai, et qui révèle dans son plus riant éclat l’œuvre que ce Verbe divin trouva belle lui-même, au jour où, l’ayant fait sortir du néant, il la disposa avec tant de complaisance. Heureux mois, non plus triste et sombre comme Décembre, qui vit les joies modestes de Bethléhem, non plus sévère et lugubre comme Mars, témoin du Sacrifice sanglant de l’Agneau sur la croix, mais radieux, épanoui, surabondant de vie et digne d’être offert, chaque année, en hommage à Marie, Mère de Dieu ; car c’est le mois du triomphe de son fils.
O Jésus, notre créateur et notre frère, nous vous avons suivi des yeux et du cœur depuis le moment de votre aurore ; nous avons célébré, dans la sainte liturgie, chacun de vos pas de géant par une solennité spéciale ; mais en vous voyant monter ainsi toujours, nous devions prévoir le moment où vous iriez prendre possession de la seule place qui vous convienne, du trône sublime où vous serez assis éternellement à la droite du Père. L’éclat qui vous entoure depuis votre résurrection n’est pas de ce monde ; vous ne pouvez plus demeurer avec nous ; vous n’êtes resté durant ces quarante jours, que pour la consolidation de votre œuvre ; et demain, la terre qui vous possédait depuis trente-trois années sera veuve de vous. Avec Marie votre mère, avec vos disciples soumis, avec Madeleine et ses compagnes, nous nous réjouissons du triomphe qui vous attend ; mais à la veille de vous perdre, permettez à nos cœurs aussi de ressentir la tristesse ; car vous étiez l’Emmanuel, le Dieu avec nous, et vous allez être désormais l’astre divin qui planera sur nous ; et nous ne pourrons plus « vous voir, ni vous entendre, ni vous toucher de nos mains, ô Verbe de vie [I JOHAN. I, I.] ! » Nous n’en disons pas moins : Gloire et amour soient à vous ! car vous nous avez traités avec une miséricorde infinie. Vous ne nous deviez rien, nous étions indignes d’attirer vos regards, et vous êtes descendu sur cette terre souillée par le péché ; vous avez habité parmi nous, vous avez payé notre rançon de votre sang, vous avez rétabli la paix entre Dieu et les hommes. Oui, il est juste maintenant que « vous retourniez à celui qui vous a envoyé » [JOHAN. XVI, 5.]. Nous entendons la voix de votre Église, de votre Épouse chérie qui accepte son exil, et qui ne pense qu’à votre gloire : « Fuis donc, ô mon bien-aimé, vous « dit-elle ; fuis avec la rapidité du chevreuil et du « faon de la biche, jusqu’à ces montagnes où les fleurs du ciel exhalent leurs parfums  [Cant. VIII, 14.]. » Pourrions-nous, pécheurs que nous sommes ne pas imiter la résignation de celle qui est à la fois votre Épouse et notre mère ?
L’ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR.
Le jour s’est levé radieux, la terre qui s’émut à la naissance de l’Emmanuel [Psalm. XCV, XCVI, XCVII.] éprouve un tressaillement inconnu ; l’ineffable succession des mystères de l’Homme-Dieu est sur le point de recevoir son dernier complément. Mais l’allégresse de la terre est montée jusqu’aux cieux ; les hiérarchies angéliques s’apprêtent à recevoir le divin chef qui leur fut promis, et leurs princes sont attentifs aux portes, prêts à les lever quand le signal de l’arrivée du triomphateur va retentir. Les âmes saintes, délivrées des limbes depuis quarante jours, planent sur Jérusalem, attendant l’heureux moment où la voie du ciel, fermée depuis quatre mille ans par le péché, s’ouvrant tout à coup, elles vont s’y précipiter à la suite de leur Rédempteur. L’heure presse, il est temps que notre divin Ressuscité se montre, et qu’il reçoive les adieux de ceux qui l’attendent d’heure en heure, et qu’il doit laisser encore dans cette vallée de larmes.
Tout à coup il apparaît au milieu du Cénacle. Le cœur de Marie a tressailli, les disciples et les saintes femmes adorent avec attendrissement celui qui se montre ici-bas pour la dernière fois. Jésus daigne prendre place à table avec eux ; il condescend jusqu’à partager un dernier repas, non plus dans le but de les rendre certains de sa résurrection ; il sait qu’ils n’en doutent plus ; mais, au moment d’aller s’asseoir à la droite du Père, il tient à leur donner cette marque si chère de sa divine familiarité. O repas ineffable, où Marie goûte une dernière fois en ce monde le charme d’être assise aux côtés de son fils, où la sainte Église représentée par les disciples et par les saintes femmes est encore présidée visiblement par son Chef et son Époux !
Qui pourrait exprimer le respect, le recueillement, l’attention des convives, peindre leurs regards fixés avec tant d’amour sur le Maître tant aimé ? Ils aspirent à entendre encore une fois sa parole ; elle leur sera si chère à ce moment du départ ! Enfin Jésus ouvre la bouche ; mais son accent est plus grave que tendre. Il débute en leur rappelant l’incrédulité avec laquelle ils accueillirent la nouvelle de sa résurrection [MARC. XVI.]. Au moment de leur confier la plus imposante mission qui ait jamais été transmise à des hommes, il veut les rappeler à l’humilité. Sous peu de jours ils seront les oracles du monde, le monde devra croire sur leur parole, et croire ce qu’il n’a pas vu, ce qu’eux seuls ont vu. C’est la foi qui met les hommes en rapport avec Dieu ; et cette foi, eux-mêmes ne l’ont pas eue tout d’abord : Jésus veut recevoir d’eux une dernière réparation pour leur incrédulité passée, afin que leur apostolat soit établi sur l’humilité.
Prenant ensuite le ton d’autorité qui convient à lui seul, il leur dit : « Allez dans le monde entier, prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné [Ibid.]. » Et cette mission de prêcher l’Évangile au monde entier, comment l’accompliront-ils ? par quel moyen réussiront-ils à accréditer leur parole ? Jésus le leur indique : « Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles ; ils prendront les serpents avec la main ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur nuira pas ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris [Marc. XVI.]. » Il veut que le miracle soit le fondement de son Église, comme il l’a choisi pour être l’argument de sa mission divine. La suspension des lois de la nature annonce aux hommes que l’auteur de la nature va parler ; c’est à eux alors d’écouter et de croire humblement.
Voilà donc ces hommes inconnus au monde, dépourvus de tout moyen humain, les voilà investis de la mission de conquérir la terre et d’y faire régner Jésus-Christ. Le monde ignore jusqu’à leur existence ; sur son trône impérial, Tibère, qui vit dans la frayeur des conjurations, ne soupçonne en rien cette expédition d’un nouveau genre qui va s’ouvrir, et dont l’empire romain doit être la conquête. Mais à ces guerriers il faut une armure, et une armure de trempe céleste. Jésus leur annonce qu’ils sont au moment de la recevoir. « Demeurez dans la ville, leur dit-il, jusqu’à ce que vous ayez été revêtus de la vertu d’en haut [Luc. XXIV, 49.]. » Or, quelle est cette armure ? Jésus va le leur expliquer. Il leur rappelle la promesse du Père, « cette promesse, dit-il, que vous avez entendue par ma bouche. Jean a baptisé dans l’eau ; mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit [Act. 1.]. »
Mais l’heure de la séparation est venue. Jésus se lève, et l’assistance tout entière se dispose à suivre ses pas. Cent vingt personnes se trouvaient là réunies avec la mère du divin triomphateur que le ciel réclamait. Le Cénacle était situé sur la montagne de Sion, l’une des deux collines que renfermait l’enceinte de Jérusalem. Le cortège traverse une partie de la ville, se dirigeant vers la porte orientale qui ouvre sur la vallée de Josaphat. C’est la dernière fois que Jésus parcourt les rues de la cité réprouvée. Invisible désormais aux yeux de ce peuple qui l’a renié, il s’avance à la tête des siens, comme autrefois la colonne lumineuse qui dirigeait les pas du peuple israélite. Qu’elle est belle et imposante cette marche de Marie, des disciples et des saintes femmes, à la suite de Jésus qui ne doit plus s’arrêter qu’au ciel, à la droite du Père ! La piété du Moyen Âge la célébrait jadis par une solennelle procession qui précédait la Messe de ce grand jour. Heureux siècles, où les chrétiens aimaient à suivre chacune des traces du Rédempteur, et ne savaient pas se contenter, comme nous, de quelques vagues notions qui ne peuvent enfanter qu’une piété vague comme elles !
On songeait aussi alors aux sentiments qui durent occuper le cœur de Marie durant ces derniers instants qu’elle jouissait de la présence de son fils. On se demandait qui devait l’emporter dans ce cœur maternel, de la tristesse de ne plus voir Jésus, ou du bonheur de sentir qu’il allait entrer enfin dans la gloire qui lui était due. La réponse venait promptement à la pensée de ces véritables chrétiens, et nous aussi, nous nous la ferons à nous-mêmes. Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père [Johan. XIV, 28.] ? » Or, qui aima plus Jésus que ne l’aima Marie ? Le cœur de la mère était donc dans l’allégresse au moment de cet ineffable adieu. Marie ne pouvait songer à elle-même, quand il s’agissait du triomphe dû à son fils et à son Dieu. Après les scènes du Calvaire, pouvait-elle aspirer à autre chose qu’à voir glorifié enfin celui qu’elle connaissait pour le souverain Seigneur de toutes choses, celui qu’elle avait vu si peu de jours auparavant renié, blasphémé, expirant dans toutes les douleurs.
Le cortège sacré a traversé la vallée de Josaphat, il a passé le torrent de Cédron, et il se dirige sur la pente du mont des Oliviers. Quels souvenirs se pressent à la pensée ! Ce torrent, dont le Messie dans ses humiliations avait bu l’eau bourbeuse, est devenu aujourd’hui le chemin de la gloire pour ce même Messie. Ainsi l’avait annoncé David [Psalm. CIX.]. On laisse sur la gauche le jardin qui fut témoin de la plus terrible des agonies, cette grotte où le calice de toutes les expiations du monde fut présenté à Jésus et accepté par lui. Après avoir franchi un espace que saint Luc mesure d’après celui qu’il était permis aux Juifs de parcourir le jour du Sabbat, on arrive sur le territoire de Béthanie, cet heureux village où Jésus, dans les jours de sa vie mortelle, recherchait l’hospitalité dé Lazare et de ses sœurs. De cet endroit de la montagne des Oliviers on avait la vue de Jérusalem, qui apparaissait superbe avec son temple et ses palais. Cet aspect émeut les disciples. La pairie terrestre fait encore battre le cœur de ces hommes ; un moment ils oublient la malédiction prononcée sur l’ingrate cité de David, et semblent ne plus se souvenir que Jésus vient de les faire citoyens et conquérants du monde entier. Le rêve de la grandeur mondaine de Jérusalem les a séduits tout à coup, et ils osent adresser cette question à leur Maître : « Seigneur, est-ce à ce moment que vous rétablirez le royaume d’Israël ? »
Jésus répond avec une sorte de sévérité à cette demande indiscrète : « Il ne vous appartient pas de savoir les temps et les moments que le Père a réservés à son pouvoir. » Ces paroles n’enlevaient pas l’espoir que Jérusalem fût un jour réédifiée par Israël devenu chrétien ; mais ce rétablissement de la cité de David ne devant avoir lieu que vers la fin des temps, il n’était pas à propos que le Sauveur fît connaître le secret divin. La conversion du monde païen, la fondation de l’Église, tels étaient les objets qui devaient préoccuper les disciples. Jésus les ramène tout aussitôt à la mission qu’il leur donnait il y a peu d’instants : « Vous allez recevoir, leur dit-il, la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous, et vous serez mes témoins dans Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre [Act. 1, 6-8.] ».
Selon une tradition qui remonte aux premiers siècles du christianisme [Constit. apost. lib. V, cap. XIX.], il était l’heure de midi, l’heure à laquelle Jésus avait été élevé sur la croix, lorsque, jetant sur l’assistance un regard de tendresse qui dut s’arrêter avec une complaisance filiale sur Marie, il éleva les mains et les bénit tous. A ce moment ses pieds se détachèrent de la terre, et il s’élevait au ciel [Luc. XXIV, 51]. Les assistants le suivaient du regard ; mais bientôt il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux [Act. 7.].
C’en était fait : la terre avait perdu son Emmanuel. Quarante siècles l’avaient attendu, et il s’était rendu enfin aux soupirs des Patriarches et aux vœux enflammés des Prophètes. Nous l’adorâmes, captif de notre amour, dans les chastes flancs de la Vierge bénie. Bientôt l’heureuse mère nous le présenta sous l’humble toit d’une étable à Bethléhem. Nous le suivîmes en la terre d’Égypte, nous l’accompagnâmes au retour, et nous vînmes nous fixer avec lui à Nazareth. Lorsqu’il partit pour exercer sa mission de trois ans dans sa patrie terrestre, nous nous attachâmes à ses pas, ravis des charmes de sa personne, écoutant ses discours et ses paraboles, assistant à ses prodiges. La malice de ses ennemis étant montée à son comble, et l’heure venue où il devait mettre le sceau à cet amour qui l’avait attiré du ciel en terre par la mort sanglante et ignominieuse de la croix, nous recueillîmes son dernier soupir et nous fûmes inondés de son sang divin. Le troisième jour, il s’échappait de son sépulcre vivant et victorieux, et nous étions là encore pour applaudir à son triomphe sur la mort, par lequel il nous assurait la gloire d’une résurrection semblable à la sienne. Durant les jours qu’il a daigné habiter encore cette terre, notre foi ne l’a pas quitté ; nous eussions voulu le conserver toujours ; et voici qu’à cette heure même il échappe à nos regards, et notre amour n’a pu le retenir ! Plus heureuses que nous, les âmes des justes qu’il avait délivrées des limbes l’ont suivi dans son vol rapide, et elles jouissent pour l’éternité des délices de sa présence.
Les disciples tenaient encore les yeux fixés au ciel, lorsque soudain deux Anges vêtus de blanc se présentèrent à eux et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui vous a quittés pour s’élever au ciel reviendra un jour en la même manière que vous l’avez vu monter [Act. 1.]. » Ainsi, le Sauveur est remonté, et le juge doit un jour redescendre : toute la destinée de l’Église est comprise entre ces deux termes. Nous vivons donc présentement sous le régime du Sauveur ; car notre Emmanuel nous a dit que « le fils de l’homme n’est pas venu pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui [JOHAN. III, 17.] » ; et c’est dans ce but miséricordieux que les disciples viennent de recevoir la mission d’aller par toute la terre et de convier les hommes au salut, pendant qu’il en est temps encore.
Quelle tâche immense Jésus leur a confiée ! et au moment où il s’agit pour eux de s’y livrer, il les quitte ! Il leur faut descendre seuls cette montagne des Oliviers d’où il est parti pour le ciel. Leur cœur cependant n’est pas triste ; ils ont Marie avec eux, et la générosité de cette mère incomparable se communique à leurs âmes. Ils aiment leur Maître ; leur bonheur est désormais de penser qu’il est entré dans son repos. Les disciples rentrèrent dans Jérusalem, « remplis d’une « vive allégresse », nous dit saint Luc [LUC. XXIV, 52.], exprimant par ce seul mot l’un des caractères de cette ineffable fête de l’Ascension, de cette fête empreinte d’une si douce mélancolie, mais qui respire en même temps plus qu’aucune autre la joie et le triomphe. Durant son Octave, nous essayerons d’en pénétrer les mystères et de la montrer dans toute sa magnificence ; aujourd’hui nous nous bornerons à dire que cette solennité est le complément de mus les mystères de notre divin Rédempteur, qu’elle est du nombre de celles qui ont été instituées par les Apôtres eux-mêmes [AUGUSTIN. Epist. ad Januar.] ; enfin qu’elle a rendu sacré pour jamais le jeudi de chaque semaine, jour rendu déjà si auguste par l’institution de la divine Eucharistie.
Nous avons parlé de la procession solennelle par laquelle on célébrait, au moyen âge, la marche de Jésus et de ses disciples vers le mont des Oliviers ; nous devons rappeler aussi qu’en ce jour on bénissait solennellement du pain et des fruits nouveaux, en mémoire du dernier repas que le Sauveur avait pris dans le Cénacle. Imitons la piété de ces temps où les chrétiens avaient à cœur de recueillir les moindres traits de la vie de l’Homme-Dieu, et de se les rendre propres, pour ainsi dire, en reproduisant dans leur manière de vivre toutes les circonstances que le saint Évangile leur révélait. Jésus-Christ était véritablement aimé et adoré dans ces temps où les hommes se souvenaient sans cesse qu’il est le souverain Seigneur, comme il est le commun Rédempteur. De nos jours, c’est l’homme qui règne, à ses risques et périls ; Jésus-Christ est refoulé dans l’intime de la vie privée, lu pourtant il a droit à être notre préoccupation de tous les jours et de toutes les heures ! Les Anges dirent aux Apôtres : « En la manière que vous l’avez vu monter, ainsi un jour il descendra. » Puissions-nous l’avoir aimé et servi durant son absence avez assez d’empressement, pour oser soutenir ses regards lorsqu’il apparaîtra tout à coup !
Nous ne donnons point ici l’Office des premières Vêpres de l’Ascension, parce que cette fête étant fixe au jeudi, sa Vigile ne peut jamais se rencontrer le dimanche, tandis qu’il en est autrement pour les solennités auxquelles nous avons accordé ce développement. Au reste, sauf le Verset et l’Antienne de Magnificat, les premières et les secondes Vêpres de l’Ascension sont entièrement semblables.
À TIERCE.
L’Hymne et les trois Psaumes dont se compose l’Office de Tierce, se trouvent ci-dessus, page 26.
   Ant. Cumque intuerentur in cœlum euntem illum, dixerunt alleluia.
   Ant. Le voyant donc qui montait au ciel, ils prononcèrent l’alléluia.
CAPITULE. (Act. 1.)
   Primum quidem sermonem feci de omnibus, o Theophile, quae coepit Jesus facere et docere, usque in diem qua praecipiens Apostolis per Spiritum Sanctum, quos elegit, assumptus est.
   Gloria Patri. Ascendit.
   R. br. Ascendit Deus in jubilatione,* Alleluia. Alleluia. Ascendit.
   
   V. Et Dominus in voce tubae *Alleluia, alleluia.
   
   V. Ascendens Christum in altum, alleluia
   R. Captivam duxit captivitatem, alleluia.
J’ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné, jusqu’au jour où il fut élevé au ciel, après avoir instruit par le Saint-Esprit les Apôtres qu’il avait choisis.
r. Dieu est monté aux acclamations de la joie, * Alléluia, alléluia. Dieu est monté.
v. Et le Seigneur s’est élevé au son des trompettes. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. Dieu est monté.
v. Le Christ montant dans les cieux, alléluia,
r. A emmené avec lui ceux qui furent captifs, alléluia.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 69.
À LA MESSE.
L’Église romaine indique aujourd’hui pour la Station la basilique de Saint-Pierre. C’est une belle pensée de réunir en un tel jour l’assemblée des fidèles autour du glorieux tombeau d’un des principaux témoins de la triomphante Ascension de son Maître. Cette Station est toujours maintenue ; mais, depuis plusieurs siècles, le Pape se rend avec le sacré Collège des Cardinaux à la basilique du Latran, afin de terminer dans cet antique sanctuaire, dédié par Constantin au Sauveur des hommes, la série annuelle des mystères par lesquels le Fils de Dieu a opéré et consomme aujourd’hui notre salut.
Dans ces deux augustes basiliques, comme dans les plus humbles églises de la chrétienté, le symbole liturgique de la fête est le Cierge pascal, que nous vîmes allumer dans la nuit de la résurrection, et qui était destiné à figurer, par sa lumière de quarante jours, la durée du séjour de notre divin Ressuscité au milieu de ceux qu’il a daigné appeler ses frères. Les regards des fidèles rassemblés s’arrêtent avec complaisance sur sa flamme scintillante, qui semble briller d’un éclat plus vif, à mesure qu’approche l’instant où elle va succomber. Bénissons notre mère la sainte Église à qui l’Esprit-Saint a inspiré l’art de nous instruire et de nous émouvoir à l’aide de tant d’ineffables symboles, et rendons gloire au Fils de Dieu qui a daigné nous dire : « Je suis la lumière du monde [JOHAN. VIII, 12.]. »
L’Introït annonce avec éclat la grande solennité qui nous rassemble. Il est formé des paroles des Anges aux Apôtres sur le mont des Oliviers. Jésus est monté aux cieux ; Jésus en doit redescendre un jour.
INTROÏT.
   Viri Galilaei, quid admiramini, adspicientes in cœlum ? Alleluia : quemadmodum vidistis eum ascendentem in cœlum, ita veniet, alleluia, alleluia, alleluia.
   Galilaei.
   Ps. Omnes gentes, plaudite manibus : iubilate Deo in voce exsultationis. Gloria Patri. Vini
   Hommes de Galilée, pourquoi regardez-vous au ciel avec tant d’étonnement ? alléluia ! en la manière dont vous l’avez vu monter au ciel, ainsi il reviendra, alléluia ! alléluia ! alléluia !
Ps. Peuples, battez des mains ; célébrez Dieu avec transport par des chants d’allégresse. Gloire au Pore. Hommes de Galilée.
La sainte Église recueillant les vœux de ses enfants dans la Collecte, demande pour eux à Dieu la grâce de tenir leurs cœurs attachés au divin Rédempteur, que leurs désirs doivent désormais chercher jusqu’au ciel où il est monté le premier.
COLLECTE.
   Concede, quaesumus omnipotens Deus : ut qui hodierna die Unigenitum tuum Redemptorem nostrum ad cœlos ascendisse credimus, ipsi quoque mente in cœlestibus habitemus. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.
   Faites-nous cette grâce, ô Dieu tout-puissant, que nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté au ciel, nous y habitions déjà aussi nous-mêmes par l’ardeur de nos désirs. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
ÉPÎTRE.
Lectio Actuum Apostolorum. CAP. I.
   Primum quidem sermonem feci de omnibus, o Tbeophile, quae coepit Jesus facere et docere, usque in diem qua praecipiens Apostolis per Spiritum Sanctum, quos elegit, assumptus est quibus et praebuit seipsum vivum post Passionem suam in multis argumentis, per dies quadraginta apparens eis, et loquens de regno Dei. Et convescens, praecepit eis ab Jerosolymis ne discederent, sed exspectarent promissionem Patris, quam audistis (inquit) per os meum : quia Johannes quidem baptizavit aqua, vos autem baptizabimini Spiritu Sancto non post multos hos dies. Igitur qui convenerant, interrogabant eum dicentes : Domine, Si in tempore hoc restitues regnum Israel ? Dixit autem eis : Non est vestrum nosse tempora vel momenta, quae Pater posuit in sua potestate : sed accipietis virtutem supervenientis Spiritus Sancti in vos, et eritis mihi testes in Jerusalem et in omni Judaea, at Samaria, et usque ad ultimum terrae. Et cum haec dixisset, videntibus elevatus est : et nubes suscepit cum ab oculis eorum. Cumque intuerentur in cœlum euntem ilium, ecce duo viri adstiterunt juxta illos in vestibus albis, qui et dixerunt : Viri Galilaei quid statis adspicientes in cœlum ? Hic Jesus, qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, quemadmodum vidistis eum euntem in cœlum.
   Lecture des Actes des Apôtres. Chap. I.
J’ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné, jusqu’au jour où il fut élevé dans le ciel, après avoir instruit par le Saint-Esprit les Apôtres qu’il avait choisis ; auxquels aussi il s’était montre depuis sa Passion, et leur avait Fait voir par beaucoup de preuves qu’il était vivant, leur apparaissant durant, quarante jours, et leur parlant du Royaume de Dieu. Et prenant un repas avec eux, il leur commanda de ne pas sortir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, que vous avez, leur dit-il, entendue de ma propre bouche ; car Jean a baptisé dans l’eau ; mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit. Alors ceux qui se trouvaient présents lui demandèrent : Seigneur, sera-ce en ce moment que vous rétablirez le royaume d’Israël ? mais il leur dit : Il ne vous appartient pas de savoir les temps et les moments que le Père a réservés à son pouvoir ; mais vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous, et vous serez mes témoins dans Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Et après qu’il eut dit ces choses, ils le virent s’élever vers le ciel. et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux. Et comme ils le suivaient du regard montant au ciel, deux hommes vêtus de blanc se présentèrent tout à coup à eux. et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui en vous quittant s’est élevé au ciel, viendra de la même manière que vous l’y avez vu monter. »
Nous venons d’assister, en suivant cet admirable récit, au départ de notre Emmanuel pour les deux. Est-il rien de plus attendrissant que ce regard des disciples fixé sur leur Maître divin qui s’élève tout à coup en les bénissant ? Mais un nuage vient s’interposer entre Jésus et eux, et leurs yeux mouillés de larmes ont perdu la trace de son passage. Ils sont seuls désormais sur la montagne ; Jésus leur a enlevé sa présence visible. Dans ce monde désert, quel ne serait pas leur ennui, si sa grâce ne les soutenait, si l’Esprit divin n’était au moment de descendre sur eux et de créer en eux un nouvel être ? Ce n’est donc plus qu’au ciel qu’ils le reverront, celui qui, étant Dieu, daigna durant trois années être leur Maître, et qui, à la dernière Cène, voulut bien les appeler ses amis !
Mais le deuil n’est pas pour eux seulement. Cette terre qui recevait en frémissant de bonheur la trace des pas du Fils de Dieu, ne sera plus foulée par ses pieds sacrés. Elle a perdu cette gloire qu’elle attendit quatre mille ans, la gloire de servir d’habitation à son divin auteur. Les nations sont dans l’attente d’un Libérateur ; mais, hors de la Judée et de la Galilée, les hommes ignorent que ce Libérateur est venu et qu’il est remonté aux cieux. L’œuvre de Jésus cependant n’en demeurera pas là. Le genre humain connaîtra sa venue ; et, quant à son Ascension au ciel en ce jour, écoutez la voix de la sainte Église qui dans les cinq parties du monde retentit et proclame le triomphe de l’Emmanuel. Dix-huit siècles se sont écoulés depuis son départ, et nos adieux pleins de respect et d’amour s’unissent encore à ceux que lui adressèrent ses disciples, pendant qu’il s’élevait au ciel. Nous aussi nous pleurons son absence ; mais nous sommes heureux aussi de le voir glorifié, couronné, assis à la droite de son Père. Vous êtes entré dans votre repos, Seigneur ; nous vous adorons sur votre trône, nous qui sommes vos rachetés, votre conquête. Bénissez-nous, attirez-nous à vous, et daignez faire que votre dernier avènement soit notre espoir et non notre crainte.
Les deux Versets de l’Alléluia répètent les accents de David célébrant d’avance le Christ qui monte dans sa gloire, les acclamations des Anges, les sons éclatants des trompettes célestes, le superbe trophée que le vainqueur entraîne après lui dans ces heureux captifs qu’il a délivrés de la prison des limbes.
Alleluia, alleluia.
   V. Ascendit Deus in jubilatione, et Dominus in voce tubae.
   Alleluia.
   R. Dominus in Sina in sancto, ascendens in altum, captivam duxit captivitatem, alleluia.
   Alléluia, alléluia.
v. Dieu est monté au ciel au milieu des cris de joie ; le Seigneur est monté au son des trompettes.
Alléluia.
v. Le Seigneur du Sina est entré dans son sanctuaire ; il est monté en haut, et il a emmené avec lui ceux qui furent captifs, alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. CAP. XVI.
   In illo tempore Recumbentibus undecim discipulis, apparuit illis Jesus, et exprobravit incredulitatem eorum et duritiam cordis : quia iis, qui viderant eum resurrexisse, non crediderunt. Et dixit eis : Euntes in mundum universum, praedicate Evangelium omni creaturae. Qui crediderit, et baptizatus fuerit, salvus erit : qui vero non crediderit, condemnabitur. Signa autem eos, qui crediderint, haec sequentur : In nomine meo daemonia ejicient ; linguis loquentur novis serpentes tollent ; et si mortiferum quid biberint, non eis nocebit ; super aegros manus ponent, et bene habebunt. Et Dominus quidem Jesus, postquam locutus est eis, assumptus est in cœlum, et sedet a dextris Dei. Illi autem profecti praedicaverunt ubique, Domino cooperante, et sermonem confirmante sequentibus signis.
   La suite du saint Évangile selon saint Marc. Chap, XVI.
En ce temps-là, les onze disciples étant à table, Jésus leur apparut, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs, de n’avoir pas cru à ceux qui avaient vu qu’il était ressuscite. Et il leur dit : Allez par le monde entier, prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptise, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles ; ils prendront les serpents avec la main ; et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne-leur nuira pas ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. Et après leur avoir parlé, le Seigneur Jésus fut élevé au ciel, où il est assis à la droite de Dieu. Et eux étant partis prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles qui l’accompagnaient.
Le diacre ayant achevé ces paroles, un acolyte monte à l’ambon, et éteint silencieusement le Cierge mystérieux qui nous rappelait la présence de Jésus ressuscité. Ce rite expressif annonce le commencement du veuvage de la sainte Église, et avertit nos âmes que pour contempler désormais notre Sauveur, il nous faut aspirer au ciel où il réside. Que rapide a été son passage ici-bas ! que de générations se sont succédé, que de générations se succéderont encore jusqu’à ce qu’il se montre de nouveau !
Loin de lui, la sainte Église ressent les langueurs de l’exil ; elle persévère néanmoins à habiter cette vallée de larmes ; car c’est là qu’elle doit élever les enfants dont le divin Époux l’a rendue mère par son Esprit ; mais la vue de son Jésus lui manque, et si nous sommes chrétiens, elle doit nous manquer aussi à nous-mêmes. Oh ! quand viendra le jour où de nouveau revêtus de notre chair, a nous nous élancerons dans les airs à la rencontre du Seigneur, pour demeurer avec lui à jamais [I Thess. IV, 16.] ! » C’est alors, et seulement alors, que nous aurons atteint la fin pour laquelle nous fûmes créés.
Tous les mystères du Verbe incarné que nous avons vu se dérouler jusqu’ici devaient aboutir à son Ascension ; toutes les grâces que nous recevons jour par jour doivent se terminer à la nôtre. « Ce monde n’est qu’une figure qui passe [I Cor. VII, 31.] » ; et nous sommes en marche pour aller rejoindre notre divin Chef. En lui est notre vie, notre félicité ; c’est en vain que nous voudrions les chercher ailleurs. Tout ce qui nous rapproche de Jésus nous est bon ; tout ce qui nous en éloigne est mauvais et funeste. Le mystère de l’Ascension est le dernier éclair que Dieu fait luire à nos regards pour nous montrer la voie. Si notre cœur aspire à retrouver Jésus, c’est qu’il vit de la vraie vie ; s’il est concentré dans les choses créées, en sorte qu’il ne ressente plus l’attraction du céleste aimant qui est Jésus, c’est qu’il serait mort.
Levons donc les yeux comme les disciples, et suivons en désir celui qui monte aujourd’hui et qui va nous préparer une place. En haut les cœurs ! Sursum corda ! c’est le cri d’adieu que nous envoient nos frères qui montent à la suite du divin Triomphateur ; c’est le cri des saints Anges accourus au-devant de l’Emmanuel, et qui nous invitent à venir renforcer leurs rangs.
Sois donc béni, ô Cierge de la Pâque, colonne lumineuse, qui nous as réjouis quarante jours par ta flamme joyeuse et brillante. Tu nous parlais de Jésus, notre flambeau dans la nuit de ce monde ; maintenant ta lumière éteinte nous avertit qu’ici-bas on ne voit plus Jésus, et que pour le voir désormais, il faut s’élever au ciel. Symbole chéri que la main maternelle de la sainte Église avait créé pour parler à nos cœurs en attirant nos regards, nous te faisons nos adieux ; mais nous conservons le souvenir des saintes émotions que ta vue nous fit ressentir dans tout le cours de cet heureux Temps pascal que tu fus chargé de nous annoncer, et qui à peine te survivra de quelques jours.
Pour Antienne de l’Offertoire, l’Église emploie les mêmes paroles de David qu’elle a fait retentir avant la lecture de l’Évangile. Elle n’a qu’une pensée : le triomphe de son Époux, la joie du ciel qu’elle veut voir partagée par les habitants de la terre.
OFFERTOIRE.
   Ascendit Deus in jubilatione : et Dominus in voce tubae, alleluia.
   Dieu est monté aux acclamations de la joie : le Seigneur s’est élevé au son des trompettes, alléluia.
Entrer à la suite de Jésus dans la vie éternelle, éviter les obstacles qui peuvent se rencontrer dans la voie, tels doivent être nos désirs en ce jour, telle est aussi la demande que la sainte Église adresse pour nous à Dieu dans l’oraison Secrète.
SECRÈTE.
   Suscipe, Domine, munera, quae pro Filii tui gloriosa Ascensione deferimus : et concede propitius ; ut a praesentibus periculis liberemur, et ad vitam perveniamus aeternam. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.
   Recevez, Seigneur, les dons que nous vous offrons en mémoire de l’Ascension glorieuse de votre Fils ; et daignez faire que nous soyons délivrés des périls de la vie présente, et que nous parvenions à la vie éternelle. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
PRÉFACE.
   Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, per Christum Dominum nostrum ; qui post resurrectionem suam omnibus discipulis suis manifestus apparuit, et ipsis cernentibus est elevatus in cœlum, ut nos divinitatis suae tribueret esse participes. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cumque omni militia cœlestis exercitus, hymnum gloriae tuae canimus, sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
   Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux. Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui après sa résurrection apparut à ses disciples rassembles, et à leurs yeux s’éleva au ciel, afin de nous rendre participants de sa divinité. C’est pourquoi, unis aux Anges et aux Archanges, aux Trônes et aux Dominations, à la milice entière de l’armée céleste. nous chantons l’hymne de votre gloire ; et nous répétons sans fin : Saint ! Saint ! Saint !
Un nouveau verset de David fournit l’Antienne de la Communion. Le roi-prophète y annonce, mille ans à l’avance, que c’est à l’Orient que l’Emmanuel s’élèvera aux cieux. C’est en effet de la montagne des Oliviers située au Levant de Jérusalem que nous avons vu aujourd’hui Jésus partir pour le royaume de son Père.
COMMUNION.
   Psallite Domino, qui ascendit super cœlos cœlorum ad Orientem, alleluia.
   Chantez des hymnes au Seigneur, qui est monté vers l’Orient jusqu’au plus haut des cieux, alléluia.
Le peuple fidèle vient de sceller son alliance avec son divin Chef en participant à l’auguste Sacrement ; l’Église demande à Dieu que ce mystère, qui contient Jésus désormais invisible, opère en nous ce qu’il exprime à l’extérieur.
POSTCOMMUNION.
   Praesta nobis, quaesumus omnipotens et misericors Deus, ut quae visibilibus mysteriis sumenda percepimus, invisibili consequamur effectu. Per Dominum.
   Daignez, ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, nous faire ressentir les effets invisibles des Mystères auxquels nous participons visiblement. Par Jésus-Christ.
À SEXTE.
L’Hymne et les trois Psaumes dont se compose l’Office de Sexte, se trouvent ci-dessus, page 29.
   Ant. Elevatis manibus benedixit eis, et ferebatur in cœlum, alleluia.
   Ant. Élevant les mains, il les bénit, et il s’enlevait au ciel, alléluia.
CAPITULE. (Act. I.)
   Et convescens, praecepit eis ab Jerosolymis ne discederent, sed exspectarent promissionem Patris, quam audistis (inquit) per os meum : quia Johannes quidem baptizavit aqua, vos autem baptizabimini Spiritu Sancto non post multos hos dies.
   V. Captivam duxit captivitatem. * Alleluia, alleluia.
   R. br. Ascendens Christus in altum, * Alleluia, alleluia. Ascendens.
   Gloria Patri. Ascendens
   V. Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum, alleluia,
   Et prenant un repas avec eux, il leur commanda de ne pas sortir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, que vous avez, leur dit-il, entendue de ma propre bouche ; car Jean a baptisé dans l’eau ; mais vous, sous peu de jours, vous serez baptises dans le Saint-Esprit.
   R. Deum meum, et Deum vestrum, alleluia.
   r. Le Christ montant dans les deux *, Alléluia, alléluia. Le Christ.
v. A emmené avec lui ceux qui furent captifs. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père Le Christ.
v. Je monte vers mon Père et votre Père, alléluia,
r. Vers mon Dieu et votre Dieu, alléluia.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, ci-dessus, page 69.
MIDI.
Une tradition descendue des premiers siècles et confirmée par les révélations des saints, nous apprend que l’heure de l’Ascension du Sauveur fut l’heure de midi. Les Carmélites de la réforme de sainte Thérèse honorent d’un culte particulier ce pieux souvenir. À l’heure où nous sommes, elles sont réunies au chœur, vaquant debout à la contemplation du dernier des mystères de Jésus, et suivant l’Emmanuel de la pensée et du cœur aussi haut que son vol divin l’emporte.
Suivons-le aussi nous-mêmes ; mais avant de fixer nos regards sur le radieux midi qui éclaire son triomphe, revenons un moment par la pensée à son point de départ. C’est à minuit, au sein des ténèbres, qu’il éclata tout à coup dans Potable de Bethléhem. Cette heure nocturne et silencieuse convenait au début de sa mission. Son œuvre tout entière était devant lui, et trente-trois années devaient être employées à l’accomplir. Cette mission se déroula année par année, jour par jour, et elle allait touchant à sa fin, lorsque les hommes, dans leur malice, se saisirent de lui et l’attachèrent à une croix. On était au milieu du jour, lorsqu’il parut élevé dans les airs ; mais son Père ne voulut pas que le soleil éclairât ce qui était une humiliation et non un triomphe. D’épaisses ténèbres couvrirent la terre entière ; cette journée fut sans midi. Quand le soleil reparut, il était déjà l’heure de None. Trois jours après, il sortait du tombeau aux premiers rayons de l’aurore.
Aujourd’hui, à ce moment même, son œuvre est consommée. Jésus a payé de son sang la rançon de nos péchés, il a vaincu la mort en ressuscitant glorieux ; n’a-t-il pas le droit de choisir pour son départ l’heure où le soleil, son image, verse tous ses feux et inonde de lumière cette terre que son Rédempteur va échanger pour le ciel ? Salut donc, heure de midi deux fois sacrée, puisque tu nous redis chaque jour et la miséricorde et la victoire de notre Emmanuel ! Gloire à toi pour la double auréole que tu portes : le salut de l’homme par la croix, et rentrée de l’homme au royaume des cieux !
Mais n’êtes-vous pas aussi vous-même le Midi de nos âmes, ô Jésus, Soleil de justice ! Cette plénitude de lumière à laquelle nous aspirons, cette ardeur de l’amour éternel qui seul peut nous rendre heureux, où les trouverons-nous, sinon en vous qui êtes venu ici-bas éclairer nos ténèbres et fondre nos glaces ? Dans cette espérance, nous écoutons les mélodieuses paroles de Gertrude votre fidèle épouse, et nous sollicitons la grâce de pouvoir un jour les répéter après elle : « O amour, ô Midi dont l’ardeur est si douce, vous êtes à l’heure du repos sacré, et la paix entière que l’on goûte en vous fait nos délices. O mon Bien-Aimé, élu et choisi au-dessus de toute créature, faites-moi savoir, montrez-moi le lieu où vous paissez votre troupeau, où vous prenez votre repos à l’heure de midi. Mon cœur s’enflamme à la pensée de vos doux loisirs à ce moment. Oh ! s’il m’était donné d’approcher de vous assez près pour n’être plus seulement près de vous, mais en vous ! Par votre influence, ô Soleil de justice, toutes les fleurs des vertus sortiraient de moi qui ne suis que cendre et poussière. Fécondée par vos rayons, ô mon Maître et mon Époux, mon âme produirait les nobles fruits de toute perfection. Enlevée de cette vallée de misère, admise à contempler vos traits si désirés, mon bonheur éternel serait de penser que vous n’avez pas dédaigné, ô miroir sans tache, de vous unir à une pécheresse telle que moi [Exercitia S. Gertrudis. Die V.]. »
À NONE.
L’Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 50.
   Videntibus illis elevatus est, et nubes suscepit eum in cœlo ; alleluia.
   Ant. Comme ils le considéraient, il s’éleva, et une nuée le reçut pour le porter jusqu’au ciel, alléluia.
CAPITULE. (Act. 1.)
   Viri Galilaei, quid statis adspicientes in cœlum ? Hic Jesus, qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, quemadmodum vidistis eum euntem in cœlum.
   Gloria Patri.
   R. br. Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum, Alleluia, alleluia. Ascendo.
   Ascendo
   V. Deum meum, et Deum vestrum. * Alleluia, alleluia.
   
   V. Dominus in cœlo, alleluia,
   R. Paravit sedem suam, alleluia.
HOMMES de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui en vous quittant s’est élevé au ciel, viendra de la même manière que vous l’y avez vu monter.
r. br. Je monte vers mon Père et votre Père,* Alléluia, alléluia. Je monte.
v. Vers mon Dieu et votre Dieu. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. Je monte.
v. Au ciel, le Seigneur, alléluia,
r. A préparé son trône, alléluia.
L’Oraison, page 147.
À VÊPRES.
Le Seigneur Jésus a disparu de la terre ; mais son souvenir et ses promesses sont demeurés au fond du cœur de la sainte Église. Elle suit par la pensée le triomphe si splendide de son Époux, triomphe si mérité après l’œuvre accomplie du salut des hommes. Elle ressent son veuvage ; mais elle attend d’une foi ferme le Consolateur promis. Cependant les heures s’écoulent, le soir approche ; elle rassemble alors ses enfants, et dans l’Office des Vêpres, elle repasse avec eux le profond mystère de ce grand jour.
Les Antiennes des Psaumes reproduisent le récit de l’événement qui s’est accompli à l’heure de midi ; elles sont mélodieuses, mais non sans une expression triste comme il convient au jour des adieux.
   1. Ant. Viri Galilaei, quid adspicitis in cœlum ? Hic Jesus qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet. Alleluia.
   1. Ant. Hommes de Galilée, pourquoi regardez-vous au ciel ? Ce Jésus qui en vous quittant s’est élevé au ciel, viendra de la même manière, alléluia.
   Psaume CIX. Dixit Dominus, page 34.
   2. Ant. Le voyant donc qui montait au ciel, ils prononcèrent l’alléluia.
   2. Ant. Cumque intuerentur in cœlum euntem illum, dixerunt alleluia.
   Psaume CX. Confitebor, page 34.
   3. Ant. Elevatis manibus, benedixit eis, et ferebatur in cœlum, alleluia.
   Ant. Élevant les mains, il les bénit, et il s’enlevait au ciel, alléluia.
Psaume CXI. Beatus vir, page 35.
4. Exaltate Regem regum, et hymnum dicite Deo, alleluia.
4. Ant Célébrez avec transport le Roi des rois, et chantez une hymne à Dieu, alléluia.
Psaume CXII. Laudate, pueri, page 36.
   5. Videntibus illis elevatus est, et nubes suscepit eum in cœlo, alleluia.
   5. Ant. Comme ils le considéraient, il s’éleva, et une nuée le reçut pour le porter jusqu’au ciel, alléluia.
PSAUME CXVI.
Laudate Dominum, omnes gentes : * laudate eum, omnes populi.
   Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in aeternum.
   Toutes les nations, louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire. Car sa miséricorde s’est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.
CAPITULE. (Act. I.)
   Primum quidem sermonem feci de omnibus, o Theophile, quae coepit Jesus facere et docere, usque in diem qua praecipiens Apostolis per Spiritum Sanctum, quos elegit, assumptus est.
   J’ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a t’ait et enseigné, jusqu’au jour où il fut élevé au ciel, après avoir instruit par le Saint-Esprit les Apôtres qu’il avait choisis.
L’Hymne, pleine de suavité, a pour auteur saint Ambroise ; mais elle a été retouchée plus ou moins heureusement au XVII° siècle.
HYMNE.
Salutis humanae sator, Jesu, voluptas cordium, Orbis redempti conditor, Et casta lux amantium.
   Qua victus es clementia, Ut nostra ferres crimina, Mortem subires innocens, A morte nos ut tolleres !
   R. Paravit sedem suam, alleluia.
   Perrumpis infernum chaos, Vinctis catenas detrahis : Victor triumpho nobili, Ad dexteram Patris sedes.
   Auteur du salut de l’homme, ô Jésus, amour des cœurs, créateur de ce monde que vous avez racheté, chaste lumière de ceux qui vous aiment.
   Te cogat indulgentia, Ut damna nostra sarcias, Tuique vultus compotes Dites beato lumine.
   Vaincu par votre clémence, vous vous étiez chargé de nos crimes ; innocent, vous souffrîtes la mort, afin de nous arracher nous-mêmes au trépas.
   Tu dux ad astra et semita, Sis meta nos tris cordibus, Sis lacrymarum gaudium, Sis dulce vitae praemium. Amen.
   Votre bras a brisé les portes des enfers, vous avez fait tomber les chaînes des captifs ; après votre victoire vous avez obtenu le plus noble triomphe, et vous êtes venu vous asseoir à la droite du Père.
   V. Dominus in cœlo, alleluia.
   Laissez-vous fléchir par votre bonté, daignez réparer nos malheurs nouveaux ; montrez-nous votre visage divin, donnez-nous le bonheur au sein de la lumière qui rend heureuses les âmes.
Vous êtes notre guide et notre sentier jusqu’aux cieux ; soyez aussi le but que désirent nos cœurs ; soyez La joie de nos larmes et la douce récompense d’une vie consacrée à vous. Amen.
v. Au ciel, le Seigneur, * alléluia,
r. A préparé son trône, alléluia.
L’Antienne qui accompagne le cantique de Marie est une invitation à Jésus de se souvenir de sa promesse, et de ne pas tarder à consoler son Épouse par l’envoi du divin Esprit. La sainte Église la répétera chaque jour, jusqu’à l’arrivée du don céleste.
ANTIENNE DE Magnificat.
   O Rex gloriae, Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mine promissum Patris in nos Spiritum
   O Roi de gloire, Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
ORAISON.
   Concede, quaesumus omnipotens Deus : ut qui hodierna die Unigenitum tuum Redemptorum nostrum ad cœlos ascendisse credimus, ipsi quoque mente in cœlestibus habitemus. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.
   Faites, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que, croyant fermement que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté au ciel, nous v habitions aussi nous-mêmes en esprit par l’ardeur de nos désirs. Nous vous en prions par Jésus-Christ notre Seigneur.
Nous entendrons, dans tout le cours de l’Octave, le concert des antiques Églises de la chrétienté, célébrant sur des modes divers, mais dans un même sentiment, le médiateur de Dieu et des hommes qui s’élève aux cieux par sa propre vertu. Donnons aujourd’hui la parole à l’Église grecque qui, dans son génie pompeux, cherche à rendre les magnificences du mystère. C’est l’Hymne de l’Office du soir.
   IN ASSUMPTIONE DOMINI, AD VESPERAS.
   Lorsque tu fus arrivé, ô Christ, sur le mont des Oliviers, afin d’accomplir la volonté du Père, les Anges célestes furent dans l’étonnement, et les esprits infernaux frémirent. Les disciples éprouvaient un sentiment de bonheur mêlé de crainte, tandis que tu leur parlais. En face, à l’Orient, un nuage apparaissait semblable à un trône prépare ; le ciel dont les portes étaient ouvertes se montrait dans toute sa beauté ; et la terre allait apprendre comment Adam, après sa chute, pourra remonter encore. Mais tout à coup tes pieds s’élèvent dans les airs, comme si une main les soutenait, ô Christ ! ta bouche répète des bénédictions aussi longtemps que ses accents se font entendre ; le nuage te reçoit, et bientôt le ciel lui-même. Telle est l’œuvre sublime que tu as opérée, Seigneur, pour accomplir le salut de nos âmes.
   Quando pervenisti Christe, in montem Olivarum, Patris adimpleturus beneplacitum, obstupuerunt cœlestes Angeli, et horruerunt inferorum habitatores. Adstabant autem discipuli cum gaudio trementes, dum ipsis loquereris tamquam thronus vero, ex adverso praeparata erat nubes exspectans ; portis autem apertis in decore suo cœlum apparebat ; et terra abscondita revelat, ut notus fiat Adae descensus et reascensus. Sed vestigia quidem exaltabantur tamquam a manu ; os vero multum benedicebat, quamdiu audiebatur ; nubes excipiebat, et cœlum te intus suscepit. Opus istud magnum praeter rerum ordinem operatus es, Domine, ad salutem animarum nostrarum.
   La nature d’Adam qui était tombée jusque dans les profondeurs de la terre, cette nature que tu as renouvelée, ô Dieu, tu l’élèves aujourd’hui avec toi au-dessus des Principautés et des Puissances. Dans ton amour pour elle, tu l’établis là même où tu résides ; dans ta compassion, tu te l’étais unie, tu avais souffert en elle, toi qui es impassible : et à cause de ses souffrances que tu as partagées, tu l’associes aujourd’hui à ta gloire. Les esprits célestes se sont écriés : « Quel est cet homme éclatant de beauté, et qui n’est pas seulement un homme, mais un Dieu-homme, ayant les deux natures ? » Cependant, d’autres Anges au vol rapide et vêtus de longues tuniques, descendaient vers les disciples et leur disaient : « Hommes de Galilée, Jésus, homme-Dieu, qui vient de vous quitter, reviendra Dieu-homme, pour juger les vivants et les morts, et pour faire part à ceux qui croient en lui du pardon et de sa grande miséricorde. »
   Delapsam in inferiores partes terrae naturam Adae a te, Deus, renovatam, super omnem principatum et potestatem tecum hodie sustulistj quia enim diligebas, tecum collocasti ; quia commiserebaris, tibi univisti ; quia unieras, simul passus es : quia passus es impassibilis, conglorificasti. At incorporei Quis est, aiebant, iste vir speciosus ? sed non tantum homo, Deus autem et homo, utramque proferens naturam. Unde alii Angeli in stolis circum discipulos volantes, clamabant : Viri qui a vobis abiit hic Jesus homo Deus, rursum veniet Deus homo, judex vivorum et mortuorum, fidelibus autem dans peccatorum veniam et magnam misericordiam.
   Lorsque tu fus enlevé dans la gloire aux regards de tes disciples, ô Christ Dieu, un nuage reçut ton humanité. les portes du ciel s’élevèrent, le chœur des Anges tressaillit d’allégresse et les Vertus célestes criaient avec transport : « Princes, élevez vos portes, et le Roi de gloire entrera. » Cependant, tes disciples dans la stupeur disaient : « Ne vous séparez pas de nous, ô bon Pasteur, mais envoyez-nous votre Esprit très saint, pour diriger et affermir nos âmes. »
   Quando assumptus es in gloria, Christe Deus, videntibus discipulis nubes te cum came suscipiebant, portae cœli sublatae surit ; Angelorum chorus in exsultatione laetabatur, supernae Virtutes clamabant dicentes : Attollite portas, principes, vestras, et introibit Rex gloriae. Discipuli autem obstupefacti dicebant : Ne separeris a nobis, pastor bone, sed mitte nobis sanctissimum Spiritum tuum, dirigentem et firmantem animas nostras.
   Après avoir accompli dans ta bonté, Seigneur, le mystère qui avait été caché aux siècles et aux générations, tu es venu sur le mont des Oliviers avec tes disciples, ayant avec toi celle qui t’a enfanté, ô créateur et auteur de toutes choses ! Il était juste que celle qui, dans ta Passion, avait souffert plus que tout autre dans son cœur maternel, fût appelée à jouir aussi plus que tout autre du triomphe de ton humanité. Nous donc qui entions en participation de sa joie dans ton Ascension, Seigneur, nous glorifions ta grande miséricorde envers nous.
   Domine, postquam utpote bonus, mysterium a saeculis et generationibus absconditum implevisti, in montem Olivarum cum discipulis tuis venisti, habens eam quae te creatorem et omnium opificem genuit. Eam enim quae in passione tua materno more prae omnibus doluit, oportebat et ob gloriam carnis tuae majori perfrui gaudio : cujus et nos participes effecti, in tua ad cœlos Ascensione, Domine, magnam tuam in nos misericordiam glorificamus.
   Terminons la journée par cette belle prière du Bréviaire mozarabe.
ORATIO.
   Unigenite Dei Filius, qui devicta morte de terrenis ad cœlestia transitum faciens, quasi filius hominis apparens, in throno magnam claritatem habens, quem omnis militia cœlestis exercitus Angelorum laudat : praebe nobis, ut nullis flagitiorum vinculis in corde hujus saeculi illigemur, qui te ad Patrem ascendisse gloriosa fidei devotione concinimus ; ut illic indesinenter cordis nostri dirigatur obtutus, quo tu ascendisti post vulnera gloriosus. Amen.
   Fils unique de Dieu, ô vous qui, vainqueur de la mort, avez passé de la terre au ciel ; Fils de l’Homme dans votre nature extérieure, éblouissant d’éclat sur votre trône, objet continuel des louanges de toutes les milices célestes, ne permettez pas que nous nous laissions enchaîner par les liens coupables de ce monde, nous qui, dans les transports de notre foi, célébrons votre Ascension vers le Père. Faites que l’œil de notre cœur soit à jamais fixe là où vous êtes monté plein de gloire, après avoir été blessé ici-bas. Amen.
O notre Emmanuel ! vous êtes donc enfin par-parvenu au terme de votre œuvre, et c’est aujourd’hui même que nous vous voyons entrer dans votre repos. Au commencement du monde, vous aviez employé six jours pour disposer toutes les parties de cet univers créé par votre puissance ; après quoi vous rentrâtes dans votre repos. Plus tard, lorsque vous eûtes résolu de relever votre œuvre tombée par la malice de l’ange rebelle, votre amour vous fit passer, durant le cours de trente-trois années, par une succession sublime d’actes à l’aide desquels s’opéraient notre rédemption et notre rétablissement au degré de sainteté et de gloire dont nous étions déchus. Vous n’avez rien oublié, ô Jésus, de ce qui avait été arrêté éternellement dans les conseils de la glorieuse Trinité, de ce que les Prophètes avaient annoncé de vous. Votre triomphante Ascension met le sceau à la mission que vous avez daigné accomplir dans votre miséricorde. Pour la seconde fois vous entrez dans votre repos ; mais vous y entrez avec la nature humaine appelée désormais aux honneurs divins. Déjà les justes de notre race que vous avez retirés des limbes prennent rang dans les chœurs angéliques, et en partant vous nous avez dit à nous-mêmes : « Je vais vous préparer une place [JOHAN. XIV, 2.]. »
Confiants dans votre parole, ô Emmanuel, résolus à vous suivre dans tous vos mystères qui n’ont été accomplis que pour nous, à vous accompagner dans l’humilité de votre Bethléhem, dans la participation aux douleurs de votre Calvaire, dans la résurrection de votre Pâque, nous aspirons à imiter aussi, quand l’heure sera venue, votre triomphante Ascension. En attendant, nous nous unissons aux chœurs des saints Apôtres qui saluent votre arrivée, à nos Pères dont l’heureuse multitude vous accompagne et vous suit. Tenez vos regards divins fixés sur nous, ô divin Pasteur ! le moment de la réunion n’est pas arrivé encore. Gardez vos brebis, et veillez à ce que pas une ne s’égare et ne manque au rendez-vous. Instruits désormais de la fin qui nous attend, fermes dans l’amour et la méditation des mystères qui nous ont conduits à celui d’aujourd’hui, nous l’adoptons en ce jour comme l’objet de notre attente, comme le terme de nos désirs. C’est le but que vous vous êtes proposé en venant en ce monde, descendant jusqu’à notre bassesse, pour nous enlever ensuite jusqu’à vos grandeurs, vous faisant homme afin de faire de nous des dieux. Mais jusqu’au moment qui nous réunira à vous, que ferions-nous ici-bas, si la Vertu du Très-Haut que vous nous avez promise ne descendait bientôt sur nous, si elle ne nous apportait la patience dans l’exil, la fidélité dans l’absence, l’amour seul capable de soutenir un cœur qui soupire après la possession ? Venez donc, ô divin Esprit ! Ne nous laissez pas languir, afin que notre œil demeure fixé au ciel où Jésus règne et nous attend, et ne permettez pas que cet œil mortel soit tenté, dans sa lassitude, de s’abaisser sur un monde terrestre où Jésus ne se laissera plus voir.
LE VENDREDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Nous voici arrivés, pour ainsi dire, au point culminant de l’œuvre divine, et ce n’est véritablement qu’aujourd’hui qu’elle nous apparaît dans son entier. Chaque jour la sainte Église, dans l’auguste Sacrifice, à la suite des paroles sacrées qui ont amené sur l’autel celui qui est à la fois le Dieu et la victime, s’adressant à la majesté du Père, exprime ainsi les motifs de sa confiance : « Ayant donc présents a la pensée, nous vos serviteurs et votre peuple saint, la bienheureuse Passion de ce même Christ, votre Fils et notre Seigneur, sa Résurrection du tombeau, et aussi sa glorieuse Ascension dans les cieux, nous vous offrons cette hostie pure, sainte et immaculée. » Il ne suffit donc pas à l’homme de s’appuyer sur les mérites de la Passion du Rédempteur qui a lavé nos iniquités dans son sang ; il ne lui suffit pas de joindre à ce souvenir celui de la Résurrection qui a donné à ce divin Libérateur la victoire sur la mort ; l’homme n’est sauvé, n’est rétabli, que par l’union de ces deux mystères avec un troisième, avec le mystère de la triomphante Ascension de Celui qui est mort et ressuscité. Jésus, durant les quarante jours de sa vie glorieuse sur la terre, n’est encore qu’un exilé ; et nous demeurons exilés comme lui, jusqu’à ce que la porte du ciel, close depuis quatre mille ans, se rouvre pour lui et pour nous.
Dans son ineffable bonté, Dieu n’avait pas seulement appelé l’homme à la royauté sur tous les êtres dont cette terre est couverte ; il ne l’avait pas destiné seulement à connaître la vérité dans la proportion des besoins de sa nature, à réaliser le bien selon les forces de sa vie morale, à rendre un lointain hommage à son créateur. Par un dessein de sa toute-puissance unie à son amour, Dieu avait assignée cet être si chétif et si faible une fin au-dessus de sa nature. Inférieur à l’Ange, et réalisant dans son être l’union de l’esprit et de la matière, l’homme était appelé à la même fin que l’Ange. Le ciel devait les recevoir l’un et l’autre ; l’un et l’autre étaient appelés à trouver éternellement leur bonheur dans la vue de Dieu face à face, dans la possession intime du souverain bien. La grâce, secours divin et mystérieux, devait les adapter à cette fin sublime que leur avait gratuitement préparée la bonté de leur créateur. Telle était la pensée dans laquelle Dieu s’était complu éternellement : élever jusqu’à lui ces fils du néant et verser sur eux, selon la mesure de leur être agrandi, les torrents de son amour et de sa lumière.
Nous savons quelle catastrophe arrêta tout à coup une partie des Anges sur le chemin de la béatitude suprême. Au moment de l’épreuve qui devait décider de l’admission de chacun d’eux au bonheur sans fin, un cri de révolte se fit entendre. Dans tous les chœurs angéliques il y eut des rebelles, des esprits qui refusèrent de s’abaisser devant le commandement de l’ordre divin ; mais leur chute ne nuisit qu’à eux-mêmes, et les Esprits fidèles admis en récompense à la vue et à la possession béatifiante du souverain bien, commencèrent leur éternité de bonheur. Dieu daignait admettre des êtres créés à la jouissance de sa propre félicité, et les neuf chœurs glorifiés s’épanouirent sous son regard éternel.
Créé plus tard, l’homme aussi tomba, et son péché brisa le lien qui l’unissait à Dieu. La race humaine n’était alors représentée que par un seul homme et une seule femme : tout avait donc sombré à la fois. Après la faute, le ciel demeurait fermé désormais à notre race ; car dans leur chute Adam et Eve avaient entraîné leur postérité future, à laquelle ils ne pouvaient transmettre un droit qu’ils avaient perdu. Au lieu de ce passage agréable et rapide sur la terre, auquel devait mettre fin une heureuse ascension vers le séjour éternel de la gloire, il ne nous restait plus qu’une courte vie remplie de douleurs, et, pour perspective, le tombeau où notre chair sortie de la poussière serait elle-même réduite en poussière. Quant à notre âme, créée pour le bonheur surnaturel, lors même qu’elle y eût aspiré, ce n’eût été que pour s’en voir à jamais frustrée. L’homme avait préféré la terre ; elle lui demeurait pour quelques jours, après lesquels il la laisserait à d’autres qui disparaîtraient également jusqu’à ce qu’il plût à Dieu d’en finir avec cette œuvre manquée.
Ainsi avions-nous mérité d’être traités ; mais telle ne fut pas cependant l’issue de notre création. Quelle que soit la haine que Dieu porte au péché, il avait appelé l’homme à jouir des trésors de sa gloire, et il ne consentit pas à déroger aux desseins sublimes de sa sagesse et de sa bonté. Non, la terre ne sera pas un séjour où l’homme ne fera que naître et s’éteindre bientôt. Lorsque la plénitude des temps sera arrivée, un homme paraîtra ici-bas, non point le premier d’une création nouvelle, mais un homme comme nous, de notre race, « fait de la femme », comme parle l’Apôtre [Gal. IV, 4.]. Or, cet homme à la fois céleste et terrestre s’associera à notre disgrâce ; comme nous il passera par la mort, et la terre le possédera trois jours dans son sein. Mais elle sera forcée de le rendre, et vivant, il apparaîtra aux regards éblouis des autres hommes. Nous l’avons vu, et nous qui sentons en nous-mêmes une « réponse de mort [II Cor. I, 9.] », nous nous sommes réjouis de voir la chair de notre chair, le sang de notre sang remporter une si belle victoire.
Ainsi donc les intentions divines n’auront pas été frustrées en tout. Voici que la terre présente au Créateur un second Adam qui, ayant vaincu la mort, ne peut plus s’arrêter ici-bas. Il faut qu’il monte ; et si la porte du ciel est fermée, il faut qu’elle s’ouvre pour lui. « Princes, élevez vos portes ; portes éternelles, élevez-vous, et le Roi de gloire entrera dans le séjour qui l’attend [Psalm. XXIII.]. » Oh ! s’il daignait nous attirer après lui ! car il est notre frère, et nous savons que « ses délices ici-bas étaient d’être avec les enfants des hommes [Prov. VIII, 31.]. » Mais qu’il monte, que son Ascension soit dès aujourd’hui. Il est le plus pur sang de notre race, le fils d’une mère sans tache ; qu’il aille nous représenter tous dans cet heureux séjour que nous devions habiter. C’est la terre qui l’envoie ; elle n’est plus stérile du moment qu’elle l’a produit ; car elle a enfin fructifié pour le ciel. Ne semble-t-il pas qu’un rayon de lumière est descendu jusqu’au fond de cette vallée de larmes, lorsque les portes du ciel se sont levées pour lui ouvrir passage ? « Élevez-vous donc, ô Seigneur des hommes ! élevez-vous dans votre puissance, et nous, sur cette terre, nous chanterons les grandeurs de votre triomphe [Psalm. XX.] ! » Père des siècles, recevez cet heureux frère que vos fils disgraciés vous envoient. Toute maudite qu’elle semblait être, « la terre a donné son fruit [Psalm. LXVI.] ». Oh ! s’il nous était permis de voir en lui les prémices d’une plus abondante moisson que votre majesté daignerait agréer, nous oserions penser alors que ce jour est celui où vous rentrez en possession de votre œuvre primitive.
Empruntons aujourd’hui la voix de l’Église arménienne, toujours si mélodieuse, et unissons-nous comme elle aux transports qu’éprouvèrent les saints Anges, au moment où ils virent s’élever de la terre l’homme nouveau qui venait s’asseoir au plus haut des cieux.
HYMNE
   Potestates cœli territae sunt, videntes ascensum tuum, Christe ; alter ad alterum pavescentes dicebant : Quis est iste Rex gloriae ?
   Modulabantur superni Principatus, mirabili voce cantabant canticum novum, dicentes : Ipse est Rex gloriae, salvator mundi et liberator generis humani ; attollite portas, principes vestras, et introibit Rex gloriae.
   Hic est incarnatu s Deus Verbum, qui in cruce peccatum occidit, et supervolans gloriose, venit in cœlum, Dominos fortis virtute sua.
   
   Hic est qui de monumento surrexit, et destruxit infernum, atque superscandens gloriose venit ad Patrem, Dominus potens in proelio.
   
   Qui ascendit hodie divina potestate in Patrio curru, ministrantibus ei angelicis choris, qui canebant dicentes : Attollite portas, principes vestras, et introibit Rex gloriae.
   
   Stupuerunt supernae Potestates, et tremenda voce clamabant ad invicem : Quis est iste Rex gloriae, qui venit in carne et mira virtute ; attollite, attollite portas, principes vestras, et introibit Rex gloriae.
   
   Qui complantati facti sumus similitudinis mortis tuae, Fili Dei, dignos fac nos conformes fieri tibi, gloriæ Rex : tibi cantent Ecclesiae sanctorum cantica spiritualia.
   Les Puissances du ciel ont été émues en vous voyant monter, ô Christ ! Elles se disaient l’une à l’autre dans leur tremblement : « Quel est ce Roi de gloire ? »
   Veterem hominem concrucifixum tibi fecisti, et stimulum peccati exstinxisti ; liberasti nos vivifico ligno, cui affixus es, et guttae sanguinis tui inebriarunt orbem ; tibi cantent Ecclesiae sanctorum cantica spiritualia.
   — C’est le Dieu Verbe incarné, qui a anéanti le péché sur la croix, et qui, s’étant envolé avec gloire, vient au ciel, Seigneur qu’il est, dans sa force et sa vertu.
   Propter miserationem divine humanitionis tuae, participes fecisti nos corporis tui et sanguinis, per sacrificium tuum Patri in odorem suavitatis oblatum, corporis a nobis sumpti, et ascendisti pellucidis nubibus, manifestatus Potestatibus ac Principatibus, qui stupefacti interrogabant Quis est iste qui properans venit de Edom ; et per Ecclesiam tuam didicerunt multiformem sapient iam tuam ; tibi cantent Ecclesiae sanctorum cantica spiritualia.
   — C’est celui qui s’est levé du sépulcre et a détruit la mort ; aujourd’hui il monte avec gloire, et vient au Père : il est le Seigneur puissant dans les combats.
— C’est lui qui, par un pouvoir divin, est monté aujourd’hui sur le char de son Père, servi par les chœurs des Anges, qui chantaient et s’écriaient : « Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »
Les Puissances célestes étaient dans l’étonnement. et se demandaient d’une voix tremblante : « Quel est ce Roi de gloire qui vient dans la chair et revêtu d’un si merveilleux pouvoir ? Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »
Les Hiérarchies supérieures faisaient entendre un concert harmonieux ; elles chantaient un cantique nouveau, et disaient : « C’est le Roi de gloire, le sauveur du monde et le libérateur du genre humain. Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »
Et nous, qui avons été entés sur toi par la ressemblance de ta mort, ô Fils de Dieu, rends-nous dignes d’obtenir aussi cette autre ressemblance, ô Roi de j gloire ! Toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.
Tu as crucifié avec toi le vieil homme, tu as brisé l’aiguillon du péché, tu nous as délivrés par ce bois vivifiant auquel tu fus attaché, et les gouttes de ton sang ont enivré le monde : toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.
Dans ta compassion pour nous, ta nature divine a daigné s’incarner, et tu nous as Fait participer à ton corps et à ton sang dans le Sacrifice d’agréable odeur que tu as offert à ton Père, en lui immolant ton corps, emprunté à notre nature. Ensuite tu es monté sur un nuage éclatant, à la vue des Puissances et des Principautés qui, dans leur admiration, se demandaient : « Quel est celui qui arrive d’Édom d’un pas si rapide ? » Et les membres de ton Église ont appris à connaître les ressources de ton infinie sagesse. Que toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.
LE SAMEDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Il est donc monté aux cieux, l’homme que possédait la terre et qui résumait en lui toute sainteté. Elle n’est donc plus stérile pour le ciel, cette terre pourtant maudite ; la porte des cieux, fermée à notre race, a donc pu s’ouvrir pour laisser passer un fils d’Adam. Tel est le mystère de l’Ascension ; mais ceci n’en est qu’une partie, et il importe de le connaître tout entier. Écoutons ce que nous dit l’Apôtre des nations : « Dieu qui est riche en miséricorde, mû par l’excessive charité dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos péchés, il nous a rendus à la vie avec Jésus-Christ ; il nous a ressuscites avec lui, et il nous a fait asseoir dans les cieux en sa personne [Eph. II, 4-6.]. » Ainsi, de même que nous avons célébré la résurrection de notre Sauveur dans la Pâque comme notre propre résurrection, l’Apôtre nous convie à célébrer l’Ascension de ce divin Rédempteur comme étant aussi la nôtre. Mesurons la force de l’expression : « Dieu nous a fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ ; » dans cette Ascension, ce n’est pas lui seulement qui monte aux cieux, nous y montons avec lui ; ce n’est pas lui seulement qui est intronisé dans la gloire, nous le sommes avec lui.
Et, en effet, le Fils de Dieu n’était pas venu se revêtir de notre nature pour que la chair qu’il a prise en Marie fût seule établie dans les conditions de la gloire éternelle ; il est venu afin d’être notre Chef, mais un Chef qui réclame ses membres dans l’adhésion desquels consiste l’intégrité de son corps. « O Père ! s’écrie-t-il à la dernière Cène, ceux que vous m’avez donnés, je veux qu’ils soient là où je suis, afin qu’ils voient la gloire dont vous m’avez fait part [Johan, XVII, 24.]. » Et quelle gloire le Père a-t-il donnée à son Fils ? Écoutons David qui a célébré cette auguste journée de l’Ascension : « Celui qui est le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite [Psalm. CIX.]. » C’est donc sur le trône même du Père, à la droite même du Père, que nous verrons éternellement celui que l’Apôtre appelle « notre avant-coureur [Heb. VI, 20.] » ; et nous lui adhérerons comme étant réellement les membres de son corps, en sorte que sa gloire sera la nôtre, et que nous serons rois avec lui, rois de sa royauté à jamais ; car il a dû partager tout avec nous, ayant voulu que nous fussions « ses cohéritiers [Rom. VIII, 17.]. »
Il suit de là que l’auguste mystère de l’Ascension, ouvert aujourd’hui, se continue à chaque instant, jusqu’à ce que le dernier des élus étant monte aux cieux, le corps mystique de notre Emmanuel ait atteint son entier complément. Voyez cette nuée innombrable d’âmes saintes qui se presse sur ses pas en ce jour : nos premiers parents à la tête, les patriarches, les prophètes, les justes de toute race, que quatre mille ans avaient préparés pour ce triomphe. Captifs naguère dans les demeures souterraines des limbes, maintenant brillants de clarté, ils suivent avec la rapidité de l’aigle celui dont ils ornent le triomphe. Ils sont ses trophées, en même temps qu’ils forment sa cour dans le trajet de la terre au ciel. En les suivant du regard, écrions-nous donc dans les transports de David : « Royaumes de la terre, chantez au Seigneur, chantez à Dieu qui s’élève sur les cieux des cieux, vers l’Orient [Psalm. LXVII.]. »
De leur côté les milices angéliques se pressent au-devant de l’Emmanuel, et alors commence le sublime dialogue que l’oreille prophétique de David entendit, et qu’il nous a rendu à l’avance. La légion innombrable et triomphante qui suit et accompagne l’Emmanuel crie aux gardiens de la Jérusalem céleste : « Princes, élevez vos portes ! portes éternelles, élevez-vous ; c’est le Roi de gloire qui va entrer. » Et les Anges fidèles répondent avec majesté : « Et quel est-il, ce Roi de gloire ? » – « C’est le Seigneur,» répondent les élus de la terre, « le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans les combats, » comme l’attestent les victoires qu’il a remportées sur Satan, sur la mort et l’enfer, les victoires dont nous sommes l’heureux trophée [Psalm. XXIII.]. Après une seconde interpellation qui donne lieu d’exalter une seconde fois les grandeurs de l’Emmanuel, les portes éternelles se lèvent, et le Christ vainqueur pénètre dans les cieux avec son glorieux cortège.
Elles ne retomberont plus désormais pour nous fermer le passage, ces portes éternelles qui ont donné entrée à notre libérateur : et c’est ici qu’il faut admirer l’incommunicable grandeur du mystère de l’Ascension. Ce mystère s’est ouvert aujourd’hui, Jésus l’a inauguré en s’élançant de la terre au ciel, mais il ne l’a pas clos ; il a voulu qu’il fût permanent, qu’il s’accomplit en tous ses élus successivement, soit qu’ils montent du lieu des expiations, soit qu’ils s’élèvent de notre terrestre vallée avec le vol de la colombe. Salut donc, ô glorieux mystère que tant d’autres mystères ont préparé, terme et accomplissement du dessein éternel de Dieu ! mystère qui fus suspendu durant des siècles par notre chute, mais qui reprends aujourd’hui ton cours en l’Emmanuel, pour ne plus l’interrompre qu’au moment solennel où la voix éclatante de l’Ange criera : « Le temps n’est plus [Apoc. X, 6.]. » Jusque-là tu demeures ouvert pour nous, et l’espérance vit dans notre cœur que tu t’accompliras aussi en nous.
Daignez donc permettre, ô Jésus, que nous prenions pour nous cette parole que vous avez dite : « Je vais vous préparer une place [JOHAN. XIV, 2,]. » Vous avez tout disposé dans ce but ; et vous êtes venu en ce monde pour nous ouvrir la voie que vous avez vous-même franchie aujourd’hui. La sainte Église, votre Épouse, nous ordonne d’élever nos regards ; elle nous montre le ciel ouvert, et le sillon lumineux que tracent jusqu’à nous les âmes qui montent à chaque instant pour s’unir à vous. Nos pieds posent encore sur la terre ; mais l’œil de notre foi vous découvre au terme de cette voie, vous, « le Fils de l’homme, assis à la droite de l’Ancien des jours. [Dan. VII, 13.] » Mais comment franchir l’espace qui nous sépare de vous ? Nous ne pouvons, comme vous, nous élever par notre propre vertu ; il faut, ô Emmanuel, que vous nous attiriez à vous. Vous l’avez promis [Johan. XII, 32.], et nous n’attendons plus que l’heure. Marie, votre mère, qui consent à demeurer encore avec nous, l’attendit aussi, cette heure, dans la soumission et dans l’amour ; elle l’attendit dans la fidélité et dans le labeur, vivant avec vous sans vous voir encore. Donnez-nous, Seigneur, une part à cette foi et à cet amour de notre commune mère, afin que nous puissions nous appliquer cette parole de l’Apôtre : « Déjà par l’espérance nous sommes sauvés [Rom. VIII, 24.]. » Il en sera ainsi, si vous daignez, selon votre promesse, nous envoyer votre Esprit que nous attendons avec ardeur ; car il doit venir confirmer en nous tout ce que la succession de vos mystères y a déjà préparé, et être le gage assuré de notre ascension glorieuse.
Nous résumerons aujourd’hui tous nos vœux, en nous appropriant les sublimes enseignements que l’Église gothique d’Espagne adressait à ses fidèles dans la solennité de l’Ascension.
MISSA.
   Placeat, dilectissimi fratres, saecularium cogitationum fasce deposito, erectis in sublime mentibus subvolare : et impositam aetheris fastigio assumpti hominis communionem, sequacibus cordis oculis contueri. Ad incomparabilem nobis claritatem attonitus vocandus aspectus, est Jesus Dominus noster : humilitatem nobis terrarum cœlorum dignitate conmutat acutus necesse est visus esse respicere quo sequimur. Hodie Salvator noster post assumptionem carnis, sedem repetit deitatis. Hodie hominem suum intulit Patri, quem obtulit passioni. Hunc exaltans in cœlis, quem humiliaverat in infernis. Hic visurus gloriam, qui viderat sepulturam. Et qui adversus mortem mortis suae dedit beneficium, ad spem vitae donavit resurrectionis exemplum. Hodie rediit ad Patrem, cum tamen sine Patris, qui sibi aequalis est, potestate non venerit. Hodie ascendit in cœlum qui obsequia cœlestium cum descenderet, non amisit. Ita in Patris natura unitate consistens, ut cum homo cœlum novus intraret, novum tamen Deus hominem non haberet. Petamus igitur ab omnipotentia Patris, per nomen Filii salvatoris, gratiae spiritalis ingressum, aeternae beatitudinis donum, beatae mansionis ascensum, catholicae credulitatis augmentum, haereticae infidelitatis excidium. Audiet profecto in confessione, quos in perditione quaesivit. Adstitit suis, qui non destit alienis. Aderit agnitus, qui non defuit agnoscendus. Non patietur orphanos esse devotos, qui filios facere dignatus est inimicos. Dabit effectum supplicationis, qui promisit Spiritum sanctitatis. Amen.
   Nous vous convions, très chers Frères, à déposer le fardeau des pensées du siècle, et à donner en ces jours l’essora vos pensées, en les dirigeant vers le ciel. Il s’agit de considérer des yeux du cœur votre propre nature humaine s’élevant dans le Christ au plus haut des cieux. L’objet que nous sommes appelés à contempler au milieu d’une lumière incomparable est Jésus notre Seigneur, qui change la bassesse de notre terrestre existence avec la gloire des cieux. Combien doit être pénétrante notre vue, pour apercevoir ce séjour où nous sommes appelés à le suivre ! C’est aujourd’hui que notre Sauveur, après avoir revêtu la chair ici-bas, est remonté sur le trône de sa divinité : aujourd’hui qu’il a présenté à son Père cette même humanité qu’il avait offerte à la souffrance, glorifiant dans les cieux celle qu’il avait humiliée ici-bas. Il est parti pour être environné de gloire, celui qui était descendu jusqu’au sépulcre. Lui qui nous avait octroyé le bénéfice de sa propre mort pour vaincre la mort, il nous a, en ressuscitant, gratifiés de l’espérance de la vie. Aujourd’hui il est retourné au Père, celui qui avait paru ici-bas avec toute la puissance du Père dont il est l’égal. Il est aujourd’hui monté aux cieux, celui qui, dans sa descente au milieu de nous, ne cessa pas de recevoir les hommages des esprits célestes. Établi dans le Père par l’éternelle unité de nature, il est entré au ciel dans de nouvelles conditions par son humanité ; mais, lui qui est Dieu, ce n’est point une nouvelle nature qu’il a prise. Implorons donc de la toute-puissance du Père, par le nom de son Fils, notre Sauveur, notre admission à la grâce spirituelle, le don de l’éternelle béatitude, l’ascension vers le séjour du bonheur, le progrès de la foi catholique, la ruine de l’hérétique infidélité. Il écoutera les hommages de ceux qu’il daigna chercher lorsqu’ils étaient perdus ; il sera attentif à ceux qui lui appartiennent, lui qui n’a pas abandonné ceux même qui s’étaient donnés à un autre ; il se montrera à nos regards, celui qui a daigné se mettre à notre portée pour se faire connaître de nous. Il ne nous laissera point dans l’état d’orphelins, lui qui a daigné faire de nous ses fils, lorsque nous étions devenus ses ennemis ; et il nous accordera l’objet de nos instances, lui qui nous a promis l’Esprit de sainteté. Amen.
LE DIMANCHE DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Jésus est monté aux cieux. Sa divinité n’en avait jamais été absente, mais aujourd’hui son humanité y est intronisée, elle y est couronnée d’un diadème de splendeur ; et c’est là encore une nouvelle face du glorieux mystère de l’Ascension. À cette humanité sainte le triomphe ne suffisait pas ; le repos lui était préparé sur le trône même du Verbe éternel auquel elle est unie éternellement dans une même personnalité, et c’est du haut de ce trône qu’elle doit recevoir les adorations de toute créature. Au nom de Jésus Fils de l’homme et Fils de Dieu, de Jésus assis à la droite du Père tout-puissant, « tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers [Philip. II, 10.] »
Habitants de la terre, c’est là cette nature humaine qui apparut autrefois dans l’humilité des langes, qui parcourut la Judée et la Galilée n’ayant pas où reposer sa tête, qui fut enchaînée par des mains sacrilèges, flagellée, couronnée d’épines, clouée à une croix ; mais tandis que les hommes qui l’avaient méconnue la foulaient aux pieds comme un ver de terre, elle acceptait le calice des douleurs avec une entière soumission et s’unissait à la volonté du Père ; elle consentait, devenue victime, à réparer la gloire divine en donnant tout son sang pour la rançon des pécheurs. Cette nature humaine, issue d’Adam par Marie l’immaculée, est le chef d’œuvre de la puissance de Dieu. Jésus, « le plus beau des enfants des hommes [Psalm. XLIV.], » est l’objet de l’admiration extatique des Anges ; sur lui se sont reposées les complaisances de la suprême Trinité ; les dons de la grâce déposés en lui surpassent ce qui a été accordé à tous les hommes et à tous les esprits célestes ensemble ; mais Dieu l’avait destiné à la voie de l’épreuve, et Jésus qui aurait pu racheter l’homme à moins de frais, s’est plongé volontairement dans une mer d’humiliations et de douleurs, afin de payer avec surabondance la dette de ses frères. Quelle sera la récompense ? l’Apôtre nous le dit dans ces fortes paroles : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix ; à cause de cela Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom [Philip. II.]. »
O vous donc qui compatissez ici-bas aux douleurs par lesquelles il nous a rachetés, vous qui aimez à le suivre dans les stations de son pèlerinage jusqu’au Calvaire, levez la tête aujourd’hui, et regardez au plus haut des cieux. Le voici, « parce qu’il a souffert la mort, le voici couronné de gloire et d’honneur [Heb. II, 9.]. Plus il s’est anéanti sous la forme d’esclave, lui qui dans son autre nature pouvait sans injustice se dire égal à Dieu [Philip, II, 6, 7.] » ; plus le Père prend plaisir à l’élever en gloire et en puissance. La couronne d’épines qu’il a portée ici bas est remplacée par le diadème d’honneur [Psalm. XX.]. La croix qu’il laissa imposer sur son épaule est désormais le signe de sa principauté [Isai. XII.]. Les plaies que les clous et la lance ont imprimées sur son corps resplendissent comme des soleils. Gloire soit donc rendue à la justice du Père envers Jésus son Fils ! mais réjouissons-nous aussi de voir en ce jour « l’Homme des douleurs [Ibid. LIII.] » devenu le Roi de gloire, et répétons avec transport l’Hosannah que la cour céleste fait retentir à son arrivée.
Toutefois n’allons pas croire que le Fils de l’homme établi désormais sur le trône de la divinité reste inactif dans son glorieux repos. C’est une souveraineté, mais une souveraineté active que le Père lui a concédée. Il l’a d’abord établi « juge des vivants et des morts [Act. X, 42.], et nous devons tous comparaître devant son tribunal [Rom. XIV, 10.]. » À peine notre âme aura-t-elle quitté son corps, qu’elle se trouvera transportée au pied de ce tribunal sur lequel le Fils de l’homme s’est assis aujourd’hui, et elle entendra sortir de sa bouche la sentence qu’elle aura méritée. O Sauveur couronné en ce jour, soyez-nous miséricordieux à cette heure décisive pour notre éternité.
Mais la judicature exercée parle Seigneur Jésus ne se bornera pas à l’exercice silencieux de ce souverain pouvoir ; les Anges nous l’ont dit aujourd’hui : il doit se montrer de nouveau à la terre, redescendre à travers les airs, ainsi qu’il est monté, et alors se tiendront les solennelles assises où le genre humain comparaîtra tout entier. Assis sur les nuées du ciel, entouré des milices angéliques, le Fils de l’homme apparaîtra à la terre dans toute sa majesté. Les hommes verront « Celui qu’ils ont percé [Zach. XII, 10.] », et les traces de ses blessures, qui ajouteront encore à sa beauté, seront pour les uns un objet de terreur et pour les autres la source d’ineffables consolations. Pasteur encore sur son trône aérien, il séparera ses brebis des boucs, et sa voix souveraine que la terre ne connaissait plus depuis tant de siècles, retentira pour commander aux pécheurs impénitents de descendre aux enfers, et pour inviter les justes à venir occuper, en corps et en âme, le séjour des délices éternelles.
En attendant ce dénouement final des destinées de la race humaine, Jésus reçoit aussi du Père, en ce jour, l’investiture visible du pouvoir royal sur toutes les nations de la terre. Nous ayant tous rachetés au prix de son sang, nous sommes à lui ; qu’il soit donc désormais notre Seigneur. Il l’est en effet, et il s’intitule le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs [Apoc. XIX, 16.]. Les rois de la terre ne règnent légitimement que par lui, et non par la force, ou en vertu d’un prétendu pacte social dont la sanction ne serait que d’ici-bas. Les peuples ne s’appartiennent pas à eux-mêmes : ils sont à lui. Sa loi ne se discute pas ; elle doit planer au-dessus de toutes les lois humaines comme leur règle et leur maîtresse : « Les nations frémiront sous son sceptre, nous dit le Roi-prophète ; les peuples, pour lui échapper, méditeront de vains systèmes ; les princes de la terre se ligueront contre lui ; ils diront : Brisons son joug, et jetons-le loin de nous [Psalm. II]. » Inutiles efforts ! car, ainsi que nous ledit l’Apôtre, « il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous les pieds [I Cor. XV, 25.] », jusqu’à ce qu’il apparaisse une seconde fois pour abattre la puissance de Satan et l’orgueil des hommes.
Ainsi donc, le Fils de l’homme couronné dans son Ascension doit régner sur le monde jusqu’à ce qu’il revienne. Mais, direz-vous, règne-t-il donc dans un temps où les princes confessent tenir leur autorité du mandat de leurs peuples, où les peuples séduits par ce prestige qu’ils nomment liberté ont perdu jusqu’au sens même de l’autorité ? Oui, il règne, mais dans la justice, puisque les hommes ont dédaigné d’être conduits par sa bonté. Ils ont effacé sa loi de leurs codes, ils ont accordé droit de cité à l’erreur et au blasphème ; alors il les a livrés à leur sens absurde et mensonger. Chez eux le pouvoir éphémère, que l’onction sainte ne rend plus sacré, échappe à tout moment aux mains qui s’efforcent de le retenir, et lorsque les peuples, après avoir roulé dans les abîmes de l’anarchie, essayent de le constituer de nouveau, c’est pour le voir crouler encore, parce que princes et peuples veulent se tenir en dehors du domaine du Fils de l’homme. Et il en sera ainsi, jusqu’à ce que princes et peuples, lassés de leur impuissance, le rappellent pour régner sur eux, jusqu’à ce qu’ils aient repris la devise de nos pères : « Le Christ est vainqueur ! le Christ règne ! le Christ commande ! Daigne le Christ préserver son peuple de tout malheur ! »
En ce jour de votre couronnement, recevez donc les hommages de vos fidèles, ô notre souverain Roi, notre Seigneur et notre juge ! nous qui fûmes par nos péchés les auteurs de vos humiliations et de vos souffrances dans le cours de votre vie mortelle, nous nous unissons aux acclamations que firent entendre les Esprits célestes au moment où le diadème royal fut placé sur votre divin Chef. Nous ne faisons encore qu’entrevoir vos grandeurs ; mais l’Esprit-Saint que vous nous avez promis achèvera de nous révéler tout ce que nous pouvons connaître ici-bas sur votre souverain pouvoir, dont nous voulons être à jamais les humbles et fidèles sujets.
Le Dimanche dans l’Octave de l’Ascension était appelé à Rome, au moyen âge, le Dimanche des Roses, parce que l’on avait coutume en ce jour de joncher de roses le pavé des basiliques, comme un hommage au Christ qui s’élevait au ciel dans la saison des fleurs. On sentait alors toutes les harmonies. La fête de l’Ascension si riante et si remplie de jubilation, lorsqu’on la considère sous son principal aspect, qui est le triomphe du Rédempteur, venait embellir les radieuses journées du printemps sous un ciel fortuné. On cessait un moment de sentir les tristesses de la terre, veuve de son Emmanuel, pour ne se souvenir que de la parole qu’il a dite à ses Apôtres, afin qu’elle nous fût répétée : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père [JOHAN. XIV, 28.]. » Imitons cet exemple ; offrons à notre tour la rose à celui qui l’a faite pour l’embellissement de notre séjour, et sachons nous aider de sa beauté et de son parfum pour nous élever jusqu’à lui, qui nous dit dans le divin Cantique : « Je suis la fleur des champs et le lis des vallons [Cant IV, 1.]. » Il voulut être appelé Nazaréen, afin que ce nom mystérieux réveillât en nous le souvenir qu’il retrace, le souvenir des fleurs dont il n’a pas dédaigné d’emprunter le symbole, pour exprimer le charme et la suavité que ceux qui l’aiment trouvent en lui.
À LA MESSE.
L’Introït, tiré du Psautier, exprime le désir que ressent la sainte Église de revoir son Époux qui s’est enfui loin d’elle. L’âme fidèle partage ce sentiment, et s’unit à la mère commune pour dire comme elle à l’Emmanuel : « Mon cœur vous le dira, je veux revoir vos traits divins ; offrez-les bientôt à ma vue. »
INTROÏT.
   Exaudi, Domine, vocem meam, qua clamavi ad te, alleluia : tibi dixit cor meum : Quaesivi vultum tuum, vultum tuum, Domine, requiram : ne avertas faciem tuam a me, alleluia, alleluia.
   Exaucez ma prière, Seigneur, accueillez le cri que je pousse vers vous, alléluia. Mon cœur vous dit : J’ai cherché votre visage, Seigneur ; je ne cesserai de le chercher : daignez ne pas le détourner de moi, alléluia, alléluia.
   Ps. Dominus illuminatio mea, et salus mea : quem timebo ? Gloria Patri. Exaudi.
   Ps. Le Seigneur est ma lumière et mon salut : que craindrai-je ? Gloire au Père. Exaucez.
Dans la Collecte, l’Église nous apprend à demander à Dieu cette bonne volonté qui nous rendra dignes de revoir Jésus, par notre zèle à servir la divine Majesté.
ORAISON.
   Omnipotens sempiterne Deus, fac nos tibi semper et devotam gerere voluntatem, et majestati tuae sincero corde servire. Per Dominum
   Dieu tout-puissant et éternel, faites que notre volonté vous soit toujours dévouée, et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère. Par Jésus-Christ
On fait mémoire de la fête de l’Ascension, page 69.
ÉPÎTRE.
Lectio Epistolae beati Petri Apostoli. I, Cap. iv.
   Charissimi, Estote prudentes, et vigilate in orationibus. Ante omnia autem, mutuam in vobismet-ipsis charitatem continuam habentes quia charitas operit multitudinem peccatorum. Hospitales invicem sine murmuratione. Unusquisque, sicut accepit gratiam, in alterutrum illam administrantes, sicut boni dispensatores multiformis gratiae Dei. Si quis loquitur, quasi sermones Dei : si quis ministrat, tamquam ex virtute, quam administrat Deus : ut in omnibus honorificetur Deus per Jesum Christum Dominum nostrum.
   Lecture de l’Épître de saint Pierre, Apôtre. I, Chap. IV.
Mes bien-aimés, soyez prudents et veillez dans la prière ; mais avant tout. ayez une charité persévérante les uns envers les autres : car la charité couvre la multitude des péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer. Que chacun se rende utile aux autres, selon la grâce qu’il a reçue,. comme étant de fidèles dispensateurs des diverses grâces de Dieu. Si quelqu’un parle, que ce soit comme des paroles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, que ce soit comme par la vertu que Dieu lui donne ; afin qu’en toutes choses Dieu soit honoré par Jésus-Christ notre Seigneur.
Tandis que les disciples sont réunis dans le Cénacle, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, et attendant la venue de l’Esprit-Saint, le prince des Apôtres qui présidait cette assemblée sainte se tourne vers nous qui attendons ici-bas la même faveur, et nous recommande la charité fraternelle. Il nous promet que cette vertu couvrira la multitude de nos péchés ; quelle heureuse préparation pour recevoir le don divin ! L’Esprit-Saint arrive afin d’unir les hommes en une seule famille ; arrêtons donc toutes nos discussions, et préparons-nous à la fraternité universelle qui doit s’établir dans le monde à la prédication de l’Évangile. En attendant la descente du Consolateur promis, l’Apôtre nous dit que nous devons être prudents et veiller dans la prière. Recevons la leçon : la prudence consistera à écarter de nos cœurs tout obstacle qui repousserait le divin Esprit ; quanta la prière, c’est elle qui les ouvrira, afin qu’il les reconnaisse et s’y établisse.
Des deux Versets de l’Alléluia, l’un est emprunté à David, et célèbre la majesté de Jésus sur son trône royal ; l’autre est formé des paroles mêmes du Sauveur qui nous promet son retour à la fin des temps, lorsqu’il viendra réclamer ses élus.
Alleluia, alleluia.
   V. Regnavit Dominus super omnes gentes Deus sedet super sedem sanctam suam. Alleluia.
   Alléluia, alléluia.
   V. Non vos relinquam orphanos : vado et venio ad vos, et gaudebit cor vestrum, alleluia.
   v. Le Seigneur règne sur toutes les nations : Dieu s’est assis sur son trône de sainteté.
Alléluia.
v. Je ne vous laisserai pas orphelins : je m’en vais, mais je reviendrai à vous, et votre cœur sera dans la joie, alléluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. CAP. XV.
   In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis Cum venerit Paraclitus, quem ego mittam vobis a Patre, Spiritum veritatis, qui a Patre procedit, ille testimonium perhibebit de me : et vos testimonium perhibebitis, quia ab initio mecum estis. Haec locutus sum vobis, ut non scandalizemini. Absque synagogis facient vos : sed venit hora ut omnis, qui interficit vos, arbitretur obsequium se praestare Deo. Et haec facient vobis, quia non noverunt Patrem, neque me. Sed haec locutus sum vobis ut, cum venerit. hora eorum, reminiscamini quia ego dixi vobis.
   La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XV.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi ; et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalises. Ils vous chasseront des synagogues ; et vient l’heure où quiconque vous tuera croira rendre service à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi, parce qu’ils ne connaissent ni le Père, ni moi. Je vous ai dit ces choses, afin que lorsque l’heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites
À la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Far lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.
L’Offertoire rappelle avec les paroles du Roi-prophète les grandeurs de Jésus montant au ciel ; la sainte Église veut que la pensée d’un tel triomphe nous accompagne sans cesse, et qu’elle fixe à jamais nos cœurs dans le séjour où le Triomphateur nous attend.
OFFERTOIRE.
   Ascendit Deus in jubilatione : et Dominus in voce tubae, alleluia.
   Dieu est monté aux acclamations de la joie : le Seigneur est monte au bruit des trompettes, alléluia.
En offrant à Dieu le pain et le vin qui bientôt vont être transformés au corps et au sang de Jésus, la sainte Église demande pour nous, dans l’Oraison Secrète, non seulement que le contact des Mystères divins nous rende purs, mais qu’il nous donne cette énergie sans laquelle la vie chrétienne n’existe pas.
SECRÈTE.
   Sacrificia nos, Domine, immaculata proficient : et mentibus nostris supernae gratiae dent vigorem. Per Dominum.
   Faites, Seigneur, que ce Sacrifice sans tache nous apporte la purification, et qu’il communique à nos âmes la vigueur que produit la grâce céleste. Par Jésus-Christ.
On fait mémoire de la fête de l’Ascension, page 72.
Préface de l’Ascension, page 72.
Les paroles de la prière de Jésus à son Père forment l’Antienne de la Communion. Il les prononça après avoir nourri ses disciples de sa chair sacrée. Elles montrent son désir à notre égard.
COMMUNION.
   Pater, cum essem cum eis, ego servabam eos quos dedisti mihi, alleluia : nunc autem ad te venio : non rogo ut tollas eos de mundo, sed ut serves eos a malo, alleluia, alleluia.
   O Père, lorsque j’étais avec eux, je gardais ceux que vous m’avez donnés, alléluia ; maintenant je m’en vais à vous ; je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les délivrer du mal, alléluia, alléluia.
L’action de grâces est le premier devoir du chrétien après la communion au corps et au sang de Jésus-Christ ; l’Église, qui connaît mieux que nous la grandeur du bienfait que nous avons reçu, demande dans la Postcommunion que cette action de grâces demeure continuellement en nous.
POSTCOMMUNION.
   Repleti, Domine, muneribus sacris : da quaesumus ; ut in gratiarum semper actione maneamus. Per Dominum.
   Remplis de vos dons sacres, faites. Seigneur, que nous vous en rendions désormais de continuelles actions de grâces. Par Jésus-Christ.
On fait mémoire de la fête de l’Ascension, page 72.
À VÊPRES.
ANTIENNE DE Magnificat.
   Haec locutus sum vobis, ut quum venerit hora eorum, reminiscamini, quia ego dixi vobis, alleluia.
   Je vous ai dit ces choses, afin que lorsque l’heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites, alléluia.
ORAISON.
   Omnipotens sempiterne Deus, fac nos tibi semper et devotam genere voluntatem, et majestati tuae sincero corde servire. Per Dominum.
   Dieu tout-puissant et éternel, faites que notre volonté vous soit toujours dévouée, et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère. Par Jésus-Christ.
Offrons à Jésus triomphant cette belle Hymne que l’Église emploie, à l’Office des Matines, le jour de l’Ascension et durant toute l’Octave. Elle exprime avec énergie le mystère tout entier, et nous montre comment la chrétienté latine, dans l’antiquité, savait rendre ses sentiments en présence du Rédempteur glorifié.
HYMNE
Aeterne Rex altissime, Redemptor et fidelium, Cui mors perempta detulit Summa triumphum gloriae.
   Ascendis orbes siderum, Quo te vocabat cœlitus Collata, non humanitus, Rerum potestas omnium.
   Sis ipse nostrum gaudium, Manens Olympo praemium, Mundi regis qui fabricam, Mundana vincens gaudia.
   Ut trina rerum machina cœlestium, terrestrium Et inferorum condita, Flectat genu jam subdita.
   
   Tremunt videntes Angeli Versam vicem mortalium Peccat caro, mundat caro, Regnat Deus Dei caro.
   
   Hinc te precantes quaesumus, Ignosce culpis omnibus, Et corda sursum subleva Ad te superna gratia.
   Roi éternel, Roi très haut. Rédempteur des fidèles, ô vous, à qui la victoire sur la mort désormais abattue a mérité le plus glorieux triomphe.
   Ut cum repente coeperis Clarere nube judicis, Poenas repellas debitas, Reddas coronas perditas.
   En vous élevant aujourd’hui, vous franchissez la région des astres, et vous allez vous asseoir sur le trône pour exercer le souverain pouvoir que le ciel, et non l’homme, vous a conféré.
   Jesu, tibi sit gloria, Qui victor in cœlum redis, Cum Patre et almo Spiritu, In sempiterna saecula. Amen.
   C’est là que vous recevez l’hommage des trois régions créées, le ciel, la terre et les enfers, qui, dans leur soumission, fléchissent le genou devant votre majesté.
Les Anges contemplent avec stupeur la révolution qui s’est accomplie dans le sort des mortels ; la chair avait péché, et la chair a tout purifie ; un Dieu fait chair étend partout son empire.
Soyez donc notre allégresse, ô vous qui demeurez au ciel pour être notre récompense ! Vous qui tenez les rênes de ce monde, et nous aidez à triompher de ses dangereux attraits !
Daignez pardonner toutes nos offenses, et par l’énergie de votre grâce, attirez en haut et vers vous nos cœurs ;
Afin qu’au jour où vous paraîtrez soudain assis comme un juge sur la nuée, vous écartiez de nous les châtiments que nous méritons, et nous rendiez la couronne que nous avions perdue.
À vous soit la gloire avec le Père et l’Esprit-Saint, dans les siècles éternels, ô Jésus qui, vainqueur aujourd’hui, remontez dans les cieux ! Amen.
Terminons par cette prière que nous fournit le Bréviaire mozarabe.
ORATIO.
   Salvator noster, et Domine, qui ascendens in cœlos, intuentium clarificatus apparere dignatus es oculis : dum ita ut ascenderas, venturum ad judicium polliceris ; fac nos hodiernae Ascensionis tuae festum pura cordium devotione suscipere : ut ita in te semper ad melius vita nostra ascendendo proficiat, qualiter ad judicium venientem inconfusibili contuitu te semper visionis adspiciat. Amen.
   Notre Sauveur et notre maître, vous qui, montant aux cieux, avez daigné vous glorifier aux regards de ceux qui vous contemplaient, leur promettant que votre retour comme juge serait semblable à votre départ, faites-nous aujourd’hui accueillir avec une dévotion sincère la fête de votre Ascension, afin que notre vie s’élève sans cesse en vous à ce qu’il y a de meilleur, en sorte que nos yeux puissent se porter avec assurance sur vous, lorsque vous viendrez pour le jugement.
LE LUNDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
La royauté sur les hommes n’est pas le seul diadème que reçoit notre divin triomphateur dans son Ascension. L’Apôtre nous enseigne formellement que Jésus est aussi « Chef de toutes les Principautés et de toutes les Puissances [Col. I. II, 10.]. » Au-dessus de la race humaine s’élèvent les degrés éblouissants de la hiérarchie angélique, l’œuvre la plus magnifique de la création. Après l’épreuve suprême, ces nobles et saintes milices décimées par la chute et la réprobation des rebelles, sont entrées dans la jouissance surnaturelle du souverain bien, et elles ont commencé le cantique sans fin qui retentit autour du trône de Dieu, et dans lequel elles expriment leurs adorations, leurs transports d’amour et leurs actions de grâces.
Mais une condition jusqu’à présenta manqué à leur entière félicité. Ces innombrables Esprits si beaux et si lumineux, tout comblés qu’ils sont des dons de la munificence divine, attendent un complément de gloire et de bonheur. Lorsqu’ils eurent été appelés du néant à la vie, Dieu leur révéla qu’il devait créer encore d’autres êtres, des êtres d’une nature inférieure à la leur, et que parmi ces êtres composés d’une âme et d’un corps, il en devait naître un que le Verbe éternel unirait à sa nature divine en une seule et même personne. Il leur fut manifesté que cette nature humaine dont la gloire, avec celle de Dieu même, a été le but de la création, serait appelée « le premier-né de toute créature [Col. I, 15.] », et que tout Ange, ainsi que tout homme, devrait fléchir le genou devant elle, qui, après avoir été humiliée sur la terre, serait glorifiée dans les cieux ; qu’enfin le moment viendrait où toutes les hiérarchies célestes, jusqu’aux Principautés et aux Puissances, jusqu’aux Chérubins et aux Séraphins, l’auraient pour Chef.
Jésus fut donc attendu par les Anges, comme il le fut par les hommes. Par les Anges, il fut attendu comme le perfectionnement suprême de leurs hiérarchies, dont la multiplicité arriverait par lui à l’unité, et qui seraient reliées plus étroitement à Dieu au moyen de cet ineffable intermédiaire qui réunirait en sa personne une nature divine et une nature créée ; par nous autres hommes, il fut attendu comme le réparateur rendu nécessaire par, le péché qui nous avait fermé le ciel, et aussi comme le médiateur éternellement prédestiné à venir prendre la race humaine aux confins du néant, pour la réunir à Dieu qui avait résolu de lui communiquer sa gloire. Ainsi, tandis que sur la terre les justes qui vécurent avant le jour où le Verbe éternel fut conçu au sein de la plus pure des vierges, se rendaient agréables à Dieu en s’unissant à ce réparateur, ace médiateur qui devait venir ; de même, au ciel, les hommages des Anges à la Majesté divine montaient jusqu’à elle par l’offrande anticipée que lui adressaient ces Esprits bienheureux, s’unissant à ce Chef dont la mission non réalisée encore était présente dans les décrets éternels de l’Ancien des jours.
Enfin la plénitude des temps [Gal. IV, 4.] étant venue, comme parle l’Apôtre, « Dieu introduit sur la « terre son premier-né [Heb. I, 6.] », l’archétype de la création, et à cette heure sacrée ce ne sont pas les hommes qui adorent les premiers ce Chef de leur race ; le même Apôtre nous rappelle que ce sont les Anges qui lui rendent les premiers leur hommage [Ibid.]. David l’avait prédit dans son sublime cantique sur la venue de l’Emmanuel [Psalm. XCVI, 7.] : et il était juste qu’il en fût ainsi ; car l’attente des Anges avait duré plus longtemps, et d’ailleurs ce n’était pas en qualité de réparateur qu’il venait pour eux, mais uniquement comme le médiateur fermement espéré, qui devait les rattacher plus étroitement à l’infinie beauté, objet de leurs délices éternelles, et combler, pour ainsi dire, l’intervalle qui n’avait été rempli jusqu’alors que par leurs aspirations à le voir enfin occuper la place qui lui était destinée.
Alors s’accomplit cet acte d’adoration envers le Dieu-Homme, cet acte exigé des Esprits célestes au commencement de toutes choses comme l’épreuve suprême, et qui devait, selon qu’il obtiendrait acquiescement ou refus, décider du sort éternel de ces nobles créatures. Avec quel amour et quelle soumission ne l’avons-nous pas vu rempli, à Bethléhem, par les Anges fidèles, lorsqu’ils virent leur Chef et le nôtre, le Verbe fait chair, reposant entre les bras de sa chaste mère, et qu’ils allèrent bientôt annoncer avec transport aux hommes représentés par les bergers l’heureuse nouvelle de l’arrivée de ce commun médiateur !
Mais aujourd’hui ce n’est plus sur la terre que les Esprits célestes contemplent le fils de Marie ; ce n’est plus sur la voie des humiliations et des souffrances par lesquelles il lui a fallu passer pour lever d’abord l’obstacle du péché qui nous privait de l’honneur de devenir ses heureux membres : c’est sur le trône préparé à la droite du Père qu’ils l’ont vu s’élever, qu’ils le contemplent désormais, qu’ils s’unissent à lui étroitement, en le proclamant leur Chef et leur Prince. À cet instant sublime de l’Ascension, un frémissement de bonheur inconnu parcourt toute la succession des célestes hiérarchies, descendant et remontant des brûlants Séraphins aux Anges qui avoisinent la nature humaine. Une félicité nouvelle, celle qui consiste dans la jouissance réelle d’un bien dont l’attente est déjà remplie de délices pour le cœur d’une créature, opère un renouvellement de béatitude dans ces êtres privilégiés, que l’on eût pu croire parvenus à l’apogée des joies éternelles. Leurs regards se fixent sur la beauté incomparable de Jésus, et ces Esprits immatériels s’étonnent de voir la chair revêtue d’une splendeur qui dépasse leur éclat par la plénitude de grâce qui réside en cette nature humaine. Leur vue, pour plonger plus avant dans la lumière incréée, traverse cette nature inférieure à la leur, mais divinisée par son union avec le Verbe divin ; elle pénètre à des profondeurs qu’elle n’avait pas sondées encore. Leurs désirs sont plus ardents, leur élan plus rapide, leurs concerts plus mélodieux ; car, ainsi que le chante la sainte Église, Anges et Archanges, Puissances et Dominations, Chérubins et Séraphins, ils louent désormais la majesté du Père céleste par Jésus-Christ son Fils : per quem majestatem tuam laudant Angeli.
Mais qui pourrait décrire les transports des Esprits célestes à l’arrivée de cette multitude d’habitants de la terre, membres comme eux du même Chef, se pressant sur ses pas et se partageant selon les diverses hiérarchies, là où la chute des mauvais anges laissait des places désertes ? La résurrection générale n’a pas encore restitué à ces âmes les corps auxquels elles furent unies ; mais, en attendant, leur chair n’est-elle pas déjà glorifiée en celle de Jésus ? Plus tard, à l’heure marquée, la trompette de l’Archange ayant retenti [I Thess. IV, 15.], ces âmes bienheureuses reprendront leur vêtement terrestre, désormais voué à l’immortalité. C’est alors que les saints Anges reconnaîtront avec un enthousiasme fraternel dans les traits d’Adam, notre ancêtre, ceux de Jésus son fils, ainsi que nous l’enseignent les plus anciens Pères, et dans les traits d’Eve, notre première mère, ceux de sa fille Marie ; mais la ressemblance sera plus parfaite au ciel qu’elle ne l’était sous les ombrages du jardin des Délices. Vienne donc ce jour glorieux, où le splendide mystère de l’Ascension sera réalisé dans ses dernières conséquences ; où les deux créations, angélique et humaine, s’embrasseront pour l’éternité dans l’unité d’un même Chef !
Saint Ambroise nous prêtera aujourd’hui sa voix pour célébrer le mystère du triomphe de la nature humaine en Jésus, par cette belle Hymne du Bréviaire de Milan.
HYMNE.
   Optatus votis omnium Sacratus illuxit dies Quo Christus, mundi spes, Deus, Conscendit cœlos arduos.
   Est elevatus nubibus Et spem fecit credentibus, Aperiens paradisum, Quem protoplastus clauserat.
   Ascendens in altum Dominus, Propriam ad sedem remeans, Gavisa sunt cœli regna, Reditu Unigeniti.
   
   Magni triumphum proelii ! Mundi perempto principe, Patris praesentat vultibus Victricis carnis gloriam.
   
   0 grande cunctis gaudium ! Quod partus nostrae Virginis Post sputa, flagra, post crucem, Paternae sedi jungitur.
   Le jour tant désiré a lui enfin à nos yeux ; jour auquel le Christ, espoir du monde, Dieu par essence, s’éleva jusqu’au sommet des cieux.
   Agamus ergo gratias Nostrae salutis vindici, Nostrum quod corpus vexerit Sublimem ad cœli regiam.
   À l’arrivée du Seigneur dans ces hautes régions, à son retour sur le siège de sa gloire, les royaumes célestes ont été dans la jubilation ; c’était le Fils unique qui arrivait.
   Sit nobis cum cœlestibus Commune manens gaudium, Illis quod se praesentavit, Nobis quod se non abstulit.
   Digne triomphe à la suite d’une si noble lutte ! Après avoir abattu le prince du monde, il étale aux regards du Père les membres glorieux d’une chair qui a vaincu.
   Nunc provocatis actibus Christum exspectare nos decet, Vitaque tali vivere, Quae possit cœlos scandere.
   S’élevant sur les nuages, il sollicite à l’espérance le cœur des croyants ; car il leur ouvre le paradis que le premier père avait fermé.
   Gloria tibi, Domine, Qui scandis super sidera, Cum Patre et Sancto Spiritu In sempiterna saecula. Amen.
   O joie immense pour nous tous ! Voir le fils d’une Vierge de notre sang, après les crachats, les fouets et la croix, entrer en possession du trône de son Père.
Offrons nos actions de grâces à l’auteur de notre salut, pour avoir élevé en sa personne notre propre chair jusqu’aux honneurs des célestes palais.
Que la joie soit commune entre nous et les Anges ; car s’il vient s’offrir à leurs regards, nous pouvons dire qu’il n’a pas rompu avec nous.
Ce qui nous reste à faire, c’est d’attendre le Christ dans la pratique des bonnes œuvres, et de mener une vie qui soit digne des cieux.
À vous, Seigneur, qui vous élevez au-dessus des astres, gloire et honneur, avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles éternels. Amen.
Nous achèverons la journée par cette prière du Bréviaire mozarabe.
CAPITULA.
   Christe Dei virtus, et Dei sapientia, qui propter nos et nostram salutem descendens e cœlis humani generis carne vestiri dignatus es, ut dignissima societate nos tua Deitate vestires, et quod mortale descendendo susceperas, immortalitati ascendendo donares ; tribue nobis interventu solemnitatis hodiernae, qua te cœlos ascendente et sequi cupimus et gaudemus, ut benignissimae dispensationis hujus munera cognoscentes, reddamus pietati tuae quod solum possumus, vota laudum ; exspectantes secundi adventus tui aeternorum solatia gaudiorum.
   O Christ, vertu et sagesse de Dieu, vous qui, descendu des cieux à cause de nous et pour notre salut, avez daigné revêtir la chair de l’homme, afin de nous revêtir nous-mêmes de Dieu par la plus noble alliance, et de gratifier de l’immortalité dans votre Ascension cette même chair que, descendu du ciel, vous aviez revêtue sujette à la mort, accordez-nous dans la solennité d’aujourd’hui, où nous nous livrons à la joie de vous voir monter aux cieux et au désir de vous suivre, la faveur de comprendre toute l’étendue de vos bienfaits et de rendre à votre bonté le seul hommage que nous puissions lui offrir, celui de la louange, dans l’attente où nous sommes des joies éternelles dont votre second avènement doit ouvrir le cours.
LE MARDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Le Seigneur de gloire est monté aux cieux, et selon le langage de l’Apôtre, il y est entré comme « notre avant-coureur [Heb. V, 20.] »; mais comment l’homme pourra-t-il le suivre jusqu’au séjour de toute sainteté, lui dont la voie est sans cesse entravée par le péché, lui qui a plus besoin de pardon que de gloire ? Or, c’est ici encore une des merveilleuses suites de cet auguste mystère de l’Ascension, dont nous ne saurions épuiser toute la richesse. Jésus ne monte pas au ciel seulement pour y régner ; il doit y résider aussi pour y être notre intercesseur, notre Pontife, chargé d’obtenir en cette qualité le pardon de nos péchés, avec les grâces qui nous ouvriront le chemin pour arriver jusqu’à lui. Sur la croix il s’offrit en victime pour nos péchés ; son sang divin, épanché de tous ses membres, forma dès lors notre rançon surabondante ; mais le ciel demeurait ferme aux rachetés jusqu’à ce qu’il en eût franchi les portes, jusqu’à ce qu’il eût pénétré l’intime sanctuaire où il doit exercera jamais la charge de Pontife selon l’Ordre de Melchisédech [Psalm. CIX.]. Aujourd’hui le sacerdoce du Calvaire se transforme en un sacerdoce de gloire. Jésus est entré « au-delà du voile, de ce voile qui était sa chair encore passible et mortelle [Heb. VI, 19 ; X, 20.] » ; il a pénétré dans le plus intime de la présence de son Père, et là il est notre Pontife à jamais.
Il est le Christ, sacré d’une double onction, au moment où sa personne divine s’unissait à la nature humaine : il est Roi, il est Pontife. Sa Royauté, nous l’avons acclamée les jours précédents ; aujourd’hui c’est son Sacerdoce que nous avons à reconnaître. Durant son passage en ce monde, quelques traits de l’un et de l’autre nous ont apparu ; mais cette Royauté et ce Pontificat ne devaient briller de tout leur éclat qu’au jour de l’Ascension. Suivons donc encore notre Emmanuel d’un œil respectueux, et considérons ce qu’il vient opérer dans le ciel.
L’Apôtre va d’abord nous donner la notion du Pontife dans sa sublime Épître aux Hébreux. Le Pontife, nous dit-il, est choisi par Dieu même, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés ; il est établi près de Dieu en faveur des hommes, dont il est l’ambassadeur et l’intercesseur [Ibid. V, 1.]. Or, telle est la qualité, tel est le ministère de Jésus dans les cieux, à partir de l’heure où nous sommes. Mais si nous voulons pénétrer plus avant un si vaste et si profond mystère, il nous faut nous aider des symboles que nous offrent les livres saints ; ces symboles dont saint Paul lui-même a emprunté le secours, vont nous faire comprendre le rôle de notre Pontife.
Transportons-nous par la pensée dans le temple de Jérusalem. Nous traversons d’abord cette vaste enceinte à ciel ouvert, entourée de portiques, et au centre de laquelle s’élève l’autel sur lequel les victimes égorgées dont le sang s’écoule par de nombreux canaux, sont consumées selon le rite des divers sacrifices. Nous nous dirigeons ensuite vers un lieu plus auguste, cet édifice couvert qui s’élève au-delà de l’autel des holocaustes et qui resplendit de toutes les richesses de l’Orient. Entrons avec respect ; car ce lieu est saint, et Dieu même a donné à Moïse le plan des ouvrages merveilleux qui le décorent et qui sont tous à sa gloire : l’autel des parfums, d’où s’exhale soir et matin la fumée de l’encens ; le Chandelier à sept branches qui étale avec complaisance ses lis et ses grenades ; la table sur laquelle reposent les pains de proposition, hommage de notre race à celui qui fait mûrir les moissons sur la terre. Mais ce n’est pas encore sous ces lambris étincelants de l’or d’Ophir que s’est établie l’ineffable majesté de Jéhovah. Contemplez au fond de l’édifice ce voile d’un tissu précieux, richement brodé d’images de Chérubins, et descendant jusqu’à terre. C’est là, derrière ce voile, que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob fait sentir sa présence ; c’est là que repose l’Arche d’alliance, sur laquelle les deux Chérubins d’or étendent mystérieusement leurs ailes. Ce réduit sacré et inaccessible se nomme le Saint des Saints ; aucun homme ne pourrait, sans mourir, soulever ce voile, porter un regard téméraire dans cet asile terrible et entrer là où le Dieu des armées daigne habiter.
L’homme est donc banni du séjour où Dieu habite. La sainteté divine l’exclut de sa présence comme indigne. Créé pour voir Dieu, pour être heureux éternellement par la vue de Dieu, l’homme, à cause de son péché, est condamné à ne le pas voir. Un voile lui dérobe la vue de celui qui est sa fin, et l’obstacle de ce voile est pour lui infranchissable. Telle est la sévère leçon que nous donne le symbole formidable de l’ancien temple.
Une promesse miséricordieuse est néanmoins intervenue. Ce voile sera soulevé un jour, et laissera passage à l’homme ; mais à une condition, et cette condition, nous allons la connaître en continuant de suivre les symboles de l’ancien temple. Entre tous les mortels exclus du Saint des Saints, il en est un cependant à qui il est donné une fois l’année de pénétrer derrière le voile. C’est le Pontife. Que s’il entre ce jour-là dans l’enceinte terrible, sans tenir entre ses mains le vase rempli du sang des deux victimes qu’il a immolées auparavant pour ses propres péchés et pour ceux de son peuple, il sera exterminé ; si au contraire il remplit fidèlement l’ordre du Seigneur, il sera protégé par le sang qu’il porte, et il sera admis en ce jour unique à intercéder pour lui-même et pour Israël tout entier.
Qu’elles sont belles, qu’elles sont fortes, ces figures de l’ancienne Alliance ! mais combien plus belle et plus forte est leur réalisation dans l’inépuisable mystère de l’Ascension de notre divin libérateur ! Il était encore dans la période de ses humiliations volontaires, que déjà sa puissance s’était fait sentir jusque dans ce réduit sacré sur lequel planait la terreur de Jéhovah. Son dernier soupir sur la croix avait déchiré du haut en bas le voile du Saint des Saints, pour annoncer que bientôt l’accès auprès de Dieu allait être ouvert aux hommes comme avant le péché. Mais restait la victoire à remporter sur la mort par la résurrection ; restait encore la période de quarante jours que notre Pontife devait employer à organiser le sacerdoce véritable qui s’exercera sur la terre jusqu’à la consommation des siècles, en union avec celui qu’il va remplir lui-même au ciel.
Aujourd’hui, tous les délais sont accomplis ; les témoins de la résurrection l’ont constatée, les dogmes de la foi sont révélés dans leur ensemble, l’Église est constituée, les sacrements sont déclarés ; il est temps que notre Pontife pénètre dans le Saint des Saints et qu’il y entraîne ses élus à sa suite. Suivons son vol des yeux de notre foi. A son approche, le voile abaissé depuis quatre mille ans se lève et lui livre passage. Jésus n’a-t-il pas, comme le Pontife de l’ancienne loi, offert le sacrifice préalable, le sacrifice non plus figuratif, mais réel, par l’effusion de son propre sang ? Arrivé en présence de la Majesté divine pour y exercer sa puissante intercession, qu’a-t-il à faire autre chose que de présenter à son Père, en notre faveur, ces blessures qu’il a reçues il y a peu de jours, et par lesquelles s’est épanché le sang qui satisfaisait d’une manière complète à toutes les exigences de la suprême justice ? Et pourquoi a-t-il tenu à conserver ces augustes stigmates de son sacrifice, sinon pour s’en servir, comme notre Pontife, à désarmer le courroux céleste provoqué sans cesse par les péchés de la terre ? Écoutons l’Apôtre saint Jean : « Mes petits enfants, dit-il, je vous écris ceci, afin que vous ne péchiez pas ; mais si quelqu’un pèche, nous avons pour avocat Jésus-Christ qui est juste [I JOHAN. II, 1.]. »
Ainsi donc, au delà du voile où il pénètre aujourd’hui, Jésus traite avec son Père de nos intérêts, il met la dernière main aux mérites de son sacrifice, il est un Pontife éternel, un Pontife à l’intercession duquel rien ne résiste.
Saint Jean, qui a vu le ciel ouvert, nous décrit d’une façon expressive cette double qualité de notre divin Chef, victime et roi en même temps, sacrifié et néanmoins immortel. Il nous montre le trône de l’éternelle Majesté entouré des vingt-quatre vieillards sur leurs sièges et des quatre animaux symboliques, ayant en face les sept Esprits rayonnants de force et de beauté ; mais le sublime prophète n’arrête pas là son ineffable description. Il entraîne nos regards jusque sur le trône même de Jéhovah ; et nous apercevons debout au milieu de ce trône un Agneau, mais un agneau « comme immolé » et toutefois revêtu des attributs de la force et de la puissance [Apoc. IV, V.]. Qui oserait tenter d’expliquer de telles images, si notre grand mystère d’aujourd’hui ne nous en donnait la clef ? Mais avec quelle facilité tout s’éclaircit à sa lumière ! Aux traits que nous révèle l’Apôtre nous reconnaissons notre Jésus, Verbe éternel, et en sa qualité de Verbe éternel siégeant sur un même trône avec son Père auquel il est consubstantiel. Mais en même temps il est Agneau : car il a pris notre chair, afin d’être égorgé pour nous comme une victime ; et ce caractère de victime demeure en lui pour l’éternité. Le voici donc dans toute sa majesté de Fils de Dieu, debout, et posant avec une dignité souveraine ; mais en même temps il apparaît comme immolé. Les cicatrices des blessures que lui a faites le couteau du sacrifice demeurent à jamais visibles ; c’est identiquement l’Agneau du Calvaire qui consomme éternellement dans la gloire l’immolation qu’il accomplit douloureusement sur la croix.
Telles sont les merveilles que l’œil des Anges contemple « à l’intérieur du voile [Heb. VI, 19.] », et que notre œil verra aussi, lorsque nous aurons franchi le voile à notre tour. Nous ne sommes pas destinés à rester au-dehors, comme le peuple juif qui voyait une fois l’an son Pontife disparaître quelques instants derrière la courtine qui fermait l’accès du Saint des Saints. Voici que l’Apôtre nous enseigne que « Jésus notre avant-coureur, Jésus Pontife à jamais, est entré pour nous dans le sanctuaire [Ibid 20.] » ; entré pour nous ! qu’est-ce à dire, sinon qu’il nous y précède, et que nous l’y suivrons ? Il est juste qu’il entre le premier ; mais c’est comme avant-coureur qu’il entre. Dès aujourd’hui même il n’est déjà plus seul à l’intérieur du voile ; la foule des élus qui montait après lui a pénétré à sa suite, et à partir de ce moment, le nombre de ceux qui seront admis va s’accroître d’heure en heure. Nous ne sommes que de pauvres pécheurs, et l’Apôtre nous dit que « nous sommes déjà sauvés en espérance » [Rom. VIII, 24.] ; et notre espérance, c’est de pénétrer un jour dans le Saint des Saints. Alors nous répéterons avec les Anges, avec les vingt-quatre vieillards, avec les millions d’êtres glorifiés, cette acclamation éternelle : « À l’Agneau qui fut immolé, puissance et divinité ! sagesse et force ! honneur, gloire et bénédiction, dans les siècles des siècles ! Amen [Apoc. V, 12.] ! »
Pour terminer la journée, nous emprunterons aujourd’hui cette antique Séquence que le pieux Notker composa au IX° siècle, pour l’abbaye de Saint-Gall.
SÉQUENCE
   Christus hunc diem jucundum Cunctis concedat esse christianis, Amatoribus suis.
   Christe Jesu, Fili Dei, Mediator nostrae naturae Ac Divinae.
   Terras Deus visitasti aeternus, Aethera novus homo Transvolans.
   Tu hodie terrestribus Rem novam et dulcem Dedisti, Domine, Sperandi cœlestia.
   Officiis te Angeli atque nubes Stïpant, ad Patrem Reversurum.
   
   Sed quid mirum, Cum lactanti adhuc Stella tibi serviret Et Angeli ?
   
   Tu hominem non fictum Levando super sidereas metas, Regum Domine.
   Quem, Christe, Bone Pastor, Tu dignare custodire. Amen.
   Quanta gaudia Tuos replent Apostolos, Quis dedisti cernere Te cœlos pergere.
   Daigne le Christ rendre favorable cette journée aux chrétiens qui lui offrent
   Quam hilares In cœlis tibi occurrunt Novem ordines.
   leur amour.
   In humeris portanti Diu dispersum a lupis, Gregem unum,
   O Christ ! ô Jésus, Fils de Dieu ! tu réunis en ta personne la nature divine et la nôtre.
Dieu éternel, tu as visité la terre ; homme nouveau, tu as traversé les airs dans ton vol.
Les Anges et les nuées t’environnent dans ton retour vers ton Père.
Comment s’en étonner, lorsque, dans ton berceau, l’étoile s’unissait aux Anges pour accomplir tes ordres ?
En ce jour, Seigneur, tu as inspiré aux hommes un nouveau et cher désir, l’espérance des biens célestes.
C’est la nature humaine véritable que tu as emportée au delà des limites où s’arrêtent les astres, ô Roi des rois.
Quelle joie remplit le cœur de tes Apôtres, auxquels tu accordes la faveur de te contempler dans ton retour vers les cieux !
Avec quels transports joyeux les neuf chœurs des Anges se portent à ta rencontre !
Tu portes sur tes épaules la brebis du troupeau, de ce troupeau dispersé longtemps par les loups, mais que tu as réuni dans l’unique bercail.
O Christ, bon Pasteur, daigne être son gardien toujours.
   Amen.
   Complétons les hommages de ce jour par ces deux éloquentes oraisons du Bréviaire mozarabe.
ORATIO.
   Domine Jesu Christe, creator astrorum qui inclinasti capita nubium, dum te humiliasti in conversatione mortalium ; ut in eo corpore, quo pro nobis probra sustinuisti impiorum, in ipso ascenderes super omnes cœlos cœlorum, et laudes sumeres Angelorum : exaudi nos propitius, et hoc nobis concede placatus, ut, absoluti criminibus, illuc te nunc praevium sequamur corde, quo tu ascendisti glorificatus in homine ; ut te etiam tunc contemplari possimus conditorem et Dominum aeternum in Maiestate, quem nunc verum Deum praestolamur et judicem. Amen
   Seigneur Jésus-Christ, créateur des astres, qui avez incliné les cieux en vous humiliant jusqu’à vivre avec les mortels, et qui, dans ce même corps qui a supporté pour nous les opprobres des impies, deviez monter au-dessus des cieux et recevoir les applaudissements des Anges ; soyez-nous propice, laissez-vous apaiser, et accordez-nous qu’étant absous de nos pèches, nous vous suivions de cœur, comme notre avant-coureur, là où vous êtes monte en glorifiant votre humanité : afin que nous puissions un jour vous contempler dans votre Majesté comme le créateur et le Seigneur éternel, vous en qui maintenant nous confessons le vrai Dieu et attendons notre juge. Amen.
CAPITULA.
   Domine Jesu Christe, qui ascendisti super cœlos cœlorum ad Orientem, Occasum devincens ; quos in te suscepisti redimendos, in te perfice ad excelsa tollendos : ut ubi caput praecessisti glorificatum, illuc totum corpus adtrahas honorandum : nec in Occiduum mundi relinquas, quos ad Orientem perpetuum versus triumphator exaltas.
   Seigneur Jésus-Christ, qui êtes monté sur les cieux des cieux à l’Orient après avoir triomphé de l’Occident, daignez perfectionner en vous ceux dont vous avez pris sur vous le rachat, et que vous devez enlever jusqu’aux cieux. Complétez la gloire de votre corps en attirant vos membres en ce séjour où vous, qui êtes le Chef, nous avez précédés avec tant de splendeur, et n’abandonnez pas à l’Occident de ce monde ceux que, dans votre triomphe, vous devez emporter vers l’éternel Orient.
LE MERCREDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Abaissons sur la terre nos regards, que nous avons tenus jusqu’ici fixés au ciel pour y suivre Celui qui nous a quittés. Recherchons maintenant les effets du divin mystère de l’Ascension jusque dans notre humble et passagère demeure, où le Fils de Dieu a cessé de résider visiblement. Quel étonnant spectacle attire notre attention ici-bas ! Ce Jésus, qui monta aux cieux en ce jour, sans que la ville de Jérusalem s’en émût, sans qu’elle s’en fût même aperçue, sans que le genre humain s’ébranlât à la nouvelle du départ de son hôte divin ; ce même Jésus, en ce simple anniversaire d’aujourd’hui, dix-huit siècles après l’événement, émeut encore la terre tout entière de l’éclat de son Ascension. En nos tristes jours la foi est languissante ; quelle est cependant la région du globe où n’habitent pas les chrétiens, soit à l’état de peuple, soit à l’état d’individus ? c’en est assez pour que l’univers entier entende dire que Jésus est monté aux cieux, et que ce jour est consacré à fêter sa glorieuse Ascension.
Durant trente-trois années il vécut de notre vie sur la terre. Fils éternel de Dieu, son séjour parmi nous fut ignoré de toutes les nations sauf une seule. Cette nation le crucifia ; les Gentils ne l’eussent pas même regardé ; car « la lumière a beau luire dans les ténèbres, les ténèbres ne la comprennent pas [Johan. I, 5.] » ; et Dieu a pu « venir dans son œuvre même, et ne pas être accueilli par les siens [Ibid. II.]. » Au sein du peuple préparé pour sa visite, sa parole a été cette semence qui tombe sur un terrain pierreux et ne germe pas, dans les épines et est bientôt étouffée par elles, et qui rencontre à peine un coin de cette bonne terre où elle peut fructifier [MATTH. XIII.]. Si, à force de patience et de bonté, il maintient autour de lui quelques disciples, leur confiance en lui est demeurée faible, hésitante, toujours prête à s’éteindre.
Et néanmoins, depuis la prédication de ces mêmes Apôtres, le nom et la gloire de Jésus sont partout ; en toutes les langues, dans toutes les races, il est proclamé le Fils de Dieu incarné ; les peuples les plus civilisés comme les plus barbares sont venus à lui ; on fête sa naissance dans l’étable de Bethléhem, sa mort douloureuse sur la croix où il paya la rançon du monde coupable, sa résurrection par laquelle il confirma la mission divine qu’il était venu accomplir, enfin son Ascension qui le fait asseoir en ce jour Homme-Dieu, à la droite de son Père. Dans l’univers entier la grande voix de l’Église fait retentir le mystère de la glorieuse Trinité, qu’il est venu révéler au monde. Cette sainte Église qu’il a fondée enseigne à toutes les nations la vérité révélée, et dans toutes les nations elle rencontre des âmes dociles qui répètent son symbole.
Comment s’est accomplie cette merveille ? comment a-t-elle persévéré et persévère-t-elle depuis dix-huit siècles ? Jésus, qui s’élève au ciel en ce jour, nous l’explique d’un seul mot : « Je m’en « vais, dit-il, et il vous est avantageux que je m’en « aille. » Qu’est-ce à dire, sinon que, dans notre état actuel, il y a pour nous quelque chose Je plus avantageux que sa présence sensible ? Cette vie n’est donc pas le moment de le voir et de le contempler, même dans sa nature humaine. Pour le connaître, pour le goûter, même dans cette humaine nature, un autre élément nous est nécessaire : c’est la foi. Or, la foi aux mystères du Verbe incarné ne commence à régner sur la terre qu’à partir du moment où il cesse d’être visible ici-bas.
Qui pourrait dire la force triomphante de la foi ? Saint Jean l’appelle d’un nom glorieux. « La foi, dit-il, c’est la victoire qui abat le monde « sous nos pieds [Johan. V, 4.]. » C’est elle qui a abattu aux pieds de notre divin Chef absent de ce monde, la puissance, l’orgueil et les superstitions de la société antique ; et l’hommage en est monté jusqu’au trône où prend place aujourd’hui Jésus, Fils de Dieu et fils de Marie.
Saint Léon le Grand, le sublime interprète du mystère de l’Incarnation, a pénétré cette doctrine de son coup d’œil toujours si sûr, et il l’a rendue avec l’éloquence qui lui est familière. « Après avoir accompli la prédication de l’Évangile et les mystères de la nouvelle Alliance, nous dit-il, Jésus-Christ notre Seigneur s’élevant au ciel sous les yeux de ses disciples, a mis un terme à sa présence corporelle ici-bas, et il doit demeurer à la droite de son Père jusqu’à ce que soient accomplis les temps divinement destinés à la multiplication des enfants de l’Église ; après quoi il reviendra pour être le Juge des vivants et des morts, dans la même chair avec laquelle il est monté. Ainsi donc, tout ce qui avait été visible ici-bas en notre Rédempteur a passé dans l’ordre des Mystères ; et afin de rendre la foi plus excellente et plus ferme, la vue a été remplacée par un enseignement dont l’autorité, entourée d’un rayonnement céleste, entraîne les cœurs des croyants.
« C’est par la vertu de cette foi dont l’Ascension du Seigneur a accru l’énergie, et que le don de l’Esprit-Saint est venu fortifier, que ni les chaînes, ni les cachots, ni l’exil, ni la faim, ni les bûchers, ni la dent des bêtes féroces, ni les supplices inventés par la cruauté des persécuteurs, n’ont pu effrayer les chrétiens. C’est pour leur fidélité à cette foi que, dans le monde entier, non seulement des hommes, mais même des femmes, non seulement des enfants et des adolescents, mais des jeunes filles délicates, ont combattu jusqu’à l’effusion de leur sang. C’est cette foi qui a chassé les démons, fait disparaître les maladies, ressuscité les morts. De là, nous avons vu les bienheureux Apôtres eux-mêmes qui, après avoir clé confirmés par tant de miracles, instruits par tant de discours du Seigneur, s’étaient laissé effrayer par les indignités de sa Passion, et n’acceptèrent la vérité de sa résurrection qu’après avoir hésité ; nous les avons vus changés aussitôt après son Ascension, à tel point que les choses qui jusqu’alors ne leur inspiraient que de la terreur, devinrent tout à coup pour eux une source d’allégresse. Toute la force du regard de leur âme s’était dirigée sur la divinité de celui qui est assis à la droite du Père ; la vue de son corps ne retardait plus la vigueur de leur œil, dès lors qu’ils pénétraient le Mystère, et arrivaient à comprendre qu’en descendant des cieux il ne s’était pas séparé de son Père, pas plus qu’en y remontant il ne s’était isolé de ceux qui avaient été ses disciples.
« Le moment donc où le Fils de l’homme, qui est aussi le Fils de Dieu, s’est manifesté d’une façon plus excellente et plus auguste, est celui où il s’est retiré dans la gloire et la majesté de son Père ; car c’est alors que, par un procédé ineffable, il s’est rendu plus présent par sa divinité, à mesure que son humanité s’éloignait de nous davantage. C’est alors que la foi plus éclairée que l’œil terrestre s’est approchée d’un pas plus ferme de celui qui est le Fils égal au Père, qu’elle n’a plus eu besoin de palper dans le Christ cette nature humaine par laquelle il lui est inférieur. La substance de ce corps glorifié est demeurée la même ; mais la foi des croyants avait désormais son rendez-vous là où non plus une main de chair, mais une intelligence spirituelle est admise à toucher le Fils égal au Père. De là vient que le Seigneur ressuscité, lorsque Marie-Madeleine, qui représentait l’Église, s’élançait pour saisir ses pieds, l’arrêta par ces paroles : « Ne me touche pas ; car je ne suis pas monté encore vers mon Père » ; comme s’il eût dit : « Je ne veux plus que tu arrives à moi par une voie sensible, ni que tu me reconnaisses au contact humain ; je t’ai réservée à une plus sublime expérience ; j’ai préparé pour toi un sort plus digne d’envie. Lorsque je serai monté vers mon Père, c’est alors que tu me saisiras, mais d’une manière plus parfaite et plus vraie, parce que les sens étant dépassés, la foi te révélera ce que tes yeux ne verront pas encore [De Ascensione Domini, Sermo II.]. »
Il est donc inauguré par le départ de notre Emmanuel, ce règne de la foi qui doit nous préparer à l’éternelle vue du souverain bien ; et cette heureuse foi, qui est notre élément, nous donne en même temps toute la lumière compatible avec notre faible condition présente pour saisir et adorer le Verbe consubstantiel au Père, et pour avoir l’intelligence des Mystères que ce Verbe incarné a opérés ici-bas dans son humanité. Un grand nombre de siècles nous séparent du moment où il se rendit visible sur la terre, et nous le connaissons mieux que ne le connurent et ne le goûtèrent ses propres disciples avant son Ascension sur le mont des Oliviers. Il nous était donc véritablement avantageux qu’il s’éloignât ; sa présence eût gêné l’essor de notre foi, et notre foi seule pouvait remplir l’intervalle qui le sépare de nous, jusqu’à ce que nous ayons pénétré « à l’intérieur du voile ».
Combien est profond l’aveuglement de ces hommes qui ne sentent pas la puissance surhumaine de cet élément de la foi, par lequel le monde a été non seulement vaincu, mais transformé ! Ils prétendent avoir découvert la fabrication des Évangiles, et ils ne voient pas cet Évangile vivant qui résulte de dix-huit siècles de foi unanime, qui ressort de la confession généreuse de tant de millions de martyrs, de la sainteté de tant de justes, de la conversion successive de tant de nations, à commencer par les plus civilisées et finir par les plus barbares. Certes, celui-là qui, après avoir visité un coin de cette terre durant quelques années, n’a eu besoin que de disparaître pour attirer à lui la foi des plus grands génies comme des cœurs les plus simples et les plus droits, est bien ce qu’il nous a dit être : le Fils éternel de Dieu. Gloire et action de grâces soient donc à vous, Seigneur, qui, pour nous consoler de votre départ, nous avez donné la foi par laquelle l’œil de notre âme s’épure, l’espérance de notre cœur s’enflamme, et les divines réalités que nous possédons se font sentir à nous dans toute leur puissance ! Conservez en nous ce don précieux de votre bonté toute gratuite, accroissez-le sans cesse, faites qu’il s’épanouisse dans toute sa maturité, au moment solennel qui doit précéder celui où vous vous révélerez à nous face à face.
Nous célébrerons aujourd’hui le mystère de l’Ascension en empruntant la voix d’une de nos Églises les plus septentrionales, tombée, hélas ! comme toutes ses sœurs de la Suède, sous le joug du luthéranisme. C’est une Séquence tirée du dernier missel d’Abô, dans la Finlande. La composition de cette pièce se rapporte au XIV° ou au XV° siècle.
SÉQUENCE.
Omnes gentes plaudite, Festos choros ducite, Christo triumphante,
   Redit cum victoria, Capta ducens spolia, Tuba jubilante.
   Papae ! quam magnificum Hodie dominicum Germen gloriatur ! Terrae fructus hodie Super thronos curiae cœli sublimatur.
   Intrat tabernaculum Moyses, et populum Trahit ad spectaculum Tanta virtus rei : Stant suspensis vultibus, Intendentes nubibus Jesum subducentibus, Viri Galilaei.
   Hic est forti., Qui de mortis Victor portis Introit cum gloria ; Rex virtutum, Cujus nutum Et obtutum Trina tremit regia.
   Dum Elias sublevatur, Elisaeo duplex datur Spiritus et pallium Alta Christus dum conscendit, Servis suis mnas appendit Gratiarum omnium.
   
   Transit Jacob hunc Jordanem, Luctum gerens non inanem, Crucis usus baculo ; Redit turmis cum duabus, Angelis et animabus, Et thesauri sacculo.
   
   Vocat Pater Filium Ad consessus solium, Donec suppedaneos, Victos vel spontaneos, Ponat inimicos. Sedet in altissimis, Fruitur potissimis Redit ex novissimis, Judicans ex intimis Justos et iniquos.
   Nations, applaudissez, menez des chœurs de fête : le Christ triomphe, il remonte victorieux, traînant après lui les dépouilles qu’il a conquises ; il monte au son joyeux de la trompette.
   Veni, Deus ultionum, Veni cum dementia : Dum sistemur ante thronum Tua in praesentia Mane nobis tune auditam Lac misericordiam In perennem transfer vitam Ad futuram gloriam. Amen.
   Oh ! quelle gloire entoure aujourd’hui le Fils du souverain Seigneur ! Comme il s’élève, le fruit de la terre, au-dessus de tous les trônes du ciel.
De même que Moïse étant entré dans le Tabernacle, le peuple est entraîné à contempler un spectacle si étonnant ; ainsi les hommes de Galilée ne peuvent détacher leurs regards de la nuée qui leur a soustrait Jésus.
Élie s’élève au ciel, laissant à Élisée son double esprit et son manteau ; le Christ, montant à son tour, fait part à ses serviteurs du trésor de ses grâces.
Le véritable Jacob a passé le Jourdain, et à travers la souffrance, se servant de la croix pour bâton, aujourd’hui il revient escorté de Jeux bataillons, les Anges et les âmes rachetées, et il porte avec lui le trésor qu’il a conquis
C’est le vaillant qui, vainqueur des portes de la mort, entre avec gloire ; c’est le Seigneur des armées, dont un signe, un regard, fait trembler le triple univers.
Le Père invite son Fils à s’asseoir sur le trône jusqu’à ce qu’il ait réduit, de gré ou de force, ses ennemis à lui servir de marchepied. Le voilà siégeant au plus haut des cieux, en possession d’honneurs infinis ; mais à la fin il doit revenir, pour juger les bons et les méchants sur leurs actions même les plus secrètes.
Dieu vengeur, venez avec clémence, on ce jour où nous serons présentés en face de votre trône ; en cette vie, faites-nous goûter dès le matin votre miséricorde ; et transportez-nous bientôt dans la vie éternelle, pour y prendre part à la gloire future.
   Amen.
   Nous terminerons, comme les jours précédents, par une des belles prières du Bréviaire mozarabe dans le cours de l’Octave.
CAPITULA.
   Domine Jesu Christe, qui sublimius exaltasti thronum tuum in Jerusalem civitatem tuam, quae est utique Ecclesia, dum eam gloriose conquiris et ab ea triumphaliter ad Patrem ascendis : dum in assumpto homine Assumptionis tuae gloriam manifestas suit ergo in nobis, et vota tibi placita, et opera ipsa accepta ; ut ex hoc tecum possideamus regnum in gloria sempiterna. Amen.
   Seigneur Jésus-Christ, qui avez élevé avec tant de gloire votre trône dans votre cité de Jérusalem qui est l’Église ; vous qui en avez fait si glorieusement la conquête et qui de son sein vous élevez dans un si beau triomphe jusqu’au Père, et nous manifestez les grandeurs de votre Ascension dans la nature humaine que vous avez revêtue, daignez agréer nos vœux et accepter nos œuvres, afin que nous puissions posséder le royaume avec vous dans la gloire éternelle. Amen.
LE JEUDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Nous avons vu comment l’Ascension de notre Emmanuel lui a assuré ici-bas un premier triomphe par la foi, qui lui donne l’empire sur les intelligences. Une seconde victoire ressort du même mystère : c’est la victoire de l’amour qui fait régner Jésus sur les cœurs. Depuis dix-huit siècles, en qui les hommes ont-ils cru fermement, universellement, si ce n’est en lui ? Quel autre point de ralliement ont eu les intelligences, si ce n’est dans les dogmes de la foi ? Quelles ténèbres ce divin flambeau n’a-t-il pas éclairées ? Quelles clartés n’a-t-il pas projetées sur les peuples qui ont accueilli sa lumière ? En quelles ombres n’a-t-il pas laissé ceux qui, après l’avoir accueilli, ont fermé plus tard leurs yeux à ses rayons ?
De même on peut bien le dire, depuis l’Ascension de notre Rédempteur nul n’a été aimé des hommes de tous les lieux et de toutes les races comme il l’a été, comme il l’est encore, comme il le sera jusqu’à la fin. Or, il fallait qu’il se retirât pour être ainsi aimé, comme il le fallait pour que nous crussions en lui. « Il vous est avantageux « que je m’en aille ; » ces mêmes paroles nous serviront encore aujourd’hui à mieux pénétrer le mystère. Avant l’Ascension, les disciples étaient aussi chancelants dans leur amour que dans leur foi ; Jésus ne pouvait compter sur eux ; mais à peine a-t-il disparu à leurs regards, qu’un élan inconnu s’empare de leurs cœurs. Au lieu de plaindre leur abandon, ils rentrent pleins de joie dans Jérusalem. Heureux du triomphe de leur Maître, oublieux d’eux-mêmes, ils s’empressent de lui obéir en se rendant au Cénacle, où la Vertu d’en haut doit venir les visiter. Étudiez ces hommes dans les années qui vont suivre, parcourez leur carrière jusqu’à la mort ; comptez, si vous pouvez, les actes de leur dévouement dans l’immense labeur de la prédication de l’Évangile, et dites si un autre mobile que l’amour de leur Maître les a soutenus et rendus capables de tout ce qu’ils ont fait. Avec quel empressement ils ont bu son calice [MATTH. XX, 23.] ! Avec quel transport ils ont salué sa croix, lorsqu’ils l’ont vue dressée pour eux-mêmes !
Mais ne nous arrêtons pas à ces premiers témoins ; ils avaient vu le Christ, ils l’avaient entendu, ils l’avaient touché de leurs mains [I JOHAN. I, I.]. Tournons nos regards sur les générations qui ne l’ont connu que par la foi, et voyons si cet amour qui triomphe dans les Apôtres, a fait défaut chez les chrétiens un seul jour dans le cours de dix-huit siècles. C’est d’abord la lutte du martyre qui n’a jamais totalement cessé depuis la promulgation de l’Évangile, et qui occupe trois cents ans pour le début. Par quel motif tant de millions de héros et d’héroïnes ont-ils couru au-devant des tortures les plus affreuses, bravé en souriant la flamme des bûchers, la dent des bêtes féroces, si ce n’est pour prouver au Christ leur amour ? Rappelons-nous ces terribles épreuves qu’ont acceptées avec tant d’empressement non seulement des hommes aguerris à la souffrance, mais des femmes délicates, de jeunes vierges et jusqu’à des enfants. Remettons-nous en mémoire tant de sublimes paroles, noble élan du cœur qui aspire à rendre au Christ mort pour mort, et n’oublions pas que les martyrs de nos jours, en Chine, au Tongking, dans la Cochinchine, dans la Corée, ont reproduit textuellement, sans s’en douter, en présence de leurs juges et de leurs bourreaux, le langage que tenaient leurs prédécesseurs devant les proconsuls du III° et du IV° siècle.
Oui, certes, il est aimé comme nul ne le sera jamais, ni ne le pourrait être, notre divin Roi qui s’est enfui aux cieux ; car depuis son départ, on ne saurait compter les millions d’âmes qui, pour s’unir à lui uniquement, ont foulé aux pieds les séductions de l’amour terrestre, et n’ont voulu connaître d’autre amour que le sien. Tous les siècles, même le nôtre dans sa triste défaillance, les ont vus, et Dieu seul en connaît le nombre.
Il a été aimé sur cette terre, notre Emmanuel, et il le sera jusqu’au dernier jour du monde, ainsi qu’en fait foi, dans toute la suite des temps, le généreux abandon des biens terrestres, dans le but de conquérir la ressemblance avec l’enfant de Bethléhem ; abandon pratiqué si souvent par les personnes les plus opulentes du siècle ! Que serait-ce s’il nous fallait signaler tant de sacrifices de la volonté propre obtenus de l’orgueil humain, afin de réaliser dans l’humanité le mystère de l’obéissance de l’Homme-Dieu sur la terre, et les innombrables traits d’héroïsme offerts par la pénitence chrétienne, qui continue et complète ici-bas avec tant de générosité les satisfactions que l’amour du Rédempteur pour les hommes lui fit accepter dans sa douloureuse Passion ?
Mais cette inextinguible ardeur pour Jésus envolé au ciel, ne s’est pas trouvée satisfaite encore de tant de dévouements. Jésus avait dit : « Tout « ce que vous ferez en faveur du moindre de vos « frères, c’est à moi que vous l’aurez fait ; » l’amour pour le Christ s’est emparé de cette parole, et depuis le commencement jusqu’aujourd’hui, il s’est livré à un autre genre de recherche pour atteindre, à travers le pauvre, jusqu’à Jésus qui réside en lui. Et comme la première de toutes les misères de l’homme est l’ignorance des vérités divines, sans lesquelles il ne peut être sauvé, chaque époque a fourni une succession d’apôtres qui, renonçant aux liens les plus doux de la patrie et de la famille, s’élancent au secours des peuples assis dans l’ombre de la mort. Qui pourrait dire les fatigues qu’ils assument dans un tel labeur, les tourments qu’ils bravent, afin que le nom de Jésus soit annoncé, qu’il soit aimé d’un sauvage, glorifié par un Chinois ou par un Indou ?
S’agit-il de consoler les douleurs du Christ ou de panser ses plaies dans ses frères les plus disgraciés ? n’allez pas croire que l’amour qui réside dans les fidèles de son Église fasse jamais défaut. Comptez plutôt les membres de ces associations charitables qui se sont vouées au soulagement des pauvres et des malades, depuis qu’il a été possible aux chrétiens de développer au grand jour leurs plans pour l’exercice de la charité. Voyez le sexe le plus faible, décimé chaque année par les plus nobles vocations, payer avec un empressement héroïque son tribut au chevet des infirmes et des mourants. Le monde lui-même s’en émeut, les économistes s’étonnent d’être obligés de compter avec un élément indispensable aux sociétés, et qui échappe à toutes leurs spéculations. Heureux s’ils en venaient jusqu’à reconnaître celui dont l’amour seul opère toutes ces merveilles !
Mais ce que l’œil de l’homme peut atteindre n’est rien : il ne saisit que ce qui paraît à l’extérieur. Nul ne saurait donc apprécier à quel point Jésus a été aimé et l’est encore sur la terre. Qu’on se retrace les millions de chrétiens qui ont passé ici-bas depuis l’origine de l’Église. Parmi eux, sans doute, il en est beaucoup qui ont eu le malheur de manquer leur fin ; mais quelle multitude innombrable a aimé le Seigneur Christ de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces ! Les uns l’ont aime constamment, d’autres ont eu besoin d’être rappelés par sa miséricorde, mais ils se sont endormis dans son baiser. Comptez, si vous pouvez, les actes vertueux, les sacrifices sublimes, en dix-huit siècles, au sein de cet immense peuple chrétien que nous verrons se dérouler tout entier au dernier jour du monde, dans la vallée de Josaphat ! La mémoire de Dieu peut seule en embrasser le souvenir. Or, tout cet ensemble d’œuvres, de sentiments, depuis l’élan séraphique de L’âme déjà divinisée, jusqu’au verre d’eau donné au nom du Rédempteur, qu’est-ce autre chose qu’un incessant concert d’amour qui monte nuit et jour vers le Christ, vers ce divin absent que la terre ne peut oublier ? Où est-il l’homme d’entre nous, si chère que soit sa mémoire, pour lequel on se dévouera encore, pour lequel on mourra encore, pour l’amour duquel on se renoncera soi-même, un siècle, dix siècles, vingt siècles après sa mort ? où trouvera-t-on cet homme mort dont le nom fera battre le cœur à tant de millions d’hommes de toute génération, de toute race, de tout siècle, si ce n’est Jésus, qui est mort, qui est ressuscité, qui est monté aux cieux ?
Mais, nous le reconnaissons humblement, ô notre Emmanuel, il était nécessaire que vous disparussiez du milieu de nous, afin que la foi, prenant son essor, allât vous chercher jusqu’aux cieux, désormais votre séjour, et que nos cœurs, ainsi éclairés, fussent rendus capables de vous aimer. Jouissez de votre Ascension, ô divin Chef des Anges et des hommes ! dans notre exil, nous goûterons les fruits de ce sublime mystère, jusqu’à ce qu’il s’opère en nous. Éclairez les pauvres aveugles que l’orgueil empêche de vous reconnaître à des traits si frappants. Ils vous discutent, ils vous jugent, sans s’être rendu compte de ce témoignage de la foi et de l’amour de tant de générations. L’hommage que vous offre l’humanité représentée par les premières nations de la terre, par les cœurs les plus vertueux, par tant d’hommes de génie, est pour eux comme non avenu. Que sont-ils pour s’opposer à un tel concert ? Sauvez-les, Seigneur, de leur vain et périlleux orgueil, et ils reviendront, et avec nous ils diront : « Il était véritablement avantageux pour ce monde qu’il perdit votre présence sensible, ô Emmanuel ! car si votre grandeur, votre puissance et votre divinité ont paru et ont été reconnues, c’est depuis que vous avez cessé d’être visible parmi nous. Gloire soit donc au mystère de votre Ascension, par lequel en montant aux cieux, comme dit le Psalmiste, vous recevez les plus hauts dons pour les répandre en largesses sur les hommes [Psalm. LXVII, 9.]. »
L’Église grecque nous fournira aujourd’hui la matière de notre hommage liturgique au Rédempteur triomphant ; c’est une Hymne du jour de la fête, à l’Office du soir.
   IN ASSUMPTIONE DOMINI, AD MAGNUM VESPERTINUM.
   Le Seigneur a été enlevé dans les cieux, d’où il doit envoyer au monde le Paraclet. Les cieux lui ont préparé un trône, et les nuées ont secondé son Ascension. Les Anges sont dans l’étonnement, voyant un homme établi au-dessus d’eux. Le Père reçoit à son arrivée celui qui lui est coéternel dans son sein. L’Esprit-Saint donne un commandement à tous ses Anges : « Princes, élevez vos portes. Nations, battez des mains ; car le Christ est monté où il était auparavant. »
   Assumptus est in cœlos Dominus, ut mundo mitteret Paraclitum. cœli praeparaverunt thronum ejus, et nubes ascensum ejus. Mirantur Angeli, supra seipsos hominem videntes. Pater suscipit quem habet in sinu coaeternum. Spiritus Sanctus omnibus Angelis suis imperat Attollite portas, principes, vestras omnes gentes plaudite manibus, quia ascendit Christus ubi erat prius.
   À ton Ascension, ô Christ, les Chérubins furent dans l’étonnement, te voyant monter sur les nuées et aller t’asseoir au-dessus d’eux. Pour nous, nous te glorifions ; car ta miséricorde est remplie de douceur : Gloire à toi !
   Domine, Assumptione tua obstupuerunt Cherubim, conspicientia te Deum in nubibus ascendentem, super ipsa se-dentem ; et glorificamus te, quoniam benigna est misericordia tua : Gloria tibi.
   O Christ, splendeur delà gloire du Père, nous contemplons ton Ascension jusqu’aux sommets des montagnes saintes, nous célébrons l’éclatante beauté de ton visage, nous adorons tes souffrances, nous honorons ta résurrection, nous glorifions ton Ascension sublime : Aie pitié de nous !
   In montibus sanctis tuas videntes exaltationes, Christe, splendor gloriae Patris, fulgentem vultus tui speciem iterum atque iterum celebramus ; tuas adoramus passiones, resurrectionem honoramus, inclytam glorificantes Assumptionem : miserere nobis.
   Quand les Apôtres te virent, Seigneur, t’élever sur les nuées, saisis de tristesse, ils s’adressèrent à toi, dans les gémissements et les larmes, ô Christ, auteur de la vie ! ils se lamentaient en disant : « Seigneur miséricordieux, ne laisse pas orphelins les serviteurs que tu as aimés dans ta bonté ; mais envoie-nous, ainsi que tu l’as promis, ton Très Saint Esprit pour illuminer nos âmes. »
   Domine, quando te in nubibus elevatum viderunt Apostoli, cum gemitibus lacrvmarum tristitia repleti, Christe vitae dator, lamentantes dicebant : Domine, utpote misericors, ne derelinquas nos orphanos, quos propter clementiam dilexisti servos tuos ; sed mitte, sicut promisisti nobis, sanctissimum Spiritum tuum, illuminantem animas nostras.
   Après avoir accompli le mystère de la dispensation. Seigneur, tu pris avec toi tes disciples, et tu les conduisis sur la montagne des Oliviers, et bientôt tu pénétras le firmament du ciel. O toi qui t’es fait pauvre pour moi et avec moi, et qui es monté dans ce séjour que tu n’avais pas quitté, envoie ton Très Saint Esprit pour illuminer nos âmes.
   Domine, dispensationis impleto mysterio tuos assumens discipulos, in montem Olivarum tecum ducebas ; et ecce firmamentum cœli intrasti. Qui propter me egenus sicut ego factus es, et illuc ascendisti unde non es separatus, sanctissimum tuum mitte Spiritum, illuminantem animas nostras.
   Conversant avec les hommes qui sont sur la terre, ô très doux Jésus, tu ne t’étais pas séparé du sein paternel : aujourd’hui tu t’élèves glorieux du sommet de la montagne des Oliviers, et dans ta miséricorde, relevant notre nature tombée. tu l’as fait asseoir sur le trône même du Père. Les bataillons célestes des Esprits incorporels ont contemple avec stupeur le prodige. Saisis d’une crainte respectueuse, ils ont célèbre ton amour pour les hommes. Nous nous joignons à eux, nous habitants de la terre : nous glorifions ta descente vers nous et ton départ d’avec nous, et nous t’adressons cette supplication : « O toi qui, au moment de ton Ascension, as rempli d’une allégresse infinie le cœur de tes disciples et celui de ta mère qui a enfanté un Dieu, daigne, par leurs prières et par ta grande miséricorde, nous donner part à la joie de tes élus. »
   A sinu paterno non separatus, dulcissime Jesu, et cum iis qui sunt in terra sicut homo conversatus, hodie a monte Olivarum assumptus es in gloria, et lapsam naturam nostram pro misericordia elevans, cum Patre sedere fecisti. Unde cœlestia incorporeorum agmina, prodigium stupentia, admiratione stabant attonita ; et tremore comprehensa tuum erga homines amorem magnificabant. Cum quibus et nos in terra existentes, tuam ad nos descensionem et a nobis Assumptionem glorificantes, rogamus dicentes : Qui discipulos et genitricem tuam Deiparam infinito gaudio in tua Assumptione replevisti, nos quoque electorum tuorum laetitia dignare, precibus eorum, propter magnam misericordiam tuam.
   Enfin nous recueillerons, pour terminer cette glorieuse Octave, la huitième de ces belles prières que le Bréviaire mozarabe nous a fournies pour chaque jour.
ORATIO.
   Christe Jesu, terribilis Deus noster, et rex noster, cujus in nativitate cum pastoribus Angeli gloriam detulerunt ; cui, devicto mortis auctore, omnes gentes manibus cordibusque plauserunt ; quem tropaea victricia reportantem ad aethera, Apostolorum est fides prosecuta : fac nos redemptionis nostrae, et Ascensionis tum mysteria fidei jubilatione cantare ; et cum principibus populi, Deo Abraham fideli famulatu placere. Amen
   O Christ, ô Jésus, notre Dieu terrible et notre roi, vous qui à votre naissance reçûtes les hommages des Anges et des bergers ; vous qui, après avoir vaincu l’auteur de la mort, avez vu toutes les nations applaudir de la main et du cœur ; vous qui, emportant au ciel les trophées de votre victoire, y avez été suivi par la foi de vos Apôtres : accordez-nous de célébrer les mystères de notre rédemption et de votre Ascension dans les transports d’une foi semblable, et d’offrir au Dieu d’Abraham nos hommages fidèles dans la compagnie de ceux qui ont été établis les Princes de votre peuple. Amen.
LE VENDREDI APRÈS L’OCTAVE DE L’ASCENSION.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
L’Octave est achevée ; le mystère de la glorieuse Ascension est accompli ; c’en est fait, Jésus ne se montrera plus à nos regards, jusqu’à ce qu’il vienne juger les vivants et les morts. La foi seule nous le révèle désormais, et nous ne pouvons plus le saisir que par l’amour : telle est la condition de notre épreuve, jusqu’à ce que, pour récompense de cette foi et de cet amour, nous soyons admis à l’intérieur du voile.
Ne murmurons pas cependant Espérons plutôt de cette espérance qui ne trompe pas, comme dit l’Apôtre [Rom. V, 5.]. Et comment ne serions-nous pas tout entiers à cette espérance fortunée, lorsque nous nous souvenons que Jésus nous a promis d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles [MATTH. XXVIII, 20.] ? Il ne se rendra pas visible, mais il sera là toujours. Pourrait-il abandonner l’Église son épouse ? et ne sommes-nous pas les membres de cette épouse bien-aimée ?
Mais Jésus a fait plus encore pour nous. S’il se retire, c’est en nous disant avec une tendresse infinie : « Je ne vous laisserai pas orphelins [Johan. XIV, 18.]. » Quand il nous disait : « Il vous est avantageux « que je m’en aille, » il ajoutait : « Si je ne m’en allais pas, le Consolateur ne viendrait pas vers vous [Ibid. XVI, 7.]. » Ce consolateur ineffable est l’Esprit-Saint, l’Esprit du Père et du Fils qui va descendre incessamment sur nous, et qui doit demeurer avec nous, visible dans ses œuvres, jusqu’à ce que Jésus reparaisse pour enlever ses élus d’un monde qui aura mérité d’être abandonné aux flammes. Mais l’Esprit ne doit pas descendre qu’il ne soit envoyé, et, comme nous l’apprend l’Évangéliste, « il ne doit pas être envoyé que Jésus n’ait été glorifié [Ibid. VII, 39.]. » Il vient continuer l’œuvre ; mais cette œuvre devait d’abord être conduite par le Fils de Dieu jusqu’au terme assigné dans les décrets éternels.
Après ses labeurs, Jésus est entré dans son repos, emportant avec lui notre humanité élevée en lui aux honneurs divins. L’Esprit-Saint ne revêtira pas cette nature ; mais il vient nous consoler de l’absence de Jésus, il vient opérer ce qui reste à accomplir dans l’œuvre de notre sanctification ; et c’est lui déjà que nous avons vu à l’œuvre dans les deux jours précédents, lorsque nous avons contemplé les prodiges de la foi et de l’amour, depuis le départ de celui qui est l’objet de l’une et de l’autre. C’est l’Esprit-Saint qui produit la foi dans les âmes, de même que c’est lui « qui répand la charité dans les cœurs [Rom. V, 5.]. »
Nous voici donc au moment de voir s’ouvrir une nouvelle série des merveilles de l’amour de Dieu envers sa créature. Encore quelques heures, et le règne de l’Esprit-Saint aura commencé ; mais en ce jour, le dernier qui nous reste, puisque dès demain, à l’heure du soir, s’ouvrira déjà la solennité de la Pentecôte, laissons-nous aller au légitime besoin de vénérer encore les traces augustes de notre divin Rédempteur sur cette terre. La sainte Liturgie nous l’avait rendu présent jour par jour, depuis ces touchantes semaines de l’Avent où nous entourions la divine Mère, attendant avec respect l’heureux moment où elle nous donnerait son fruit à jamais béni ; et maintenant, pour le retrouver, il nous faut lever les regards vers le ciel, sortir de ce monde où il ne se laisse plus voir. Heureux souvenirs de l’intime commerce que nous eûmes si longtemps avec l’Emmanuel, alors qu’il nous admettait à le suivre dans toutes ses voies, nous ne pouvons vous mettre en oubli. Bien plus, nous comptons sur l’Esprit divin pour vous graver plus profondément encore dans nos âmes. Jésus n’a-t-il pas annoncé que cet ineffable Consolateur étant venu en nous, il nous ferait ressouvenir de tout ce que nous avons entendu, goûté et expérimenté dans la société de celui qui, étant Dieu, a daigné vivre avec nous de notre vie, pour nous préparer à vivre nous-mêmes éternellement de la sienne [Johan. XIV, 26.] ?
Au reste, s’il nous est cher de suivre ainsi les vestiges de notre Sauveur sur la terre, il nous est bien permis de nous rappeler aussi qu’il ne l’a pas voulu quitter sans y laisser une marque sensible de son amour pour cet humble séjour où il fut conçu au sein de la Vierge, où il naquit, où il daigna passer par toutes les phases de la vie de l’homme, où il mourut sur la croix, où il ressuscita glorieux, et d’où il s’élança enfin pour monter à la droite de son Père. N’a-t-il pas laissé sur la roche du mont des Oliviers le double vestige de ses derniers pas ? tant il se détachait avec peine de cette humble demeure où son amour pour nous l’avait retenu durant trente-trois années ! Ce fait est fondé sur le témoignage de saint Augustin, de saint Paulin, de saint Optât, de Sulpice Sévère, qui nous attestent le prodige que les siècles suivants ont constaté après eux.
En vain, comme le remarquent ces anciens, l’armée de Titus vint s’établir en ce lieu, d’où elle dominait la ville déicide sur laquelle elle allait fondre ; ni les pas du soldat romain, ni les roues des chariots de guerre, ni les pieds des chevaux, ne purent altérer ces traces du dernier adieu que Jésus laissa à sa sainte Mère, à ses disciples, à nous tous, du lieu même où il doit reparaître au dernier jour. C’était donc sur ce même sol que, quarante ans après, les enseignes romaines apparaissaient tout d’abord, à cette heure si terrible pour l’ingrate Jérusalem Rappelons-nous ici les deux Anges qui vinrent annoncer le dernier avènement du Fils de Dieu, au moment même où la nuée le dérobait à tous les regards terrestres, et le rapprochement que le Seigneur avait fait lui-même de la ruine de Jérusalem et de la dernière catastrophe du monde. Ces derniers vestiges des pas de Jésus sont donc à la fois un adieu plein de tendresse et la menace d’un retour plein d’effroi. Au bas de la montagne s’étend la Vallée de Josaphat, la Vallée du Jugement ; et ce n’est pas en vain que le Prophète a dit : « Ses pieds poseront en ce jour sur la montagne des Oliviers qui est en face de Jérusalem, à l’Orient [Zach XIV, 4.]. »
Acceptons humblement cette impression de crainte, par laquelle le Seigneur visite notre âme en ce moment, afin de l’établir plus solidement dans l’amour, et baisons avec émotion ces derniers vestiges des pieds sacrés de notre Emmanuel. La pieuse impératrice sainte Hélène, dont la noble mission ici-bas fut de rechercher et d’honorer les traces du passage du Fils de Dieu sur la terre, n’eut garde d’oublier celles que gardait encore le mont des Oliviers. Par ses ordres un somptueux édifice, construit en rotonde, s’éleva pour couvrir ce lieu auguste ; mais lorsque les ouvriers voulurent revêtir le sol de marbres précieux, et qu’ils arrivèrent à l’endroit où étaient imprimes les pas du Christ, une force invincible les arrêta. La pierre éclatait et jaillissait à leur visage, en sorte qu’ils durent laisser apparentes les traces surnaturellement empreintes sur la roche.
Tels sont les faits merveilleux constatés par une longue série d’auteurs pieux et graves qui remonte jusqu’au siècle même où ils s’opérèrent ; mais le Sauveur ne voulut pas se borner à maintenir accessibles aux regards des hommes ces derniers vestiges qui semblent nous dire qu’il n’est pas parti depuis longtemps et qu’il ne doit pas tarder à revenir ; il daigna confirmer l’espérance que nous avons de le suivre un jour, en opérant un nouveau prodige. Quand il fallut fermer la voûte de l’élégant sanctuaire qui devait abriter le monument suprême du passage du Fils de Dieu sur la terre, un nouvel obstacle se déclara. Les pierres ne pouvaient tenir et tombaient à mesure qu’on les plaçait. On dut renoncer à terminer l’édifice dans sa partie supérieure, qui resta ouverte, comme pour apprendre aux hommes que la voie inaugurée par l’Emmanuel sur le sommet du mont des Oliviers leur est toujours accessible, et qu’ils doivent sans cesse aspirer à rejoindre leur divin chef qui les attend dans les cieux.
Saint Bernardin de Sienne rapporte, dans son premier Sermon pour la fête de l’Ascension, une émouvante histoire qui nous servira d’utile entretien dans cette journée où nous faisons nos derniers adieux à la présence visible de notre Rédempteur. Il raconte qu’un pieux chevalier entreprit le voyage d’outre-mer, désirant visiter les lieux témoins des mystères du salut. Dans son dévot pèlerinage, il voulut débuter par Nazareth, et sur le lieu même où le Verbe se fit chair, il rendit ses hommages à l’amour infini qui l’avait attiré du ciel en terre, afin de nous retirer de la perdition. Bethléhem vit ensuite notre pèlerin arriver dans ses murs, cherchant le lieu de la bienheureuse naissance qui nous donna un Sauveur. Ses larmes coulèrent abondantes à l’endroit où Marie avait adoré son nouveau-né, et comme parle saint François de Sales qui a voulu aussi raconter cette délicieuse histoire, « il lécha la poussière sur laquelle la première enfance du divin poupon avait été reçue [Traité de l’Amour de Dieu, Livre VII, chap. XII.]. »
De Bethléhem, le noble voyageur, qui ne craignait pas de parcourir en tous sens la Palestine, se rendit sur les bords du Jourdain, et s’arrêta à Bethabara, au lieu appelé Béthanie, où le Précurseur avait baptisé le Rédempteur. Afin d’honorer plus complètement le mystère, il voulut à son tour entrer dans le lit du fleuve, et se plongea avec délices dans ces eaux qui lui rappelaient celles que Jésus avait daigné sanctifier par le contact de ses membres sacrés. De là, suivant toujours la trace du Fils de Dieu, il s’enfonça dans le désert, voulant avoir sous les yeux le théâtre de la pénitence, des combats et de la victoire de notre Maître. Sa marche se dirigea ensuite vers le Thabor, sur les sommets duquel il honora le mystère de la Transfiguration de Jésus, lorsqu’il laissa briller aux regards de trois de ses disciples quelques rayons de sa gloire.
Enfin notre pieux chevalier entra dans Jérusalem. Le saint Cénacle le vit recueillant avec le plus tendre amour, dans un si auguste asile, les souvenirs du lavement des pieds aux disciples, et de l’institution du grand et sublime mystère de l’Eucharistie. Soutenu par le désir de ne pas laisser une station sans y avoir versé ses larmes avec ses prières, il passa le torrent de Cédron, et se rendit au jardin de Gethsémani, où la pensée de ; son Sauveur couvert d’une sueur de sang fondit son cœur dans une ineffable sympathie pour la victime de nos péchés. Bientôt il se représenta ce même Sauveur chargé de chaînes et entraîné dans Jérusalem. « Il s’achemine alors, nous dit le saint évêque de Genève, à qui il convient de rendre la parole sur un tel sujet ; il s’achemine, suivant partout les traces de son bien-aimé, et le voit en imagination traîné çà et là chez Anne, chez Caïphe, chez Pilate, chez Hérode, fouetté, bafoué, craché, couronné d’épines, présenté au peuple, condamné à mort, chargé de sa croix, laquelle il porte, et la portant fait la pitoyable rencontre de sa mère toute détrempée de douleur, et des dames de Hiérusalem pleurantes sur lui.
« Si monte enfin ce dévost pèlerin sur le mont Calvaire, où il voit en esprit la croix estendue sur la terre, et Notre Seigneur que l’on renverse et que l’on cloue pieds et mains sur icelle cruellement. Il contemple de suite comme on lève la croix et le crucifié en l’air, et le sang qui ruisselle de tous les endroits de son divin corps. Il regarde la pauvre sacrée Vierge toute trans – percée du glaive de douleur ; puis il tourne les yeux sur le Sauveur crucifié, duquel il escoute les sept paroles avec un amour non pareil ; et enfin le voit mourant, puis mort, puis recevant le coup de lance, et monstrant par l’ouverture de la playe son Cœur divin ; puis osté de la croix et porté au sépulcre où il va le suivant, a jettant une mer de larmes sur les lieux détrempez du sang de son Rédempteur ; si qu’il entre dans le sépulcre, et ensevelit son cœur auprès du corps de son Maistre.
« Puis, ressuscitant avec luy, il va en Emmaüs, et voit tout ce qui se passe entre le Seigneur et les deux disciples ; et enfin revenant sur le mont Olivet où se fit le mystère de l’Ascension, et là voyant les dernières marques et vestiges des pieds du divin Sauveur, prosterné sur icelles, et les baisant mille et mille fois avec des soupirs d’un amour infiny, il commença à retirera a soy toutes les forces de ses affections, comme un archer retire la corde de son arc quand il veut descocher sa flèche ; puis se relevant, les yeux et les mains tendus au ciel : O Jésus, dit-il, mon doux Jésus, je ne sçay plus où vous chercher et suivre en terre. Hé ! Jésus, Jésus mon amour, accordez donc à ce cœur qu’il vous suive et s’en aille après vous là-haut ; et avec ces ardentes paroles il lança quant et quant son âme au ciel, comme une sacrée sagette, que comme divin archer il tira au blanc de son très heureux object [Traité de l’Amour de Dieu, Livre VII, chap. XII.]. »
Saint Bernardin de Sienne raconte que les compagnons et les serviteurs du pieux chevalier, le voyant ainsi succomber sous l’effort de son amour, coururent chercher un médecin, dans la pensée qu’il serait possible encore de le rappeler à la vie. Mais cette bienheureuse âme s’était envolée à la suite du Rédempteur, nous laissant un monument immortel de l’amour qu’a pu faire naître au cœur d’un homme la seule contemplation des divins mystères que nous avons suivis à loisir, sous la conduite de l’Église, dans la succession des scènes de la sainte Liturgie. Puissions-nous posséder maintenant en nous le Christ que nous avons été si à même de connaître ! et daigne l’Esprit-Saint, dans sa visite si prochaine, conserver dans nos âmes les traits de ce divin chef, avec lequel il vient nous relier plus étroitement encore !
Afin de célébrer plus dignement le grand mystère qui s’est clos hier et celui non moins sublime qui s’ouvre demain, nous placerons aux confins des deux l’un des plus magnifiques cantiques de l’ancienne Alliance, celui où David a prophétisé à la fois de l’Ascension et de la Pentecôte. Interprété par saint Paul, le Psaume LXVII, destiné à accompagner l’entrée de l’Arche d’alliance dans Sion, annonce en même temps le triomphe du Christ remontant dans les cieux. La victoire qu’il a remportée auparavant sur ses ennemis dans sa résurrection est d’abord célébrée avec magnificence ; les merveilles qu’il a opérées en faveur de ses fidèles ont ensuite leur tour ; l’Église qu’il a fondée apparaît enfin tout entourée de combats et de triomphes ; en un mot, nous avons ici l’œuvre commune de l’Emmanuel qui a commencé et de l’Esprit divin qui a consommé. Afin de rendre plus accessible au commun des lecteurs ce chant si mystérieux, nous en donnons plutôt une glose qu’une traduction, en nous aidant des interprétations de l’antiquité chrétienne.
PSAUME LXVII.
   Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus : * et fugiant, qui oderunt eum, a facie ejus.
   Terra mota est ; etenim cœli distillaverunt a facie Dei Sinai : * a facie Dei Israel.
   Sicut deficit fumus, deficiant : * sicut fluit cera a facie ignis, sic pereant peccatores a facie Dei.
   
   Et justi epulentur, et exsultent in conspectu Dei : * et delectentur in laetitia.
   
   Cantate Deo, psalmum dicite Nomini ejus : * iter facite ci qui ascendit super occasum : Dominus nomen illi.
   
   Exsultate in conspectu ejus : * turbabuntur a facie ejus, patris orphanorum et judicis viduarum.
   
   Deus in loco sancto suo : * Deus qui inhabitare facit unius moris in domo.
   
   Qui educit vinctos in fortitudine : * similiter eos, qui exasperant, qui habitant in sepulcris.
   
   Deus, quum egredereris in conspectu populi tui : * quum pertransires in deserto
   
   Pluviam voluntariam segregabis, Deus, haereditati tuae :* et infirmata est, tu vero perfecisti eam.
   Rex virtutum dilecti dilecti : * et speciei domus dividere spolia.
   Animalia tua habitabunt in ea : * parasti in dulcedine tua pauperi, Deus.
   
   Dominus dabit verbum evangelizantibus : * virtute multa.
   
   Si dormiatis inter medios cleros, pennae columbae de argentatae : * et posteriora dorsi ejus in pallore auri.
   In ecclesiis benedicite Deo Domino : * de fontibus Israel.
   Dum discernit cœlestis reges super eam, nive dealbabuntur in Selmon :* mons Dei, mons pinguis.
   
   Mons coagulatus, mons pinguis : * ut quid suspicamini montes coagulatos ?
   
   Mons, in quo beneplacitum est Deo habitare in en :* etenim Dominus habitabit in finem.
   
   Currus Dei decem millibus multiplex, millia laetantium :* Dominus in eis in Sina in Sancto.
   
   Ascendisti in altum, cepisti captivitatem : * accepisti dona in hominibus.
   
   Etenim non credentes : * inhabitare Dominum Deum.
   
   Benedictus Dominus die quotidie : * prosperum iter faciet nobis Deus salutarium nostrorum.
   
   Deus noster, Deus salvos faciendi :*et Domini Domini exitus mortis.
   
   Verumtamen Deus confringet capita inimicorum suorum : * verticem capilli perambulantium in delictis suis.
   
   Dixit Dominus : Ex Basan convertam : * convertam in profundum mans.
   
   Ut intingatur pes tuus in sanguine : * lingua Canum tuorum ex inimicis, ab ipso.
   
   Viderunt ingressus Dei mei : Regis mei qui est in Sancto.
   
   Praevenerunt principes conjuncti psallentibus :* in medio juvencularum tympanistriarum.
   
   Ibi Benjamin adolescentulus : * in mentis cessu.
   Principes Juda, duces eorum : * principes Zabulon, principes Nephtali.
   Manda Deus virtuti tuae : * confirma hoc Deus, quod operatus es in nobis.
   Que Dieu se lève, le Dieu, Homme ! que ses ennemis soient dispersés ! que ceux qui le haïssent fuient devant sa face !
   A templo tuo in Jerusalem : tibi offerent reges munera.
   Comme la fumée s’évanouit, qu’ils se dissipent de même ; comme se fond la cire en présence du feu, ainsi périssent les impies devant la face de Dieu.
   Increpa feras arundinis, congregatio taurorum in vaccis populorum :* ut excludant eos, qui probati sunt argento.
   Quant aux justes, qu’ils fassent des festins, qu’ils tressaillent d’allégresse, qu’ils se laissent aller aux transports de la joie en présence de Dieu.
   Dissipa gentes, quae bella volunt ; venient legati ex Aegypto :* Aethiopia praeveniet manus ejus Deo.
   O hommes, ô rachetés, chantez à Dieu, faites retentir vos cantiques à la gloire de son Nom ; ouvrez le chemin à celui qui est monté sur l’Occident, comme sur un trône. Il est fils de l’homme, mais néanmoins son nom est Jéhovah ;
   Regna terrae cantate Deo : * psallite Domino. Psallite Deo qui ascendit super cœlum cœli : * ad Orientem.
   Livrez-vous à l’enthousiasme en sa présence. À son aspect, ses ennemis infernaux se sont troublés ; car il est venu pour être le père de l’orphelin, le défenseur de la veuve, le rédempteur du genre humain que le péché avait livré à Satan.
   Ecce dabit voci suae vocem virtutis ; date gloriam Deo super Israel * magnificentia ejus, et virtus ejus in nubibus.
   Dans les profondeurs de son sanctuaire, il est Dieu même, et il veut faire habiter dans sa propre maison ceux qui auront vécu dans l’unité d’une même foi et d’une même charité.
   Mirabilis Deus in sanctis suis ; Deus Israel ipse dabit virtutem et fortitudinem plebi suae * benedictus Deus.
   Ceux qui étaient captifs, il les délivre par la puissance de son bras ; quant à ceux qui l’irritent par leur résistance, il les précipite dans l’abîme.
O Dieu ! ô Christ ! quand vous apparûtes sur la terre. marchant à la tête de votre peuple que vous aviez rallié de toutes parts, quand vous traversâtes le désert de ce monde aride et désolé.
La terre s’émut, les cieux envoyèrent leur rosée fécondante, de la part du Dieu du Sinaï, du Dieu d’Israël qui vous avait envoyé.
Vous aviez réservé pour votre héritage, pour votre Église, une pluie de bienfaits. Votre héritage avait dépéri, la race humaine était défaillante lors de votre venue ; mais vous l’avez raffermie.
C’est en elle qu’habite désormais le troupeau dont vous êtes le Pasteur ; et vous avez, ô Dieu, préparé dans votre douceur un aliment destiné à soutenir sa faiblesse.
Pour convier ses élus à tant de faveurs, l’Esprit-Saint, qui est aussi le Seigneur, va donner une langue, une voix à ceux qui auront à évangéliser la terre, et ils parleront avec une force irrésistible.
Les rois des armées tomberont sous celui qui est chéri et le bien-aimé du Père ; et celle qui est la beauté de la maison partagera leurs dépouilles.
Durant la lutte, ô enfants de l’Église, vous dormirez en sûreté dans l’enceinte qui vous protège, semblables à la colombe au plumage d’argent, dont le dos a des reflets d’or.
Lorsque celui dont le trône est aux cieux exercera son jugement sur ces rois, ses protégés seront égaux en blancheur à la neige qui couvre les sommets de Selmon.
Il est une montagne, la montagne de Dieu, montagne fertile, grasse et féconde : c’est son Église. Où cherchez-vous ailleurs des montagnes qui lui seraient comparables en fertilité ?
C’est elle qui est cette montagne où il a plu à Dieu d’habiter, et le Seigneur l’habitera jusqu’à la fin.
Le char du Fils de Dieu remontant au ciel est plus que dix mille chariots de guerre ; des milliers d’Anges l’entourent dans l’allégresse. Le Seigneur est au milieu d’eux ; il s’est arrêté dans son sanctuaire, comme autrefois sur le Sina.
O Christ, vous êtes monté dans les hauteurs ; vous avez emmené avec vous ceux qui étaient captifs ; vous avez reçu dans votre humanité des dons ineffables, et vous les répandez sur les hommes.
Et ceux mêmes qui jusque-là ne croyaient pas, reconnaissent aujourd’hui que Dieu habite parmi nous.
Béni soit le Seigneur dans toute la suite des jours ! Le Dieu auteur de notre salut rendra notre voie heureuse.
Oui, notre Dieu est un Dieu de salut ; au Seigneur, au Seigneur appartient de nous délivrer de la mort.
Mais ce Dieu brisera les têtes de ses ennemis, les têtes altières de ceux qui marchent avec complaisance dans la voie de leurs crimes.
Le Seigneur a dit : « Je les arracherai de Basan, je les précipiterai dans les profondeurs de la mer ;
« Et tu rougiras ton pied dans leur sang, ô mon peuple choisi ! et la langue de tes chiens en sera teinte. »
O Dieu, on vit votre entrée dans les cieux, votre entrée triomphante, à vous qui êtes mon roi établi pour jamais dans son sanctuaire.
Les princes de la milice des Anges étaient venus au-devant, et avec eux ceux qui exécutaient des cantiques, entourés du chœur des jeunes filles battant du tympanon ; car tel est le cortège du Christ : la force, la mélodie et la pureté.
Sur la terre, bénissez donc le Seigneur dans vos assemblées, vous qui êtes de la source du véritable Israël, vous qui êtes membres de l’Église.
Que l’on voie réunis dans un même concert l’adolescent Benjamin, saisi d’enthousiasme.
Les princes de Juda avec leurs chefs, les princes de Zabulon, les princes de Nephtali.
Commandez, ô Dieu, ô Christ. dans votre puissance ; envoyez l’Esprit de force ; affermissez, confirmez par lui ce que vous avez opéré en nous.
De votre temple saint qui est en Jérusalem, figure de votre Église, les rois domptés vous offriront leurs dons.
Daignez réprimer les bel es sauvages qui se cachent dans les roseaux, les taureaux qui fondent sur les génisses, les hérésies qui troublent la paix de votre peuple. Ils ont conspiré de chasser de votre héritage ceux dont la foi a été éprouvée comme l’argent.
Dispersez ces nations qui ne veulent que la guerre. Voici que l’Égypte enverra ses ambassadeurs pour obtenir d’être initiée à la connaissance du vrai Dieu ; l’Éthiopie elle-même tendra les mains vers lui, et préviendra d’autres peuples.
Royaumes de la terre, chantez à Dieu ; célébrez le Seigneur dans vos cantiques.
Chantez à Dieu qui est monté au delà des cieux, partant de l’Orient, du mont des Oliviers.
Voici le moment où il va donner à sa voix une nouvelle force par l’organe de ses Apôtres. Rendez gloire à Dieu de tout ce qu’il fait en faveur du nouvel Israël ; sa magnificence et sa force resplendissent en ses envoyés qui volent comme les nuées du ciel.
Admirable est Dieu dans les profondeurs de son sanctuaire : c’est lui, le Dieu d’Israël, qui donnera à son nouveau peuple l’énergie et la force pour durer jusqu’à la fin des siècles. Béni soit Dieu !
LE SAMEDI VEILLE DE LA PENTECÔTE.
   O Rex gloriae Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleluia.
   O Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd’hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l’Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
La lumière éblouissante de la solennité de demain illumine déjà cette journée qui en est la veille. Les fidèles se disposent par le jeûne à célébrer dignement le mystère ; mais, comme à la Vigile de Pâques, la messe des néophytes, qui autrefois avait lieu dans la nuit, est maintenant anticipée, et dès avant le milieu du jour la louange de l’Esprit-Saint, dont l’effusion est si proche, a retenti avec éclat dans toute église pourvue d’une fontaine baptismale. Sur le soir, l’Office des premières Vêpres ouvre à son heure l’auguste solennité. Le règne du divin Esprit est donc proclamé dès aujourd’hui par la sainte Liturgie. Unissons-nous aux pensées et aux sentiments des habitants du Cénacle, dont l’attente est au moment d’être remplie.
Dans toute la série des mystères que nous avons vus se dérouler jusqu’ici durant le cours de l’Année liturgique, nous avons souvent pressenti l’’action de la troisième personne de l’auguste Trinité. Les lectures des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, ont éveillé plus d’une fois notre attention respectueuse sur ce divin Esprit qui semblait s’environner de mystère, comme si le temps de sa manifestation n’était pas venu encore. Les opérations de Dieu dans les créatures sont successives ; mais elles arrivent infailliblement en leur temps. L’historien sacré nous raconte comment le Père céleste, agissant par son Verbe, disposa en six journées ce monde qu’il avait créé ; mais il nous montre en même temps, dans un lointain mystérieux, l’Esprit-Saint planant sur les eaux et les fécondant silencieusement, en attendant que le Fils de Dieu les séparât de la terre qu’elles inondaient
Si donc le règne patent du Saint-Esprit sur le monde a été différé jusqu’à l’établissement de l’Homme-Dieu sur son trône éternel, n’allons pas croire que ce divin Esprit soit demeuré jusqu’alors inactif. Toutes ces Écritures sacrées dont nous avons rencontré tant de sublimes fragments dans la sainte Liturgie, que sont-elles sinon l’œuvre cachée de celui qui, comme nous dit l’antique Symbole, « a parlé par les Prophètes [Qui locutus est per Prophetas. Symbole de Nicée et de Constantinople.] » ? C’est lui qui nous donnait le Verbe, Sagesse de Dieu, au moyen de l’Écriture, comme il devait nous le donner plus tard dans la chair de l’humanité. Il n’a pas été oisif un moment dans la durée des siècles. Il préparait le monde au règne du Verbe incarné, rapprochant et mêlant les races, produisant cette attente universelle qui s’étendit des peuples les plus barbares aux nations les plus avancées dans la civilisation. Il ne s’était pas encore nommé à la terre ; mais il planait sur l’humanité avec amour, comme il avait plané avec mystère, au commencement, sur les eaux muettes et insensibles.
En attendant sa venue, les prophètes l’annonçaient dans les mêmes oracles où ils prédisaient l’arrivée du Fils de Dieu. Le Seigneur disait par la bouche de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair [Joël, II, 39.]. » Ailleurs il s’énonçait ainsi par l’organe d’Ézéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je placerai au milieu de vous un esprit nouveau ; et j’enlèverai le cœur de pierre qui est dans votre chair, et je vous donnerai un cœur de chair, et je placerai au milieu de vous l’Esprit qui est le mien [Ezech. XXXVI, 25-27.]. »
Mais avant sa propre manifestation, l’Esprit-Saint avait à opérer directement pour celle du Verbe divin. Lorsque la puissance créatrice fît sortir du néant le corps et l’âme de la future mère d’un Dieu, ce fut lui qui prépara l’habitation de la souveraine Majesté, en sanctifiant Marie dès le premier instant de sa conception, prenant possession d’elle comme du temple divin où le Fils de Dieu s’apprêtait à descendre. Au moment fortuné de l’Annonciation, l’Archange déclare à la Vierge que l’Esprit-Saint va survenir en elle et que la Vertu du Très-Haut va la couvrir de son ombre. A peine la Vierge a-t-elle prononcé son acquiescement au décret éternel, que soudain l’opération du divin Esprit a produit en elle le plus ineffable des mystères : « le Verbe est fait chair, et il habite parmi nous. »
Sur cette fleur sortie de la branche émanée du tronc de Jessé, sur cette humanité produite divinement en Marie, l’Esprit du Père et du Fils se repose avec délices ; il la comble de ses dons, il l’adapte à sa fin glorieuse et éternelle [Isai. XI, 1-3.]. Lui qui avait doué la mère de tant de trésors de la grâce. dépasse encore pour le fils d’une manière incommensurable la mesure qui semblait la plus voisine de l’infini. Et toutes ces merveilles, le divin et puissant Esprit les accomplit silencieusement comme toujours ; car l’heure où doit éclater sa venue n’est pas arrivée encore. La terre ne fera que l’entrevoir au jour où sur le lit du Jourdain, dans les eaux duquel Jésus est descendu, il étendra ses ailes et viendra se reposer sur la tête de ce Fils bien-aimé du Père. Jean pénètre le mystère dans son ravissement, comme, avant de naître, il avait senti au sein de Marie le fruit divin qui habitait en elle ; mais les hommes n’ont vu qu’une colombe, et la colombe n’a pas révélé les secrets de l’éternité.
Le règne du Fils de Dieu, de notre Emmanuel, s’assied sur ses fondements prédestinés. Nous avons en lui notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités ; nous avons en lui notre docteur, car il est la Sagesse du Père, et il nous initie par ses leçons à toute vérité ; nous avons en lui notre médecin, car il guérit toutes nos langueurs et toutes nos infirmités ; nous avons en lui notre médiateur, car il ramène en son humanité sainte toute l’œuvre créée à son divin auteur ; nous avons en lui notre réparateur, et dans son sang notre rançon : car le péché de l’homme avait brisé le lien entre Dieu et nous, et il nous fallait un rédempteur divin ; nous avons en lui un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu’ils soient, un roi que nous venons de voir couronner à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite [Psalm. CIX.].
Mais s’il nous gouverne pour toujours, c’est maintenant du haut des cieux, jusqu’au moment où il apparaîtra de nouveau pour briser contre terre la tête des pécheurs, lorsque la voix tonnante de l’Ange criera : « Le temps n’est plus [Apoc. X, 6]. » En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l’empire de l’Esprit divin, « Mais l’Esprit ne pouvait encore être donné, nous dit saint Jean, tant que Jésus a n’avait pas été glorifié [Johan. VII, 39]. » Notre beau mystère de l’Ascension forme donc la limite entre les deux règnes divins ici-bas : le règne visible du Fils de Dieu et le règne visible de l’Esprit-Saint. Afin de les unir et d’en préparer la succession, ce ne sont plus seulement des prophètes mortels qui parlent ; c’est notre Emmanuel lui-même, durant sa vie mortelle, qui se fait le héraut du règne prochain du divin Esprit.
Ne l’avons-nous pas entendu nous dire : « Il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous [Ibid XVI, 7.] ? » Le monde a donc un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu se fait ainsi le précurseur ! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châtiments qu’attireront sur eux ceux qui l’offenseront. « Quiconque, dit-il, aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui aura dit cette parole contre le Saint-Esprit, il n’en obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en l’autre [MATTH. XII. 32.]. » Cependant cet Esprit divin ne prendra pas la nature humaine comme le Fils ; il n’aura point à racheter le monde comme l’a racheté le Fils ; mais il viendra avec une immensité d’amour qui ne saurait être méprisée impunément. C’est à lui que Jésus confiera l’Église son Épouse pendant les longs siècles que doit durer son veuvage, à lui qu’il remettra son œuvre, afin qu’il la maintienne et la dirige en toutes choses.
Nous donc, appelés à recevoir sous peu d’heures l’effusion de cet Esprit d’amour qui vient « renouveler la face de la terre [Psalm. CIII.], » soyons attentifs comme nous le fûmes à Bethléhem, dans les moments qui précédèrent la naissance de notre Emmanuel. Le Verbe et l’Esprit-Saint sont égaux en gloire et en puissance, et leur venue sur la terre procède du même décret éternel et pacifique de la glorieuse Trinité, qui a résolu, par cette double visite, de nous « rendre participants de la nature divine [II Petr. I, 4.] ». Nous les fils du néant, nous sommes appelés à devenir, par l’opération du Verbe et de l’Esprit, les fils du Père céleste. Maintenant, si nous désirons connaître en quelle manière doit être préparée l’âme fidèle à l’arrivée du divin Paraclet, retournons par la pensée au Cénacle où nous avons laissé les disciples rassemblés, persévérant dans la prière, selon l’ordre de leur Maître, et attendant que la Vertu d’en haut descende sur eux et vienne les couvrir comme une armure pour les combats qu’ils auront à livrer.
Dans cet asile sacre du recueillement et de la paix, notre œil respectueux cherche d’abord Marie, mère de Jésus, chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint, Église du Dieu vivant, de laquelle sortira demain, comme du sein d’une mère, par l’action du même Esprit, l’Église militante que cette nouvelle Eve représente et contient encore en elle. Va-t-elle pas droit à tous nos hommages en ce moment, cette créature incomparable que nous avons vue associée à tous les mystères du Fils de Dieu, et qui tout à l’heure va devenir le plus digne objet de la visite de l’Esprit-Saint ? Nous vous saluons, ô Marie pleine de grâce, nous tous qui sommes encore renfermés en vous et goûtons l’allégresse dans votre sein maternel. N’est-ce pas pour nous qu’a parlé l’Église dans la sainte Liturgie, lorsqu’elle commente à votre gloire le divin cantique de votre aïeul David [Sicut laetantium omnium nostram habitatio est in te, sancta Dei Genitrix. (Antienne du 2e nocturne de l’Office de la sainte Vierge, sur le Psaume Fundamenta.)]? En vain votre humilité veut se soustraire aux honneurs qui demain vous attendent. Créature immaculée, temple du Saint-Esprit, il faut que ce divin Esprit vous soit communiqué d’une nouvelle manière ; car une nouvelle œuvre vous attend, et la terre doit vous posséder encore.
Autour de Marie est rassemblé le collège apostolique, contemplant avec ravissement celle dont les traits augustes lui rappellent le Seigneur absent. Dans les jours précédents un grave événement a eu lieu au Cénacle sous les yeux de la Mère de Dieu et des hommes. De même que pour l’établissement du peuple Israélite, Dieu avait fait choix des douze fils de Jacob comme d’autant de fondements de cette race privilégiée, de même Jésus avait choisi douze hommes au sein de ce même peuple pour être les bases de l’édifice de l’Église chrétienne dont il est, et Pierre avec lui et en lui, la pierre angulaire. La chute lamentable de Judas avait réduit à onze ces élus du choix divin ; le nombre sacré n’existait plus, et l’Esprit-Saint était au moment de descendre sur le collège des Apôtres. Avant de monter au ciel, Jésus n’avait pas jugé à propos de faire lui-même le choix du successeur du disciple déchu ; mais il fallait que le nombre sacré fût complété avant l’effusion de la Vertu d’en haut. L’Église ne devait rien avoir à envier à la Synagogue. Qui donc remplirait l’office du Fils de Dieu dans la désignation d’un Apôtre ? Un tel droit ne pouvait appartenir qu’à Pierre, nous dit saint Jean Chrysostome ; mais dans sa modestie, il déclina l’honneur, ne voulant se souvenir que de l’humilité [In Act. Apost. Homilia III.]. Une élection fut la suite du discours de Pierre, et Mathias mêlé aux autres Apôtres compléta le nombre mystérieux, et attendit avec eux la descente promise du Consolateur.
Dans le Cénacle et sous les yeux de Marie, sont réunis aussi les disciples qui, sans avoir eu l’honneur d’être admis dans le duodénaire sacré, n’en ont pas moins été les témoins des œuvres et des mystères de l’Homme-Dieu ; ils sont mis à part, et réservés pour la prédication de la bonne nouvelle. Madeleine enfin et les autres saintes femmes attendent dans le recueillement que leur a prescrit le Maître, cette visite d’en haut dont elles connaîtront bientôt la puissance. Rendons nos hommages à cette assemblée sainte, à ces cent vingt disciples qui nous sont donnés pour modèles dans cette grande circonstance ; car l’Esprit divin doit d’abord venir en eux ; ils sont ses prémices. Plus tard il descendra aussi sur nous, et c’est afin de nous préparer à sa venue que la sainte Église nous impose un jeûne solennel aujourd’hui.
Dans l’antiquité, cette journée ressemblait à celle de la veille de Pâques. Sur le soir les fidèles se rendaient à l’église pour prendre part aux solennités de l’administration du baptême. Dans la nuit qui suivait, le sacrement dé la régénération était conféré aux catéchumènes que l’absence ou quelque maladie avait empêchés de se joindre aux autres dans la nuit de Pâques. Ceux qu’on n’avait pas jugés suffisamment éprouvés encore, ou dont l’instruction n’avait pas semblé assez complète, ayant satisfait aux justes exigences de l’Église, contribuaient aussi à former le groupe des aspirants à la nouvelle naissance qui se puise dans la fontaine sacrée. Au lieu des douze prophéties qui se lisaient dans la nuit de Pâques pendant que les piètres accomplissaient sur les catéchumènes les rites préparatoires au baptême, on n’en lisait ordinairement que six ; ce qui amène à conclure que le nombre des baptisés dans la nuit de la Pentecôte était moins considérable.
Le cierge pascal reparaissait durant cette nuit de grâce, afin d’inculquer à la nouvelle recrue que faisait l’Église, le respect et l’amour envers le Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour être « la lumière du monde [JOHAN VIII. 12.] ». Tous les rites que nous avons détaillés et expliqués au Samedi saint s’accomplissaient dans cette nouvelle occasion où paraissait la fécondité de l’Église, et le divin Sacrifice auquel prenaient part les heureux néophytes commençait dès avant le point du jour.
Dans la suite des temps, la coutume charitable de conférer le baptême aux enfants aussitôt après leur naissance, ayant pris force de loi, la Messe baptismale a été anticipée à la matinée du samedi veille de la Pentecôte, comme il est arrivé pour la veille de Pâques. Avant la célébration du Sacrifice, on lit les six prophéties dont nous avons parlé tout à l’heure ; après quoi a lieu solennellement la bénédiction de l’eau baptismale. Le cierge pascal se retrouve à cette fonction, à laquelle manque trop souvent l’assistance des fidèles.
Dans l’après-midi a lieu la solennité des premières Vêpres. Nous omettons d’insérer ici les Psaumes, les Antiennes et les autres parties de cet Office, parce que la Vigile de la Pentecôte ne peut jamais se rencontrer un Dimanche, tandis qu’il en est autrement pour les fêtes auxquelles nous avons accordé ce développement. Au reste, si l’on excepte quelques détails, les premières et les secondes Vêpres de la Pentecôte sont entièrement semblables.
Nous clorons la journée en insérant ici l’une des plus belles Séquences d’Adam de Saint-Victor sur le mystère de la Pentecôte. Ce prince de la poésie liturgique dans l’Occident s’est surpassé lui-même sur les louanges du divin Esprit ; et plus d’une fois dans le cours de l’Octave, nous aurons recours à son magnifique répertoire. Mais ce n’est pas seulement une œuvre de génie que nous allons reproduire ici ; c’est une prière sublime et ardente adressée au Paraclet que Jésus nous a promis et dont nous attendons la venue. Efforçons-nous de faire passer dans nos âmes les sentiments du pieux docteur du XII° siècle, et aspirons comme lui à la descente du Consolateur qui vient renouveler la face de la terre et habiter en nous.
SÉQUENCE.
   Qui procedis ab utroque, Genitore Genitoque Pariter, Paraclite, Redde linguas eloquentes, Fac ferventes in te mentes Flamma tua divite.
   Lumen carum, lumen clarum, Internarum tenebrarum Effugas caliginem ; Per te mundi sunt mundati ; Tu peccatum, tu peccati Destruis rubiginem.
   Amor Patris Filiique, Par amborum, et utrique Compar et consimilis, Cuncta reples, cuncta foves, Astra regis, cœlum moves, Permanens immobilis.
   Veritatem notam facis, Et ostendis viam pacis Et iter iustitiae. Perversorum corda vitas, Et bonorum corda ditas Munere scientiae.
   Te docente nil obscurum, Te praesente nil impurum ; Sub tua praesentia Gloriatur mens jocunda ; Per te laeta, per te munda Gaudet conscientia.
   Tu commutas elementa, Per te suam sacramenta Habent efficaciam Tu nocivam vim repellis, Tu confutas et refellis Hostium nequitiam.
   Quando venis, Corda lenis ; Quando subis, Atrae nubis Effugit obscuritas ; Sacer ignis, Pectus uris ; Non comburis, Sed a curis Purgas, quando visitas.
   Consolator et fundator, Habitator et amator Cordium humilium, Pelle mala, terge sordes, Et discordes fac concordes, Et affer praesidium.
   Mentes prius imperitas, Et sopitas et oblitas Erudis et excitas. Foves linguas, formas sonum. Cor ad bonum facit pronum A te data charitas.
   
   0 juvamen oppressorum, 0 solamen miserorum, Pauperum refugium, Da contemptum terrenorum Ad amorem supernorum Trahe desiderium.
   
   Tu qui quondam visitasti, Docuisti, confortasti Timentes discipulos, Visitare nos digneris ; Nos, Si placet, consoleris Et credentes populos.
   Par majestas personarum, Par potestas est earum, Et communis deitas : Tu procedens a duobus Coaequalis es ambobus In nullo disparitas.
   Quia tantus es et talis, Quantus Pater est et qualis ; Servorum humilitas Deo Patri, Filioque Redemptori, tibi quoque Laudes reddat debitas. Amen.
   O toi qui procèdes du Père et du Fils, divin Paraclet, par ta flamme féconde, viens rendre éloquent notre organe, et embraser nos cœurs de tes feux.
Amour du Père et du Fils, l’égal des deux et leur semblable en essence, tu remplis tout, tu donnes la vie à tout ; dans ton repos, tu conduis les astres, tu règles le mouvement des cieux.
Lumière éblouissante et chérie, tu dissipes nos ténèbres intérieures ; ceux qui sont purs, tu les rends plus purs encore ; c’est toi qui tais disparaître le péché et la rouille qu’il apporte avec lui
Tu manifestes la vérité, tu montres la voie de la paix et celle de la justice ; tu fuis les cœurs pervers, et tu combles des trésors de ta science ceux qui sont droits.
Si tu enseignes, rien ne demeure obscur ; si tu es présent à l’âme, rien ne reste impur en elle ; tu lui apportes la joie et l’allégresse, et la conscience que tu as purifiée goûte enfin le bonheur.
Ton pouvoir transforme les éléments ; par toi les sacrements obtiennent leur efficacité ; tu fais obstacle à la puissance mauvaise, tu repousses les embûches de nos ennemis.
A ta venue, nos cœurs sont dans le calme ; à ton entrée, le sombre nuage se dissipe ; feu sacré, tu embrases le cœur sans le consumer, et ta visite l’affranchit de ses angoisses.
Des âmes jusqu’alors ignorantes, engourdies et insensibles, tu les instruis et les ranimes. Inspirée par toi, la langue fait entendre des accents que tu lui donnes ; la charité que tu apportes avec toi dispose le cœur à tout bien.
Secours des opprimés, consolation des malheureux, refuge des pauvres, donne-nous de mépriser les objets terrestres ; entraîne notre désir à l’amour des choses célestes.
Tu consoles et tu affermis les cœurs humbles ; tu les habites et tu les aimes ; expulse tout mal, efface toute souillure, rétablis la concorde entre ceux qui sont divisés et apporte-nous ton secours.
Tu visitas un jour les disciples timides : par toi ils furent instruits et fortifiés ; daigne nous visiter aussi et répandre ta consolation sur nous et sur le peuple fidèle.
Égale est la majesté des divines personnes, égale leur puissance ; commune aux trois est la divinité ; tu procèdes des deux premières, semblable à l’une et à l’autre, et rien d’inférieur n’est en toi.
Aussi grand que l’est le Père lui-même, souffre que tes humbles serviteurs rendent à ce Dieu-Père, au Fils rédempteur et à toi-même la louange qui vous est due.
   Amen.
   
LE SAINT JOUR DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
La grande journée qui consomme l’œuvre divine sur la race humaine a lui enfin sur le monde. « Les jours de la Pentecôte, comme parle saint Luc, sont accomplis [Act II, 1.]. » Depuis la Pâque, nous avons vu se dérouler sept semaines ; voici le jour qui fait suite et amène le nombre mystérieux de cinquante. Ce jour est le Dimanche, consacré par les augustes souvenirs de la création de la lumière et de la résurrection du Christ ; son dernier caractère lui va être impose, et par lui nous allons recevoir « la plénitude de Dieu [Voir la Mystique du Temps Pascal, tome 1, pages 9-11.] ».
Sous le règne des figures, le Seigneur marqua déjà la gloire future du cinquantième jour. Israël avait opéré, sous les auspices de l’agneau de la Pâque, son passage à travers les eaux de la mer Rouge. Sept semaines s’écoulèrent dans ce désert qui devait conduire à la terre promise, et le jour qui suivit les sept semaines fut celui où l’alliance fut scellée entre Dieu et son peuple. La Pentecôte (le cinquantième jour) fut marquée par la promulgation des dix préceptes de la loi divine, et ce grand souvenir resta dans Israël avec la commémoration annuelle d’un tel événement. Mais ainsi que la Pâque, la Pentecôte était prophétique : il devait y avoir une seconde Pentecôte pour tous les peuples, de même qu’une seconde Pâque pour le rachat du genre humain. Au Fils de Dieu, vainqueur de la mort, la Pâque avec tous ses triomphes ; à l’Esprit-Saint, la Pentecôte, qui le voit entrer comme législateur dans le monde placé désormais sous sa loi.
Mais quelle dissemblance entre les deux Pentecôtes ! La première sur les rochers sauvages de l’Arabie, au milieu des éclairs et des tonnerres, intimant une loi gravée sur des tables de pierre ; la seconde en Jérusalem, sur laquelle la malédiction n’a pas éclaté encore, parce qu’elle contient dans son sein jusqu’à cette heure les prémices du peuple nouveau sur lequel doit s’exercer l’empire de l’Esprit d’amour. En cette seconde Pentecôte, le ciel ne s’assombrit pas, on n’entend pas le roulement de la foudre ; les cœurs des hommes ne sont pas glacés d’effroi comme autour du Sinaï ; ils battent sous l’impression du repentir et de la reconnaissance. Un feu divin s’est emparé d’eux, et ce feu embrasera la terre entière. Jésus avait dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, « et quel est mon vœu, sinon de le voir s’éprendre [Luc. XII, 49] ? » L’heure est venue, et celui qui en Dieu est l’Amour, la flamme éternelle et incréée, descend du ciel pour remplir l’intention miséricordieuse de l’Emmanuel.
En ce moment où le recueillement plane sur le Cénacle tout entier, Jérusalem est remplie de pèlerins accourus de toutes les régions de la gentilité, et quelque chose d’inconnu se remue au fond du cœur de ces hommes. Ce sont des Juifs venus pour les fêtes de la Pâque et de la Pentecôte de tous les lieux où Israël est allé établir ses synagogues. L’Asie, l’Afrique, Rome elle-même, ont fourni leur contingent Mêlés à ces Juifs de pure race, on aperçoit des gentils qu’un mouvement de piété a portés à embrasser la loi de Moïse et ses pratiques : on les appelle Prosélytes. Cette population mobile qui doit se disperser sous peu de jours, et que le seul désir d’accomplir la loi a rassemblée dans Jérusalem, représente, par la diversité des langages, la confusion de Babel ; mais ceux qui la composent sont moins influencés que les habitants de la Judée par l’orgueil et les préjugés. Arrivés d’hier, ils n’ont pas, comme ces derniers, connu et repoussé le Messie, ni blasphémé ses œuvres qui rendaient témoignage de lui. S’ils ont crié devant Pilate avec les autres Juifs pour demander que le Juste fût crucifié, c’est qu’ils étaient entraînés par l’ascendant des prêtres et des magistrats de cette Jérusalem vers laquelle leur piété et leur docilité à la loi les avaient amenés.
Mais l’heure est venue, l’heure de Tierce, l’heure prédestinée de toute éternité, et le dessein des trois divines personnes conçu et arrêté avant tous les temps se déclare et s’accomplit. De même que le Père, sur l’heure de minuit, envoya en ce monde pour y prendre chair au sein de Marie, son propre Fils qu’il engendre éternellement : ainsi, le Père et le Fils envoient à cette heure de Tierce sur la terre l’Esprit-Saint qui procède de tous deux, pour y remplir jusqu’à la fin des temps la mission de former l’Église épouse et empire du Christ, de l’assister, de la maintenir, de sauver et de sanctifier les âmes.
Soudain un vent violent qui venait du ciel se fait entendre ; il mugit au dehors et remplit le Cénacle de son souffle puissant. Au dehors il convoque autour de l’auguste édifice que porte la montagne de Sion une foule d’habitants de Jérusalem et d’étrangers ; au dedans il ébranle tout, il soulève les cent vingt disciples du Sauveur, et montre que rien ne lui résiste. Jésus avait dit de lui : « C’est un vent qui souffle où il veut, et vous entendez retentir sa voix [JOHAN III, 8.] » ; puissance invisible qui creuse jusqu’aux abîmes dans les profondeurs de la mer, et lance les vagues jusqu’aux nues. Désormais ce vent parcourra la terre en tous sens, et rien ne pourra l’arrêter dans son domaine.
Cependant l’assemblée sainte qui était assise tout entière dans l’extase de l’attente, a conservé la même attitude. Passive sous l’effort du divin envoyé, elle s’abandonne à lui. Mais le souffle n’a été qu’une préparation pour le dedans du Cénacle, en même temps qu’il est un appel pour le dehors. Tout à coup une pluie silencieuse se répand dans l’intérieur de l’édifice ; pluie de feu, dit la sainte Église, « qui éclaire sans brûler, qui luit sans consumer [Répons du Jeudi de la Pentecôte.] » ; des flocons enflammés avant la forme de langues, viennent se poser sur la tête de chacun des cent vingt disciples. C’est l’Esprit divin qui prend possession de l’assemblée dans chacun de ses membres. L’Église n’est plus seulement en Marie ; elle est aussi dans les cent vingt disciples. Tous sont maintenant à l’Esprit qui est descendu sur eux ; son règne est ouvert, il est déclaré, et de nouvelles conquêtes se préparent.
Mais admirons le symbole sous lequel une si divine révolution s’opère. Celui qui naguère se montra au Jourdain sous la forme gracieuse d’une colombe, apparaît aujourd’hui sous celle du feu. Dans l’essence divine il est amour ; or, l’amour n’est pas tout entier dans la douceur et la tendresse ; il est ardent comme le feu. Maintenant donc que le monde est livré à l’Esprit-Saint, il faut qu’il brûle, et l’incendie ne s’arrêtera plus. Et pourquoi cette forme de langues ? sinon parce que la parole sera le moyen par lequel se propagera le divin incendie. Ces cent vingt disciples n’auront qu’à parler du Fils de Dieu fait homme et rédempteur de tous, de l’Esprit-Saint qui renouvelle les âmes, du Père céleste qui les aime et les adopte : leur parole sera accueillie d’un grand nombre. Tous ceux qui l’auront reçue seront unis dans une même foi, et l’ensemble qu’ils formeront s’appellera l’Église catholique, universelle, répandue en tous les temps et en tous les lieux. Le Seigneur Jésus avait dit : « Allez, enseignez toutes les nations ; » l’Esprit divin apporte du ciel sur la terre et la langue qui fera retentir cette parole, et l’amour de Dieu et des hommes qui l’inspirera. Cette langue et cet amour se sont arrêtés sur ces hommes, et par le secours de l’Esprit divin, ces hommes les transmettront à d’autres jusqu’à la fin des siècles.
Un obstacle cependant semble se dresser à l’encontre d’une telle mission. Depuis Babel, le langage humain est divisé, et la parole ne circule pas d’un peuple à l’autre. Comment donc la parole pourra-t-elle être l’instrument de la conquête de tant de nations, et réunir en une seule famille tant de races qui s’ignorent ? Ne craignez pas : le tout-puissant Esprit y a pourvu. Dans l’ivresse sacrée qu’il inspire aux cent vingt disciples, il leur a conféré le don d’entendre toutes langues et de se faire entendre eux-mêmes en toute langue. À l’instant même, dans un transport sublime, ils s’essayent à parler tous les idiomes de la terre, et leur langue, comme leur oreille, se prête non seulement sans effort, mais avec délices, à cette plénitude de la parole qui va rétablir la communion des hommes entre eux. L’Esprit d’amour a fait cesser en un moment la séparation de Babel, et la fraternité première reparaît dans l’unité du langage.
Que vous êtes belle, ô Église de Dieu, rendue sensible dans cet auguste prodige de l’Esprit divin qui agit désormais sans limites ! Vous nous retracez le magnifique spectacle qu’offrait la terre, lorsque la race humaine ne parlait qu’un seul langage. Et cette merveille ne sera pas seulement pour la journée de la Pentecôte, et elle ne durera pas seulement la vie de ceux en qui elle éclate en ce moment. Après la prédication des Apôtres, la forme première du prodige s’effacera peu à peu, parce qu’elle cessera d’être nécessaire ; mais jusqu’à la fin des siècles, ô Église, vous continuerez de parler toutes les langues ; car vous ne serez pas confinée dans un seul pays, mais vous habiterez tous les pays du monde. Partout on entendra exprimer une même foi dans la langue de chaque peuple, et ainsi le miracle de la Pentecôte, renouvelé et transformé, vous accompagnera toujours, ô Église ! et demeurera l’un de vos principaux caractères. C’est ce qui fait dire au grand docteur saint Augustin parlant aux fidèles, ces paroles admirables : « L’Église répandue parmi les nations parle toutes les langues. Qu’est cette Église, sinon le corps du Christ ? Dans ce corps vous êtes un membre. Étant donc membre d’un corps qui parle toutes les langues, vous avez droit de vous considérer vous-même comme participant au même don [In Johan. Tract. XXII.]. » Durant les siècles de foi, la sainte Église, source unique de tout véritable progrès dans l’humanité, avait fait plus encore ; elle était parvenue à réunir dans une même forme de langage les peuples qu’elle avait conquis. La langue latine fut longtemps le lien du monde civilisé. En dépit des distances, les relations de peuple à peuple, les communications de la science, les affaires même des particuliers lui étaient confiées ; l’homme qui parlait cette langue n’était étranger nulle part dans tout l’Occident et au delà. La grande hérésie du XVIe siècle émancipa les nations de ce bienfait comme de tan ; d’autres, et l’Europe, scindée pour longtemps, cherche, sans le trouver, ce centre commun que l’Église seule et sa langue pouvaient lui offrir. Mais retournons au Cénacle dont les portes ne se sont pas encore ouvertes, et continuons à y contempler les merveilles du divin Esprit.
Nos yeux tout d’abord cherchent respectueusement Marie, Marie plus que jamais « pleine de « grâce ». Il eût semblé qu’après les dons immenses qui lui furent prodigués dans sa conception immaculée, après les trésors de sainteté que versa en elle la présence du Verbe incarné durant les neuf mois qu’elle le posséda dans son sein, après les secours spéciaux quelle reçut pour agir et souffrir en union avec son fils dans l’œuvre de la Rédemption, après les faveurs dont Jésus la combla au milieu des splendeurs de la résurrection, le Ciel avait épuisé la mesure des dons qu’il avait à répandre sur une simple créature, si élevée qu’elle pût être dans le plan éternel. Il n’en est pas ainsi. Une nouvelle mission s’ouvre pour Marie : à cette heure, la sainte Église est enfantée par elle ; Marie vient de mettre au jour l’Épouse de son Fils, et de nouveaux devoirs l’appellent. Jésus est monté seul dans les cieux ; il l’a laissée sur la terre, afin qu’elle prodigue à son tendre fruit ses soins maternels. Qu’elle est touchante, mais aussi qu’elle est glorieuse cette enfance de notre Église bien-aimée, reçue dans les bras de Marie, allaitée par elle, soutenue de son appui dès les premiers pas de sa carrière en ce monde ! Il faut donc à la nouvelle Ève, à la véritable « Mère des vivants », un surcroît de grâces pour répondre à une telle mission : aussi est-elle l’objet premier des faveurs de l’Esprit-Saint. Il la féconda autrefois pour être la mère du Fils de Dieu ; en ce moment il forme en elle la mère des chrétiens. « Le fleuve de la grâce, comme parle le Roi-prophète, submerge de ses eaux cette Cité de Dieu qui les reçoit avec délices [Psaume XLV.] » ; l’Esprit d’amour accomplit à ce moment l’oracle divin du Rédempteur mourant sur la croix. Il avait dit, en désignant l’homme : « Femme, voilà votre fils »; l’heure est arrivée, et Marie a reçu avec une plénitude merveilleuse cette grâce maternelle qu’elle commence à appliquer dès aujourd’hui, et qui l’accompagnera jusque sur son trône de reine, lorsqu’enfin la sainte Église ayant pris un accroissement suffisant, sa céleste nourrice pourra quitter la terre, monter aux cieux et ceindre le diadème qui l’attend.
Contemplons cette nouvelle beauté qui éclate dans les traits de celle en qui le Seigneur vient de déclarer une seconde maternité : cette beauté est le chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint en cette journée. Un feu divin transporte Marie, un amour nouveau s’est allumé dans son cœur ; elle est tout entière à cette autre mission pour laquelle elle avait été laissée ici-bas. La grâce apostolique est descendue en elle. La langue de feu qu’elle a reçue ne parlera pas dans les prédications publiques ; mais elle parlera aux Apôtres, les dirigera, les consolera dans leurs labeurs. Elle s’énoncera, cette langue bénie, avec autant de douceur que de force, à l’oreille des fidèles qui sentiront l’attraction vers celle en qui le Seigneur a fait l’essai de toutes ses merveilles. Comme un lait généreux, la parole irrésistible de cette mère universelle donnera aux premiers enfants de l’Église la vigueur qui les fera triompher des assauts de l’enfer ; et c’est en partant d’auprès d’elle qu’Étienne ira ouvrir la noble carrière des martyrs.
Regardons maintenant le collège apostolique. Ces hommes que quarante jours de relations avec leur Maître ressuscité avaient relevés, et que nous trouvions déjà si différents d’eux-mêmes, que sont-ils devenus depuis l’instant où l’Esprit divin les a saisis ? Ne sentez-vous pas qu’ils sont transformés, qu’un feu divin éclate dans leur poitrine, et que dans un moment ils vont s’élancer à la conquête du monde ? Tout ce que le Maître leur avait annoncé est accompli en eux ; et c’est véritablement la Vertu d’en haut qui est descendue pour les armer au combat. Où sont-ils ceux qui tremblaient devant les ennemis de Jésus, ceux qui doutaient de sa résurrection î La vérité que le Maître leur a enseignée brille aux regards de leur intelligence ; ils voient tout, ils comprennent tout. L’Esprit-Saint leur a infus le don de la foi dans un degré sublime, et leur cœur brûle du désir de répandre au plus tôt cette foi dans le monde entier. Loin de craindre désormais, ils n’aspirent qu’à affronter tous les périls en prêchant, comme Jésus le leur a commandé, à toutes les nations son nom et sa gloire.
Contemplez Pierre. Vous le reconnaissez aisément à cette majesté douce que tempère une ineffable humilité. Hier son aspect était imposant mais tranquille ; aujourd’hui, sans rien perdre de leur dignité, ses traits ont pris une expression d’enthousiasme que nul n’avait encore vue en lui. L’Esprit divin s’est emparé puissamment du Vicaire de Jésus ; car Pierre est le prince de la parole et le maître de la doctrine. Près de Pierre, c’est André son frère aîné, qui conçoit en ce moment cette passion ardente pour la croix qui sera son type à jamais glorieux ; c’est Jean dont les traits semblaient naguère ne respirer que la douceur, et qui subitement ont pris l’expression forte et inspirée du prophète de Pathmos ; à ses côtés, c’est Jacques son frère, l’autre « fils du tonnerre », se dressant avec toute la vigueur du vaillant chevalier qui s’élancera bientôt à la conquête de l’Ibérie. Le second Jacques, celui qui est aimé sous le nom de « frère du Seigneur », puise dans la vertu du divin Esprit qui le transporte, un nouveau degré de charme et de béatitude. Matthieu est illuminé d’une splendeur qui fait pressentir en lui le premier des écrivains du nouveau Testament. Thomas sent en son cœur la foi qu’il a reçue au contact des membres de son Maître ressuscité, prendre un accroissement sans mesure : il est prêt à partir pour ses laborieuses missions dans l’extrême Orient ; tous, en un mot, sont un hymne vivant à la gloire de l’Esprit tout-puissant, qui s’annonce avec un tel empire dès les premiers instants de son arrivée.
Dans un rang inférieur apparaissent les disciples, moins favorisés dans cette visite que les douze princes du collège apostolique, mais pénétrés du même feu ; car eux aussi marcheront à la conquête du monde et fonderont de nombreuses chrétientés. Le groupe des saintes femmes n’a pas moins ressenti que le reste de l’assemblée la descente du Dieu qui s’annonce sous l’emblème du feu. L’amour qui les retint au pied de la croix de Jésus et qui les conduisit les premières à son sépulcre au matin de la Pâque, s’est enflammé d’une ardeur nouvelle. La langue de feu s’est arrêtée sur chacune d elles, et elles seront éloquentes à parler de leur Maître aux Juifs et aux gentils. En vain la synagogue expulsera Madeleine et ses compagnes ; la Gaule méridionale les écoutera à son tour, et ne sera pas rebelle à leur parole.
Cependant, la foule des Juifs qui avait entendu le bruit de la tempête annonçant la venue de l’Esprit divin, s’est amassée en grand nombre autour du mystérieux Cénacle. Ce même Esprit qui agit au dedans avec tant de magnificence, les pousse à faire le siège de cette maison qui contient dans ses murs l’Église du Christ dont la naissance vient d’éclater. Leurs clameurs retentissent, et bientôt le zèle apostolique qui vient de naître pour ne plus s’éteindre, ne peut plus tenir dans de si étroites limites. En un moment l’assemblée inspirée se précipite aux portes du Cénacle, et se met en rapport avec cette multitude avide de connaître le nouveau prodige que vient d’opérer le Dieu d’Israël.
Mais, ô merveille ! la foule composée de toutes les nations, qui s’attendait à entendre le parler grossier des Galiléens, est tout à coup saisie de stupeur. Ces Galiléens n’ont fait encore que s’énoncer en paroles confuses et inarticulées, et chacun les entend parler dans sa propre langue. Le symbole de l’unité apparaît dans toute sa splendeur. L’Église chrétienne est montrée à tous les peuples représentés dans cette multitude. Elle sera une, cette Église ; car les barrières que Dieu plaça autrefois, dans sa justice, pour isoler les nations, viennent de s’écrouler. Voici les messagers de la foi du Christ ; ils sont prêts, ils vont partir, leur parole fera le tour de la terre.
Dans la foule cependant, quelques hommes, insensibles au prodige, se scandalisent de l’ivresse divine dans laquelle ils voient les Apôtres : « Ces « hommes, disent-ils, sont pleins de vin. » C’est le langage du rationalisme qui veut tout expliquer par des raisons humaines. Et pourtant ces Galiléens prétendus ivres abattront à leurs pieds le monde entier, et l’Esprit divin qui est en eux, ils le communiqueront avec son ivresse à toutes les races du genre humain. Les saints Apôtres sentent que le moment est venu ; il faut que la seconde Pentecôte soit proclamée en ce jour anniversaire de la première. Mais dans cette proclamation de la loi de miséricorde et d’amour qui vient remplacer la loi de la justice et de la crainte, quel sera le Moïse ? L’Emmanuel, avant de monter au ciel, l’avait désigné : c’est Pierre, le fondement de l’Église. Il est temps que tout ce peuple le voie et l’entende ; le troupeau va se former, il est temps que le pasteur se montre. Écoutons l’Esprit-Saint qui va s’énoncer par son principal organe, en présence de cette multitude ravie et silencieuse ; chaque mot que va dire l’Apôtre qui ne parle qu’une seule langue est compris de chacun des auditeurs, à quelque idiome, à quelque pays de la terre qu’il appartienne. Un tel discours est à lui seul la démonstration de la vérité et de la divinité de la loi nouvelle.
« Hommes juifs, s’écrie dans la plus haute éloquence le pêcheur du lac de Génézareth, hommes juifs et vous tous qui habitez en ce moment Jérusalem, apprenez ceci et prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces hommes que vous voyez ne sont pas ivres comme vous l’avez pensé ; car il n’est encore que l’heure de tierce ; mais en ce moment s’accomplit ce qu’avait prédit le prophète Joël : « Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens seront favorisés de visions, et vos vieillards auront des songes prophétiques. Et dans ces jours, je répandrai mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. » Hommes Israélites, écoutez ceci. Vous vous rappelez Jésus de Nazareth, que Dieu même avait accrédité au milieu de vous par les prodiges au moyen desquels il opérait par lui, ainsi que vous le savez vous-mêmes. Or, ce Jésus, selon le décret divin résolu à l’avance, a été livré à ses ennemis, et vous-mêmes vous l’avez fait mourir par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscite, en l’arrachant à l’humiliation du tombeau qui ne pouvait le retenir. David n’avait-il pas dit de lui : « Ma chair reposera dans l’espérance ; car vous ne permettrez pas, Seigneur, que celui qui est votre Saint éprouve la corruption du tombeau » ? Ce n’était pas en son propre nom que David parlait ; car il est mort, et son sépulcre est encore sous nos yeux ; mais il annonçait la résurrection du Christ qui n’a point été laissé dans le tombeau, et dont la chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu lui-même l’a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. Élevé à la droite de Dieu, il a, selon la promesse qu’en avait faite le Père, répandu sur la terre le Saint-Esprit, ainsi que vous le voyez et l’entendez. Sachez donc, maison d’Israël, et sachez-le avec toute certitude, que ce Jésus crucifié par vous, Dieu en a fait le Seigneur et le Christ [Act. II.]. »
Ainsi fut accomplie la promulgation de la loi nouvelle par la bouche du nouveau Moïse. Comment les auditeurs n’eussent-ils pas accueilli le don inestimable de cette seconde Pentecôte, qui venait dissiper les ombres de l’ancienne et produire au grand jour les divines réalités ? Dieu se révélait, et, comme toujours, il le faisait par les miracles. Pierre rappelle les prodiges de Jésus dont la Synagogue n’a pas voulu tenir compte, et qui rendaient témoignage de lui. Il annonce la descente de l’Esprit-Saint, et en preuve il allègue le prodige inouï que les auditeurs ont sous les yeux, dans le don des langues départi aux habitants du Cénacle.
Poursuivant son œuvre sublime, l’Esprit-Saint qui planait sur cette foule, féconde par son action divine ces cœurs prédestinés. La foi naît et se développe tout d’un coup dans ces disciples du Sinaï accourus de tous les points du monde pour une Pâque et une Pentecôte désormais stériles. Saisis de crainte et de regret d’avoir demandé la mort du Juste, dont ils confessent la résurrection et l’ascension au ciel, ces Juifs de toute nation poussent un cri pénétrant vers Pierre et ses compagnons : « Qu’avons-nous donc à faire, ô vous qui êtes nos frères ? » Admirable disposition pour recevoir la foi ! le désir de croire, et le dessein arrêté de conformer ses actes à sa croyance. Pierre reprend son discours : « Repentez-vous, leur dit-il, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, et vous aurez part, vous aussi, au don du Saint-Esprit. La promesse a été faite pour vous et pour vos fils et également pour ceux qui sont loin, c’est-à-dire les gentils : en un mot, pour tous ceux qu’appelle le Seigneur notre Dieu. »
A chaque parole du nouveau Moïse, la Pentecôte judaïque s’efface, et la Pentecôte chrétienne resplendit d’une lumière toujours plus splendide à l’horizon. Le règne de l’Esprit divin est inauguré dans Jérusalem, à la face du temple condamné à s’écrouler sur lui-même. Pierre parla encore ; mais le livre sacré des Actes n’a recueilli que ces paroles qui retentirent comme le dernier appel au salut : « Sauvez-vous, enfants d’Israël, sauvez-vous de cette génération perverse. »
Il fallait rompre, en effet, avec les siens, mériter par le sacrifice les faveurs de la nouvelle Pentecôte, passer de la Synagogue dans l’Église. Plus d’un combat se livra dans les cœurs de ces hommes ; mais le triomphe de l’Esprit-Saint fut complet en ce premier jour. Trois mille personnes se déclarèrent disciples de Jésus, et furent marquées aujourd’hui même du sceau de l’adoption. O Église du Dieu vivant, qu’ils sont beaux vos progrès sous le souffle du divin Esprit ! D’abord vous avez résidé en Marie l’immaculée, pleine de grâce et mère de Dieu ; votre second pas vous a donné les cent vingt disciples du Cénacle ; et voici que le troisième vous dote de trois mille écus, nos ancêtres, qui vont bientôt quitter Jérusalem la répudiée, et porter dans les pays d’où ils sont partis les prémices du peuple nouveau. Demain c’est au temple même que Pierre parlera, et à sa voix cinq mille personnes se déchireront à leur tour disciples de Jésus de Nazareth. Salut donc, ô Église, noble et dernière création de l’Esprit-Saint, société immortelle qui militez ici-bas, en même temps que vous triomphez dans les cieux. O Pentecôte, jour sacré de notre naissance, vous ouvrez avec gloire la série des siècles que doit parcourir en ce monde l’Épouse de l’Emmanuel. Vous nous donnez l’Esprit divin qui vient écrire, non plus sur la pierre, mais dans nos cœurs, la loi qui régira les disciples de Jésus. O Pentecôte promulguée dans Jérusalem, mais qui devez étendre vos bienfaits à ceux « qui sont au loin », c’est-à-dire aux peuples de la gentilité, vous venez remplir les espérances que nous fit concevoir le touchant mystère de l’Épiphanie. Les mages venaient de l’Orient ; nous les suivîmes au berceau de l’Enfant divin, et nous savions que notre tour viendrait. Votre grâce, ô Esprit-Saint, les avait secrètement attirés à Bethléhem ; mais dans cette Pentecôte qui déclare votre souverain empire avec tant d’énergie, vous nous appelez tous ; l’étoile est transformée en langues de feu, et la face de la terre va être renouvelée. Puissent nos cœurs conserver les dons que vous nous apportez, ces dons que le Père et le Fils qui vous envoient nous ont destinés !
L’importance du mystère de la Pentecôte étant si principale dans l’économie du christianisme, on ne doit pas s’étonner que l’Église lui ait assigné dans la sainte Liturgie un rang aussi distingué que celui qu’elle attribue à la Pâque elle-même. La Pâque est le rachat de l’homme par la victoire du Christ : dans la Pentecôte l’Esprit-Saint prend possession de l’homme racheté ; l’Ascension est le mystère intermédiaire. D’un côté, elle consomme la Pâque en établissant l’Homme-Dieu, vainqueur de la mort et chef de ses fidèles, à la droite du Père ; de l’autre, elle détermine l’envoi de l’Esprit-Saint sur la terre. Cet envoi ne pouvait avoir lieu avant la glorification de Jésus, comme nous dit saint Jean [JOHAN. VII, 39.], et de nombreuses raisons alléguées par les Pères nous aident à le comprendre. Il fallait que le Fils de Dieu, qui avec le Père est le principe de la procession du Saint-Esprit dans l’essence divine, envoyât personnellement aussi cet Esprit sur la terre. La mission extérieure de l’une des divines personnes n’est qu’une suite et une manifestation de la production mystérieuse et éternelle qui a lieu au sein de la divinité. Ainsi le Père n’est envoyé ni par le Fils ni par le Saint-Esprit, parce qu’il n’est pas produit par eux. Le Fils a été envoyé aux hommes par le Père, étant engendré par lui éternellement. Le Saint-Esprit est envoyé par le Père et par le Fils, parce qu’il procède de l’un et de l’autre. Mais pour que la mission du Saint-Esprit s’accomplit de manière à donner plus de gloire au Fils, il était juste qu’elle n’eût lieu qu’après l’intronisation du Verbe incarné à la droite du Père, et il était souverainement glorieux pour la nature humaine qu’au moment de cette mission elle fût indissolublement unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu, en sorte qu’il fût vrai de dire que l’Homme-Dieu a envoyé le Saint-Esprit sur la terre.
Cette auguste mission ne devait être donnée à L’Esprit divin que lorsque les hommes auraient perdu la vue de l’humanité de Jésus. Ainsi que nous l’avons dit, il fallait désormais que les yeux et les cœurs des fidèles poursuivissent le divin absent d’un amour plus pur et tout spirituel. Or, à qui appartenait-il d’apporter aux hommes cet amour nouveau, sinon à l’Esprit tout-puissant qui est le lien du Père et du Fils dans un amour éternel ? Cet Esprit qui embrase et qui unit est appelé dans les saintes Écritures le « don de Dieu » ; et c’est aujourd’hui que le Père et le Fils nous envoient ce don ineffable. Rappelons-nous la parole de notre Emmanuel à la femme de Samarie, au bord du puits de Sichar. « Oh ! si tu connaissais le don de Dieu [JOHAN. IV, 10.] ! » Il n’était pas descendu encore ; il ne se manifestait jusqu’alors aux hommes que par des bienfaits partiels. À partir d’aujourd’hui, c’est une inondation de feu qui couvre la terre : l’Esprit divin anime tout, agit en tous lieux. Nous connaissons le don de Dieu ; nous n’avons plus qu’à ‘‘accepter, qu’à lui ouvrir l’entrée de nos cœurs, comme les trois mille auditeurs fidèles que vient de rencontrer la parole de Pierre.
Mais voyez à quel moment de Tannée l’Esprit divin vient prendre possession de son domaine. Nous avons vu notre Emmanuel, Soleil de justice, s’élever timidement du sein des ombres du solstice d’hiver et monter d’une course lente à son zénith. Dans un sublime contraste, l’Esprit du Père et du Fils a cherche d’autres harmonies. Il est feu, feu qui consume [Deut. IV, 24.] ; il éclate sur le monde au moment où le soleil brille de toute sa splendeur, où cet astre contemple couverte de fleurs et de fruits naissants la terre qu’il caresse de ses rayons. Accueillons de même la chaleur vivifiante du divin Esprit, et demandons humblement qu’elle ne se ralentisse plus en nous. A ce moment de l’Année liturgique, nous sommes en pleine possession de la vérité par le Verbe incarné ; veillons à entretenir fidèlement l’amour que l’Esprit-Saint vient nous apportera son tour.
Fondée sur un passé de quatre mille ans quant aux figures, la Pentecôte chrétienne, le vrai quinquagénaire, est du nombre des fêtes instituées par les Apôtres eux-mêmes. Nous avons vu qu’elle partagea avec la Pâque, dans l’antiquité, l’honneur de conduire les catéchumènes à la fontaine sacrée, et de les en ramener néophytes et régénérés. Son Octave, comme celle de Pâques, ne dépasse pas le samedi par une raison identique. Le baptême se conférait dans la nuit du samedi au dimanche, et pour les néophytes la solennité de la Pentecôte s’ouvrait au moment même de leur baptême. Comme ceux de la Pâque, ils revêtaient alors les habits blancs, et ils les déposaient le samedi suivant, qui était compté pour le huitième jour.
Le moyen âge donna à la fête de la Pentecôte le gracieux nom de Pâque des roses ; nous avons vu celui de Dimanche des roses imposé dans les mêmes siècles de foi au Dimanche dans l’Octave de l’Ascension. La couleur vermeille de la rose et son parfum rappelaient à nos pères ces langues enflammées qui descendirent dans le Cénacle sur chacun des cent vingt disciples, comme les pétales effeuillés de la rose divine qui répandait l’amour et la plénitude de la grâce sur l’Église naissante. La sainte Liturgie est entrée dans la même pensée en choisissant la couleur rouge pour le saint Sacrifice durant toute l’Octave. Durand de Mende, dans son Rational si précieux pour la connaissance des usages liturgiques du moyen âge, nous apprend qu’au treizième siècle, dans nos églises, à la Messe de la Pentecôte, on lâchait des colombes qui voltigeaient au-dessus des fidèles en souvenir de la première manifestation de l’Esprit-Saint au Jourdain, et que l’on répandait de la voûte des étoupes enflammées et des fleurs en souvenir de la seconde au Cénacle.
A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Pierre. Il était juste de rendre hommage au prince des Apôtres en ce jour où son éloquence inspirée par l’Esprit-Saint conquit à l’Église les trois mille chrétiens dont nous sommes les descendants. Actuellement, la Station demeure toujours fixée à Saint-Pierre avec les indulgences qui s’y rapportent ; mais le Souverain Pontife et le sacré Collège se rendent pour la Fonction à la Basilique du Latran, Mère et Chef de toutes les églises de la ville et du monde.
À TIERCE.
La sainte Église célèbre aujourd’hui l’heure de Tierce avec une solennité particulière, afin de se maintenir dans un rapport plus intime avec les heureux habitants du Cénacle. Elle a même choisi cette heure, dans tout le cours de l’année, comme la plus propice pour l’offrande du saint Sacrifice, auquel préside l’Esprit-Saint dans toute la puissance de son opération. Cette heure de Tierce, qui répond à neuf heures du matin selon notre manière de compter, est remarquable chaque jour par une invocation au Saint-Esprit formulée dans une Hymne de saint Ambroise ; mais aujourd’hui ce n’est pas l’Hymne ordinaire de Tierce que l’Église adresse au divin Paraclet ; c’est le cantique si mystérieux et si grandiose que le ixe siècle nous a légué, en nous transmettant la tradition qui donne Charlemagne pour auteur de cette œuvre sublime.
La pensée d’en enrichir l’Office de Tierce au jour de la Pentecôte appartient à saint Hugues, abbé de Cluny au XI° siècle ; et cette pratique a semblé si belle, que l’Église Romaine a fini par l’adopter dans sa Liturgie. De là est venu que dans les Églises même où l’on ne célèbre pas l’Office canonial, on chante du moins le Veni creator avant la Messe du jour de la Pentecôte.
À cette heure si solennelle, aux accents inspirés de cette Hymne si tendre à la fois et si imposante, l’assemblée des fidèles se recueille ; elle adore et appelle l’Esprit divin. À ce moment, il plane sur tous les temples de la chrétienté, et descend invisiblement dans tous les cœurs qui l’attendent avec ferveur. Exprimons-lui le besoin que nous éprouvons de sa présence, le suppliant de demeurer en nous, et de ne jamais s’en éloigner. Montrons-lui notre âme marquée de son sceau ineffaçable dans le Baptême et dans la Confirmation ; prions-le de veiller sur son œuvre. Nous sommes sa propriété ; qu’il daigne faire en nous ce que nous le prions d’y accomplir ; mais que notre bouche parle avec sincérité, et souvenons-nous que pour recevoir et conserver l’Esprit-Saint, il faut renoncer à l’esprit du monde ; car le Seigneur a dit : « Nul ne peut servir deux maîtres [MATTH. VI, 24.]. »
La première strophe de cette Hymne vénérable se chante toujours à genoux ; on se lève ensuite, et l’on chante debout les strophes suivantes.
HYMNE.
Veni creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas,
Et spiritalis unctio.
Tu septiformis munere,
Digitus Paternae dexterae,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
   Infirma nostri corporis
   Virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius,
Pacemque dones protinus :
   Ductore sic te praevio
   Vitemus omne noxium.
   Per te sciamus da Patrem,
   Teque utriusque Spiritum
   Noscamus atque Filium,
   Credamus omni tempore.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
   In saeculorum saecula.
   Venez, Esprit créateur, visiter les âmes de vos fidèles, et remplir de la grâce céleste les cœurs que vous avez créés.
   Amen.
   Vous êtes appelé le Consolateur, le Don du Dieu Très-Haut, la source d’eau vive, le feu, l’amour, l’onction spirituelle.
Versant sur nous vos sept dons, vous êtes le doigt de la main du Père ; promis solennellement par lui aux hommes, vous venez leur apporter la puissance du langage.
Éclairez nos esprits de votre lumière, versez l’amour dans nos cœurs ; soutenez la faiblesse de notre corps par votre incessante énergie.
Repoussez l’ennemi loin de nous, hâtez-vous de nous donner la paix ; marchez devant nous comme notre chef, et nous éviterons tout mal.
Faites-nous connaître le Père et le Fils ; donnez-nous la foi en vous qui procédez de l’un et de l’autre.
Gloire soit à Dieu le Père ! Gloire soit au Fils ressuscité des morts ! Gloire au Paraclet, dans les siècles des siècles !
   Amen.
   On continue ensuite l’Office de Tierce, dont les trois Psaumes se trouvent ci-dessus page 26
Ant. Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alleluia.
Ant. L’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia.
CAPITULE. (Act. II)
   Cum complerentur dies Pentecostes, erant omnes discipuli pariter in eodem loco ; et factus est repente de cœlo sonus tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes.
   R. br. Spiritus Domini replevit orbem terrarum : * Alleluia, alleluia. Spiritus.
   V. Et hoc quod continet omnia scientiam habet vocis. * Alleluia, alleluia.
   Gloria Patri. Spiritus Domini.
V. Spiritus Paraclitus, alleluia.
R. Docebit vos omnia, alleluia.
Les jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
r. br. L’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia.
v. Et lui qui embrasse toutes choses possède la science du langage. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. L’Esprit du Seigneur.
v. L’Esprit Paraclet, alléluia,
r. Vous enseignera toutes choses, alléluia.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, page 126.
À LA MESSE.
Le moment de célébrer le saint Sacrifice est arrivé. Remplie de l’Esprit divin, l’Église va payer le tribut auguste de sa reconnaissance en offrant la victime qui nous a mérité un tel don par son immolation. Déjà l’Introït retentit avec un éclat et une mélodie non pareils. Le chant grégorien s’élève rarement à un tel enthousiasme. Les paroles contiennent un oracle du livre de la Sagesse, qui reçoit son accomplissement aujourd’hui. C’est l’Esprit divin se répandant sur le monde, et comme gage de sa présence donnant aux saints Apôtres la science de la parole dont il est la source.
INTROÏT.
   Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alleluia : et hoc quod continet omnia, scientiam habet vocis, alleluia, alleluia, alleluia.
   L’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia ; et lui qui embrasse toutes choses, possède et communique la science du langage, alléluia, alléluia, alléluia.
   Ps. Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus et fugiant qui oderunt eum a facie ejus. Gloria Patri. Spiritus Domini.
   Ps. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipes ; que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.
Gloire au Père. L’Esprit du Seigneur.
La Collecte nous fournit l’expression de nos vœux pour un si grand jour. Elle nous avertit en même temps que l’Esprit divin nous apporte deux dons principaux : le goût des choses divines et la consolation du cœur ; demandons que l’un et l’autre demeurent en nous, afin que nous devenions parfaits chrétiens.
ORAISON.
   Deus, qui hodierna die corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere, et de ejus semper consolatione gaudere. Per Dominum.
   O Dieu qui avez éclairé en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit, accordez-nous par le même Esprit dégoûter ce qui est bien et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Jésus-Christ.
ÉPÎTRE.
Lectio Actuum Apostolorum. CAP. II.
   Cum complerentur dies Pentecostes, erant omnes discipuli pariter in eodem loco : et factus est repente de cœlo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes. Et apparuerunt illis dispertitae linguae tamquam ignis, seditque supra singulis eorum : et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et coeperunt loqui variis linguis, prout Spiritus Sanctus dabat eloqui illis. Erant autem in Jerusalem habitantes Judaei, viri religiosi ex omni natione, quae sub cœlo est. Facta autem hac voce, convenit multitudo, et mente confusa est, quoniam audiebat unusquisque lingua sua illos loquentes. Stupebant autem omnes, et mirabantur dicentes Nonne ecce omnes isti, qui loquuntur, Galilaei sunt ? et quomodo nos audivimus, unusquisque linguam nostram, in qua nati sumus ? Parthi et Medi, et Aelamitae, et qui habitant Mesopotamiam, Judaeam et Cappadociam, Pontum et Asiam, Phrygiam et Pamphyliam, 2Egyptum, et partes Libyae quae est circa Cyrenen, et advenae Romani, Judaei quoque, et Proselyti Cretes et Arabes : audivimus eos loquentes linguis nostris magnalia Dei.
   Lecture des Actes des Apôtres. Chap. II.
 Les jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d’un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent apparaître comme des langues de feu qui se partagèrent, et s’arrêtèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et commencèrent à parler diverses langues, selon que le Saint-Esprit leur en mettait l’expression dans la bouche. Or, il y avait à Jérusalem des Juifs remplis de religion, et appartenant à toutes les nations qui sont sous le ciel. Le bruit de ce qui venait de se passer s’étant répandu, il s’en rassembla un grand nombre, et ils furent très étonnés de ce que chacun d’eux les entendait parler en sa propre langue. Ils en étaient tous hors d’eux-mêmes, et dans leur étonnement, ils se disaient les uns aux autres : Tous ces gens qui nous parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment donc les entendons nous parler chacun la langue de notre pays ? Parthes, Mèdes, Élamites, ceux d’entre nous qui ha bitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce. le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et la contrée de la Libye qui est proche de Cyrène ; et ceux d’entre nous qui sont venus de Rome, Juifs et Prosélytes ; Crétois et Arabes, nous les entendons parler chacun en notre langue les merveilles de Dieu.
Quatre grands événements signalent l’existence de la race humaine sur la terre, et tous les quatre témoignent de la bonté infinie de Dieu envers nous. Le premier est la création de l’homme et sa vocation à l’état surnaturel, qui lui donne pour fin dernière la vision et la possession éternelle de Dieu. Le second est l’incarnation du Verbe divin qui, unissant la nature humaine à la nature divine dans le Christ, élevé l’être créé à la participation de la divinité, et fournit en même temps la victime nécessaire pour racheter Adam et sa race de leur prévarication. Le troisième événement est la descente du Saint-Esprit, dont nous célébrons l’anniversaire en ce jour. Enfin le quatrième est le second avènement du Fils de Dieu qui viendra délivrer l’Église son épouse, et l’emmènera au ciel pour célébrer avec elle les noces éternelles. Ces quatre opérations divines, dont la dernière n’est pas accomplie encore, sont la clef de l’histoire humaine ; rien n’est en dehors d’elles ; mais l’homme animal ne les voit même pas, il n’y songe pas. « La lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise [JOHAN. I, 5,]. »
Béni soit donc le Dieu de miséricorde qui « nous a appelés des ténèbres à l’admirable lumière de la foi [I PETR. II, 9.]. » Il nous a faits enfants de cette génération « qui n’est ni de la chair et du sang, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu [JOHAN. I, I 3.]. » Par cette grâce, nous voici aujourd’hui attentifs à la troisième des opérations divines sur ce monde, à la descente de l’Esprit-Saint, et nous avons entendu le récit émouvant de sa venue. Cette tempête mystérieuse, ce feu, ces langues, cette ivresse sacrée, tout nous transporte au centre même des divins conseils, et nous nous écrions : « Dieu a-t-il donc tant aimé ce monde ? » Jésus, quand il était avec nous sur la terre, nous le disait : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique [Ibid. III, 16.]. » Aujourd’hui il nous faut compléter cette sublime parole et dire : « Le Père et le Fils ont tant aimé le monde, qu’ils lui ont donné leur Esprit-Saint. » Acceptons un tel don, et comprenons enfin ce qu’est l’homme. Le rationalisme, le naturalisme, prétendent le grandir en s’efforçant de le captiver sous le joug de l’orgueil et de la sensualité ; la foi chrétienne nous impose l’humilité et le renoncement ; mais pour prix elle nous montre Dieu lui-même se donnant à nous.
Le premier Verset alléluiatique est formé des paroles de David où L’Esprit-Saint est montré comme l’auteur d’une création nouvelle, comme le rénovateur de la terre. Le second est la touchante prière par laquelle la sainte Église appelle sur ses enfants l’Esprit d’amour. On la chante toujours à genoux.
   Alleluia, alleluia. Emitte Spiritum tuum, et creabuntur : et renovabis faciem terrae.
   Alleluia.
   V. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium : et tui amoris in eis ignem accende.
   Alléluia, alléluia.
v. Envoyez votre Esprit, et une création nouvelle s’opérera, et vous renouvellerez la face de la terre.
Alléluia.
r. Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Vient ensuite la Séquence, œuvre d’enthousiasme et en même temps d’une ineffable tendresse pour celui qui vit et règne éternellement dans la société du Père et du Fils, et qui va désormais établir son empire dans nos cœurs. Cette pièce est de la fin du XII° siècle, et on l’attribue, avec vraisemblance, au grand Pape Innocent III.
SÉQUENCE.
Veni Sancte Spiritus, Et emitte cœlitus Lucis tuae radium.
Veni pater pauperum, Veni dator munerum, Veni lumen cordium.
Consolator optime, Dulcis hospes animae, Dulce refrigerium.
   In labore requies, In aestu temperies, In fletu solatium.
   0 lux beatissima, Reple cordis intima Tuorum fidelium.
   Sine tuo numine, Nihil est in homine, Nihil est innoxium.
   Da virtutis meritum, Da salutis exitum, Da perenne gaudium.
   Lava quod est sordidum, Riga quod est aridum, Sana quod est saucium.
   
   Flecte quod est rigidum, Fove quod est frigidum, Rege quod est devium.
   
   Da tuis fidelibus, In te confidentibus, Sacrum Septenarium.
   
   Amen. Alleluia.
   Venez, ô Esprit-Saint, et lancez sur nous du haut du ciel un rayon de votre lumière.
Venez, père des pauvres ; venez, distributeur des dons ; venez, lumière des âmes.
Vous êtes le consolateur rempli de bonté, l’hôte bienveillant de nos âmes, leur aimable rafraîchissement.
Dans le labeur, vous êtes notre repos ; notre abri dans les ardeurs brûlantes, notre consolation dans les pleurs.
O lumière heureuse et chérie, remplissez de vos clartés les cœurs de vos fidèles jusqu’au plus intime.
Si votre divin secours n’arrive pas à l’homme, il n’est rien en lui qui ne puisse lui devenir nuisible.
   Lavez nos souillures, arrosez nos sécheresses, guérissez nos blessures.
   Pliez ce qui se roidit en nous, échauffez notre froideur, redressez nos pas qui s’égarent.
Répandez vos sept Dons sur vos fidèles, qui mettent en vous toute leur confiance.
Accordez-leur le mérite de la vertu, l’heureuse issue du salut, et enfin les joies éternelles.
   Amen. Alléluia.
   ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. XIV.
   In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis Si quis diligit me, sermonem meum servabit, et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus : qui non diligit me, sermones meos non servat. Et sermonem quem audistis, non est meus : sed ejus qui misit me, Patris. Hic locutus sum vobis, apud vos manens ; Paraclitus autem Spiritus Sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis. Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : non quomodo mundus dat ego do vobis. Non turbetur cor vestrum, neque formidet. Audistis quia ego dixi vobis : Vado et venio ad vos. Si diligeretis me, gauderetis utique, quia vado ad Patrem : quia Pater major me est, Et nunc dixi vobis priusquam fiat : ut quum factum fuerit, credatis. Jam non multa loquar vobiscum. Venit enim Princeps mundi hujus, et in me non habet quidquam. Sed ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dedit mihi Pater, sic facio.
   La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XIV.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes paroles ; et la parole que vous avez entendue n’est pas ma parole, mais celle de mon Père qui m’a envoyé. Je vous ai dit ceci, demeurant encore avec vous ; mais le Paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je vous la donne, non comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point et ne s’effraie point. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimez, vous vous réjouirez de ce que je vais au Père, parce que le Père est plus grand que moi. Je vous le dis maintenant, avant que cela arrive, afin que quand ce sera arrivé, vous croyiez. Je ne vous parlerai plus beaucoup ; car e Prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi qui soit à lui ; mais c’est afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et que, selon le commandement que le Père m’a donné, ainsi je fais.
La venue de l’Esprit-Saint n’est pas seulement un événement qui intéresse la race humaine considérée en général ; chaque homme est appelé à recevoir cette même visite qui aujourd’hui « renouvelle la face de la terre entière [Psalm. CLI, 3o.] ». Le dessein miséricordieux du souverain Seigneur de toutes choses s’étend jusqu’à vouloir contracter une alliance individuelle avec chacun de nous. Jésus ne demande de nous qu’une seule chose : il veut que nous l’aimions et que nous gardions sa parole. À cette condition, il nous promet que son Père nous aimera, et viendra avec lui habiter notre âme. Mais ce n’est pas tout encore. Il nous annonce la venue de l’Esprit-Saint, qui par sa présence complétera l’habitation de Dieu en nous. L’auguste Trinité tout entière se fera comme un nouveau ciel de cette humble demeure, en attendant que nous soyons transportés après cette vie au séjour même où nous contemplerons l’hôte divin, Père, Fils et Saint-Esprit, qui a tant aimé sa créature humaine.
Jésus nous enseigne encore dans ce passage, tiré du discours qu’il adressa à ses disciples après la Cène, que le divin Esprit qui descend sur nous aujourd’hui est envoyé par le Père, mais par le Père « au nom du Fils » ; de même que dans un autre endroit Jésus dit que « c’est lui-même qui enverra l’Esprit-Saint [JOHAN. XV, 26.] ». Ces diverses manières de s’exprimer ont pour but de nous révéler les relations qui existent dans la Trinité divine entre les deux premières personnes et le Saint-Esprit. Ce divin Esprit est du Père, mais il est aussi du Fils ; c’est le Père qui l’envoie ; mais le Fils l’envoie aussi ; car il procède de l’un et de l’autre comme d’un même principe. En ce grand jour de la Pentecôte, notre reconnaissance doit donc être la même envers le Père qui est la Puissance, et envers le Fils qui est la Sagesse ; car le don qui nous arrive du ciel vient de tous les deux. Éternellement le Père a engendré son Fils, et quand la plénitude des temps fut venue, il l’a donné aux hommes pour être dans la nature humaine leur médiateur et leur sauveur ; éternellement le Père et le Fils ont produit l’Esprit-Saint, et, à l’heure marquée, ils l’ont envoyé ici-bas pour être dans les hommes le principe d’amour, comme il l’est entre le Père et le Fils. Jésus nous enseigne que la mission de l’Esprit est postérieure à la sienne, parce qu’il a fallu que les hommes fussent d’abord initiés à la vérité par celui qui est la Sagesse. En effet, ils n’auraient pu aimer ce qu’ils ne connaissaient pas. Mais lorsque Jésus a consommé son œuvre tout entière, qu’il a fait asseoir son humanité sur le trône de Dieu son Père, de concert avec le Père il envoie l’Esprit divin pour conserver en nous cette parole qui est « esprit et vie [Ibid. VI, 64.] », et qui est en nous la préparation de l’amour.
L’Offertoire est formé des paroles du Psaume LXVII, où David prophétise l’arrivée de l’Esprit dont la mission est de confirmer ce que Jésus a opéré. Le Cénacle efface toutes les splendeurs du temple de Jérusalem : désormais il n’y a plus que l’Église catholique qui recevra bientôt dans son sein les rois et les peuples.
OFFERTOIRE.
   Confirma hoc Deus, quod operatus es in nobis : a templo tuo, quod est in Jerusalem, tibi offerent reges munera, alleluia.
   Confirmez, ô Dieu, ce que vous avez opéré en nous ; dans votre temple qui est à Jérusalem, les rois vous présenteront leurs offrandes, alléluia.
En présence des dons sacrés qui vont être offerts et qui reposent sur l’autel, l’Église, dans la Secrète, demande que la venue du divin Esprit soit pour les fidèles un feu qui consume leurs souillures, et une lumière qui éclaire leur esprit par une plus complète intelligence des enseignements du Fils de Dieu.
SECRÈTE.
   Munera, quaesumus, Domine, oblata sanctifica : et corda nostra Sancti Spiritus illustratione emunda. Per Dominum.
   Daignez, Seigneur, sanctifier les dons qui vous sont offerts, et purifiez nos cœurs en leur envoyant la lumière du Saint-Esprit. Par Jésus-Christ.
PRÉFACE.
   Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus : per Christum Dominum nostrum ; qui ascendens super omnes cœlos, sedensque ad dexteram tuam, promissum Spiritum Sanctum hodierna die in filios adoptionis effudit. Quapropter profusis gaudiis, totus in orbe terrarum mundus exsultat. Sed et supernae Virtutes, atque angelicae Potestates, hymnum gloriae tuae concinunt, sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
   Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, toujours et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; par Jésus-Christ notre Seigneur : qui étant monté au delà de tous les cieux et s’étant assis à votre droite, répand aujourd’hui sur les enfants de l’adoption l’Esprit-Saint qu’il avait promis. Sa venue excite un transport universel de joie, et la race humaine se livre à l’allégresse sur toute la surface de la terre, en même temps que les Vertus célestes et les Puissances angéliques chantent l’hymne à votre gloire, répétant sans fin : Saint ! Saint ! Saint !
L’Antienne de la Communion célèbre par les paroles du texte sacré le moment de l’avènement de l’Esprit divin. Le Seigneur Jésus s’est donné à ses fidèles dans l’aliment eucharistique ; mais c’est l’Esprit qui les a préparés à une telle faveur, lui qui a change sur l’autel le pain et le vin en le corps et le sang de la victime sainte, lui qui les aidera à conserver en eux l’aliment sacré qui garde les âmes pour la vie éternelle.
COMMUNION.
Factus est repente de cœlo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, ubi erant sedentes, alleluia : et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, loquentes magnalia Dei, alleluia, alleluia.
Il se fit tout à coup un grand bruit, comme d’un vent impétueux qui venait du ciel, dans le lieu où ils étaient assis, alléluia. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et publièrent les merveilles de Dieu, alléluia, alléluia.
Mise en possession de son Époux par le sacré Mystère, l’Église, dans la Postcommunion, implore pour ses fidèles la permanence de l’Esprit-Saint dans leurs âmes, en même temps qu’elle nous révèle une des prérogatives de ce divin Esprit, qui, trouvant nos âmes arides et incapables de fructifier par elles-mêmes, se transforme en rosée pour les féconder.
POSTCOMMUNION.
   Sancti Spiritus, Domine, corda nostra mundet infusio : et sui roris intima aspersione foecundet. Per Dominum.
   Faites, Seigneur, que l’Esprit-Saint se répande dans nos cœurs, qu’il les purifie, et que les pénétrant de sa rosée mystérieuse, il leur donne la fécondité. Par Jésus-Christ.
À SEXTE.
L’Hymne et les trois Psaumes dont se compose l’Office de Sexte, se trouvent ci-dessus, page 29.
Ant. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et coeperunt loqui, alleluia.
Ant. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler, alléluia.
CAPITULE. (Act. II.)
   Facta autem hac voce, convenit multitudo, et mente confusa est quoniam audiebat unusquisque lingua sua illos loquentes.
   R. br. Spiritus Paraclitus, *- Alleluia, alleluia. Spiritus.
V. Docebit vos omnia, * alleluia, alleluia.
Gloria Patri. Spiritus.
V. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, alleluia.
R. Et coeperunt loqui, alleluia.
Le bruit de ce qui venait de se passer s’étant répandu, il se rassembla un grand nombre de gens, et ils furent très étonnés de ce que chacun d’eux les entendait parler en sa propre langue.
r. br. L’Esprit Paraclet, * Alléluia, alléluia. L’Esprit.
v. Vous enseignera toutes choses. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. L’Esprit.
v. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, alléluia.
r. Et ils commencèrent à parler, alléluia.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, ci-dessus, page 126.
À NONE.
L’Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 31.
Ant. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei, alleluia, alleluia, alleluia.
Ant. Les Apôtres racontaient en diverses langues les merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, alléluia.
CAPITULE. (Act. II.)
 Judaei quoque et proselyti, Cretes et Arabes, audivimus eos loquentes nostris linguis magnalia Dei.
R. br. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, * Alleluia, alleluia. Repleti sunt.
V. Et coeperunt loqui. Alleluia, alleluia.
Gloria Patri. Repleti sunt.
V. Loquebantur variis linguis Apostoli, alleluia.
R. Magnalia Dei, alleluia.
Juifs aussi et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les avons entendus raconter chacun en notre langue les merveilles de Dieu.
r. br. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, * Alléluia, alléluia. Ils furent tous remplis.
v. Et ils commencèrent à parler. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. Ils furent tous remplis.
v. Les Apôtres racontaient en diverses langues, alléluia,
r. Les merveilles de Dieu, alléluia.
L’Oraison ci-dessus, page 126.
À VÊPRES.
La grande journée avance dans son cours, et remplis du Saint-Esprit comme nous l’avons été à l’heure de Tierce, nous ne pouvons nous détacher du sublime spectacle dont Jérusalem est témoin Du cœur des saints Apôtres le feu divin a passé dans la foule qui les entoure. Le regret d’avoir crucifié « le Seigneur de gloire [I Cor. II, 8.] » a dompté l’orgueil juif dans ces hommes qui avaient accompagné la victime de leurs clameurs et de leurs malédictions sur la Voie douloureuse. Que leur manque-t-il maintenant pour être chrétiens ? Connaître et croire, puis être baptisés. Du milieu du tourbillon de l’Esprit-Saint qui les enveloppe, la voix de Pierre et de ses frères retentit : « Celui qui a souffert sur la croix et qui est ressuscité d’entre les morts est le propre Fils de Dieu engendre éternellement du Père ; l’Esprit qui se manifeste en ce moment est la troisième personne dans l’unique et divine essence. » La Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, resplendissent aux yeux de ces disciples de Moïse, les ombres s’effacent et font place au jour radieux de la nouvelle alliance. Il est temps que s’accomplisse la parole de Jean-Baptiste au bord du Jourdain, cette parole dont plusieurs des assistants ont gardé mémoire, « Au milieu de vous est quelqu’un que vous ne connaissez pas, dont je ne suis pas même digne de délier la chaussure. Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais lui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu [JOHAN. I, 26.]. »
Toutefois ce baptême de feu, c’est par l’eau qu’il doit s’administrer. L’Esprit qui est feu opère par l’eau, et il est appelé lui-même « la fontaine d’eau vive ». L’antique prophète Ézéchiel avait salué de loin cette heure solennelle, lorsqu’il rendait en ces termes l’oracle divin : « Voici que je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un « cœur nouveau, et je placerai au milieu de vous un esprit nouveau. Et j’ôterai de votre poitrine votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Et je placerai mon Esprit au milieu de vous, et je vous ferai marcher dans la voie de mes commandements. Et vous garderez ma loi sainte ; et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu [EZECH. XXXVI, 25-28.]. »
La prophétie était claire, et l’heure à laquelle l’Esprit arrivait était la même où l’eau allait couler. Cet élément sur lequel planait l’Esprit divin à la première origine de ce monde, nous l’avons vu, dans l’Épiphanie, recevoir au Jourdain le contact de la chair sacrée du Verbe incarné, et la céleste colombe unir son action sanctifiante à celle du Fils de Dieu. Récemment nous vîmes la main du Pontife, au Samedi saint, dans la consécration de la fontaine baptismale, plonger le cierge, type du Christ, dans les eaux, et nous l’entendîmes faire cette prière : « Qu’elle descende dans cette fontaine, la grâce et la vertu de l’Esprit-Saint ! » Aujourd’hui la source purifiante répand ses eaux dans Jérusalem ; la main de Pierre et celles de ses frères plongent dans l’élément sacré ces fils d’Israël, et trois mille hommes ont relevé un front chrétien et régénéré. Qu’ils sont beaux, ces ancêtres de notre foi, en qui nous vénérons les prémices de l’accomplissement des prophéties ! Plus beaux encore que les trois Mages que nous vîmes autrefois avec tant de joie descendre de leurs chameaux et pénétrer dans l’étable, pour déposer aux pieds du divin Roi des Juifs les offrandes mystiques de l’Orient. Maintenant toute la série des mystères est accomplie ; nous sommes rachetés, Jésus est assis à la droite de son Père, et l’Esprit divin, envoyé par lui, vient de nous arriver, et il doit demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles. Voilà pourquoi les sources des Sacrements sont ouvertes. À cette heure, l’Esprit du Père et du Fils a levé le premier des sceaux, et l’eau baptismale coule pour ne plus s’arrêter dans son cours, jusqu’à ce qu’elle ait régénéré le dernier des chrétiens qui doit passer sur cette terre. Mais le divin Esprit est le « Don du Dieu Très-Haut » ; les saints Apôtres sont en possession de ce don fait aux hommes : ils ne doivent pas le retenir pour eux. Un second sceau est donc levé, et le sacrement de Confirmation fait descendre sur les néophytes l’Esprit qui a éclaté dans le Cénacle. Par la vertu qui est en eux, Pierre et ses frères, pontifes de la loi nouvelle, communiquent à ces hommes, dans le Saint-Esprit, la force divine qui leur sera désormais nécessaire pour confesser ce Jésus de Nazareth dont ils sont pour jamais les heureux membres.
Mais ils ne sont pas assez divinisés encore, ces nouveau-nés à la grâce céleste, marqués déjà d’un double caractère ; il leur reste à communier au Christ, au divin instituteur des Sacrements, au médiateur et rédempteur qui a réuni Dieu et l’homme. Il faut qu’un troisième sceau soit levé, que le sacerdoce nouveau agissant pour la première fois par les Apôtres, produise Jésus, le Pain de vie, et que cette multitude saintement affamée goûte cette manne qui ne nourrit pas seulement le corps comme celle du désert, « mais qui donne la vie au monde [JOHAN. VI, 33.]. » L’auguste Cénacle, tout embaumé encore du souvenir de la merveille que le Christ y opéra la veille de sa Passion, revoit le sublime prodige dont il fut témoin. Entouré de ses frères, Pierre consacre le pain et le vin par les paroles divines que sa bouche n’avait pas prononcées encore, et l’opération de l’Esprit d’amour produit entre ses mains le corps et le sang de Jésus. Le Sacrifice nouveau est inauguré, et désormais il sera offert chaque jour jusqu’à la consommation des siècles. Les néophytes s’approchent, et par les mains des saints Apôtres ils entrent en possession de l’aliment céleste qui consomme leur union avec Dieu, par Jésus Pontife éternel selon l’ordre de Melchisédech.
Mais n’oublions pas en ce grand jour, à ce premier Sacrifice offert par Pierre, assisté de ses collègues dans l’apostolat, la participation de Marie à cette chair divine dont son sein virginal a été la source. Embrasée des feux de l’Esprit-Saint qui est venu confirmer en elle cette maternité à l’égard des hommes que Jésus lui confia sur la croix, elle s’unit dans le mystère d’amour à ce fils bien-aimé qui s’en est allé aux cieux, et qui l’a chargée de veiller sur son Église naissante. Désormais le Pain de vie lui rendra son fils chaque jour, jusqu’à ce qu’elle-même soit enlevée à son tour dans les cieux pour jouir éternellement de sa vue, recevoir ses caresses et lui prodiguer les siennes.
Quel ne fut pas le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d’approcher d’une si auguste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l’espérance d’Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Eve, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu’elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés ; nous ne rappelons en ce moment leur bonheur que pour montrer combien fut grande et complète cette journée qui vit le commencement de la sainte Église. La hiérarchie sacrée apparut dans Pierre, Vicaire du Christ, dans les Apôtres ses frères, dans les disciples choisis par Jésus lui-même. La semence de la parole divine fut jetée dans la bonne terre, l’eau baptismale régénéra l’élite des enfants d’Israël, l’Esprit-Saint leur fut communiqué dans sa force, le Verbe divin les nourrit de sa chair qui est vraiment une nourriture et de son sang qui est vraiment un breuvage [JOHAN. VI, 56.], et Marie les reçut à leur nouvelle naissance dans ses bras maternels.
Unissons-nous maintenant à la sainte Église, et chantons avec elle les louanges du divin Esprit qui, descendu à l’heure de Tierce, a rempli de tant de merveilles ce premier jour où il débute dans sa divine mission.
L’Office des Vêpres s’ouvre par la proclamation du nombre quinquagénaire qui réunit les deux Pentecôtes. L’Antienne nous montre en même temps les disciples au Cénacle dans l’attente de l’arrivée du Don promis.
   Ant. Cum complerentur dies Pentecostes, erant omnes pariter in eodem loco, alleluia.
   Ant. Les jours de la Pentecôte étaient accomplis, et tous les disciples se trouvaient réunis en un même lieu, alléluia.
Le Psaume que l’Église chante sous cette Antienne représente le triomphe du Christ dans son Ascension. Il s’assied à la droite du Père, et c’est de là que, Dieu et homme, il consolide son règne sur la terre, en envoyant aujourd’hui son Esprit pour habiter avec nous jusqu’à ce que lui-même redescende, vengeur de son Église, qu’il affranchira du joug de ses ennemis, et emmènera avec lui dans la gloire éternelle.
PSAUME CIX.
   Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.
   Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.
   Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.
   De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.
   Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.
   
   Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
   
   Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.
   
   Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.
   
   Ant. Cum complerentur dies Pentecostes, erant omnes pariter in eodem loco, alleluia.
   Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et régnez avec moi :
Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ; c’est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant : Dieu-Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’au jour de son triomphe il élèvera la tête.
Ant. Les jours de la Pentecôte étaient accomplis, et tous les disciples se trouvaient réunis en un même lieu, alléluia.
L’attente des disciples a été comblée, l’Esprit divin est descendu sur eux, mais il ne s’est pas borné à visiter leurs âmes ; dès aujourd’hui, c’est le monde tout entier qu’il vient conquérir.
Ant. Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alleluia.
Ant. L’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia.
Le second Psaume célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple : l’alliance promise, qui se consomme aujourd’hui, la rédemption de l’homme et la fidélité du Seigneur à ses promesses. La mission du Saint-Esprit avait été annoncée par les Prophètes et par Jésus lui-même : le Seigneur a daigné dégager sa parole en ce jour.
PSAUME CX.
   Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.
   Ant. Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alleluia.
   Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.
   Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.
   Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
   Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
   Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.
   Elles sont dignes de louanges et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
   Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.
   Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il est le Pain de vie, et il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
   Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.
   Il se souviendra à jamais de son alliance arec les hommes ; il enverra son Esprit, et fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
   Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.
   Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.
   Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.
   Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
   Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.
   Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; et par la mission de l’Esprit divin il rend son alliance éternelle.
   Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.
   Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles !
Ant. L’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia.
L’Esprit divin s’empare des disciples, il les rend aptes à parler ; car c’est par la parole qu’ils feront la conquête du monde.
Ant. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et coeperunt loqui, alleluia.
Ant. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler, alléluia, alléluia.
Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances. La lumière qui s’élance du sein des ténèbres, c’est Jésus, le Fils éternel de Dieu ; c’est ensuite l’Esprit-Saint qui éclate tout à coup aujourd’hui. Le pécheur qui s’irrite à la vue des dons de Dieu, c’est le Juif incrédule qui ferme les yeux à la lumière et repousse le divin Esprit, comme il avait repoussé le Fils du Père céleste.
PSAUME CXI.
   Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.
   Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.
   Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.
   Ant. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et coeperunt loqui, alleluia.
   Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
   Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir.
   Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.
   Sa postérité sera puissante sur la terre : la race du juste sera en bénédiction.
   Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.
   La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
   In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.
   Une lumière s’est levée sur les justes du milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste ; l’Esprit qui vient renouveler la terre.
   Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.
   Heureux alors l’homme qui a fait miséricorde, qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu’à ses paroles avec justice ! car il ne sera point ébranlé
   Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.
   La mémoire du juste sera éternelle : s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais, sa force sera élevée en gloire.
Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère : mais les désirs du pécheur périront.
Ant. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler, alléluia, alléluia.
Dans son allégresse la pensée des trois mille néophytes de ce jour, la sainte Église chante la fontaine d’eau vive que l’Esprit divin a fait jaillir pour leur régénération ; elle nous les montre comme d’heureux poissons qui s’agitent dans les ondes du salut.
   Ant. Fontes et omnia qua moventur in aquis, hymnum dicite Deo, alleluia.
   Ant. Fontaines et vous tous qui vous ébattez dans les eaux, chantez un cantique à Dieu, alléluia.
Le quatrième Psaume est un chant de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et qui, pour la relever de l’abaissement où elle languissait, lui a d’abord envoyé son propre Fils, et aujourd’hui fait descendre vers elle son divin Esprit.
PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.
   Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.
   Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.
   A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.
   
   Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.
   
   Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?
   
   Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.
   Serviteurs du Seigneur, laites entendre ses louanges, célébrez le Nom du Seigneur.
   Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.
   Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jus que dans l’éternité.
   Ant. Fontes et omnia qua moventur in aquis, hymnum dicite Deo, alleluia.
   De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations, sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ?
C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.
C’est delà qu’il soulève de terre l’indigent ; qu’il élève le pauvre de dessus son fumier où il languissait,
Pour le placer avec les princes, avec les princes mêmes de son peuple.
C’est lui qui a fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui longtemps fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
Ant. Fontaines et vous tous qui vous ébattez dans les eaux, chantez un cantique à Dieu, alléluia.
En ce grand jour, l’Esprit-Saint a conquis le monde ; mais c’est par la parole des Apôtres qu’il s’en est rendu le maître, cette parole d’une éloquence miraculeuse qu’il a formée en eux, et à laquelle il a joint sa toute-puissance.
Ant. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei, alleluia, alleluia, alleluia.
Ant. Les Apôtres parlaient en diverses langues des merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, alléluia.
Le cinquième Psaume rappelle d’abord la première Pâque, la sortie de l’Égypte et les prodiges qui l’accompagnèrent et la suivirent. On y voit ensuite les nations devenues esclaves de leurs idoles ; mais aujourd’hui le divin Esprit suscite des conquérants qui abattront ces vains simulacres. La maison d’Israël et la maison d’Aaron ne se vanteront plus d’être les seules à servir le vrai Dieu. Instruits par les hommes à la langue de feu, tous les peuples acquerront la crainte du Seigneur et espéreront en lui. Nous ne sommes plus au nombre de ces morts qui ne louent pas Dieu ; mais nous vivons de la vie surnaturelle que le Fils de Dieu a conquise pour nous par sa Passion et par sa Résurrection, et que l’Esprit-Saint fait pénétrer en nous par le divin mystère de ce jour.
PSAUME CXIII.
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.
   Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.
   Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.
   Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.
   A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.
   Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :
   
   Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?
   
   Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.
   Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.
   Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.
   
   Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
   
   Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.
   
   Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.
   Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.
   Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.
   
   Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.
   
   Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.
   
   Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
   
   Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.
   
   Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.
   Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
   Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.
   
   Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.
   Ant. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei, alleluia, alleluia, alleluia.
   Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.
   Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare,
   Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.
   La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Les montagnes bondirent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montagnes, pourquoi bondissiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
À la face du Seigneur, la terre a tremblé, à la face du Dieu de Jacob,
Qui changea la pierre en torrents, et la roche en fontaines.
Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire,
À cause de votre miséricorde et de votre vérité, de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.
Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’arpent, et l’ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient point.
Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.
Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le sépulcre ;
Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.
Ant. Les Apôtres parlaient en diverses langues des merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, alléluia.
CAPITULE (Act. II.)
   Cum complerentur dies Pentecostes erant omnes discipuli pariter in eodem loco : et factus est repente de cœlo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes.
   Les jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d’un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
L’Hymne est celle que nous avons déjà chantée à Tierce, à l’heure même où le divin Esprit descendit dans le Cénacle. La grandeur des pensées et l’onction du sentiment forment le caractère de ce sublime cantique, toujours nouveau et toujours inépuisable.
HYMNE.
Veni creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas,
Et spiritalis unctio.
Tu septiformis munere,
Digitus Paternae dexterae,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
   Infirma nostri corporis
   Virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius,
Pacemque dones protinus :
   Ductore sic te praevio
   Vitemus omne noxium.
   Per te sciamus da Patrem,
   Teque utriusque Spiritum
   Noscamus atque Filium,
   Credamus omni tempore.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
   In saeculorum saecula.
   Venez, Esprit créateur, visiter les âmes de vos fidèles, et remplir de la grâce céleste les cœurs que vous avez crées.
   Amen.
   Vous êtes appelé le Consolateur, le Don du Dieu très haut, la source d’eau vive, le feu, l’amour, l’onction spirituelle.
Versant sur nous vos sept dons, vous êtes le doigt de la main du Père ; promis solennellement par lui aux hommes, vous venez leur apporter la puissance du langage.
Éclairez nos esprits de votre lumière, versez l’amour dans nos cœurs ; soutenez ! a faiblesse de notre corps par votre incessante énergie.
Repoussez l’ennemi loin de nous, hâtez-vous de nous donner la paix ; marchez devant nous comme notre chef, et nous éviterons tout mal.
Faites-nous connaître le Père et le Fils ; donnez-nous la foi en vous qui procédez de l’un et de l’autre.
Gloire soit à Dieu le Père ! Gloire soit au Fils ressuscité des morts ! Gloire au Paraclet, dans les siècles des siècles !
   Amen.
   v. Les Apôtres parlaient en diverses langues, alléluia,
r. Des merveilles de Dieu, alléluia.
Vient ensuite le Cantique de Marie, partie essentielle de l’Office du soir, accompagné du solennel encensement de l’autel. L’accent de cet hymne divin s’est enrichi encore. Ce n’est plus seulement la Vierge portant en elle le Fils éternel du Père que l’on entend épancher les émotions de son âme ; c’est la Mère de Dieu inondée des feux de l’Esprit-Saint, et préparée pour le nouveau ministère qui l’attend. Le cantique est harmonisé pour la fête au moyen de la magnifique Antienne qui le précède.
Ant. Aujourd’hui sont accomplis les jours de la Pentecôte, alléluia. Aujourd’hui l’Esprit-Saint a apparu aux disciples sous la forme du feu, et il a répandu en eux les dons de ses grâces. Il les a envoyés dans le monde entier prêcher et rendre témoignage. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, alléluia.
CANTIQUE DE MARIE.
   Magnificat : * anima mea Dominum. Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.
   Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
   Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
   Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
   Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.
   Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
   Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.
   
   Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
   
   Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.
   Mon âme glorifie le Seigneur ;
   ANT. Hodie completi sunt dies Pentecostes, alleluia : hodie Spiritus Sanctus in igne discipulis apparuit, et tribuit eis charismatum dona : misit eos in universum mundum praedicare et testificari qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit, alleluia.
   Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur, et en son Esprit qui est descendu sur moi.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m’appelleront bienheureuse.
Il a fait en moi de grandes choses, il m’a associée à toutes ses œuvres, celui qui est puissant et de qui le nom est Saint ;
Et sa miséricorde s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.
Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Il a reçu sous sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Ant. Aujourd’hui sont accomplis les jours de la Pentecôte, alléluia. Aujourd’hui l’Esprit-Saint a apparu aux disciples sous la forme du feu, et il a répandu en eux les dons de ses grâces. Il les a envoyés dans le monde entier prêcher et rendre témoignage. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, alléluia.
ORAISON.
   Deus, qui hodierna die corda fidelium Sancte Spiritu illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere, et de ejus semper consolatione gaudere. Per Dominum.
   O Dieu qui avez éclairé en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit, accordez-nous par le même Esprit dégoûter ce qui est bien, et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Jésus-Christ.
Selon notre usage, nous achèverons une si sainte journée en réunissant, comme dans un concert, les voix de toutes les Églises célébrant le glorieux mystère de la Pentecôte chrétienne. Nous nous sommes unis à la sainte Église Romaine dans tous les cantiques de ce jour ; il nous faut entendre maintenant la voix de l’Église grecque. Saint Jean Damascène est autour de l’Hymne qui suit, et que nous empruntons au Pentecostarion.
HYMNE.
Divina tectus tardilinguis nebula, Eloquutus a Deo scriptam legem : Materia enim abjecta, oculis mentis Videre eum qui est discit, Spiritus Cognitionem laudans divinis cantibus.
   Dixit severum et venerandum os : Divisio 'obis non fiet, o amici Ego enim ad paternum excelsum thronum Considens, effundam Spiritus Splendere desiderantibus gratiam infinitam.
   Incomprehensibilis est divinissimus principatus. Rhetores enim demonstravit illitteratos, Satis sophistas mutire faciendo sermone, Et a profunda nocte extrahendo Populos infinitos fulgur Spiritus.
   Terminus perfectus verissimum Verbum Tranquillae formae implet cor : Opere enim expleto, laetificavit amicos Flatu violento, et ignis glossematis Dato Spiritu, Christus ut pollicitus est.
   
   Erat procedens ex ingenita luce Omnipotenter lucificus incorruptusque splendor, Cujus per Filii paternam substantiam, Nunc manifestat cognatam facem Ignita vox in Sion gentibus.
   Au sortir du nuage divin, le prophète dont la langue était tardive promulgua la loi écrite par le doigt de Dieu ; guéri de son infirmité, il avait contemplé de l’œil de l’âme celui qui est, et il célébra dans de sacres cantiques la science de l’Esprit qu’il avait reçu.
   Balneum divinum regenerationis Verbo miscens compositae naturae, Suppeditas mihi aquam ex incorrupto Vulnerato tuo latere, o Dei Verbum, Sigillans fervore Spiritus.
   Le grave et auguste Maître avait dit à ses disciples : « Ne vous séparez point, ô mes amis ! lorsque je serai assis sur le trône sublime de mon Père, je répandrai la grâce infinie de l’Esprit dans tout son éclat sur vous qui désirez la connaître. »
   Servitis omnes divinissimo principatui, Quot servi estis triluminis substantive Supernaturaliter enim perficit ut benefactor, Et igneam formam Christus dat in salutem, Totam porrigens gratiam Spiritus.
   Sa carrière étant terminée, le Verbe, fidèle à sa promesse, remplit leurs cœurs d’un doux recueillement. Ayant achevé son œuvre, il répand sur ses amis d’abord un souffle violent, bientôt des langues enflammées ; lui le Christ, il leur donne l’Esprit et dégage ainsi sa parole.
   Solubilem purgationem criminum, Ignitum accipite Spiritus rorem, 0 filii luciformes Ecclesiae : Nunc enim ex Sion exivit lex, Igneae linguae forma, Spiritus gratia.
   Le pouvoir divin dépasse toute borne ; de gens illettrés il fait des orateurs, leur parole réduira les sophistes au silence, et semblable à un éclair éblouissant, l’Esprit enlèvera à leur nuit profonde des peuples innombrables.
   Concors clamavit instrumentorum cantus, Adorare auream inanimam imaginem Paracliti autem lucifera gratia Dignos facit ut clament 0 Trinitas sola, Aequipotens, sine principio, benedicta es.
   Cet Esprit tout-puissant, splendide, incorruptible, procédait de la lumière incréée, de la substance que le Père transmet au Fils ; aujourd’hui, langue de feu dans Sion, il manifeste aux nations cette lumière qu’il puise dans la divinité.
   Vocem a Propheta dictam qui ignorarunt, Dicebant stulti, factam a vino ebrietatem, Loquelae peregrinae auditae sunt ut Apostolorum. Pii autem tibi clamamus divinitus Novifice universi, benedictus es.
   Et toi, ô Fils de Dieu qui as réuni deux natures, tu prépares le bain divin de la régénération ; l’eau d’un tel bain s’est épanchée de ton côté, ô Verbe, et l’ardeur puissante de l’Esprit en est le sceau.
   Tertia quidem nacta est horarum gratiam, Ut demonstraret, tres substantias Adorare in simplicitate potestatis Sed in prima nunc dierum Dominica Filius, Pater et Spiritus, benedictus es.
   Vous êtes les vrais serviteurs du Dieu souverain, vous qui adorez l’essence trois lois lumineuse. Le Christ met aujourd’hui la dernière main à son bienfait surnaturel, envoyant pour notre salut celui qu’exprime le feu, versant sur nous la grâce universelle de l’Esprit.
Enfants de l’Église, fils de la lumière, recevez la rosée enflammée de l’Esprit, et par elle la rémission et l’affranchissement de vos péchés ; car aujourd’hui la loi est sortie de Sion, la grâce du Saint-Esprit, sous a forme d’une langue de feu.
Autrefois on entendit un concert d’instruments qui conviait les hommes à adorer la statue d’or inanimée ; maintenant, c’est la grâce lumineuse du Paraclet qui les rend dignes de s’écrier : O Trinité unique, égale en pouvoir, sans commencement, nous te bénissons.
Oubliant l’oracle du Prophète, des insensés disaient que l’ivresse des Apôtres était produite par le vin ; on entendait retentir tous les langages étrangers ; pour nous, nous n’avons qu’un cri : Toi qui renouvelles divinement l’univers, sois béni.
L’heure de Tierce fut choisie pour l’effusion d’une telle grâce ; elle signifiait que l’on devait adorer trois personnes dans l’unité de puissance ; en ce jour du Dimanche, le premier des jours, ô Père, o Fils, ô Esprit, soyez béni.
L’Église arménienne mérite d’être écoutée à son tour. Les strophes suivantes si majestueuses et si remplies de mystère remontent au cinquième siècle. La tradition les attribue à Moïse de Khorène, ou à Jean Matagouni.
CANON PRIMAE DIEI.
   Missa columba descendens magnae vocis sonitu de excelsis ad similitudinem lucis, fulgoris igne armavit sine combustura discipulos, dum adhuc sederent in sacro coenaculo.
   La colombe envoyée aux hommes est descendue des cieux, annoncée par un grand bruit ; voilée sous l’emblème d’une lumière éclatante, elle a couvert d’une armure de feu, sans qu’ils en fussent brûlés, les disciples qui étaient encore assis dans le sacré cénacle.
   Immaterialis columba, inscrutabilis, quae scrutatur profunda Dei, quae accipiens a Patre, renuntiat terribilem alterum adventum, quamque praedicarunt consubstantialem.
   C’est la colombe immatérielle, insondable, qui pénètre les profondeurs de Dieu, qui annonce le second et terrible avènement, qui procède du Père, et que l’on nous enseigne lui être consubstantielle.
   Laus in altissimis procedenti a Patre Spiritui Sancto, per quem Apostoli inebriati sunt immortali calice, et invitarunt terram ad cœlum.
   Gloire au plus haut des cieux, à l’Esprit-Saint qui procède du Père ! Les Apôtres ont été enivrés à son calice immortel, et ils ont invité la terre à s’unir au ciel.
   Vivificator Deus, mune Spiritus, congregatos unanimi amore illuminasti igneis linguis ; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
   Esprit divin et vivifiant, rempli de bonté pour les hommes, tu as éclairé par les langues de feu ceux qui étaient rassemblés par le lien d’un mutuel amour ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.
   Delectati surit tuo adventu sancti Apostoli, accersitis insimul dispersis ab invicem multisonis linguis ; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
   Les saints Apôtres ont été comblés de délices à ton arrivée ; en parlant diverses langues ils ont attiré des disciples qu’aucun lien n’aurait réunis ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.
   Spiritali sancto baptismate, exornasti per eos terrarum orbem in vestibus pellucidis ac in novis amictibus ; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
   Tu t’es servi d’eux pour embellir, par le saint et spirituel baptême, la terre entière ; tu l’as couverte de vêtements nouveaux d’une blancheur éclatante ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.
   Qui in cherubico curru quiescis, hodie descendisti de cœlis in chorum Apostolorum, Sancte Spiritus : benedictus es, rex immortalis.
   Toi qui reposes sur le char des chérubins, Esprit-Saint, tu es descendu aujourd’hui des cieux sur le chœur apostolique : sois béni, roi immortel !
   Qui graderis super pennas ventorum, hodie in igneis linguis divisus quievisti in Apostolis, Sancte Spiritus : benedictus es, rex immortalis.
   Toi qui t’avances sur l’aile des vents, Esprit-Saint, tu t’es partagé en langues de feu, et tu t’es reposé sur les Apôtres : sois béni, roi immortel !
   Qui curam habes in providentia tuarum creaturarum, hodie venisti ad firmandam Ecclesiam tuam, Sancte Spiritus benedictus es, rex immortalis.
   Toi qui prends soin de toutes les créatures dans ta providence, Esprit-Saint, tu es venu aujourd’hui pour affermir ton Église : sois béni, roi immortel !
La Liturgie ambrosienne nous donne cette belle Préface qui, dans sa concision, réunit tous les mystères de la Pentecôte.
PRÉFACE.
   Aequum et salutare nos in hac praecipitia festivitate gaudere, qua sacratissimum Pascha quinquaginta dierum mysteriis tegitur, et mysticus numerus adimpletur, et dispersio linguarum, qua dudum per superbiam in confusione facta fuerat, nunc per Spiritum Sanctum adunatur. Hodie enim de cœlis repente sonum audientes Apostoli unius fidei symbolum exceperunt, et linguis variis Evangelii tui gloriam cunctis gentibus tradiderunt. Per Christum Dominum nostrum.
   IL est juste et salutaire que nous nous laissions aller a la joie, en cette illustre solennité qui vient ajouter à la Pâque sacrée le mystère des cinquante jours et compléter ainsi le nombre mystique. C’est pareillement en ce jour que la division des langues, qui avait été opérée autrefois pour humilier l’orgueil, fait place maintenant à leur réunion par le Saint-Esprit. C’est aujourd’hui que les Apôtres, après avoir entendu soudain un bruit qui venait du ciel, ont reçu le symbole de la foi unique, et parlant diverses langues, ont révélé à toutes les nations la gloire de votre Évangile. Par le Christ notre Seigneur.
L’Église gothique d’Espagne procède avec son abondance et son enthousiasme accoutumés, dans cette magnifique Illation que nous fournit son Missel mozarabe.
ILLATIO.
   Dignum et justum est, omnipotens Deus pro possibilitate carnali munerum tuorum beneficia confiteri, et indultum hodierno die donum salutis paternae anniversaria semper commemoratione celebrare. Etenim pro adventu Spiritus tui Sancti tacere quis audeat ? cum omnis per Apostolos tuos etiam gentium barbararum lingua non taceat. Quis enim enarrare valet hujus hodierno die ignis illapsum, sic distributa discipulis genera universa linguarum ; ut nec Latinus Hebraeo, nec Graecus Aegyptio, nec Scytha Indo, propria dum quisque et peregrina audiens loquitur lingua, detrimentum vel alienigeni fecerit, vel sui senserit intellectus ? Quaque virtute sit actam, quod dicentis veritatis praeconibus per spatia immensa terrarum unius atque indivisibilis donum doctrinae cœlestis pro potestate voluntaria partiretur ? Nihil agens unitati fidei dissonum, quamvis multiplicis scientiae distributione pulcherrimum, et multimoda mirificum exstiterit varietate sermonum. Ostendens quod confessioni dominicae non impedit diversitas lingua nec interest quod vario quis sermone fateatur, dummodo anus sit ille qui creditur.
   IL est juste et raisonnable ô Dieu tout-puissant, que nous célébrions, dans la faiblesse de notre nature, vos dons et vos bienfaits, et que chaque année nous honorions particulièrement la mémoire de celui que vous avez daigné nous faire aujourd’hui pour notre éternel salut. Qui oserait garder le silence sur l’arrivée de votre Esprit-Saint, en ce jour où pas une seule langue des nations barbares n’est oubliée par vos Apôtres ? Mais qui pourrait raconter dignement le mystère de ce feu qui descend aujourd’hui, et les idiomes de tous les peuples inspirés aux disciples, en sorte que le Latin et l’Hébreu, le Grec et l’Égyptien, le Scythe et l’Indien, s’exprimant dans une langue qui leur était inconnue, n’altèrent en rien l’idiome qui leur est étranger, et entendent parler sans altération celui qui leur est propre ? Qui pourrait décrire e divin pouvoir qui vient à son gré répandre sur ceux qui devront prêcher la vérité parlante par toute la terre, le don d une doctrine céleste, une et indivisible ? Ni la science ainsi distribuée dans la plus riche variété, ni la diversité merveilleuse des langages, n’enlèvent rien à l’unité de la foi. Nous apprenons ici que la dissemblance des idiomes n’arrête en rien la louange du Seigneur, et que peu importe la langue dont on se sert, si le même Dieu est l’objet d’une même foi.
   Obsecramus igitur Domine, at haec nostra confessio de cordibus filiorum promissionis emissa, tibi Pater gloriae, semper accepta sit, et ad speranda ac promerenda ea quae tuis fidelibus promisisti, sensus nostros divini Spiritus infusione benedicas atque sanctifices. Effusa etenim ad nostram indulgentiam tuae gloriae largitate inter innumerà dona atque opera Sancti Spiritus, nihil sublimius Ecclesiae exordiis collatum fuisse cognoscimus, quam ut praeconium Evangelii tui ora linguis universarum gentium loquerentur. Et hoc non nisi Sancti Spiritus tui gratia revelante, qui nobis post Resurrectionis Filii tui gloriam, transactis septem hebdomadibus venit : ostendens quod etsi septiformis est, tamen in uno gradu omnium concordantium sibi virtutum summa consistit. Ac sicut septem unum in numeris est, sic septem inveniuntur in singulis. Hi sunt sine dubio septem gradus templi tui, per quos ad – cœlorum regna conscenditur. Hic est quinquagesimus remissionis annus olim in legis tropologiis praedicatus. Hic est fructus messis novae, qui hodie mandatur offerri. Qui licet ante omnia specula semper aeternus sit : tamen nobis quum innotuit, tunc novus effectus est.
   Nous vous supplions donc, Seigneur, Père de la gloire, d’agréer notre confession qui s’élève vers vous du cœur des enfants de la promesse. Daignez par l’infusion du divin Esprit, bénir et sanctifier nos âmes, les rendant capables d’espérer et de mériter la récompense que vous avez promise à vos fidèles. Dans 1’effusion que votre munificence pleine de gloire a faite pour notre salut, entre les œuvres et les dons de votre Esprit-Saint, nous ne voyons rien déplus sublime, à l’origine de l’Église, que la prédication de votre Évangile accomplie par des bouches qui parlaient les langues de toutes les nations Un tel prodige ne pouvait être produit que par la grâce de l’Esprit-Saint, qui est venu à nous sept semaines après la glorieuse Résurrection de votre Fils, montrant ainsi que s’il est septiforme, toutes ses puissances se concentrent dans une harmonieuse unité, et que de même que sept est à part dans les nombres, ainsi sept se retrouve en chacun d’eux. De là les sept degrés de votre temple par lesquels nous entrons au royaume des deux. De là la cinquantième année, celle de la rémission si célèbre dans les mystères de la loi. C’est le fruit de la moisson nouvelle qu’il nous est commandé d’offrir aujourd’hui. Il est avant tous les siècles, il est éternel ; mais pour nous il est devenu nouveau, quand il nous a apparu.
   Nec illud sine mysterio esse significans, quod post Ascensionem Filii tui decima nobis die hoc munus infunditur, ostendens quod cultoribus vineae hic esset a patre-familias denarius repromissus. Magnum autem et prae omnibus necessarium fuit hoc tibi divini muneris signum, quod quum super capita discipulorum ignea conscendisset forma linguarum, de cordibus credentium nec dissonum aliquid faceret prodire nec tepidum ; sed praedicatores Verbi tui et intelligentia essent unanimes, et charitate ferventes. 0 ignis exurendo foecundans ! Hunc igitur omnipotentem esse Dominum omnis intellectualis creatura vivificatione fatetur, cujus etiam Cherubin et Seraphin, ferventes copiosius igne, speciali ejus vocabulo sanctitatis divine magnificantes aequalitatem atque omnipotentiam Trinitatis, requiem non habentes, nec tali unquam officio lassescentes, cœlestium exercituum praecinentibus choris, perenni jubilatione decantant, adorant atque magnificant, ita dicentes : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus !
   Ce n’est pas non plus sans mystère qu’un tel don est répandu sur nous le dixième jour après l’Ascension de votre Fils ; nous y reconnaissons ce denier promis par le Père de famille aux ouvriers de la vigne. Il nous fallait ce signe imposant de votre divine bonté qui s’est montrée lorsque la forme des langues apparaissant en feu sur es têtes des disciples, elle fit produire aux cœurs des croyants ces nouveaux accents dans lesquels ne paraissait rien de dissonant ni de tiède. Prédicateurs de votre Verbe, on les vit unanimes dans l’intelligence et embrasés de charité. O feu qui brûles et fécondes en même temps ! toute créature éclairée par le principe de vie confesse que ce feu est le Seigneur tout-puissant. C’est lui dont l’ardeur embrase les Chérubins et les ardents Séraphins désignés par son nom, et qui glorifiant avec transport l’égalité de la sainteté divine et la toute-puissance de la Trinité, n’ont pas de repos, et sans jamais se lasser chantent, adorent et glorifient dans une jubilation éternelle, disant en commun avec les chœurs des armées célestes : Saint ! Saint ! Saint !
Le moyen âge des Églises latines a célébré le mystère de la Pentecôte dans de magnifiques Séquences. Nous en insérons quelques-unes dans le cours de l’Octave. Aujourd’hui nous reproduisons celle qui fut longtemps attribuée au pieux roi Robert. Cette pièce intéressante, dont Notker est le véritable auteur, a disparu des Missels romains-français au XVIIe siècle, et on l’y a remplacée par la Séquence romaine, Veni, Sancte Spiritus. Nous avons pensé que l’on ne devait pas laisser périr ce noble cantique dont parlent nos anciens chroniqueurs, et que tous les historiens modernes confondent à l’envi avec la Séquence du Missel romain, qui n’a dans sa composition et dans son rythme aucun rapport avec les Séquences du XI° siècle.
SÉQUENCE.
   Sancti Spiritus Adsit nobis gratia
   Expulsis inde Cunctis vitiis Spiritalibus.
   Quae corda nostra Sibi faciat Habitaculum.
   Spiritus alme, Illustrator hominum
   Horridas Nostra mentis Purga tenebras
   Infunde unctionem tuam Clemens nostris sensibus.
   Amator sancte Sensatorum Semper cogitatuum.
   Tu purificator Omnium flagitiorum, Spiritus.
   Purifica nostri oculum Interioris hominis.
   Mundi cordis, Quem soli cernere Possunt oculi.
   Ut videri Supremus Genitor Possit a nobis.
   Prophetas tu inspirasti, Ut praeconia Christi Praécinuissent inclyta.
   Apostolos confortasti, Uti tropaeum Christi Per totum orbem veherent.
   Tu super aquas, Foturus eas, Numen tuum expandisti, Spiritus.
   Quando machinam Per Verbum suum Fecit Deus cœli, terrae, marium,
   Tu animabus Vivificandis Aquas foecundas.
Tu aspirando, Das spiritales Esse homines.
   Tu divisum Per linguas mundum et ritus Adunasti, Domine.
   Sine quo preces omnes Cassae creduntur, Et indignae Dei auribus.
   Idololatras Ad cultum Dei revocas, Magistrorum optime.
   Tu qui Omnium saeculorum sanctos Tui numinis docuisti instinctu Amplectendo, Spiritus.
   Ergo nos Supplicantes tibi Exaudi propitius, Sancte Spiritus.
   Ipse hodie Apostolos Christi Donans munere insolito, Et cunctis inaudito Saeculis,
   Hunc diem Gloriosum fecisti. Amen.
   Que la grâce de l’Esprit-Saint daigne nous assister !
Qu’elle fasse de nos cœurs son habitation,
Qu’elle en expulse les vices de notre esprit.
O vous qui éclairez les hommes, Esprit plein de bonté,
Chassez les sombres ténèbres qui attristent notre âme.
Vous qui êtes l’ami des sages pensées, bon et saint,
Répandez votre onction dans nos âmes.
O Esprit, c’est vous qui nous purifiez de tous nos péchés.
Purifiez en nous l’œil de l’homme intérieur,
Afin que nous puissions un jour contempler le Père suprême,
Qu’il n’est donné de voir qu’à ceux qui ont le cœur pur.
C’est vous qui avez inspiré les Prophètes, et leur avez fait célébrer d’avance les louanges du Christ.
Vous avez fortifié les Apôtres pour élever le trophée du Christ par le monde entier.
Lorsque Dieu, par son Verbe, créa le ciel, la terre et la mer,
Vous fîtes planer votre divinité sur les eaux pour les féconder, ô Esprit !
Maintenant vous donnez à ces eaux la vertu de vivifier les âmes.
Votre souffle rend les hommes spirituels.
Le monde divisé en diverses langues et en divers cultes, vous l’avez réuni en un seul, ô Seigneur !
O Docteur rempli de bonté, c’est vous qui avez rappelé les idolâtres au culte du vrai Dieu.
Daignez donc, Esprit-Saint, exaucer nos supplications.
Sans vous toutes nos prières seraient vaines et indignes de monter jusqu’à l’oreille de Dieu.
C’est vous qui, par vos divines caresses, avez instruit et dirigé les saints dans tous les siècles, ô Esprit !
Décorant aujourd’hui les Apôtres de dons nouveaux et inconnus aux âges précédents,
Vous avez rendu ce jour glorieux à jamais. Amen.
LES DONS DU SAINT-ESPRIT.
Nous devons exposer durant toute cette semaine les divines opérations du Saint-Esprit dans l’Église et dans l’âme du fidèle ; mais il est nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui sur l’enseignement que nous aurons à présenter. Sept journées nous sont données pour étudier et connaître le Don suprême que le Père et le Fils ont daigné nous envoyer, et l’Esprit qui procède des deux se manifeste en sept manières dans les âmes. Il est donc juste que chacun des jours de cette heureuse semaine soit consacré à honorer et à recueillir ce septénaire de bienfaits par lequel doivent s’opérer notre salut et notre sanctification.
Les sept Dons du Saint-Esprit sont sept énergies qu’il daigne déposer dans nos âmes, lorsqu’il y pénètre par la grâce sanctifiante. Les grâces actuelles mettent en mouvement simultanément ou séparément ces puissances divinement infuses en nous, et le bien surnaturel et méritoire de la vie éternelle est produit avec l’acquiescement de notre volonté.
Le prophète Isaïe, conduit par l’inspiration divine, nous a fait connaître ces sept Dons dans le passage où décrivant l’opération de l’Esprit-Saint sur l’âme du Fils de Dieu fait homme, qu’il nous représente comme la fleur sortie de la branche virginale issue du tronc de Jessé, il nous dit :
« Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de Sagesse et d’Intelligence, l’Esprit de Conseil et de Force, l’Esprit de Science et de Piété ; et l’Esprit de Crainte du Seigneur le remplira [Isai. XI, 2, 3.]. » Rien de plus mystérieux que ces paroles ; mais on sent que ce qu’elles expriment n’est pas une simple énumération des caractères du divin Esprit, mais bien la description des effets qu’il opère dans l’âme humaine. Ainsi l’a compris la tradition chrétienne énoncée dans les écrits des anciens Pères, et formulée par la théologie.
L’humanité sainte du Fils de Dieu incarné est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l’Esprit-Saint a opère en elle pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous. Il a déposé dans le fils de Marie les sept énergies que décrit le Prophète ; les mêmes Dons en même nombre sont préparés à l’homme régénéré. On doit remarquer la progression qui se manifeste dans leur série. Isaïe énonce d’abord l’Esprit de Sagesse, et s’arrête en descendant à l’Esprit de Crainte de Dieu. La Sagesse est en effet, ainsi que nous le verrons, la plus haute des prérogatives à laquelle puisse être élevée l’âme humaine, tandis que la Crainte de Dieu, selon la profonde expression du Psalmiste, n’est que le commencement et l’ébauche de cette divine qualité. On comprend aisément que l’âme de Jésus appelée à contracter l’union personnelle avec le Verbe divin ait été traitée avec une dignité particulière, en sorte que le Don de la Sagesse ait dû être infus en elle d’une manière primordiale, et que le Don de la Crainte de Dieu, qualité nécessaire à une nature créée, n’ait été mis en elle que comme un complément. Pour nous au contraire, fragiles et inconstants que nous sommes, la Crainte de Dieu est la base de tout l’édifice, et c’est par elle que nous nous élevons de degré en degré jusqu’à cette Sagesse qui unit à Dieu. C’est donc dans l’ordre inverse à celui qu’a posé Isaïe pour le Fils de Dieu incarné, que l’homme monte à la perfection au moyen des Dons de l’Esprit-Saint qui lui ont été conférés dans le Baptême, et qui lui sont rendus dans le sacrement de la réconciliation, s’il a eu le malheur de perdre la grâce sanctifiante parle péché mortel.
Admirons avec un profond respect l’auguste septénaire qui se trouve empreint dans toute l’œuvre de notre salut et de notre sanctification. Sept vertus rendent l’âme agréable à Dieu ; par ses sept Dons, l’Esprit-Saint la conduit à sa fin ; sept Sacrements lui communiquent les fruits de l’incarnation et de la rédemption de Jésus-Christ ; enfin, c’est après sept semaines écoulées depuis la Pâque, que le divin Esprit est envoyé sur la terre pour y établir et y consolider le règne de Dieu. Nous ne nous étonnerons pas après cela que Satan ait cherché à parodier sacrilègement l’œuvre divine, en lui opposant l’affreux septénaire des péchés capitaux, par lesquels il s’efforce de perdre l’homme que Dieu veut sauver.
LE DON DE CRAINTE.
L’obstacle au bien en nous est l’orgueil. C’est l’orgueil qui nous porte à résister à Dieu, à mettre notre fin en nous-mêmes, en un mot à nous perdre. L’humilité seule peut nous sauver d’un si grand péril. Qui nous donnera l’humilité ? l’Esprit-Saint, en répandant en nous le Don de la Crainte de Dieu.
Ce sentiment repose sur l’idée que la foi nous donne de la majesté de Dieu, en présence duquel nous ne sommes que néant, de sa sainteté infinie, devant laquelle nous ne sommes qu’indignité et souillure, du jugement souverainement équitable qu’il doit exercer sur nous au sortir de cette vie, et du danger d’une chute toujours possible, si nous manquons à la grâce qui ne nous manque jamais, mais à laquelle nous pouvons résister.
Le salut de l’homme s’opère donc « dans la crainte et le tremblement », comme l’enseigne l’Apôtre [Philip, II, 12.] ; mais cette crainte, qui est un don de l’Esprit-Saint, n’est pas un sentiment grossier qui se bornerait à nous jeter dans l’épouvante à la pensée des châtiments éternels. Elle nous maintient dans la componction du cœur, quand bien même nos péchés seraient depuis longtemps pardonnes ; elle nous empêche d’oublier que nous sommes pécheurs, que nous devons tout à la miséricorde divine, et que nous ne sommes encore sauvés qu’en espérance [Rom. VIII, 24.].
Cette crainte de Dieu n’est donc pas une crainte servile ; elle devient au contraire la source des sentiments les plus délicats. Elle peut s’allier avec l’amour, n’étant plus qu’un sentiment filial qui redoute le péché à cause de l’outrage qu’il fait à Dieu. Inspirée par le respect de la majesté divine, parle sentiment de la sainteté infinie, elle met la créature à sa vraie place, et saint Paul nous enseigne qu’ainsi épurée, elle contribue à « l’achèvement de la sanctification [II Cor. VII, 1.] ». Aussi entendons-nous ce grand Apôtre, qui avait été ravi jusqu’au troisième ciel, confesser qu’il est rigoureux envers lui-même « afin de n’être pas réprouvé [I Cor. IX, 27.]».
L’esprit d’indépendance et de fausse liberté qui règne aujourd’hui contribue à rendre plus rare la crainte de Dieu, et c’est là une des plaies de notre temps. La familiarité avec Dieu tient trop souvent la place de cette disposition fondamentale de la vie chrétienne, et dès lors tout progrès s’arrête, l’illusion s’introduit dans l’âme, et les divins Sacrements, qui au moment d’un retour à Dieu avaient opéré avec tant de puissance, deviennent à peu près stériles. C’est que le Don de Crainte a été étouffé sous la vaine complaisance de l’âme en elle-même. L’humilité s’est éteinte ; un orgueil secret et universel est venu paralyser les mouvements de cette âme. Elle arrive, sans s’en douter, à ne plus connaître Dieu, par cela même qu’elle ne tremble plus devant lui.
Conservez donc en nous, ô divin Esprit, le Don de la Crainte de Dieu que vous avez répandu en nous dans notre baptême. Cette crainte salutaire assurera notre persévérance dans le bien, en arrêtant les progrès de l’esprit d’orgueil. Qu’elle soit donc comme un trait qui traverse notre âme de part en part, et qu’elle y reste toujours fixée comme notre sauvegarde. Qu’elle abaisse nos hauteurs, qu’elle nous arrache à la mollesse, en nous révélant sans cesse la grandeur et la sainteté de celui qui nous a créés et qui doit nous juger.
Nous savons, ô divin Esprit, que cette heureuse crainte n’étouffe pas l’amour ; loin de là, elle enlève les obstacles qui l’arrêteraient dans son développement. Les Puissances célestes voient et aiment avec ardeur le souverain Bien, elles en sont enivrées pour l’éternité ; cependant elles tremblent devant sa majesté redoutable, tremunt Potestates. Et nous, couverts des cicatrices du péché, remplis d’imperfections, exposés à mille pièges, obliges de limer contre tant d’ennemis, nous ne sentirions pas qu’il nous faut stimuler par une crainte forte, et en même temps filiale, notre volonté qui s’endort si aisément, notre esprit que tant de ténèbres assiègent ! Veillez sur votre œuvre, ô divin Esprit ! préservez en nous le précieux don que vous avez daigné nous faire ; apprenez-nous à concilier la paix et la joie du cœur avec la crainte de Dieu, selon cet avertissement du Psalmiste : « Servez le Seigneur « avec crainte, et tressaillez de bonheur en tremblant devant lui [Psalm. II, 11.]. »
LE LUNDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Hier L’Esprit-Saint a pris possession du monde, et ses débuts dans la mission qu’il a reçue du Père et du Fils ont annoncé sa puissance sur les cœurs, et ont préludé avec éclat à ses conquêtes futures. Nous allons suivre respectueusement sa marche et ses opérations sur cette terre qui lui a été confiée ; la succession des jours d’une si solennelle Octave nous permettra de signaler tour à tour ses œuvres dans l’Église et dans les âmes.
Jésus, notre Emmanuel, est le Roi du monde ; il a reçu de son Père les nations en héritage [Psalm. II, 8.]. Il nous a déclaré lui-même que « toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre [MATTH. XXVIII, 8.]. » Mais il est monté au ciel avant que son empire fût établi ici-bas. Le peuple d’Israël lui-même auquel il a fait entendre sa parole, sous les yeux duquel il a opéré les prodiges qui attestaient sa mission, ce peuple l’a renié et a cessé d’être son peuple [Dan. IX, 26.]. Quelques-uns de ses membres seulement l’ont accepté et l’accepteront encore ; mais la masse d’Israël confirme le cri sacrilège de ses pontifes : « Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous [Luc. XIX, 14.]. »
La gentilité est tout aussi éloignée d’accepter le fils de Marie pour son maître. Elle ignore profondément sa personne, sa doctrine, sa mission. Les traditions antiques de la religion primitive se sont graduellement effacées. Le culte de la matière a envahi le monde civilise comme le monde barbare, et l’adoration est prodiguée à toute créature. La morale est altérée jusque dans ses sources les plus sacrées et les plus inviolables. La raison s’est obscurcie chez cette minorité imperceptible qui se fait gloire du nom de philosophes ; « ils se sont évanouis dans leurs pensées, et leur cœur insensé s’est aveuglé [Rom. I, 21.]. » Les races humaines déracinées ont été mêlées successivement par la conquête. Tant de bouleversements n’ont laissé chez les peuples que l’idée de la force, et le colossal empire romain dominé par César pèse de tout son poids sur la terre. C’est le moment que le Père céleste a choisi pour envoyer son Fils en ce monde. Il n’y a pas place pour un roi des intelligences et des cœurs ; et cependant il faut que Jésus règne sur les hommes et que son règne soit accepté.
En attendant, un autre maître s’est présenté, et les peuples l’ont accueilli avec acclamation. C’est Satan, et son empire est si fortement établi que Jésus lui-même l’appelle le Prince de ce monde. Il faut qu’il soit « jeté dehors [JOHAN. XII, 31.] » ; il s’agit de le chasser de ses temples, de l’expulser des mœurs, de la pensée, de la littérature, des arts, de la politique ; car il possède tout. Ce n’est pas seulement l’humanité dépravée qui résiste ; c’est le fort armé qui la regarde comme son domaine, et qui ne cédera pas devant une force créée.
Tout est donc contre le règne du Christ, et rien pour lui. Que sert à l’impiété moderne de dire, contre l’évidence des faits, que le monde était prêt pour une si complète révolution ? Comme si tous les vices et toutes les erreurs étaient une préparation à toutes les vertus et à toutes les vérités ! comme s’il suffisait à l’homme vicieux de sentir le malheur, pour comprendre que son malheur vient de ce qu’il est dans le mal, pour se résoudre à devenir tout d’un coup, et au prix de tous les sacrifices, un héros de vertu !
Non, pour que Jésus régnât sur ce monde pervers, il fallait un miracle et le plus grand de tous les miracles, un prodige qui, comme le dit Bossuet, n’a de terme de comparaison qu’avec l’acte créateur qui a fait sortir les êtres du néant. Or, ce prodige, qui l’a fait, sinon le divin Esprit ? C’est lui-même qui a voulu que nous qui n’avons pas vu le Seigneur Jésus, nous fussions rendus aussi certains de sa nature divine et de sa mission de Sauveur, que si nous eussions été témoins de ses miracles et auditeurs de ses enseignements. C’est dans ce but qu’a été opéré ce prodige des prodiges, cette conversion du monde, dans laquelle « Dieu a choisi ce qu’il y avait de plus faible dans le monde pour renverser ce qui était fort, ce qui n’était pas pour détruire ce qui était [I Cor. I, 27.]. » C’est dans ce fait immense et plus lumineux que le soleil, que l’Esprit-Saint a rendu sa présence visible, qu’il s’est affirmé lui-même.
Voyons par quels moyens il s’y est pris pour assurer le règne de Jésus sur le monde. Retournons d’abord au Cénacle. Considérez ces hommes revêtus maintenant de la Vertu d’en haut. Qu’étaient-ils tout à l’heure ? Des gens sans influence, de condition vile, sans lettres, d’une faiblesse connue. N’est-il pas vrai que l’Esprit-Saint en a fait tout à coup des hommes éloquents et du plus haut courage, des hommes que le monde connaîtra bientôt, et qui remporteront sur lui une victoire devant laquelle pâliront les triomphes des plus glorieux conquérants ? Il faut bien que l’incrédulité l’avoue, le fait est par trop évident : le monde a été transformé, et cette transformation est l’œuvre de ces pauvres juifs du Cénacle. Ils ont reçu le Saint-Esprit en ce jour de la Pentecôte, et cet Esprit a accompli par eux tout ce qu’il avait à accomplir.
Il leur a donné trois choses en ce jour : la parole figurée par les langues, l’ardeur de l’amour représentée par le feu, et le don des miracles qu’ils exercent tout aussitôt. La parole est le glaive dont ils sont armés, l’amour est l’aliment du courage qui leur fera tout braver, et par le miracle ils forceront l’attention des hommes. Tels sont les moyens devant lesquels le Prince du monde sera réduit à capituler, par lesquels le règne de l’Emmanuel s’établira dans son domaine, et ces moyens procèdent tous de l’Esprit-Saint.
Mais il ne borne pas là son action. Il ne suffit pas que les hommes entendent retentir la parole, qu’ils admirent le courage, qu’ils voient des prodiges. Il ne suffit pas qu’ils entrevoient la splendeur de la vérité, qu’ils sentent la beauté de la vertu, qu’ils reconnaissent la honte et le crime de leur situation. Pour arriver à la conversion du cœur, pour reconnaître un Dieu dans ce Jésus qu’on va leur prêcher, pour l’aimer et se vouer à lui dans le baptême et jusqu’au martyre, s’il le faut, il est nécessaire que le Saint-Esprit intervienne. Lui seul, comme parle le Prophète, peut enlever de leur poitrine le cœur de pierre et y substituer un cœur de chair capable d’éprouver le sentiment surnaturel de la foi et de l’amour. L’Esprit divin accompagnera donc partout ses envoyés ; à eux l’action visible, à lui l’action invisible ; et le salut pour l’homme résultera de ce concours. Il faudra que l’une et l’autre action s’exercent sur chaque individu, que la liberté de chaque individu acquiesce et se rende à la prédication extérieure de l’apôtre et à la touche intérieure de l’Esprit. Certes, c’est un grand œuvre d’entraîner la race humaine à confesser Jésus son seigneur et roi ; la volonté perverse résistera longtemps ; mais qu’il s’écoule seulement trois siècles, et le monde civilisé se rangera autour de la croix du Rédempteur.
Il était juste que l’Esprit-Saint et ses envoyés s’adressassent d’abord au peuple de Dieu. Ce peuple « avait reçu en dépôt les divins oracles [Rom III, 2.] » ; il avait fourni le sang de la rédemption. Jésus avait déclaré qu’il était envoyé « pour les brebis perdues de la maison d’Israël [MATTH. XV, 24] ». Pierre, son vicaire, devait hériter de cette gloire d’être l’Apôtre du peuple circoncis [Gal. II, 7.] ; bien que la gentilité, en la personne de Corneille le Centurion, dût être par lui introduite dans l’Église, et l’émancipation des gentils baptisés proclamée par lui dans l’assemblée de Jérusalem. Mais l’honneur était dû d’abord à la famille d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; voilà pourquoi notre première Pentecôte est juive, pourquoi nos premiers ancêtres en ce jour sont juifs. C’est sur la race d’Israël que l’Esprit-Saint répand d’abord ses dons ineffables.
Voyez-les maintenant partir de Jérusalem ces juifs qui ont reçu la parole, et dont le saint baptême a fait de véritables enfants d’Abraham. La solennité passée, ils retournent dans les provinces de la gentilité qu’ils habitent, portant dans leurs cœurs Jésus qu’ils ont reconnu pour le Messie roi et sauveur. Saluons ces prémices de la sainte Église, ces trophées de l’Esprit divin, ces porteurs de la bonne nouvelle. Ils ne tarderont pas à voir arriver les hommes du Cénacle qui se tourneront vers les gentils, après l’inutile sommation faite à l’orgueilleuse et ingrate Jérusalem.
Une faible minorité dans la nation juive a donc consenti à reconnaître le fils de David pour l’héritier du Père de famille ; la masse est demeurée rebelle et court obstinément à sa perte. Comment qualifier son crime ? Étienne, le Protomartyr, nous l’apprend. S’adressant à ces indignes fils d’Abraham : « Hommes à la tête dure, leur dit-il, cœurs et oreilles incirconcis, vous résistez continuellement au Saint-Esprit [Act. VII, 51.]’. » Un si coupable refus d’obéir chez la nation privilégiée donne le signal de la migration des Apôtres vers la gentilité. L’Esprit Saint ne les quitte plus, et c’est désormais sur les peuples assis dans les ombres de la mort qu’il va épancher les torrents de la grâce que Jésus a mérités aux hommes par son Sacrifice sur la croix.
Ils s’avancent, ces porteurs de la parole de vie, vers les régions païennes. Tout s’arme contre eux, mais ils triomphent de tout. L’Esprit qui les anime féconde en eux ses dons. Il agit en même temps sur les âmes de leurs auditeurs, la foi en Jésus se répand avec rapidité ; et bientôt Antioche, puis Rome, puis Alexandrie, voient s’élever en leur sein une population chrétienne. La langue de feu parcourt le monde ; elle ne s’arrête même pas aux limites de l’empire romain, prédestiné, selon les divins Prophètes, à servir de base à l’empire du Christ. Les Indes, la Chine, l’Éthiopie et cent peuples lointains entendent la voix des Évangélistes de la paix.
Mais il ne leur faut pas seulement rendre témoignage par la parole à la royauté de leur Maître ; ils lui doivent aussi le témoignage du sang. Ils ne seront pas en retard. Le feu qui les embrasa au Cénacle les consume dans l’holocauste du martyre.
Admirons ici la puissance et la fécondité du divin Esprit. À ces premiers envoyés il fait succéder une génération nouvelle. Les noms sont changés, mais l’action continue et continuera jusqu’à la fin des temps, parce qu’il faut que Jésus soit reconnu sauveur et maître de l’humanité, et que l’Esprit Saint a été envoyé pour opérer cette reconnaissance sur la terre.
Le Prince de ce monde, « l’ancien serpent [Apoc. XII, 9.] », s’agite avec violence pour arrêter les conquêtes des envoyés de l’Esprit. Il a crucifié Pierre, tranché la tête à Paul, immolé leurs compagnons ; mais lorsque ces nobles chefs ont disparu, son orgueil est soumis à une épreuve plus dure encore. C’est un peuple entier qu’a produit le mystère de la Pentecôte ; la semence apostolique a germé dans des proportions immenses. La persécution de Néron a pu abattre les chefs juifs du nouveau peuple ; mais voici maintenant la gentilité elle-même établie dans l’Église. Ainsi que nous le chantions hier en triomphe, « l’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière [Introït de la fête de la Pentecôte tiré du livre de la Sagesse.]. » Nous voyons, dès la fin du premier siècle, le glaive de Domitien sévir jusque sur les membres de la famille impériale. Bientôt les Trajan, les Adrien, les Antonin, les Marc-Aurèle, épouvantés du compétiteur Jésus de Nazareth, s’élancent sur son troupeau ; mais c’est en vain. Le Prince du monde les avait armés de la politique et de la philosophie ; l’Esprit-Saint dissout tous ces faux prestiges, et la vérité s’étend toujours plus sur la surface du monde. A ces sages succèdent des tyrans forcenés, un Sévère, un Décius, un Gallus, un Valérien, un Aurélien, un Maximien ; le carnage s’étend à tout l’empire, parce que les chrétiens y sont partout. Enfin l’effort suprême du Prince du monde est dans l’effroyable persécution décrétée par Dioclétien et les farouches Césars qui partagent le pouvoir avec lui. Ils avaient résolu l’extermination du christianisme, et ce sont eux-mêmes qui, après avoir répandu des torrents de sang, s’affaissent dans le désespoir et l’ignominie. Qu’ils sont magnifiques vos triomphes, ô divin Esprit ! qu’il est surhumain l’empire du Fils de Dieu, lorsque vous l’établissez ainsi à l’encontre de toutes les résistances de la faiblesse et de la perversité humaines, à la face de Satan dont le règne semblait pour jamais consolidé sur la terre ! Mais vous aimez le futur troupeau du Rédempteur, et vous répandez dans des millions d’âmes l’attrait pour une vérité qui exige de si redoutables sacrifices. Vous renversez les prétextes d’une vaine raison par des prodiges innombrables, et échauffant ensuite par l’amour ces cœurs arrachés à la concupiscence et à l’orgueil, vous les envoyez pleins d’un enthousiasme tranquille au-devant de la mort et des tortures.
Alors s’accomplit la promesse que Jésus avait faite pour le moment où ses fidèles comparaîtraient devant les ministres du Prince du monde. Il avait dit : « Ne prenez pas la peine de réfléchir sur la manière dont vous parlerez et sur ce que vous direz. À l’heure même, vous sera donné ce que vous aurez à dire ; car ce ne sera pas vous-mêmes qui parlerez, mais ce sera l’Esprit de votre Père qui parlera en vous [MATTH. X, 20.]. » Nous en pouvons juger encore en lisant les immortels Actes de nos martyrs, en suivant ces interrogatoires et ces réponses simples et sublimes qui s’échappent du milieu même des tourments. C’est la voix de l’Esprit, la parole de l’Esprit qui lutte et qui triomphe. Les assistants s’écriaient : « Il est grand, le Dieu des chrétiens ! » et plus d’une fois on vit les bourreaux, séduits par une si divine éloquence, se déclarer eux-mêmes les disciples d’un Dieu si puissant, et se ranger soudain parmi les nobles victimes qu’ils déchiraient tout à l’heure. Nous savons par les monuments contemporains que l’arène du martyre fut la tribune de la foi, et que le sang des martyrs, joint à la beauté de leur parole, fut la semence des chrétiens.
Après trois siècles de ces merveilles du divin Esprit, la victoire fut complète. Jésus était reconnu Roi et Sauveur du monde, docteur et rédempteur des hommes ; Satan était expulsé du domaine qu’il avait usurpé, le polythéisme dont il fut l’auteur était remplacé par la foi en un seul Dieu, et le culte ignoble delà matière n’était plus qu’un objet de honte et de mépris. Or, une telle victoire qui eut d’abord pour théâtre l’empire romain tout entier, et qui n’a cessé de s’étendre, de siècle en siècle, à tant d’autres nations infidèles, est l’œuvre du Saint-Esprit. La manière miraculeuse dont elle s’est accomplie contre toutes les prévisions humaines est l’un des principaux arguments sur lesquels repose notre foi. Nous n’avons pas vu de nos yeux, nous n’avons pas entendu de nos oreilles le Seigneur Jésus ; mais nous le confessons pour notre Dieu, à cause du témoignage que lui a rendu si visiblement l’Esprit-Saint qu’il nous a envoyé. Soient donc à jamais à ce divin Esprit gloire, reconnaissance et amour de la part de toute créature ! car il nous a mis en possession du salut que notre Emmanuel nous avait apporté.
À LA MESSE.
La Station est aujourd’hui dans la Basilique de Saint-Pierre-aux-Liens. Cette église, appelée aussi la Basilique d’Eudoxie, du nom de l’impératrice qui l’éleva, garde précieusement les chaînes dont saint Pierre fut lié à Jérusalem par l’ordre d’Hérode, et à Rome par l’ordre de Néron. La réunion du peuple fidèle en son enceinte aujourd’hui rappelle merveilleusement la force dont l’Esprit-Saint revêtit les Apôtres au jour de la Pentecôte. Pierre s’est laissé lier pour le service de son maître Jésus, et il s’est fait honneur de ses liens. Cet apôtre qui avait tremblé à la voix d’une servante, ayant reçu le don de l’Esprit-Saint, est allé au-devant des chaînes. Le Prince du monde a cru qu’il pourrait enchaîner la divine parole ; mais cette parole était libre jusque dans les fers. L’Introït, formé des paroles de David, fait allusion aux néophytes qui viennent d’être baptises, et sont là présents avec leurs robes blanches. Au sortir de la fontaine, ils ont été nourris du pain de vie qui est la fine fleur du divin froment. On leur a donné à goûter la douceur du miel qui procède de la pierre. Or la Pierre est le Christ, nous dit l’Apôtre [I Cor. X, 4.], et le Christ a admis Simon, fils de Jonas, à l’honneur de participer à ce noble symbole. Il lui a dit : « Tu es Pierre, » et les chaînes sacrées qui sont là montrent assez avec quelle fidélité Simon a compris qu’il devait s’attacher à la suite de son Maître. Le même Esprit qui l’a fortifié dans la lutte repose maintenant sur les néophytes de la Pentecôte.
INTROÏT.
Cibavit eos ex adipe frumenti, alleluia ; et de petra, melle saturavit cos, alleluia, alleluia alleluia.
Ps. Exsultate Deo adjutori nostro : jubilate Deo Jacob. Gloria Patri. Cibavit.
Dieu les a nourris de la fleur du froment, alléluia ; il les a rassasiés d’un miel sorti de la pierre, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Livrez-vous à la joie en Dieu notre protecteur : chantez avec transport les louanges du Dieu de Jacob. Gloire au Père. Dieu les a nourris.
Dans la Collecte, la sainte Église rappelle la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et remerciant Dieu qui a daigné répandre le don de la foi dans les nouveaux chrétiens, elle implore pour eux celui de la paix que Jésus ressuscité apporta à ses disciples.
ORAISON.
   Deus qui Apostolis tuis Sanctum dedisti Spiritum : concede plebi tuae piae petitionis effectum ; ut quibus dedisti fidem largiaris et pacem. Per Dominum.
   O Dieu, qui avez donné le Saint-Esprit à vos Apôtres, accordez à votre peuple l’objet de son humble prière, et donnez aussi la paix à ceux que vous avez favorisés du don de la foi. Par Jésus-Christ.
ÉPÎTRE.
Lectio Actuum Apostolorum. CAP. X.
   In diebus illis : Aperiens I Petrus os suum dixit Viri fratres, nobis praecepit Dominus praedicare populo, et testificari quia ipse est, qui constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum. Huic omnes prophetae testimonium perhibent, remissionem peccatorum accipere per N omen ejus omnes qui credunt in eum. Adhuc loquente Petro verba haec, cecidit Spiritus Sanctus super omnes qui audiebant verbum. Et obstupuerunt ex circumcisione fideles qui venerant cum Petro quia et in nationes gratia Spiritus Sancti effusa est. Audiebant enim illos loquentes linguis, et magnificantes Deum. Tune respondit Petrus : Numquid aquam quis prohibere potest, ut non baptizentur hi, qui Spiritum Sanctum acceperunt sicut et nos ? Et jussit eos baptizari in nomine Domini Jesu Christi.
   Lecture des Actes des Apôtres. Chap. X.
En ces jours-là, Pierre, ouvrant la bouche, dit : Mes frères, le Seigneur nous a commandé de prêcher au peuple, et de témoigner que c"est Jésus qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent ce témoignage, que quiconque croira en lui, recevra par son Nom la rémission de ses péchés. Pierre parlait encore, lorsque le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et les fidèles circoncis, qui étaient venus avec Pierre, furent frappés d’étonnement, en voyant que la grâce du Saint-Esprit se répandait aussi sur les gentils ; car ils les entendaient parler diverses langues, et glorifier Dieu. Alors Pierre dit : Peut-on refuser l’eau à ceux qui ont déjà reçu comme nous le Saint-Esprit ? Et il commanda qu’on les baptisât au nom u Seigneur Jésus-Christ.
Ce passage du livre des Actes des Apôtres est d’une haute éloquence en un tel jour et en un tel lieu. Pierre, le vicaire du Christ, est en présence des chrétiens sortis de la Synagogue ; sous leurs yeux sont réunis plusieurs hommes de la gentilité que la grâce a conduits, par la prédication de Pierre, à reconnaître Jésus pour le Fils de Dieu. L’Apôtre est arrivé au moment solennel où il doit ouvrir la porte de l’Église aux gentils. Pour ménager la susceptibilité des anciens juifs, il en appelle à leurs prophètes. Qu’ont-ils dit, ces prophètes ? Ils ont annoncé que tous ceux, sans exception, qui croiraient en Jésus recevraient la rémission de leurs péchés par son Nom. Tout à coup l’Esprit-Saint interrompt l’Apôtre, il décide la question en fondant, comme au jour de la Pentecôte, sur ces gentils humbles et croyants. Les signes de sa présence en eux arrachent un cri d’étonnement aux chrétiens circoncis, « C’en est donc fait, s’écrient-ils ; la grâce du Saint-Esprit est donc aussi pour les Gentils ! » Alors Pierre, avec toute l’autorité de Chef de l’Église, décide la question. « Oserions-nous refuser le baptême à des hommes qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous l’avons reçu nous-mêmes ? » Et sans attendre la réponse, il donne ordre de conférer immédiatement le baptême à ces heureux catéchumènes.
Une telle lecture, au sein de Rome centre de la gentilité, dans une Basilique dédiée à saint Pierre, en présence de ces néophytes si récemment initiés aux dons de l’Esprit-Saint par le Baptême, offrait un à propos qu’il nous est aisé de sentir. Puisons-y en même temps un profond sentiment de reconnaissance envers le Seigneur notre Dieu qui a daigné appeler nos pères du sein de l’infidélité, et nous associer après eux aux faveurs de son divin Esprit.
Alleluia, alleluia.
V. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei. Alleluia.
   V. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium : et tui amoris in eis ignem accende.
   Alléluia, alléluia.
v. Les Apôtres publiaient en diverses langues les merveilles de Dieu.
Alléluia
v. Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
La Séquence Veni, Sancte Spiritus, ci-dessus, page 127.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. CAP. III.
   In illo tempore : Dixit Jesus Nicodemo : Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum Unigenitum daret : ut omnis qui credit in eum, non pereat, sed habeat vitam aeternam. Non enim misit Deus Filium suum in mundum ' ut judicet mundum, sed ut salvetur mundus per ipsum. Qui credit in eum, non judicatur : qui autem non credit, jam judicatus est : quia non credit in nomine Unigeniti Filii Dei. Hoc est autem judicium : quia lux venit in mundum, et dilexerunt homines magis tenebras quam lucem : erant enim eorum mala opera. Omnis enim, qui male agit, odit lucem, et non venit ad lucem, ut non arguantur opera ejus : qui autem facit veritatem, venit ad lucem, ut manifestentur opera ejus, quia in Deo sunt facta.
   La suite du saint Évangile selon saint Jean. CHAP. III.
En ce temps-là, Jésus dit à Nicodème : Dieu a aimé le monde jusqu’à donner son Fils unique, afin que quiconque croira en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui, Qui croit en lui n’est pas jugé ; mais qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Et voici le motif du jugement : C’est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal, hait la lumière, et il ne s’approche point de la lumière, de peur que ses œuvres ne soient convaincues de mal. Mais celui qui fait selon la vérité, vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu.
Le Saint-Esprit crée la foi dans nos âmes, et par la foi nous obtenons la vie éternelle ; car la foi n’est pas l’adhésion à une thèse rationnellement démontrée, mais une vertu qui procède de la volonté fécondée par la grâce. Au temps où nous vivons, la foi devient rare. L’orgueil de l’esprit est monté à son comble, et la docilité de la raison aux enseignements de l’Église fait défaut chez un grand nombre. On se croit chrétien et catholique, et en même temps on ne se sent pas disposé à renoncer à ses idées en toute simplicité, si elles étaient désapprouvées par l’autorité qui seule a le droit de nous diriger dans la croyance. On se permet des lectures imprudentes, quelquefois même mauvaises, sans s’inquiéter si l’on contrevient à des défenses sacrées. On fait peu pour arriver à une instruction sérieuse et complète sur les choses de la religion, en sorte que l’on conserve dans son esprit, comme un poison caché, beaucoup d’idées hétérodoxes qui ont cours dans l’atmosphère que l’on respire. Souvent il arrive qu’un homme compte parmi les catholiques, et remplit les devoirs extérieurs de la foi par principe d’éducation, par tradition de famille, par une certaine disposition naturelle du cœur ou de l’imagination. Il est triste de le dire, plusieurs aujourd’hui pensent avoir la foi, et elle est éteinte en eux.
Cependant la foi est le premier lien avec Dieu ; c’est par la foi, nous dit l’Apôtre, que l’on approche de Dieu [Hebr. XI, 6.], et qu’on lui demeure attaché. Telle est l’importance de la foi, que le Seigneur vient de nous dire que « celui qui croit n’est pas jugé. » En effet, celui qui croit dans le sens de notre Évangile, n’adhère pas seulement à une doctrine ; il croit, parce qu’il se soumet de cœur et d’esprit, parce qu’il veut aimer ce qu’il croit. La foi opère par la charité qui la complète, mais elle est un avant-goût de la charité ; et c’est pour cela que le Seigneur promet déjà le salut à celui qui croit. Cette foi éprouve des obstacles de la part de notre nature déchue. Nous venons de l’entendre : « La lumière est venue dans le monde ; mais les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » En notre siècle, les ténèbres règnent, elles s’épaississent ; on voit même s’élever de fausses lumières ; des mirages trompeurs égarent le voyageur, et nous le répétons, la foi est devenue plus rare, cette foi qui unit à Dieu et sauve de ses jugements. Divin Esprit, arrachez-nous aux ténèbres de notre temps, corrigez l’orgueil de notre esprit, délivrez-nous de cette vaine liberté que l’on prône comme l’unique fin de toutes choses, et qui est si complètement stérile pour le bien des âmes. Nous voulons aimer la lumière, la posséder, la conserver, et mériter par la docilité et la simplicité des enfants le bonheur de la voir épanouie dans le jour éternel.
L’Offertoire est tiré d’un des plus magnifiques cantiques de David. On y entend le bruit de la tempête qui annonce l’arrivée de l’Esprit. Bientôt les sources des eaux vives s’épanchent et fertilisent la terre ; c’est le vent impétueux de la Pentecôte et le baptême qui succède à l’émission des feux.
OFFERTOIRE.
Intonuit de cœlo Dominus, et Altissimus dedit vocem suam : et apparuerunt fontes aquarum, alleluia.
Le Seigneur a tonné du haut du ciel, et le Très-Haut a fait retentir sa voix, et les sources des eaux ont paru au jour, alléluia.
Dans la Secrète, l’Église demande qu’il n’y ait qu’une offrande sur l’autel, et qu’elle soit formée à la fois des éléments sacrés et des cœurs des fidèles par l’opération du divin Esprit.
SECRÈTE.
   Propitius, Domine, quaesumus, haec dona sanctifica : et hostiae spiritalis oblatione suscepta, nosmetipsos tibi perfice munus aeternum. Per Dominum.
   DAIGNEZ, Seigneur, sanctifier ces dons ; et en agréant l’offrande de cette hostie spirituelle, faites Je nous-mêmes une oblation éternelle à votre gloire. Par Jésus-Christ.
La Préface de la Pentecôte, ci-dessus, page 129.
L’Antienne de la Communion est formée des paroles du Christ annonçant à ses disciples le ministère que va remplir le Saint-Esprit sur la terre. Il présidera à l’enseignement des vérités que Jésus lui-même a révélées.
COMMUNION.
   Spiritus Sanctus docebit vos, alleluia : quaecumque dixero vobis, alleluia, alleluia.
   L’Esprit-Saint vous enseignera, alléluia, tout ce que je vous aurai dit, alléluia, alléluia.
Dans la Postcommunion, la sainte Église se préoccupe du sort de ses chers néophytes. Ils viennent de participer au Mystère céleste, mais au dehors de graves épreuves les attendent : Satan, le monde, les persécuteurs. La Mère commune intervient auprès de Dieu, pour obtenir que ces nouveaux fruits de son sein soient traités avec des ménagements proportionnés à leur âge encore tendre.
POSTCOMMUNION.
   Adesto, quaesumus Domine, populo tuo : et quem mysteriis cœlestibus imbuisti, ab hostium furore defende. Per Dominum.
   Assistez votre peuple, Seigneur, et après l’avoir nourri des Mystères célestes, défendez-le de la fureur de ses ennemis. Par Jésus-Christ.
À VÊPRES.
On emploie à cet Office les Antiennes, les Psaumes et tout ce qui compose les Vêpres du jour même de la Pentecôte, ci-dessus, page 3o6, sauf l’Antienne de Magnificat et la Collecte qui sont propres au lundi.
ANTIENNE DE Magnificat.
   Si quis diligit me, sermonem meum servabit : et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus, alleluia.
   Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui, alléluia.
L’Oraison des Vêpres est la Collecte de la Messe, ci-dessus, page 151.
L’Église arménienne continue de nous fournir ses beaux chants pour célébrer la mission du Saint-Esprit. Voici l’Hymne qui se rapporte au lundi de l’Octave.
CANON SECUNDAE DIEI.
   Idem ac similis Patri et Filio, Spiritus tu non facte, et coexistens, procedens a Patre inscrutabiliter, accipiens a Filio inenarrabiliter, in Coenaculum hodie descendisti, spiritu gratiae tuae potasti : pota nos quoque per misericordiam calice sapientiae.
   O Esprit semblable au Père et au Fils et de la même essence, tu n’as pas été fait, mais tu coexistes, procédant du Père d’une façon mystérieuse, et recevant du Fils d’une manière inénarrable ; tu es descendu aujourd’hui dans le Cénacle pour donner à tes convives le breuvage de ta grâce : daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
   Exstantium creator effectorum, qui ferebaris super aquas, pariter in aquis lavacri concessi nobis a tibi coexistente, blandiris amore columba homines generas Deiformes : pota nos quoque. per misericordiam calice sapientiae.
   Créateur de tous les êtres, toi qui étais porté sur les eaux, tu te montres caressant comme la colombe dans les eaux du bain sacre qu’a daigné instituer pour nous celui qui t’est coexistant ; là tu enfantes des hommes qui ont la forme de Dieu : daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
   Magister supernorum intellectualium, ac imorum horum sensibilium ; qui Prophetas das pastoribus, et Apostolos de piscatoribus, Evangelistas publicanos, praedicatores verbi tui persecutores : pota nos quoque per misericordiam calico sapientiæ.
   Toi qui instruis à la fois les intelligences célestes et nous qui venons sous les organes corporels ; toi qui prends des bergers pour en faire des Prophètes, des pécheurs pour en faire des Apôtres, des publicains pour en faire des Évangélistes. des persécuteurs pour en faire des prédicateurs de ta parole, daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
   Formidabilis venti instar, horrisono vehementi sonitu, apparuisti in Coenaculo, Spiritus tu, choro duodecim, qui a te baptizati, velut aurum igne purgati sunt : expurga a nobis caliginem peccati ; et indue nos lumine gloriæ.
   Comme un vent redoutable, au bruit violent d’une tempête, o Esprit, tu as apparu dans le Cénacle au chœur des douze ; tu les as baptisés dans le feu, tu les as purifiés comme l’or dans la flamme ; chasse loin de nous les ténèbres du péché, et revêts-nous de la lumière de gloire.
   Amor ex amore te amorem misit, sibi membra sua junxit, Ecclesiam suam quam aedificavit, septem columnis tuis firmavit, oeconomos in ea posuit Apostolos septem charismatibus tuis exornatos : expurga a nobis caliginem peccati, et indue nos lumine gloriae.
   Celui qui est amour t’a envoyé par amour, toi qui es amour ; par toi il s’est uni ses membres, il a établi sur tes sept colonnes son Église qu’il a bâtie ; il a établi en elle, pour l’administrer, ses Apôtres décorés de tes sept dons ; chasse loin de nous les ténèbres du péché, et revêts-nous de la lumière de gloire.
La Séquence qui suit fut composée au XI° siècle par le pieux et docte Hildebert, d’abord évêque du Mans, plus tard archevêque de Tours. On y sent combien était profonde, dans les âges de foi, la connaissance du mystère du Saint-Esprit, et quel enthousiasme excitait sa venue parmi les hommes.
SÉQUENCE.
Spiritus Sancte, Pie Paraclite,
   Amor Patris et Filii, Nexus Gignentis et Geniti.
   Utriusque bonitas et caritas, Et amborum essentiae puritas Benignitas, suavitas, Jocunditas.
Vinculum nectens Deum homini, Virtus adunans Hominem Numini.
   Tibi soli digno coli Cum Patre Filioque Jugis cultus, Honor multus Sit semper
   Procedenti ab utroque. Tu mitis et hilaris, Amabilis, laudabilis, Vanitatis mundator, Munditiae amator.
Vox suavis exsulum Moerentium, Melodia civium Gaudentium.
   Istis solamen, Ne desperent de te, Istis juvamen, Ut suspirent ad te.
   Consolator piorum, Inspirator bonorum, Consiliator moestorum.
Purificator errorum, Eruditor ignotorum, Declarator perplexorum.
Debilem erigens, Devium colligens, Errantem corrigens, Sustines labantem, Promoves conantem, Perficis amantem.
Perfectum educis De lacu faecis, Et miseriae.
   Deducis per semitam Pacis et laetitiae Inducis sub nube In aulam Sapientiae.
   Fundamentum sanctitatis, Alimentum castitatis, Ornamentum lenitatis, Lenimentum paupertatis, Supplementum largitatis, Munimentum probitatis.
Miserorum refugium, Captivorum suffragium.
Illis aptissimus, Istis promptissimus.
   Spiritus veritatis, Nodus fraternitatis, Ab eodem missus A quo et promissus.
   Tu crederis Omnium judex, Qui crederis Omnium opifex.
Honestans bene meritos Praemio, Onustans immeritos Supplicio.
Spiras ubi vis Et quando vis ; Doces quos vis Et quantum vis.
   Imples et instruis Certos in dubiis, Firmas in subitis, Regis in licitis.
   Tu ordo decorans Omnia, Decor ordinans et ornans Omnia, Dicta, facta, cogitata, Dicta veritate, Facta honestate, Cogitata puritate.
Donum bonum, Bonum perfectum, Dans intellectum, Dans et affectum.
   Dirigens rectum, Formans affectum, Firmans provectum, Et ad portas Paradisi Coronans dilectum. Amen.
   Esprit-Saint, miséricordieux Paraclet,
Amour du Père et du Fils, lien éternel entre celui qui engendre et celui qui est engendré.
Vous êtes le principe de bonté et d’amour qui unit l’un et l’autre, la pureté de leur essence ; vous êtes tout bénignité, suavité, vous charmez tout par votre présence.
C’est vous qui formez le lien pour réunir Dieu à l’homme ; vous êtes la force qui produit cette union.
À vous seul donc digne d’adoration, ainsi que le Père et le Fils, culte à jamais. À vous qui procédez éternellement des deux, hommage immense.
Vous êtes doux et joyeux, digne d’amour et de louanges : vous purifiez l’âme de a vanité, la pureté fait vos délices.
Vous inspirez de suaves accents à ceux que consumait la tristesse de l’exil, de mélodieux accords à ceux qui sont dans l’allégresse.
Vous consolez les premiers, et les sauvez du désespoir ; vous venez apprendre aux seconds à soupirer vers vous.
Consolateur des cœurs pieux, inspirateur des bons, conseiller des affligés,
Vous purifiez l’homme de ses erreurs, vous lui enseignez ce qu’il ignorait, vous fixez ses perplexités.
Vous ranimez celui qui est faible, vous recueillez celui qui s’égarait, vous corrigez celui qui se trompait ; vous soutenez celui qui allait tomber, vous aidez les efforts de celui qui combat, vous perfectionnez celui qui aime déjà.
C’est vous qui avez fait sortir du lac de corruption et de misère celui qui maintenant est parfait.
C’est vous qui le conduisez par un sentier de paix et d’allégresse, et l’introduisez sous le nuage de la foi jusque dans le sanctuaire de la divine Sagesse.
Fondement de toute sainteté, vous êtes l’aliment delà chasteté, vous embellissez la douceur, vous rendez douce la pauvreté, vous fournissez aux largesses, vous êtes l’appui de toute honnêteté.
Refuge des misérables, secours de ceux qui sont captifs ;
Venant à point pour les premiers, envoyant un prompt secours aux seconds.
Esprit de vérité, nœud de la fraternité ; celui qui vous a envoyé est le même qui vous avait promis.
Notre foi qui reconnaît en vous le créateur des êtres, vous reconnaît aussi comme leur juge qui doit venir.
Pour honorer de la récompense ceux qui l’auront méritée, et soumettre au supplice ceux qui s’en seront rendus dignes.
Vous soufflez où il vous plaît et quand il vous plaît ; vous êtes le docteur de ceux que vous choisissez, et au degré qui vous convient.
Vous remplissez les âmes et les éclairez de votre lumière dans leurs doutes ; vous êtes leur force dans les attaques subites, leur règle dans le choix de ce qui est licite.
Vous êtes l’harmonie qui donne à tout sa beauté ; car toute chose est par vous mise en ordre et reçoit de vous sa splendeur. Dans nos paroles, vous mettez la vérité, dans nos actions l’honnêteté, dans nos pensées la pureté.
O don excellent ! Bien parfait ! Vous donnez l’intelligence et vous donnez aussi le sentiment.
Vous dirigez en nous le bien, vous créez en nous l’amour, vous nous fortifiez dans la course, et aux portes du paradis, vous couronnez celui que vous avez aimé.
   Amen.
   
LE DON DE PIÉTÉ.
Le don de Crainte de Dieu est destiné à guérir en nous la plaie de l’orgueil ; le don de Piété est répandu dans nos âmes par le Saint-Esprit pour combattre l’égoïsme, qui est l’une des mauvaises passions de l’homme déchu, et le second obstacle à son union avec Dieu. Le cœur du chrétien ne doit être ni froid ni indifférent ; il faut qu’il soit tendre et dévoué ; autrement il ne pourrait s’élever dans la voie à laquelle Dieu, qui est amour, a daigné l’appeler.
L’Esprit-Saint produit donc en l’homme le Don de Piété, en lui inspirant un retour filial vers son Créateur. « Vous avez reçu l’Esprit d’adoption, nous dit l’Apôtre, et c’est par cet Esprit que nous crions à Dieu : Père ! Père [Rom. VIII, 15.] ! » Cette disposition rend l’âme sensible à tout ce qui touche l’honneur de Dieu. Elle fait que l’homme nourrit en lui-même la componction de ses péchés, à la vue de l’infinie bonté qui a daigné le supporter et lui pardonner, à la pensée des souffrances et de la mort du Rédempteur. L’âme initiée par le don de Piété désire constamment la gloire de Dieu ; elle voudrait amener tous les hommes à ses pieds, et les outrages qu’il reçoit lui sont particulièrement sensibles. Sa joie est de voir le progrès des âmes dans l’amour, et les dévouements que cet amour leur inspire pour celui qui est le souverain bien. Remplie d’une soumission filiale envers ce Père universel qui est aux cieux, elle est prête à toutes ses volontés. Elle se résigne de cœur à toutes les dispositions de sa Providence.
Sa foi est simple et vive. Elle se tient amoureusement soumise à l’Église, toujours prête à renoncer à ses idées les plus chères, si elles s’écartent en quelque chose de son enseignement ou de sa pratique, ayant une horreur instinctive de la nouveauté et de l’indépendance.
Ce dévouement à Dieu qu’inspire le don de Piété en unissant l’âme à son Créateur par l’affection filiale, l’unit d’une affection fraternelle à toutes les créatures, puisqu’elles sont l’œuvre de la puissance de Dieu et qu’elles sont à lui.
Au premier rang dans les affections du chrétien animé du don de Piété se placent les créatures glorifiées dont Dieu jouit éternellement, et qui jouissent de lui pour jamais. Il aime tendrement Marie, et il est jaloux de son honneur ; il vénère avec amour les saints ; il admire avec effusion le courage des martyrs, et les actes héroïques de vertu accomplis par les amis de Dieu ; il se délecte de leurs miracles, il honore religieusement leurs reliques sacrées.
Mais son affection n’est pas seulement pour les créatures couronnées au ciel ; celles qui sont encore ici-bas tiennent une large place dans son cœur. Le don de Piété lui fait trouver en elles Jésus lui-même. Sa bienveillance pour ses frères est universelle. Son cœur est disposé au pardon des injures, au support des imperfections d’autrui, à l’excuse pour les torts du prochain. Il est compatissant pour le pauvre, empressé auprès de l’infirme. Une douceur affectueuse révèle le fond de son cœur ; et dans ses rapports avec ses frères de la terre, on le voit toujours disposé à pleurer avec ceux qui pleurent, à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie.
Telle est, ô divin Esprit, la disposition de ceux qui cultivent le don de Piété que vous avez versé dans leurs âmes. Par cet ineffable bienfait, vous neutralisez le triste égoïsme qui flétrirait leur cœur, vous les délivrez de cette sécheresse odieuse qui rend l’homme indifférent à ses frères, et vous fermez son âme à l’envie et à la haine. Pour cela il ne lui a fallu que cette piété filiale envers son Créateur ; elle a attendri son cœur, et ce cœur s’est fondu dans une vive affection pour tout ce qui est sorti des mains de Dieu. Faites fructifier en nous un si précieux don, ô divin Esprit ! ne permettez pas qu’il soit étouffé par l’amour de nous-mêmes. Jésus nous a encouragés en nous disant que son Père céleste « fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants [MATTH. V, 45.]» ; ne soutirez pas, divin Paraclet, qu’une si paternelle indulgence soit un exemple perdu pour nous, et daignez développer dans nos âmes ce germe de dévouement, de bienveillance et de compassion que vous y avez daigné placer au moment où vous en preniez possession par le saint Baptême.
LE MARDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Nous avons admiré l’œuvre du Saint-Esprit accomplissant dans le monde, par les Apôtres et par ceux qui vinrent après eux, la conquête du genre humain au nom de Jésus à qui « toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre [MATTH. XXVIII, 18.] ». La langue de feu a vaincu, et le Prince du monde, en dépit de ses fureurs, a vu crouler ses autels et tomber son pouvoir. Voyons la suite des œuvres de ce divin Esprit pour la glorification du Fils de Dieu qui l’a envoyé aux hommes.
L’Emmanuel était descendu ici-bas cherchant dans son amour l’Épouse qu’il avait désirée de toute éternité. Il l’épousa d’abord en prenant la nature humaine et l’unissant indissolublement à sa personne divine ; mais cette union individuelle ne suffisait pas à son amour. Il daignait aspirer à posséder la race humaine tout entière ; il lui fallait son Église, « son unique », comme il l’appelle au divin Cantique [Cant, VI, 8.], son Église formée de l’élite de tous les peuples, « pleine de gloire, n’ayant ni tache ni ride, mais sainte et immaculée [Eph. V, 27.]. » Il trouvait la race humaine souillée par le péché, indigne de célébrer avec lui les noces augustes auxquelles il la conviait. Son amour cependant n’hésita pas. Il déclara qu’il était l’Époux annoncé dans l’Épithalame sacré [MATTH. IX, 15 ; XXV, 6 ; Marc, II, 19 ; Luc. V, 34 ; JOHAN. II, 29.] ; il lava dans son propre sang les souillures de sa fiancée, et lui attribua en dot les mérites infinis qu’il avait conquis.
L’ayant ainsi préparée pour lui-même, il voulut que son union avec lui fût la plus intime qui pût être. Jésus et son Église sont un seul corps ; il est la tête, elle est l’ensemble des membres réunis dans l’unité sous cet unique chef. C’est la doctrine de l’Apôtre : « Le Christ est la tête de l’Église ; nous sommes les membres de son corps, nous sommes de sa chair et de ses os [Eph. V, 23-30.]. » Ce corps se formera par l’accession successive des fils de la race humaine qui, prévenus du secours surnaturel de la grâce, voudront en faire partie ; et ce monde que nous habitons sera conservé jusqu’à ce que le dernier élu qui manquait encore à l’intégralité du corps mystérieux du Fils de Dieu soit venu s’y réunir pour l’éternité. Alors tout sera consommé, et la dernière des conséquences de la divine incarnation sera remplie.
Or, de même que dans le Verbe incarné l’humanité est composée d’une âme invisible et d’un corps visible, ainsi l’Église sera à la fois une âme et un corps : une âme dont l’œil seul de Dieu pourra contempler ici-bas toute la beauté ; un corps qui attirera les regards des hommes, et sera le témoignage éclatant de la puissance de Dieu et de l’amour qu’il porte à la race humaine. Jusqu’aux jours où nous sommes, les justes appelés à être réunis sous le divin Chef avaient seulement appartenu à l’âme de l’Église ; carie corps n’existait pas encore. Le Père céleste les avait adoptés pour ses enfants, le Fils de Dieu les avait acceptés pour ses membres, et l’Esprit-Saint, dont nous allons voir désormais l’action extérieure, avait opéré intimement leur élection et leur consommation. Le point de départ du nouvel ordre de choses est en Marie. En elle d’abord, ainsi que nous l’avons enseigné dans une des semaines précédentes, résida l’Église complète, âme et corps. Celle qui devait être aussi réellement la Mère du Fils de Dieu selon l’humanité, que le Père céleste en est le Père selon la divinité, devait être dans Tordre des temps, comme dans la mesure des grâces, supérieure à tout ce qui avait précédé et à tout ce qui devait suivre.
L’Emmanuel voulut aussi poser lui-même, en dehors de sa mère bien-aimée, les assises de son Église. Il en plaça de ses mains divines la Pierre fondamentale, il en éleva les colonnes, et nous avons vu comment il employa les quarante jours qui précédèrent son Ascension à l’organisation de cette Église encore si restreinte, mais qui devait un jour couvrir le monde entier. Il annonça qu’il serait avec les siens « jusqu’à la consommation des siècles [MATTH. XXVIII, 20.] » ; c’était promettre que, lors même qu’il serait monté au ciel, la race de ses disciples se perpétuerait jusqu’à la fin des temps.
Pour l’accomplissement de son œuvre qu’il n’avait qu’ébauchée, il comptait sur le divin Esprit. Il était même nécessaire que cet Esprit-Saint descendît pour perfectionner et confirmer les élus de l’Emmanuel. Il devait être leur Paraclet, leur Consolateur, après le départ de leur Maître ; il était la Vertu d’en haut qui devait les protéger comme une armure dans leurs combats ; il devait leur remettre en mémoire les enseignements de leur Maître ; il devait féconder de son action les Sacrements que Jésus avait institués, et dont le pouvoir était en eux par le caractère qu’il avait imprimé à leurs âmes. Voilà pourquoi il leur dit : « Il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne m’en allais pas, le Paraclet ne viendrait pas vers vous. » Au jour de la Pentecôte, nous avons vu le divin Esprit opérer sur la personne des Apôtres et des disciples ; maintenant il nous faut le voir à l’œuvre dans la création, dans le maintien et le perfectionnement de cette Église que Jésus a promis d’assister de sa présence mystérieuse « jusqu’à la consommation des siècles ».
La première opération de l’Esprit-Saint dans l’Église est l’élection des membres qui doivent la composer. Ce droit de l’élection lui est tellement personnel que, selon la parole du livre sacré, les disciples mêmes que Jésus s’était choisis pour être les bases de son Église, il les avait élus « avec le concours de l’Esprit-Saint [Act. I, 2.]». Dès le jour même de la Pentecôte, nous avons vu ce divin Esprit débuter par l’élection de trois mille personnes. Peu de jours après, cinq mille autres sont attirées, ayant entendu la prédication de Pierre et de Jean sous les portiques du temple. Après les Juifs, la gentilité a son tour ; et l’Esprit-Saint, ayant conduit Pierre auprès du centurion Corneille, fond tout à coup sur ce Romain et sur ses gens, les déclarant ainsi élus pour l’Église et appelés au baptême. La sainte Liturgie nous faisait lire ce récit hier encore dans la solennité de la Messe.
À la suite de ces débuts, qui pourrait suivre la marche impétueuse de cet Esprit que rien n’arrête ? « Le bruit de ses envoyés parcourt la terre entière, et leur parole retentit jusqu’aux extrémités du monde [Psalm. XVIII, 5.]. » L’Esprit les précède et les accompagne, et c’est lui qui fait la conquête pendant qu’ils parlent. On n’est encore qu’au commencement du III° siècle, et un écrivain chrétien peut dire aux magistrats de l’empire romain : « Nous sommes d’hier, et nous remplissons toute vos villes, vos municipes, vos camps, le palais, le sénat, le forum [TERTULL. Apologet. XXXVII.]. » Rien ne résiste à l’Esprit ; trois siècles sont loin encore d’être écoulés depuis la manifestation du jour de la Pentecôte, et ce sont les Césars eux-mêmes que l’Esprit choisit pour en faire des membres de l’Église.
Ainsi se forme d’heure en heure l’Épouse que Jésus attend, et dont il contemple avec amour, du haut du ciel, la croissance et les développements. Dans les premières années du IV° siècle, cette Église, œuvre du Saint-Esprit, dépasse les limites de l’empire romain ; et si dans cet empire lui-même, il est ça et là des groupes païens qui tiennent encore, tous du moins ont entendu parler d’elle, et la haine qu’ils lui portent témoigne assez des progrès qu’elle fait sous leurs yeux.
Mais n’allons pas croire que le rôle de l’Esprit-Saint se borne à assurer l’établissement de l’Église sur les ruines de l’empire païen. Jésus veut une Épouse immortelle, toujours plus connue par sa présence en tous lieux et en tous temps, toujours supérieure à toute autre division de la race humaine par l’étendue de son empire et le nombre de ses sujets.
Le divin Esprit ne saurait donc s’arrêter dans l’accomplissement de sa mission. Si Dieu a résolu de submerger l’empire coupable sous l’inondation des barbares, c’est un nouveau triomphe préparé pour l’Esprit. Laissez-le pénétrer et agiter doucement cette masse formidable. Il a là ses élus, et par millions. Il avait renouvelé la face de la terre païenne ; il renouvelle la face du monde devenu barbare. Les coopérateurs qu’il se prépare lui-même ne lui feront pas défaut. Il crée sans fin de nouveaux apôtres, et puissant comme il est, il en emploie de tout genre à son œuvre. Les Clotilde, les Berthe, les Théodelinde, les Hedwige et tant d’autres, sont à ses ordres : parée de leurs royales mains, l’Épouse de Jésus croît toujours plus jeune et plus belle.
Si de vastes continents en Europe n’ont pas encore été associés au mouvement, c’est qu’il fallait d’abord consolider l’œuvre dans les régions où les chrétientés de la première époque avaient été comme submergées sous le torrent de l’invasion. Mais voici qu’à partir de la fin du VI° siècle, le divin Esprit lance tour à tour sur l’île des Bretons, sur la Germanie, sur les races Scandinaves, sur les pays slaves, les Augustin, les Boniface, les Anschaire, les Adalbert, les Cyrille, les Méthodius, les Othon. Servie par ces nobles instruments de l’Esprit-Saint, l’Épouse répare les pertes qu’elle a subies dans l’Orient, où le schisme et l’hérésie ont successivement rétréci son héritage primitif. Celui qui, étant Dieu comme le Père et le Fils, a reçu pour mission de la maintenir dans ses honneurs, veille fidèlement à sa garde.
Et en effet, lorsqu’une défection plus désastreuse encore est à la veille d’éclater en Europe par la prétendue réforme, l’Esprit-Saint a déjà pris les devants. Les Indes orientales sont devenues tout à coup la conquête de la nation très fidèle ; un nouveau monde occidental est sorti des eaux, et forme un nouvel apanage au royaume catholique. C’est alors que le divin Esprit, toujours jaloux de maintenir dans sa dignité et dans sa plénitude le dépôt que lui a confié le Verbe incarné, suscite de nouveaux envoyés pour aller porter sur ces plages immenses le nom de celui qui est l’Époux, et qui sourit du haut du ciel aux accroissements qu’obtient l’Épouse. François Xavier est donné aux Indes orientales ; ses frères, joints aux fils de Dominique et de François, défrichent avec une indomptable persévérance l’héritage que les Indes occidentales offrent à l’Église.
Mais si plus tard la vieille Europe, trop crédule à des docteurs de mensonge, semble repousser cette noble reine qui est aimée du Fils éternel de Dieu ; si, trahie et dépouillée, calomniée et privée de ses droits, cette sainte Église doit être en butte à ceux qui longtemps furent ses fils, tenez pour certain que le divin Esprit ne la laissera pas manquer à ses destinées. Voyez plutôt ses œuvres en nos jours. D’où viennent, si ce n’est de son souffle, ces vocations à l’apostolat plus nombreuses d’année en année ? Tandis que d’un côté les retours des hérétiques à l’antique foi sont plus fréquents qu’ils ne l’ont jamais été, toutes les régions infidèles sont visitées par le flambeau de l’Évangile. Notre siècle a revu les martyrs, il a entendu les interrogatoires des proconsuls chinois et annamites, il a recueilli dans son admiration les réponses des confesseurs dictées par l’Esprit-Saint, selon la promesse du Maître. L’extrême Orient donne ses élus, les nègres de l’Afrique sont évangélisés ; et si une cinquième partie de la terre s’est révélée, elle possède déjà de nombreux fidèles sous une hiérarchie de pasteurs légitimes.
Soyez donc béni, divin Esprit, qui veillez avec tant de sollicitude sur l’Épouse chérie de Jésus ! Elle n’a pas défailli un seul jour, grâce à votre action constante et jamais lassée. Vous n’avez pas laissé passer un siècle sans susciter des apôtres pour l’enrichir de leurs conquêtes ; sans cesse vous avez sollicité par votre grâce les esprits et les cœurs de se donner à elle ; en toute race, en tous les siècles, vous avez élu vous-même les innombrables fidèles dont elle se compose. Comme elle est notre mère et que nous sommes ses fils, comme elle est l’Épouse de notre divin Chef auquel nous espérons nous réunir en elle, en opérant pour la gloire du Fils de Dieu qui vous a envoyé sur la terre, ô divin Esprit, vous avez daigné travailler pour nous, humbles et pécheresses créatures. Nous vous offrons nos faibles actions de grâces pour tant de bienfaits.
Notre Emmanuel nous a révélé que vous devez demeurer ainsi avec nous jusqu’à la fin des temps, et nous comprenons maintenant la nécessité de votre présence, ô divin Esprit ! Vous dirigez la formation de l’Épouse, vous la maintenez, vous la rendez victorieuse de toutes les attaques, vous la transportez d’une région dans l’autre, lorsque le sol qu’elle foule n’est plus digne de la porter ; vous êtes son vengeur contre ceux qui l’outragent, et vous le serez jusqu’au dernier jour.
Mais cette noble Épouse d’un Dieu ne doit pas toujours demeurer ainsi exilée loin de son Époux. De même que Marie resta plusieurs années sur la terre, afin d’y travailler à la gloire de son fils, et fut enfin enlevée aux cieux pour y régner avec lui ; ainsi l’Église demeurera militante ici-bas durant les siècles qui sont nécessaires pour arriver au complément du nombre des élus. Mais nous savons qu’un temps doit venir dont il est écrit : « Les noces de l’Agneau sont venues, et son Épouse s’est préparée. On lui a donné un vêtement de fin lin d’une blancheur éblouissante, et le tissu en est composé des vertus des saints qu’elle a formés [Apoc. XIX, 7.]. » En ces derniers jours, l’Épouse, toujours belle et digne de l’Époux, ne croîtra plus ; elle diminuera même ici-bas, en proportion de ce qu’elle grandira triomphante au ciel. Autour d’elle, sur la terre, la défection prédite par saint Paul [II Thess. II, 3] se fera sentir ; les hommes la laisseront seule, ils courront vers le Prince du monde qui sera délié « pour un peu de temps [Apoc. XX, 3.] », et vers la bête à laquelle « il sera donné de faire la guerre aux saints et même de les vaincre [Ibid. XIII, 7.]. » Les dernières heures de l’Épouse ici-bas seront dignes d’elle ; vous soutiendrez notre mère, ô divin Esprit, jusqu’à l’arrivée de l’Époux. Mais après l’enfantement du dernier élu, l’Esprit et l’Épouse s’uniront dans un même cri : « Venez ! diront-ils [Ibid. XXII, 17.]. » Alors l’Emmanuel paraîtra sur les nuées du ciel, la mission de l’Esprit sera terminée, et l’Épouse, « appuyée sur son bien-aimé [Cant. VIII, 5.] », s’élèvera de cette terre ingrate et stérile vers le ciel où l’attendent les noces de l’éternité.
À LA MESSE.
La Station de ce jour est dans l’Église de Sainte-Anastasie, cette intéressante basilique où nous assistâmes à la Messe de l’Aurore le jour de la naissance de l’Emmanuel. Nous la revoyons aujourd’hui que toute la série des mystères de notre salut est à son terme. Bénissons Dieu qui a daigné achever avec tant de force ce qu’il a commencé pour nous avec tant de douceur. Les néophytes assistent encore à cette Messe avec leurs robes blanches, et leur présence atteste à la fois l’amour du Fils de Dieu qui les a lavés dans son sang, et la puissance de l’Esprit-Saint qui les a ravis à l’empire du Prince de ce monde.
L’Introït s’adresse aux néophytes et les engage à sentir tout leur bonheur. C’est au royaume céleste qu’ils sont désormais appelés ; qu’ils offrent donc une continuelle action de grâces à celui qui a daigné les choisir. Les paroles de cette pièce, qui est de la plus haute antiquité, sont tirées du IV° livre d’Esdras que les premiers chrétiens lisaient souvent à cause de la beauté et de la gravité de ses enseignements, bien qu’il ne soit pas reconnu par l’Église pour un livre inspiré.
INTROÏT.
   Accipite jucunditatem gloriae vestræ, alleluia : gratias agentes Deo, alleluia : qui vos ad cœlestia regna vocavit, alleluia, alleluia, alleluia.
   Recevez et goûtez les délices de la gloire qui vous était préparée, alléluia ; rendez grâces à Dieu, alléluia, qui vous a appelés au royaume céleste, alléluia, alléluia, alléluia.
   Ps. Attendite, popule meus, legem meam : inclinate aurem vestram in verba oris mei. Gloria Patri. Amen.
   Ps. Écoute ma loi, ô mon peuple : prête l’oreille aux paroles de ma bouche.
Gloire au Père. Recevez.
Dans la Collecte, l’Église nous enseigne que l’action du Saint-Esprit est pleine de douceur pour nos âmes. C’est cette action divine qui les purifie de toutes leurs souillures, en même temps qu’elle les garde des attaques de l’esprit perfide et jaloux qui les menace sans cesse.
ORAISON.
   Adsit nobis, quaesumus Domine, virtus Spiritus Sancti, quae et corda nostra clementer expurget, et ab omnibus tueatur adversis. Per Dominum.
   Seigneur, daignez nous assister de la vertu du Saint-Esprit ; afin qu’elle purifie nos cœurs dans sa mansuétude, et qu’elle nous détende contre tout adversaire. Par Jésus-Christ.
ÉPÎTRE.
Lectio Actuum Apostolorum. CAP. VIII.
   In diebus illis : Quum audissent Apostoli, qui erant Jerosolymis, quod recepisset Samaria verbum Dei, miserunt ad eos Petrum et Johannem, qui quum venissent, oraverunt pro ipsis ut acciperent Spiritum Sanctum ; nondum enim in quemquam illorum venerat, sed baptizati tantum erant in nomine Domini Jesu. Tunc imponebant manus super illos, et accipiebant Spiritum Sanctum.
   Lecture des Actes des Apôtres. Chap. VIII.
En ces jours-là, les Apôtres qui étaient à Jérusalem ayant appris que Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui étant venus, firent pour eux des prières, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit ; car il n’était pas encore descendu sur aucun d’eux, mais ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposèrent les mains sur eux. et ils reçurent le Saint-Esprit.
Les habitants de Samarie avaient accepté la prédication évangélique qui leur avait été portée par le diacre Philippe. Ils avaient reçu de sa main le baptême qui en avait fait des chrétiens. On se rappelle le dialogue de Jésus avec une femme de cette ville au bord du puits de Jacob, et les trois jours qu’il daigna passer avec les habitants. Leur foi est récompensée : le baptême les a faits enfants de Dieu et membres de leur Rédempteur. Mais il faut encore qu’ils reçoivent l’Esprit-Saint dans le Sacrement de force. Le diacre Philippe n’a pu leur octroyer ce don ; deux Apôtres, Pierre et Jean, revêtus du caractère de pontifes, viennent le leur conférer, et les rendre parfaits chrétiens. Ce récit nous remet en souvenir la grâce qu’a daigné nous faire l’Esprit-Saint en imprimant sur nos âmes le sceau de la Confirmation : offrons-lui notre reconnaissance pour ce bienfait qui nous a attachés à lui plus étroitement, et nous a rendus capables de confesser sans faiblesse notre foi devant tous ceux qui voudront nous en demander compte.
ALLELUIA, alleluia.
   V. Spiritus Sanctus docebit vos quaecumque dixero vobis. Alleluia.
   Alléluia, alléluia.
   V. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   v. Le Saint-Esprit vous enseignera tout ce que je vous ai dit.
Alléluia.
v. Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
On chante ensuite la Séquence Veni, Sancte Spiritus, ci-dessus, page 127.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii Johannem. CAP. X.
   In illo tempore : Dixit Jesus Pharisaeis : Amen, amen dico vobis, qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est, et latro. Qui autem intrat per ostium, pastor est ovium. Huic ostiarius aperit, et oves vocem ejus audiunt, et proprias oves vocat nominatim, et educit eas, et quum proprias ores emiserit, ante eas vadit : et oves illum sequuntur, quia sciunt vocem ejus. Alienum autem non sequuntur, sed fugiunt ab eo quia non noverunt vocem alienorum. Hoc proverbium dixit eis Jesus. illi autem non cognoverunt quid loqueretur cis. Dixit ergo eis iterum Jesus : Amen, amen dico vobis quia ego sum ostium ovium. Omnes quotquot venerunt, fures sunt et latrones, et non audierunt eos ores. Ego sum ostium. Per me si quis introierit, salvabitur : et ingredietur, et egredietur, et pascua inveniet. Fur non venit nisi ut furetur, et mactet et perdat. Ego veni ut itam habeant, et abundantius habeant.
   La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. X.
En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui n’entre pas par la Sorte dans la bergerie des brebis, mais qui v monte par un autre endroit, celui-là est un voleur et un larron. Mais celui qui entre par la porte, est le pasteur des brebis. C’est à celui-là que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix. Il appelle les brebis qui sont à lui par leur nom, et il les fait sortir. Et lorsqu’il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivent point un étranger, mais elles s’éloignent de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Jésus leur dit celte parabole ; mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait. Jésus leur dit donc encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des larrons, et les brebis ne les ont pas écoutés. Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voler, pour égorger et pour perdre. Moi je suis venu afin que les brebis aient la vie. et une vie plus abondante.
En proposant ce passage de l’Évangile aux néophytes de la Pentecôte, l’Église voulait les prémunir contre un danger qui pouvait se présenter à eux dans le cours de leur vie. Au moment où nous sommes, ils sont les heureuses brebis de Jésus le bon Pasteur, et ce divin Pasteur est représenté auprès d’eux par des hommes qu’il a investis lui-même de la charge de paître ses agneaux. Ces hommes ont reçu de Pierre leur mission, et celui qui est avec Pierre est avec Jésus. Mais il est arrivé souvent que de faux pasteurs se sont introduits dans la bergerie, et le Sauveur les qualifie de voleurs et de larrons, parce qu’au lieu d’entrer par la porte, ils ont escaladé les clôtures de la bergerie. Il nous dit qu’il est lui-même la Porte par laquelle doivent passer ceux qui ont le droit de paître ses brebis. Tout pasteur, pour n’être pas un larron, doit avoir reçu la mission de Jésus, et cette mission ne peut venir que par celui qu’il a établi pour tenir sa place, jusqu’à ce qu’il vienne lui-même.
L’Esprit-Saint a répandu ses dons divins dans les âmes de ces nouveaux chrétiens ; mais les vertus qui sont en eux ne peuvent s’exercer de manière à mériter la vie éternelle qu’au sein de l’Église véritable. Si, au lieu de suivre le pasteur légitime, ils avaient le malheur de se livrer à de faux pasteurs, toutes ces vertus deviendraient stériles. Ils doivent donc fuir comme un étranger celui qui n’a pas reçu sa mission du Maître qui seul peut les conduire aux pâturages de la vie. Souvent, dans le cours des siècles, il s’est rencontré des pasteurs schismatiques ; le devoir des fidèles est de les fuir, et tous les enfants de l’Église doivent être attentifs à l’avertissement que notre Seigneur leur donne ici. L’Église qu’il a fondée et qu’il conduit par son divin Esprit a pour caractère d’être Apostolique. La légitimité de la mission des pasteurs se manifeste par la succession ; et parce que Pierre vit dans ses successeurs, le successeur de Pierre est la source du pouvoir pastoral. Qui est avec Pierre est avec Jésus-Christ.
Dans l’Offertoire l’Église, préludant au divin Sacrifice, exalte par les paroles du Psalmiste la nourriture sacrée à laquelle vont communier les fidèles ; c’est une manne qui vient du ciel, c’est le pain même des Anges.
OFFERTOIRE.
   Portas cœli aperuit Dominus, et pluit illis manna, ut ederent : panem cœli dedit eis, panem Angelorum manducavit homo, alleluia.
   Le Seigneur a ouvert les portes du ciel, et il leur a tait pleuvoir la manne pour leur nourriture ; il leur a donné le pain du ciel, et l’homme a mangé le pain des Anges, alléluia.
La Victime qui va être offerte a le pouvoir de purifier par son immolation ceux qui sont appelés à s’en nourrir ; la sainte Église, dans la Secrète, demande qu’il en arrive ainsi pour les fidèles qui forment l’assistance.
SECRÈTE.
   Purificet nos, quaesumus Domine, muneris praesentis oblatio : et dignos sacra participatione efficiat. Per Dominum.
   Purifiez-nous, Seigneur, par l’oblation des dons que nous vous offrons, et faites qu’elle nous rende dignes de participer au Mystère sacre. Par Jésus-Christ.
La Préface est celle de la Pentecôte, ci-dessus, page 129.
Dans l’Antienne de la Communion, l’Église rappelle les paroles dans lesquelles Jésus a annoncé que l’Esprit-Saint le glorifierait ; nous qui venons de voir ce divin Esprit à l’œuvre dans le monde entier, nous savons qu’il a accompli l’oracle dans toute son étendue.
COMMUNION.
Spiritus, qui a Patre procedit, alleluia, ille me clarificabit, alleluia, alleluia.
L’Esprit qui procède du Père, alléluia, me glorifiera, alléluia, alléluia.
Le peuple fidèle vient de participer au Mystère de Jésus ; la sainte Église nous apprend, dans la Postcommunion, que la vertu de l’Esprit-Saint a influé divinement à ce moment auguste. C’est lui qui a accompli le changement des dons sacrés au corps et au sang du Rédempteur, lui encore qui a préparé les âmes à s’unir au Fils de Dieu, en les purifiant du péché.
POSTCOMMUNION
   Mentes nostra, quaesumus Domine, Spiritus Sanctus divinis reparet sacramentis : quia ipse est remissio omnium peccatorum. Per Dominum.
   Daignez faire, Seigneur, que l’Esprit-Saint renouvelle nos âmes par ces divins Mystères ; car il est lui-même la rémission de tous les péchés. Par Jésus-Christ.
À VÊPRES.
Les Antiennes, les Psaumes et tout le reste de l’Office des Vêpres, sauf l’Antienne de Magnificat, sont les mêmes qu’au jour de la Pentecôte, ci-dessus, page 133.
ANTIENNE DE Magnificat
   Egos sum ostium, dicit Dominus : per me si quis introierit, salvabitur et pascua inveniet, alleluia.
   Je suis la porte, dit le Seigneur : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé et il trouvera les pâturages, alléluia.
L’Oraison est la Collecte de la Messe, ci-dessus, page 162.
Nous entendrons encore aujourd’hui l’Église arménienne célébrer la venue de l’Esprit-Saint avec toute la dignité et la splendeur qui caractérisent son Hymnaire.
CANON TERTIAE DIEI.
Hodie cœlestes laetati sunt de terrestrium renovatione : namque innovator existentium Spiritus descendit ad sacrum coenaculum, quo renovati sunt chori apostolorum.
   Hodie humea natura nostra exsultat reconciliatione cum Patre ; quia qui abstulit spiritum ab hominibus, caro effectis, iterum donat.
   Qui implevit Spiritus Domini, Beseleel architectorem tabernaculi. hodie efficit homines tabernaculum sanctae Trinitati ; omnes Spiritus, benedicite Spiritum Dei.
   Hodie pueri Ecclesiae celebrant in exsultatione adventum Sancti Spiritus, per quem exornati sunt vestibus pellucidis et clarissimis, cantantes cum Seraphim trisagium.
   Aujourd’hui les Esprits célestes se sont réjouis du renouvellement de la terre ; car l’Esprit rénovateur des êtres est descendu dans le sacré Cénacle, et il y a renouvelé le collège apostolique.
   Qui unitos turris, divisione linguarum sejunxit, hodie divisas linguas nationum univit rursum in sacro coenaculo ; omnes Spiritus, benedicite Spiritum Dei.
   Aujourd’hui notre nature terrestre tressaille de se sentir réconciliée avec le Père ; car celui qui avait enlevé son esprit aux hommes devenus charnels, daigne le leur donner de nouveau.
   Qui descendit, Spiritus Domini, et ductor fuit duodecim tribuum Israel in deserto, hodie duodecim Apostolos perducit ad Evangelium omnes Spiritus, benedicite Spiritum Dei.
   Aujourd’hui les enfants de l’Église célèbrent avec transport l’avènement du Saint-Esprit, qui les a parés de vêtements nobles et lumineux, et ils sont admis à chanter le trisagion avec les Séraphins.
Celui qui sépara par la division des langues ceux qui s’étaient unis pour bâtir la tour, a réuni de nouveau aujourd’hui, dans le sacré Cénacle, les langues des nations en une seule. O vous tous. Esprits, bénissez l’Esprit de Dieu.
L’Esprit du Seigneur qui descendit autrefois, et fut le conducteur des douze tribus d’Israël dans le désert, conduit aujourd’hui les douze Apôtres à la prédication de l’Évangile. O vous tous, Esprits, bénissez l’Esprit de Dieu.
L’Esprit du Seigneur qui remplit autrefois Bézeleel, l’architecte du tabernacle, rend aujourd’hui les hommes comme les tabernacles de la sainte Trinité. O vous tous, Esprits, bénissez l’Esprit de Dieu.
La belle Séquence que nous donnons ici est empruntée aux anciens Missels de Liège.
SÉQUENCE.
   Amor Patris et Filii, Veri splendor auxilii, Totius spes solatii.
   0 indeficiens piorum lux, Et praemium justorum Sublevator perditorum.
Omnis fortitudinis, Ac omnis sanctitudinis, Ac beatitudinis Donator, Omnis rectitudinis amator.
Omnipotens, propitius ; Omnitenens, innoxius.
Justius, carius, Honestius, Sanctius, fortius, Subtilius Quo nihil est potentius, Quo nihil est vel melius.
   Illuminator cordium, Per quem ad Patrem omnium Venitur, et ad Filium.
   Fons ingenii, Dator gaudii Medicina vitii, Spiritus consilii.
Humilis, docilis, Et invariabilis Habilis, nobilis, Et insuperabilis, Promptus et amabilis.
Donum electum, Dans intellectum, Dans et affectum, Diligens rectum.
   Patris ac Nati Spiritus, Vivificans Paraclitus Divinae dextrae digitus.
   Sublimitas, jucunditas, Pietas et bonitas, Benignitas et largitas
Qui prout vult, Quando vult, Et ubi vult, Quousque vult, Et quantum vult, Spirat et erudit, Replet et erigit, Ditat et instruit.
   Spiritus scientiae, Ad consolandum hodie Apostolis donatur : Et eis plenarie, Fons verae sapientiae Per hunc administratur. Amen.
   Amour du Père et du Fils, vous êtes pour nous un éclatant secours, notre espoir et notre consolation.
Lumière incessante pour les cœurs pieux, vous êtes la récompense des justes, la commisération pour ceux qui étaient perdus.
Toute force vient de vos dons, toute sainteté, toute béatitude, ô vous qui aimez toute justice !
Vous êtes tout-puissant, plein de bonté ; vous tenez tout entre vos mains, vous si éloigné du péché !
Nul ne vous surpasse en justice et en sainteté ; nul ne peut égaler la force et la spiritualité de votre substance ; rien ne peut lutter en puissance avec vous, et rien
n’est meilleur que vous.
Vous êtes la lumière des cœurs ; par vous nous allons au Père universel et à son Fils divin.
Source d’intelligence, principe de bonheur, remède contre le péché, Esprit de conseil.
Vous agissez sans bruit, vous êtes souple, et cependant vous ne changez pas ; adresse, noblesse, puissance, ces qualités sont les vôtres ; votre marche est rapide, et votre conduite envers nous est aimable.
Vous êtes le don choisi : vous donnez l’intelligence et l’amour, vous aimez ce qui est droit.
Esprit du Père et du Fils, Paraclet vivifiant, doigt de la main divine.
Sublimité et charme, compassion et bonté, clémence et largesse :
Ainsi que vous voulez, quand vous voulez, où vous voulez, jusqu’où vous voulez, et autant que vous voulez, votre souille se répand sur les hommes et il les assiste, il les remplit et les relève de leur chute ; il les comble de richesses et les instruit lui-même.
Aujourd’hui même cet Esprit de science est départi aux Apôtres pour être leur consolateur ; et dans sa confiance, il remet en leur pouvoir et avec plénitude la source même de la véritable sagesse.
   Amen.
   
LE DON DE SCIENCE.
L’âme ayant été détachée du mal par la Crainte de Dieu et ouverte aux nobles affections par le don de Piété, éprouve le besoin de savoir par quel moyen elle évitera ce qui fait l’objet de sa crainte et pourra trouver ce qu’elle doit aimer. L’Esprit-Saint vient à son secours, et lui apporte ce qu’elle désire, en répandant en elle le Don de Science. Par ce don précieux la vérité lui apparaît, elle connaît ce que Dieu demande et ce qu’il reprouve, ce qu’elle doit rechercher et ce qu’elle doit fuir. Sans la science divine notre vue court risque de s’égarer, à cause des ténèbres qui trop souvent obscurcissent en tout ou en partie l’intelligence de l’homme. Ces ténèbres proviennent d’abord de notre propre fonds qui porte des traces trop réelles de la déchéance. Elles ont encore pour cause les préjugés et les maximes du monde qui faussent tous les jours les esprits que l’on croirait les plus droits. Enfin l’action de Satan, qui est le Prince des ténèbres, s’exerce en grande partie dans le but d’environner notre âme d’obscurités, ou de l’égarer à l’aide de fausses lueurs.
La foi qui nous a été infuse dans le baptême est la lumière de notre âme. Par le don de Science, l’Esprit-Saint fait produire à cette vertu des rayons assez vifs pour dissiper toutes nos ténèbres. Les doutes alors s’éclaircissent, l’erreur s’évanouit, et la vérité apparaît dans tout son éclat. On voit chaque chose dans son véritable jour, qui est le jour de la foi. On découvre les déplorables erreurs qui ont cours dans le monde, qui séduisent un si grand nombre d’âmes, et dont peut-être on a été soi-même longtemps la victime.
Le don de Science nous révèle la fin que Dieu s’est proposée dans la création, cette fin hors laquelle les êtres ne sauraient trouver ni le bien ni le repos. Il nous apprend l’usage que nous devons faire des créatures, qui nous ont été données non pour nous être un écueil, mais pour nous aider dans notre marche vers Dieu. Le secret de la vie nous étant ainsi manifesté, notre route devient sûre, nous n’hésitons plus, et nous nous sentons disposés à nous retirer de toute voie qui ne nous conduirait pas au but.
C’est cette Science, don de l’Esprit-Saint, que l’Apôtre a en vue lorsque, parlant aux chrétiens, il leur dit : « Autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : marchez désormais comme les fils de la lumière [Eph. V, 8.] ». De là vient cette fermeté, cette assurance de la conduite chrétienne. L’expérience peut manquer quelquefois, et le monde s’émeut à la pensée des faux pas qui sont à redouter ; mais le monde a compté sans le don de Science. « Le Seigneur conduit le juste par les voies droites, et pour assurer ses pas il lui a donné la Science des saints [Sap. X, 10.]. » Chaque jour cette leçon est donnée. Le chrétien, au moyen de la lumière surnaturelle, échappe à tous les dangers, et s’il n’a pas l’expérience propre, il a l’expérience de Dieu.
Soyez béni, divin Esprit, pour cette lumière que vous répandez en nous, que vous y maintenez avec une si aimable persévérance. Ne permettez pas que nous en cherchions jamais une autre. Elle seule nous suffit ; hors d’elle il n’y a que ténèbres. Gardez-nous des tristes inconséquences auxquelles plusieurs se laissent aller imprudemment, acceptant un jour votre conduite, et le lendemain se livrant aux préjugés du monde ; menant une double vie qui ne satisfait ni le monde ni vous. Il nous faut donc l’amour de cette Science que vous nous avez donnée pour que nous fussions sauvés ; l’ennemi de nos âmes la jalouse en nous, cette science salutaire ; il voudrait y substituer ses ombres. Ne permettez pas, divin Esprit, qu’il réussisse dans son perfide dessein, et aidez-nous toujours à discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est juste de ce qui est injuste. Que, selon la parole de Jésus, notre œil soit simple, afin que tout notre corps, c’est-à-dire l’ensemble de nos actes, de nos désirs et de nos pensées, soit dans la lumière [MATTH. VI, 23.] ; et sauvez-nous, divin Esprit, de cet œil que Jésus appelle mauvais, et qui rend ténébreux le corps tout entier.
LE MERCREDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Nous avons vu avec quelle fidélité le divin Esprit a su accomplir, dans le cours des siècles, la mission que l’Emmanuel lui a donnée de former, de protéger et de maintenir l’Église son Épouse. Cette recommandation d’un Dieu a été remplie avec toute la puissance d’un Dieu ; et c’est le plus beau et le plus étonnant spectacle que présentent les annales de l’humanité depuis dix-huit siècles. Cette conservation d’une société morale, toujours la même en tous les temps et en tous les lieux, promulguant un symbole précis et obligatoire pour tous ses membres, et maintenant par ses arrêts la plus compacte unité de croyance entre tous ses fidèles, est, avec la merveilleuse propagation du christianisme, l’événement capital de l’histoire Aussi ces deux faits sont-ils, non l’effet d’une providence ordinaire, comme le prétendent certains philosophes de notre temps, mais des miracles de premier ordre opérés directement par le Saint-Esprit, et destinés à servir de base à notre foi dans la vérité du christianisme. L’Esprit-Saint qui ne devait pas, dans l’exercice de sa mission, revêtir une forme sensible, y a rendu sa présence visible à notre intelligence, et par ce moyen, il a fait assez pour démontrer son action personnelle dans l’œuvre du salut des hommes.
Suivons maintenant cette action divine, non plus en tant qu’elle a pour but de seconder le dessein miséricordieux du Fils de Dieu qui a daigné prendre une Épouse ici-bas, mais dans les rapports de cette Épouse avec la race humaine. Notre Emmanuel a voulu qu’elle fût la Mère des hommes, et que tous ceux qu’il convie à l’honneur de devenir ses propres membres, reconnussent que c’est elle qui les enfante à cette glorieuse destinée. L’Esprit-Saint devait donc produire l’Épouse de Jésus avec assez d’éclat pour qu’elle fût distinguée et connue sur la terre, tout en laissant à la liberté humaine le pouvoir de la méconnaître et de la repousser.
Il fallait que cette Église dans sa durée embrassât tous les siècles, qu’elle eût parcouru la terre d’une manière assez patente pour que son nom et sa mission pussent être connus chez tous les peuples ; en un mot elle devait être Catholique, c’est-à-dire universelle, possédant la catholicité des temps et la catholicité des lieux. Telle est, en effet, l’existence que le divin Esprit lui a créée sur la terre. Il l’a d’abord promulguée à Jérusalem, au jour de la Pentecôte, sous les yeux des Juifs venus de tant de régions diverses, et qui partirent bientôt pour aller en porter la nouvelle dans les contrées qu’ils habitaient. Il a lancé ensuite les Apôtres et les disciples sur le monde, et nous savons par les auteurs contemporains qu’un siècle était a peine écoulé que déjà la terre entière possédait des chrétiens. Dès lors chaque année a profité à la visibilité de cette sainte Église. Si le divin Esprit, dans les desseins de sa justice, a jugé à propos de la laisser s’affaiblir au sein d’une nation qui n’était plus digne d’elle, il l’a transférée dans une autre où elle devait rencontrer des fils plus soumis. Si des régions entières ont quelquefois semblé lui être fermées, c’est qu’à une époque antérieure elle se présenta et fut repoussée, ou encore que le moment n’était pas venu où elle devait paraître et s’établir. L’histoire de la propagation de l’Église nous donne à constater cet ensemble merveilleux de vie perpétuelle et de migrations. Les temps et les lieux lui appartiennent ; là où elle ne règne pas, elle est présente par ses membres, et cette prérogative delà catholicité qui lui a valu son nom est un des chefs-d’œuvre de l’Esprit-Saint.
Mais là ne se borne pas son action pour l’accomplissement de la mission que lui a confiée l’Emmanuel à l’égard de son Épouse, et ici nous devons pénétrer la profondeur du mystère du Saint-Esprit dans l’Église. Après avoir constaté son influence extérieure pour la conserver et l’étendre, il nous faut apprécier la direction intérieure qu’elle reçoit de lui, et qui produit en elle l’unité, l’infaillibilité et la sainteté, qualités qui, avec la catholicité, forment le signalement de l’Épouse du Christ.
L’union de l’Esprit-Saint avec l’humanité de Jésus est une des bases du mystère de l’Incarnation. Notre divin médiateur est appelé le Christ, parce qu’il a reçu l’onction [Psalm. XLIV.], et cette onction est l’effet de l’union de son humanité avec le Saint-Esprit [Act. X, 38.]. Cette union est indissoluble : éternellement le Verbe demeurera uni à son humanité, éternellement aussi le divin Esprit-Saint imprimera sur cette humanité le sceau de l’onction qui fait le Christ. Il suit de là que l’Église, étant le corps de Jésus-Christ, doit avoir part à l’union qui existe entre son divin Chef et l’Esprit-Saint. Le chrétien, dans le baptême, reçoit l’onction divine par le Saint-Esprit qui habite désormais en lui comme le gage de l’héritage éternel [Eph. I, 13] ; mais il y a cette différence qu’il peut perdre par le péché cette union qui est en lui le principe de la vie surnaturelle, tandis qu’elle ne peut jamais faire défaut au corps même de l’Église. L’Esprit-Saint est incorporé à l’Église pour toujours ; il est le principe qui l’anime, qui la fait agir et mouvoir, et lui fait surmonter toutes les crises auxquelles, par la permission divine, elle demeure exposée durant le trajet de cette vie militante.
Saint Augustin exprime admirablement cette doctrine dans un de ses Sermons pour la fête de la Pentecôte : « Le souffle par lequel vit l’homme, nous dit-il, s’appelle l’âme ; et vous êtes à même d’observer le rôle de cette âme relativement au corps. C’est elle qui donne la vie aux membres : elle qui voit par l’œil, entend par l’oreille, sent par l’odorat, parle par la langue, opère par la main, marche par les pieds. Présente à chaque membre, elle donne la vie à « tous et la fonction à chacun. Ce n’est pas l’œil qui entend, ce n’est pas l’oreille qui voit ni la langue, de même que ce n’est ni l’oreille ni l’œil qui parlent ; cependant l’oreille est vivante, la langue est vivante ; les fonctions des sens sont donc variées, mais une même vie est commune à tous. Ainsi en est-il dans l’Église de Dieu. Dans tel saint elle opère des miracles, dans tel autre elle enseigne la vérité, dans celui-ci elle pratique la virginité, dans celui-là elle garde la chasteté conjugale ; en un mot les divers membres de l’Église ont leurs fonctions variées, mais tous puisent la vie à une même source. Or ce qu’est l’âme au corps humain, le Saint-Esprit l’est au corps du Christ qui est l’Église. Le Saint-Esprit opère dans toute l’Église ce que l’âme opère dans tous les membres d’un même corps [Serm, CCLVII. In die Pentecostes.]. »
La voilà donc dégagée, cette notion à l’aide de laquelle nous nous rendrons compte de l’existence de l’Église et de ses opérations. L’Église est le corps du Christ, et en elle le Saint-Esprit est le principe de la vie. C’est lui qui l’anime, la conserve, agit en elle et par elle. Il est son âme, non plus seulement dans le sens restreint selon lequel nous avons parlé plus haut de l’âme de l’Église, c’est-à-dire son être intérieur qui est du reste en elle le produit de l’action du Saint-Esprit ; mais il est son âme en ce que toute sa vie intérieure et extérieure, et toute son opération, procèdent de lui. L’Église est impérissable, parce que l’amour qui a porté l’Esprit-Saint à habiter en elle durera toujours ; telle est la raison de cette perpétuité qui est le phénomène le plus étonnant en ce monde.
Mais il nous faut considérer maintenant cette autre merveille qui consiste dans la conservation de l’unité au sein de cette société. L’Époux, dans le divin Cantique, appelle l’Église « son unique ». Il n’a pas désiré plusieurs épouses ; l’Esprit-Saint aura donc dû veiller avec sollicitude sur l’accomplissement du dessein de l’Emmanuel. Suivons les traces de sa sollicitude pour obtenir un tel résultat. Est-il possible humainement qu’une société traverse dix-huit siècles sans avoir changé, sans avoir remanié son existence en mille façons, en supposant même que, sous un nom ou sous un autre, elle ait pu remplir une telle durée ? Songez que cette société, durant un si long espace de temps, n’a pu manquer de voir s’agiter dans son sein, sous mille formes, les passions humaines qui souvent entraînent tout après elles ; qu’elle a toujours été composée de races diverses de langage, de génie, de mœurs, tantôt éloignées les unes des autres au point de se connaître à peine, tantôt voisines mais divisées par des intérêts et même par des antipathies nationales ; que des révolutions politiques sans nombre ont modifié sans cesse, renversé même l’existence des peuples ; et cependant, partout où il a existé, partout où il existera des catholiques, l’unité demeure le caractère de ce corps immense et des membres qui le composent. Une même foi, un même symbole, une même soumission à un même chef visible, un même culte quant aux points essentiels, une même manière de trancher toute question par la tradition et l’autorité. Des sectes se sont élevées en chaque siècle ; toutes ont dit : « Je suis la vraie Église » ; et pas une seule n’a pu survivre aux circonstances qui l’avaient produite. Où sont maintenant les ariens avec leur puissance politique, les nestoriens, les eutychiens, les monothélites, avec leurs inépuisables subtilités ? Quoi de plus impuissant et de plus stérile que le schisme grec asservi soit au sultan, soit au moscovite ? que reste-t-il du jansénisme épuisé par ses vains efforts pour se maintenir dans l’Église malgré l’Église ? et quant au protestantisme parti du principe de négation, ne l’a-t-on pas vu dès le lendemain brisé en morceaux, sans jamais pouvoir former une même société religieuse ? Et ne le voyons-nous pas aujourd’hui aux abois, incapable de retenir les dogmes qu’il avait regardés d’abord comme fondamentaux : l’inspiration des Écritures et la divinité de Jésus-Christ ?
En face de tant de ruines amoncelées, qu’elle est belle et radieuse dans son unité, notre mère la sainte Église catholique, l’Épouse unique de l’Emmanuel ! Les millions d’hommes qui l’ont composée, et qui la composent encore aujourd’hui, seraient-ils d’une autre nature que ceux qui se sont partagés entre les diverses sectes qu’elle a vues naître et mourir ? Orthodoxes ou hétérodoxes, ne sommes-nous pas tous membres de la même famille humaine, sujets aux mêmes passions et aux mêmes erreurs ? D’où vient aux fils de l’Église catholique cette consistance qui triomphe du temps, sur laquelle n’influe pas la dissemblance des races, qui survit à ces crises et à ces changements que n’ont pu prévenir ni la forte constitution des États, ni la résistance séculaire des nationalités ? Il faut en convenir, un élément divin est là qui résiste et qui maintient. L’âme de l’Église, l’Esprit-Saint, influe dans tous ses membres, et comme il est unique, il produit l’unité dans tout l’ensemble qu’il anime. Ne pouvant être contraire à lui-même, rien ne subsiste par lui qu’au moyen d’une entière conformité avec ce qu’il est. Nous avons ainsi la clef du grand problème.
Demain nous parlerons de ce que fait l’Esprit-Saint pour le maintien de la foi une et invariable dans tout le corps de l’Église ; arrêtons-nous aujourd’hui à le considérer comme principe d’union extérieure par la subordination volontaire à un même centre d’unité. Jésus avait dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église « ; mais Pierre devait mourir. La promesse n’avait donc pas pour objet sa personne seulement, mais toute la suite de ses successeurs jusqu’à la fin des siècles. Quelle étonnante et énergique action du divin Esprit produit ainsi, anneau par anneau, cette dynastie de princes spirituels arrivée à son deux cent soixante-troisième Pontife, et devant se poursuivre jusqu’au dernier jour du monde ! Aucune violence ne sera faite à la liberté humaine ; le divin Esprit lui laissera tout tenter ; mais il faut cependant qu’il poursuive sa mission. Qu’un Décius produise par ses violences une vacance de quatre ans sur le siège de Rome, qu’il s’élève des anti-papes soutenus les uns par la faveur populaire, les autres par la politique des princes, qu’un long schisme rende douteuse la légitimité de plusieurs Pontifes, l’Esprit-Saint laissera s’écouler l’épreuve, il fortifiera, pendant qu’elle dure, la foi de ses fidèles ; enfin, au moment marqué, il produira son élu, et toute l’Église le recevra avec acclamation.
Pour comprendre tout ce que cette action surnaturelle renferme de merveilleux, il ne suffit pas d’apprécier les résultats extérieurs qu’elle produit dans l’histoire ; il faut la suivre dans ce qu’elle a d’intime et de mystérieux. L’unité de l’Église n’est pas du genre de cette unité que les conquérants établissent dans les pays qu’ils ont soumis, où l’on paie le tribut parce qu’il faut bien se soumettre à la force. Les membres de l’Église gardent l’unité dans la foi et dans la soumission, parce qu’ils se courbent avec amour sous un joug imposé à leur liberté et à leur raison. Mais qui donc captive ainsi l’orgueil humain sous une telle obéissance ? Qui donc fait trouver la joie et le contentement dans l’abaissement de toute prétention personnelle ? Qui donc dispose l’homme à mettre sa sécurité et son bonheur à disparaître comme individu dans cette unité absolue, et cela en des questions où le caprice humain s’est donné plus large carrière dans tous les temps ? N’est-ce pas le divin Esprit qui opère ce miracle multiple et permanent, qui anime et harmonise ce vaste ensemble, et qui, sans violence, fond dans l’unité d’un même concert les millions de cœurs et d’esprits qui forment l’Épouse « unique » du Fils de Dieu ?
Dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demandait pour nous l’unité au Père céleste. « Qu’ils soient un, comme nous sommes un [JOHAN. XVII, II.] », disait-il. Il la prépare, en nous appelant à devenir ses membres ; mais pour opérer cette union, il envoie aux hommes son Esprit, cet Esprit divin qui est le lien éternel entre le Père et le Fils, et qui daigne, dans le temps, descendre jusqu’à nous, pour y réaliser cette unité ineffable qui a son type en Dieu même. Grâces vous soient donc rendues, divin Esprit, qui habitant ainsi dans l’Église de Jésus, nous inclinez miséricordieusement vers l’unité, qui nous la faites aimer, et nous disposez à tout souffrir plutôt que de la rompre. Fortifiez-la en nous, et ne permettez jamais qu’un défaut de soumission l’altère même légèrement. Vous êtes l’âme de la sainte Église ; gouvernez-nous comme des membres toujours dociles à votre impulsion ; car nous savons que nous ne saurions être à Jésus qui vous a envoyé, si nous n’étions à l’Église son Épouse et notre Mère, à cette Église qu’il a rachetée de son sang, et qu’il vous a donnée à former et à conduire.
Samedi prochain, l’Ordination des prêtres et des ministres sacrés aura lieu dans toute l’Église ; l’Esprit-Saint, dont le sacrement de l’Ordre est une des principales opérations, descendra dans les âmes qui lui seront présentées, et imprimera sur elles, par les mains du Pontife, le sceau du Sacerdoce ou du Diaconat. En présence d’un si grave intérêt, la sainte Église prescrit dès aujourd’hui à ses fidèles le jeûne et l’abstinence, pour obtenir de la miséricorde divine que l’effusion d’une telle grâce soit favorable à ceux qui la recevront et avantageuse à la société chrétienne.
À Rome, la Station est aujourd’hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Il était juste qu’un des jours de cette grande Octave vît les fidèles réunis sous les auspices de la Mère de Dieu, dont la participation au mystère de la Pentecôte a été si glorieuse et si favorable à l’Église naissante.
Nous achèverons la journée en insérant ici l’une des plus belles Séquences d’Adam de Saint-Victor sur le mystère du Saint-Esprit.
SÉQUENCE.
Lux jocunda, lux insignis, Qua de throno missus ignis In Christi discipulos Corda replet, linguas ditat,
   Ad concordes non invitat Linguae cordis modulos
   Tu lumen es et unguentum, Tu cœleste condimentum, Aquae ditans elementum Virtute mysterii. Nova facti creàtura, Te laudemus mente pura, Gratiae nunc, sed natura Prius irae filii.
   Christus misit quod promisit Pignus Sponsae, quam revisit Die quinquagesima ; Post dulcorem melleum Petra fudit oleum, Petra jam firmissima.
   
   In tabellis saxeis, Non in linguis igneis, Lex de monte populo ; Paucis cordis novitas Et linguarum unitas, Datur in Coenaculo.
   
   0 quam felix, quam festiva Dies in qua primitiva Fundatur Ecclesia ! Vivae sunt primitiae Nascentis Ecclesiae, Tria primum millia.
   
   Panes legis primitivi, Sunt sub una adoptivi Fide duo populi : Se duobus interjecit Sicque duos unum fecit Lapis, caput anguli.
   
   Utres novi, non vetusti, Sunt capaces novi musti : Vasa paret vidua. Liquorem dat Eliseus : Nobis sacrum rorem Deus, Si corda congrua.
   
   Non hoc musto vel Non hoc sumus digni rore, Si discordes moribus. In obscuris vel divisis, Non potest haec Paraclisis Habitare cordibus.
   
   Consolator alme, veni : Linguas rege, corda leni : Nihil fellis aut veneni Sub tua praesentio. Nil jocundum, nil amoenum, Nil salubre, nu l serenum, Nihil dulce, nihil plenum, Sine tua gratia.
   
   Tu qui dator es et donum Nostri cordis ornne bonum, Cor ad laudem redde pro num, Nostrae linguae formans sonum In tua praeconia. Tu nos purga a peccatis, Auctor ipse puritatis, Et in Christo renovatis Da perfectae novitatis Plena nobis gaudia. Amen.
   Une lumière joyeuse, éclatante, un feu lancé du trône céleste sur les disciples du Christ, remplissent les cœurs, fécondent les langues, et nous invitent à unir dans un concert mélodieux et nos langues et nos cœurs.
Le gage que le Christ avait promis a son Épouse, il le lui envoie au cinquantième jour ; devenu terme comme un rocher, Pierre répand dans ses discours le miel le plus doux, l’huile la plus généreuse.
Sur la montagne, l’ancien peuple reçut la loi, non dans des langues de feu, mais gravée sur la pierre ; dans le Cénacle, un petit nombre d’hommes reçoit un cœur nouveau, et revient à l’unité des langues.
O jour heureux, jour solennel, où l’Église primitive est fondée ! Trois mille hommes sont les prémices de cette Église à sa naissance.
Les deux pains offerts en prémices dans la loi, figuraient les deux peuples adoptes en ce jour dans une même foi : la pierre placée à la tête de l’angle s’interpose entre les deux, et des deux ne fait plus qu’un seul peuple.
De nouvelles outres, non plus les anciennes, sont remplies d’un vin nouveau : la veuve prépare ses vases, tandis qu’Élisée multiplie l’huile en abondance : ainsi Dieu répand aujourd’hui la céleste rosée, autant qu’il trouve de cœurs préparés à la recevoir.
Nous ne serions pas dignes de recevoir ce vin précieux, cette rosée divine, si notre vie était déréglée : ce Paraclet ne saurait habiter dans des cœurs remplis de ténèbres ou divisés.
Viens donc à nous, auguste Consolateur ! gouverne nos langues, apaise nos cœurs : ni fiel, ni venin n’est compatible avec ta présence. Sans ta grâce, il n’est ni délice, ni salut, ni sérénité, ni douceur, ni plénitude.
Tu es lumière et parfumes ce principe céleste qui confère à l’élément de l’eau une puissance mystérieuse : nous qui sommés devenus une création nouvelle, d’abord enfants de colère par nature, maintenant enfants de la grâce, nous te louons d’un cœur purifié.
Toi qui donnes et qui es en même temps le don, toi qui verses sur nous tous les biens, rends nos cœurs capables de te louer, forme nos langues à célébrer tes grandeurs. Auteur de toute pureté, purifie-nous du péché : renouvelle-nous dans le Christ, et fais-nous goûter la joie entière que donne à l’âme la vie nouvelle.
   Amen.
   
LE DON DE FORCE.
Le don de Science nous a appris ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter pour être conformes au dessein de Jésus-Christ notre divin chef. Il faut maintenant que l’Esprit-Saint établisse en nous un principe duquel nous puissions emprunter l’énergie qui devra nous soutenir dans la voie qu’il vient de nous montrer. Nous devons en effet compter sur des obstacles, et le grand nombre de ceux qui succombent suffit à nous convaincre du besoin que nous avons d’être aidés. Le secours que le divin Esprit nous communique est le Don de Force, par lequel, si nous sommes fidèles à l’employer, il nous sera possible et même aisé de triompher de tout ce qui pourrait arrêter notre marche.
Dans les difficultés et les épreuves de la vie, l’homme est tantôt porté à la faiblesse et à l’abattement, tantôt poussé par une ardeur naturelle qui a sa source dans le tempérament ou dans la vanité. Cette double disposition avancerait peu la victoire dans les combats que l’âme doit livrer pour son salut. L’Esprit-Saint apporte donc un élément nouveau, cette force surnaturelle qui lui est tellement propre que le Sauveur, instituant ses Sacrements, en a établi un qui a pour objet spécial de nous donner ce divin Esprit comme principe d’énergie. Il est hors de doute qu’ayant à lutter pendant cette vie contre le démon, le monde et nous-mêmes, il nous faut autre chose pour résister que la pusillanimité ou l’audace. Nous avons besoin d’un don qui modère en nous la peur, en même temps qu’il tempère la confiance que nous serions portés à mettre en nous-mêmes. L’homme ainsi modifié par le Saint-Esprit vaincra sûrement ; car la grâce suppléera en lui à la faiblesse de la nature, en même temps qu’elle en corrigera la fougue.
Deux nécessités se rencontrent dans la vie du chrétien : il lui faut savoir résister et savoir supporter. Que pourrait-il opposer aux tentations de Satan, si la Force du divin Esprit ne venait le couvrir d’une armure céleste et aguerrir son bras ? Le monde n’est-il pas aussi un adversaire terrible, si l’on considère le nombre des victimes qu’il fait chaque jour par la tyrannie de ses maximes et de ses prétentions ? Quelle ne doit pas être l’assistance du divin Esprit, lorsqu’il s’agit de rendre le chrétien invulnérable aux traits meurtriers qui font tant de ravages autour de lui ?
Les passions du cœur de l’homme ne sont pas un moindre obstacle à son salut et à sa sanctification : obstacle d’autant plus redoutable qu’il est plus intime. Il faut que l’Esprit-Saint transforme le cœur, qu’il l’entraîne même à se renoncer, lorsque la lumière céleste indique une autre voie que celle vers laquelle nous pousse l’amour et la recherche de nous-mêmes. Quelle Force divine ne faut-il pas pour « haïr jusqu’à sa propre vie », quand Jésus-Christ l’exige [JOHAN. XII, 25.], quand il s’agit de faire le choix entre deux maîtres dont le service est incompatible [MATTH. VI, 24.] ? L’Esprit-Saint fait tous les jours de ces prodiges au moyen du don qu’il a répandu en nous, si nous ne méprisons pas ce don, si nous ne l’étouffons pas dans notre lâcheté ou dans notre imprudence. Il apprend au chrétien à dominer ses passions, à ne pas se laisser conduire par ces guides aveugles, à ne céder à ses instincts que lorsqu’ils sont conformes à l’ordre que Dieu a établi.
Quelquefois ce divin Esprit ne demande pas seulement que le chrétien résiste intérieurement aux ennemis de son âme ; il exige qu’il proteste ouvertement contre l’erreur et le mal, si le devoir d’état ou la position le réclament. C’est alors qu’il faut braver cette sorte d’impopularité qui s’attache parfois au chrétien, et qui ne doit pas le surprendre quand il se rappelle les paroles de l’Apôtre : « Si j’étais agréable aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ [Gal. I, 10.]. » Mais l’Esprit-Saint ne fait jamais défaut, et lorsqu’il rencontre une âme résolue à user de la Force divine dont il est la source, non seulement il lui assure le triomphe, mais il l’établit pour l’ordinaire dans cette paix pleine de douceur et de courage qu’apporte la victoire sur les passions.
Telle est la manière dont l’Esprit-Saint applique le don de Force au chrétien, lorsque celui-ci doit s’exercer à la résistance. Nous avons dit que ce précieux don apportait en même temps l’énergie nécessaire pour supporter les épreuves au prix desquelles est le salut. Il est des frayeurs qui glacent le courage et peuvent entraîner l’homme à sa perte. Le don de Force les dissipe ; il les remplace par un calme et une assurance qui déconcertent la nature. Voyez les martyrs, et non pas seulement un saint Maurice, chef de la légion Thébaine, accoutumé aux luttes du champ de bataille, mais ces Félicité, mère de sept enfants, ces Perpétue, noble dame de Carthage pour laquelle le monde n’avait que des faveurs ; ces Agnès, enfant de treize ans, et tant de milliers d’autres, et dites si le don de Force est stérile en sacrifices. Qu’est devenue la peur de la mort, de cette mort dont la seule pensée nous accable parfois ? Et ces généreuses offrandes de toute une vie immolée dans le renoncement et les privations, afin de trouver Jésus sans partage et de suivre ses traces de plus près ! Et tant d’existences voilées aux regards distraits et superficiels des hommes, existences dont l’élément est le sacrifice, où la sérénité n’est jamais vaincue par l’épreuve, où la croix toujours renaissante est toujours acceptée ! Quels trophées pour l’Esprit de Force ! que de dévouements au devoir il sait produire ! Et si l’homme à lui seul est peu de chose, combien il grandit sous l’action de l’Esprit-Saint !
C’est lui encore qui aide le chrétien à braver la triste tentation du respect humain, l’élevant au-dessus des considérations mondaines qui dicteraient une autre conduite. C’est lui qui pousse l’homme à préférer au vain honneur du monde la joie de n’avoir pas violé le commandement de son Dieu. C’est cet Esprit de Force qui fait accepter les disgrâces de la fortune comme autant de desseins miséricordieux du ciel, qui soutient le courage du chrétien dans la perte si douloureuse d’êtres chéris, dans les souffrances physiques qui lui rendraient la vie à charge, s’il ne savait qu’elles sont des visites du Seigneur. C’est lui enfin, comme nous le lisons dans la Vie des saints, qui se sert des répugnances mêmes de la nature, pour provoquer ces actes héroïques où la créature humaine semble avoir franchi les limites de son être pour s’élever au rang des esprits impassibles et glorifiés.
Esprit de Force, soyez toujours plus en nous, et sauvez-nous de la mollesse de ce siècle. À aucune époque l’énergie des âmes n’a été plus affaiblie, l’esprit mondain plus triomphant, le sensualisme plus insolent, l’orgueil et l’indépendance plus prononcés. Savoir être fort contre soi-même, est une rareté qui excite l’étonnement dans ceux qui en sont témoins : tant les maximes de l’Évangile ont perdu de terrain ! Retenez-nous sur cette pente qui nous entraînerait comme tant d’autres, ô divin Esprit ! Souffrez que nous vous adressions en forme de demande les vœux que formait Paul pour les chrétiens d’Ephèse, et que nous osions réclamer de votre largesse « cette armure divine qui nous mettra en état de résister au jour mauvais et de demeurer parfaits en toutes choses. Ceignez nos reins de la vérité, couvrez-nous de la cuirasse de la justice, donnez à nos pieds l’Évangile de paix pour chaussure indestructible ; munissez-nous du bouclier de la foi, contre lequel viennent s’éteindre les traits enflammés de notre cruel ennemi. Placez sur notre tête le casque qui est l’espérance du salut, et dans notre main le glaive spirituel qui est la parole même de Dieu [Eph. VI, II-17.], » et à l’aide duquel, comme le Seigneur dans le désert, nous pouvons venir à bout de tous nos adversaires. Esprit de Force, faites qu’il en soit ainsi.
LE JEUDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Le divin Esprit qui tient unis dans un même tout les membres de la sainte Église, parce qu’il est lui-même unique, n’a pas seulement été envoyé pour assurer l’unité inviolable à l’Épouse du Christ. Cette Épouse d’un Dieu qui s’est appelé lui-même la Vérité [JOHAN. XIV,], a besoin d’être dans la vérité, et ne peut être accessible à Terreur. Jésus lui a confié sa doctrine, il l’a instruite en la personne des Apôtres. « Tout ce que j’ai entendu de mon Père, dit-il, je vous l’ai manifeste [Ibid. XV, 15.]. » Mais comment cette Église, si elle est laissée à l’humaine faiblesse, pourra-t-elle conserver sans mélange et sans altération, durant la traversée des siècles, cette parole que Jésus n’a pas écrite, cette vérité qu’il est venu de si haut apportera la terre ? L’expérience prouve que tout s’altère ici-bas, que les textes écrits sont sujets à de fausses interprétations, et que les traditions non écrites deviennent méconnaissables par le cours des années.
C’est ici encore que nous devons reconnaître la divine prévoyance de notre Emmanuel montant au ciel. De même que pour accomplir le désir qu’il a « que nous soyons un, comme il est un avec son Père », il a député vers nous son unique Esprit ; ainsi, pour nous maintenir dans la vérité, il nous a envoyé ce même Esprit qu’il appelle l’Esprit de vérité. « Quand il sera venu, dit-il, cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité [JOHAN. XVI, 13.]. » Et quelle est la vérité qu’enseignera cet Esprit ? « Il enseignera toutes choses, et il vous suggérera tout ce que je vous aurai dit [Ibid. XIV, 26.]. »
Rien donc ne se perdra de ce que le Verbe divin a dit aux hommes. La beauté de son Épouse aura pour fondement la vérité ; car la beauté est la splendeur du vrai. Sa fidélité à l’Époux sera parfaite ; car s’il est la Vérité, la Vérité est assurée en elle pour jamais. Jésus le déclare ainsi : « Le nouveau Consolateur que le Père vous enverra demeurera avec vous pour toujours, et il sera en vous [Ibid. 16, 17.]. » C’est donc par l’Esprit-Saint que l’Église possédera en propre la vérité, et cette possession ne lui sera jamais enlevée ; car cet Esprit envoyé par le Père et par le Fils s’attachera à l’Église et ne la quittera plus.
C’est ici le moment de se rappeler la magnifique théorie de saint Augustin. Selon sa doctrine qui n’est que l’explication des passages du saint Évangile que nous venons de lire, l’Esprit-Saint est le principe de la vie dans l’Église ; étant donc l’Esprit de vérité, il conserve la vérité en elle, il la dirige dans la vérité, en sorte qu’elle ne peut exprimer que la vérité dans son enseignement et dans sa conduite. Il assume la responsabilité de ses paroles, comme notre esprit répond de ce que profère notre langue ; et c’est pour cela que la sainte Église est tellement identifiée avec la vérité par son union avec l’Esprit divin, que l’Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire qu’elle en est « la colonne et l’appui [I Tim. III, 15.]. » Que l’on ne s’étonne donc pas si le chrétien se repose sur l’Église dans sa croyance. Ne sait-il pas que cette Église n’est jamais seule, qu’elle est toujours avec l’Esprit divin qui vit en elle, que sa parole n’est pas sa parole à elle, mais la parole de l’Esprit qui n’est autre que la parole de Jésus ?
Or cette parole de Jésus, l’Esprit la conserve pour l’Église dans un double dépôt. Il veille sur elle dans les saints Évangiles qu’il a inspirés a leurs auteurs. Par ses soins, ces livres sacrés sont défendus contre toute altération, et ils traversent les siècles sans que la main de l’homme leur ait fait subir de changement. Il en est de même des autres livres du Nouveau Testament composés sous le souffle du même Esprit. Ceux dont se compose l’Ancien Testament sont également le produit de l’inspiration du divin Esprit. S’ils ne rapportent pas les discours de Jésus durant sa vie mortelle, ils parlent de lui, ils l’annoncent, en même temps qu’ils contiennent la première initiation aux choses divines. Cet ensemble des livres sacrés est rempli des mystères dont l’Esprit a la clef pour la communiquer à l’Église.
L’autre source de la parole de Jésus est la Tradition. Tout ne devait pas être écrit, et l’Église existait déjà que les Évangiles n’étaient pas encore rédigés. Cette Tradition, élément divin comme l’Écriture elle-même, comment aurait-elle survécu sans altération, si l’Esprit de Vérité ne veillait à sa garde ? Il la maintient donc dans la mémoire de l’Église, il la préserve de tout changement : c’est sa mission, et par la fidélité qu’il met à remplir cette mission, l’Épouse demeure en possession de tous les secrets de l’Époux.
Mais il ne suffit pas que l’Église possède la vérité écrite et traditionnelle, comme un dépôt scellé. Il faut encore qu’elle en ait le discernement, afin de pouvoir l’interpréter à ceux auxquels elle doit rendre les enseignements de Jésus. La vérité n’est pas descendue du ciel pour n’être pas communiquée aux hommes ; car elle est leur lumière, et sans elle ils languiraient dans les ténèbres, sans savoir d’où ils viennent et où ils vont [JOHAN. XII, 35.]. L’Esprit de Vérité ne se bornera donc pas à conserver la parole de Jésus dans l’Église comme un trésor caché, il en dirigera l’épanchement sur les hommes, afin qu’ils y puisent la vie de leurs âmes. L’Église sera donc infaillible dans son enseignement ; car elle ne pourrait se tromper ni tromper les hommes, puisque l’Esprit de Vérité la conduit en tout et parle par son organe. Il est son âme, et nous avons reconnu, avec saint Augustin, que lorsque la langue s’exprime, c’est l’âme que l’on entend.
La voilà, cette infaillibilité de notre mère la sainte Église, résultat direct et immédiat de l’incorporation de l’Esprit de Vérité en elle ! c’est la promesse du Fils de Dieu, c’est l’effet nécessaire de la présence du Saint-Esprit. Quiconque ne reconnaît pas l’Église pour infaillible doit, s’il est conséquent avec lui-même, admettre que le Fils de Dieu a été impuissant à remplir sa promesse, et que l’Esprit de Vérité n’est qu’un Esprit d’erreur. Mais celui qui raisonne ainsi a perdu le sentier de la vie ; il a cru nier seulement l’Église, et sans s’en apercevoir, c’est Dieu même qu’il a renié. Tel est le crime et le malheur de l’hérésie. Le défaut de réflexion sérieuse peut voiler cette terrible conséquence : elle n’en est pas moins rigoureusement déduite. L’hérétique a rompu avec le Saint-Esprit, en rompant de pensée avec l’Église : il pourrait revivre en retournant humblement vers l’Épouse du Christ, mais présentement il est dans la mort ; car l’âme ne l’anime plus. Écoutons encore le grand Docteur : « Il arrive parfois, dit-il, qu’un membre du corps humain soit coupé, une main, un doigt, un pied : l’âme suit-elle le membre ainsi séparé du corps ? non ; ce membre, quand il était uni au corps, jouissait de la vie ; isolé maintenant, c’est la vie même qu’il a perdue. De même le chrétien demeure catholique tant qu’il est adhérent au corps de l’Église ; en est-il séparé, le voilà hérétique ; l’Esprit ne suit pas le membre qui s’est détaché [Serm. CCLVII. In die Pentecostes.]. »
Honneur soit donc à l’Esprit divin pour la splendeur de vérité qu’il communique à l’Épouse ! mais pourrions-nous, sans le plus affreux péril, imposer des bornes à notre docilité, aux enseignements qui nous viennent à la fois de l’Esprit et de l’Épouse que nous savons unis d’une manière si indissoluble [Apoc. XXII. 17.]? Soit donc que l’Église nous intime ce que nous devons croire en nous montrant sa pratique, ou par la simple énonciation de ses sentiments, f oit qu’elle déclare solennellement la définition attendue, nous devons regarder et écouter avec soumission de cœur : car la pratique de l’Église est maintenue dans la vérité par l’Esprit qui la vivifie ; renonciation de ses sentiments à toute heure est l’aspiration continue de cet Esprit qui vit en elle ; et quant aux sentences qu’elle rend, ce n’est pas elle seule qui prononce, c’est l’Esprit qui prononce en elle et par elle. Si c’est son Chef visible qui déclare la doctrine, nous savons que Jésus a daigné prier pour que la foi de Pierre ne défaille pas, qu’il l’a obtenu de son Père, et qu’il a confié à l’Esprit la charge de maintenir Pierre en possession d’un don si précieux pour nous. Si le Pontife suprême, à la tète du collège épiscopal réuni conciliairement, déclare la foi dans l’accord parfait du Chef et des membres, c’est l’Esprit qui dans ce jugement collectif prononce avec une majesté souveraine pour la gloire de la vérité et la confusion de l’erreur. C’est l’Esprit qui a abattu toutes les hérésies sous les pieds de l’Épouse victorieuse ; c’est l’Esprit qui a suscité dans son sein, à tous les siècles, les docteurs qui ont terrassé l’erreur aussitôt qu’elle s’est montrée.
Elle a donc en partage le don de l’infaillibilité, notre Église bien-aimée ; elle est donc vraie en tout et toujours, l’Épouse de Jésus ; et elle doit cet heureux sort à celui qui procède éternellement du Père et du Fils. Mais il est encore une gloire dont elle lui est redevable. L’Épouse du Dieu saint doit être sainte. Elle l’est ; et c’est de l’Esprit de sainteté qu’elle reçoit la sainteté. La vérité et la sainteté sont unies en Dieu d’une manière indissoluble ; et c’est pour cela que Jésus voulant « que nous soyons parfaits comme notre Père céleste est parfait [Matth. V, 48.] », et que tout en restant de simples créatures nous cherchions notre type dans le souverain bien, demande « que nous soyons sanctifiés dans la Vérité [JOHAN. XVII, 19.]. »
Jésus a donc remis son Épouse à la direction de l’Esprit, afin qu’il la rendît sainte. Or, la sainteté est tellement inhérente à cet Esprit divin qu’elle sert à le désigner comme sa qualité fondamentale. Jésus lui-même l’appelle le Saint-Esprit, en sorte que c’est sur le témoignage du Fils de Dieu que nous lui donnons ce beau nom. Le Père est la Puissance, le Fils est la Vérité, l’Esprit est la Sainteté ; et c’est pour cela que l’Esprit remplit ici-bas le ministère de sanctificateur, bien que le Père et le Fils soient saints, de même que la vérité est dans le Père et dans l’Esprit, et que l’Esprit ainsi que le Fils aient aussi la puissance. Les trois divines personnes ont leurs propriétés spéciales, mais elles sont unies dans une seule et même essence. Or, la propriété spéciale du Saint-Esprit est d’être l’amour, et l’amour produit la sainteté ; car il unit et identifie le souverain bien avec celui qui en a l’amour, et cette union ou identification est la sainteté qui est la splendeur du Bien, comme la beauté est la splendeur du Vrai.
Pour être digne de l’Emmanuel son Époux. l’Église devait donc être sainte. Il lui avait donne la vérité que l’Esprit a maintenue en elle ; l’Esprit à son tour lui donnera la sainteté, et le Père céleste la voyant vraie et sainte, l’adoptera pour sa fille : telle est sa destinée glorieuse. Voyons maintenant les traits de cette sainteté. Le premier est la fidélité à l’Époux. Or, l’histoire de l’Église tout entière dépose de cette fidélité. Tous les pièges lui ont été tendus, toutes les violences ont été dirigées contre elle, pour la séduire et pour la détacher de l’Époux. Elle a tout déjoué, tout bravé ; elle a sacrifié son sang, son repos, et jusqu’au territoire où elle régnait, plutôt que de laisser altérer entre ses mains le dépôt que l’Époux lui avait confié. Comptez, si vous pouvez, les martyrs depuis les Apôtres jusqu’aujourd’hui. Rappelez-vous les offres des princes, si elle voulait se taire sur la vérité divine, les menaces et les traitements cruels qu’elle a encourus plutôt que de laisser mutiler son symbole. Pourrait-on oublier les luttes formidables qu’elle a soutenues contre les empereurs d’Allemagne pour sauvegarder sa liberté dont son Époux est si jaloux ; le noble détachement qu’elle a montré, aimant mieux voir l’Angleterre rompre avec elle que de sanctionner par une dispense illicite l’adultère d’un roi ; la générosité qu’elle a fait paraître dans la personne de Pie IX, en bravant les dédains de la politique mondaine et les lâches étonnements des faux catholiques, plutôt que de laisser un enfant juif à qui le baptême avait été conféré en danger de mort, exposé à renier l’ineffable caractère de chrétien, et à blasphémer le Christ dont il était devenu l’heureux membre ?
L’Église agit et agira ainsi jusqu’à la fin, parce qu’elle est sainte dans sa fidélité ; et l’Esprit nourrit toujours en elle un amour qui ne calcule jamais en présence du devoir. Elle peut ouvrir le code de ses lois en présence de ses ennemis comme de ses enfants fidèles, et leur demander s’ils pourraient en signaler une seule qui n’ait pas pour objet de procurer la gloire de son Époux et le bien des hommes par la pratique de la vertu. Aussi, voyons-nous sortir de son sein des millions d’êtres vertueux qui s’en vont à Dieu après cette vie. Ce sont les saints que l’Église sainte produit par l’influence de l’Esprit-Saint. Dans toutes ces myriades d’élus, il n’en est pas un que l’Église ne revendique comme le fruit de son sein maternel. Ceux-là mêmes qu’une permission divine a laissé naître dans les sociétés séparées, s’ils ont vécu dans la disposition d’embrasser la vraie Église quand elle leur serait manifestée, et s’ils ont pratiqué toutes les vertus dans une entière fidélité à la grâce qui est le fruit de l’universelle rédemption : cette Église sainte les réclame pour ses fils.
Chez elle fleurissent tous les dévouements, tous les héroïsmes. Des vertus inconnues au monde avant qu’elle fût fondée, sont journalières dans son sein. En elle il est des saintetés éclatantes qu’elle couronne des honneurs de la canonisation : il est des vertus humbles et cachées qui ne rayonneront qu’au jour de l’éternité. Les préceptes de Jésus sont observés par ses disciples, et il règne en eux comme un maître chéri. Mais ce maître a donné aussi des conseils qui ne sont pas à la portée de tous, et c’est la source d’un nouvel épanouissement de la sainteté intarissable de l’Épouse. Non seulement il est des âmes généreuses qui s’attachent avec amour à ces divins conseils ; mais le sein de l’Église fécondé par le divin Esprit ne cesse de produire et d’alimenter d’immenses familles religieuses, dont l’élément est la perfection, dont la loi suprême est la pratique des conseils unie par le vœu à celle des préceptes.
Nous ne nous étonnerons plus après cela que l’Épouse resplendisse de ce don des miracles qui atteste visiblement la sainteté. Jésus lui a promis que son front serait toujours entouré de cette surnaturelle auréole [JOHAN. XIV, 12.] : or, l’Apôtre nous enseigne que les prodiges opérés dans l’Église sont l’œuvre directe du Saint-Esprit [I Cor. XII, 11.].
Que si quelqu’un fait la remarque que tous les membres de l’Église ne sont pas saints, nous lui répondrons qu’il suffit que cette Épouse du Christ offre à tous le moyen de le devenir ; mais que la liberté étant donnée pour être l’instrument du mérite, il serait contradictoire que ceux qui possèdent la liberté fussent en même temps nécessités au bien. Nous ajouterons qu’un nombre immense de ceux qui sont dans le péché, restant membres de l’Église par la foi et la soumission respectueuse aux pasteurs légitimes et principalement au Pontife romain, rentreront tôt ou tard en grâce avec Dieu et termineront leur vie dans la sainteté. La miséricorde de l’Esprit-Saint opère cette merveille par le moyen de l’Église qui, à l’exemple de son Époux, « n’éteint pas la mèche qui fume encore, et n’achève pas de rompre le roseau déjà éclaté [Isai. XLII, 3.]. »
Celle qui a reçu, pour le communiquer à ses membres, le divin septénaire des Sacrements dont nous avons exposé la richesse dans le cours d’une des semaines précédentes, comment ne serait-elle pas sainte ? Est-il rien de plus saint que cet auguste ensemble de rites qui donnent les uns la vie aux pécheurs, les autres l’accroissement de la grâce aux justes ? Ces Sacrements établis par Jésus lui-même et qui sont l’héritage de la sainte Église, ont tous leur relation avec l’Esprit-Saint. Dans le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, c’est lui-même qui agit directement ; dans le Sacrifice eucharistique, c’est par son action que l’Homme-Dieu vit et est immolé sur notre autel ; il fait renaître la grâce baptismale dans la Pénitence ; il est l’Esprit de Force qui conforte le mourant dans l’Onction suprême, le lien sacré qui unit indissolublement les époux dans le Mariage. En montant aux cieux, notre Emmanuel nous laissait comme gage de son amour ce septénaire sacramentel ; mais le trésor demeura scellé jusqu’à ce que l’Esprit divin fût descendu. Il devait lui-même mettre l’Épouse en possession d’un dépôt si précieux, l’ayant préparée, en la sanctifiant, à le recevoir dans ses royales mains et à l’administrer fidèlement à ses heureux membres.
L’Église enfin est sainte au moyen de la prière qui en elle est incessante. Celui qui est « l’Esprit de grâce et de prières [Zach. XII, 10.] » produit continuellement dans les fidèles de l’Église, les actes divers qui forment le sublime concert de la prière : adoration, action de grâces, demande, élans du repentir, effusions de l’amour. Il y joint chez plusieurs les dons de la contemplation, par lesquels la créature est tantôt ravie jusqu’en Dieu, tantôt voit descendre Dieu jusqu’à elle avec des faveurs qui tiennent de la vie à venir plus que de celle-ci. Qui pourrait compter les respirations de la sainte Église, je veux dire ses épanchements vers l’Époux, dans les millions de prières qui montent à chaque minute de la terre au ciel, et semblent les unir l’un à l’autre dans le plus étroit embrassement ? Comment ne serait-elle pas sainte, celle qui a ainsi, selon la forte expression de l’Apôtre : « sa conversation dans le ciel [Philip, III, 20.] ? »
Mais si la prière des membres est si merveilleuse dans sa multiplication et son ardeur, combien plus encore est imposante et plus belle la prière générale de l’Église elle-même dans la sainte Liturgie, où l’Esprit-Saint agit avec plénitude, inspirant l’Épouse, et lui suggérant ces touchants et nobles accents que nous avons cherché à traduire dans la succession de cet ouvrage ! Que ceux qui nous ont suivi jusqu’ici disent si la prière liturgique n’est pas la première de toutes, si elle n’est pas désormais la lumière et la vie de leur prière personnelle. Qu’ils applaudissent donc à la sainteté de l’Épouse qui leur donne de sa plénitude, et qu’ils glorifient « l’Esprit de grâce et de prière » de ce qu’il daigne faire pour elle et pour eux.
O Église, vous êtes « sanctifiée dans la vérité ».; et par vous nous sommes initiés à toute la doctrine de Jésus votre Époux ; par vous nous sommes établis dans la voie de cette sainteté qui est votre élément. Que pouvons-nous désirer. avant ainsi le Vrai et le Bien ? Hors devons c’est en vain que nous les chercherions, et notre bonheur consiste en ce que nous n’avons rien à chercher ; car votre cœur de mère ne désire que de répandre sur nous tout ce qu’il a reçu de dons et de lumières. Soyez bénie en cette solennité de la Pentecôte où vous avez tant reçu pour nous ! Nous sommes éblouis de l’éclat des prérogatives que la munificence de votre Époux vous a préparées, et dont l’Esprit-Saint vous comble de sa part ; et maintenant que nous vous connaissons mieux encore, nous promettons de vous être plus fidèles que jamais.
La Station du Jeudi de la Pentecôte est dans la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Ce vénérable sanctuaire où repose la dépouille du vaillant Archidiacre de l’Église romaine, est un des plus nobles trophées de la victoire de l’Esprit divin sur le Prince du monde, et l’assemblée annuelle des fidèles dans un tel lieu depuis tant de siècles atteste combien fut complète la victoire qui donna au Christ Home et sa puissance.
L’Église arménienne se retrouve aujourd’hui pour nous fournir la matière des louanges que nous offrirons à l’Esprit Saint, dans ces belles strophes qui respirent un si odorant parfum d’antiquité.
CANON QUINTAE DIEI.
   Hodie exsultant chori Apostolorum adventu Spiritus Dei, quos consolatus est loco Verbi incarnati, degens apud illos : gloriam offeramus illi agiologa voce.
   Hodie rore intelligibili de nubibus Spiritus laetata sunt germina Ecclesiae, pinguefacti sunt agri justitia, speciosa effecta est deserta pura virginitate : gloriam offeramus illi agiologa voce.
   Hodie exiit aqua viva in Jerusalem, unde repleta sunt flumina Dei, et currentes inebriarunt terrarum orbem quadrifluvio fonte Eden : gloriam offeramus illi agiologa voce.
   Aujourd’hui le chœur des Apôtres tressaille de bonheur à l’arrivée de l’Esprit de Dieu qui vient les consoler en place du Verbe incarné, et habiter avec eux ; rendons-lui gloire, et que nos voix célèbrent sa sainteté.
Aujourd’hui une eau vive a jailli dans Jérusalem ; les fleuves de Dieu en ont été remplis, et dans leur cours ils ont enivré la terre, comme les quatre sources qui arrosaient Éden ; rendons-lui gloire, et que nos voix célèbrent sa sainteté.
Aujourd’hui la rosée spirituelle est descendue des nuées, les jeunes plants de l’Église en ont été réjouis, ses sillons ont été fertilisés par la justice, ses déserts sont devenus gracieux par l’éclat de la virginité ; rendons-lui gloire, et que nos voix célèbrent sa sainteté.
Nous ajoutons cette belle Séquence que l’Allemagne a produite, et dans laquelle son illustre prophétesse, la grande et sainte abbesse Hildegarde, exprime son amour pour l’Esprit divin dont elle fut constamment l’organe inspiré.
SÉQUENCE.
O ignis Spiritus Paraclite, Vita vitae omnis creaturae.
Sanctus es, vivificando formas.
Sanctus es, ungendo Periculose fractos.
Sanctus es, tergendo fœtida vulnera.
   O spiraculum sanctitatis, O ignis caritatis, O dulcis gustus In pectoribus, Et infusio cordium In bono odore virtutum !
   O lorica vit, Et spes compaginis Membrorum omnium ! 0 cingulum honestatis, Salva beatos !
   O fons purissimus, In quo consideratur Quod Deus alienos Colligit, Et perditos requirit !
   
   Custodi eos Qui carcerati sunt Ab inimico, Et solve ligatos, Quos divina vis Salvare vult.
   De te nubes fluunt, Aether volat, Lapides humorem habent, Aquae rivulos educunt Et terra viriditatem sudat.
   0 iter fortissimum, Quod penetravit omnia, In altissimis, Et in terrenis, Et in omnibus abyssis, Quum omnes componis Et colligis.
   
   Tu etiam semper Educis doctos, Per inspirationem sapientiae Laetificatos.
   Vous êtes un feu, ô Esprit Paraclet, la source de vie pour toute créature !
   Unde laus tibi sit, Qui es sonus laudis Et gaudium vit, Spes et honor fortissimus, Dans praemia lucis. Amen.
   Saint êtes-vous, lorsque vous vivifiez les êtres.
Saint êtes-vous, lorsque par votre onction vous êtes un baume pour nos mortelles blessures.
Saint êtes-vous, lorsque vous nettoyez nos plaies humiliantes.
O souffle de sainteté ! O flamme de charité ! O saveur si douce à nos cœurs ! O parfum pénétrant qui leur faites répandre la bonne odeur des vertus !
O source pure et vive, qui manifestez la bonté de Dieu recueillant ceux qui lui étaient étrangers, et recherchant ceux qui étaient perdus !
O défense de notre vie, espérance de notre conservation, ceinture protectrice de la vertu, sauvez ceux dont vous êtes le bonheur !
Préservez des coups de l’ennemi ceux qui sont encore dans ses liens ; brisez leurs chaînes, ô force divine, vous qui voulez les sauver !
O sentier puissant, trace de la terre au Ciel, traversant tous les abîmes, afin de recueillir et de rassembler tous les élus.
Par vous les nuages parcourent le ciel, l’atmosphère vivifiante s’étend autour de nous, les rochers recèlent des sources d’eau qui arrosent la terre en ruisseaux ; par vous la terre se couvre de sa verdure.
C’est vous aussi qui instruisez les âmes et qui les réjouissez, en leur inspirant la sagesse.
Louange donc soit à vous qui êtes l’harmonie de nos chants, le charme de notre vie, notre espérance et notre gloire, celui qui nous confère le précieux don de la lumière.
   Amen.
   
LE DON DE CONSEIL.
Le don de Force dont nous avons reconnu la nécessité dans l’œuvre de la sanctification du chrétien, ne suffirait pas pour assurer ce grand résultat, si le divin Esprit n’avait pris soin de l’unir à un autre don qui vient à la suite et pré-vient tout danger. Ce nouveau bienfait consiste dans le Don de Conseil. La Force ne saurait être laissée à elle seule : il lui faut un élément qui la dirige. Le don de Science ne pourrait être cet élément, parce que s’il éclaire l’âme sur sa fin, M sur les règles générales de la conduite qu’elle doit tenir, il n’apporte pas une lumière suffisante sur les applications spéciales de la loi de Dieu et sur le gouvernement de la vie. Dans les diverses situations où nous pouvons être placés, dans les résolutions que nous pouvons avoir à prendre, il est nécessaire que nous entendions la voix de l’Esprit-Saint, et c’est par le don de Conseil que cette voix divine arrive jusqu’à nous. C’est elle qui nous dit, si nous voulons l’écouter, ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter, ce que nous devons dire et ce que nous devons taire, ce que nous pouvons conserver et ce à quoi nous devons renoncer. Par le don de Conseil, l’Esprit-Saint agit sur notre intelligence, de même qu’il agit sur notre volonté par le don de Force.
Ce don précieux s’applique à la vie entière ; car il nous faut sans cesse nous déterminer pour un parti ou pour l’autre, et ce nous est un grand sujet de reconnaissance envers l’Esprit divin, de penser qu’il ne nous laisse jamais à nous-mêmes, tant que nous sommes disposés à suivre la direction qu’il nous imprime. Que de pièges il peut nous faire éviter ! que d’illusions il peut détruire en nous ! que de réalités il nous découvre ! Mais pour ne pas perdre ses inspirations, il nous faut nous garder de l’entraînement naturel qui nous détermine trop souvent peut-être, de la témérité qui nous emporte au gré de la passion, de la précipitation qui nous sollicite de juger et d’agir, lors même que nous n’avons vu encore qu’un côté des choses, de l’insouciance enfin qui fait que nous nous décidons au hasard, dans la crainte de nous fatiguer par la recherche de ce qui serait le meilleur.
Le Saint-Esprit, par le don de Conseil, arrache l’homme à tous ces inconvénients. Il réforme la nature si souvent excessive, quand elle n’est pas apathique. Il tient l’âme attentive à ce qui est vrai, à ce qui est bon, à ce qui lui est vraiment avantageux. Il lui insinue cette vertu qui est le complément et comme l’assaisonnement de toutes les autres, nous voulons dire la discrétion dont il a le secret, et par laquelle les vertus se conservent, s’harmonisent et ne dégénèrent pas en défauts. Sous la direction du don de Conseil, le chrétien n’a rien à craindre ; l’Esprit-Saint prend sur lui la responsabilité de tout. Qu’importe donc que le monde blâme ou critique, qu’il s’étonne ou se scandalise ! le monde se croit sage ; mais il n’a pas le don de Conseil. De là vient que souvent les résolutions prises sous son inspiration aboutissent à un but tout autre que celui qu’il s’était proposé. Et il en devait être ainsi ; car c’est à lui que le Seigneur a dit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies [Isai. LV, 8.]. »
Appelons donc de toute l’ardeur de nos désirs le don divin qui nous préservera du danger de nous gouverner nous-mêmes ; mais comprenons que ce don n’habite que dans ceux qui l’estiment assez pour se renoncer en sa présence. Si l’Esprit-Saint nous trouve détachés des idées humaines, convaincus de notre fragilité, il daignera être notre Conseil ; de même que si nous étions sages à nos propres yeux, il retirerait sa lumière et nous laisserait à nous-mêmes.
Nous ne voulons pas qu’il en arrive ainsi pour nous, ô divin Esprit ! Nous savons trop par notre expérience qu’il ne nous est pas avantageux de courir les hasards de la prudence humaine, et nous abdiquons sincèrement devant vous les prétentions de notre esprit si prompt à s’éblouir et à se faire illusion. Conservez en nous et daignez y développer en toute liberté ce don ineffable que vous nous avez octroyé dans le Baptême : soyez pour toujours notre Conseil. « Faites-nous connaître vos voies, et enseignez-nous vos sentiers. Dirigez-nous dans la vérité et instruisez-nous ; car c’est de vous que nous viendra le salut, et c’est pour cela que nous nous attachons à votre conduite [Psalm. CXVIII.]. » Nous savons que nous serons jugés sur toutes nos œuvres et sur tous nos desseins ; mais nous savons aussi que nous n’avons rien à craindre tant que nous sommes fidèles à votre conduite. Nous serons donc attentifs « à écouter ce que dit en nous le Seigneur notre Dieu [Psalm. LXXXIV, 9.] », l’Esprit de Conseil, soit qu’il nous parle directement, soit qu’il nous renvoie à l’organe qu’il a voulu choisir pour nous. Soit donc béni Jésus qui nous a envoyé son Esprit pour être notre conducteur, et soit béni ce divin Esprit qui daigne nous assister toujours, et que nos résistances passées n’ont pas éloigné de nous !
LE VENDREDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Jusqu’ici nous avons considéré l’action du Saint-Esprit dans l’Église ; il nous faut maintenant la suivre sur un théâtre moins étendu, il nous faut l’étudier dans le cœur du chrétien. Là encore nous puiserons de nouveaux sentiments d’admiration et de reconnaissance pour ce divin Esprit qui daigne se prêter à tous nos besoins, et nous conduire à la fin bienheureuse pour laquelle nous avons été crées.
De même que l’Esprit Saint envoyé « pour demeurer avec nous » s’emploie à maintenir et à diriger la sainte Église, afin qu’elle soit toujours l’Épouse fidèle de Jésus son Époux immortel ; ainsi s’attache-t-il à nous pour nous rendre les dignes membres de ce chef saint et glorieux. Sa mission est de nous unir à Jésus si étroitement que nous lui soyons incorporés. C’est à lui de nous créer dans l’ordre surnaturel, de nous donner et de nous conserver la vie de la grâce, en nous appliquant les mérites que Jésus notre médiateur et notre Sauveur nous a conquis.
Elle est sublime cette mission du Saint-Esprit qui lui a été conférée par le Père et par le Fils, et qu’il exerce sur le genre humain. Au sein de la divinité l’Esprit-Saint est produit et ne produit pas. Le Père engendre le Fils, le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit ; cette différence est fondée dans la nature divine elle-même, qui n’est et ne peut être qu’en trois personnes. De là vient, comme l’enseignent les Pères, que le Saint-Esprit a reçu pour le dehors la fécondité qu’il n’exerce pas dans l’essence divine. Si donc il s’agit de produire l’humanité du Fils de Dieu au sein de Marie, c’est lui qui opère ; et s’il s’agit de créer le chrétien du sein de la corruption originelle, et de l’appeler à la vie de la grâce, c’est lui encore qui exercera son action : en sorte que, selon l’énergique expression de saint Augustin, « la même grâce qui a produit le Christ à son commencement, produit le chrétien lorsqu’il commence à croire ; le même Esprit duquel le Christ a été conçu est le principe de la nouvelle naissance du fidèle [De praedestinatione Sanctorum. Cap. XV.]. »
Nous nous sommes étendu longuement sur l’action du Saint-Esprit dans la formation et le gouvernement de l’Église, parce que l’œuvre principale de ce divin Esprit est de former sur la terre l’Épouse du Fils de Dieu, et que c’est par elle que nous viennent tous les biens. Elle est dépositaire d’une partie des grâces de cet auguste Paraclet, qui a daigné se mettre à sa disposition pour nous sauver et nous sanctifier. C’est pour nous également qu’il l’a rendue catholique, visible à tous les regards, afin qu’il nous fût plus facile de la trouver ; c’est pour nous qu’il maintient dans son sein la vérité et la sainteté, afin que nous soyons abreuvés à ces deux sources ineffables. Aujourd’hui nous voici attentifs à ce qu’il opère dans les âmes, et tout d’abord nous nous trouvons en face de son pouvoir créateur. N’est-ce pas en effet une véritable création, d’amener une âme plongée dans la déchéance originelle, ou, ce qui est plus merveilleux encore, une âme défigurée par le péché volontaire et personnel, de l’amener à devenir en un moment la fille adoptive du Père céleste, le membre chéri du Fils de Dieu ? Le Père et le Fils se complaisent à voir accomplir cette œuvre par l’Esprit qui est leur amour mutuel. Ils l’ont envoyé afin qu’il agisse, afin qu’il se conduise en maître dans sa mission, et partout où il règne, ils règnent aussi.
Éternellement l’âme élue a été présente à la divine Trinité ; mais, le moment arrivé, l’Esprit descend. Il s’empare de cette âme comme de l’objet désigné à son amour. Le vol de la colombe miséricordieuse est plus rapide que celui de l’aigle qui fond sur sa proie. Que la volonté humaine n’entrave pas son action, et il arrivera de cette âme ce qui est arrivé pour l’Église elle-même, c’est-à-dire que « ce qui n’était même pas triomphera de « ce qui était [I Cor. I, 28.]. » On voit alors des miracles d’un ordre étonnant, « la grâce surabondant là même où le péché avait abondé [Rom. V, 20.]. »
Nous avons vu l’Emmanuel conférer aux eaux la vertu de purifier les âmes ; mais nous nous souvenons que lorsqu’il descendit dans les flots du Jourdain, la colombe divine vint se poser sur sa tête, et prit possession de l’élément régénérateur. La fontaine baptismale est demeurée son domaine. « C’est là, nous dit le grand saint Léon, qu’il préside à la nouvelle naissance de l’homme, rendant féconde la fontaine sacrée, comme autrefois il rendit fécond le sein de la Vierge, à cette différence que le péché fut absent dans la conception sacrée du Fils de Dieu, tandis que la mystérieuse ablution le détruit en nous [Serm, XXVI. In Nativitate Domini, IV.]. »
Avec quelle tendresse l’Esprit divin contemple cette nouvelle créature sortant des eaux ! avec quelle impétuosité d’amour il fait irruption en elle ! Il est le Don du Dieu très haut, envoyé sur nous pour résider en nous. Il prend donc son habitation dans cette âme toute neuve, qu’elle soit celle de l’enfant d’un jour, ou celle de l’adulte déjà chargé d’années. Il se complaît dans ce séjour qu’il a éternellement ambitionné ; il l’inonde de ses feux et de sa lumière, et comme il est par nature inséparable des deux autres personnes divines, sa présence est cause que le Père et le Fils viennent établir aussi leur demeure en cette âme fortunée [JOHAN. XIV, 23.].
Mais l’Esprit-Saint a ici son action propre, sa mission sanctificatrice, et pour bien comprendre la nature de sa présence dans le chrétien, il faut savoir qu’elle ne se borne pas à l’âme. Le corps fait aussi partie de l’homme, et il a eu sa part dans la régénération ; c’est pourquoi l’Apôtre, en même temps qu’il nous révèle l’heureuse « habitation » du divin Esprit en nous [Rom. VIII, 11.], nous apprend encore que nos membres matériels sont eux-mêmes ses temples [I Cor. VI, 19.]. Il veut les faire servir à la justice et à la sainteté [Rom. VI, 19|.] ; il dépose en eux un germe d’immortalité qui les conservera dans la dissolution même du tombeau, en sorte qu’au jour de la résurrection ils reparaîtront, mais spiritualisés [I Cor. XV, 44.], gardant ainsi le signe de l’Esprit qui les aura possédés en cette vie mortelle.
Le chrétien étant donc ainsi l’habitation de l’Esprit-Saint, nous ne devons pas nous étonner que ce divin Esprit songe à orner dignement la demeure qu’il s’est choisie. Quelle plus noble parure que celle des vertus théologales : la Foi qui nous met en possession certaine et substantielle des vérités divines que notre intelligence ne peut voir encore ; l’Espérance qui rend déjà présent le secours divin qui nous est nécessaire et la félicité éternelle que nous attendons ; la Charité qui nous unit à Dieu par le plus fort et le plus doux des liens ! Or, ces trois vertus, ces trois moyens pour l’homme régénéré d’être en rapport avec sa fin, c’est à la présence du Saint-Esprit que le chrétien les doit. Il a daigné signaler son arrivée par ce triple bienfait qui dépasse tous nos mérites passés, présents et futurs.
Au-dessous des trois vertus théologales, il établit ces quatre autres qui sont comme les assises de la vie morale de l’homme : la justice, la force, la prudence et la tempérance ; qualités naturelles, qu’il transforme en les adaptant à la fin surnaturelle du chrétien. Enfin comme un dernier lustre qu’il ajoute à sa demeure, il y dépose le septénaire sacré de ses dons, destines à répandre le mouvement et la vie dans le septénaire des vertus.
Mais les vertus et les dons qui tous tendent vers Dieu, réclament l’élément supérieur qui est le moyen essentiel de l’union avec lui : élément indispensable et que rien ne peut suppléer, âme de l’âme, principe vivifiant, sans lequel elle ne saurait ni voir ni posséder Dieu ; c’est la Grâce sanctifiante. Avec quelle satisfaction l’Esprit divin l’introduit dans l’âme à laquelle elle s’incorpore, et qu’elle rend l’objet des complaisances divines ! Une étroite alliance existe entre cette grâce et la présence de l’Esprit-Saint ; car si l’âme venait à donner entrée au péché mortel, l’Esprit cesserait d’habiter cette âme infortunée, au moment même où s’éteindrait en elle la grâce sanctifiante.
Mais il veille soigneusement sur son héritage, et il n’y demeure pas oisif. Les vertus qu’il a infusées dans cette âme si chère ne doivent pas demeurer inertes ; il faut qu’elles produisent les actes vertueux, et que le mérite qu’elles obtiendront vienne accroître la puissance de l’élément fondamental, fortifier et développer cette grâce sanctifiante qui enchaîne si étroitement le chrétien à Dieu. L’Esprit-Saint ne cesse donc de mouvoir l’âme vers l’action soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, par ces touches divines que la théologie appelle grâces actuelles. Il obtient ainsi que sa créature s’élève de plus en plus dans le bien, qu’elle s’enrichisse et se consolide toujours davantage, enfin qu’elle serve à la gloire de son auteur qui la veut féconde et agissante.
Dans cette intention, l’Esprit qui s’est donné à elle, qui l’habite avec une si vive tendresse, la pousse à la prière par laquelle elle pourra tout obtenir, lumière, force et succès. « Mais, dit l’Apôtre, savons-nous comment il faut prier ? » A cette question il répond lui-même d’après son expérience : « Ce sera l’Esprit qui demandera pour nous dans des gémissements inénarrables [Rom. VIII, 26.]. » Ainsi le divin Esprit s’associe à tous nos besoins ; il est Dieu, et il gémit comme la colombe, afin de mettre ses accents à l’unisson des nôtres. « Il crie vers Dieu dans nos cœurs, » dit le même Apôtre [Gal. IV, 6.] ; nous certifiant ainsi par sa présence et ses opérations en nous que nous sommes les enfants de Dieu [Rom. VIII, 16.]. Se peut-il rien de plus intime, et devons-nous nous étonner que Jésus nous ait dit qu’il n’y avait qu’à demander pour recevoir [Luc. XI, 9.], lorsque c’est son Esprit même qui demande en nous ?
Auteur de la prière, il coopère puissamment à l’action. Son intimité avec l’âme fait qu’il ne laisse à celle-ci que la liberté nécessaire au mérite ; pour le reste, il la meut, il la soutient, il la dirige, en sorte qu’à son tour elle n’a plus qu’à coopérer à ce qu’il fait en elle et par elle. À cette action commune de l’Esprit et du chrétien, le Père céleste reconnaît ceux qui lui appartiennent, et c’est pour cela que l’Apôtre nous dit encore que « ceux-là sont les enfants de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu [Rom. VIII, 14.]. » Heureuse société qui mène le chrétien à la vie éternelle, qui fait triompher Jésus en lui, Jésus dont l’Esprit-Saint imprime les traits dans sa créature, afin qu’elle soit un membre digne d’être uni à son Chef !
Mais, hélas ! cette société fortunée peut se dissoudre. Notre liberté, qui ne se transforme qu’au ciel, peut amener et amène trop souvent la rupture entre l’Esprit sanctificateur et l’homme sanctifié. Le désir malheureux de l’indépendance, les passions que l’homme aurait le moyen de régler s’il était docile à l’Esprit, ouvrent le cœur imprudent à la convoitise de ce qui est au-dessous de lui. Satan, jaloux du règne de l’Esprit, ose faire briller aux yeux de l’homme la trompeuse image d’un bonheur ou d’un contentement hors de Dieu. Le monde, qui est aussi un esprit maudit, ose rivaliser avec l’Esprit du Père et du Fils. Subtil, audacieux, actif, il excelle à séduire, et nul ne pourrait compter les naufrages qu’il a causés. Il est cependant dénoncé aux chrétiens par Jésus lui-même qui nous a déclaré qu’il ne prierait pas pour lui [JOHAN. XVII, 9.], et par l’Apôtre qui nous avertit « que ce n’est pas l’esprit du monde que nous avons reçu, mais bien l’Esprit qui est de Dieu [I Cor. II, 12.]. »
Néanmoins un cruel divorce s’opère fréquemment entre l’homme et son hôte divin. Il est précédé pour l’ordinaire par un refroidissement qui se manifeste du côté de la créature envers son bienfaiteur. Un manque d’égards, une légère désobéissance, sont les préludes de la rupture. C’est alors qu’a lieu chez le divin Esprit ce froissement qui montre si clairement l’amour qu’il porte à l’âme, et que l’Apôtre nous rend d’une manière expressive, lorsqu’il nous recommande de ne pas contraster l’Esprit-Saint qui nous marqua de son sceau au jour où la rédemption venait à nous [Eph. IV, 3o.]. Parole remplie d’un sentiment profond, et qui nous révèle la responsabilité qu’entraîne après lui le péché véniel. L’habitation de l’Esprit-Saint dans l’âme devient pour lui une cause d’amertume, une séparation est à craindre ; et si, comme l’enseigne saint Augustin, « il n’abandonne pas qu’il ne soit abandonné, » si la grâce sanctifiante demeure encore, les grâces actuelles deviennent plus rares et moins pressantes.
Mais le comble du malheur est dans la rupture du pacte sacré qui unissait l’âme et l’Esprit divin dans une si étroite alliance. Le péché mortel est l’acte d’une souveraine audace et d’une cruelle ingratitude. Cet Esprit si rempli de douceur se voit expulsé de l’asile qu’il s’était choisi, et qu’il avait embelli en tant de manières. C’est le comble de l’outrage, et l’on n’a pas droit de s’étonner de l’indignation de l’Apôtre quand il s’écrie : « Quel supplice ne mérite-t-il pas celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, méprisé le sang de l’alliance, et fait une telle injure à l’Esprit de grâce [Heb. X, 29.] ? »
Cependant cette situation désolante du chrétien infidèle au Saint-Esprit peut encore exciter la compassion de celui qui, étant Dieu, a été envoyé vers nous pour être notre hôte plein de mansuétude. Il est si triste l’état de celui qui, en chassant l’Esprit divin, a perdu l’âme de son âme, qui a vu s’éteindre au même moment le flambeau de la grâce sanctifiante, et s’anéantir tous les mérites dont elle s’était accrue. Chose admirable et digne d’une reconnaissance éternelle ! L’Esprit-Saint expulsé du cœur de l’homme aspire à y rentrer. Telle est l’étendue de la mission qu’a reçue du Père et du Fils celui qui est amour, et qui par amour ne veut pas abandonner à sa perte le chétif et ingrat vermisseau qu’il avait voulu élever jusqu’à la participation de la nature divine [II Petr. I, 4.].
On le verra donc, avec une abnégation sublime dont l’amour seul a le secret, faire le siège de cette âme, jusqu’à ce qu’il ait pu s’en emparer de nouveau. Il l’effrayera par les terreurs de la justice divine, il lui fera sentir la honte et le malheur où se précipite celui qui a perdu la vie de son âme. Il le détache ainsi du mal par ces premières atteintes que le saint Concile de Trente appelle « les impulsions de l’Esprit-Saint qui meut l’âme « au dehors, sans l’habiter encore au dedans [Sess. XIV, Cap. IV.]. » L’âme inquiète et mécontente d’elle-même finit par aspirer à la réconciliation ; elle rompt les liens de son esclavage, et bientôt le sacrement de Pénitence va répandre en elle l’amour qui ranime la vie, en consommant la justification. Qui pourrait exprimer le charme et le triomphe de la rentrée du divin Esprit dans son domaine chéri ! Le Père et le Fils reviennent vers cette demeure souillée naguère, et peut-être depuis longtemps. Tout revit dans l’âme renouvelée ; la grâce sanctifiante y renaît telle qu’elle était au moment où l’âme sortit de la fontaine baptismale. Les mérites acquis en avaient développé la puissance, mais nous les avons vus tristement sombrer dans la tempête ; ils sont restitués en leur entier, et l’Esprit de vie se réjouit de ce que son pouvoir est égal à son amour.
Un changement si merveilleux n’a pas lieu une fois dans un siècle ; chaque jour, chaque heure le voient s’accomplir. Telle est la mission de l’Esprit divin. Il est descendu pour sanctifier l’homme, il faut qu’il le sanctifie. Le Fils de Dieu est venu ; il s’est donné à nous. Nous ayant trouvés en proie à Satan, il nous a rachetés au prix de son sang ; il a tout disposé pour nous conduire à lui et à son Père ; et s’il a dû remonter aux cieux pour nous v préparer notre place, bientôt il a fait descendre sur nous son propre Esprit, afin qu’il soit notre second Consolateur jusqu’à son retour. Voici donc à l’œuvre ce divin auxiliaire. Éblouis de la magnificence de ses opérations, célébrons avec effusion l’amour avec lequel il nous traite, la puissance et la sagesse qu’il développe dans l’accomplissement de sa mission. Qu’il soit donc béni, qu’il soit glorifié, qu’il soit connu en ce monde qui lui doit tout, dans l’Église dont il est l’âme, et dans ces millions de cœurs qu’il désire habiter pour les sauver et les rendre heureux à jamais !
Ce jour est consacré au jeûne comme celui du mercredi précédent. L’Ordination des prêtres et des ministres sacrés aura lieu demain. Il importe de faire une plus vive instance auprès de Dieu pour obtenir que l’effusion de la grâce soit aussi abondante que sera durable et auguste le caractère que l’Esprit-Saint imprimera sur les membres de la tribu sainte qui lui seront présentés.
À Rome, la Station est aujourd’hui dans la basilique des Douze-Apôtres, où reposent les corps de saint Philippe et de saint Jacques-le-Mineur. Ce souvenir donné aux habitants du Cénacle ne saurait être plus à propos en ces jours où l’Église entière les salue comme les premiers hôtes de l’Esprit-Saint.
Les beaux chants de l’Église arménienne nous aideront encore aujourd’hui à glorifier la venue du divin Paraclet. Nous insérons ici les strophes qui se rapportent à cette journée.
CANON SEXTAE DIEI.
Immortalem efficiens calix effuse de cœlis, Sancte Spiritus, quem biberunt in coenaculo chori sanctorum Apostolorum : benedictus es, Sancte Spiritus, tu vere.
   Large diffusus es in nobis, ignis vivus ; nam potati Apostoli, potarunt etiam terrarum orbem : benedictus es, Sancte Spiritus, tu vere.
   Qui a Paterna veritate procedens fons luminis, radios vibrante lumine oblectans replevisti Apostolos : precibus horum miserere.
   Hodie magnopere exsultant Ecclesiae gentilium, oblectati gaudio ex te, vivifice calix : benedictus es, Sancte Spiritus, tu vere.
   Qui essentiam tuam igneis mire ostendisti, eo ipso intelligibili divino lumine delectans, implevisti Apostolos : precibus horum miserere.
   Qui mundum ambientes tenebras initio in lucem permutasti, hodie mirabili atque divino lumine tuo delectans implevisti Apostolos : precibus horum miserere.
   Tu es, ô Esprit-Saint, le calice rempli dans les cieux et qui rend immortel, dans lequel a bu au Cénacle le chœur des saints Apôtres : tu es béni, ô Esprit-Saint, tu es plein de vérité.
   Qui ignem vibrantibus, ac alas pandentibus insides, hodie in chorum humanorum ineffabili amore effusus es de cœlis : benedictus es Sancte Spiritus Deus.
   Tu t’es répandu sur nous avec abondance, ô flamme vivante ; car les Apôtres, après s’être désaltérés en toi, ont désaltéré toute la terre : tu es béni, ô Esprit-Saint, tu es plein de vérité.
   Qui ab igneis linguis trisagio agiologaris, hodie in labia humanorum igniflue effusus es de cœlis : benedictus es, Sancte Spiritus Deus.
   Aujourd’hui les Églises de la gentilité se livrent au transport de la joie ; tu es le principe de cette allégresse, calice vivifiant : tu es béni, ô Esprit-Saint, tu es plein de vérité.
   Qui ab igniformibus in fulgentissimis flammis semper videris, hodie terris ignigustus calix effusus es de cœlis : benedictus es, Sancte Spiritus Deus.
   Toi qui procèdes de la vérité du Père, source de lumière, tu as réjoui de tes rayons les Apôtres et tu les as remplis de ta splendeur : par leurs prières aie paie de nous.
Tu as dévoilé ton essence en te montrant sous la forme d’un feu merveilleux ; c’est la lumière divine dont tu as rempli les Apôtres en les rendant heureux : par leurs prières aie pitié de nous.
Toi qui, au commencement, as changé en lumière les ténèbres qui enveloppaient le monde, tu as aujourd’hui rempli les Apôtres de ta lumière admirable et divine, en les rendant heureux : par leurs prières aie pitié de nous.
Toi qui es assis sur ceux qui lancent des rayons enflammés et se balancent sur leurs ailes, tu as été aujourd’hui répandu du haut des cieux par un ineffable amour sur la race humaine : tu es béni, ô Esprit-Saint, ô Dieu !
Toi qui fais chanter le trisagion par des langues de feu, tu as été répandu des cieux aujourd’hui comme une flamme sur les lèvres des humains : tu es béni, ô Esprit-Saint, ô Dieu !
Toi que les Esprits dont la nature est la flamme contemplent éternellement au milieu de tes feux éblouissants, aujourd’hui tu as été répandu des cieux sur la terre comme une coupe remplie d’une liqueur embrasée : tu es béni, ô Esprit-Saint, ô Dieu !
Nous empruntons au Missel mozarabe cette allocution que le pontife adresse au peuple fidèle dans la Messe du jour de la Pentecôte, pour l’exhorter à faire un religieux accueil au divin Esprit qui s’apprête à descendre dans les âmes.
MISSA
   Quanta possumus, fratres charissimi, fide, intentione, virtute, gaudio, exsultatione, praeconio, devotione, obsequio, puritate, promissa nobis per Filium Dei, Sancti Spiritus munera hodie transmissa praedicemus. Reseretur nostrorum compago viscerum. Purgentur corda credentium, et pateant omnes sensus, atque recessus animorum. Quia nequaquam immensi laudem atque adventum, pectora angusta narrare sufficiunt. Ille etenim consors Patris, et Filius, unius ejusdemque substantiae tertius in persona, sed unus in gloria. Quem cœlorum regnum non capiunt, quia non eum circumscribunt neque claudunt, hodie ad angustiam cordis nostri ascendit hospitium. Et quis nostrum, fratres dilectissimi, tali se dignum hospite recognoscit ? Quis condigna advenienti exhibeat alimenta ? Quum et Angelorum et Archangelorum, et omnium Virtutum cœlestium ipse est vita. Et ideo quia nos impares tali habitatore cognoscimus, ut in nobis locum habitaculi sibimet praeparet supplicemus. Amen.
   C’est aujourd’hui, Frères très chers, qu’il nous faut célébrer l’arrivée des dons de l’Esprit-Saint qui nous a été promis par le Fils de Dieu ; aujourd’hui que nous devons employer à l’accomplissement de ce devoir tout ce que nous avons de foi, d’ardeur et d’allégresse. Unissons à nos louanges les sentiments de la piété, joignons-y l’humilité et la pureté, et ouvrons l’intérieur de nos âmes au transport que fait naître un tel événement. Que les cœurs des croyants soient purifiés, que leurs esprits soient ouverts, que le plus intime de leurs âmes se prépare ; car une étroite poitrine serait insuffisante pour célébrer la louange et l’avènement de celui qui est sans mesure. Il est en effet le consubstantiel du Père et du Fils, le troisième dans l’ordre des personnes, mais le même dans la gloire. Celui que le royaume du ciel ne peut contenir, qui n’est renfermé par aucune limite, descend aujourd’hui dans l’humble asile de notre cœur pour y prendre l’hospitalité. Qui d’entre nous. Frères très chers, pourrait se croire digne d’un tel hôte ? Qui serait en état de lui fournir à son arrivée un festin digne de lui ? C’est par lui que vivent les Anges et les Archanges, et toutes les Vertus célestes. Reconnaissons-nous donc incapables de recevoir en nous un tel hôte, et supplions-le de préparer lui-même son habitation dans nos âmes. Amen.
LE DON D’INTELLIGENCE.
Ce sixième Don de l’Esprit-Saint fait entrer l’âme dans une voie supérieure à celle où elle s’est exercée jusqu’ici. Les cinq premiers Dons tendent tous à l’action. La Crainte de Dieu remet l’homme à sa place en l’humiliant, la Piété ouvre son cœur aux affections divines, la Science lui fait discerner la voie du salut de la voie de perdition, la Force l’arme pour le combat, le Conseil le dirige dans ses pensées et dans ses œuvres ; il peut donc agir maintenant, et poursuivre sa route avec l’espoir d’arriver au terme. Mais la bonté du divin Esprit lui réserve encore d’autres faveurs. Il a résolu de le faire jouir dès ce monde d’un avant-goût de la félicité qu’il lui réserve dans l’autre vie. Ce sera le moyen d’affermir sa marche, d’animer son courage et de récompenser ses efforts. La voie de la contemplation lui sera donc désormais ouverte, et le divin Esprit l’y introduira au moyen de l’Intelligence.
À ce mot de contemplation, plusieurs personnes s’inquiéteront peut-être, persuadées à tort que l’élément qu’il signifie ne saurait se rencontrer que dans les conditions rares d’une vie passée dans la retraite et loin du commerce des hommes. C’est une grave et dangereuse erreur, et qui arrête trop souvent l’essor des âmes. La contemplation est l’état auquel est appelée, dans une certaine mesure, toute âme qui cherche Dieu. Elle ne consiste pas dans les phénomènes qu’il plaît à l’Esprit-Saint de manifester en certaines personnes privilégiées, et qu’il destine à prouver la réalité de la vie surnaturelle. Elle est simplement cette relation plus intime qui s’établit entre Dieu et l’âme qui lui est fidèle dans l’action ; à cette âme, si elle n’y met obstacle, sont réservées deux faveurs, dont la première est le don d’Intelligence qui consiste dans l’illumination de l’esprit éclairé désormais d’une lumière supérieure.
Cette lumière n’enlève pas la foi, mais elle éclaircit l’œil de l’âme en la fortifiant, et lui donne une vue plus étendue sur les choses divines. Beaucoup de nuages s’effacent, qui provenaient de la faiblesse et de la grossièreté de l’âme non initiée encore. La beauté pleine de charme des mystères que 1 on ne sentait que vaguement se révèle, d’ineffables harmonies que l’on ne soupçonnait pas apparaissent. Ce n’est pas la vue face à face réservée pour le jour éternel ; mais ce n’est déjà plus cette faible lueur qui dirigeait les pas. Un ensemble d’analogies, de convenances, qui se montrent successivement à l’œil de l’esprit, apportent une certitude pleine de douceur. L’âme se dilate à ces clartés qui enrichissent la foi, accroissent l’espérance et développent l’amour. Tout lui semble nouveau ; et quand elle regarde derrière elle, elle compare et voit clairement que la vérité, toujours la même, est maintenant saisie par elle d’une manière incomparablement plus complète.
Le récit des Évangiles l’impressionne davantage ; elle trouve une saveur inconnue pour elle jusqu’alors dans les paroles du Sauveur. Elle comprend mieux le but qu’il s’est proposé dans l’institution de ses Sacrements. La sainte Liturgie l’émeut par ses formules si augustes et ses rites si profonds. La lecture de la Vie des Saints l’attire, rien ne l’étonné dans leurs sentiments et leurs actes ; elle goûte leurs écrits plus que tous les autres, et elle ressent un accroissement de bien-être spirituel en traitant avec ces amis de Dieu. Entourée de devoirs de toute nature, le flambeau divin la guide pour satisfaire à chacun. Les vertus si diverses qu’elle doit pratiquer se concilient dans sa conduite ; l’une n’est jamais sacrifiée à l’autre, parce qu’elle voit l’harmonie qui doit régner entre elles. Elle est loin du scrupule comme du relâchement, et toujours attentive a réparer aussitôt les pertes qu’elle a pu faire. Quelquefois même le divin Esprit l’instruit par une parole intérieure que son âme entend, et qui éclaire sa situation d’un nouveau jour.
Désormais le monde et ses vaines erreurs sont appréciés par elle pour ce qu’ils sont, et l’âme se purifie du reste d’attache et de complaisance qu’elle pouvait encore conserver pour eux. Ce qui n’a de grandeur et de beautés que selon la nature, paraît chétif et misérable à cet œil que l’Esprit-Saint a ouvert aux grandeurs et aux beautés divines et éternelles. Un seul côté rachète à ses yeux ce monde extérieur qui fait illusion à l’homme charnel : c’est que la créature visible, qui porte la trace de la beauté de Dieu, est susceptible de servir à la gloire de son auteur. L’âme apprend à user d’elle avec action de grâces, la rendant surnaturelle, glorifiant avec le Roi-Prophète celui qui a empreint les traits de sa beauté dans cette multitude d’êtres qui servent si souvent à la perte de l’homme, tandis qu’ils sont appelés à devenir les degrés qui le conduiraient à Dieu.
Le don d’Intelligence répand aussi dans l’âme la connaissance de sa propre voie. Il lui fait comprendre combien ont été sages et miséricordieux les desseins d’en haut qui l’ont parfois brisée et transportée là où elle ne comptait pas aller. Elle voit que si elle eût été maîtresse de disposer elle-même son existence, elle eût manqué son but, et que Dieu l’a fait arriver, en lui cachant d’abord les desseins de sa paternelle Sagesse. Maintenant elle est heureuse, car elle jouit de la paix, et son cœur n’a pas assez d’actions de grâces pour remercier Dieu qui l’a conduite au terme sans la consulter. S’il arrive qu’elle soit appelée à donner des conseils, à exercer une direction par devoir ou par le motif de la charité, on peut se confier en elle ; le don d’Intelligence l’éclairé pour les autres comme pour elle-même. Elle ne s’ingère pas cependant à poursuivre de ses leçons ceux qui ne les lui demandent pas ; mais si elle est interrogée, elle répond, et ses réponses sont lumineuses comme le flambeau qui l’éclairé.
Tel est le don d’Intelligence, véritable illumination de l’âme chrétienne, et qui se fait sentir à elle en proportion de sa fidélité à user des autres dons. Celui-ci se conserve par l’humilité, la modération des désirs et le recueillement intérieur. Une conduite dissipée en arrêterait le développement et pourrait même l’étouffer. Dans une vie occupée et remplie par des devoirs, au sein même de distractions obligées auxquelles l’âme se prête sans s’y livrer, cette âme fidèle peut se conserver recueillie. Qu’elle soit donc simple, qu’elle soit petite à ses propres yeux, et ce que Dieu cache aux superbes et révèle aux petits [Luc. X, 21.] lui sera manifesté et demeurera en elle.
Nul doute qu’un tel don ne soit d’un secours immense pour le salut et la sanctification de l’âme. Nous devons donc l’implorer du divin Esprit avec toute l’ardeur de nos désirs, en demeurant convaincus que nous l’atteindrons plus sûrement par l’élan de notre cœur que par l’effort de notre esprit. C’est dans l’intelligence, il est vrai, que se répand la lumière divine qui est l’objet de ce don ; mais son effusion provient surtout de la volonté échauffée du feu de la charité, selon la parole d’Isaïe : « Croyez, et vous aurez l’intelligence [Isai. VI, 9, cité ainsi par les Pères grecs et latins d’après les Septante.]. » Adressons-nous à l’Esprit-Saint, et nous servant des paroles de David, disons-lui : « Ouvrez nos yeux, et nous contemplerons les merveilles de vos préceptes ; donnez-nous l’intelligence, et nous aurons la vie [Psalm. CXVIII.] ». Instruits par l’Apôtre, nous exposerons notre demande d’une manière plus pressante encore, en nous appropriant la prière qu’il adresse au Père céleste en faveur des fidèles d’Éphèse, lorsqu’il implore pour eux « l’Esprit de Sagesse et de révélation par lequel on connaît Dieu, les yeux illuminés du cœur qui découvrent l’objet de notre espérance et les richesses du glorieux héritage que Dieu s’est préparé dans ses saints [Eph.I, 17-18.]. »
LE SAMEDI DE LA PENTECÔTE.
   Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
   Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Nous avons admiré avec une tendre reconnaissance le dévouement ineffable, la constance toute divine, avec lesquels l’Esprit-Saint accomplit sa mission dans les aines ; il nous reste encore quelques traits à ajouter, pour compléter, bien imparfaitement sans doute, l’idée des merveilles de puissance et d’amour qu’opère cet hôte divin dans l’homme qui ne ferme pas son cœur à ses influences. Mais avant d’aller plus loin nous éprouvons le besoin de rassurer ceux qui, au récit des prodiges de bonté que fait en notre faveur le divin Esprit, et du mystère sublime de sa présence continue au milieu de nous, en viendraient à craindre que celui qui est descendu pour nous consoler de l’absence de notre Rédempteur ne prenne place dans nos affections aux dépens de celui qui « étant de la substance divine, et pouvant sans usurpation se donner pour l’égal de Dieu, s’est anéanti lui-même, prenant la forme de l’esclave et se rendant semblable aux hommes [Philip. II, 6-7.]. »
La faiblesse de l’instruction chrétienne chez un grand nombre de fidèles en notre temps est cause que le dogme du Saint-Esprit n’est guère connu d’eux que d’une manière vague, et qu’ils ignorent pour ainsi dire son action spéciale dans l’Église et dans les âmes. Ces mêmes fidèles connaissent et honorent avec la plus louable dévotion les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption du Fils de Dieu notre Seigneur ; mais on dirait qu’ils attendent l’éternité pour savoir en quoi ils sont redevables au Saint-Esprit.
Nous leur dirons donc ici que la mission de ce divin Esprit est si loin de faire oublier ce que nous devons à notre Sauveur, que sa présence au milieu de nous et en nous est le don suprême de la tendresse de celui qui a daigné nous racheter sur la croix. Le souvenir si touchant et si efficace que nous entretenons de ses mystères, par qui est-il produit et conservé dans nos cœurs, si ce n’est par l’Esprit-Saint ? Et le but de toutes ses sollicitudes dans nos âmes, quel est-il, sinon de former en nous le Christ, l’homme nouveau, afin que nous puissions lui être incorporés éternellement en qualité de ses membres ? L’amour que nous portons à Jésus est donc inséparable de celui que nous devons à l’Esprit-Saint, de même que le culte fervent de ce divin Esprit nous unit étroitement au Fils de Dieu dont il procède et qui nous l’a donné. Nous sommes remués et attendris à la pensée des douleurs de Jésus, et il en doit être ainsi ; mais il serait indigne de rester insensibles aux résistances, aux mépris et aux trahisons auxquels l’Esprit-Saint demeure exposé dans les âmes et qu’il y recueille sans cesse. Nous sommes les enfants du Père céleste : mais puissions-nous comprendre dès ce monde que nous en sommes redevables au dévouement des deux divines personnes qui nous auront servi aux dépens de leur gloire !
Après cette digression qui nous a semblé utile, nous continuons à décrire respectueusement les opérations de l’Esprit-Saint dans l’âme de l’homme. Ainsi que nous venons de le dire, le but de ses efforts est de former en nous Jésus-Christ par l’imitation de ses sentiments et de ses actes. Qui mieux que ce divin Esprit connaît les dispositions de Jésus dont il a produit l’humanité bienheureuse au sein de Marie, de Jésus qu’il a rempli et habité dans une plénitude au-dessus de tout, qu’il a assisté et dirigé en tout par une grâce proportionnée a la dignité de cette nature humaine personnellement unie à la divinité ? Son vœu est d’en reproduire la fidèle copie, autant que la faiblesse et l’exiguïté de notre humble personnalité, lésée déjà par la chute originelle, le lui pourra permettre.
Néanmoins le divin Esprit obtient dans cette œuvre digne d’un Dieu de nobles et glorieux résultats. Nous l’avons vu disputant au péché et à Satan l’héritage racheté du Fils de Dieu ; considérons-le opérant avec succès dans la « consommation des saints », selon la magnifique expression de l’Apôtre [Eph IV, 12.]. Il les prend dans l’état de déchéance générale, il leur applique d’abord les moyens ordinaires de sanctification ; mais résolu à les pousser jusqu’à la limite possible pour eux du bien et de la vertu, il développe son œuvre avec un courage divin. La nature est devant lui : nature tombée, et infectée d’un virus qui donnerait la mort ; mais nature qui garde encore quelque ressemblance avec son créateur, dont elle a retenu divers traits dans sa ruine. L’Esprit a donc à détruire la nature souillée et malsaine, en même temps qu’à relever, en la purifiant, celle qui n’a pas été atteinte mortellement par le poison. Il faut, dans cette œuvre si délicate et si laborieuse, qu’il emploie le fer et le feu, comme un habile médecin, et, chose admirable ! qu’il emprunte le secours du malade lui-même pour appliquer le remède qui seul peut le guérir. De même qu’il ne sauve pas le pécheur sans lui, il ne sanctifie pas le saint, sans être aidé de sa coopération. Mais il anime et soutient son courage par les mille soins de sa grâce, et insensiblement la mauvaise nature perdant toujours du terrain dans cette âme, ce qui était demeuré intact va se transformant dans le Christ, et la grâce arrive à régner dans l’homme tout entier.
Les vertus ne sont plus inertes ou faiblement développées dans ce chrétien : chaque jour leur voit prendre un nouvel essor. L’Esprit ne souffre pas qu’une seule reste en arrière ; sans cesse il montre à son disciple le type qui est Jésus, en qui les vertus sont dans leur plénitude comme dans leur perfection. Parfois il fait sentir à l’âme son impuissance, afin qu’elle s’humilie ; il la laisse exposée aux répugnances et aux tentations ; mais c’est alors qu’il l’assiste avec plus de sollicitude. Il faut qu’elle agisse, comme il faut qu’elle souffre ; mais l’Esprit l’aime avec tendresse, et ménage ses forces tout en l’exerçant. C’est un grand œuvre d’amener un être borné et déchu à reproduire ce qu’il y a de plus saint. Dans ce labeur, plus d’une fois le courage défaille, et un faux pas est toujours possible ; mais, péché ou imperfection, rien ne résiste ; l’amour que le divin Esprit entretient avec un soin particulier dans ce cœur a bientôt consumé ces scories, et la flamme monte toujours.
La vie humaine s’est évanouie ; c’est le Christ qui vit en cet homme nouveau, de même que cet homme vit dans le Christ [Gal. II, 20.]. La prière est devenue son élément ; car c’est en elle qu’il sent le lien qui l’unit à Jésus, et que ce lien se resserre de plus en plus. L’Esprit ouvre à l’âme des voies nouvelles pour lui faire trouver son souverain bien dans la prière. Il en a disposé les degrés comme une échelle divine qui monte de la terre et dont le sommet se perd dans les cieux. Qui pourrait raconter les faveurs de la divinité envers celui qui s’étant dégagé de l’estime et de l’amour de lui-même, n’aspire plus, dans l’unité et la simplicité de sa vie, qu’à voir et à goûter Dieu, qu’à se perdre en lui éternellement ? La divine Trinité tout entière s’intéresse au chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint. Le Père céleste fait sentira cette âme les étreintes de sa tendresse paternelle, le Fils de Dieu ne contient plus les élans de l’amour qu’il a pour elle, et l’Esprit l’inonde toujours davantage de ses lumières et de ses consolations.
La cour céleste qui demeure attentive à tout ce qui intéresse l’homme, au point qu’elle tressaille de bonheur à la vue d’un seul pécheur qui fait pénitence [Luc. XV, 7.], a vu ce beau spectacle, elle le suit avec un indicible amour, et rend honneur à l’Esprit divin qui sait opérer de tels prodiges au sein d’une nature disgraciée. Quelquefois Marie, dans sa joie maternelle, rend sa présence sensible à ce fils nouveau qui lui est né ; les Anges se montrent aux regards de ce frère déjà digne de leur société, et les saints de la race humaine entretiennent une aimable familiarité avec celui dont ils attendent d’ici à peu de temps l’arrivée au séjour de la gloire. Quoi d’étonnant que ce nourrisson de l’Esprit divin n’ait souvent qu’à étendre la main pour suspendre les lois de la nature, et consoler ses frères d’ici-bas dans leurs souffrances ou leurs besoins ? Ne les aime-t-il pas d’un amour puisé à la source infinie de l’amour, d’un amour que n’enchaînent plus l’égoïsme et les tristes retours sur soi-même auxquels est sujet celui en qui Dieu ne règne pas ?
Mais ne perdons pas de vue le point culminant de cette vie merveilleuse, moins rare que ne le pensent les hommes profanes ou distraits. C’est ici qu’apparaît la puissance des mérites de Jésus et son amour pour sa créature, en même temps que la divine énergie de l’Esprit-Saint. Cette âme est appelée à des noces sublimes, et ces noces ne seront pas réservées pour l’éternité. C’est dans le temps, sous l’horizon étroit de ce monde passager, qu’elles doivent s’accomplir. Jésus aspire à l’Épouse qu’il a rachetée de son sang, et l’Épouse n’est plus seulement son Église bien-aimée. C’est aussi cette âme qui était encore dans le néant il y a peu d’années, cette âme que les hommes ignorent, mais dont « il a convoité la beauté [Psalm. XLIV.] » Il est l’auteur de cette beauté qui est en même temps l’œuvre de l’Esprit ; il n’aura pas de repos qu’il ne se la soit unie. Alors s’accomplit par le divin Esprit en faveur d’une âme individuelle ce que nous l’avons vu opérer pour l’Église elle-même. Il la prépare, il l’établit dans l’unité, il la consolide dans la vérité, il la consomme dans la sainteté ; alors « l’Esprit et l’Épouse disent : « Venez [Apoc. XXII, 17.]. »
Il faudrait un livre entier pour décrire l’action du divin Esprit dans les saints, et nous n’avons pu en tracer qu’une insuffisante et grossière ébauche. Toutefois cet essai si incomplet, outre qu’il était nécessaire pour achever de décrire, si en abrégé que ce soit, le caractère complet de la mission du Saint-Esprit sur la terre d’après renseignement des divines Écritures et la doctrine de la théologie dogmatique et mystique, pourra servir à diriger le lecteur dans l’étude et dans l’intelligence de la vie des Saints. Dans le cours de cette Année liturgique, où les noms et les œuvres des amis de Dieu sont si souvent rappelés et célébrés par l’Église elle-même, il importait de proclamer la gloire de l’Esprit sanctificateur.
Mais nous ne saurions laisser s’achever cette journée, la dernière du Temps pascal en même temps qu’elle est la dernière de l’Octave de la Pentecôte, sans offrir à la Reine de tous les Saints l’hommage qui lui est dû, et sans rendre gloire au divin Esprit pour toutes les grandes choses qu’il a opérées en elle. Après l’humanité de notre Rédempteur ornée par lui de tous les dons qui pouvaient la rapprocher, autant qu’il était possible à une créature, de la nature divine à laquelle la divine incarnation l’avait unie, l’âme, la personne entière de Marie ont été favorisées dans l’ordre de la grâce au-dessus de toutes les autres créatures ensemble. Il n’en pouvait être autrement, et on le concevra pour peu que l’on essaye de sonder par la pensée l’abîme de grandeurs et de sainteté que représente la Mère d’un Dieu. Marie forme â elle seule un monde à part dans l’ordre de la grâce ; â elle seule, un moment, elle a été l’Église de Jésus. Pour elle seule d’abord l’Esprit a été envoyé, et il l’a remplie de la grâce dès l’instant même de sa conception immaculée. Cette grâce s’est développée en elle par l’action continue de l’Esprit jusqu’à la rendre digne, autant qu’une créature pouvait l’être, de concevoir et d’enfanter le propre Fils de Dieu qui est devenu aussi le sien. En ces jours de la Pentecôte, nous avons vu le divin Esprit l’enrichir encore de nouveaux dons, la préparer pour une mission nouvelle ; à la vue de tant de merveilles, notre cœur filial ne peut retenir l’élan de son admiration, ni celui de sa reconnaissance envers l’auguste Paraclet qui a daigné agir avec tant de munificence à l’égard de la Mère des hommes.
Mais aussi nous ne pouvons nous empêcher de célébrer, dans un enthousiasme légitime, la complète fidélité de la bien-aimée de l’Esprit à toutes les grâces qu’il a répandues en elle. Pas une n’a été perdue, pas une n’est retournée à lui sans effet, comme il arrive quelquefois pour les âmes les plus saintes. À son début, elle a été « semblable « à l’aurore qui se lève [Cant. VI, 9.], » et l’astre de sa sainteté n’a cessé de monter vers ce midi qui pour elle ne devait pas avoir de couchant. L’Archange n’était pas encore venu vers elle pour lui annoncer qu’elle allait concevoir dans son chaste sein le Fils du Tout-Puissant, et déjà, comme nous l’enseignent les Pères, elle avait conçu dans son âme ce Verbe éternel. Il la possédait comme son épouse, avant de l’appeler à l’honneur d’être sa mère. Si Jésus a pu dire en parlant d’une âme qui avait eu besoin de la régénération : « Celui qui me cherche me trouvera dans le cœur de Gertrude, » quelle a dû être l’identification des sentiments de Marie avec ceux du Fils de Dieu, et combien est étroite son union avec lui ! De cruelles épreuves l’attendaient en ce monde : elle a été plus forte que la tribulation ; et lorsque le moment est arrivé où elle devait se sacrifier dans un même holocauste avec son fils, elle s’est trouvée prête. Après l’Ascension de Jésus, le Consolateur est descendu sur elle ; il a ouvert devant elle une nouvelle carrière ; pour la parcourir il fallait que Marie acceptât un long exil de la patrie où régnait déjà le fruit de ses entrailles : elle n’a pas hésité, elle s’est montrée la servante du Seigneur, ne désirant autre chose qu’accomplir en tout sa volonté.
Le triomphe de l’Esprit-Saint en Marie a donc été complet ; si magnifiques qu’aient été ses avances, elle a répondu à toutes. La qualité sublime de Mère de Dieu à laquelle elle était destinée appelait sur elle des grâces immenses ; elle les a reçues et elles ont fructifié en elle. Dans l’œuvre de la « consommation des saints et de la construction du corps de Jésus-Christ [Eph. IV, 12.], » le divin Esprit a ménagé à Marie, en retour de sa fidélité et à cause de sa dignité incomparable, la noble place qui lui convenait. Nous savons que son divin Fils est la tête du corps immense des élus, qui se réunissent au-dessous de lui avec une harmonie parfaite. Dans cet ensemble prédestiné, notre auguste Reine, selon la théologie mariale, représente le cou qui est étroitement lié à la tête, et par lequel la tête communique à tout le reste du corps le mouvement et la vie. Elle n’est pas agent principal, mais c’est par elle que cet agent influe sur chacun des membres. Son union, comme il était juste, est immédiate avec la tête, parce que nulle créature, si ce n’est elle, n’a eu et ne pourrait avoir une telle relation avec le Verbe incarné ; mais tout ce qui descend sur nous de grâces et de faveurs, tout ce qui nous illumine et nous vivifie, nous vient par elle de son Fils.
De là résulte l’action générale de Marie sur l’Église, et son action particulière sur chaque fidèle. Elle nous unit tous à son Fils qui nous unit tous à la divinité. Le Père nous a donné son Fils, le Fils s’est choisi une Mère parmi nous, et l’Esprit-Saint, en rendant féconde cette Mère virginale, a consommé la réunion de l’homme et de toute création avec Dieu. Cette réunion est le dernier terme que Dieu s’est proposé dans la création des êtres ; et maintenant que le Fils est glorifié et que l’Esprit est venu, nous connaissons toute la pensée divine. Plus favorisés que toutes les générations qui se sont succédé avant le jour de la Pentecôte, nous avons, non plus en promesse mais en réalité, un Frère que couronne le diadème de la divinité, un Consolateur qui demeure avec nous jusqu’à la fin des temps pour éclairer notre voie et nous y soutenir, une Mère dont l’intercession est toute-puissante, une Église, Mère aussi, par laquelle nous entrons en partage de tous ces biens.
La Station, à Rome, est aujourd’hui dans la Basilique de Saint-Pierre. C’est dans cet auguste sanctuaire que les néophytes de la Pentecôte paraissaient pour la dernière fois couverts de leurs robes blanches, et qu’ils étaient présentés au Pontife comme les derniers agneaux de la Pâque qui expire en ce jour.
Présentement la journée est encore célèbre par la solennité de l’Ordination. Le jeûne et la prière que la sainte Église a imposés durant trois jours à ses enfants, ont dû rendre le ciel favorable, et nous devons espérer que l’Esprit-Saint qui va imprimer sur les nouveaux prêtres et sur les nouveaux ministres le sceau immortel du Sacrement, daignera agir dans toute la plénitude de sa bonté comme de son pouvoir ; car il ne s’agit pas seulement en ce jour de l’initiation de ceux qui vont recevoir un si sublime caractère, mais encore du salut de tant d’âmes qui seront confiées à leurs soins.
À la louange du divin Esprit, nous empruntons à la Liturgie arménienne ces dernières strophes dont elle use en ce jour où se conclut la solennité de la Pentecôte.
CANON SEPTIMAE DIEI.
   Qui in pennis agilibus immaterialium volantium ac ignem vibrantium Seraphim supersedens, in. providentia curam geris creaturarum, Spiritus to Sancte, benedictus es a creaturis tuis.
   Toi qui, assis sur les ailes agiles des Séraphins qui dans leur vol spirituel lancent l’éclair de leurs feux, prends soin de toute créature dans ta providence : Esprit-Saint, tout ce que tu as créé te bénit.
   Qui praeclarissima ac miroplena voce cum Patre et Filio semper glorificaris, ac benigne respicis ad creaturas, Spiritus tu Sancte, benedictus es a creaturis tuis.
   Toi qui es éternellement célébré avec le Père et le Fils dans un concert sublime d’une harmonie merveilleuse, et qui daignes abaisser ton regard sur les créatures : Esprit-Saint, tout ce que tu as créé te bénit.
   Hodie divina Providentia in coenaculo personans ventoso sonore, atque Apostolos inebrians distributus es in creaturis ; Spiritus tu Sancte, benedictus es a creaturis tuis.
   Aujourd’hui, par la bonté divine, tu fais retentir le Cénacle du bruit de la tempête, tu enivres les Apôtres de tes feux, et tu te distribues aux créatures : Esprit-Saint, tout ce que tu as créé te bénit.
Le répertoire des Séquences d’Adam de Saint-Victor nous fournira cette dernière qui est aussi d’une grande beauté, et par laquelle nous terminerons la série des hommages de la sainte Liturgie à l’Esprit du Père et du Fils.
SÉQUENCE.
   Veni, summe Consolator, Spes salutis, vita dator, Adsit tua gratia ! Dulcis ardor, ros divine, Bonitatis germine Eadem substantia.
   Rorem audis et vaporem, Crede simul et odorem Quo Deus discernitur. Rorem istum quem emittit Qui plus gustat, magis Sit it, Nec ardor reprimitur.
   Ab utroque derivatus, Et a neutro separatus, Ad utrumque colligatus Sempiterno foedere ; Ros et vapor utriusque, Donet Pater Filiusque Quod effluas ad nos usque Largifluo munere.
   
   Plebs ut sacra renascatur Per hunc unda consecratur, Cui super ferebatur In rerum exordium ; Fons, origo pietatis, Fons emundans a peccatis, Fons de fonte deitatis, Fons sacrator fontium !
   Viens, ô Consolateur suprême, espoir du salut, auteur de la vie ; viens avec ta grâce ! Douce ardeur, rosée divine, en l’unique et divine substance tu es le principe de bonté.
   Ignis vive, vivax unda, Munda sinus et fecunda, Subministra gratiam ; Caritatis tactos igne, Nosmet tibi fac benigne Sanctitatis hostiam.
   Procédant du Père et du Fils, jamais séparé d’eux, rattaché à l’un et à l’autre par un lien éternel, ardeur et rosée au sein de la divinité, daignent le Père et le Fils te répandre sur nous dans l’abondance de tes dons.
   Patris, Nati pium Flamen, Vitiorum medicamen, Fessis esto sublevamen, Moestis consolatio. Castus amor et honestus, Aestus ardens, sed modestus, Urit ardor quos incestus Tua sanet unctio.
   Ardeur et rosée, parfum aussi qui révèle un Dieu ; cette rosée que répand l’Esprit, plus on la goûte, plus on en est altéré ; l’ardeur de ses feux ne faillit jamais.
   Vox non sono designata, Vox subtilis, vox privata, Vox beatis inspirata, 0 vox dulcis, o vox grata, Sona nostris mentibus ! Lux depellens falsitatem, Lux inducens veritatem, Vitam atque sanitatem Et aéternam claritatem Nobis confer omnibus. Amen.
   Au commencement de toutes choses il était porté sur les eaux ; c’est lui qui maintenant consacre l’eau de laquelle sort le peuple saint. Il est la fontaine d où émane la piété, la fontaine qui purifie du péché, la fontaine jaillissante du sein de la divinité, la fontaine qui rend sacrées toutes les fontaines.
Feu ardent, onde vive, purifie nos cœurs et rends-les féconds, apporte-nous la grâce ; visite-nous par la flamme de charité, daigne faire de nous une hostie de sainteté à ta gloire.
Souffle sacré du Père et du Fils, remède de tout péché, sois notre soulagement dans la fatigue, notre consolation dans la tristesse. Amour ardent, amour chaste, guéris par ton onction puissante ceux que brûle une ardeur coupable.
Voix qui s’énonce sans bruit, voix mystérieuse qu’entend l’oreille du cœur, voix qui descend à l’âme fidèle ; douce voix, voix tant aimée, retentis dans nos âmes ! Lumière qui dissipes l’erreur, lumière qui donnes la vérité, apporte à nous tous vie et santé, et mets-nous en possession de l’éternelle splendeur.
   Amen.
   
LE DON DE SAGESSE.
La seconde faveur qu’a destinée le divin Esprit à l’âme qui lui est fidèle dans l’action, est le don de Sagesse, supérieur encore à celui de l’Intelligence. Il est lié cependant à ce dernier, en ce sens que l’objet montré dans l’Intelligence est goûté, et possédé dans le don de Sagesse. Le Psalmiste, invitant l’homme à s’approcher de Dieu, lui recommande la saveur du souverain bien. « Goûtez, dit-il, et expérimentez que le Seigneur est rempli de douceur [Psalm. XXXIII, 9.]. » La sainte Église, au jour même de la Pentecôte, demande à Dieu pour nous la faveur de goûter le bien, recta sapere, parce que l’union de l’âme avec Dieu est plutôt l’expérimentation par le goût qu’une vue qui serait incompatible avec notre état présent. La lumière donnée parle don d’Intelligence n’est pas immédiate, elle réjouit vivement l’âme, et dirige son sens vers la vérité ; mais elle tend à se compléter par le don de Sagesse qui est comme sa fin.
L’Intelligence est donc illumination, et la Sagesse est union. Or, l’union avec le souverain bien s’accomplit par la volonté, c’est-à-dire par l’amour qui réside dans la volonté. Nous remarquons cette progression dans les hiérarchies angéliques. Le Chérubin étincelle d’intelligence, mais au-dessus de lui encore est le Séraphin embrasé. L’amour est ardent chez le Chérubin, de même que l’intelligence éclaire de sa vive lumière le Séraphin ; mais l’un est différencié de l’autre par la qualité prédominante, et le plus élevé est celui qui atteint le plus intimement la divinité par l’amour, celui qui goûte le souverain bien.
Le septième don est décoré du beau nom de Sagesse, et ce nom lui vient de l’éternelle Sagesse à laquelle il tend à s’assimiler par l’ardeur de l’affection. Cette Sagesse incréée, qui daigne se laisser goûter par l’homme dans cette vallée de larmes, est le Verbe divin, celui-là même que l’Apôtre appelle a la splendeur de la gloire du « Père et la forme de sa substance [Heb. I, 3.]. » C’est lui qui nous a envoyé l’Esprit pour nous sanctifier et nous ramener à lui, en sorte que l’opération la plus élevée de ce divin Esprit est de procurer notre union avec celui qui, étant Dieu, s’est fait chair et s’est rendu pour nous obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix [Philip, II, 8.]. Par les mystères accomplis dans son humanité, Jésus nous a fait pénétrer jusqu’à sa divinité ; par la foi éclairée de l’Intelligence surnaturelle, « nous voyons sa gloire qui est celle du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité [JOHAN. I, 14.]; » et de même qu’il s’est fait participant de notre humble nature humaine, il se donne dès ce monde à goûter, lui Sagesse incréée, à cette Sagesse créée que l’Esprit-Saint forme en nous comme le plus sublime de ses dons.
Heureux donc celui en qui règne cette précieuse Sagesse qui révèle à l’âme la saveur de Dieu et de ce qui est de Dieu ! « L’homme animal, nous dit l’Apôtre, est privé de ce goût qui perçoit ce qui vient de l’Esprit de Dieu [I Cor. II, 14.]» pour jouir de ce don, il lui faudrait devenir spirituel, se prêter docilement au désir de l’Esprit, et il arriverait comme d’autres qui après avoir été ainsi que lui esclaves de la vie charnelle, en ont été affranchis par la docilité à l’égard de l’Esprit divin qui les a cherchés et qui les a retrouvés L’homme moins grossier, mais livré à l’esprit du monde, est également impuissant à comprendre ce qui fait l’objet du don de Sagesse et ce que révèle le don d’Intelligence. Il juge ceux qui ont reçu ces dons, et il les blâme ; heureux s’il ne les traverse pas, s’il ne les poursuit pas ! Jésus nous le dit expressément : « Le monde ne peut recevoir « l’Esprit de Vérité, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas [JOHAN. XIV, 17.]. » Que ceux-là donc qui ont le bonheur de désirer le bien suprême, sachent qu’il leur faut être entièrement dégagés de l’esprit profane qui est l’ennemi personnel de l’Esprit de Dieu. Affranchis de sa chaîne, ils pourront s’élever jusqu’à la Sagesse.
Le propre de ce don est de procurer une grande vigueur à l’âme et de fortifier ses puissances. Toute la vie en est comme assainie, ainsi qu’il arrive à ceux qui font usage d’aliments qui leur conviennent. Il n’y a plus de contradiction entre Dieu et l’âme, et c’est pour cette raison que l’union est rendue facile. « Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté, » dit l’Apôtre [II Cor. III, 17.]. Tout devient aisé pour l’âme, sous l’action de l’Esprit de Sagesse. Les choses dures à la nature, loin d’étonner, semblent douces, et le cœur ne s’effraye plus autant de la souffrance. Non seulement on peut dire que Dieu n’est pas loin d’une âme que l’Esprit-Saint a mise dans cette disposition ; il est visible qu’elle lui est unie. Qu’elle veille cependant sur l’humilité ; car l’orgueil peut encore monter jusqu’à elle, et sa chute serait d’autant plus profonde que son élévation est plus grande.
Insistons auprès du divin Esprit, et prions-le de ne pas nous refuser cette précieuse Sagesse qui nous conduira à Jésus, la Sagesse infinie. Un sage de l’ancienne loi aspirait déjà à cette faveur, quand il écrivait ces paroles dont le chrétien seul a l’intelligence parfaite : « J’ai désiré, disait-il, et l’Intelligence m’a été donnée ; j’ai prié, et l’Esprit de Sagesse est venu en moi [Sap. VII, 7.]. » Il faut donc demander ce don avec instance. Dans la nouvelle Alliance, l’Apôtre saint Jacques nous y invite par ses exhortations les plus pressantes. « Si quelqu’un de vous, dit-il, veut avoir la Sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous avec tant de largesse et qui ne reproche pas ses dons ; qu’il demande avec foi, et qu’il n’hésite pas [Jac. I, 5.]. » Nous osons prendre pour nous cette invitation de l’Apôtre, ô divin Esprit, et nous vous disons : O vous qui procédez de la Puissance et de la Sagesse, donnez-nous la Sagesse. Celui qui est la Sagesse vous a envoyé vers nous pour nous réunir à lui. Enlevez-nous à nous-mêmes, et unissez-nous à celui qui s’est uni à notre faible nature. Moyen sacré de l’unité, soyez le lien qui nous unira pour jamais à Jésus, et celui qui est la Puissance et le Père nous adoptera « pour ses héritiers et pour les cohéritiers de son Fils [Rom. VIII, 17.]. »
La série successive des Mystères est complète désormais, et le Cycle mobile de la sainte Liturgie est arrivé à son terme. Nous traversâmes d’abord, au Temps de l’Avent, les quatre semaines qui représentaient les quatre millénaires employés par le genre humain à implorer du Père l’envoi de son Fils. Enfin l’Emmanuel descendit ; nous nous associâmes tour à tour aux joies de sa naissance, aux douleurs de sa Passion, à la gloire de sa Résurrection, au triomphe de son Ascension. Enfin, nous avons vu descendre sur nous l’Esprit divin, et nous savons qu’il reste avec nous jusqu’à la fin. La sainte Église nous a assistés dans tout le cours de cet immense drame qui contient notre salut. Ses divins cantiques et ses augustes cérémonies nous ont chaque jour éclairés, et ainsi nous avons pu tout suivre et tout comprendre. Bénie soit cette Mère par les soins de laquelle nous avons été initiés à tant de merveilles qui ont ouvert nos esprits et réchauffé nos cœurs ! Bénie soit la Liturgie sacrée, source de tant de consolations et d’encouragements ! Maintenant il nous reste à achever le parcours du Cycle dans sa partie immobile. De sublimes épisodes nous y attendent. Préparons-nous donc à reprendre notre marche, comptant sur l’Esprit-Saint qui dirigera nos pas, et continuera de nous ouvrir, par la sainte Liturgie dont il est l’inspirateur, les trésors de la doctrine et de l’exemple.
PROPRE DES SAINTS
LE XX MAI. SAINT BERNARDIN DE SIENNE, CONFESSEUR.
Dans une autre saison de l’année liturgique, lorsque nous apportions nos hommages et nos vœux au berceau de l’Enfant divin, une de nos journées fut consacrée à célébrer la gloire et à goûter la douceur de son nom. La sainte Église tressaillait de bonheur en prononçant ce nom chéri que son céleste Époux a choisi de toute éternité, et le genre humain respirait à l’aise, en songeant que le grand Dieu qui pourrait s’appeler le Juste et le Vengeur, consentait à se nommer désormais le Sauveur. Le pieux Bernardin de Sienne, que nous fêtons aujourd’hui, nous apparut alors portant dans ses mains et élevant aux regards des hommes ce nom béni entouré de rayons. Il invitait toute la terre à vénérer avec amour et confiance cette appellation sacrée sous laquelle se révèle divinement toute l’économie de notre salut. L’Église attentive acceptait ce signe sacré ; elle encourageait ses fidèles à recevoir des mains de l’homme de Dieu un bouclier si puissant contre les traits de l’esprit des ténèbres, à goûter surtout un nom qui nous apprend jusqu’à quel excès Dieu a aimé le monde ; et lorsque le saint nom de Jésus eut enfin conquis par son adorable beauté tous les cœurs chrétiens, elle lui consacra une des plus touchantes solennités du Temps de Noël.
Aujourd’hui le noble enfant de saint François a reparu, et ses mains tiennent toujours la glorieuse effigie du nom sacré. Mais ce n’est plus l’appellation prophétique de l’Enfant nouveau-né, le doux nom que la Vierge-mère murmurait avec tendresse et respect, penchée sur son berceau ; c’est un nom qui retentit plus fort que tous les tonnerres, c’est le trophée de la plus éclatante des victoires, c’est la prophétie accomplie en son entier. Le nom de Jésus promettait au genre humain un Sauveur ; Jésus a sauvé le genre humain en mourant et en ressuscitant pour lui ; il est maintenant Jésus dans toute la plénitude de son nom. Parcourez la terre, et dites-nous en quel lieu ce nom n’est pas connu ; dites-nous quel autre nom a jamais réuni les hommes en une seule famille.
Les princes de la Synagogue ont voulu arrêter l’essor de ce nom victorieux, l’étouffer dans Jérusalem ; ils ont dit aux Apôtres : « Nous vous défendons d’enseigner en ce nom [Act. V, 28.] » ; et c’est pour leur répondre que Pierre a prononcé cette forte sentence qui résume toute l’énergie de la sainte Église : « Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes. » Autant eût valu essayer d’arrêter le soleil dans son cours ; et lorsque bientôt la puissance romaine s’est mise en devoir de mettre obstacle par ses édits à la marche triomphante de ce nom devant lequel tout genou doit fléchir, elle s’est vue réduite à l’impuissance. Au bout de trois siècles le nom de Jésus planait sur le monde romain tout entier.
Armé de ce signe sacré, Bernardin parcourut au XVe siècle les villes de l’Italie armées les unes contre les autres, et souvent même divisées jusque dans leur propre sein. Le nom de Jésus entre ses mains devenait l’arc-en-ciel de la paix ; tout genou fléchissait, tout cœur ulcéré et vindicatif s’apaisait, tout pécheur courait aux sources du pardon, dans tous les lieux où Bernardin avait arboré ce puissant symbole. Les trois lettres qui représentent ce nom à jamais béni devenaient familières à tous les fidèles ; on les sculptait, on les gravait, on les peignait partout ; et la catholicité acquérait pour jamais une expression nouvelle de sa religion et de son amour envers le Sauveur des hommes.
Prédicateur inspiré, Bernardin a laissé de nombreux écrits qui révèlent en lui un docteur de premier ordre dans la science de Dieu. Il nous serait agréable, si l’espace nous le permettait, de le laisser exposer ici les grandeurs du mystère de la Pâque ; donnons du moins son sentiment sur l’apparition du Sauveur ressuscité à sa sainte mère. Le lecteur catholique verra avec joie l’unité de doctrine sur ce point si important régner entre l’école franciscaine représentée par saint Bernardin, et l’école dominicaine dont nous avons produit le témoignage à la fête de saint Vincent Ferrier.
« De ce que l’histoire évangélique ne donne aucun détail sur la visite que le Christ fit à sa mère pour la consoler, après qu’il fut ressuscité, on ne saurait conclure que le très miséricordieux Jésus, source de toute grâce et de toute consolation, si empressé à réjouir les siens par sa présence, aurait oublié sa mère qu’il savait avoir été si pleinement abreuvée des amertumes de sa Passion. Mais il a plu à la providence de Dieu de ne pas nous manifester cette particularité par le texte même de l’Évangile, et cela pour trois raisons.
« En premier lieu, à cause de la fermeté de la foi qui était en Marie. La certitude qu’avait la Vierge-mère de la résurrection de son fils ne fut ébranlée en rien, même pas par le doute le plus léger. On le croira aisément, si l’on veut réfléchir à la grâce très particulière dont fut remplie la mère du Christ-Dieu, la reine des Anges, la maîtresse de l’univers. Le silence de l’Écriture à ce sujet en dit plus que l’affirmation même aux âmes vraiment éclairées. Nous avons appris à connaître Marie lors de la visite de l’Ange, au moment où l’Esprit-Saint la couvrit de son ombre ; nous l’avons retrouvée au pied de la croix, mère de douleurs, se tenant près de son fils mourant. Si donc l’Apôtre a pu dire : « En proportion de ce que vous aurez eu part aux souffrances, vous participerez aux consolations [II Cor. I, 7.] » ; calculez d’après cela la mesure selon laquelle la Vierge-mère dut être associée aux joies de la résurrection. On doit donc tenir pour certain que son très doux fils ressuscité l’a consolée avant tous les autres. C’est ce que la sainte Église Romaine semble vouloir exprimer en célébrant à Sainte-Marie-Majeure la Station du jour de Pâques. Autrement si, de ce que les Évangélistes n’en disent rien, vous vouliez conclure que son fils ressuscité ne lui est pas apparu en premier lieu, il faudrait aller jusqu’à dire qu’il ne s’est pas du tout montré à elle, puisque les mêmes Évangélistes, dans les diverses apparitions qu’ils rapportent, n’en signalent pas une seule qui la concerne. Une telle conclusion aurait quelque chose d’impie.
« En second lieu, le silence de l’Évangile s’explique par l’infidélité des hommes. Le but de l’Esprit-Saint, en dictant les Évangiles, était de décrire celles des apparitions qui pouvaient enlever tout doute aux hommes charnels au sujet de la croyance en la résurrection du Christ. La qualité de mère eût diminué à leurs yeux le témoignage de Marie ; et c’est pour ce motif qu’elle n’a pas été alléguée, bien qu’il ne pût y avoir, assurément, parmi tous les êtres nés ou à naître, si l’on en excepte l’humanité de son fils, aucune créature dont l’assertion méritât mieux d’être admise par toute âme vraiment pieuse. Mais il fallait que le texte évangélique ne nous produisît que des témoignages qui fussent de nature à être émis en présence de tout le monde ; quant à l’apparition de Jésus à sa mère, l’Esprit-Saint l’a laissée à ceux qui sont éclairés de sa lumière.
« En troisième lieu, ce silence s’explique par la sublimité même de l’apparition. Après la résurrection, les Évangiles ne disent plus rien sur la mère du Christ, par cette raison que ses relations de tendresse avec son fils furent désormais tellement sublimes, tellement ineffables, qu’il n’y aurait pas de termes pour les exprimer. Il est deux sortes de visions : l’une purement corporelle, et faible en proportion ; l’autre qui a son siège principal dans l’âme, et qui ne convient qu’aux âmes déjà transformées. Admettez, si vous voulez, que Madeleine a eu part avant les autres à la vision purement corporelle, pourvu que vous reconnaissiez que la Vierge a vu avant elle, et d’une manière bien autrement sublime, son fils ressuscité, qu’elle l’a reconnu, et qu’elle a joui tout d’abord de ses délicieux embrassements dans son âme plus encore que dans son corps [Sermo LII Dominica in resurrectione, art. III.]. »
Lisons maintenant, dans les Leçons trop abrégées de l’Office de saint Bernardin, le récit de ses vertus.
   Bernardinus Albizesca, nobili Senensi familia ortus, ab ineunte aetate non obscura sanctitatis dedit indicia ; nam a piis parentibus honeste educatus, neglectis puerilibus ludis, inter prima grammaticae studia, pietatis operibus animum intendit, jejuniis, orationi, et beatissimae Virginis cultui praecipue addictus. Misericordia vero in pauperes fuit insignis ; quae quidem omnia procedente tempore quo menus posset excolere, eorum numero adscribi voluit, qui Senis in hospitali domo beatae Maria de Scala, Deo inserviunt ; unde complures sanctitate celebres vin i prodierunt. Ibi corporis afflictatione, et aegrotantium cura, dum atrox pestilentia grassaretur, incredibili charitate sese exercuit. Inter coeteras autem virtutes castitatem, egregia forma repugnante, sanctissime custodivit, adeo ut eo praesente, nemo umquam, ne impudentissimus quidem, verbum minus honestum proferre auderet.
   Bernardin Albizesca, issu d’une noble famille de Sienne, donna dès son enfance des marques éclatantes de sainteté. Élevé dans des habitudes honnêtes par ses parents qui étaient vertueux, il négligea les jeux de l’enfance, et dès ses premières études sur la grammaire on le vit se livrer aux œuvres de la piété, au jeune, à l’oraison, et particulièrement au culte de la très sainte Vierge. La charité envers les pauvres éclatait en lui. Après quelques années, dans le but de mieux pratiquer encore toutes ces vertus, il voulut être du nombre des confrères qui servent Dieu à Sienne dans l’hôpital de Notre-Dame de la Scala, d’où sont sortis plusieurs personnages célèbres par leur sainteté. Il s’y exerça avec une ferveur et une charité incroyables à la mortification de son corps et au soin des malades, durant une peste qui sévissait cruellement sur la ville. Entre autres vertus, il garda inviolablement la chasteté, malgré les dangers que pouvait lui susciter la rare beauté de ses traits ; et tel fut le respect qu’il inspira, que les plus licencieux n’auraient osé prononcer un mot déshonnête en sa présence.
   Gravi morbo tentatus, eoque ad quatuor menses patientissime tolerato, demum incolumis de religiosae vitae instituto capessendo deliberare coepit : quo ut sibi viam muniret, aediculam in extrema urbe conduxit, in quam quum sese abdidisset, asperrimam omni ex parte vitam trahebat, Deum assidue orans, ut quid sibi sequendum esset, ostenderet. Quare divinitus factum est, ut beati Francisci Ordinem prae coeteris optaret, in quo humilitate, patientia, aliisque religiosi hominis virtutibus excelluit. Id quum coenobii rector animadverteret, jamque antea Bernardini doctrinam, et sacrarum litterarum peritiam perspectam haberet, praedicandi onus eidem imposuit, quo humillime suscepto, quum se minus idoneum i. agnosceret, ob vocis exilitatem ac raucitatem, Dei ope implorata, non sine miraculo ejusmodi impedimento liberatus est.
   Après une grave maladie qu’il avait endurée avec la plus héroïque patience pendant quatre mois, il conçut le dessein d’embrasser la vie religieuse. Afin de s’y disposer, il loua une petite maison à l’extrémité de la ville, où il vécut inconnu, menant la vie la plus austère, et priant Dieu continuellement de lui faire connaître le parti qu’il devait prendre. L’inspiration divine lui fit préférer l’Ordre de Saint-François, où il excella en humilité, en patience et en toutes les autres vertus religieuses. Le gardien du couvent ayant remarqué cette haute vertu, et connaissant d’ailleurs la science à laquelle ce religieux était arrivé dans les saintes lettres, lui imposa le devoir de la prédication. Le saint accepta humblement cet emploi, bien qu’il s’y reconnût peu propre, à cause de la faiblesse et de l’enrouement de sa voix. Mais avant imploré le secours de Dieu,
   Quumque ea tempera vitiis criminibusque redundarent, et cruentis factionibus in Italia, divina humanaque omnia permixta essent, Bernardinus urbes atque oppida concursans in non-tine Jesu, quem semper in ore et in pectore gerebat, collapsam pietatem moresque verbo et exempto magna ex parte restituit : quo factum est, ut praeclarae civitates eum sibi Episcopum a Summo Pontifice postularent : quod ille munus invicta humilitate constantissime rejecit. Denique vir Dei immensis laboribus exhaustis, multis magnisque editis miraculis, libris etiam pie docteque conscriptis, cum vixisset annos sex ac sexaginta, in urbe Aquila in Vestinis beato fine quievit : quem novis in dies coruscantem signis, anno post obitum sexto, Nicolaus Quintus Pontifex Maximus in Sanctorum numerum retulit.
   À cette époque, un débordement l’auréole il se trouva délivré miraculeusement de cet obstacle. À cette époque, un débordement de crimes était répandu en Italie, et de sanglantes factions y foulaient aux pieds toutes les lois divines et humaines. Bernardin parcourut les villes et les villages au nom de Jésus qu’il avait toujours à la bouche et dans le cœur, et vint à bout par ses discours et ses exemples de rétablir presque partout la piété et les bonnes mœurs qui avaient disparu. Plusieurs villes considérables le demandèrent au pape pour leur évêque ; mais Bernardin refusa constamment cette dignité par une humilité invincible. Enfin cet homme de Dieu, après d’immenses fatigues, après de grands et nombreux miracles, ayant composé des écrits remplis de piété et de doctrine, et vécu soixante-six ans, termina sa vie par une sainte mort à Aquila, ville de l’Abruzze. Il éclata par de nouveaux miracles ; et, six ans après sa mort, le pape Nicolas V le mit au nombre des Saints.
Qu’ils sont beaux, ô Bernardin, les rayons qui forment nom de Jésus ! Que leur lumière est douce, au moment où le Fils de Dieu reçoit ce nom sauveur, le huitième jour après sa naissance ! Mais quel œil mortel pourrait supporter leur éclat, lorsque Jésus opère notre salut, non plus dans l’humilité et la souffrance, mais par le triomphe de sa résurrection ? C’est au milieu des splendeurs pascales du nom de Jésus que vous nous apparaissez, ô Bernardin ! Ce nom que vous avez aimé et glorifié vous associe désormais à son immortelle victoire. Maintenant donc répandez sur nous, plus abondamment encore que vous ne le faisiez sur la terre, les trésors d’amour, d’admiration et d’espérance dont ce divin nom est la source, et purifiez les yeux de notre Âme, afin que nous puissions un jour contempler avec vous ses magnificences.
Apôtre de la paix, l’Italie, dont vous avez si souvent apaisé les factions, a droit de vous compter au rang de ses protecteurs. Voyez-la en ces jours livrée en proie aux ennemis du Sauveur des hommes, rebelle à la voix de la sainte Église, et tristement abandonnée à son sort. Ne vous souviendrez-vous pas que c’est dans son sein que vous avez pris naissance, qu’elle fut docile à votre voix, et que longtemps votre mémoire lui fut chère ? Intervenez en sa faveur ; arrachez-la à ceux qui l’oppriment, et montrez qu’au défaut des armées de la terre, les milices célestes peuvent toujours sauver les villes et les provinces.
Illustre fils du grand patriarche d’Assise, l’Ordre séraphique vous vénère comme l’une de ses principales colonnes. Vous avez ravivé dans son sein l’observance primitive ; continuez du haut du ciel à protéger l’œuvre commencée par vous ici-bas. La famille de saint François est l’un des plus fermes appuis de la sainte Église ; faites-la fleurir toujours, soutenez-la dans les tempêtes, multipliez-la en proportion des besoins du peuple fidèle ; car vous êtes le second père de cette famille sacrée, et vos prières sont puissantes auprès du Rédempteur dont vous avez confessé le nom glorieux sur la terre.
LE XXIV MAI. LA FÊTE DE NOTRE-DAME AUXILIATRICE.
Depuis que nous sommes entrés dans les joies pascales, le Cycle n’a cessé, pour ainsi dire, de nous apporter jour par jour de nouveaux noms à saluer, de nouvelles gloires à honorer ; et tous ces noms, toutes ces gloires se sont montrés à nous tout rayonnants des feux du soleil de la Pâque. Cependant aucune fête consacrée à Marie n’est venue réjouir nos cœurs, en nous retraçant quelqu’un des mystères ou quelqu’une des grandeurs de cette auguste reine. Avril voit, il est vrai, la fête des Sept-Douleurs dans les années où la Pâque descend jusqu’au dix de ce mois et au-dessous ; mais les mois de mai et de juin s’écoulent sans amener aucune solennité spéciale en l’honneur de la Mère de Dieu. Il semble que la sainte Église veuille honorer dans un respectueux silence les quarante jours durant lesquels Marie, après tant d’angoisses, se repose dans la possession de son fils ressuscité. En méditant le mystère pascal dans le cours de cette mystérieuse période, nous devons donc avoir soin de ne jamais isoler le fils de la mère et nous demeurerons dans la vérité. Jésus, durant ces quarante jours, se communique fréquemment à ses disciples, hommes faibles et pécheurs ; peut-il se séparer un instant de sa mère, à la veille de la nouvelle et dernière épreuve qu’elle doit subir, lorsque les portes du ciel s’ouvriront pour recevoir son fils ? Bien souvent Jésus se montre à ses regards, et la comble de ses caresses filiales ; mais dans les intervalles de ces visites il ne la quitte pas ; non seulement son souvenir, mais sa présence reste tout entière dans l’âme de Marie, avec tout le charme d’une intime et ineffable possession.
Aucune fête n’aurait pu exprimer un tel mystère ; toutefois l’Esprit-Saint, qui gouverne les sentiments de la sainte Église, a fait naître insensiblement dans les cœurs des fidèles la pensée de décerner des hommages spéciaux à Marie dans tout le cours du mois de mai, qui s’écoule, presque chaque année, tout entier au milieu des joies du Temps pascal. Sans doute d’heureuses harmonies ont aidé la piété à concevoir la gracieuse idée de consacrer mai à Marie ; mais si nous réfléchissons à l’influence céleste et mystérieuse qui conduit tout dans l’Église, nous comprendrons qu’il existe, au fond de cette détermination, une intention divine d’unir aux allégresses maternelles dont surabonde en ces jours le cœur immaculé de Marie, la joie qui remplit les cœurs de ses enfants de la terre, dans le cours de ce mois employé tout entier à célébrer ses grandeurs et ses miséricordes.
Or voici cependant une fête de Marie en ce jour. Hâtons-nous de dire qu’elle n’est pas inscrite sur le Cycle universel delà sainte Église ; mais ajoutons en même temps qu’elle est tellement répandue, avec l’agrément du Siège Apostolique, que cette Année liturgique eût été comme incomplète, si nous n’eussions pas donné place à cette solennité. Son but est d’honorer la Mère de Dieu sous le titre de Secours des Chrétiens ; appellation méritée par les innombrables faveurs que cette toute-puissante Auxiliatrice n’a cessé de répandre sur la chrétienté. Depuis le jour dont nous devons célébrer bientôt l’anniversaire, et dans lequel l’Esprit-Saint descendit sur Marie au Cénacle, afin qu’elle commençât à exercer sur l’Église militante son pouvoir de Reine, jusqu’aux dernières heures de la durée de ce monde, qui pourrait énumérer toutes les occasions dans lesquelles elle a signalé et signalera son action protectrice sur l’héritage de son fils ?
Les hérésies se sont levées tour à tour pleines de rage, appuyées sur le bras des puissants de la terre ; il semblait qu’elles allaient dévorer la race des fidèles ; tour à tour elles sont tombées les unes sur les autres, atteintes d’un coup mortel ; et la sainte Église nous révèle que c’est le bras de Marie qui chaque fois a frappé ce coup [Gaude Maria Virgo ; cunctas haereses sola interemisti in universo mundo. Office de la très sainte Vierge, à Matines, VIIe Antienne.]. Si des scandales inouïs, des tyrannies sans nom, ont semblé entraver un moment la marche de l’Église, le bras toujours armé de l’invincible Reine a dégagé le passage ; et l’Épouse du Rédempteur s’est avancée libre et fière, laissant derrière elle ses entraves brisées et ses ennemis abattus. C’est en repassant dans son esprit tant de merveilles que le grand pape saint Pie V, au lendemain de la victoire de Lépante, où notre auguste triomphatrice venait d’anéantir pour jamais la puissance navale des Ottomans, jugea que l’heure était venue d’inscrire dans les Litanies de la sainte Vierge, à la suite des titres pompeux dont l’Église la salue, celui de Secours des Chrétiens, AUXILIUM CHRISTIANORUM.
Il était réservé à notre siècle de voir un Pontife, décoré aussi du nom de Pie, relever encore ce beau titre, et en faire l’objet d’une fête commémorative de tous les secours que Marie a daigné apporter à la chrétienté dans tous les âges. Le jour désigné à cet effet ne pouvait être mieux choisi. Le 24 mai de l’année 1814 éclaira dans Rome le plus magnifique triomphe dont les fastes de la chrétienté aient enregistré le souvenir. Ce fut un grand jour, celui où Constantin traça les fondements de la basilique vaticane en l’honneur du Prince des Apôtres, sous les yeux de Silvestre bénissant le César qui abordait au christianisme ; mais ce fait imposant n’était qu’un signe de la dernière et décisive victoire remportée par l’Église sur toute la surface de la terre, dans la récente persécution de Dioclétien. Ce fut un grand jour, celui où Léon III, vicaire du Roi des rois, posa sur la tête de Charlemagne la couronne impériale, et renoua de ses mains apostoliques la chaîne brisée des Césars ; mais Léon III ne faisait que donner une expression solennelle au pouvoir que l’Église exerçait déjà de toutes parts au sein des nations nouvelles, qui recevaient d’elle l’idée de la souveraineté chrétienne, la consécration de ses droits et la sanction de ses devoirs. Ce fut un grand jour, celui où Grégoire XI ramena dans la ville de saint Pierre la majesté papale, après un triste exil de soixante-dix années à Avignon ; mais Grégoire XI ne faisait que remplir un devoir ; et il n’avait tenu qu’à ses prédécesseurs d’accomplir avant lui ce retour que réclamaient impérieusement les nécessités de la chrétienté.
Le 24 mai 1814 efface par son éclat tous ces jours, si glorieux qu’ils aient été. Pie VII rentre dans Rome aux acclamations de la ville sainte, dont la population tout entière, transportée d’enthousiasme, est allée au-devant de lui, des palmes à la main, et au cri de l’Hosanna. Il sort d’une captivité de cinq années, durant lesquelles le gouvernement spirituel de la chrétienté a été totalement suspendu. Les puissances coalisées contre son oppresseur n’ont pas eu l’honneur de briser ses fers ; celui-là même qui le retenait loin de Rome l’a déclaré libre d’y retourner dès les derniers mois de l’année précédente ; mais le Pontife a voulu prendre son temps, et ce n’est que le 25 janvier qu’il a quitté Fontainebleau. Rome, dans laquelle il va rentrer, a été réunie à l’empire français, il y a cinq ans, par un décret où se lisait le nom de Charlemagne ; elle s’est vue, elle, la ville de saint Pierre, réduite en chef-lieu de département, administrée par un préfet ; et comme pour effacer à jamais le souvenir de ce que fut la ville des Papes, son nom a été donné en apanage à l’héritier présomptif de la couronne impériale de France.
Quel jour que le 24 mai qui éclaira le retour triomphal du Pontife en qualité de Pasteur et de Souverain dans les murs de cette cité sacrée, d’où il avait été arraché la nuit par des soldats ! Sur sa route à petites journées, Pie VII a rencontré les armées, et l’Europe s’est inclinée devant son droit. Ce droit surpasse en ancienneté comme en dignité celui de tous les rois ; et tous, sans distinction d’hérétiques, de schismatiques ou de catholiques, se feront un devoir de le reconnaître solennellement.
Mais tout ceci ne nous révèle pas encore en son entier l’étendue du prodige qu’a daigné opérer la toute-puissante Auxiliatrice. Pour le saisir tel qu’il est, il importe de se rappeler que ce miracle ne s’accomplit pas au siècle de saint Silvestre et de Constantin, ni au siècle de saint Léon III et de Charlemagne, ni au siècle où la grande prophétesse Catherine de Sienne intimait les ordres du ciel aux populations de l’Italie et aux Papes d’Avignon. Le siècle témoin de cette merveille est le XIXe ; et il la voit s’effectuer dans les années où il subit encore le joug flétrissant du voltairianisme, où vivent encore de toutes parts les auteurs et les complices des crimes et des impiétés qui furent comme le couronnement du XVIIIe siècle. Tout était contre un résultat aussi plein et aussi inattendu ; la conscience catholique était loin d’être éveillée alors comme elle l’est aujourd’hui ; l’action céleste avait à se manifester directement, et c’est afin de révéler à la chrétienté qu’il en a été ainsi, que Rome a érigé en trophée à Marie, Secours des Chrétiens, la journée du 24 mai de chaque année.
Cherchons maintenant à saisir l’intention divine dans la double restauration que le Christ opère aujourd’hui par la main de son auguste mère. Pie VII avait été enlevé de Rome et détrôné ; il est rétabli dans Rome comme Pape et comme souverain temporel. Aux jours des fêtes de la Chaire de saint Pierre à Rome et à Antioche, nous avons établi la doctrine de l’Église qui nous enseigne que la succession aux droits conférés par le Christ à saint Pierre est attachée à la qualité d’Évêque de Rome. Il suit de là que la résidence dans la ville de Rome est à la fois le droit et le devoir du successeur de Pierre, sauf le cas où il jugerait, dans sa sagesse, devoir s’en éloigner pour un temps. Celui-là donc qui, par les moyens de la force matérielle, retient hors de Rome le Souverain Pontife, ou l’empêche d’y résider, agit contre la volonté divine ; car le pasteur doit habiter au milieu de son troupeau ; et le Christ ayant préposé l’Église Romaine à toutes les Églises du monde, elles ont droit à trouver dans Rome, prédestinée à un tel honneur par tout son passé, celui qui est en même temps le docteur infaillible de la foi et la source de tout pouvoir spirituel. Le premier bienfait dont nous sommes redevables à Marie en ce jour est donc d’avoir restitué l’Époux à l’Épouse, et rétabli dans ses conditions normales le gouvernement suprême de la sainte Église.
Le second bienfait est d’avoir remis le Pontife en possession de la puissance temporelle, qui est la plus sûre garantie de son indépendance dans l’exercice de son pouvoir spirituel. De tristes faits inscrits dans l’histoire ont révélé plus d’une fois les dangers d’un état de choses qui mettrait le Pape sous la dépendance d’un prince ; et l’expérience du passé démontre que la ville de Rome, si elle n’est pas placée sous le domaine de la papauté, pourrait encourir, aux yeux de la chrétienté, le reproche de n’avoir pas toujours su veiller à la liberté ou à la dignité de l’Église dans l’élection du Pontife suprême. La sagesse divine a pourvu au besoin de l’immense troupeau du Christ, en préparant de bonne heure les bases du domaine temporel de la papauté sur Rome et son territoire, avant même que l’épée des Francs intervînt pour venger, pour constituer et agrandir ce précieux domaine qui est un bien de la chrétienté. Quiconque ose l’envahir porte la plus sensible atteinte à la liberté de l’Église tout entière ; et nous entendions, il y a un mois, le grand docteur saint Anselme nous enseigner que « Dieu n’aime rien tant en ce monde que la liberté de son Église. » Aussi l’a-t-il vengée toujours.
La souveraineté pontificale sur Rome et sur le territoire affecté à l’Église puise donc sa raison d’être dans les nécessités de l’ordre surnaturel. Il s’ensuit que cette souveraineté dépasse en dignité toutes les autres, et qu’étant vouée au service de Dieu sur la terre, elle doit être rangée parmi les choses sacrées. Quiconque ose l’envahir n’est plus seulement spoliateur, mais sacrilège ; et les anathèmes de l’Église tombent sur lui de tout leur poids. L’histoire est là tout entière pour nous redire combien a été lamentable le sort de tous les princes qui, ayant bravé l’anathème, ont négligé de donner satisfaction à l’Église, et osé affronter la justice de celui qui a conféré à Pierre le pouvoir de lier et de délier.
Enfin, la souveraineté étant le fondement de toutes les sociétés humaines, et sa conservation sur la terre important au plus haut point au maintien de l’ordre et de la justice, elle doit être sauvegardée avant tout en celui qui en est la plus haute expression ici-bas ; c’est-à-dire dans le Pontife romain, dont les droits temporels sont les plus anciens que l’on puisse constater aujourd’hui, et chez qui le suprême pouvoir spirituel relève encore la dignité royale. Quiconque attaque ou renverse la souveraineté temporelle du Pape, attaque et renverse donc toutes les souverainetés ; car il n’en est pas une autre qui puisse soutenir le parallèle avec celle-ci, pas une qui puisse prétendre à être épargnée, si celle-ci succombe.
Gloire soit donc à Marie en ce vingt-quatrième jour de mai, consacré à reconnaître le double bienfait qu’elle a signalé, en déployant la puissance de son bras pour opérer d’un même coup le salut de l’Église et celui de la société ! Unissons-nous aux vives acclamations des Romains, fidèles alors, et faisant retentir dans un même enthousiasme l’Alléluia de la Pâque et l’Hosanna au Vicaire de Dieu, au Père de la Patrie. Le souvenir de saint Pierre délivré de sa prison et rendu à la liberté, planait sur cette foule passionnée d’amour pour un Pontife que tant d’épreuves avaient rendu plus auguste encore. Le char s’avançait par la voie Flaminienne ; il fut dételé et traîné par les citoyens ivres de joie jusqu’à la Basilique vaticane, où le Pontife avait hâte d’épancher ses actions de grâces sur le tombeau du Prince des Apôtres.
Mais ne terminons pas cette journée sans avoir célébré la miséricordieuse intervention de notre puissante Auxiliatrice. Si elle se montre quelquefois terrible dans la protection qu’elle répand sur son peuple, son cœur de mère ne saurait se défendre de la pitié pour les vaincus ; à eux aussi, quand ils sont abattus, elle sait se montrer secourable. Témoin le grand guerrier dont elle triompha le vingt-quatre mai, et que sa bonté entreprit ensuite de réduire, en le ramenant à la foi de ses pères. Du sein d’une île perdue dans l’immensité de l’Océan, Pie VII vit un jour arriver un message. Le prince détrôné sur lequel il avait répandu l’huile sainte à Notre-Dame, et qui depuis avait eu le malheur d’attirer sur lui ces foudres spirituelles dont Dieu même gouverne l’emploi, demandait au Pontife, au seul roi de Rome, la faveur de ne pas vivre privé plus longtemps des augustes Mystères dont le sacerdoce catholique est le ministre accrédité par le ciel. Marie avait en vue une seconde victoire.
Pie VII, dont le prince ne prononçait le nom qu’avec attendrissement dans les jours de son exil, qu’il appelait « un agneau [Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène.], » Pie VII qui avait, aux yeux de toute l’Europe, ouvert un asile dans Rome aux membres de cette famille descendue de tant de trônes à la fois, se hâte de remplir le vœu de son ancien adversaire ; et bientôt le Sacrifice qui réconcilie le ciel et la terre est offert en présence du vaincu, dans cette île anglaise et protestante. Marie avançait dans sa conquête.
Mais la divine justice, avant de pardonner, voulait que l’expiation fût complète et solennelle. Celui qui, en relevant les autels de la France, fut l’instrument du salut de tant de millions d’âmes, ne devait pas périr ; mais il avait osé tenir captif au château de Fontainebleau le Pontife suprême, et ce fut en ce même château de Fontainebleau, et non ailleurs, qu’il lui fallut signer l’acte de son abdication. Il avait retenu cinq années dans les fers le Vicaire de Dieu ; cinq années de captivité, de souffrances et d’humiliations, lui furent infligées. La loi du talion accomplie, le ciel laissa à Marie le soin d’achever son triomphe. Réconcilié avec l’Église sa mère, muni des divins Sacrements qui purifient toute âme et la préparent pour l’éternité, Napoléon rendit la sienne à Dieu le cinq mai, dans le mois consacré à Marie, dans le mois qui contient le noble anniversaire que nous fêtons aujourd’hui. Et si l’on ose pénétrer la pensée de Dieu dans le choix du jour marqué éternellement pour ce grand trépas, ce jour n’est-il pas celui où nous avons célébré la fête de saint Pie V, le jour où Rome offrait ses vœux au septième Pie, au Pie réconciliateur, dont le nom qui devait reparaître encore en nos temps avec tant de gloire, signifie la tendre compassion et la miséricorde ? « Dieu est pie et miséricordieux, pius et misericors, » dit la Sagesse dans le livre de l’Ecclésiastique [Eccl. II,13.]. Marie aussi est pie et miséricordieuse ; et c’est pour cela que nous la saluons aujourd’hui de ce beau titre d’Auxiliatrice. Qu’il s’agisse du salut de l’Église entière, qu’il s’agisse du salut d’une âme en particulier, Marie est et demeure à jamais le Secours des chrétiens. Dieu l’a voulu ainsi, et nous entrons dans ses intentions, lorsque nous professons une confiance sans bornes dans le bras d’une si puissante reine et dans le cœur d’une si tendre mère.
Lisons maintenant le récit de la sainte Liturgie sur le grand événement qui signala en ce jour la protection de Marie sur la chrétienté.
   Praesentissimum Deiparae auxilium ad religionis hostes profligandos, saepe populus Christianus mirum in modum expertus est ; ex quo factum in sanctissimus pontifex Pius Quintus, post insignem victoriam, intercedente beatissima Virgine, a christianis de Turcarum tyranno apud Echinadas insulas reportatam, in Litaniis Lauretanis eamdem reginam cœlorum, inter alia praeconia, Auxilium christianorum appellari constituent. Sed illud in primis memorabile est, atque explorati miraculi loco habendum, quod quum Romanus Pontifex, Pius Septimus, impiorum consiliis et armis ex Apostolica Petri sede exturbatus, et arcta custodia, praesertim Savonae per annos quinque, coque amplius fuisset detentus, viis omnibus penitus interclusis, ne Dei Ecclesiam regere posset, nullo similis persecutionis in priscis annalibus exemplo, inopinato et praeter omnium exspectationem contigit, ut ingenti plausu, ac veluti universi orbis manibus Pontificio solio restitueretur. Quod et secundo accidit, dum iterum commoto turbine, ab Urbe discedens, sacro comitante cardinalium Collegio. Liguriam contendit. Verum praesentissimo Dei beneficio, cessante procella, quae grave minabatur excidium, Romam, plaudentibus prae novo gaudio populis, reversus est. Antea tamen, quod in votis habuerat, et captivitate detentus exsequi nequiverat, aurea corona insignem Savonae imaginem Deiparae Virginis sub titulo Matris Misericordiae, solemni ritu, propriisque manibus decoravit. Quam mirabilem rerum vicissitudinem idem Pontifex maximus Pius Septimus, totius eventus intime conscius, quum intercessioni sanctissimae Dei Genitricis, cujus potentem opem et ipse impense imploraverat, et ab omnibus Christi fidelibus implorari curaverat, acceptam merito referret, ejusdem Virginis Matris honorem sub appellatione Auxilii Christianorum solemne festum indixit perpetuo celebrandum die mensis Maii vigesimo quarto, faustissimi sui in Urbem reditus anniversario, adprobato etiam Officio proprio, ut tanti beneficii distincta et perennis exstet memoria, et gratiarum actio.
   Le secours de la Mère de Dieu s’est souvent fait sentir au peuple chrétien d’une manière miraculeuse, lorsqu’il s’est agi de repousser les ennemis de la religion. C’est pour cette raison que le très saint pontife Pie V. après l’insigne victoire remportée par les chrétiens sur les Turcs, dans le golfe de Lépante, par l’intercession de la bienheureuse Vierge, ordonna que parmi les titres d’honneur qui sont attribués à la reine des cieux dans les Litanies de Lorette, on insérerait désormais celui de Secours des Chrétiens. Mais un des faits les plus mémorables et les plus dignes d’être comptés parmi les traits miraculeux de cette protection, est celui qui se rapporte au souverain pontife Pie VII, qui ayant été enlevé du Siège apostolique de Pierre par le conseil des impies secondes de la force armée, et, chose inouïe dans les annales qui relatent les persécutions de l’Église ! ayant été détenu sous la garde la plus sévère, principalement à Savone, durant plus de cinq ans, le gouvernement de l’Église de Dieu lui étant rendu impossible par toute espèce d’entraves, lut tout à coup et contre l’attente universelle rétabli sur le trône pontifical, aux applaudissements et par le concours du monde entier. Ce qui arriva encore une seconde fois, lorsqu’une nouvelle tempête l’ayant contraint de sortir de Rome, et de se retirer en Ligurie avec le sacré Collège des cardinaux, un nouveau bienfait de Dieu apaisa l’orage qui menaçait l’Église des plus grands malheurs, et permit au Pontife de rentrer à Rome, au milieu des transports de joie de la chrétienté tout entière. Mais auparavant le Pontife avait voulu accomplir un désir qu’il avait conçu, et que sa captivité l’avait seule empêche d’effectuer. Ce fut de placer solennellement et de ses propres mains une couronne d’or sur l’insigne image de la Vierge Mère de Dieu, honorée à Savone sous le titre de Mère de la Miséricorde. Le même pontife Pie VII ayant la conscience intime de tous ces faits, et rapportant avec raison leur admirable vicissitude à l’intercession de la très sainte Mère de Dieu, dont il avait demandé le secours avec instance, en même temps qu’il le faisait implorer par tous les fidèles, institua en l’honneur de la Vierge. Mère une fête solennelle qui doit être célébrée à perpétuité le vingt-quatre de mai, anniversaire de son heureux retour à Rome ; et il approuva un Office propre pour cette fête, afin que le souvenir et l’action de grâces pour un tel bienfait demeurassent à jamais présents à la pensée des fidèles.
Les deux belles Hymnes qui suivent complètent la solennité de ce jour, et sont une noble expression delà reconnaissance de l’Église envers sa libératrice.
Ire HYMNE.
Saepe dum Christi populus cruentis Hostis infensi premeretur armis, Venit adjutrix pia e celo Lapsa sereno.
Prisca sic patrum monumenta narrant, Templa testantur spoliis opimis Clara, votivo repetita cultu Festa quotannis.
En novi grates liceat Mariae Cantici laetis modulis referre Pro novis donis, resonante plausu Urbis et Orbis.
O dies felix, memoranda fastis, Qua Petri sedes fidei magistrum Triste post lustrum reducem beata Sorte recepit !
Virgines castae puerique puri, Gestiens clerus, populusque grato Corde Reginae celebrare cœli Munera certent.
   Virginum Virgo, benedicta Jesu Mater, haec auge bona ; fac, precamur, Ut gregem Pastor pius ad salutis Pascua ducat.
   Le peuple du Christ étant près de succomber sous les armes ensanglantées de son cruel ennemi, souvent on a vu la Vierge pleine de bonté descendre du ciel devenu propice, et venir au secours.
   Te per aeternos veneremur annos, Trinitas, summo celebranda plausu ; Te fide mentes, resonoque linguae Carmine laudent. Amen.
   Les antiques monuments élevés par nos pères, les temples décorés de dépouilles opimes, attestent cette protection ; et chaque année des l’êtes publiques viennent rappeler par leurs pompes le souvenir des bienfaits reçus.
Une nouvelle faveur réclame aujourd’hui nos actions de grâces envers Marie : un nouveau concert de joie doit s’unir aux applaudissements dont retentissent et Rome et l’univers entier.
O jour fortuné, jour à jamais célèbre dans nos fastes, qui vit le siège de Pierre recevoir de nouveau le docteur de la foi, après cinq années d’un lamentable exil !
Vierges modestes, enfants innocents, prêtres transportés de joie, peuple ravi s’enthousiasme, unissez-vous pour célébrer à l’envi les bienfaits de la Reine du ciel.
Mère bénie de Jésus, Vierge des vierges, mettez le comble à vos faveurs ; soyez propice au saint Pasteur, aidez-le à conduire le troupeau dans les pâturages du salut.
Trinité digne de toutes nos louanges, accordez-nous de vous honorer durant les années éternelles ; agréez aujourd’hui la foi de nos cœurs, avec les cantiques que nos voix font monter vers vous.
   Amen.
   IIe HYMNE.
   Te Redemptoris Dominique nostri Dicimus Matrem, speciosa Virgo, Christianorum decus, et levamen Rebus in arctis.
   Nil truces possunt furite nocere Mentibus castis, prece quas vocata Annuens Virgo fovet, et superno Robore firmat.
   Saeviant portae licet inferorum, Hostis antiquus fremat, et minaces, Ut Deo sacrum populetur agmen, Suscitet iras.
   
   Tanta si nobis faveat patrona, Bellici cessat sceleris tumultus, Mille sternuntur, fugiuntve turmae, Mille cohortes.
   Virgo sic fortis Domini potenti Dextera, cœli cumulata donis, A piis longe famulis repellit Daemonis ictus.
   Tollit ut sancta caput in Sione Turris, arx firmo fabricata muro, Civitas David, clypeis et acri Milite tuta :
   
   Te per aeternos veneremur annos, Trinitas, summo celebranda plausu ; Te fide mentes, resonoque linguae Carmine laudent. Amen.
   Nous vous appelons la Mère de notre Rédempteur et Maître, ô Vierge belle entre toutes ! mais vous êtes aussi la gloire des chrétiens et leur Secours dans l’infortune.
Que les portes de l’enfer se déchaînent, que l’antique ennemi frémisse, qu’il suscite des colères contre le peuple que Dieu s’est consacré ;
Ses fureurs et sa rage ne sauraient nuire aux âmes pures qui implorent la Vierge ; car elle les couvre et les fortifie de son secours céleste.
Lorsqu’une telle protectrice daigne se déclarer pour nous, aussitôt s’arrête la fureur des guerres, et l’on voit succomber et fuir les bataillons ennemis qui s’avançaient avec fureur.
De même que s’élève sur la sainte montagne de Sion la citadelle construite avec solidité, la tour de David protégée par mille boucliers, et défendue par une vaillante garnison ;
Ainsi la Vierge, que la main du Seigneur lui-même a comblée des dons célestes, écarte de son bras invincible les coups que le démon dirige contre ceux qui la servent avec ferveur.
Trinité digne de toutes nos louanges, accordez-nous de vous honorer durant les années éternelles ; agréez aujourd’hui la foi de nos cœurs, avec les cantiques que nos voix font monter vers vous.
   Amen.
   « J’ai levé mes yeux vers les montagnes d’où vient le Secours, et le Secours que j’attends vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre [Psalm. CXX.]. » C’est ainsi que priait Israël. L’Église chrétienne répète la même prière ; mais pour elle le secours est plus voisin et plus prompt. Les vœux du Psalmiste ont été remplis ; les cieux se sont abaissés, et le divin Secours est maintenant tout près de nous. Jésus, Fils de Dieu et fils de Marie, est ce Secours, et il accomplit à tout instant cette promesse qu’il nous avait faite par son Prophète : « Au jour de ton salut, je suis devenu ton Auxiliaire [Isai. XLIX. 8.]. » Mais ce Roi des rois a voulu nous donner une Reine, et cette Reine est Marie sa mère. Dans son amour, il a fait dresser pour elle un trône à sa droite, comme fit Salomon pour sa mère Bethsabée [III Reg. II, 19.], et il a voulu que du haut de ce trône Marie fût aussi le Secours des chrétiens. C’est la sainte Église qui nous l’enseigne, en inscrivant ce beau titre sur la Litanie ; c’est Rome même qui nous convie à nous unir à elle aujourd’hui, afin de rendre gloire à la céleste Auxiliatrice pour l’un de ses plus signalés bienfaits.
Nous venons donc mêler aux allégresses pascales, ô notre Reine, les joies qu’inspire à tout enfant de l’Église le souvenir de votre intervention en faveur de la chrétienté, en ce jour mémorable où Rome revit son Pasteur et son Roi. Recevez nos hommages, ô vous qui avez remporté la victoire. Ce mois tout entier retentit de vos louanges ; mais elles montent vers vous plus joyeuses en ce jour. Daignez donc abaisser vos regards sur Rome et sur son Pontife. De nouveaux périls se sont élevés ; la pierre posée par Jésus est redevenue un signe de contradiction, et les vagues mugissantes de l’impiété la couvrent de leur écume. Nous savons, ô Marie, que cette pierre ne peut être déracinée, et que la sainte Église pose sur elle en sûreté ; mais nous savons aussi que les destinées de cette Église ne sont pas éternelles ici-bas. Un jour elle doit être enlevée dans les cieux, et ce jour sera le dernier que verra ce monde coupable. Jusqu’à ce moment terrible, n’êtes-vous pas, ô Marie, notre toute-puissante Auxiliatrice ? Oh ! daignez étendre ce bras auquel rien ne résiste. Souvenez-vous de cette Rome à qui votre culte fut si cher, où tant de nobles sanctuaires proclament la gloire de votre nom. L’heure dernière de ce monde n’a pas encore sonné ; venez en aide à la plus sainte des causes ; ne permettez pas que la ville sainte soit foulée plus longtemps sous les pieds des impies ; conservez-lui son Pontife, et rendez l’indépendance qui lui est nécessaire à celui en qui nous vénérons le Vicaire du Roi des rois.
Mais Rome n’est pas le seul point de la terre qui appelle votre puissant secours, ô Marie ! De toutes parts la Vigne de votre fils est exposée aux ravages du sanglier [Psalm. LXXIX.]. Le mal est partout, l’erreur est partout, la séduction est partout ; il n’est aucune contrée où l’Église ne soit dans la souffrance, où sa liberté ne soit violée ou menacée. Les sociétés, entraînées loin de la tradition chrétienne dans leurs lois et dans leurs mœurs, sont frappées d’impuissance et sans cesse au moment de rouler dans l’abîme. Secourez le monde dans un aussi grand péril, ô notre Auxiliatrice ! Vous en avez la force et le pouvoir ; ne laissez pas périr la race que Jésus a rachetée, et qu’il vous a léguée du haut de sa croix.
O Marie, Secours des Chrétiens, vous êtes l’espoir de nos âmes ; et nos âmes sont menacées par le même ennemi qui s’attaque aux sociétés humaines. Dans sa rage infernale, il poursuit l’image de votre divin fils dans l’homme et dans l’humanité. Venez au secours de vos enfants. Arrachez-les à la dent meurtrière du serpent. Le monstre connaît votre puissance ; il sait que vous pouvez sauver sa victime tant qu’elle n’est pas sortie encore des conditions du temps, et que l’éternité ne s’est pas encore ouverte pour elle. Vous avez, ô Marie, remporté d’éclatants triomphes pour le salut de vos enfants ; ne vous lassez pas, nous vous en supplions, d’être secourable pour les pauvres pécheurs. C’est vous surtout, et les faits le prouvent, que Jésus avait en vue lorsque, voulant remplir de convives la salle du festin éternel, il dit aux ministres de son amour : « Forcez-les d’entrer [Luc. XIV, 23.]. »
Nos voix suppliantes montent vers vous, ô notre Auxiliatrice, car nos besoins nous pressent ; mais nous n’avons garde d’oublier les devoirs particuliers qui vous sont dus en ces jours où la sainte Église honore vos ineffables relations avec votre fils ressuscité. Avec quelles délices elle s’identifie aux transports de bonheur qui ont tout à coup remplacé dans votre âme les angoisses du Calvaire et du sépulcre ! C’est à la mère consolée en son fils, triomphante en son fils, que nous offrons, avec les fleurs du printemps, l’hommage annuel de nos louanges dans tout le cours du mois dont les grâces et la splendeur offrent tant d’harmonies avec votre immortelle beauté. En retour, conservez à nos âmes l’éclat qu’elles ont puisé dans la Pâque au contact de votre divin ressuscité, et daignez nous préparer vous-même à recevoir dignement les dons de l’Esprit-Saint qui viendra bientôt, resplendissant des feux de la Pentecôte, sceller par sa descente en nous l’œuvre de la régénération pascale.
LE XXV MAI. S. GREGOIRE VII, PAPE ET CONFESSEUR.
Après avoir salué sur le cycle du Temps Pascal les deux noms illustres de Léon le Grand et de Pie V, nous nous inclinons aujourd’hui devant celui de Grégoire VII. Ces trois noms résument l’action de la Papauté dans la suite des siècles, après l’âge des persécutions. Le maintien de la doctrine révélée, et la défense de la liberté de l’Église : telle est la mission divinement imposée aux successeurs de Pierre sur le Siège Apostolique. Saint Léon a soutenu avec courage et éloquence la foi antique contre les novateurs ; saint Pie V a fait reculer l’invasion de la prétendue réforme, et arraché la chrétienté au joug de l’islamisme ; placé entre ces deux pontifes dans l’ordre des temps, saint Grégoire VII a sauvé la société du plus grand péril qu’elle eût encore éprouvé, et fait refleurir dans son sein les mœurs chrétiennes par la restauration de la liberté de l’Église.
Au moment où finissait le X° siècle et commençait le XI°, l’Église de Jésus-Christ était en proie à l’une des plus terribles épreuves qu’elle ait rencontrées sur son passage en ce monde. Après le fléau des persécutions, après le fléau des hérésies, était arrivé le fléau de la barbarie. L’impulsion civilisatrice donnée par Charlemagne s’était arrêtée de bonne heure au IX° siècle, et l’élément barbare, plutôt comprimé que dompté, avait forcé ses digues. La foi demeurait encore vive dans les masses ; mais elle ne pouvait à elle seule triompher de la grossièreté des mœurs. Le désordre social provenant de l’anarchie que le système féodal avait déchaînée dans toute l’Europe, enfantait mille violences, et le droit succombait partout sous la force et la licence. Les princes ne rencontraient plus un frein dans la puissance de l’Église ; car Rome elle-même asservie aux factions voyait trop souvent s’asseoir sur la chaire apostolique des hommes indignes ou incapables.
Cependant le XI° siècle avançait dans son cours, et le désordre semblait incurable. Les évêchés étaient devenus la proie de la puissance séculière qui les vendait, et les princes se préoccupaient surtout de rencontrer dans les prélats des vassaux disposés à les soutenir par les armes dans leurs querelles et leurs entreprises violentes. Sous un épiscopat en majeure partie simoniaque, comme l’atteste saint Pierre Damien, les mœurs du clergé du second ordre étaient tombées dans un affaissement lamentable ; et pour comble de malheur, l’ignorance, comme un nuage toujours plus sombre, s’en allait anéantissant de plus en plus la notion même du devoir. C’en était fait de l’Église et de la société, si la promesse du Christ de ne jamais abandonner son œuvre n’eût été inviolable.
Pour guérir tant de maux, pour faire pénétrer la lumière dans un tel chaos, il fallait que Rome se relevât de son abaissement, et qu’elle sauvât encore une fois la chrétienté. Elle avait besoin d’un Pontife saint et énergique qui sentît en lui-même cette force divine que les obstacles n’arrêtent jamais ; d’un Pontife dont l’action pût être longue et non passagère, et dont l’impulsion fût assez énergique pour entraîner ses successeurs dans la voie qu’il aurait ouverte. Telle fut la mission de saint Grégoire VII.
Cette mission, comme chez tous les hommes de la droite de Dieu, fut préparée dans la sainteté Grégoire se nommait encore Hildebrand, lorsqu’il alla cacher sa vie dans le cloître de Cluny. Là seulement, et dans les deux mille abbayes confédérées sous la crosse de cet insigne monastère de France, on rencontrait le sentiment de la liberté de l’Église et la pure tradition monastique ; là était préparée depuis plus d’un siècle la régénération des mœurs chrétiennes, sous la succession des quatre grands abbés, Odon, Maïeul, Odilon et Hugues. Mais Dieu gardait encore son secret ; et nul n’eût découvert les auxiliaires de la plus sainte des réformes dans ces monastères qu’un zèle fervent avait attirés d’un bout de l’Europe à l’autre à cette alliance avec Cluny, par ce seul motif que Cluny était le sanctuaire des vertus du cloître. Hildebrand chercha pour sa personne ce pieux asile, au sein duquel il espérait du moins fuir le scandale.
L’illustre saint Hugues ne tarda pas à démêler le mérite du jeune Italien qui fut admis dans la grande abbaye française. Un évêque étranger se rencontra un jour avec le maître et le disciple. C’était Brunon de Toul, désigné par l’empereur Henri III pour être le Pontife de l’Église Romaine. Hildebrand s’émeut à la vue de ce nouveau candidat à la chaire apostolique, de ce pape que l’Église Romaine, qui seule a le droit d’élire son évêque, n’a pas élu, qu’elle ne connaît pas. Il ose dire à Brunon qu’il ne doit pas accepter les clefs du ciel de la main de César, que la conscience l’oblige à se soumettre humblement à l’élection canonique de la ville sainte. Brunon, qui fut saint Léon IX, accepte avec soumission l’avis du jeune moine, et tous deux ayant franchi les Alpes s’acheminent vers Rome. L’élu de César devint l’élu de l’Église Romaine ; mais Hildebrand n’eut plus la liberté de se séparer du nouveau Pontife. Il dut bientôt accepter le titre et les fonctions d’Archidiacre de l’Église Romaine.
Ce poste éminent l’eût élevé promptement sur la chaire apostolique, si Hildebrand eût eu une autre ambition que celle de briser les fers sous lesquels gémissait l’Église, et de préparer la reforme de la chrétienté. Mais cet homme de Dieu préféra user de son influence pour faire asseoir sur le siège de Pierre parla voie canonique et en dehors de la faveur impériale, une suite de Pontifes intègres et disposés à user de leur autorité pour l’extirpation des scandales. Après saint Léon IX, on vit passer successivement Victor II, Étienne IX, Nicolas II, et Alexandre II, tous dignes du suprême honneur. Mais il fallut enfin que celui qui avait été l’âme du pontificat sous cinq papes consentît à ceindre lui-même la tiare. Son grand cœur s’émut au pressentiment des luttes terribles qui l’attendaient ; mais ses résistances, ses tentatives pour se soustraire au lourd fardeau de la sollicitude de toutes les Églises, demeurèrent infructueuses ; et sous le nom de Grégoire VII, le nouveau Vicaire du Christ fut révélé au monde. Il devait remplir toute l’étendue de ce nom qui signifie la Vigilance.
La force brute se dressait devant lui incarnée dans un prince audacieux et rusé, souillé de tous les crimes, et, comme un aigle ravisseur, tenant dans ses serres l’Église devenue sa proie. Dans les États de l’empire, nul évêque n’eût été souffert sur son siège, s’il n’eût reçu, par l’anneau et la crosse, l’investiture de César. Tel était Henri de Germanie, et à son exemple les autres princes anéantissaient par le même procédé toute liberté dans les élections canoniques. La double plaie de la simonie et de l’incontinence continuait à sévir sur le corps ecclésiastique. Les pieux prédécesseurs de Grégoire avaient fait reculer le mal par de généreux efforts ; mais aucun d’eux ne s’était senti la force de se mesurer corps à corps avec César, dont l’action désastreuse fomentait toutes ces corruptions. Un tel rôle, avec ses périls et ses angoisses, était réservé à Grégoire, et il n’y faillit pas.
Les trois premières années de son pontificat furent cependant assez pacifiques. Grégoire fit des avances paternelles à Henri. Il chercha, dans sa correspondance avec ce jeune prince, à le fortifier contre lui-même, en témoignant des espérances que les faits vinrent trop tôt démentir, en comblant des marques de sa confiance et de sa tendresse le fils d’un empereur qui avait bien mérité de l’Église. Henri crut devoir se contenir quelque temps, en face d’un pape dont il connaissait la droiture ; mais la digue céda enfin sous l’impétuosité du torrent, et l’adversaire du pouvoir spirituel se révéla tout entier. La vente des évêchés et des abbayes recommença au profit de César. Grégoire frappa d’excommunication les simoniaques, et Henri, bravant avec audace les censures de l’Église, persista à maintenir sur leurs sièges des hommes résolus à le suivre dans tous ses excès. Grégoire adressa au prince un solennel avertissement, lui enjoignant de rompre avec ces excommuniés, sous peine de voir arriver sur lui-même les foudres de l’Église. Henri, qui avait jeté le masque, se promettait de ne tenir aucun compte des menaces du Pontife, lorsque tout à coup la révolte de la Saxe, dont plusieurs des électeurs de l’Empire embrassaient la cause, vient l’inquiéter pour sa couronne. Il sent qu’une rupture avec l’Église peut, dans un tel moment, lui devenir fatale. On le voit alors s’adresser en suppliant à Grégoire^ solliciter l’absolution, et abjurer sa conduite passée entre les mains de deux légats envoyés en Allemagne par le Pontife. Mais à peine ce monarque félon a-t-il triomphé pour un moment de la révolte saxonne, qu’il recommence la guerre contre l’Église. Il ose dans une assemblée d’évêques, dignes de lui, proclamer la déposition de Grégoire. Bientôt l’Italie le voit arriver à la tête de ses troupes, et sa venue donne à une foule de prélats le signal de la révolte contre un pape disposé à ne pas souffrir l’ignominie de leur vie.
C’est alors que Grégoire, dépositaire de ces clefs puissantes qui signifient le pouvoir de lier et de délier au ciel et sur la terre, prononce la terrible sentence qui déclare Henri privé de la couronne et ses sujets dégagés du serment de fidélité à sa personne. Le Pontife ajoute un anathème plus redoutable encore aux princes infidèles : il le déclare exclu de la communion de l’Église. En s’opposant ainsi comme un rempart pour la défense de la société chrétienne menacée de toutes parts, Grégoire attirait sur lui l’effort de toutes les mauvaises passions ; et l’Italie était loin de lui offrir les garanties de fidélité sur lesquelles il eût eu droit de compter. César avait pour lui plus d’un prince dans la Péninsule, et les prélats simoniaques le regardaient comme leur défenseur contre le glaive de Pierre. Il était donc à prévoir que bientôt Grégoire n’aurait plus où meure le pied dans toute l’Italie ; mais Dieu qui n’abandonne point son Église avait suscité un vengeur pour sa cause. À ce moment la Toscane et une partie de la Lombardie reconnaissaient pour souveraine la jeune et vaillante comtesse Mathilde. Cette noble femme se leva pour la défense du Vicaire de Dieu ; ses trésors, ses armées, elle les tint à la disposition du Siège Apostolique tant qu’elle vécut ; et ses domaines, elle les légua avant sa mort au Prince des Apôtres et à ses successeurs.
Au fort de ses succès, Henri eut donc à compter avec Mathilde. Cette princesse, qui balançait son influence en Italie, put soustraire à sa fureur le généreux Pontife. Par ses soins, Grégoire arriva sain et sauf à Canossa, forteresse inexpugnable près de Reggio. À ce moment même la fortune de Henri sembla vaciller. La Saxe relevait l’étendard de la révolte, et plus d’un feudataire de l’Empire se liguait avec les rebelles pour anéantir le tyran que l’Église venait de mettre au ban de la chrétienté. Henri eut peur pour la seconde fois, et son âme aussi perfide que lâche ne recula pas devant le parjure. Le pouvoir spirituel entravait ses plans sacrilèges : il osa penser qu’en lui offrant une satisfaction passagère, il pourrait le lendemain relever la tête. On le vit se présenter nu-pieds et sans escorte à Canossa, vêtu en pénitent et sollicitant avec de feintes larmes le pardon de ses crimes. Grégoire eut compassion de son ennemi, pour lequel Hugues de Cluny et Mathilde intercédaient à ses pieds. Il leva l’excommunication, et réintégra Henri au sein de l’Église ; mais il ne jugea pas à propos de révoquer encore la sentence par laquelle il l’avait privé des droits de souverain. Le Pontife annonça seulement l’intention de se rendre à la diète qui devait se tenir en Allemagne, de prendre connaissance des griefs que les princes de l’Empire avançaient contre Henri, et de décider alors selon la justice.
Henri accepta tout, prêta serment sur l’Évangile, et rejoignit son armée. L’espérance renaissait dans son cœur, à mesure qu’il s’éloignait de la redoutable forteresse dans les murs de laquelle il avait dû sacrifier un instant son orgueil à son ambition. Il comptait sur l’appui des mauvaises passions, et son calcul jusqu’à un certain point ne fut pas trompé. Un tel homme devait finir misérablement ; mais Satan était trop intéressé à son succès pour ne pas lui venir en aide.
Cependant un rival s’élevait en Allemagne contre Henri : Rodolphe, duc de Souabe, appelé à la couronne dans une diète des électeurs de l’Empire. Grégoire, Adèle à ses principes de droiture, refusa d’abord de reconnaître cet élu, bien que son attachement à l’Église et ses nobles qualités le rendissent particulièrement recommandable. Le Pontife persistait dans son projet d’entendre dans l’assemblée des princes et des villes de l’Allemagne les griefs reprochés à Henri, de l’écouter lui-même, et de mettre fin aux troubles en prononçant un jugement équitable. Rodolphe insistait auprès du Pontife pour en obtenir la reconnaissance de ses droits ; Grégoire qui l’aimait eut le courage de résister à ses instances, et de remettre l’examen de sa cause à cette diète que Henri avait acceptée avec serment à Canossa, mais dont il craignait tant les résultats. Trois années se passèrent durant lesquelles la patience et la modération du Pontife furent constamment mises à l’épreuve par les délais de Henri, et par son refus d’assurer la sécurité de l’Église. Enfin le Pontife, dans l’impuissance de mettre un terme aux discussions armées qui ensanglantaient l’Allemagne et l’Italie, ayant constaté le mauvais vouloir de Henri et son parjure, lança de nouveau contre lui l’excommunication, et renouvela dans un concile tenu à Rome la sentence par laquelle il l’avait déclaré privé de la couronne. En même temps Grégoire reconnaissait l’élection de Rodolphe et accordait la bénédiction apostolique à ses adhérents.
La colère de Henri monta au comble, et sa vengeance ne garda plus de mesure. Parmi les prélats italiens les plus dévoués à sa cause, Guibert, archevêque de Ravenne, était le plus ambitieux et le plus compromis à l’égard du Siège Apostolique. Henri fit de ce traître un anti-pape, sous le nom de Clément III. Ce faux pontife ne manqua pas de partisans, et le schisme vint se joindre aux autres calamités qui pesaient déjà sur l’Église. C’était un de ces moments terribles où, selon l’expression de saint Jean, « il est donné à la bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre [Apoc. XI, 7.] ». Tout à coup la victoire se déclare en faveur de César. Rodolphe est tué dans une bataille en Allemagne, et les troupes de Mathilde sont défaites en Italie. Henri n’a plus qu’un vœu, celui d’entrer dans Rome, d’en chasser Grégoire et d’introniser son anti-pape sur la chaire de saint Pierre.
Au milieu de ce cataclysme effrayant d’où l’Église cependant devait sortir épurée et affranchie, quels étaient les sentiments de notre saint Pontife ? Il les décrit lui-même dans une lettre adressée à saint Hugues de Cluny. « Telles sont, lui dit-il, les angoisses auxquelles nous sommes en proie, que ceux-là même qui vivent avec nous, non seulement ne les peuvent plus souffrir, mais n’en supportent pas même la vue. Le saint roi David disait : « En proportion de la douleur immense qui oppressait mon cœur, vos consolations, Seigneur, sont venues réjouir mon âme » : mais pour nous, bien souvent la vie est un ennui et la mort un vœu ardent. S’il arrive que Jésus, le tendre consolateur, vrai Dieu et vrai homme, daigne me tendre la main, sa bonté rend la joie à mon cœur affligé ; mais pour peu qu’il se retire, mon trouble arrive à l’excès. En ce qui est de moi je meurs sans cesse ; en ce qui est de lui je vis par moments. Si mes forces défaillent tout à fait, je crie vers lui, je lui dis d’une voix gémissante : « Si vous imposiez un fardeau aussi pesant à Moïse et à Pierre, ils en seraient, ce me semble, accablés. Que peut-il advenir de moi qui ne suis rien en comparaison d’eux ? Vous n’avez donc, Seigneur, qu’une chose à faire : c’est de gouverner vous-même, avec votre Pierre, le pontificat qui m’est imposé ; autrement vous me verrez succomber, et le pontificat sera couvert de confusion en ma personne [Data Romae, nonis maii, indictione I (1078).]. »
Ce cri de détresse qui s’échappe de l’âme du saint Pontife révèle son caractère tout entier. Le zèle pour les mœurs chrétiennes qui ne peuvent se conserver que par la liberté de l’Église, était le mobile de sa vie entière. Un tel zèle avait pu seul lui faire affronter cette situation terrible, dans laquelle il n’avait à recueillir en ce monde que les chagrins les plus cuisants. Et pourtant, Grégoire était ce père de la chrétienté qui, devançant ses successeurs, avait conçu dès les premières années de son pontificat la grande et courageuse pensée d’aller refouler l’islamisme jusqu’en Orient, et de briser par une descente chez le Sarrasin le joug des chrétiens opprimés. Il avait débuté dans ce projet par une lettre adressée à tous les fidèles. Il y montre l’ennemi du nom chrétien déjà sous les murs de Constantinople, et signalant sa férocité par d’horribles carnages.
« Si nous aimons Dieu, dit-il dans cette épître, si nous nous reconnaissons chrétiens, il nous faut gémir sur de tels désastres ; mais gémir ne suffit pas. L’exemple de notre Rédempteur et le devoir de la charité fraternelle nous imposent l’obligation de donner notre vie pour la délivrance de nos frères. Sachez donc que, rempli de confiance dans la miséricorde de Dieu et dans la puissance de son bras, nous faisons tout et nous préparons tout, afin de porter un prompt secours à l’empire chrétien [Data Romae, calendis martii, indictione 12(1074).]. » Peu de temps après, il écrivait à Henri qui n’avait pas encore démasqué ses projets hostiles à l’Église : « Mon avertissement aux chrétiens d’Italie et d’au delà des monts a été reçu avec faveur. Déjà plus de cinquante mille hommes se préparent, et s’ils peuvent compter sur moi comme chef de l’expédition et comme Pontife, ils marcheront à main armée contre les ennemis de Dieu, et avec le secours divin, ils iront jusqu’au sépulcre du Seigneur. » Ainsi le sublime vieillard ne reculait pas devant la pensée de se mettre lui-même à la tête de l’armée chrétienne. « Une chose, dit-il, m’engage à exécuter ce projet : c’est l’état de l’Église de Constantinople qui s’écarte de nous sur le dogme du Saint-Esprit, et qui a besoin de rentrer en accord avec le Siège Apostolique. L’Arménie presque tout entière s’est éloignée de la foi catholique ; en un mot, la grande majorité des Orientaux ressent le besoin de connaître quelle est la foi de Pierre sur les diverses opinions qui ont cours chez eux. Le moment est venu d’user de la grâce que le miséricordieux Rédempteur a conférée à Pierre, en lui faisant ce commandement : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas ; confirme tes frères. Nos pères, dont notre désir est de suivre les traces, quoique indigne de leur succéder, ont plus d’une fois visité ces contrées pour y confirmer la foi catholique : nous donc aussi, nous nous sentons poussés, si le Christ nous ouvre la voie, à entreprendre cette expédition dans l’intérêt de la foi et pour aller au secours des chrétiens. »
Dans sa loyauté accoutumée, Grégoire était allé jusqu’à compter sur le concours de Henri pour protéger l’Église durant son absence. « Un tel projet, écrit-il à ce prince, demande un grand conseil et un secours puissant, si Dieu permet qu’il se réalise ; je viens donc te demander ce conseil et aussi ce secours, s’il t’est agréable. Si, par la faveur divine, je pars, après Dieu c’est à toi que je laisserai l’Église Romaine, afin que tu la gardes comme une mère sainte, et que tu protèges son honneur. Fais-moi savoir au plus tôt ce que tu auras décidé dans ta prudence aidée du conseil divin. Si je n’espérais pas de toi plus que d’autres ne croient, je t’aurais écrit ceci bien inutilement ; mais comme il peut se faire que tu ne te laisses pas aller à une entière confiance en l’affection que je te porte, je m’en remets à l’Esprit-Saint qui peut tout. Je le prie de te faire comprendre à sa manière l’attachement que j’éprouve pour toi, et de gouverner ton esprit, de façon à renverser les désirs des impies et à fortifier l’espérance des bons [Data Romae, 7 idus decembris, indictione 13 (1074).]. »
Moins de trois ans après avait lieu l’entrevue de Canossa ; mais au moment où Grégoire écrivait cette lettre à Henri, sa confiance dans l’expédition qu’il projetait était assez fondée, pour qu’il en fit part à la comtesse Mathilde. « L’objet de mes pensées, écrit-il à la chevaleresque princesse, le désir que j’éprouve de passer la mer, pour venir au secours des chrétiens que les païens immolent comme un vil bétail, me cause de l’embarras vis-à-vis de plusieurs ; je crains d’être taxé par eux d’une certaine légèreté. Mais je n’ai aucune peine à te le confier, à toi, ma fille très chère, dont j’estime la prudence plus que tu ne saurais t’en rendre compte. Après avoir lu les lettres que j’envoie au delà des monts, si tu as un conseil à émettre, ou mieux encore à prêter un secours à la cause de Dieu ton créateur, fais en sorte d’y apporter tous tes soins ; car s’il est beau, comme on le dit, de mourir pour sa patrie, il est plus beau et plus glorieux encore de sacrifier la chair mortelle pour le Christ qui est l’éternelle vie. J’ai la confiance que beaucoup d’hommes de guerre nous viendront en aide dans cette expédition ; j’ai des raisons de penser que notre impératrice (la pieuse Agnès, mère de Henri) a l’intention de partir avec nous ; elle désire t’emmener avec elle. Ta mère (la comtesse Béatrix) demeurera dans ce pays, pour veiller à la défense des intérêts communs ; et toutes choses étant ainsi réglées, avec l’aide du Christ nous pourrions nous mettre en route. En venant ici pour satisfaire sa dévotion, l’impératrice, aidée de ton secours, pourra animer un grand nombre de personnes à cette sainte entreprise. Pour ce qui est de moi, honoré de la compagnie de si nobles sœurs, je passerai volontiers les mers, disposé à donner ma vie pour le Christ avec vous dont je désire n’être pas séparé dans la patrie éternelle. Adresse-moi promptement une réponse sur ce projet et sur ton arrivée à Rome, et daigne le Seigneur tout-puissant te bénir et te faire marcher de vertu en vertu, afin que la Mère universelle puisse se réjouir en toi durant de longues années [16 décembre 1074. JAFFÉ, Monumenta Gregoriana, pag. 532.] ! »
La pensée de Grégoire, à laquelle il se livrait avec tant d’enthousiasme, n’était pas uniquement un rêve généreux de sa grande âme ; c’était un pressentiment divin. Sa vie héroïque ne devait pas laisser place à une lointaine expédition ; il allait avoir à combattre un autre ennemi que le Sarrasin ; mais la croisade qu’il saluait avec tant d’ardeur n’était pas loin. Urbain II, son second successeur, comme lui moine de Cluny, devait sous peu d’années ébranler l’Europe chrétienne et la lancer sur l’ennemi commun. Mais puisque nous avons rencontré le nom de Mathilde, nous profiterons de cette occasion pour pénétrer plus intimement encore dans l’âme de notre grand Pontife. On verra comment cet illustre athlète de la liberté de l’Église savait unir à la hauteur et à la grandeur des vues la touchante sollicitude du plus humble prêtre pour l’avancement spirituel d’une âme. « Celui-là seul qui pénètre le secret des cœurs, écrit-il à la pieuse princesse, peut connaître, et connaît mieux que moi encore, le zèle et la sollicitude que je porte à ton salut. Je me flatte que tu sais comprendre que je suis tenu à prendre soin de toi, en vue de tant de peuples pour l’intérêt desquels la charité m’a contraint de te retenir, lorsque tu songeais à les abandonner, afin de ne plus songer qu’au bien de ton âme. La charité, ainsi que je te l’ai dit souvent et que je te le dirai encore, d’après celui qui est la trompette du ciel, la charité ne cherche pas ce qui est de son intérêt. Mais comme entre les armes de défense que je t’ai fournies contre le prince du monde, la principale est de recevoir fréquemment le Corps du Seigneur, et de te livrer avec une entière confiance à la protection de sa Mère, dans cette lettre je veux te transcrire ce que le bienheureux Ambroise a pensé au sujet de la communion. »
Le pieux Pontife insère ici deux passages du saint Docteur, qu’il fait suivre d’autres citations empruntées à saint Grégoire le Grand et à saint Jean Chrysostome sur le bienfait de la divine Eucharistie. Il continue ainsi : « Nous devons donc, ô ma fille, recourir à ce merveilleux sacrement, aspirer à ce puissant remède. Je t’ai écrit cette lettre, ô fille du bienheureux Pierre, pour accroître encore ta foi et ta confiance, lorsque tu reçois le Corps du Seigneur. Tel est le trésor, tel est le bienfait, au-dessus de l’or et des pierres précieuses, que ton âme attend de moi dans son amour pour le Roi des cieux qui est ton père ; bien qu’il te fût possible d’obtenir par tes mérites quelque chose de meilleur en t’adressant à un autre ministre de Dieu. Quant à la Mère du Seigneur, à laquelle je t’ai confiée pour le passé, pour le présent et pour toujours, jusqu’à ce que nous puissions la contempler au ciel selon notre désir, je ne t’en entretiendrai pas aujourd’hui. Que pour-rais-je dire qui fût digne de celle que le ciel et la terre ne cessent de combler de louanges, sans pouvoir atteindre à ce qu’elle mérite ? mais tiens ceci pour assuré, qu’autant elle est plus élevée, plus dévouée et plus sainte que toutes les autres mères, autant elle se montre miséricordieuse et tendre envers ceux et celles qui ont pèche et qui s’en repentent. Renonce donc à toute inclination au péché, et prosternée devant elle, répands les larmes d’un cœur contrit et humilié. Tu la trouveras alors, je te le promets en toute assurance, plus empressée et plus affectueuse dans sa tendresse pour toi que ne saurait l’être une mère selon la chair [Datae Romae, 14 calendas martii (1074).]. »
L’œil du Pontife que tant de sollicitudes ne pouvaient distraire de l’intérêt paternel qu’il portait à l’avancement d’une âme, allait chercher, malgré les distances, à travers la chrétienté, les hommes trop rares alors dont la sainteté et la doctrine devaient faire plus tard l’ornement et la lumière de l’Église. C’est ainsi que Grégoire avait découvert le grand Anselme, alors encore caché au fond de son abbaye du Bec. Du milieu de ses tribulations inouïes (1079), le Pontife adresse à l’Abbé cette lettre touchante : « La bonne odeur de tes fruits, lui dit-il, s’est fait sentir jusqu’à nous. Nous en rendons à Dieu nos actions de grâces, et nous t’embrassons de cœur dans l’amour du Christ, assuré que nous sommes du succès que l’Église de Dieu retirera de tes études, et de l’aide que, par la miséricorde du Seigneur, lui apporteront, dans ses périls, tes prières jointes à celles qu’offrent au ciel ceux qui te ressemblent. Tu sais, mon frère, la puissance qu’exerce auprès de Dieu la prière du juste ; celle de plusieurs justes a plus de force encore ; il n’y a même pas lieu de douter qu’elle n’obtienne ce qu’elle implore. C’est l’autorité de la Vérité même qui nous oblige de le croire. C’est elle qui a dit : « Frappez, et l’on vous ouvrira. » Frappez avec simplicité, demandez avec simplicité, dans les choses qui lui sont agréables ; alors il vous sera ouvert, alors vous recevrez, et c’est en cette manière que la prière des justes sera exaucée. C’est pourquoi nous voulons que ta Fraternité et celle de tes moines s’adressent à Dieu par des prières assidues, afin qu’il daigne soustraire à l’oppression des hérétiques son Église et nous-même qui lui sommes préposé, quoique indigne, et que dissipant l’erreur qui aveugle nos ennemis, il les ramène au sentier de la vérité [Anselm. Epist. Lib. II, 31.]. »
Mais l’œil de Grégoire ne s’arrêtait pas seulement sur des princesses comme Mathilde, sur des docteurs comme Anselme. Il savait découvrir jusque dans la mêlée l’humble et courageux blessé qui souffrait pour la cause de l’Église, et l’entourait d’une admiration et d’une tendresse qu’il n’eût pas éprouvée pour ces chefs dont la fidélité est au prix de la gloire. Qu’on lise cette lettre à un pauvre prêtre milanais que les simoniaques avaient mutilé d’une façon barbare. « Si nous vénérons la mémoire des Saints qui sont morts après que leurs membres ont été tranchés par le fer, écrit-il à cet obscur soldat de l’Église, nommé Liprand, si nous célébrons les souffrances de ceux que ni le glaive, ni les souffrances n’ont pu séparer de la foi du Christ, toi à qui on a coupé le nez et les oreilles pour son nom, tu es plus digne de louanges encore d’avoir mérité une grâce qui. si elle est jointe à la persévérance, te donne une entière ressemblance avec les Saints. L’intégrité de ton corps n’existe plus ; mais l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour, s’est développé en toi avec grandeur. Extérieurement les mutilations déshonorent ton visage ; mais l’image de Dieu, qui est le rayonnement de la justice, est devenue en toi plus gracieuse par ta blessure même, plus attrayante par la difformité qu’on a imprimée à tes traits. L’Église ne dit-elle pas elle-même dans le Cantique : « Je suis noire, ô filles de Jérusalem » ? Si donc ta beauté intérieure n’a pas souffert de ces cruelles mutilations, ton caractère sacerdotal qui est saint, et qu’il faut reconnaître plutôt dans l’intégrité des vertus que dans celle des membres, n’en a pas été atteint davantage. N’a-t-on pas vu l’empereur Constantin baiser respectueusement au visage d’un évêque la cicatrice d’un œil qui avait été arraché pour le nom du Christ ? L’exemple des Pères et les anciennes écritures ne nous apprennent-ils pas qu’on maintenait les martyrs dans l’exercice du ministère sacré, même après la mutilation qu’ils avaient soufferte dans leurs membres ? Toi donc, martyr du Christ, sois plein d’assurance dans le Seigneur. Regarde-toi comme ayant fait un pas de plus dans ton sacerdoce. Il te fut conféré avec l’huile sainte ; aujourd’hui le voilà scellé de ton propre sang. Plus on t’a réduit, plus il te faut prêcher ce qui est bien, et semer cette parole qui produit cent pour un. Nous savons que les ennemis de la sainte Église sont tes ennemis et tes persécuteurs ; ne les crains pas, et ne tremble pas devant eux ; car nous gardons avec amour sous notre tutelle et sous celle du Siège Apostolique ta personne et tout ce qui t’appartient ; et s’il te devient nécessaire de recourir à nous, nous acceptons d’avance ton appel, disposé à te recevoir avec allégresse et grand honneur, lorsque tu viendras vers nous et vers ce saint Siège [1075, Jaffé, pag. 533.]. »
Tel était Grégoire, unissant la simplicité du cloître aux plus graves sollicitudes de la papauté. Et quelles sollicitudes, si nous oublions pour un moment l’affreuse crise au milieu de laquelle il disparut ! Nous venons de parler du projet de la croisade, qui plus tard a suffi à lui seul pour immortaliser Urbain II ; mais que d’œuvres diverses, que d’interventions pastorales dans tout le monde chrétien, qui font des douze années de ce pontificat si agité l’une des époques où la papauté, présente partout, semble avoir déployé le plus d’activité et de vigilance ! Dans sa vaste correspondance, Grégoire ne se borne pas à diriger les affaires de l’Église dans l’Empire, en Italie, en France, en Angleterre, en Espagne ; il soutient les jeunes chrétientés du Danemarck, de la Suède, de la Norwège ; la Hongrie, la Bohême, la Pologne, la Servie, la Russie elle-même, reçoivent ses lettres remplies de sollicitude. Malgré la rupture du lien de communion entre Rome et Byzance, le Pontife ne cesse pas ses interventions ; il voudrait arrêter le schisme qui emporte l’Église grecque loin de son orbite. Sur la côte d’Afrique, sa vigilance soutient encore trois évêchés qui ont survécu a l’invasion sarrasine. Dans le but d’unifier la chrétienté latine, il resserre le lien de la prière publique, abolissant en Espagne la liturgie gothique, et faisant reculer au delà des frontières de la Bohême la liturgie de Byzance qui allait l’envahir. Quelle carrière pour un seul homme ; mais aussi quel martyre était réservé à ce grand cœur ! Il nous faut reprendre le récit, un moment suspendu, des épreuves de notre Pontife. Par lui l’Église et la société devaient être sauvées ; mais comme son Maître divin, « il devait boire « l’eau du torrent pour relever ensuite la tête [Psalm. CIX]. » Nous l’avons vu humilié dans ses défenseurs, le sort des armes lui étant devenu contraire ; nous l’avons vu menacé par son vainqueur, après l’avoir tenu sous ses pieds ; nous l’avons vu en butte a un anti-pape dont la cause est soutenue par d’indignes prélats ; mais « ce n’est là encore que le commencement des douleurs [MATTH. XXIV, 8.]. » Henri marche sur la ville sainte en la compagnie du faux vicaire du Christ. Un incendie allumé par sa main sacrilège menace de dévorer le quartier du Vatican ; Grégoire envoie sa bénédiction sur son peuple éperdu, et tout aussitôt la flamme recule et s’éteint. Un moment l’enthousiasme gagne les Romains, si souvent ingrats envers le Pontife qui est à lui seul la vie et la gloire de Rome. Prêt à consommer le sacrilège, Henri hésite et tremble. Il laissera tomber dans la poussière l’ignoble fantôme qu’il a voulu opposer au véritable pape ; il ne demande plus qu’une chose aux Romains : que Grégoire consente à lui donner l’onction sainte, et lui, Henri de Germanie, désormais empereur, se montrera fils dévoué de l’Église. Cette prière est transmise à Grégoire par la cité tout entière : « Je connais trop la fourberie du roi, répond le noble Pontife. Qu’il satisfasse d’abord à Dieu et à l’Église qu’il a foulée aux pieds : je pourrai alors absoudre son repentir, et placer sur sa tête convertie la couronne impériale. » Les instances des Romains ne purent obtenir d’autre réponse de l’inflexible gardien du droit de la chrétienté. Henri allait s’éloigner, lorsque tout à coup cette population mobile, gagnée par d’infâmes largesses venues de Byzance (car tous les schismes s’entendent contre la papauté), se détache de celui qui est son roi et son père, et vient déposer les clefs de la ville aux pieds du tyran qui apporte la servitude des âmes. Grégoire se voit alors réduit à chercher un asile dans le fort Saint-Ange, et la liberté de l’Église y est assiégée avec lui. C’est de là, ou peut-être quelques jours avant de s’y enfermer, qu’il écrit, en l’année 1084, cette lettre sublime adressée à tous les fidèles, et qui est comme le testament de sa grande âme :
« Les princes des nations et les princes des prêtres se sont réunis contre le Christ, Fils du Dieu tout-puissant, et contre son apôtre Pierre, pour éteindre la religion chrétienne et propager partout l’hérétique perversité. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils n’ont pu, malgré leurs menaces, leurs cruautés et leurs promesses de gloire mondaine, entraîner dans leur impiété ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur. D’iniques conspirateurs ont levé la main contre nous, uniquement parce que nous n’avons pas voulu couvrir du silence le péril de la sainte Église, ni tolérer ceux qui ne rougissent pas de réduire en servitude l’Épouse même de Dieu. En tout pays, la dernière des femmes peut se donner un époux à son gré avec l’appui des lois ; et voici qu’il n’est plus permis à la sainte Église, qui est l’Épouse de Dieu et notre mère, de demeurer unie à son Époux, comme le demande la loi divine et comme elle le veut elle-même. Nous ne devons pas souffrir que les fils de cette Église soient asservis à des hérétiques, à des adultères, à des oppresseurs, comme si ceux-là étaient leurs pères. De là des maux de toute nature, des périls divers, des actes de cruauté inouïe, ainsi que vous pourrez l’apprendre de nos légats.
« Il a été dit au Prophète, comme le sait votre fraternité : « Du sommet de la montagne, fais entendre des cris, et ne cesse pas. » Poussé irrésistiblement, sans aucun respect humain, me mettant au-dessus de tout sentiment terrestre, j’évangélise à mon tour, je crie et je crie encore, et je vous annonce que la religion chrétienne, la vraie foi que le Fils de Dieu venu sur la terre nous a enseignée par nos pères, est menacée de se corrompre par l’envahissement de la puissance séculière, qu’elle tend à s’anéantir, à perdre sa couleur antique, exposée ainsi à la dérision non seulement de Satan, mais des juifs, des sarrasins et des païens. Ces derniers du moins gardent leurs lois qui ne peuvent être utiles au salut des âmes, et qui n’ont point été garanties par des miracles comme la nôtre que le Roi éternel a attestée lui-même : ils les gardent et ils v croient. Nous chrétiens, enivrés de l’amour du siècle et trompés par une vainc ambition, nous faisons céder toute religion et toute honnêteté à la cupidité et à la superbe, nous semblons dépourvus de toute loi et comme insensés, n’ayant plus le souci qu’avaient nos pères du salut et de l’honneur de la vie présente et de la vie future, n’en faisant même pas l’objet de notre espérance. S’il s’en rencontre qui craignent encore Dieu, c’est uniquement de leur salut qu’ils s’occupent, et non de l’intérêt commun. Qui voit-on aujourd’hui se donner de la peine, exposer sa vie dans les fatigues par le motif de la crainte ou de l’amour du Dieu tout-puissant, tandis qu’on voit les soldats de la milice séculière braver tous les dangers pour leurs maîtres, pour leurs amis et même pour leurs sujets ? Des milliers d’hommes savent courir à la mort pour leurs seigneurs ; mais s’agit-il du roi du ciel, de notre Rédempteur, loin de jouer ainsi sa vie, on recule devant l’inimitié de quelques hommes. S’il en est (et il en existe encore, par la miséricorde de Dieu, si peu que ce soit), s’il en est, disons-nous, quelques-uns qui, pour l’amour de la loi chrétienne, osent résister en face aux impies, non seulement ils ne trouvent pas d’appui chez leurs frères, on les taxe d’imprudence et d’indiscrétion, on les traite de fous.
« Nous donc qui sommes obligé par notre charge de détruire les vices dans les cœurs de nos frères et d’y implanter les vertus, nous vous prions et vous supplions dans le Seigneur Jésus qui nous a rachetés, de réfléchir en vous-mêmes, afin de bien comprendre pour quel motif nous avons à souffrir tant d’angoisses et de tribulations de la part des ennemis de la religion chrétienne. Du jour où, par la volonté divine, l’Église mère m’a établi, malgré ma grande indignité, et malgré moi, Dieu le sait, sur le trône apostolique, tous mes soins ont été pour que l’Épouse de Dieu, notre dame et mère, remontât à la dignité qui lui appartient, pour qu’elle se maintînt libre, chaste et catholique. Mais une telle conduite devait déplaire souverainement à l’antique ennemi ; c’est pourquoi il a armé contre nous ceux qui sont ses membres, et nous a suscité une opposition universelle. C’est alors que l’on a vu se diriger contre nous et contre le Siège Apostolique plus d’efforts violents qu’il n’en avait été tenté depuis les temps de Constantin le Grand. Mais que l’on ne s’en étonne pas ; il est naturel que plus le temps de l’Antéchrist approche, plus il mette d’acharnement à poursuivre l’anéantissement de la religion chrétienne [JAFFÉ, pag. 572.]. »
Telle était à ce moment suprême l’indignation douloureuse du grand Pontife, presque seul contre tous, abattu par les revers, mais non vaincu De la forteresse où il avait abrité la majesté apostolique, il put entendre les impies vociférations du cortège qui conduisait à la basilique vaticane Henri, que son faux pape attendait à la Confession de saint Pierre. C’était le dimanche des Rameaux io85. Le sacrilège fut consommé. La veille, Guibert avait osé trôner dans la basilique de Latran ; et sous les palmes triomphales portées en l’honneur du Christ dont Grégoire était le vicaire, on vit l’intrus placer sur la tête du César excommunié la couronne de l’Empire chrétien ; mais Dieu préparait un vengeur à son Église. Au moment où le Pontife était serré dé plus près dans la forteresse qui lui servait d’abri, et qu’il semblait avoir tout à craindre de la fureur de son ennemi, Rome retentit tout à coup du bruit de l’arrivée du vaillant chef des Normands, Robert Guiscard. Cet homme de guerre est accouru pour mettre ses armes au service du Pontife assiégé, et pour délivrer Rome du joug des Allemands. Une panique soudaine s’empare du faux César et du faux pape ; l’un et l’autre prennent la fuite, et la cité parjure expie dans les horreurs d’un saccagement effroyable le crime de son odieuse trahison.
Le cœur de Grégoire fut accablé du désastre de son peuple. Impuissant à contenir la rage dévastatrice de ces barbares qui ne surent pas se borner à délivrer le Pontife, mais donnèrent carrière à toutes leurs cupidités au sein de celte ville qu’ils auraient dû châtier et non écraser ; menacé du retour de Henri qui comptait sur le ressentiment des Romains et se préparait à remplacer les Normands, lorsqu’ils auraient assouvi leurs convoitises, Grégoire sortit de Rome avec désolation, et, secouant la poussière de ses pieds, il alla demander asile au Mont-Cassin, et passer quelques heures dans ce sanctuaire du grand patriarche des moines. Le contraste des jours tranquilles de sa jeunesse abritée sous le cloître, avec les orages dont sa carrière apostolique n’avait cessé d’être agitée, dut se présenter à sa pensée. Errant, fugitif, abandonné, sauf d’une élite d’âmes fidèles et dévouées, il poursuivait sa douloureuse passion ; mais son calvaire n’était pas éloigné, et le Seigneur ne devait pas tarder à le recevoir dans le repos de ses saints. Avant qu’il descendît de la sainte montagne, un fait merveilleux arrivé déjà plusieurs fois se manifesta de nouveau. Grégoire étant à l’autel et célébrant le saint Sacrifice, une blanche colombe parut tout à coup posée sur son épaule, et parlant à son oreille. Il ne fut pas difficile de reconnaître à ce symbole expressif l’action de l’Esprit-Saint qui dirigeait et gouvernait les pensées et les actes du saint Pontife.
On était dans les premiers mois de l’année 1085. Grégoire se rendit à Salerne, dernière station de sa vie si agitée. Ses forces l’abandonnaient de plus en plus. Il voulut cependant faire la dédicace de l’Église du saint évangéliste Matthieu dont le corps reposait dans cette ville, et d’une voix défaillante il adressa encore la parole au peuple. Avant pris ensuite le Corps et le Sang du Sauveur, fortifié par ce puissant viatique, il reprit le chemin de sa demeure, et s’étendit sur la couche d’où il ne devait plus se relever. Image saisissante du Fils de Dieu sur la croix, comme lui dépouillé de tout et abandonné de la plupart des siens, ses dernières pensées furent pour la sainte Église qu’il laissait dans le veuvage. Il indiqua aux quelques cardinaux et évêques qui l’entouraient, les noms de ceux entre les mains desquels il verrait avec contentement passer sa laborieuse succession : Didier, Abbé du Mont-Cassin, qui fut après lui Victor III ; Othon de Châtillon, moine de Cluny, qui fut après Victor Urbain II ; et le fidèle légat Hugues de Die, que Grégoire avait fait archevêque de Lyon.
On interrogea le Pontife agonisant sur ses intentions relativement aux nombreux coupables qu’il avait dû frapper du glaive de l’excommunication. Là encore, comme le Christ sur la croix, il exerça miséricorde et justice : « Sauf, dit-il, le roi Henri, et Guibert, l’usurpateur du Siège Apostolique, ainsi que ceux qui favorisent leur injustice et leur impiété, j’absous et bénis tous ceux qui ont foi en mon pouvoir comme étant celui des saints apôtres Pierre et Paul. » Le souvenir de la pieuse et invincible Mathilde s’étant présenté à sa pensée, il confia cette fille dévouée de l’Église Romaine aux soins du courageux Anselme de Lucques, rappelant ainsi, comme le remarque le biographe de ce saint évoque, le don que Jésus expirant fit de Marie à Jean son disciple de prédilection. Trente années de luttes et de victoires furent pour l’héroïque comtesse le prix de cette bénédiction suprême.
La fin était imminente ; mais la sollicitude du père de la chrétienté survivait encore en Grégoire. Il appela l’un après l’autre ces hommes généreux qui entouraient sa couche, et leur fit prêter serment entre ses mains glacées de ne jamais reconnaître les droits du tyran, tant qu’il n’aurait pas donné satisfaction à l’Église. Il résuma sa dernière énergie dans une défense solennelle intimée à tous de reconnaître pour Pape celui qui n’aurait pas été élu canoniquement et selon les règles des saints Pères. Se recueillant ensuite en lui-même, et acceptant la divine volonté sur sa vie de pontife qui n’avait été qu’un sacrifice continuel, il dit :« J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité ; c’est pour cela que je meurs en exil. » Un des évêques qui l’entouraient répondit avec respect : « Vous ne pouvez, seigneur, mourir en exil, vous qui, tenant la place du Christ et des saints Apôtres, avez reçu les nations en héritage, et en possession l’étendue de la terre. » Parole sublime que déjà Grégoire ne pouvait plus entendre ; car son âme s’était élancée au ciel, et recevait dès ce moment l’immortelle couronne des martyrs.
Grégoire était donc vaincu, comme le Christ lui-même fut vaincu par la mort ; mais le triomphe sur cette mort ne manqua pas plus au disciple qu’il n’avait manqué au Maître. La chrétienté abaissée en tant de manières se releva dans toute sa dignité ; et l’on peut même dire qu’un gage de cette résurrection fut donné par le ciel le jour même où Grégoire rendait à Salerne son dernier soupir. Ce même jour, vingt-cinq mai 1085, Alphonse VI entrait victorieux à Tolède, et arborait la croix dans la cité reconquise des Eugène et des Julien, après quatre siècles d’esclavage sous le joug sarrasin.
Mais il fallait à l’Église opprimée un continuateur de Grégoire, et le Dieu dont il fut le vicaire ne le lui refusa pas. Le martyre du grand Pontife fut comme une semence de Pontifes dignes de lui. De même qu’il avait préparé ses prédécesseurs, on peut dire que ses successeurs procédèrent de lui ; et les fastes de la papauté ne présentent nulle part dans toute leur teneur une suite de noms plus glorieuse que celle qui s’étend de Victor III, successeur immédiat de Grégoire, à Boniface VIII, en qui recommença pour de longs siècles le martyre que notre grand héros avait subi. Son âme était à peine affranchie des épreuves de cette vallée de larmes, et déjà la victoire se déclarait. Les ennemis de l’Église étaient abattus, la suppression des investitures éteignait la simonie et assurait l’élection canonique des Pasteurs ; la loi sacrée de la continence des clercs reprenait partout son empire.
Grégoire avait été l’instrument de Dieu pour la réforme de la société chrétienne ; et si son nom est demeuré béni des vrais enfants de l’Église, sa mission avait été trop belle et trop courageusement remplie pour qu’elle n’attirât pas sur lui la haine de l’enfer. Or, voici ce que le Prince de ce monde [JOHAN. XII, 31.] imagina contre lui dans sa rage. Non content d’avoir fait de Grégoire un objet d’exécration pour les hérétiques, il vint à bout de le rendre odieux aux faux catholiques, embarrassant pour les demi-chrétiens. Longtemps ces derniers, malgré le jugement de l’Église qui l’a placé sur ses autels, affectèrent de l’appeler insolemment Grégoire VII. Son culte fut proscrit par des gouvernements qui se disaient encore catholiques ; il fut prohibé par des mandements épiscopaux. Son pontificat et ses actes furent attaqués comme contraires à la religion chrétienne par le plus éloquent de nos orateurs sacrés. Il fut un temps où les lignes que nous consacrons à ce saint Pape, dans un livre destiné à nourrir chez les fidèles l’amour et l’admiration pour les héros de la sainteté que l’Église offre à leur culte, eût attiré sur nous la vindicte des lois. Les Leçons de l’Office d’aujourd’hui furent supprimées par le Parlement de Paris en 1729, avec défense de s’en servir, sous peine de saisie du temporel. Ces barrières sont tombées, ces scandales ont cessé. Par suite du rétablissement de la Liturgie romaine en France, chaque année le nom de saint Grégoire VII est proclamé dans nos Églises, la louange qui honore les saints lui est publiquement décernée, et le divin Sacrifice est offert à Dieu pour la gloire d’un si illustre Pontife.
Il était temps pour notre honneur français qu’une telle justice fût rendue à qui la mérite. Lorsque depuis plus de soixante ans on entendait les historiens et les publicistes protestants de l’Allemagne combler d’éloges celui qui n’est pourtant à leurs veux qu’un grand homme, mais en qui ils reconnaissent l’héroïque vengeur des droits de la société humaine ; lorsque les gouvernements réduits aux abois par l’envahissement toujours plus impérieux du principe démocratique, n’ont plus le loisir de céder à leurs anciennes jalousies contre l’Église ; lorsque l’Épiscopat se serre toujours plus étroitement autour de la Chaire de saint Pierre, centre de vie, de lumière et de force : rien n’est plus naturel que de voir le nom immortel de saint Grégoire VII resplendir d’une gloire nouvelle, après l’éclipsé qui l’avait si longtemps dérobé aux regards d’un trop grand nombre de fidèles. Qu’il demeure donc, ce glorieux nom, jusqu’à la fin des siècles, comme l’un des astres les plus brillants du Cycle pascal, et qu’il verse sur l’Église de nos jours l’influence salutaire qu’il répandit sur celle du moyen âge !
Nous lirons maintenant les pages que la sainte Église a consacrées à la mémoire du saint Pontife, et nous les lirons avec d’autant plus de respect qu’elles ont été plus outragées par ceux « qui ne savaient ce qu’ils faisaient [LUC XXIII, 31.]. »
   Gregorius papa Septimus, antea Hildebrandus, Soana in Etruria natus, doctrina, sanctitate, omnique virtutum genere cum primis nobilis, mirifice universam Dei illustravit Ecclesiam. Cum parvulus ad fabri ligna edolantis pedes, jam litterarum inscius, luderet, ex rejectis tamen segmentis illa Davidici elementa oraculi Dominabitur a mari usque ad mare ; casu formasse narratur, manum pueri ductante Numine, quo significaretur ejus fore amplissimam in mundo auctoritatem. Romam deinde profectus, sub protectione sancti Petri educatus est. Juvenis Ecclesiæ libertatem a laicis oppressam, ac depravatos Ecclesiasticorum mores vehementius dolens, in Cluniacensi monasterio, ubi sub regula sancti Patris Benedicti austerioris vitae observantia eo tempore maxime vigebat, monachi habitum induens, tanto pietatis ardoré divinae Majestati deserviebat, ut a sanctis ejusdem Coenobii Patribus Prior sit electus. Sed divina Providentia majora de eo disponente in salutem plurimorum, Cluniaco eductus Hildebrandus Abbas primum monasterii sancti Pauli extra muros Urbis electus, ac postmodum romanae Ecclesiae Cardinalis creatus, sub summis pontificibus, Leone Nono, Victore Secundo, Stephano Nono, Nicolao Secundo et Alexandro Secundo, praecipuis muneribus et legationibus perfunctus est, sanctissimi et purissimi consilii vir a beato Petro Damiano nuncupatus. A Victore papa Secundo legatus a latere in Galliam missus, Lugduni episcopum simoniaca labe infectum 'ad sui criminis confessionem miraculo adegit. Berengarium in concilio Turonensi ad iteratam haeresis abjurationem compulit. Cadaloi quoque schisma sua virtute compressit.
   Grégoire VII, nommé auparavant Hildebrand, né à Soana en Toscane, illustre au plus haut degré par la science, la sainteté et toutes les vertus, glorifia d’une manière merveilleuse l’Église de Dieu tout entière. Étant encore dans la première enfance, et jouant aux pieds d’un ouvrier qui travaillait le bois, ignorant encore les lettres, on rapporte qu’il forma comme par hasard avec les copeaux cette parole prophétique de David : « Il dominera d’une mer à l’autre ; » mais Dieu conduisait la main de l’enfant, et voulait montrer par là qu’un jour il devait exercer dans le monde le plus grand des pouvoirs. S’étant rendu à Rome, il y fut élevé sous la protection de saint Pierre. Étant encore dans les années de sa jeunesse, il conçut une si grande douleur en voyant l’oppression qui étouffait la liberté de L’Église et la dépravation des mœurs du cierge, qu’il se retira à l’abbaye de Cluny, où l’observance et l’austérité de la vie monastique étaient alors en pleine vigueur sous la règle de saint Benoît. Il y prit l’habit de moine et se livra au service de la divine Majesté avec tant de piété et d’ardeur, qu’il fut élu Prieur par les saints religieux de ce monastère. Mais la divine Providence l’ayant destiné à un plus haut emploi pour le salut d’un grand nombre, Hildebrand fut tiré de Cluny, pour être d’abord Abbé du monastère de Saint-Paul, hors les murs de Rome ; il fut ensuite créé Cardinal de l’Église Romaine. Chargé des emplois et des missions les plus importantes, sous les papes Léon IX, Victor II, Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II, il mérita d’être appelé l’homme de conseil très saint et très pur par saint Pierre Damien. Envoyé en France par Victor II, en qualité de légat a latere, il força par un miracle l’archevêque de Lyon, qui était souillé de la simonie, à confesser son crime, et contraignit Bérenger à abjurer de nouveau son erreur dans un concile tenu à Tours. Il parvint aussi par son énergie à comprimer le schisme de Cadaloüs.
   Mortuo Alexandro Secundo, invitus et moerens unanimi omnium consensu, decimo calendas maii, anno Christi millesimo septuagesimo tertio, summus Pontifex electus, sicut sol effulsit in domo Dei : nam potens opere et sermone, Ecclesiastice disciplinæ reparandae, fidei propaganda, libertati Ecclesiæ restituendæ, exstirpandis erroribus, et corruptelis tanto studio incubuit, ut ex Apostolorum aetate nullus Pontificum fuisse tradatur, qui majores pro Ecclesia Dei labores, molestiasque pertulerit, nut qui pro ejus libertate acrius pugnaverit. Aliquot provincias a simoniaca labe expurgavit. Contra Henrici imperatoris impios conatus fortis per omnia athleta impavidus permansit, seque pro muro domui Israel ponere non timuit, ac eumdem Henricum in profundum malorum prolapsum, fidelium communione, regnoque privavit, atque subditos populos fide ei data liberavit.
   À la mort d’Alexandre II, malgré ses répugnances et ses regrets, il fut élu souverain Pontife d’un consentement unanime, le dix des calendes de mai, l’an de Jésus-Christ mil soixante-treize, et brilla tout aussitôt comme un soleil dans la maison de Dieu. Puissant en œuvres et en paroles, on le vit s’appliquer avec un si grand zèle au renouvellement de la discipline ecclésiastique, à la propagation de la foi, au rétablissement de la liberté de l’Église, à l’extirpation des erreurs et des scandales, que l’on peut puisse dire qu’il n’est aucun Pontife, depuis le temps des Apôtres, qui ait encouru plus de labeurs et de tribulations pour le service de l’Église de Dieu, et qui ait combattu pour sa liberté avec plus de courage. Des provinces entières furent arrachées par lui au fléau de la simonie. Comme un athlète intrépide il s’opposa sans trembler aux fureurs impies de l’empereur Henri, et ne craignit pas de s’opposer comme un mur pour la défense de la maison d’Israël ; et lorsque ce même Henri fut tombé jusqu’aux derniers excès du mal, il le priva de la communion des fidèles ainsi que de l’empire, et délia du serment de fidélité les peuples qui lui étaient soumis.
   Dum Missarum solemnia perageret, visa est viris piis columba e cœlo delapsa humero ejus dextro insidens alis extensis caput ejus velare, quo significatum est, Spiritus Sancti afflatu, non humanae prudentiae rationibus ipsum duci in Ecclesiae regimine. Cum ab iniqui Henrici exercitu Romae gravi obsidione premeretur, excitatum ab hostibus incendium signo crucis exstinxit. De ejus manu tandem a Roberto Guiscardo duce Northmanno ereptus, Cassinum se contulit ; atque inde Salernum ad dedicandam Ecclesiam sancti Matthaei Apostoli contendit. Cum aliquando in ea civitate sermonem habuisset ad populum, aerumnis confectus in morbum incidit, quo se interiturum praescivit. Postrema morientis Gregorii verba fuere : Dilexi justitiam et odivi iniquitatem, propterea morior in exsilio. Innumerabilia sunt quae vel fortiter sustinuit, vel multis coactis in Urbe synodis sapienter constituit, vir vere sanctus, criminum vindex, et acerrimus Ecclesiae defensor. Exactis itaque in pontificatu annis duodecim, migravit in cœlum, anno salutis millesimo octogesimo quinto, pluribus in vita et post mortem miraculis clarus, ejusque sacrum corpus in cathedrali basilica Salernitana est honorifice conditum.
   Pendant qu’il célébrait la Messe, des hommes pieux aperçurent une colombe, qui, descendant du ciel, venait se reposer sur son épaule et lui voilait la tête de ses ailes : ce qui signifiait que Grégoire était conduit dans le gouvernement de l’Église par le souffle de l’Esprit-Saint, et non par les raisons de la prudence humaine. La ville de Rome se trouvant assiégée par l’armée du méchant roi Henri, Grégoire éteignit par le signe de la croix un incendie que les ennemis avaient allumé Enfin, arraché de leurs mains par Robert Guiscard, chef Normand, il se rendit au Mont-Cassin, et de là à Salerne pour y faire la dédicace de l’Église de l’apôtre saint Matthieu. Après avoir adressé un sermon au peuple de cette ville, se sentant épuisé de traverses, il tomba malade et pressentit sa fin prochaine. « J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité ; c’est pour cela que je meurs en exil. » Telles furent les dernières paroles de Grégoire mourant. Les épreuves qu’il supporta avec tant de courage furent innombrables, et les décrets qu’il porta dans les nombreux conciles qu’il rassembla sont remplis de sagesse ; homme véritablement saint, vengeur du crime et ardent défenseur de l’Église. Après douze ans de pontificat, il partit pour le ciel l’an du salut mil quatre-vingt-cinq. Il fut célèbre par ses miracles durant sa vie et après sa mort, et son saint corps repose avec honneur dans l’église cathédrale de Salerne.
Les Répons que nous insérons ici font partie de l’Office du saint Pape ; ils retracent ses combats et ses triomphes.
RÉPONS.
   R. Gregorius primo tempore Hildebrandus, nomen ignis sortitus est, non sine grandi praesagio futurorum : * Qui divini eloquii jaculo ingruentes hostes a domo Dei propulsavit.
   R. Dum beatus Gregorius Missarum solemnia celebraret, nivei candoris columba sacro altari protinus adstitit qua inde leviter advolans : * Supra dextrum Pontificis humerum recubuit, alis expansis.
   V. Nomine praetulit incendium, quod exhibuit ferventi charitate. * Qui divini eloquii jaculo ingruentes hostes a domo Dei propulsavit.
   
   R. Cernens juvenis saeculum peccatis inveteratum, nec inveniens ubi cor suum requiesceret, patrium solum reliquit * Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit.
   
   V. Fide egressus est de terra sua, quaerens civitatem cujus artifex et conditor Deus. * Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit.
   
   R. Leo Pontifex sanctus, cujus animum Hildebrandus accenderat, hunc in partem sollicitudinis vocavit : Et amborum concordia Dominicus ager jam reflorescere coepit.
   
   V. Hildebrandus, sanctissima et purissimi consilii, in adversis visus est fortis, in prosperis temperatus. * Et amborum concordia Dominicus ager jam reflorescere coepit.
   
   R. Spiritualis agricola, Leo Pontifex, tanti palmitis feracitatem admiratus, in eo mansionem Christi per impositionem levitici ordinis dilatavit : * Et Apostolico mandato, Hildebrandus romanae Ecclesiae Archidiaconus effulsit.
   
   V. Qui die noctuque saluti Ecclesiae invigilans, minori considens loco, quinque Pontificibus mirum in modum profuit. * Et Apostolico mandato, Hildebrandus romanae Ecclesiae Archidiaconus effulsit.
   
   R. Invitum tandem Gregorium romana Ecclesia ad sua gubernacula traxit :.* Qui potius voluisset vitam in peregrinatione finire, quam Petri locum pro mundi gloria conscendere. V. Nec sibi sumpsit honorem, sed a Deo vocatus est tam quam Aaron. * Qui potius voluisset vitam in peregrinatione finire, quam Petri locum pro mundi gloria conscendere.
   
   R. Vineam Domini exercituum, quam plantavit dextera ejus, exterminavit aper de silva, et singularis ferus depastus est eam : * Accingere gladio tuo super femur tuum, fidelissime.
   
   V. Si Angelos judicaturus es, quanto magis saecularia ? * Accingere gladio tuo super femur tuum, fidelissime.
   
   R. Rex castellum ingressus, deposito cultu repo, jejunus a mane usque ad vesperam perstabat ; indutus laneis et nudis pedibus * Apostolicae miserationis auxilium implorabat.
   
   V. Qui dixerat in corde suo : Super altare Dei exaltabo solium meum, sedebo in monte testamenti * Apostolicae miserationis auxilium implorabat.
   
   R. Dixit Gregorius ad Henricum regem : Ecce Corpus Dominicum ; flat hodie experimentum innocentiae maeae : Fac ergo, fili, si placet, quod me facere vidisti.
   
   V. Nec ausus est rex manum extendere, ut acciperet Sancta sanctorum. * Fac ergo, fili, si placet, quod me facere vidisti.
   
   V. Et tamdiu sic perstitit quousque sacri mysterii commixtio in calice fieret. " Supra dextrum Pontificis humerum recubuit, alis expansis.
   r. Grégoire, nommé d’abord Hildebrand, emprunta son nom du feu, non sans un éloquent présage de l’avenir : * Car il devait repousser par les traits de la parole divine, les ennemis prêts à envahir la maison de Dieu.
   R. Cum ultimi doloris luctam inchoasset beatus Gregorius, adstantibus dixit : Nullos labores meos alicujus momenti semper dilexi justitiam et odivi iniquitatem.
   v. Son nom signifiait la flamme, et il en remplit le sens par son ardente charité.
   V. Et elevatis in cœlum oculis, ait : Illuc adscendam, et obnixis precibus Deo propitio vos committam. * In hoc solummodo confidens, quod semper dilexi justitiam, et odivi iniquitatem.
   * Car il devait repousser par les traits de la parole divine, les ennemis prêts à envahir la maison de Dieu.
   R. Pontifex sanctissimus cum doleret se moni in exsilio, quidam venerabilis episcopus ait : In exsilio moni non potes, qui vice Christi et Apostolorum ejus : * Accepisti gentes in haereditatem, et possessionem tuam terminos terrae.
   r. Dès sa jeunesse il vit que le monde était envieilli ans le péché ; ne trouvant pas où reposer son cœur, quitta le sol de sa patrie : * Et ayant passé en France, il résolut d’embrasser le service de Dieu seul sous discipline de Cluny.
   Dominabitur a mari usque ad mare, et a flumine usque ad terminos orbis terrarum. * Accepisti gentes in haereditatem, et possessionem tuam terminos terra.
   v. Sous la conduite de la foi, il sortit de son pays, se mettant à la recherche de la cité dont Dieu est l’auteur et l’architecte. * Et ayant passe en France, il résolut d’embrasser le service de Dieu seul sous la discipline de Cluny.
r. Le saint Pontife Léon, dont Hildebrand avait enflammé le courage, l’appela à prendre part à ses sollicitudes : * Et par leur concert à tous deux, le champ du Seigneur commença à refleurir.
v. Hildebrand, homme de conseil très saint et très pur, se montra fort dans l’adversité et maître de lui-même dans la prospérité. * Et par leur concert à tous deux, le champ du Seigneur commença à refleurir.
r. Spirituel agriculteur, le Pontife Léon ayant admiré la fécondité d’un tel rejeton, accrut encore en lui la présence du Christ par l’imposition de l’ordre lévitique : * Par le commandement du Seigneur Apostolique, Hildebrand brilla comme Archidiacre de l’Église romaine.
v. Veillant jour et nuit au salut de l’Église, bien qu’il fût établi dans un degré inférieur, il servit successivement cinq Pontifes, et les aida d’une manière admirable. * Par le commandement du Seigneur Apostolique, Hildebrand brilla comme Archidiacre de l’Église romaine.
r. L’Église romaine fit enfin violence à Grégoire. en l’obligeant à la gouverner : * Lui qui eut mieux aime finir sa vie sur une terre étrangère que de s’asseoir pour la gloire mondaine sur le siège de Pierre.
v. Il ne porta pas la main sur un tel honneur ; mais il v fut appelé de Dieu comme l’avait été Aaron. * Lui qui eût mieux aimé finir sa vie sur une terre étrangère que de s’asseoir pour la gloire mondaine sur le siège de Pierre.
r. Le sanglier de la forêt s’est rué sur la vigne qu’avait plantée la main du Seigneur des armées ; cette bête féroce l’a ravagée tout entière : * Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle !
v. S’il t’appartient de juger jusqu’aux Anges même, combien plus les puissances du siècle ? * Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle !
r. Le roi, étant entré dans la forteresse, déposa les marques de sa dignité, restant à jeun du matin jusqu’au soir, vêtu de laine et nu-pieds : * Il implorait le secours de la miséricorde apostolique.
v. Lui qui avait dit dans son cœur : J’élèverai mon trône sur l’autel même de Dieu, je m’assiérai sur la montagne du testament. * Il implorait le secours de la miséricorde apostolique.
r. Grégoire dit au roi Henri : Voici le Corps du Seigneur ; que ce soit aujourd’hui l’épreuve de mon innocence : * Fais donc, ô mon fils, ce que tu m’as vu faire.
v. Mais le roi n’osa étendre la main pour recevoir le Saint des saints. * Fais donc, ô mon fils, ce que tu m’as vu faire.
r. Un jour que le bienheureux Grégoire célébrait solennellement la Messe, une colombe blanche comme la neige parut tout à coup descendre près du saint autel, d’où s’élevant d’un vol léger : * Elle se reposa, les ailes étendues, sur l’épaule droite du Pontife.
v. La colombe demeura ainsi immobile, jusqu’à ce que le mélange du Mystère sacré eût lieu dans le calice. * Elle se reposa, les ailes étendues, sur l’épaule droite du Pontife.
r. Le bienheureux Grégoire étant arrivé à ses derniers moments, luttait avec la souffrance ; alors il dit aux assistants : Je ne fais aucun compte des labeurs que j’ai soufferts : * Mon unique motif de confiance est d’avoir toujours aimé la justice et l’iniquité.
v. Il éleva ensuite les yeux au ciel, et dit : C’est là que je veux monter, et par mes instantes prières je vous recommanderai au Dieu de bonté. * Mon unique motif de confiance est d’avoir toujours aimé la justice et haï l’iniquité.
r. Le saint Pontife ayant témoigné du regret de mourir dans l’exil, un vénérable évêque lui dit : Vous ne pouvez mourir en exil, puisque, tenant la place du Christ et de ses Apôtres : * Vous avez reçu les nations en héritage, et les confins de la terre comme la limite de vos possessions.
v. Il dominera de la mer jusqu’à la mer, et du fleuve jusqu’aux confins de la terre. * Vous avez reçu les nations en héritage, et les confins de la terre comme la limite de vos possessions.
Nous réunissons dans une seule Ode trois Hymnes consacrées à célébrer les vertus et les services de saint Grégoire VII.
HYMNE.
   Te triumphanti celebramus ore, Inclytum Romae jubar, o Gregori ; Corde qui magno superans procellas, Littora tangis.
   Nuntium latae ditionis adfert Dextra ludentis pueri, dolantem Dum secus fabrum, Do.- mino regente, Segmine scribit.
   Gaudeat coetus Benedicti patris, Qui tot et tantos generavit orbi Filios : nullus simili refulsit Laude verendus.
   Alta conscendas, Pater ; oriaris Sol novus mundum radiis serenans Pontifex Petri sedeas cathedra, Arbiter orbis.
   In latebrosos fugiant recessus, Quotquot hostili rabie furentes, In gregem Christi satagunt nefanda Tela vibrare.
   En adest Pastor vigil et superno Spiritu plenus : gladioque verbi Conteret tetros Zabuli minantis Fortior astus.
   Jam Sicambrorum dominator audax Gestit Henricus, monitis supremi Patris abscedens, veterum furorum Flare favillas.
   Triticum cernens loliis scatere Praesul, et messem manibus profanis Objici ; zelo rapiente, saevit, Alter Elias.
   Sed reluctantem cohibes, Gregori, E sacra fulmen jaculatus arce Et potestatis tumidos caducae Despicis ausus.
   
   Mox ab indignis manibus revulsa Sceptra regnantis, regimenque transfers, A fide cives relevans tyranno Jure negata.
   
   Pontifex magnus, populo stupente. Sub columbina specie, loquentis Spiritus Sancti documenta sensit, Actibus implet.
   
   Fortis occurrit mulier Mathildis, Quae, Patri summo tribuens juvamen, Inclyta : Sedis, studio fideli, Jura tuetur.
   
   Ut viam currant patriae supernae Libero gressu populi fideles, Anteit pastor, propriam paratus Tradere vitam.
   Murus Israel domui stetisti, Criminum vindex, columenque Romae, Inter aerumnas placida, Gregori, Morte potius.
Martyres pergis prope, laureatus ; Firmus et constans, fidei tenacem, 0 Pater, praebes animum triumphi Gaudia sumas.
   Sis memor chari gregis, et patronus, Sis ad aeternam Triadem, precamur Cuncta cui dignas resonent per orbem Saecula laudes. Amen.
   C’est toi-même, ô Grégoire, que nous célébrons dans nos chants de triomphe ; toi l’honneur de Rome, toi dont le grand cœur brava les tempêtes, après lesquelles tu touches aujourd’hui le rivage.
Qu’elle soit dans la joie, la race du père Benoît, qui a jusqu’ici enfanté tant de héros ; aucun n’a brillé encore d’une gloire semblable.
Un jour, dans son enfance, il assistait au travail d’un ouvrier : on le vit, de sa main conduite par le ciel, tracer en se jouant des caractères qui annonçaient qu’un jour il régirait un vaste empire.
Monte donc, ô Père ! comme un soleil nouveau, lève-toi, et viens éclairer le monde de tes rayons. Pontife, assieds-toi sur la chaire de Pierre, et sois-y l’arbitre de la terre.
Ils n’ont qu’à fuir maintenant dans leurs sombres cavernes, tous ceux qui exercent leurs hostilités contre L’Église, et ne cessent de lancer leurs traits sacrilèges sur le troupeau du Christ.
Voici le Pasteur vigilant et plein de l’Esprit d’en haut : le glaive de la parole est dans sa main ; et plus fort que Satan, il saura briser ses résistances et déjouer ses noirs complots.
C’est en vain que Henri. l’audacieux prince des Germains, sourd a ses avertissements paternels, suscite un incendie qui rappelle les premières fureurs des princes contre l’Église.
Tu le domptes, ô Grégoire, malgré ses résistances ; et dédaignant les orgueilleuses prétentions d’une puissance caduque, tu lances sur elle la foudre, du haut des remparts sacrés.
Bientôt tu arraches le sceptre à ses indignes mains, et tu transmets le pouvoir à un plus digne, déliant ainsi les peuples de la foi jurée à celui qui n’est plus qu’un tyran.
Tel est notre grand Pontife. dirigé dans ses conseils par l’Esprit-Saint lui-même, dont il ne fait que remplir les ordres ; le peuple saisi d’un saint respect a vu la divine colombe apparaître et parler à son oreille.
Mathilde, la femme forte, vient au secours du Pontife ; elle apporte son aide efficace au souverain Père, et soutient par sa fidélité les droits menacés du plus auguste des sièges.
Grégoire a vu de toutes parts l’ivraie disputer la place au bon grain, et la moisson sur le point de passer tout entière en des mains profanes ; nouvel Élie, le zèle le transporte, et il sévit contre les sacrilèges.
Afin d’assurer aux peuples fidèles la liberté démarcher d’un pas rapide dans le chemin de la patrie céleste, il s’avance à leur tète, prêt à donner sa vie, comme il est du devoir du pasteur.
Tu as été, ô Grégoire, le ferme rempart de la maison d’Israël, le vengeur des crimes, le soutien de Rome ; mais une mort tranquille t’était réservée après tant d’épreuves.
Presque martyr ici-bas, ton front est ceint de la couronne ; la fermeté, la constance et la fidélité ne t’abandonnèrent jamais : goûte maintenant l’allégresse du triomphe.
Daigne avoir souvenir du troupeau qui te fut si cher, sois son protecteur auprès de l’éternelle Trinité, à qui les siècles tour à tour envoient de toutes les parties de la terre l’hommage qui lui est dû.
   Amen.
   Nos joies pascales se sont accrues de votre triomphe, ô Grégoire ; car nous reconnaissons en vous l’image de celui qui, par sa résurrection glorieuse annoncée à tout l’univers, a relevé le monde qui s’affaissait sur lui-même. Votre pontificat avait été préparé dans les desseins de la divine sagesse comme une ère de régénération pour la société succombant sous l’effort de la barbarie. Votre courage fondé sur la confiance dans la parole de Jésus ne recula devant aucun sacrifice. Votre vie sur le Siège Apostolique ne fut qu’un long combat ; et pour avoir aimé la justice et haï l’iniquité, il vous fallut mourir dans l’exil. Mais en vous s’accomplissait l’oracle du Prophète sur votre Maître divin : « Parce qu’il a donné sa vie à cause « du péché, il jouira d’une postérité nombreuse [ISAI. LIII, 10]. » Une suite glorieuse de trente-six papes s’avança dans la voie que votre sacrifice avait ouverte ; par vous l’Église fut libre, et la force s’inclina devant le droit. Après cette période triomphante, la guerre a été déclarée de nouveau, et elle dure encore. Les princes se sont insurgés contre la puissance spirituelle ; ils ont secoué le joug du vicaire de Dieu, et ils ont décliné le contrôle de toute autorité ici-bas. À leur tour les peuples se sont levés contre un pouvoir qui ne se rattache plus au ciel par un lien visible et sacré, et cette double insurrection met aujourd’hui la société aux abois.
Ce monde est à Jésus-Christ, « le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs [I Tim. VI, 15.] » ; à lui, à l’Homme-Dieu, « toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre [MATTH. XXVIII, 18.] ». Quiconque s’insurge contre lui, roi ou peuple, sera brisé comme l’a été le peuple juif qui s’écriait dans son orgueil : « Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous [Luc. XIX, 14.] ». Grégoire, priez pour ce monde que vous avez sauvé de la barbarie, et qui est au moment d’y retomber. Les hommes de ce temps ne parlent que de liberté ; c’est au nom de cette prétendue liberté qu’ils ont dissous la société chrétienne ; et le seul moyen qui leur reste de maintenir quelque ordre au sein de tant d’éléments ennemis, le seul moyen, c’est la force. Vous aviez triomphé de la force, vous aviez rétabli les droits de l’esprit ; par vous la liberté des enfants de Dieu, la liberté du bien, était reconnue, et elle régna durant plusieurs siècles. Généreux Pontife, venez en aide à cette Europe que votre main ferme préserva autrefois d’une ruine imminente. Fléchissez le Christ que les hommes blasphèment, après l’avoir expulsé de son domaine, comme s’il ne devait pas y rentrer triomphant au jour de ses justices. Implorez sa clémence pour tant de chrétiens séduits, et entraînés par d’absurdes sophismes, par d’aveugles préjugés, par une éducation perfide, par des mots sonores et mal définis, et qui appellent voie du progrès celle qui les éloigne toujours plus de l’unique but que Dieu s’est proposé en créant l’homme et l’humanité.
De ce séjour tranquille où vous vous reposez après tant de combats, jetez, ô Grégoire, un regard sur la sainte Église qui poursuit sa marche pénible à travers mille entraves. Tout est contre elle : les débris d’anciennes lois inspirées par la réaction de la force contre l’esprit, les entraînements de l’orgueil populaire qui poursuit avec acharnement tout ce qui lui semble contraire à l’égalité des droits, la recrudescence de l’impiété qui a compris qu’il faut marcher sur l’Église pour monter jusqu’à Dieu. Au milieu de cette tempête, le rocher qui porte le siège immortel sur lequel vous avez tenu, ô Grégoire, la place de Pierre, est battu par les flots en furie. Priez pour le vicaire de Dieu. Comme vous, il a aimé la justice, il a détesté l’iniquité ; et nous craignons de le voir partir aussi pour l’exil. Détournez, ô saint Pontife, le fléau qui pèse sur Rome. « Les sectateurs de Satan, ainsi que l’a annoncé Jean, Évangéliste et Prophète, sont montés de leurs antres ténébreux à la surface de la terre ; ils ont fait le siège du camp des saints et de la cité bien-aimée [Apoc. XX, 8.]. » Veillez, ô Grégoire, sur cette ville sainte qui fut votre épouse sur la terre. Déjouez des plans perfides, ranimez le zèle des enfants de l’Église, afin que, par leur courage et par leurs largesses, ils continuent de venir en aide à la plus sacrée des causes.
Priez, ô Pontife, pour l’ordre épiscopal dont le Siège Apostolique est la source. Fortifiez les oints du Seigneur dans la lutte qu’ils ont à soutenir contre les tendances d’une société qui a expulsé le Christ de ses lois et de ses institutions. Qu’ils soient revêtus de la force d’en haut, fidèles dans la confession de l’antique doctrine, empressés à prémunir les fidèles exposés à tant de séductions dans ce fatal naufrage des vérités et des devoirs. Dans un temps comme le nôtre, la force de l’Église n’est plus que dans les âmes ; ses appuis extérieurs ont disparu presque partout. Le divin Esprit, dont la mission est de soutenir ici-bas l’œuvre du Fils de Dieu, l’assistera jusqu’au dernier jour ; mais il veut pour instruments des hommes dégagés des préoccupations de la vie présente, résignés, s’il le faut, à l’impopularité, résolus à braver tout pour proclamer l’immuable enseignement de la Chaire suprême. Par la miséricorde divine, ils sont nombreux aujourd’hui dans la sainte Église, ô Grégoire, les pasteurs conformes à l’intention de celui que saint Pierre appelle « le Prince des pasteurs [I Petr. V, 4.] ». Priez, afin que tous, à votre exemple, aiment la justice et haïssent l’iniquité, aiment la vérité et haïssent l’erreur ; qu’ils ne craignent ni l’exil, ni la persécution, ni la mort ; car « le disciple n’est pas au-dessus du maître [MATTH. X, 24.] ».
LE MÊME JOUR. SAINT URBAIN, PAPE ET MARTYR.
Cette journée est marquée par le triomphe de deux saints papes, et le septième Grégoire, en quittant la terre, est introduit dans le séjour céleste par un de ses prédécesseurs : Urbain, martyr par l’effusion de son sang ; Grégoire, martyr par les douleurs qu’éprouva sa grande âme. La cause était la même. Urbain donnait sa vie plutôt que de céder à la puissance terrestre qui eût voulu courber toute âme généreuse devant les idoles des faux dieux ; Grégoire préféra encourir toutes les disgrâces de cette vie plutôt que de laisser la sainte Église sous le joug de César. Tous deux embellissent le cycle pascal de leurs palmes et de leurs couronnes. Jésus ressuscité avait dit à Pierre : « Suis-moi [JOHAN. XXI, 19.]. » Pierre suivit son Maître jusqu’à la croix. Héritiers de Pierre, Urbain et Grégoire se sont attachés à la suite du même chef, et nous saluons leur commun triomphe, en lequel brille la force invincible que le triomphateur de la mort a communiquée dans tous les siècles à ceux qu’il a choisis pour rendre témoignage ici-bas à la vérité de sa résurrection.
Voici maintenant le récit que la Liturgie romaine nous donne sur les œuvres et les mérites du saint pape Urbain.
   Urbanus Romanus, Alexandro Severo imperatore, doctrina et vim sanctitate multos ad Christi fidem convertit in illis Valerianum, beatae Caecilive sponsum, et Tiburtium Valeriani fratrem, qui postea martyrium forti animo subierunt. Hic de bonis Ecclesiae attributis scripsit his verbis Ipsae res fidelium, quae Domino offeruntur, non debent in alios usus, quam Ecclesiasticos et Christianorum fratrum, vel indigentium, converti : quia vota sunt fidelium, et pretia peccatorum, ac patrimonia pauperum. Sedit annos sex, menses septem, dies quatuor : ac martyrio coronatus, sepultus est in coemeterio Praetextati, octavo calendas junii. Ordinationibus quinque habitis mense decembri, creavit presbyteros novem, diaconos quinque, episcopos per diversa loca octo.
   Urbain, né à Rome, gouverna l’Église au temps de l’empereur Alexandre Sévère. Par son enseignement et la sainteté de sa vie il convertit un grand nombre de personnes à la foi du Christ, entre autres Valérien, époux de la bienheureuse Cécile, et Tiburce, frère de Valérien, lesquels endurèrent plus tard le martyre avec un grand courage. Il a écrit ces paroles au sujet des biens qui sont donnes à l’Église : « Les choses que les fidèles offrent au Seigneur ne doivent être employées que pour la subsistance des ministres de l’Église, des chrétiens nos frères et de ceux qui sont dans le besoin, parce que ce sont les oblations des fidèles, le prix de la rémission de leurs péchés, et le patrimoine des pauvres. » Il siégea six ans, sept mois et quatre jours ; il reçut la couronne du martyre, et fut enseveli dans le cimetière de Prétextat, le huit des calendes de juin. En cinq ordinations qu’il tint au mois de décembre, il créa neuf prêtres, cinq diacres et huit évêques pour divers lieux.
Saint Pontife, nous célébrons votre triomphe avec une joie augmentée encore par l’anniversaire du départ de votre illustre successeur pour le séjour où vous l’attendiez dans la gloire. Du haut du ciel vous aviez suivi ses combats, et vous aviez reconnu que son courage n’était pas au-dessous de celui des martyrs. Lui, sur sa couche funèbre à Salerne, s’animait à la dernière lutte par la pensée de votre dernier combat en ce même jour. O lien merveilleux de l’Église triomphante et de l’Église militante ! ô sublime fraternité des saints ! ô espérance immortelle pour nos cœurs ! Jésus ressuscité nous convie à nous réunir à lui pour l’éternité. Chaque génération lui envoie ses élus, et ils viennent tour à tour se grouper au-dessous de ce divin Chef, comme autant de membres qui forment la plénitude de son corps. Il est « le premier-né entre les morts », et il nous fera participer à sa vie, selon que nous aurons participé à ses souffrances et à sa mort. Priez, ô Urbain, afin que le désir de nous réunir à Jésus qui est « la voie, la vérité et la vie », s’enflamme en nous toujours plus. Rendez-nous supérieurs aux calculs terrestres, et donnez-nous de sentir toujours que tant que nous restons en ce monde, « nous sommes exilés du Seigneur [II Cor. V, 6.] ».
LE XXVI MAI. SAINT PHILIPPE NÉRI, CONFESSEUR.
La joie est, ainsi que nous l’avons dit, le caractère principal du Temps pascal : joie surnaturelle, motivée à la fois par le triomphe si éclatant de notre Emmanuel et par le sentiment de notre heureuse délivrance des liens de la mort. Or, ce sentiment de l’allégresse intérieure a régné d’une manière caractéristique dans le grand serviteur de Dieu que nous honorons aujourd’hui ; et c’est bien d’un tel homme, dont le cœur fut toujours dans la jubilation et dans l’enthousiasme des choses divines, que l’on peut dire, avec la sainte Écriture, « que le cœur du juste est comme un festin continuel [Prov. XV, 15.] ». Un de ses derniers disciples, l’illustre Père Faber, fidèle aux doctrines de son maître, enseigne, dans son beau livre du Progrès spirituel, que la bonne humeur est l’un des principaux moyens d’avancement dans la perfection chrétienne. Nous accueillerons donc avec autant d’allégresse que de respect la figure radieuse et bienveillante de Philippe Néri, l’Apôtre de Rome et l’un des plus beaux fruits de la fécondité de l’Église au XVI° siècle.
L’amour de Dieu, un amour ardent, et qui se communiquait comme invinciblement à tous ceux qui l’approchaient, fut le trait particulier de sa vie. Tous les saints ont aimé Dieu ; car l’amour de Dieu est le premier et le plus grand commandement, mais la vie de Philippe réalise ce divin précepte avec une plénitude, pour ainsi dire, incomparable. Son existence ne fut qu’un transport d’amour envers le souverain Seigneur de toutes choses ; et sans un miracle de la puissance et de la bonté de Dieu, cet amour si ardent au cœur de Philippe eût consumé sa vie avant le temps. Il était arrivé à la vingt-neuvième année de son âge, lorsqu’un jour, dans l’Octave de la Pentecôte, le feu de la divine charité embrasa son cœur avec une telle impétuosité que deux côtes de sa poitrine éclatèrent, laissant au cœur l’espace nécessaire pour céder désormais sans péril aux transports qui l’agitaient. Cette fracture ne se répara jamais ; la trace en était sensible par une proéminence visible à tout le monde ; et grâce à ce soulagement miraculeux, Philippe put vivre cinquante années encore, en proie à toutes les ardeurs d’un amour qui tenait plus du ciel que de la terre.
Ce séraphin dans un corps d’homme fut comme une réponse vivante aux insultes dont la prétendue Réforme poursuivait l’Église catholique. Luther et Calvin avaient appelé cette sainte Église l’infidèle et la prostituée de Babylone ; et voici que cette même Église avait à montrer de tels enfants à ses amis et à ses ennemis : une Thérèse en Espagne, un Philippe Néri dans Rome. Mais le protestantisme s’inquiétait beaucoup de l’affranchissement du joug, et peu de l’amour. Au nom de la liberté des croyances, il opprima les faibles partout où il domina, il s’implanta par la force là même où il était repoussé ; mais il ne revendiquait pas pour Dieu le droit qu’il a d’être aimé. Aussi vit-on disparaître des pays qu’il envahit ce dévouement qui produit le sacrifice à Dieu et au prochain. Un long intervalle de temps s’est écoulé depuis la prétendue Réforme, avant que celle-ci ait songé qu’il existe encore des infidèles sur la surface du globe ; et si plus tard elle s’est fastueusement imposé l’œuvre des missions, on sait assez quels apôtres elle choisit pour organes de ses étranges sociétés bibliques. C’est donc après trois siècles qu’elle s’aperçoit que l’Église catholique n’a pas cessé de produire des corporations vouées aux œuvres de charité. Émue d’une telle découverte, elle essaie en quelques lieux ses diaconesses et ses infirmières. Quoi qu’il en soit du succès d’un effort si tardif, on peut croire raisonnablement qu’il ne prendra jamais de vastes proportions ; et il est permis de penser que cet esprit de dévouement qui sommeilla trois siècles durant au cœur du protestantisme, n’est pas précisément l’essence de son caractère, quand on l’a vu, dans les contrées qu’il envahit, tarir jusqu’à la source de l’esprit de sacrifice, en arrêtant avec violence la pratique des conseils évangéliques qui n’ont leur raison d’être que dans l’amour de Dieu.
Gloire donc à Philippe Néri, l’un des plus dignes représentants de la divine charité au XVI° siècle ! Par son impulsion, Rome et bientôt la chrétienté reprirent une vie nouvelle dans la fréquentation des sacrements, dans les aspirations d’une piété plus fervente. Sa parole, sa vue même électrisaient le peuple chrétien dans la cité sainte ; aujourd’hui encore la trace de ses pas n’est point effacée. Chaque année, le vingt-six mai, Rome célèbre avec transport la mémoire de son pacifique réformateur. Philippe partage avec les saints Apôtres les honneurs de Patron dans la ville de saint Pierre. Les travaux sont suspendus, et la population en habits de fête se presse dans les églises pour honorer le jour où Philippe naquit au ciel, après avoir sanctifié la terre. Le Pontife romain en personne se rend en pompe à l’église de Sainte-Marie in Vallicella, et vient acquitter la dette du Siège Apostolique envers l’homme qui releva si haut la dignité et la sainteté de la Mère commune.
Philippe eut le don des miracles, et tandis qu’il ne cherchait que l’oubli et le mépris, il vit s’attacher à lui tout un peuple qui demandait et obtenait par ses prières la guérison des maux de la vie présente, en même temps que la réconciliation des âmes avec Dieu. La mort elle-même obéit à son commandement, témoin ce jeune prince Paul Massimo que Philippe rappela à la vie, lorsque l’on s’apprêtait déjà à lui rendre les soins funéraires. Au moment où cet adolescent rendait le dernier soupir, le serviteur de Dieu dont il avait réclamé l’assistance pour le dernier passage, célébrait le saint Sacrifice. À son entrée dans le palais, Philippe rencontre partout l’image du deuil : un père éploré, des sœurs en larmes, une famille consternée ; tels sont les objets qui frappent ses regards. Le jeune homme venait de succomber après une maladie de soixante-cinq jours, qu’il avait supportée avec la plus rare patience. Philippe se jette à genoux, et après une ardente prière, il impose sa main sur la tête du défunt et l’appelle à haute voix par son nom. Paul, réveillé du sommeil de la mort par cette parole puissante, ouvre les yeux, et répond avec tendresse : « Mon Père ! » Puis il ajoute : « Je voudrais seulement me confesser. » Les assistants s’éloignent un moment, et Philippe reste seul avec cette conquête qu’il vient de faire sur la mort. Bientôt les parents sont rappelés, et Paul, en leur présence, s’entretient avec Philippe d’une mère et d’une sœur qu’il aimait tendrement, et que le trépas lui a ravies. Durant cette conversation, le visage du jeune homme, naguère défiguré par la fièvre, a repris ses couleurs et sa grâce d’autrefois. Jamais Paul n’avait semblé plus plein de vie. Le saint lui demande alors s’il mourrait volontiers de nouveau. – « Oh ! oui, très volontiers, répond le jeune homme ; car je verrai en paradis ma mère et ma sœur. » – « Pars donc, répond Philippe ; pars pour le bonheur, et prie le Seigneur pour moi. » À ces mots, le jeune homme expire de nouveau, et entre dans les joies de l’éternité, laissant l’assistance saisie de regret et d’admiration.
Tel était cet homme favorisé presque constamment des visites du Seigneur dans les ravissements et les extases, doué de l’esprit de prophétie, pénétrant d’un regard les consciences, répandant un parfum de vertu qui attirait les âmes par un charme irrésistible. La jeunesse romaine de toute condition se pressait autour de lui. Aux uns il faisait éviter les écueils ; aux autres il tendait la main dans le naufrage. Les pauvres, les malades, étaient à toute heure l’objet de sa sollicitude. Il se multipliait dans Rome, employant toutes les formes du zèle, et ayant laissé après lui une impulsion pour les bonnes œuvres qui ne s’est pas ralentie.
Philippe avait senti que la conservation des mœurs chrétiennes dépendait principalement d’une heureuse dispensation de la parole de Dieu, et nul ne se montra plus empressé à procurer aux fidèles des apôtres capables de les attirer par une prédication solide et attrayante. Il fonda sous le nom d’Oratoire une institution qui dure encore, et dont le but est de ranimer et de maintenir la piété dans les populations. Cette institution, qu’il ne faut pas confondre avec l’Oratoire de France, a pour but d’utiliser le zèle et les talents des prêtres que la vocation divine n’appelle pas à la vie du cloître, et qui, en associant leurs efforts, arrivent cependant à produire d’abondants fruits de sanctification.
En fondant l’Oratoire sans lier les membres de cette association par les vœux de la religion, Philippe s’accommodait au genre de vocation que ceux-ci avaient reçu du ciel, et leur assurait du moins les avantages d’une règle commune, avec le secours de l’exemple si puissant pour soutenir l’âme dans le service de Dieu et dans la pratique des œuvres du zèle. Mais le saint apôtre était trop attaché à la foi de l’Église pour ne pas estimer la vie religieuse comme l’état de la perfection. Durant toute sa longue carrière, il ne cessa de diriger vers le cloître les âmes qui lui semblèrent appelées à la profession des vœux. Par lui les divers ordres religieux se recrutèrent d’un nombre immense de sujets qu’il avait discernes et éprouvés : en sorte que saint Ignace de Loyola, ami intime de Philippe et son admirateur, le comparaît agréablement à la cloche qui convoque les fidèles à l’Église, bien qu’elle n’y entre pas elle-même.
La crise terrible qui agita la chrétienté au XVIe siècle, et enleva à l’Église catholique un si grand nombre de ses provinces, affecta douloureusement Philippe durant toute sa longue vie. Il souffrait cruellement de voir tant de peuples aller s’engloutir les uns après les autres dans le gouffre de l’hérésie. Les efforts tentés par le zèle pour reconquérir les âmes séduites par la prétendue Réforme faisaient battre son cœur, en même temps qu’il suivait d’un œil attentif les manœuvres à l’aide desquelles le protestantisme travaillait à maintenir son influence. Les Centuries de Magdebourg. vaste compilation historique destinée à donner le change aux lecteurs, en leur persuadant, à l’aide de passages falsifiés, de faits dénaturés et souvent même inventés, que l’Église Romaine avait abandonné l’antique croyance et substitué la superstition aux pratiques primitives ; cet ouvrage sembla à Philippe d’une si dangereuse portée, qu’un travail supérieur en érudition, puisé aux véritables sources, pouvait seul assurer le triomphe de l’Église catholique. Il avait deviné le génie de César Baronius, l’un de ses compagnons à l’Oratoire. Prenant en main la cause de la foi, il commanda à ce savant homme d’entrer tout aussitôt dans la lice, et de poursuivre l’ennemi de la vraie foi en s’établissant sur le terrain de l’histoire. Les Annales ecclésiastiques furent le fruit de cette grande pensée de Philippe ; et Baronius lui-même en rend le plus touchant témoignage en tète de son huitième livre. Trois siècles se sont écoulés sur ce grand œuvre. Avec les moyens de la science dont nous disposons aujourd’hui, il est aise d’en signaler les imperfections ; mais jamais l’histoire de l’Église n’a été racontée avec une dignité, une éloquence et une impartialité supérieures à celles qui règnent dans ce noble et savant récit dont le parcours est de douze siècles. L’hérésie sentit le coup ; l’érudition malsaine et infidèle des Centuriateurs s’éclipsa en présence de cette narration loyale des faits, et l’on peut affirmer que le flot montant du protestantisme s’arrêta devant les Annales de Baronius, dans lesquelles l’Église apparaissait enfin telle qu’elle a été toujours, « la colonne et l’appui de la vérité [I Tim III, 15.]. » La sainteté de Philippe et le génie de Baronius avaient décidé la victoire ; de nombreux retours à la foi romaine vinrent consoler les catholiques si tristement décimés ; et si de nos jours d’innombrables abjurations annoncent la ruine prochaine du protestantisme, il est juste de l’attribuer en grande partie au succès de la méthode historique inaugurée dans les Annales.
Mais il est temps de lire le récit liturgique des vertus et des saintes œuvres de l’apôtre de Rome au XVI° siècle.
   Philippus Nerius piis honestisque parentibus Florentiae natus, ab ipsa ineunte aetate non obscura dedit futurae sanctitatis indicia. Adolescens ampla patrui hereditate dimissa, Romam se contulit ; ubi philosophia ac sacris litteris eruditus, totum se Christo dicavit. Ea fuit abstinentia, ut salae jejunus triduum permanserit. Vigiliis et orationibus intentus, septem Urbis Ecclesias frequenter visitans, apud Coemeterium Callisti in cœlestium rerum contemplatione pernoctare consuevit. Sacerdos ex obedientia factus, in animarum salute procuranda totus fuit, et in confessionibus audiendis ad extremum usque diem perseverans, innumeros pene filios Christo peperit ; quos verbi Dei quotidiano pabulo, Sacramentorum frequenti a, orationis assiduitate aliisque piis exercitationibus enutriri cupiens, Oratorii congregationem instituit.
   Philippe Néri naquit à Florence de parents honnêtes et pieux, et dès son enfance il donna des marques visibles de sa future sainteté. Arrivé à l’adolescence, il abandonna une riche succession qui lui venait d’un oncle paternel, et se rendit à Rome où il étudia la philosophie et la théologie, et se consacra entièrement à Jésus-Christ. Son abstinence était telle, que souvent il passait jusqu’à trois jours sans nourriture. Adonné à la veille et à la prière, il visitait fréquemment les sept Églises de Rome, et il avait coutume de passer la nuit au Cimetière de Calliste dans la contemplation des choses célestes
   Charitate Dei vulneratus languebat jugiter : tantoque cor ejus aestuabat ardore, ut cum intra fines suos contineri non posset, illius sinum, confractis atque elatis duabus costulis, mirabiliter Dominus ampliaverit. Sacrum vero faciens, aut ferventius orans, in aera quandoque sublatus, mira undique luce fulgere visus fuit. Egenos et pauperes omni charitatis officio prosequebatur : dignus qui et angelo, in specie pauperis eleemosynam erogaret, et dum egentibus noctu panem deferret, in foveam lapsus. inde pariter ab angelo incolumis eriperetur. Humilitati addictus ab honoribus semper abhorruit, atque ecclesiasticas dignitates, etiam primarias,, non semel ultro delatas constantissime recusavit.
   Ayant reçu par obéissance le sacerdoce, il s’appliqua tout entier au service des âmes, et continua jusqu’au dernier jour de sa vie d entendre les confessions. Il donna à Jésus-Christ un nombre d’enfants presque innombrable ; et afin de les soutenir par la nourriture quotidienne de la parole de Dieu, la fréquentation des sacrements, l’assiduité à l’oraison, et par d’autres exercices de piété, il institua la congrégation de l’Oratoire.
   Prophetiae dono fuit illustris, et in animorum sensibus penetrandis mirifice enituit. Virginitatem perpetuo illibatam servavit : idque assecutus est, ut eos qui Duritatem colerent, ex odore ; qui vero secus, ex fœtore dignosceret. Absentibus interdum apparuit, iisque periclitantibus opem tulit.. Aegrotos plurimos, et morti proximos sanitati restituit. Mortuum quoque ad vitam revocavit. cœlestium spirituum, et ipsius Deiparae Virginis, frequenter fuit apparitione dignatus, ac plurimorum animas splendore circumfusas in cœlum conscendere vidit. Denique anno salutis millesimo quingentesimo nonagesimo quinto, octavo calendas junias, in quem diem inciderat festum Corporis Christi, Sacro maxima spiritus exsultatione peracto, coeterisque functionibus expletis post mediam noctem, qua praedixerat hora, octogenarius obdormivit in Domino. Quem Gregorius Decimus quintus miraculis clarum in Sanctorum numerum retulit.
   L’amour de Dieu dont il portait la blessure le jetait dans une continuelle langueur, et l’ardeur qui l’embrasait était si grande, que son cœur se trouvant trop resserré dans les bornes naturelles, le Seigneur lui élargit miraculeusement la poitrine par la rupture et l’élévation de deux côtes. Quelquefois Philippe, célébrant la Messe, ou priant avec une plus grande ferveur, était élevé de terre, et paraissait tout environné d’une lumière éclatante. Il rendait aux pauvres et à ceux qui étaient dans quelque besoin tous les soins que peut inspirer la charité, et il mérita qu’un ange vînt recevoir de lui l’aumône sous la figure d’un mendiant. Une autre fois, comme il portait du pain la nuit aux indigents, étant tombé dans une fosse, le secours d’un autre ange l’en fit sortir sain et sauf. Voué à l’humilité, il eut toujours le plus grand éloignement pour les honneurs, et refusa plus d’une fois les premières dignités de l’Église qui lui étaient offertes.
Rendu illustre par le don de prophétie, il fut remarquable aussi par la pénétration des pensées les plus secrètes. Il garda toute sa vie la plus entière virginité, et il avait reçu le don de distinguer à la bonne ou à la mauvaise odeur ceux qui étaient chastes et ceux qui ne l’étaient pas. Il apparaissait quelquefois à des personnes éloignées du lieu où il se trouvait, et les secourait dans le danger. Il rétablit en santé un grand nombre de malades, et même des moribonds. Il rappela un mort à la vie. Honore souvent de l’apparition des esprits célestes et même de la Vierge Mère de Dieu, il vit les âmes de plusieurs personnes monter au ciel brillantes de lumière. Enfin l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-quinze, le huit es calendes de juin, jour auquel tombait la fête du Saint-Sacrement, après avoir célébré le Sacrifice dans les transports d’une pieuse joie, et avoir exerce les autres fonctions ordinaires, il s’endormit dans le Seigneur âgé de quatre-vingts ans, un peu après minuit, à l’heure même qu’il avait prédite. Après sa mort il éclata encore par ses miracles, et fut mis au nombre des Saints par Grégoire XV.
Vous avez aimé le Seigneur Jésus, ô Philippe, et votre vie tout entière n’a été qu’un acte continu d’amour ; mais vous n’avez pas voulu jouir seul du souverain bien. Tous vos efforts ont tendu à le faire connaître de tous les hommes, afin que tous l’aimassent avec vous et parvinssent à leur fin suprême. Durant quarante années, vous fûtes l’apôtre infatigable de la ville sainte, et nul ne pouvait se soustraire à l’action du feu divin qui brûlait en vous. Nous qui sommes la postérité de ceux qui entendirent votre parole et admirèrent les dons célestes qui étaient en vous, nous osons vous prier de jeter aussi les regards sur nous. Enseignez-nous à aimer notre Jésus ressuscité. Il ne nous suffit pas de l’adorer et de nous réjouir de son triomphe ; il nous faut l’aimer : car la suite de ses mystères depuis son incarnation jusqu’à sa résurrection, n’a d’autre but que de nous révéler, dans une lumière toujours croissante, ses divines amabilités. C’est en l’aimant toujours plus que nous parviendrons à nous élever jusqu’au mystère de sa résurrection, qui achève de nous révéler toutes les richesses de son cœur. Plus il s’élève dans la vie nouvelle qu’il a prise en sortant du tombeau, plus il apparaît rempli d’amour pour nous, plus il sollicite notre cœur de s’attacher à lui. Priez, ô Philippe, et demandez que « notre cœur et notre chair tressaillent pour le Dieu vivant [Psalm. LXXXIII, 2.]. » Après le mystère delà Pâque, introduisez-nous dans celui de l’Ascension ; disposez nos âmes à recevoir le divin Esprit de la Pentecôte ; et lorsque l’auguste mystère de l’Eucharistie brillera à nos regards de tous ses feux dans la solennité qui approche, vous, ô Philippe, qui l’ayant fêté une dernière fois ici-bas, êtes monté à la fin de la journée au séjour éternel où Jésus se montre sans voiles, préparez nos âmes à recevoir et à goûter « ce pain vivant qui donne la vie au monde [JOHAN. VI, 33.] ».
La sainteté qui éclata en vous, ô Philippe, eut pour caractère l’élan de votre âme vers Dieu, et tous ceux qui vous approchaient participaient bientôt à cette disposition, qui seule peut répondre à l’appel du divin Rédempteur. Vous saviez vous emparer des âmes, et les conduire à la perfection par la voie de la confiance et la générosité du cœur. Dans ce grand œuvre votre méthode fut de n’en pas avoir, imitant les Apôtres et les anciens Pères, et vous confiant dans la vertu propre de la parole de Dieu. Par vous la fréquentation fervente des sacrements reparut comme le plus sûr indice de la vie chrétienne. Priez pour le peuple fidèle, et venez au secours de tant d’âmes qui s’agitent et s’épuisent dans des voies que la main de l’homme a tracées, et qui trop souvent retardent ou empêchent l’union intime du créateur et de la créature.
Vous avez aimé ardemment l’Église, ô Philippe ; et cet amour de l’Église est le signe indispensable de la sainteté. Votre contemplation si élevée ne vous distrayait pas du sort douloureux de cette sainte Épouse du Christ, si éprouvée dans le siècle qui vous vit naître et mourir. Les efforts de l’hérésie triomphante en tant de pays stimulaient le zèle dans votre cœur : obtenez-nous de l’Esprit-Saint cette vive sympathie pour la vérité catholique qui nous rendra sensibles à ses défaites et à ses victoires. Il ne nous suffit pas de sauver nos âmes ; nous devons désirer avec ardeur et aider de tous nos moyens l’avancement du règne de Dieu sur la terre, l’extirpation de l’hérésie et l’exaltation de notre mère la sainte Église : c’est à cette condition que nous sommes enfants de Dieu Inspirez-nous par vos exemples, ô Philippe, cette ardeur avec laquelle nous devons nous associer en tout aux intérêts sacrés de la Mère commune. Priez aussi pour cette Église militante qui vous a compté dans ses rangs comme un de ses meilleurs soldats. Servez vaillamment la cause de cette Rome qui se fait honneur de vous être redevable de tant de services. Vous l’avez sanctifiée durant votre vie mortelle ; sanctifiez-la encore et défendez-la du haut du ciel.
LE MÊME JOUR. SAINT ÉLEUTHÈRE, PAPE ET MARTYR.
La journée est encore embellie par la mémoire d’un de ces premiers pontifes qui, comme Urbain, ont été les fondements de la sainte Église à l’âge des tempêtes. Éleuthère monta sur le Siège Apostolique au milieu de la tourmente excitée par la persécution de Marc-Aurèle et de Commode. Il vit arriver à Rome la légation que lui envoyaient les martyrs de l’Église de Lyon, et qui avait à sa tête le grand Irénée. Cette illustre Église, couronnée à ce moment des palmes les plus glorieuses, venait les offrir à la nouvelle Rome en qui elle reconnaissait la « puissante principauté » qu’a célébrée le même saint Irénée, dans ses livres Contre les Hérésies.
La paix ne tarda pas à être rendue à l’Église, et le reste du pontificat d’Éleuthère s’écoula dans le calme et la tranquillité. Au sein de cette paix, avec son nom qui exprime la Liberté, ce pontife est une image de notre divin ressuscité, dont le Psalmiste nous dit qu’il est « libre entre les morts [Psalm. LXXXVII, 6.] ».
L’Église honore saint Eleuthère comme martyr, avec les autres papes qui ont siégé avant la paix de Constantin, et qui presque tous ont versé leur sang dans les persécutions des trois premiers siècles. Associés à toutes les souffrances de l’Église, gouvernant la chrétienté à travers mille périls, ne goûtant la paix que dans de rares et courts intervalles, cette suite de trente-trois pontifes a droit d’être considérée comme une série de martyrs.
Une gloire particulière pour Éleuthère est d’avoir été l’apôtre de la grande île britannique qui est devenue plus tard l’Angleterre. Les Romains avaient colonisé dans cette île, qui n’était plus comme auparavant séparée du reste du monde. La divine Providence choisit les années de paix du pontificat d’Éleuthère pour agrégera [‘Église les prémices de la race bretonne. Plus tard, l’île évangélisée ainsi dès le second siècle par les soins de notre saint pape deviendra l’île des saints, et dans deux jours ses gloires chrétiennes resplendiront une seconde fois sur le cycle.
   Eleutherius, Nicopoli in Graecia natus Aniceti Pontificis Diaconus, Commodo imperatore, praefuit Ecclesiae. initio Pontificatus supplices litterae venerunt a Lucio, Britannorum rege, ut se ac suos in Christianorum numerum reciperet. Quamobrem Fugatium et Damianum, doctos et pins virus misit in Britanniam„ per quos rex et reliqui fidem susciperent. Hoc Pontifice Irenaeus, Polycarpi discipulus, Romam veniens, ab eo benigne acceptus est. Quo tempore summa pace et quiete fruebatur Ecclesia Dei : ac per totum orbem terrarum maxime Romae, fides propagabatur. Vixit Eleutherius in Pontificatu annos quindecim, dies viginti tres. Fecit Ordinationes tres mense decembri, quibus creavit presbyteros duodecim, diaconos octo episcopos per diversa loca quindecim : sepultusque est in Vaticano prope corpus sancti Petri.
   Éleuthère, né à Nicopolis en Grèce, fut d’abord diacre du pape Anicet, et goureras ensuite l’Église sous l’empire de Commode. Au commencement de son pontificat, il reçut des lettres de Lucius, roi des Bretons, qui le suppliait de l’admettre ainsi que ses sujets au nombre des chrétiens. Éleuthère envoya donc dans la Grande-Bretagne Fugacius et Damien, personnages doctes et pieux, pour enseigner la foi à ce prince et à sa nation. Ce fut aussi sous son pontificat que saint Irénée, disciple de saint Polycarpe, vint à Rome, où il fut accueilli avec une grande cordialité. L’Église Jouit d’une grande paix et d’un profond repos sous Éleuthère, et la foi taisait de grands progrès dans le monde entier, principalement à Rome. Il exerça le pontificat quinze ans et vingt-trois jours, et fit trois ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa douze prêtres, huit diacres et quinze évêques pour divers lieux. Il fut enseveli au Vatican près du corps de saint Pierre.
Votre nom, ô Éleuthère, est le nom du chrétien ressuscité avec Jésus-Christ. La Pâque nous a tous délivrés, tous affranchis, rendus tous libres. Priez donc, afin que nous conservions toujours cette « glorieuse liberté des enfants de Dieu », que recommande l’Apôtre [Rom. VIII, 21]. Par elle nous sommes retirés des liens du péché qui nous livrait à la mort, de la servitude de Satan qui nous entraînait loin de notre fin, de la tyrannie du monde qui nous égarait par ses maximes charnelles La vie nouvelle que nous a donnée la Pâque est toute du ciel où le Christ nous attend dans sa gloire ; nous ne pourrions la perdre que pour être esclaves de nouveau Saint Pontife, obtenez que la Pâque, à son retour en l’année qui suivra, nous retrouve dans cette heureuse liberté qui est le fruit de notre délivrance par le Christ [Gal. IV, 31.].
Il est une autre liberté que vante le monde, et pour la conquête de laquelle il arme les hommes les uns contre les autres. Elle consiste à fuir, comme on fuirait un crime, toute sujétion et toute dépendance, à ne s’incliner devant aucune autorité qu’on ne l’ait créée soi-même, pour ne durer qu’autant qu’il nous plaira. Délivrez-nous, saint Pontife, de tout attrait pour cette prétendue liberté si contraire à la soumission chrétienne, et qui n’est que le triomphe de l’orgueil humain. Dans sa frénésie, elle verse des torrents de sang ; enivrée de ce qu’elle appelle fastueusement les droits de l’homme, elle substitue l’égoïsme au devoir. Pour elle la vérité n’est plus, car elle va jusqu’à reconnaître des droits à l’erreur ; pour elle le bien n’est plus, car elle a abdiqué tout droit d’enchaîner le mal : tant elle est devenue esclave du principe sauvage de l’indépendance. Elle détrône Dieu autant qu’il lui est possible, en refusant de le reconnaître dans les dépositaires de l’autorité sociale, et jette l’homme sans défense sous le joug de la force brutale, l’écrasant sous le poids de ce qu’elle appelle les majorités, et sous la pression monstrueuse des faits accomplis. Non, telle n’est pas, ô Éleuthère, la liberté à laquelle nous a conviés le Christ, notre libérateur. « Soyez comme des hommes libres, » nous dit Pierre votre prédécesseur, « et ne soyez pas de ceux qui, sous un voile trompeur, sont les sectateurs de la liberté du mal [I PETR. II, 16.]. »
Demeurez toujours, ô saint Pontife, le père de la société humaine dont vous fûtes le chef ici-bas. Durant votre règne pacifique, vous avez siégé près des Césars dans la ville aux sept collines. La pourpre et le diadème étaient portés par d’autres ; mais votre nom n’était pas ignoré dans le monde. Tandis que le pouvoir matériel tenait la hache suspendue sur votre tête, d’innombrables fidèles se dirigeaient vers Rome pour vénérer la tombe de Pierre et rendre hommage à son successeur. Vous vîtes arriver un jour l’ambassade d’un roi barbare. Cette légation ne se dirigeait pas vers le palais des Césars ; elle s’arrêtait à la porte de votre humble demeure. Un peuple était appelé par la grâce divine à recevoir la bonne nouvelle, à entrer dans la famille chrétienne. Les destinées de ce peuple que vous avez évangélisé le premier devaient être grandes dans l’Église. L’île des Bretons est fille de l’Église Romaine ; et c’est en vain qu’elle voudrait effacer cette noble origine. Prenez ses maux en pitié, ô vous qui fûtes son premier apôtre ; aidez les efforts qui sont faits de toutes parts pour la rendre à l’unité. Souvenez-vous de la foi de Lucius et de son peuple, et montrez votre paternelle sollicitude en faveur d’un pays que vous avez enfanté à la foi.
LE XXVII MAI. SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE, CONFESSEUR ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE.
La bénédiction que le Seigneur donnait à la terre en s’élevant au ciel atteint les plus lointaines frontières de la gentilité. Trois jours de suite, le Cycle nous montre les grâces qu’elle annonçait concentrant sur l’extrême Occident leurs énergies : c’est le fleuve de Dieu [Psalm. XLV, 5.], dont les eaux débordées se font plus impétueuses à la limite qu’elles ne dépasseront pas.
Hier, l’expédition évangélique que le roi Lucius avait sollicitée du Pontife Éleuthère quittait Rome pour la future Ile des Saints. Demain, dans la terre des Bretons devenue celle des Angles, elle sera suivie par le chef du second apostolat, Augustin, l’envoyé de Grégoire le Grand. Aujourd’hui, impatiente de justifier ces célestes prodigalités, Albion produit devant les hommes son illustre fils, Bède le Vénérable, l’humble et doux moine dont la vie se passe à louer Dieu, à le chercher dans la nature et dans l’histoire, mais plus encore dans l’Écriture étudiée avec amour, approfondie à la lumière des plus sûres traditions. Lui qui toujours écouta les anciens prend place aujourd’hui parmi ses maîtres, devenu lui-même Père et Docteur de l’Église de Dieu. Entendons-le, dans ses dernières années, résumer sa vie :
« Prêtre du monastère des bienheureux Pierre et Paul, Apôtres, je naquis sur leur territoire, et je n’ai point cessé, depuis ma septième année, d’habiter leur maison, observant la règle, chantant chaque jour en leur église, faisant mes délices d’apprendre, d’enseigner ou d’écrire. Depuis que j’eus reçu la prêtrise, j’annotai pour mes frères et pour moi la sainte Écriture en quelques ouvrages, m’aidant des expressions dont se servirent nos Pères vénérés, ou m’attachant à leur manière d’interprétation. Et maintenant, bon Jésus, je vous le demande : vous qui m’avez miséricordieusement donné de m’abreuver à la douceur de votre parole, donnez-moi bénignement d’arriver à la source, ô fontaine de sagesse, et de vous voir toujours [BED. Hist. eccl. Cap. ultimum.]. »
La touchante mort du serviteur de Dieu ne devait pas être la moins précieuse des leçons qu’il laisserait aux siens. Les cinquante jours de la maladie qui l’enleva de ce monde s’étaient passés comme toute sa vie à chanter des psaumes ou à enseigner. Comme on approchait de l’Ascension du Seigneur, il redisait avec des larmes de joie l’Antienne de la fête : « O Roi de gloire qui êtes monté triomphant par delà tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins, mais envoyez-nous l’Esprit de vérité selon la promesse du Père. » À ses élèves en pleurs il disait, reprenant la parole de saint Ambroise : « Je n’ai pas vécu de telle sorte que j’eusse à rougir de vivre avec vous ; mais je ne crains pas non plus de mourir, car nous avons un bon Maître. » Puis revenant à sa traduction de l’Évangile de saint Jean et à un travail qu’il avait entrepris sur saint Isidore : « Je ne veux pas que mes disciples après ma mort s’attardent à des faussetés et que leurs études soient sans fruit. »
Le mardi avant l’Ascension, l’oppression du malade augmentait les symptômes d’un dénouement prochain se montrèrent. Plein d’allégresse, il dicta durant toute cette journée, et passa la nuit en actions de grâces. L’aube du mercredi le retrouvait pressant le travail de ses disciples. À l’heure de Tierce, ils le quittèrent pour se rendre à la procession qu’on avait dès lors coutume de faire en ce jour avec les reliques des Saints. Resté près de lui :« Bien-aimé Maître, dit l’un d’eux, un enfant, il n’y a plus à dicter qu’un chapitre ; en aurez-vous la force ? » – « C’est facile, répond souriant le doux Père : prends ta plume, taille-la, et puis écris ; mais hâte-toi. » À l’heure de None, il manda les prêtres du monastère, et leur rit de petits présents, implorant leur souvenir à l’autel du Seigneur. Tous pleuraient. Lui, plein de joie, [disait : « Il est temps, s’il plaît à mon Créateur, que je retourne à Celui qui m’a fait de rien quand je n’étais pas ; mon doux Juge a bien ordonné ma vie ; et voici qu’approche maintenant pour moi la dissolution ; je la désire pour être avec le Christ : oui, mon âme désire voir mon Roi, le Christ, en sa beauté. »
Ce ne furent de sa part jusqu’au soir qu’effusions semblables ; jusqu’à ce dialogue plus touchant que tout le reste avec Wibert, l’enfant mentionné plus haut : « Maître chéri, il reste encore une phrase.— Écris-la vite. » Et après un moment : « C’est fini, dit l’enfant. – Tu dis vrai, répartit le bienheureux : c’est fini ; prends ma tête dans tes mains et soutiens-la du côté de l’oratoire, parce que ce m’est une grande joie de me voir en face du lieu saint où j’ai tant prié. » Et du pavé de sa cellule où on l’avait déposé, il entonna : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; quand il eut nommé l’Esprit-Saint, il rendit l’âme [Epist. CUTHBERTI.].
Lisons la vie du saint moine dans le livre de l’Église.
   Beda presbyter Girvi, in Brittaniae et Scotiae finibus ortus, septennis sancto Benedicto Biscopio abbati Wiremuthensi educandus traditur. Monachus deinde factus vitam sic instituit, ut dum se artium et doctrinarum studiis totum impenderet, nihil unquam de regulari disciplina remitteret. Nullum fuit doctrinae genus, in quo non esset diligentissime versatus ; sed praecipua illi cura divinarum Scripturarum meditatio, quarum sententiam ut plenius assequeretur, graece hebraicique sermonis notitiam est adeptus. Tricesimo aetatis anno, abbatis sui jussu sacerdos initiatus, statim, suasore Acca Hagulstadensi episcopo, sacros explanare libros aggressus est : in quo sanctorum Patrum doctrinis adeo inhaesit, ut nihil proferret nisi illorum judicio comprobatum, eorumdem etiam fere verbis usus. Otium perosus semper, ex lectione ad orationem transibat ac vicissim ex oratione ad lectionem : in qua adeo animo inflammabatur, ut smpe inter legendum et docendum lacrymis perfunderetur. Ne autem rerum fluxarum curis distraheretur, delatum abbatis munus constantissime detrectavit.
   Le prêtre Bède naquit à Yarrow, aux confins de la Grande-Bretagne et de l’Écosse ; Âgé de sept ans, son éducation fut confiée à saint Benoît Biscop, Abbé de Wearmouth. Devenu moine, il ordonna de telle sorte sa vie, que se livrant tout entier à l’étude des arts et des sciences, il n’omit jamais rien toutefois des observances de la discipline régulière. Excellemment versé en tous les genres de connaissances, la méditation des divines Écritures fixa néanmoins ses préférences ; et pour les mieux comprendre, il se rendit maître de la langue grecque et de l’hébraïque. Ordonné prêtre en sa trentième année par l’ordre de son Abbé, ce fut à la sollicitation d’Acca, évêque d’Hexham, qu’il entreprit alors d’expliquer les saints Livres ; il ne le fit qu’en suivant d’aussi près que possible la doctrine des saints Pères, n’avançant rien qu’ils n’eussent eux-mêmes enseigné, et pour ainsi dire reproduisant leur langage. Ennemi constant de l’oisiveté, il ne quittait l’étude que pour la prière, et revenait pareillement de la prière à l’étude ; son cœur s’y embrasait au point que souvent, enseignant ou liant, il fondait en larmes. Ne voulant point être distrait par le souci des choses qui passent, il refusa constamment la charge d’Abbé.
   Scientiae ac pietatis laude Bedae nomen sic brevi claruit, ut sanctus Sergius Papa de eo Romam arcessendo cogitaverit ; quo difficillimis scilicet, quae de rebus sacris exortae erant, quaestionibus definiendis conferret operam. Emendandis fidelium moribus, fidei vindicandae atque adserendae libros plures conscripsit : quibus tantum sui apud omnes opinionem fecit, ut ilium sanctus Bonifacius episcopus et martyr Ecclesiae lumen praedicaverit, Lanfrancus Anglorum doctorem, Concilium Aquisgranense doctorem admirabilem dixerit. Quin ejus scripta eo adhuc vivente, publice in Ecclesiis legebantur. Quod cum fieret, quoniam ipsum sanctum no minime appellare liceret, venerabilis titulo efferebant : qui deinde veluti proprius sequutis etiam temporibus semper habitus est. Ejus autem doctrinae eo vis efficacior erat, quod vita : sanctimonia religiosisque virtutibus confirmabatur. Quamobrem discipulos, quos multos et egregios imbuendos habuit, studio et exemplo non litteris modo atque scientiis, sed etiam sanctitate fecit insignes.
   Bientôt une telle réputation de piété et de science s’attachait à son nom, que le Pape saint Sergius eut la pensée de l’appeler à Rome pour y travailler à la solution d’épineuses difficultés qui s’étaient élevées dans l’Église. Il écrivit beaucoup d’ouvrages pour réformer les mœurs des fidèles, pour soutenir et défendre la foi. Grande fut l’estime universelle qu’il s’acquit ainsi : saint Boniface, évêque et martyr, le proclamait la lumière de l’Église ; Lanfranc lui donnait le titre de docteur des Anglais, le Concile d’Aix-la-Chapelle celui de docteur admirable. Il arriva que, de son vivant même, on lut publiquement ses écrits dans les Églises, et comme alors on ne pouvait lui attribuer le titre de saint, on lui donnait celui de vénérable qui lui resta toujours depuis. Son enseignement était d’autant plus efficace, qu’il était soutenu de la sainteté de la vie et des vertus religieuses. Aussi ses disciples, qui furent nombreux et remarquables, devinrent-ils, grâce à son zèle et à son exemple, non moins éminents dans la sainteté que dans les lettres et les sciences.
   Aetate demum et laboribus fractus, gravi morbo correptus est. Quo cum amplius quinquaginta dies detentus esset, consuetum orandi morem Scripturasque interpretandi non intercepit : eo namque tempore Evangelium Joannis in popularium suorum usum anglice vertit. Cum autem in Ascensionis praeludio instare sibi mortem persentiret, supremis Ecclesiae Sacramentis muniri voluit : tum sodales amplexatus, argue humi super cilicio stratus, cum illa verba ingeminaret, Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, obdormivit in Domino. Ejus corpus, suavissimum, uti fertur, spirans odorem, sepultum est in monasterio Girvensi, ac postea Dunclinum cum sancti Cuthberti reliquiis translatum. Eum tamquam doctorem a Benectictinis aliisque religiosis familiis ac dioecesibus cultum, Leo decimus tertius Pontifex Maximus, ex Sacrorum Rituum Congregationis consulto, universalis Ecclesiae doctorem declaravit, et festo ipsius die Missam et Officium de Doctoribus ab omnibus recitari decrevit.
   Brisé enfin par l’âge et le labeur, il fut atteint d’une maladie grave. Il la supporta cinquante jours et plus sans interrompre ni ses habitudes de prière, ni son travail d’interprétation des Écritures ; car ce fut en ce temps qu’il traduisit en anglais pour ses compatriotes l’Évangile de saint Jean. La veille de l’Ascension, sentant que la mort approchait, il voulut être muni des derniers sacrements, embrassa ses frères et se fit étendre à terre sur un cilice ; redisant alors : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps exhalant, dit-on, une odeur très suave, fut enseveli dans le monastère de Yarrow, et par la suite transporté à Durham avec les reliques de saint Cuthbert Les Bénédictins, d’autres familles religieuses, des diocèses l’honoraient par avance comme docteur, quand, sur l’avis de la Congrégation des Rites sacrés, Léon XIII, Souverain Pontife, le déclara docteur de l’Église universelle, décrétant que Messe et Office des Docteurs seraient désormais récités par tous au jour de sa fête.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ! C’est le chant de l’éternité ; l’ange et l’homme n’étaient pas, que Dieu, dans le concert des trois divines personnes, suffisait à sa louange : louange adéquate, infinie, parfaite comme Dieu, seule digne de lui. Combien le monde, si magnifiquement qu’il célébrât son auteur par les mille voix delà nature, demeurait au-dessous de l’objet de ses chants ! Toutefois la création elle-même était appelée à renvoyer au ciel un jour l’écho de la mélodie trine et une ; lorsque le Verbe fut devenu par l’Esprit-Saint fils de l’homme en Marie comme il l’était du Père, la résonance créée du Cantique éternel répondit pleinement aux adorables harmonies dont la Trinité gardait primitivement le secret pour elle seule. Depuis, pour l’homme qui sait comprendre, la perfection fut de s’assimiler au fils de Marie afin de ne faire qu’un avec le Fils de Dieu, dans le concert auguste où Dieu trouve sa gloire.
Vous fûtes, ô Bède, cet homme à qui l’intelligence est donnée. Il était juste que le dernier souffle s’exhalât sur vos lèvres avec le chant d’amour où s’était consumée pour vous la vie mortelle, marquant ainsi votre entrée de plain-pied dans l’éternité bienheureuse et glorieuse. Puissions-nous mettre à profit la leçon suprême où se résument les enseignements de votre vie si grande et si simple !
Gloire à la toute-puissante et miséricordieuse Trinité ! N’est-ce pas aussi le dernier mot du Cycle entier des mystères qui s’achèvent présentement dans la glorification du Père souverain par le triomphe du Fils rédempteur, et l’épanouissement du règne de l’Esprit sanctificateur en tous lieux ? Qu’il était beau dans l’Île des Saints le règne de l’Esprit, le triomphe du Fils à la gloire du Père, quand Albion, deux fois donnée par Rome au Christ, brillait aux extrémités de l’univers comme un joyau sans prix de la parure de l’Épouse ! Docteur des Angles au temps de leur fidélité, répondez à l’espoir du Pontife suprême étendant votre culte à toute l’Église en nos jours, et réveillez dans l’âme de vos concitoyens leurs sentiments d’autrefois pour la Mère commune.
LE MÊME JOUR. SAINT JEAN Ier, PAPE ET MARTYR.
La palme du martyre n’a pas été conquise par ce saint pape dans une victoire remportée sur quelque prince païen ; il l’a gagnée en luttant pour la liberté de l’Église contre un roi chrétien. Mais ce roi était hérétique, et par conséquent ennemi de tout pontife zélé pour le triomphe de la vraie foi. La situation du vicaire de Jésus-Christ ici – bas est une situation de lutte, et souvent il arrive qu’un pape est véritablement martyr sans avoir versé son sang. Saint Jean Ier, que nous honorons aujourd’hui, n’a pas succombé sous le glaive ; un indigne cachot a été l’instrument de son martyre ; mais bien d’autres pontifes brilleront au ciel en sa compagnie, sans avoir même porté le poids des chaînes : le Vatican a été leur Calvaire. Ils ont vaincu et ils ont succombé sans éclat, laissant au ciel le soin de venger leur cause : tel fut entre autres l’angélique Clément XIII au siècle dernier.
Celui qui paraît aujourd’hui sur le Cycle exprime dans sa conduite la pensée qui doit inspirer tout membre de l’Église, s’il est digne de sa mère. Saint Jean Ier nous apprend que nous ne devons jamais pactiser avec l’hérésie, ni prendre part aux mesures qu’une politique mondaine croit devoir instituer pour lui assurer des droits. Si les siècles, aidés de l’indifférence religieuse des gouvernements, ont légué la tolérance et même le privilège de l’égalité aux sectes qui ont rompu avec l’Église, nous pouvons subir cette situation qui est la plus grave atteinte à la constitution chrétienne d’un État ; mais notre conscience catholique nous interdit de la louer et de la considérer comme un bien. En quelque condition que la divine Providence nous ait placés, nous n’en devons pas moins puiser nos inspirations dans la foi de notre baptême, dans l’enseignement et dans la pratique infaillibles de l’Église, hors desquels il n’y a que contradiction, péril et naufrage.
La sainte Liturgie consacre aujourd’hui ces lignes à l’éloge des vertus et de la constance de saint Jean Ier.
   Joannes Etruscus, Justino seniore imperatore rexit Ecclesiam : ad quem profectus est Constantinopolim auxilii causa, quod Theodoricus rex haereticus divexabat Italiam : cujus etiam iter Deus miraculis illustravit. Nam cum ei nobilis vir ad Corinthum equum, quo ejus uxor mansueto utebatur, itineris causa commodasset ; factum est, ut domino postea remissus equus ita ferox evaderet, ut fremitu et totius corporis agitatione semper deinceps dominam expulerit : tamquam indignaretur mulierem recipere, ex quo sedisset in eo Jesu Christi vicarius. Quamobrem illi equum pontifici donaverunt. Sed illud majus miraculum, quod Constantinopoli in aditu portae aureae, inspectante frequentissimo populo, qui una cum imperatore Pontifici honoris causa occurrerat, caeco lumen restituit. Ad cujus pedes prostratus etiam imperator eum veneratus est. Rebus cum Imperatore compositis, in Italiam rediit, statimque epistolam scripsit ad omnes Italiae episcopos, jubens eos arianorum Ecclesias ad Catholicum ritum consecrare, illud subjungens Quia et nos quando fuimus Constantinopoli, tam pro religione Catholica, quam pro regis Theodorici causa, quascumque illis in partibus eorum Ecclesias reperire potuimus, Catholicas eas consecravimus. Quo diniquissimo animo ferens Theodoricus, dolo accersitum Pontificem Ravennam in carcerem conjecit : ubi squalore inediaque afflictus, paucis diebus cessit e vita, cum sedisset annos duos, menses novem, dies quatuordecim : ordinatis eo tempore episcopis quindecim. Paulo post moritur Theodoricus : quem quidam eremita, ut scribit sanctus Gregorius, vidit inter Joannem Pontificem et Symmachum patritium, quem idem occiderat, demergi in ignem Liparitanum, ut videlicet illi, quibus mortem attulerat, tamquam judices essent ejus interitus. Joannis corpus Ravenna Romam portatum est, et in Basilica Sancti Petri sepultum.
   Jean, né dans l’Étrurie, gouverna l’Église sous l’empire de Justin l’Ancien. Il fit le voyage de Constantinople pour implorer le secours de ce prince, dans un moment où le roi hérétique Théodoric persécutait l’Italie. Dieu illustra par des miracles le voyage du pontife. Un homme de condition lui prêta pour se rendre à Corinthe le cheval dont sa propre femme se servait. Il arriva que cette bête, qui avait été jusqu’alors de la plus grande douceur, ayant été rendue après que le pontife s’en fut servi, se montra désormais furieuse et agitée de mouvements violents chaque fois que sa maîtresse voulut la monter, et qu’elle la jeta par terre plusieurs fois, comme si elle se fût indignée de porter une femme, après avoir été montée par le vicaire de Jésus-Christ ; ce qui fut cause que le mari et la femme en firent hommage au pontife. Mais un prodige plus grand eut lieu à Constantinople à l’entrée de la porte dorée, lorsque le saint Pape rendit la vue à un aveugle, sous les yeux d’un peuple immense qui, ainsi que l’empereur, était accouru par honneur au-devant du pontife. Ce prince se prosterna à ses pieds pour lui rendre l’hommage de sa vénération. Les affaires étant réglées avec l’empereur, Jean retourna en Italie, et envoya aussitôt à tous les évêques de ce pays l’ordre de consacrer au service catholique les Églises des ariens. Il ajoutait ces paroles : « Nous-même, durant le séjour que nous avons fait à Constantinople pour l’intérêt de la religion catholique et pour les affaires du roi Théodoric, nous avons consacré dans ce pays comme Églises catholiques toutes celles que nous avons trouvées en la possession des hérétiques. » Théodoric fut irrité de cette conduite ; il attira par ruse le pontife à Ravenne, et le fit jeter en prison. L’insalubrité du lieu et les dures privations que Jean y subit achevèrent sa ie en peu de jours. Il avait siégé deux ans, neuf mois et quatorze jours, et avait ordonné durant ce temps quinze évêques. Théodoric mourut peu après ; et saint Grégoire raconte à son sujet qu’un pieux anachorète avait vu ce prince en présence du pape Jean et du patricien Symmaque, qu’il avait aussi fait mourir, et que Théodoric avait été jeté dans le cratère de Lipari ; en sorte que ces deux hommes de la mort desquels il était coupable étaient ses juges et le condamnaient. Le corps de Jean fut rapporté de Ravenne à Rome, et on l’ensevelit dans la Basilique de Saint-Pierre.
Vous avez cueilli la palme, saint Pontife, en confessant la sainteté immaculée de l’Église. Cette Épouse du Fils de Dieu « n’a ni tache ni ride [Eph. V, 27.], » comme nous dit l’Apôtre ; et c’est pour cela qu’elle ne peut habiter avec l’hérésie dans la terre que son Époux divin lui a assignée en dot. Des jours sont venus où les hommes, épris des calculs et des intérêts de ce monde passager, ont résolu de régler la société humaine sans plus tenir compte des droits du Fils de Dieu, de qui procède tout ordre social comme toute vérité. Ils ont refoulé l’Église dans le cœur de ses fidèles, et se sont complus à élever de toutes parts des temples pour les sectes qui se sont révoltées contre elle. Le catholique Mexique a vu s’accomplir cet attentat au grand jour, et Dieu ne l’a pas laissé sans vengeance. Saint Pontife, réveillez dans les cœurs des chrétiens d’aujourd’hui le sentiment du droit imprescriptible de la vérité divine. Nous pourrons alors nous abaisser devant les nécessités imposées par le triomphe fatal de l’erreur, dans l’âge qui nous a précédés, sans accepter comme un progrès l’égalité que l’on affecte d’établir entre l’erreur et la vérité. Dans votre prison, vaillant martyr, vous avez proclamé le droit de l’Église unique ; au milieu de la défection prédite par l’Apôtre [II Thess. II, 3.], gardez-nous des lâches complaisances, des entraînements funestes, de la légèreté coupable qui fait tant de victimes en ces jours ; et que notre dernière parole, au sortir de ce monde, soit celle que le Fils de Dieu a daigné nous apprendre lui-même : « O vous qui êtes notre père, que votre Nom soit sanctifié, que votre règne arrive ! »
LE XXVIII MAI. SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE, APÔTRE DE L’ANGLETERRE.
Quatre cents ans étaient à peine écoulés, depuis le départ d’Éleuthère pour la patrie céleste, qu’un second apôtre de la grande lie britannique s’élevait de ce monde, au même jour, vers la gloire éternelle. La rencontre de ces deux pontifes sur le cycle est particulièrement touchante, en même temps qu’elle nous révèle la prévoyance divine qui règle le départ de chacun de nous, en sorte que le jour et l’heure en sont fixés avec une sagesse admirable. Plus d’une fois nous avons reconnu avec évidence ces coïncidences merveilleuses qui forment un des principaux caractères du cycle liturgique. Aujourd’hui, quel admirable spectacle dans ce premier archevêque de Cantorbéry, saluant sur son lit de mort le jour où le saint pape à qui l’Angleterre doit la première prédication de l’Évangile, monta dans les cieux, et se réunissant à lui dans un même triomphe ! Mais aussi qui n’y reconnaîtrait un gage de la prédilection dont le ciel a favorisé cette contrée longtemps fidèle, et devenue depuis hostile à sa véritable gloire ?
L’œuvre de saint Éleuthère avait péri en grande partie dans l’invasion des Saxons et des Angles, et une nouvelle prédication de l’Évangile était devenue nécessaire. Rome y pourvut comme la première fois. Saint Grégoire le Grand conçut cette noble pensée ; il eût désiré assumer sur lui-même les fatigues de l’apostolat dans cette contrée redevenue infidèle ; un instinct divin lui révélait qu’il était destiné à devenir le père de ces insulaires, dont il avait vu quelques-uns exposés comme esclaves sur les marchés de Rome. Mais du moins il fallait à Grégoire des apôtres capables d’entreprendre ce labeur auquel il ne lui était pas donné de se livrer en personne. Il les trouva dans le cloître bénédictin, où lui-même avait abrité sa vie durant plusieurs années. Rome alors vit partir Augustin à la tête de quarante moines se dirigeant vers l’île des Bretons, sous l’étendard de la croix.
Ainsi la nouvelle race qui peuplait cette île recevait à son tour la foi par les mains d’un pape ; des moines étaient ses initiateurs à la doctrine du salut. La parole d’Augustin et de ses compagnons germa sur ce sol privilégié. Il lui fallut, sans doute, du temps pour s’étendre à l’île tout entière ; mais ni Rome, ni l’ordre monastique n’abandonnèrent l’œuvre commencée ; les débris de l’ancien christianisme breton finirent par s’unir aux nouvelles recrues, et l’Angleterre mérita d’être appelée longtemps l’île des saints.
Les gestes de l’apostolat d’Augustin dans cette île ravissent la pensée. Le débarquement des missionnaires romains qui s’avancent sur cette terre infidèle en chantant la Litanie ; l’accueil pacifique et même bienveillant que leur fait dès l’abord le roi Ethelbert ; l’influence de la reine Berthe, française et chrétienne, sur l’établissement de la foi chez les Saxons ; le baptême de dix mille néophytes dans les eaux d’un fleuve au jour de Noël, la fondation de l’Église primatiale de Cantorbéry, l’une des plus illustres de la chrétienté par la sainteté et la grandeur de ses évêques : toutes ces merveilles montrent dans l’évangélisation de l’Angleterre un des traits les plus marqués de la bienveillance céleste sur un peuple. Le caractère d’Augustin, calme et plein de mansuétude, son attrait pour la contemplation au milieu de tant de labeurs, répandent un charme de plus sur ce magnifique épisode de l’histoire de l’Église ; mais on a le cœur serré quand on vient à songer qu’une nation prévenue de telles grâces est devenue infidèle à sa mission, et qu’elle a tourné contre Rome, sa mère, contre l’institut monastique auquel elle est tant redevable, toutes les fureurs d’une haine parricide et tous les efforts d’une politique sans entrailles.
Nous donnons ici le récit liturgique de la vie du saint apôtre.
   Augustinus Romae in Lateranensi coenobio monachus, a Gregorio Magno cum sociis monachis fere quadraginta in Angliam missus est anno quingentesimo nonagesimo septimo, ut gentes illas ad Christum converteret. Erat eo tempore rex Ethelbertus in Cantio potentissimus, qui audita adventus Augustini causa, eum cum sociis Cantuariam, sui regni metropolim, invitavit ; ibique manendi et Christum praedicandi facultatem eidem liberaliter concessit. Quare sanctus vir prope Cantuariam oratorium exstruxit, ubi ipse aliquamdiu consedit, atque apostolicam vivendi rationem cum suis aemulatus est.
   Augustin, moine du monastère de Latran à Rome, fut envoyé par Grégoire le Grand en Angleterre pour convertir à Jésus-Christ les peuples de cette contrée. Environ quarante moines de sa communauté l’accompagnaient. C’était en l’année cinq cent quatre-vingt-dix-sept. Le très puissant Éthelbert, alors roi de Kent, ayant appris la cause de l’arrivée d’Augustin, l’invita à venir à Cantorbéry, métropole de son royaume, et lui accorda gracieusement la faculté d’y demeurer et de prêcher Jésus-Christ. Le saint construisit donc près de Cantorbéry un oratoire où il se fixa quelque temps et s’efforça d’imiter avec les siens la vie apostolique.
   cœlestis doctrinae praedicatione plurimis firmata miraculis, ac vitae exemplo sic insulanos illos demulsit, ut eorum plerosque ac christianam fidem perduxerit, ac demum regem ipsum quem cum innumero suorum comitatu sacro fonte lustravit, summa cum laetitia Berthae regiae uxoris, quae christiana erat. Olim in Natali Domini, cum decem millibus et amplius baptismum in alveo fluminis Eboraci contulisset, quotquot ex us morbo aliquo affecti erant, cum animae salute, corporis quoque sanitatem recepisse memori proditum est. Jussu Gregorii ordinatus episcopus, sedem Cantuariae instituit in Ecclesia Salvatoris a se erecta, in qua monachos operis sui subsidiarios collocavit et Sancti Petri monasterium, quod postea et a suo nomine dictum est, in suburbanis construxit. Idem Gregorius usum pallii cum facultate ecclesiasticae hierarchiae in Anglia instituendae ei concessit, quo novam etiam operariorum manum misit, nempe Mellitum, Justum, Paulinum et Rufinianum.
   L’exemple de sa vie, la doctrine céleste qu’il prêchait et qu’il confirmait par beaucoup de miracles, adoucirent tellement le caractère de ces insulaires, qu’il amena la plupart d’entre eux à la loi chrétienne, et enfin le roi lui-même, qu’il régénéra dans la fontaine sacrée avec un nombre considérable des gens de sa suite. Berthe, l’épouse royale, qui était chrétienne, s’en réjouit grandement. Un jour de Noël, il administra le baptême à plus de dix mille personnes dans les eaux de la rivière d’York ; et l’on raconte que tous ceux de ces néophytes qui étaient atteints de quelque maladie, reçurent en cette circonstance la santé de leurs corps avec le salut de leurs âmes. Ordonné évêque par le commandement de Grégoire, il établit son siège à Cantorbéry, dans l’Église du Sauveur qu’il avait bâtie, et il y plaça une partie des moines qui l’aidaient dans ses travaux. Il fonda ensuite dans les faubourgs le monastère de Saint-Pierre, qui plus tard fut appelé du nom d’Augustin lui-même. Le même Grégoire lui accorda l’usage du pallium et les pouvoirs nécessaires pour établir la hiérarchie ecclésiastique en Angleterre, en même temps qu’il lui envoyait un nouveau renfort d’ouvriers, savoir Mellitus, Justus, Paulin et Rufinien.
   Dispositis ejus Ecclesiae rebus, synodum habuit Augustinus cum episcopis atque doctoribus veterum Britonum, qui in Paschae celebratione aliisque ritibus ab Ecclesia Romana jamdudum dissidebant. Sed cum eos neque Apostolicae Sedis auctoritate, neque miraculis movere posset ut dissidio cessarent, prophetico spiritu eis ex eidium praenuntiavit. Denique maximis pro Christo exantlatis laboribus, miraculis clarus, cum Mellitum Londinensi Ecclesiae praefecisset, Justum Roffensi, suae Laurentium, in cœlum migravit septimo calendas junias, Ethelberto regnante, ac sepultus est in monasterio Sancti Petri, quod exinde Cantuariensium Antistitum et aliquot regum conditorium fuit. Ejus cultum ferventi studio prosecutae sunt Anglorum gentes, ac Leo Decimustertius Pontifex Maximus ejus Officium et Missam ad universam extendit Ecclesiam.
   Ayant réglé les affaires de cette Église, Augustin tint un concile avec les évêques et les docteurs des anciens Bretons, qui étaient depuis longtemps en désaccord avec l’Église Romaine dans la célébration de la Pâque et sur plusieurs autres rites. Mais comme ils refusaient de se rendre et à l’autorité du Siège Apostolique, et aux miracles qu’il faisait pour les ramener à la concorde, inspiré par un esprit prophétique, Augustin leur prédit les désastres qui les attendaient. Enfin, après avoir accompli les plus grands travaux pour Jésus-Christ, illustre par ses miracles, ayant préposé Mellitus à l’Église de Londres, Justus à celle de Rochester, Laurent à la sienne, il passa au ciel le sept des calendes de juin, sous le règne d’Éthelbert. On l’ensevelit au monastère de Saint-Pierre, qui devint par la suite le lieu de sépulture des archevêques de Cantorbéry et de plusieurs rois. Les peuples d’Angleterre lui rendirent un culte fervent ; et le Souverain Pontife Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à toute l’Église.
Nous plaçons ici cette Hymne qui a été approuvée par le Saint-Siège, en l’honneur de l’apôtre de l’Angleterre.
HYMNE.
   Foecunda sanctis insula, Tuum canas apostolum ; Et filium Gregorii Laudes pii concentibus.
   Turma quadragenaria Stipatus intrat Anglia : Vexilla Christi proferens, Dux pacis adfert pignora.
   Ejus labore fertilis, Messem dedisti plurimam, Quae sanctitatis floribus Diu refulges inclyta.
   Crucis tropaeum promicat, Verbum salutis spargitur Fidem quin ipse barbarus Rex corde prompto suscipit.
Mores feros gens exuit, Undisque Iota fluminis, Ipsa die renascitur Qua sol salutis ortus est.
   0 Pastor alme, filios E sede pascas siderum In matris ulnas anxiae Gregem reducas devium.
   Île féconde des saints, célèbre ton apôtre, exalte dans tes pieux concerts le fils de Grégoire.
   Praesta, beata Trinitas, Quae rore jugi gratiae Vitem rigas : ut pristina Vides resurgens floreat. Amen.
   Rendue fertile par ses labeurs, tu donnas une moisson abondante ; et longtemps les fleurs de sainteté qui couvraient ton sol répandirent sur toi un éclat supérieur.
Suivi d’une troupe de quarante moines, il débarqua sur tes rivages, ô terre des Anglais ! Il portait l’étendard du Christ ; messager de la paix, il venait en apporter les gages.
Bientôt la croix est plantée sur ton sol comme un éclatant trophée, la parole du salut se répand de toutes parts ; et un roi barbare reçoit lui-même la foi d’un cœur docile.
La nation renonce à ses coutumes sauvages ; elle se plonge dans les eaux sanctifiées d’un fleuve, et renaît à la vie de l’âme le jour même où le Soleil de justice se leva sur le monde.
O Pasteur auguste, du haut du ciel, gouverne toujours tes fils ; ramène dans les bras de la mère désolée l’ingrat troupeau qui s’est éloigné d’elle.
Heureuse Trinité, qui envoyez sans cesse sur votre vigne la rosée de la grâce, daignez faire renaître l’antique foi, afin qu’elle fleurisse comme aux anciens jours.
   Amen.
   Vous êtes, ô Jésus ressuscité, la vie des peuples, comme vous êtes la vie de nos âmes. Vous appelez les nations à vous connaître, à vous aimer et à vous servir ; car « elles vous ont été données en héritage [Psalm. II.] », et vous les possédez tour à tour. Votre amour vous inclina de bonne heure vers cette île de l’Occident que, du haut de la croix du Calvaire, votre regard divin considérait avec miséricorde. Dès le deuxième siècle, votre bonté dirigea vers elle les premiers envoyés de la parole ; et voici qu’à la fin du sixième, Augustin, votre apôtre, délégué par Grégoire, votre vicaire, vient au secours d’une nouvelle race païenne qui s’est rendue maîtresse de cette île appelée à de si hautes destinées.
Vous avez régné glorieusement sur cette région, ô Christ ! Vous lui avez donné des pontifes, des docteurs, des rois, des moines, des vierges, dont les vertus et les services ont porté au loin la renommée de l’île des saints ; et la grande part d’honneur dans une si noble conquête revient aujourd’hui à Augustin, votre disciple et votre héraut. Votre empire a duré longtemps, ô Jésus, sur ce peuple dont la foi fut célèbre dans le monde entier ; mais, hélas ! des jours funestes sont venus, et l’Angleterre n’a plus voulu que vous régniez sur elle [Luc. XIX, 14.], et elle a contribué à égarer d’autres nations soumises à son influence. Elle vous a haï dans votre vicaire, elle a répudié la plus grande partie des vérités que vous avez enseignées aux hommes, elle a éteint la foi, pour y substituer une raison indépendante qui a produit dans son sein toutes les erreurs. Dans sa rage hérétique, elle a foulé aux pieds et brûlé les reliques des saints qui étaient sa gloire, elle a anéanti l’ordre monastique auquel elle devait le bienfait du christianisme, elle s’est baignée dans le sang des martyrs, encourageant l’apostasie et poursuivant comme le plus grand des crimes la fidélité à l’antique foi.
En retour, elle s’est livrée avec passion au culte de la matière, à l’orgueil de ses flottes et de ses colonies ; elle voudrait tenir le monde entier sous sa loi. Mais le Seigneur renversera un jour ce colosse de puissance et de richesse. La petite pierre détachée de la montagne l’atteindra à ses pieds d’argile, et les peuples seront étonnés du peu de solidité qu’avait cet empire géant qui s’était cru immortel. L’Angleterre n’appartient plus à votre empire, ô Jésus ! Elle s’en est séparée en rompant le lien de communion qui l’unit si longtemps à votre unique Église. Vous avez attendu son retour, et elle ne revient pas ; sa prospérité est le scandale des faibles, et c’est pour cela que sa chute, que l’on peut déjà prévoir, sera lamentable et sans retour.
En attendant cette épreuve terrible que votre justice fera subir à l’île coupable, votre miséricorde, ô Jésus, glane dans son sein des milliers d’âmes, heureuses de voir la lumière, et remplies pour la vérité qui leur apparaît, d’un amour d’autant plus ardent, qu’elles en avaient été plus longtemps privées. Vous vous créez un peuple nouveau au sein même de l’infidélité, et chaque année la moisson est abondante. Poursuivez votre œuvre miséricordieuse, afin qu’au jour suprême ces restes d’Israël proclament, au milieu des désastres de Babylone, l’immortelle vie de cette Église dont les nations qu’elle a nourries ne sauraient se séparer impunément.
Saint apôtre de l’Angleterre, Augustin, votre mission n’est donc pas terminée. Le Seigneur a résolu de compléter le nombre de ses élus, en glanant parmi l’ivraie qui couvre le champ que vos mains ont ensemencé. Venez en aide au labeur des nouveaux envoyés du Père de famille. Par votre intercession, obtenez ces grâces qui éclairent les esprits et changent les cœurs. Révélez à tant d’aveugles que l’Épouse de Jésus est « unique », comme il l’appelle lui-même [Cant. VI, 8.] ; que la foi de Grégoire et d’Augustin n’a pas cessé d’être la foi de l’Église catholique, et que trois siècles de possession ne sauraient créer un droit à l’hérésie sur une terre qu’elle n’a conquise que par la séduction et la violence, et qui garde toujours le sceau ineffaçable de la catholicité.
LE XXIX MAI. SAINTE MARIE-MADELEINE DE PAZZI, VIERGE.
Le Cycle pascal nous offre trois illustres vierges que l’Italie a produites. Nous avons salué dans notre admiration la vaillante Catherine de Sienne ; sous peu de jours, nous célébrerons Angèle de Mérici, entourée de son essaim de jeunes filles ; aujourd’hui le lis de Florence, Madeleine de Pazzi, embaume toute l’Église de ses parfums. Elle a été l’amante et l’imitatrice du divin crucifié ; n’est-il pas juste qu’elle ait part aux allégresses de sa résurrection ?
Madeleine de Pazzi a brillé sur le Carmel par son éclatante pureté et par l’ardeur de son amour. Elle a été, comme Philippe Néri, l’une des plus éclatantes manifestations de la divine charité au sein de la vraie Église, se consumant à l’ombre du cloître comme Philippe dans les labeurs du ministère des âmes, ayant recueilli l’un et l’autre, pour l’accomplir en eux, cette parole de l’Homme-Dieu : « Je suis venu allumer le feu sur la terre ; et quel est mon désir, sinon qu’il s’enflamme [Luc. XII. 40.] ? »
La vie de l’Épouse du Christ fut un miracle continuel. L’extase et les ravissements étaient journaliers chez elle. Les plus vives lumières lui furent communiquées sur les mystères, et, afin de l’épurer davantage pour ces sublimes communications, Dieu lui fit traverser les plus redoutables épreuves de la vie spirituelle. Elle triompha de tout, et son amour montant toujours, elle ne trouvait plus de repos que dans la souffrance, par laquelle seule elle pouvait alimenter le feu qui la consumait. En même temps son cœur débordait d’amour pour les hommes ; elle eût voulu les sauver tous, et sa charité si ardente pour lésâmes s’étendait avec héroïsme jusqu’à leurs corps. Tant que dura ici-bas cette existence toute séraphique, le ciel regarda Florence avec une complaisance particulière ; et le souvenir de tant de merveilles a maintenu dans cette ville, après plus de deux siècles, un culte fervent à l’égard de l’insigne épouse du Sauveur des hommes.
L’un des plus frappants caractères de la divinité et de la sainteté de l’Église apparaît dans ces existences privilégiées, sur lesquelles se montre avec tant d’éclat l’action directe des mystères de notre salut. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique [JOHAN. III, l6.] » ; et ce Fils de Dieu daigne se passionner pour une de ses créatures, produisant en elle de tels effets, que tous les hommes sont à même d’y prendre une idée de l’amour dont son Cœur divin est embrasé pour ce monde qu’il a racheté au prix de son sang. Heureux ceux qui savent goûter ce spectacle, qui savent rendre grâces pour de tels dons ! Ils ont la vraie lumière, tandis que ceux qui s’étonnent et hésitent font voir que les lueurs qui sont en eux luttent encore avec les ténèbres de la nature déchue.
L’espace qui nous reste ne nous permet pas, à notre grand regret, de développer davantage le caractère et la vie de notre sainte ; nous insérons ici les Leçons trop abrégées de son Office qui n’en donnent qu’une faible idée.
   Maria Magdalena illustriori Pazziorum genere, Florentiae nata, fere ab incunabulis iter perfectionis arripuit. Decennis perpetuam virginitatem vovit, susceptoque habitu in monasterio Sanctae Mariae Angelorum ordinis Carmelitarum, se omnium virtutum exemplar exhibuit. Adeo casta fuit, ut quidquid puritatem laedere potest, penitus ignoraverit. Quinquennium. Deo jubente, solo pane et aqua transegit, exceptis diebus Dominicis, quibus cibis Quadragesimalibus vescebatur. Corpus suum cilicio, flagellis, frigore, Media, vigiliis, nuditate, atque omni poenarum genere cruciabat.
   Marie-Madeleine, de l’illustre famille des Pazzi, naquit à Florence, et marcha presque dès le berceau dans le chemin de la perfection. Dès l’âge de dix ans, elle fit vœu de virginité, et, lorsqu’elle eut pris l’habit de carmélite dans le monastère de Notre-Dame-des-Anges, elle fit voir en sa personne un modèle achevé de toutes les vertus. Sa pureté alla jusqu’à ignorer toute sa vie ce qui peut blesser cette vertu. Par l’ordre de Dieu, elle jeûna cinq ans au pain et à l’eau, hors les dimanches qu’elle usait des mets permis en Carême. Elle affligeait son corps par le cilice, les fouets, l’abstinence, les veilles, la nudité, et par toutes sortes de tourments.
   Tanto igne divini amoris aestuabat, ut ei ferendo impar. ingesta aqua pectus refrigerare cogeretur. Extra sensus frequenter rapta, diuturnas et admirabiles exstases passa est, in quibus et arcana cœlestia penetravit, et eximiis a Deo gratiis illustrata fuit. His autem munitam longum certamen a principibus tenebrarum sustinuit, arida, desolata, ab omnibus derelicta, variisque tentationibus vexata ; Deo sic permittente, ut invictae patientiae, ac profundissimae humilitatis exemplar praeberet.
   Le feu de l’amour divin était si brûlant en elle, que n’en pouvant supporter 1 ardeur, elle était obligea pour la tempérer de répandre de l’eau sur sa poitrine. Souvent ravie hors d’elle-même, elle éprouvait de longues et merveilleuses extases, dans lesquelles elle pénétrait les mystères célestes, et recevait de Dieu des faveurs admirables. Fortifiée par ces secours, elle soutint un long combat contre les princes des ténèbres, livrée à la sécheresse et à la désolation, abandonnée de tout le monde, et poursuivie de diverses tentations, par la permission de Dieu, qui voulait en faire le modèle d’une invincible patience et de la plus profonde humilité.
   Charitate erga proximum singulariter enituit ; nam saepe noctes ducebat insomnes, vel obeundis Sororum ministeriis vel inserviendo infirmis occupata, quarum aliquando ulcera lambens sanavit. Infidelium et peccatorum perditionem amare deflens, se ad quaelibet pro illorum salute tormenta paratam offerebat. Multis ante obitum annis, universis cœli deliciis, quibus copiose affluebat, heroica virtute renuntians, illud frequenter in ore habebat : Pati, non mori. Tandem longa et gravissima infirmitate exhausta, transivit ad Sponsum die vigesima quintam an anno millesimo sexcentesimo septimo, expleto anno quadragesimo primo aetatis suae. Eam multis in vita et post mortem miraculis claram Clemens Nonus sanctarum Virginem numero adscripsit : cujus corpus in praesentem diem incorruptum conservatur.
   Sa charité envers le prochain éclatait particulièrement ; souvent elle passait les nuits sans dormir, occupée soit à faire l’ouvrage des sœurs, soit à servir les malades, qu’elle guérit plus d’une fois en suçant leurs ulcères. Elle pleurait amèrement la perte des infidèles et des pécheurs, et s’offrait à endurer toutes sortes de tourments pour leur salut. Plusieurs années avant sa mort, elle renonça avec une vertu héroïque à toutes les délices dont le Ciel la comblait, et elle avait souvent à la bouche ces paroles : Souffrir, et ne pas mourir. Épuisée enfin par une longue et grave maladie, elle alla se réunir à l’Époux le vingt-cinq mai de l’an mil six cent sept, étant âgée de quarante-et-un ans. De nombreux miracles la rendirent célèbre durant sa vie et après sa mort. Clément IX l’inscrivit au nombre des saintes vierges, et son corps s’est conservé jusqu’aujourd’hui sans corruption.
Votre vie ici-bas, ô Madeleine, a semblé celle d’un ange que la volonté divine eût captivé sous les lois de notre nature inférieure et déchue. Toutes vos aspirations vous entraînaient au delà des conditions de la vie présente, et Jésus se plaisait à irriter en vous cette soif d’amour qui ne pouvait s’apaiser qu’aux sources jaillissantes de la vie éternelle [JOHAN. IV, 14.]. Une lumière céleste vous révélait les mystères divins, votre cœur ne pouvait contenir les trésors de vérité et d’amour que l’Esprit-Saint y accumulait ; et alors votre énergie se réfugiait dans le sacrifice et dans la souffrance, comme si l’anéantissement de vous-même eût pu seul acquitter la dette que vous aviez contractée envers le grand Dieu qui vous comblait de ses faveurs les plus chères.
Âme de séraphin, comment vous suivrons-nous ? Qu’est notre amour auprès du vôtre ? Nous pouvons cependant nous attacher de loin à vos traces. L’année liturgique était le centre de votre existence ; chacune de ses saisons mystérieuses agissait sur vous, et vous apportait, avec de nouvelles lumières, de nouvelles ardeurs. L’Enfant divin de Bethléhem, la sanglante Victime de la croix, le glorieux Époux vainqueur de la mort, l’Esprit rayonnant de sept dons ineffables, vous ravissaient tour à tour ; et votre âme, renouvelée par cette succession de merveilles, se transformait toujours plus en celui qui, pour s’emparer de nos cœurs, a daigné se traduire lui-même dans ces gestes immortels que la sainte Église nous fait repasser chaque année avec le secours d’une grâce toujours nouvelle. Vous aimiez ardemment les âmes durant votre vie mortelle, ô Madeleine ; votre amour s’est accru encore dans la possession du bien suprême ; obtenez-nous la lumière pour voir mieux ce qui ravissait toutes vos puissances, l’ardeur de l’amour pour aimer mieux ce qui passionnait votre cœur.
LE XXX MAI. SAINT FÉLIX Ier, PAPE ET MARTYR.
Les saints papes de l’âge primitif apparaissent en groupe sur cette dernière partie du Cycle pascal. Aujourd’hui, c’est Félix Ier, un martyr de la persécution d’Aurélien au m0 siècle. Le détail de ses actes ne s’est pas conservé ; nous savons seulement qu’il proclama le dogme de l’Incarnation avec une admirable précision dans une lettre à l’Église d’Alexandrie, dont un fragment fut lu avec éloge dans les deux conciles œcuméniques d’Éphèse et de Chalcédoine.
Un autre trait emprunté aux usages de l’Église de ces temps orageux nous montre le saint Pontife empressé à faire rendre aux saints martyrs l’honneur qui leur est dû. Il ordonna qu’on célébrerait le divin Sacrifice sur leurs tombeaux ; et l’Église pratique encore aujourd’hui un reste de cette prescription en exigeant que tous les autels, fixes ou portatifs, contiennent au moins quelques reliques des martyrs. Nous aurons occasion de revenir sur cet usage.
Voici le court récit que la Liturgie consacre à la mémoire du saint Pape.
   Felix Romanus, patre Constantino, Aureliano imperatore praefuit Ecclesiae. Constituit ut Missa supra memorias et sepulcra Martyrum celebraretur. Qui cum mense decembri habuisset Ordinationes duas, et creasset presbyteros no em, diaconos quinque, episcopos per diversa loca quinque, martyrio coronatus, via Aurelia sepelitur in Basilica quam a se aedificatam dedicarat. Vixit in pontificatu annos duos, menses quatuor, dies viginti novem.
   Félix, né à Rome, fils de Constantius, gouverna l’Église sous l’empire d’Aurélien. Il ordonna que la Messe serait célébrée sur les Mémoires et sur les Sépulcres des martyrs. Il tint deux ordinations au mois de décembre, où il créa neuf prêtres, cinq diacres et cinq évêques pour divers lieux. Il fut couronné du martyre, et enseveli sur la voie Aurélia, dans une basilique qu’il avait élevée, et qu’il dédia. Il vécut dans le pontificat deux ans. quatre mois et vingt-neuf jours.
Vous avez imité dans sa mort votre Maître divin, ô saint Pontife ; car vous avez donné comme lui votre vie pour votre troupeau. Comme lui aussi vous sortirez vivant du tombeau, et votre âme bienheureuse viendra rejoindre ce corps qui a souffert la mort en témoignage de la vérité que vous annonciez dans Rome. Jésus est le premier-né entre les morts [Apoc. I, 5.] ; après l’avoir suivi dans sa passion, vous le suivrez dans sa résurrection. Votre corps fut déposé dans ces souterrains glorieux que la piété de l’Église de votre temps décora du nom de Cimetières, qui signifie un lieu préparé pour le sommeil. Vous vous réveillerez, ô Félix, en ce grand jour où la Pâque recevra son dernier accomplissement ; priez afin que nous ayons part avec vous à la bienheureuse résurrection. Obtenez que les grâces de la solennité pascale se conservent en nous, et disposez nos cœurs à la visite de l’Esprit-Saint, qui confirme dans les âmes l’œuvre accomplie par le divin auteur du salut.
LE MÊME JOUR. SAINT FERDINAND III, ROI DE CASTILLE ET CONFESSEUR.
Dans les jours consacrés à honorer la naissance de notre Emmanuel, nous vîmes près de son berceau l’imposante figure du bienheureux empereur Charlemagne. Ceint du diadème impérial, tenant en main son puissant glaive, il semblait veiller sur l’enfant que des bergers avaient adoré les premiers Aujourd’hui, près du glorieux sépulcre visite d’abord par Madeleine et ses compagnes, nous apercevons un roi, Ferdinand le Victorieux, ceint de la couronne et faisant la garde avec sa vaillante épée si redoutée du Sarrasin. La France et l’Espagne sont ainsi représentées sur le Cycle par leurs plus nobles souverains : l’un vénérant le mystère du Dieu incarné, l’autre rendant son hommage au mystère du Dieu vainqueur de la mort.
La catholique Espagne est personnifiée dans son Ferdinand, et la France très chrétienne reconnaît dans ce prince héroïque le sang de son saint Louis. Bérengère, mère de Ferdinand, et Blanche, mère de Louis, étaient sœurs. Pour former le royaume catholique, il fallut un des Apôtres du Christ, saint Jacques le Majeur ; il fallut une épreuve formidable, l’invasion du Sarrasin qui déborda sur la Péninsule comme un déluge ; il fallut un exploit chevaleresque qui dura huit siècles, et par lequel l’Espagne recouvra son sol et sa liberté. Saint Ferdinand résume en lui cette armée de héros qui ont repoussé le Maure et créé la patrie ; mais au courage du soldat il a réuni les vertus du saint.
Quels exploits dans cette vie qui compte autant de victoires que de combats ! Cordoue, la ville des Califes, tombe au pouvoir d’un si fier chrétien, et les portiques de son alhambra n’abriteront plus le luxe et la mollesse féroce des sectateurs de l’Islam. Sa splendide mosquée est purifiée par l’eau sainte, et devient l’église cathédrale de Cordoue redevenue chrétienne. Les sectateurs de Mahomet avaient enlevé les cloches de l’Église de Saint-Jacques à Compostelle, ils les gardaient en trophée à Cordoue ; par ordre du saint roi, ces cloches sont reportées à dos de Sarrasin, à travers l’Espagne, jusqu’à l’auguste sanctuaire auquel elles avaient été ravies.
Séville, à son tour, après un siège de seize mois, tomba au pouvoir de Ferdinand, malgré sa double enceinte de murailles flanquées Je cent soixante-six tours. L’armée chrétienne était faible en nombre ; la défense des Sarrasins servis par tous les avantages du site et l’habileté de la conduite, fut de la dernière énergie ; mais le croissant dut s’éclipser devant la croix triomphante. Ferdinand accorda un mois aux Sarrasins pour se retirer de la ville et du territoire. Trois cent mille se replièrent sur Xérès, et cent mille passèrent en Afrique. Le vaillant chef de ce peuple abattu, jetant un dernier regard sur la ville rentrée au pouvoir des chrétiens, dit à ses officiers, les larmes aux yeux : « Il n’y a qu’un saint qui ait pu avec de si faibles troupes se rendre maître d’une place si forte et peuplée de tant de défenseurs. »
Nous n’énumérerons pas ici les villes et les provinces reconquises par le héros chrétien. Sa carrière toute de succès dut faire pressentir aux Maures que la Péninsule leur échapperait un jour tout entière ; au reste, Ferdinand avait formé le projet de faire une descente sur la côte africaine, et d’aller ainsi éteindre l’islamisme jusque dans son foyer le plus ardent. La mort arrêta ce noble dessein, et parvenu à l’âge de cinquante-trois ans, le saint roi échangea la couronne de la terre pour celle du ciel.
Sa piété l’avait rendu le ministre docile de la volonté de Dieu, dont il se regarda toujours comme l’humble instrument. Austère comme un anachorète, Ferdinand fut compatissant comme un père pour ses peuples : « Je crains plus, dit-il un jour, les malédictions d’une pauvre femme que toute l’armée des Sarrasins. » Il dota richement les églises qu’il élevait dans l’Espagne reconquise, et, fidèle chevalier de la Reine des deux, il l’honora toujours comme sa dame et maîtresse. En retour d’un culte si fervent, Marie daigna bénir constamment les armes de son illustre champion. On doit voir aussi un gage de sa maternelle tendresse pour le saint roi dans un fait mentionné par les chroniqueurs contemporains, et qui dans ces siècles atteste l’intervention divine. Durant tout le règne de Ferdinand, ni la peste ni la famine ne vinrent affliger ses États. À la différence de notre saint Louis, dont la vie fut remplie d’épreuves, Ferdinand fut toujours heureux ; comme si Dieu eût voulu donner à la fois aux hommes, dans ces deux admirables princes, le modèle du courage dans l’adversité et l’exemple de la modération dans les prospérités. À eux deux ils forment le plus complet tableau de la vie humaine régénérée dans le Christ, en qui nous adorons les humiliations de la croix et les splendeurs de la résurrection. Heureux siècles où Dieu choisissait les rois pour donner aux chrétiens de telles leçons !
On se demandera comment un homme, un prince, tel que saint Ferdinand, accueillit la mort, lorsqu’elle vint tout à coup arrêter le cours de sa glorieuse carrière. Il était encore dans la force de l’âge. À l’approche du prêtre qui lui apportait le Corps du Seigneur, le pieux héros descend de son lit, et ce n’est qu’après avoir adoré son Sauveur, la face contre terre et la corde au cou, qu’il reçoit l’hostie sacrée. Ayant accompli ce grand acte, se sentant arrivé aux portes de l’éternité, il ordonne qu’on le dépouille des marques de la royauté, et appelle ses fils autour de son lit de mort. S’adressant à l’aîné qui fut Alphonse le Sage, il lui recommanda le soin de ses frères et les égards qu’il devrait à ceux qui sont les vassaux du prince et ses compagnons d’armes ; puis il ajouta : « Mon fils, tu vois de quelles forces, de quelles possessions, de quel nombre de sujets tu es entouré, plus qu’aucun autre roi chrétien ; fais en sorte d’user dignement de ces avantages ; sois bon, avant tant de moyens de faire le bien. Te voilà maître de cette terre que les Maures enlevèrent jadis au roi Rodrigue. Si tu conserves le royaume dans l’état où je te le laisse, tu seras un bon roi, comme je l’ai été ; il en serait autrement, si tu en laissais perdre quelque chose. »
La dernière heure approchait ; une apparition céleste vint conforter le royal mourant. Il remercia Dieu de cette faveur, et demanda le cierge béni ; mais avant de le prendre dans ses mains, levant les veux au ciel, il dit : « Seigneur, vous m’avez donné le royaume que je n’avais pas, vous m’avez donné plus d’honneur et de puissance que je ne méritais : recevez-en mes actions de grâces. Je remets entre vos mains ce royaume que j’ai accru autant qu’il m’a été possible : je vous présente en même temps mon âme. » Il demanda ensuite pardon à ceux qui l’entouraient, les priant de lui faire grâce, s’il leur avait donné lieu quelquefois de se plaindre de lui. Toute la cour était présente ; et l’on n’entendit que des voix entrecoupées de sanglots, qui à leur tour imploraient le pardon.
Le saint roi prit alors le cierge en ses mains, et relevant vers le ciel, il dit : « Seigneur Jésus-Christ, mon rédempteur, je suis sorti nu du sein de ma mère, et je vais rentrer nu dans la terre. Seigneur, recevez mon âme, et par les mérites de votre très sainte Passion, qu’il vous plaise la placer parmi celles de vos serviteurs. » Après ces paroles, il rendit le cierge, et demanda aux évêques et aux prêtres qui étaient autour de lui, de réciter les Litanies, après lesquelles il leur fit chanter le Te Deum. Tout étant achevé, il inclina la tête, ferma les yeux et expira doucement.
Ainsi mouraient ces hommes dont la foi avait inspiré toutes les œuvres, et qui sentaient qu’ils n’étaient en ce monde que pour servir Jésus-Christ et le faire régner. Ces rois avaient fait l’Europe ; ils lui avaient donné pour première loi l’Évangile, et pour droit public les canons de l’Église. L’Europe, après des siècles d’unité dans le lien catholique, a cherché une autre loi et un autre droit ; elle se dissout aujourd’hui, et semble même avoir oublié l’élément qui la forma et la maintint durant tant de siècles à la tête de l’humanité. Puisse-t-elle un jour ouvrir les yeux, et, s’il en est temps encore, arrêter la décadence qui l’entraîne fatalement, et conjurer la ruine qui la menace !
Nous empruntons les Leçons de l’Office du saint roi au Propre de la ville de Rome.
   Ferdinandus Tertius Castellae et Legionis rex, cui Sancti cognomentum jam inde a quatuor saeculis ecclesiasticorum et saecularium consensus dedere, tantum prudentiae adolescens adhuc specimen praebuit, ut Berengaria mater Castellae regina, a qua persancte educatus fuerat, abdicatum a se regnum in filium transtulerit. In eo, adjunctis regni curis, regiae virtutes emicuere : magnanimitas, clementia, justitia, et prae coeteris catholicae fidei zelus, ejusque religiosi cultus tuendi, ac propagandi ardens studium. Id praestitit imprimis haereticos insectando, quos nullibi regnorum suorum consistere passus est. Praestitit insuper in erigendis, dotandis, et consecrandis christiano ritu Cordubensi, Giennensi, Hispalensi et aliarum urbium ecclesiis a maurico ereptarum jugo, simulque in instaurandis primanis templis Toletano, Burgensi et aliis pia et regia munificentia.
   Ferdinand III, roi de Castille et de Léon, à qui depuis quatre siècles l’accord des ecclésiastiques et des séculiers a attribué le nom de Saint, donna, dès son adolescence, de si grandes preuves de sagesse, que Bérengère, reine de Castille, sa mère, qui l’avait élevé très saintement, abdiqua la royauté pour la lui remettre entre les mains. A peine Ferdinand fut-il entré dans les soins du gouvernement, que l’on vit briller en lui les vertus d’un roi : la magnanimité, la clémence, la justice, et par-dessus tout le zèle de la foi catholique, dont il sut défendre et propager la pratique religieuse avec ardeur. Il montra ce zèle principalement en poursuivant les hérétiques, auxquels il ne permit jamais d’habiter dans ses royaumes. Il le fit voir encore en érigeant, dotant et consacrant au culte chrétien les églises de Cordoue, Jaén, Séville, et autres villes arrachées par lui au joug des Maures. Il rétablit avec une pieuse et royale munificence les cathédrales de Tolède, de Burgos, et plusieurs autres.
   Inter haec, per Castellae et Legionis regnum, in quo patri Alfonso successerat, collectis magnis exercitibus, annuas expeditiones contra Saracenos Christiani nominis hostes suscepit. In queis, ut semper vin ceret, praecipui exercitus fuere preces piissimi regis ad Deum fusae, et quod ante pugnam, ut sibi Deum propitiaret, flagris in se saeviebat, atque aspero cilicio muniebat corpus. Sicque insignes contra ingentes Maurorum acies victorias reportavit, et plures urbes christiano cultui, imperioque restituit conquisitis Giennii, Cordubae et Murciae regnis, ac Granatensi vectigali facto. Ad expugnandam Hispalim primariam Baeticae urbem, hortante in visione (ut traditum est) beato Isidoro olim illius urbis episcopo, victricia signa transtulit. In ea obsidione praesentem divinam opem habuisse fertur ; nam ferream catenam, quae super Baetim transversim extensa Mahometanis pro repagulo erat, coorto validiori vento, una ex navibus regiis, regis jussu eo delata, tanto impetu fregit, ut longius praetervecta, pontem quoque ligneum, et simul spes Maurorum obruperit et ad deditionem coegerit.
   En même temps, dans le royaume de Castille et de Léon, où il avait succédé à Alphonse son père, il réunit de fortes armées, et entreprit chaque année des expéditions contre les Sarrasins, ennemis du nom chrétien. Le plus puissant moyen de ce pieux roi pour s’assurer constamment la victoire fut dans les prières qu’il adressait à Dieu, dont il s’assurait le secours en flagellant sévèrement son corps avant la bataille, et se couvrant d’un rude cilice. Ce fut ainsi qu’il remporta d’insignes victoires contre les puissantes armées des Maures, et qu’il restitua au culte chrétien et à l’Espagne des villes nombreuses, ayant conquis les royaumes de Jaën, Cordoue et Murcie, en même temps qu’il rendit tributaire celui de Grenade. Il amena ses étendards victorieux devant Séville, capitale de la Bétique, après une vision dans laquelle on rapporte que saint Isidore, autrefois évêque de cette ville, lui en avait donné le conseil. Les historiens racontent aussi qu’il fut assisté du secours divin dans ce siège, en la manière suivante. Les Mahométans avaient tendu sur le Guadalquivir une chaîne de fer qui barrait le passage. Un vent violent s’éleva tout à coup, et l’un des navires royaux lancé par l’ordre du prince alla briser cette chaîne avec une telle violence qu’il fut entraîné plus loin, et alla rompre un pont de bateaux dont la ruine enleva l’espoir aux laures, et amena la reddition de la place.
   Tot victorias beatae Virginis Mariae patrocinio ferebat acceptas, cujus imaginem secum in castris habens, peculiari cultu prosequebatur. Capta Hispali, prima religionis cura fuit : nam templum Maurorum expiatum et Christianorum dedicatum sacris, insigni archiepiscopatu, et honestissimo canonicorum et dignitatum collegio, regia et religiosa liberalitate exornavit. Alia deinde in urbe templa et coenobia erexit : inter quae pietatis officia, dum trajicere in Africam parat, mahumetanum in ea imperium eversurus, ad cœlestem regiam vocatur. In extremo vitas agone sacram Eucharistiam pro viatico allatam, fune ad collum alligato, et humi stratus, cum lacrymis ubertim fusis adorans, eaque dignis reverentiae, humilitatis et catholicae fidei obtestationibus accepta, obdormivit in Domino. Jacet ejus corpus, incorruptum adhuc post sex saecula, in templo maximo Hispalensi, honorificentissimo inclusum sepulcro.
   Ferdinand a attribué toutes ces victoires au patronage de la bienheureuse Vierge Marie, dont il avait toujours dans son camp l’image qu’il honorait d’un culte spécial. Ayant pris Seville, son premier soin fut de songer au culte divin. Il fit purifier tout aussitôt la mosquée des Sarrasins, et la dédia au service religieux des chrétiens, l’ayant pourvue avec une royale et pieuse libéralité d’un siège archiépiscopal richement doté et d’un collège de chanoines et de dignités convenablement établis. Il érigea encore d’autres églises et plusieurs monastères dans cette ville. Au milieu de ces actes de piété, il se préparait à passer en Afrique pour y anéantir la puissance musulmane, lorsqu’il se vit appelé au royaume du ciel. Étant arrivé à ses derniers moments, il adora la corde au cou, prosterné par terre, avec d’abondantes larmes, la sainte Eucharistie qu’on lui apportait pour viatique. Ayant reçu le divin sacrement avec la plus humble révérence accompagnée des plus vifs témoignages de son attachement à la foi catholique, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps, demeuré sans corruption depuis six siècles, repose dans la cathédrale de Séville, où il est renfermé dans un tombeau de la plus rare magnificence.
Vous avez délivré votre peuple du joug de l’infidèle, ô Ferdinand, imitant le divin ressuscité qui nous a affranchis de la mort du péché et rendus à la vie que nous avions perdue. Vos conquêtes n’ont point ressemblé à celles des conquérants profanes, qui n’ont d’autre but que de satisfaire leur orgueil et celui de leurs peuples. Vous veniez délivrer vos frères opprimés et courbés depuis des siècles sous un joug odieux. Vous veniez, les arracher aux périls de séduction qu’ils couraient dans un esclavage séculaire. Champion du Christ, c’est pour lui d’abord que vous forciez les remparts des cités sarrasines. Son étendard était le vôtre, et vous cherchiez avant tout à étendre son royaume. En retour, il daigna vous bénir en tous vos combats, et votre épée sortit toujours victorieuse.
Votre mission, ô Ferdinand, fut de préparer au Seigneur un peuple que la sainte Église a honoré entre tous les autres, en lui décernant le beau nom de Catholique. Heureuse Espagne, qui à force de persévérance et de courage a su briser le joug musulman, que les peuples qui l’ont subi gardent toujours ! Heureuse Espagne, qui a repoussé avec succès l’invasion de la prétendue Réforme au XVI° siècle, ayant ainsi conservé l’antique foi qui sauve les âmes, et est en même temps le plus fort lien de la patrie ! Priez pour votre peuple, ô Ferdinand ! Des doctrines perverses circulent dans son sein, des influences perfides cherchent à l’égarer, et beaucoup d’âmes sont séduites. Ne souffrez pas qu’il sacrifie jamais par d’imprudentes et lâches concessions ce dépôt de foi qu’il a su maintenir intact durant tant de siècles. Combattez les machinations ténébreuses par lesquelles les méchants cherchent à le lui enlever. Maintenez en lui l’horreur qu’il a si longtemps ressentie pour l’hérésie, et que rien ne le fasse déchoir du rang qu’il a conquis entre les peuples fidèles. L’unité de croyance et de culte peut le sauver encore, le retenir sur le bord de l’abîme où tant de nations ont sombré ; saint roi, sauvez encore une fois le royaume que Dieu vous avait confié, et que vous remettiez entre ses mains avec une si humble reconnaissance, au moment où vous alliez échanger la couronne de la terre contre celle du ciel. Vous êtes resté son protecteur aimé ; hâtez-vous de le secourir.
LE XXXI MAI. SAINTE ANGÈLE DE MERICI, VIERGE.
Le jour rayonne d’une double gloire : marqué par le triomphe virginal d’Aurélia Pétronilla au premier âge de l’Église, il est embaumé par le parfum des lis qui ceignent le front d’Angèle de Mérici. Le XVI° siècle, qui naguère offrait au Christ ressuscite la séraphique Madeleine de Pazzi, lui présente aujourd’hui ce nouveau tribut de la sainteté de l’Église. Angèle remplit toute la signification du beau nom qu’elle a reçu. Elle possède dans un corps mortel la pureté des esprits bienheureux, et elle imite leur vol agile, leur céleste énergie, par la vigueur de toutes les vertus. On voit cette héroïne de la grâce céleste abattre à ses pieds tout ce qui pourrait arrêter sa course. Élevée de bonne heure à la plus haute contemplation, une ardeur chevaleresque la pousse jusque sur les plages de l’Orient pour y suivre les traces de l’Époux divin auquel elle s’est donnée. On la voit ensuite visiter la nouvelle Jérusalem, et répandre ses vœux devant la Confession de saint Pierre ; après quoi, rentrée dans son repos, elle fonde un Ordre religieux qui est encore et qui sera toujours l’un des ornements et l’un des secours de la sainte Église.
Le spectacle d’Ursule entourée de sa légion de vierges a séduit le cœur d’Angèle ; il lui faut aussi une armée de filles vaillantes. La noble princesse bretonne affronta les barbares ; Angèle, nouvelle Ursule, livrera bataille au monde et à ses séductions si redoutables pour des âmes encore neuves, et, comme trophée de ses victoires, elle peut montrer les innombrables générations d’adolescentes que son saint institut a sauvées depuis trois siècles, en les initiant à la pratique et à l’amour des vertus chrétiennes.
La sainte Église nous donne en ces termes le récit abrégé des vertus et des actions de sainte Angèle.
   Angela Mericia, Decentiani Veronensis dioecesis oppido ad lacum Benacum, in ditione Veneta, piis orta parentibus, a prima aetate virginitatis lilium, quod perpetuo servare statuerat, sedula sepsit. Ab omni muliebri Ornatu abhorrens, egregiam vultus formam, pulchram caesariem studiose foedavit, ut cœlestia duntaxat animarum sponso placeret. In ipso autem adolescentiae fore parentibus orbata, a ulterioris vita : desiderio in desertum locum aufugere tentavit ; sed ab avunculo prohibita, novit praestare domi. quod in solitudine non licuit. Cilicio, ac flagellis frequenter usa ; carnem non nisi infirma valetudine, vinum in Nativitatis et Resurrectionis Dominica tantum celebritate, complures vero dies nihil omnino degustavit. Orationi debita brevissimum humi carpebat somnum : daemonem vero sub lucentis angeli forma sibi illudere conantem agnovit protinus, et conjecit in fugam. Tandem paternis bonis abdicatis, et habitum ac regulam tertii Ordinis sancti Francisci implexa, evangelicam paupertatem virginitatis laudi conjunxit.
   Angèle de Mérici naquit de parents pieux à Decenzano, petite ville du diocèse de Vérone, près du lac Benago, dans l’État de Venise. Dès son jeune âge, elle veilla avec la plus grande précaution sur le lis de la virginité, qu’elle avait résolu de conserver à jamais intact. Repoussant toutes les parures de son sexe, elle altéra la beauté de son visage et coupa ses cheveux, afin de ne plaire qu’au céleste Époux des âmes. Étant encore dans la fleur de son adolescence, et ayant perdu ses parents, elle tenta de s’enfuir dans un désert, afin d’y mener une vie plus austère. Ayant été empêchée par un oncle de mettre ce dessein à exécution, elle sut pratiquer à la maison ce qu’il ne lui était pas permis de faire dans la solitude. Elle se revêtit du cilice, et prit fréquemment la discipline ; hors les cas de maladie elle s’interdit la viande, et n’usa de vin qu’aux fêtes de la Nativité et de la Résurrection du Seigneur ; il lui arrivait même de passer plusieurs jours sans prendre de nourriture. Vouée à une prière continuelle, elle prenait sur la terre nue un court sommeil. Le démon ayant voulu lui faire illusion sous la forme d’un ange de lumière, elle le reconnut aussitôt et le mit en fuite. Ayant enfin renoncé à la succession de son père, et embrassé la règle du tiers-ordre de saint François dont elle prit l’habit, elle joignit la pauvreté évangélique à la gloire de la virginité.
   Nullum pietatis officium erga proximos omittens, pauperibus quidquid sibi ex emendicato vient superesset, largiebatur. Libenter ministrabat aegrotis, pluraque cum magna sanctitatis fama peragravit loca, ut vel solatio esset afflictis vel reis veniam impetraret, vel infensos invicem reconciliaret animos, vel e vitiorum coeno scelestos revocaret. Angelorum pane, quem unice esuriebat, frequentissime refecta, tanta charitatis vi ferebatur in Deum, ut saepius extra sensus raperetur. Sacra Palaestinae loca summa cum religione obivit. Quo in itinere, et visum quem ad Cydonias appulsa oras amiserat, eodem regressa recuperavit, et barbarorum captivitatem ac naufragium imminens divinitus evasit. Romam denique firmam Ecclesiae petram veneratura, et amplissimae Iubilaei veniae percupida, sedente Clemente Septimo accessit, quam summus Pontifex allocutus, ejusdem sanctimoniam suspexit, et commendavit summopere ; nec ab Urbe ipsam abire ante permisit, quam alio cœlitus vocatam agnovit.
   Fidèle à tous les devoirs de miséricorde envers le prochain, elle donnait aux pauvres tout ce qui lui restait de la nourriture qu’elle avait obtenue par l’aumône, et se livrait avec empressement au soin des malades. File laissa une haute renommée de sainteté dans un grand nombre de lieux qu’elle visitait, soit pour consoler les affligés, soit pour réconcilier des ennemis, soit pour retirer de grands pécheurs du bourbier des vices. Nourrie fréquemment du pain des anges, unique objet de ses désirs, l’ardeur de son transport pour Dieu était si grande, que souvent elle était ravie hors de ses sens. Elle visita avec une piété profonde les saints lieux de la Palestine. Dans le cours de ce voyage, ayant perdu la vue en passant dans l’île de Candie, elle l’y recouvra au retour, après avoir échappe par le secours divin aux mains des barbares et au danger imminent d’un naufrage. Sous le pontificat de Clément Vil, elle se rendit à Rome, afin d’y vénérer la pierre fondamentale de l’Église et d’y gagner l’abondant pardon du jubilé. Le pape ayant eu avec elle un entretien, découvrit sa haute sainteté, parla d’elle avec les plus grands éloges, et ne lui permit de sortir de Rome qu’après avoir reconnu que le ciel l’appelait ailleurs.
   Brixiam itaque, ubi domum ad sanctae Aphrae templum conduxit, reversa, novam ibi virginum societatem, sicut cœlesti voce ac visione mandatum sibi fuerat, sub certa disciplina, sanctisque vivendi regulis constituit, quam sanctae Ursulae invictae virginum ducis patrocinio, ac nomine insignivit, eam vero perennem futuram morti proxima praedixit. Tandem prope septuagenaria, dives meritis avolavit in cœlum sexto calendas. februarias anni millesimi quingentesimi et quadragesimi ; cujus cadaver per ipsos triginta dies inhumatum, flexibile ac vivo simillimum perseveravit. Demum in sanctae Aphrae templo inter caeteras quibus illud abundat sanctorum reliquias, reposito, plurima ad ejus sepulcrum agi statim coepere miracula : quorum fama late diffusa non Brixiae modo, et Decentiani, sed alibi etiam vulgo coepit nuncupari Beata, ejusque imago aris imponi : imo sanctus ipse Carolus Borromaeus non multis post annis dignam, qua ab Apostolica Sede in sanctarum virginum album referretur, Brixiae palam asseruit. Cultum vero illi jamdiu a populis exhibitum, et tum locorum ordinariis probatum, tum pluribus etiam summorum Pontificum indultis munitum, Clemens papa Tertius Decimus solemni decreto ratum habuit et confirmavit. Eam tandem, novis miraculis rite probatis insignem, Pius papa Septimus solemni canonizatione in vaticana basilica peracta, die vigesima quarta maii, anno millesimo octingentesimo septimo sanctarum virginum catalogo adscripsit
   De retour à Brescia, elle alla prendre sa demeure près de l’Église de Sainte-Afra. Ce fut là qu’elle institua, d’après l’ordre de Dieu qu’elle avait connu par une voix céleste et par une vision, une nouvelle société de vierges sous une discipline particulière, avec des règles qu’elle avait rédigées d’une manière toute sainte. Elle donna à cet institut le nom et le patronage de sainte Ursule, chef invincible de l’armée des vierges, et prédit, peu avant de mourir, qu’il durerait toujours. Enfin, étant presque septuagénaire, comblée de mérites, elle s’envola au ciel le six des calendes de février de l’an mil cinq cent quarante. Son corps, que l’on garda trente jours avant de l’inhumer, demeura flexible et conserva les apparences de la vie. On le déposa dans l’Église de Sainte-Afra, parmi les autres reliques des saints qu’elle possède en grand nombre ; et plusieurs miracles commencèrent à se manifester à son tombeau. Le bruit s’en répandit non seulement à Brescia et à Decenzano, mais encore au loin, et l’on commença de bonne heure à donner le nom de Bienheureuse à Angèle et à placer son image sur les autels. Saint Charles Borromée lui-même, peu d’années après la mort d’Angèle, affirma en chaire à Brescia qu’elle était digne d’être inscrite par l’autorité du Saint-Siège au catalogue des saintes vierges. Clément XIII ratifia et confirma par un décret ce culte populaire approuvé déjà par plusieurs évêques, et encourage par de nombreux induits des Souverains Pontifes. Enfin, après de nouveaux miracles légitimement prouvés, Pie VII inscrivit Angèle sur la liste des saintes vierges, dans la solennelle canonisation qu’il accomplit dans la basilique vaticane le vingt-quatre mai mil huit cent sept.
Vous avez combattu les combats du Seigneur, ô Angèle, et votre vie si remplie d’œuvres saintes vous a mérité un repos glorieux dans l’éternel séjour. Un zèle insatiable pour le service de celui que vous aviez choisi pour Époux, une ardente charité pour tous ceux qu’il a rachetés de son sang divin, forment le caractère de votre existence tout entière. Cet amour du prochain vous a rendue mère d’une famille innombrable ; car nul ne pourrait compter les jeunes enfants qui ont sucé à l’école de vos filles le lait de la saine doctrine et de la piété. Vous avez puissamment contribué, ô Angèle, au maintien de la famille chrétienne en préparant tant de mères et tant d’épouses pour leurs sublimes devoirs ; et combien d’institutions appelées au même but sont sorties de la vôtre pour la consolation de l’Église et l’avantage de la société ! Le Pontife suprême a ordonné que votre nom fût désormais fêté dans toute la catholicité. En promulguant ce décret, il a déclaré qu’il voulait placer sous votre maternelle protection toute la jeunesse de votre sexe exposée aujourd’hui à tant de périls de la part des ennemis de Jésus-Christ et de son Église. Ils ont formé le dessein d’arracher la foi du cœur des épouses et des mères, afin d’anéantir plus sûrement le christianisme, qu’une forte et douce influence a conservé jusqu’ici dans la famille. Déjouez ces noirs complots, ô Angèle ! Protégez votre sexe ; nourrissez en lui le sentiment de la dignité de la femme chrétienne, et la société peut encore être sauvée.
Nous nous adressons aussi à vous, ô épouse du Christ, pour obtenir votre aide dans le parcours de cette année liturgique, où nous retrouvons chaque jour vos traces. Votre ardeur à suivre les divins mystères qui se déroulent successivement à nos yeux vous entraîna au delà des mers. Vous vouliez voir Nazareth et Bethléhem, parcourir la Galilée et la Judée, rendre grâces dans le Cénacle, pleurer sur le Calvaire, adorer le Sépulcre glorieux. Daignez bénir notre marche timide dans ces sentiers que vos pas ont parcourus. Nous voulons vous suivre sur le mont des Oliviers, d’où notre Emmanuel est remonté dans les cieux ; il nous faut pénétrer une seconde fois dans le Cénacle, que le divin Esprit illumine de ses feux. Conduisez-nous sur vos pas, ô Angèle, vers ces lieux bénis dont l’attrait vous arracha à votre patrie, et vous lança à travers les hasards dans une lointaine et périlleuse pérégrination ; élevez nos âmes à la hauteur des augustes mystères qui couronnent le Temps pascal.
LE MÊME JOUR. SAINTE PÉTRONILLE, VIERGE.
L’Église n’accorde qu’un souvenir à cette illustre vierge dans l’Office d’aujourd’hui ; mais nous ne laisserons pas de lui rendre nos hommages. Au douze de ce mois nous avons fêté la noble Flavia Domitilla, décorée de la double palme de la virginité et du martyre ; Aurélia Pétronilla paraît avoir appartenu comme elle à la race impériale des Flaviens. Les plus antiques traditions nous la recommandent comme la fille spirituelle du Prince des Apôtres ; et si elle n’eut pas la fortune de répandre son sang pour la foi du Christ comme Domitilla, elle offrit à l’Époux divin l’hommage suprême de la virginité. De très anciens documents nous apprennent qu’ayant été demandée en mariage par un patricien de Rome du nom de Flaccus, elle réclama trois jours pour réfléchir à la proposition. Son refuge fut auprès du Seigneur auquel elle s’était vouée ; et Flaccus s’étant présenté le troisième jour, trouva le palais dans le deuil, avec tout l’appareil des solennelles funérailles que l’on préparait pour la jeune vierge qui s’était envolée comme la colombe aux approches de l’oiseleur.
Au VIII° siècle, le pape saint Paul Ier retira des Catacombes le corps de sainte Pétronille, qui reposait au Cimetière de Domitilla, sur la voie Ardéatine. On le trouva renfermé dans un sarcophage de marbre, dont le couvercle était orné de dauphins aux quatre angles. Paul le déposa dans une petite église qu’il éleva près du flanc méridional de la basilique vaticane.
La France a professé longtemps une tendre vénération pour sainte Pétronille. Pépin le Bref fit transporter à Rome sa fille Gisèle qui venait de naître, demandant qu’elle reçût le baptême des mains du pape saint Paul Ier près du tombeau de la noble vierge. L’église bâtie par ce pontife fut longtemps appelée la Chapelle des rois de France. Louis XI la fit restaurer et la dota richement, et son fils Charles VIII lui donna de nouvelles marques de sa munificence. Cette église, où l’on remarquait de nombreuses sépultures françaises, fut détruite au XVIe siècle par suite des dispositions que nécessitait la construction de la nouvelle basilique de Saint-Pierre, et le corps de sainte Pétronille fut transféré sous l’un des autels de la partie occidentale de ce temple auguste. Il ne convenait pas que la dépouille mortelle de l’illustre vierge fût éloignée de la Confession du Prince des Apôtres qui l’avait initiée à la foi, et préparée pour les noces éternelles.
Nous associons votre triomphe à nos joies pascales, ô fille de Pierre ! nous vénérons à travers les siècles votre mémoire bénie. Vous avez dédaigné le monde avec ses délices et ses honneurs, et votre nom virginal se lit en tète des fastes de la sainte Église Romaine qui s’honore d’avoir été votre mère. Aidez-la maintenant de vos prières, et souvenez-vous aussi de la France, qui longtemps vous voua un culte fervent. Protégez tous ceux qui vous implorent, et donnez-nous de célébrer avec un saint enthousiasme les solennités qui se multiplient en ces jours.
FIN DU TEMPS PASCAL
Table des Matières
L’ANNÉE LITURGIQUE 2
PRÉFACE. 2
CHAPITRE PREMIER. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR AU TEMPS PASCAL. 3
PRIERE DU MATIN. 3
PRIERE DU SOIR. 6
CHAPITRE II. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE AU TEMPS PASCAL. 11
CHAPITRE III. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS PASCAL. 23
CHAPITRE IV. DES OFFICES DE TIERCE, SEXTE ET NONE , AU TEMPS PASCAL . 26
À TIERCE 26
Á SEXTE 29
À NONE 31
CHAPITRE V. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET FÊTES, AU TEMPS PASCAL. 34
CHAPITRE VI. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS PASCAL. 38
PROPRE DU TEMPS 43
LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES. 45
LE LUNDI DES ROGATIONS. 50
LE MARDI DES ROGATIONS. 57
LE MERCREDI DES ROGATIONS – LA VIGILE DE L’ASCENSION. 59
L’ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR 63
LE VENDREDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 77
LE SAMEDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 80
LE DIMANCHE DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 83
LE LUNDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 89
LE MARDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION 92
LE MERCREDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 96
LE JEUDI DANS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 100
LE VENDREDI APRÈS L’OCTAVE DE L’ASCENSION. 104
LE SAMEDI VEILLE DE LA PENTECÔTE. 110
LE SAINT JOUR DE LA PENTECÔTE. 115
À TIERCE. 122
À LA MESSE. 124
À VÊPRES. 130
LES DONS DU SAINT-ESPRIT. 144
LE DON DE CRAINTE. 145
LE LUNDI DE LA PENTECÔTE. 146
LE DON DE PIÉTÉ. 155
LE MARDI DE LA PENTECÔTE. 157
LE DON DE SCIENCE. 165
LE MERCREDI DE LA PENTECÔTE. 166
LE DON DE FORCE. 171
LE JEUDI DE LA PENTECÔTE. 172
LE DON DE CONSEIL. 179
LE VENDREDI DE LA PENTECÔTE. 180
LE DON D’INTELLIGENCE. 185
LE SAMEDI DE LA PENTECÔTE. 187
LE DON DE SAGESSE. 192
PROPRE DES SAINTS 195
LE XX MAI. SAINT BERNARDIN DE SIENNE, CONFESSEUR. 195
LE XXIV MAI. LA FÊTE DE NOTRE-DAME AUXILIATRICE. 198
LE XXV MAI. S. GREGOIRE VII, PAPE ET CONFESSEUR. 206
LE MEME JOUR. SAINT URBAIN, PAPE ET MARTYR. 223
LE XXVI MAI. SAINT PHILIPPE NÉRI, CONFESSEUR. 224
LE MÊME JOUR. SAINT ÉLEUTHÈRE, PAPE ET MARTYR. 229
LE XXVII MAI. SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE, CONFESSEUR ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE. 231
LE MÊME JOUR. SAINT JEAN Ier, PAPE ET MARTYR. 234
LE XXVIII MAI. SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE, APÔTRE DE L’ANGLETERRE. 236
LE XXIX MAI. SAINTE MARIE-MADELEINE DE PAZZI, VIERGE. 239
LE XXX MAI. SAINT FÉLIX Ier, PAPE ET MARTYR. 242
LE MÊME JOUR. SAINT FERDINAND III, ROI DE CASTILLE ET CONFESSEUR. 242
LE XXXI MAI. SAINTE ANGÈLE DE MERICI, VIERGE. 246
LE MÊME JOUR. SAINTE PÉTRONILLE, VIERGE. 249


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