In secundo nocturno, anno II
Deuxième nocturne, année II
Ex Tractátu sancti Cypriáni epíscopi et mártyris De bono patiéntiæ (Nn. 6-7: SC 291, 194-200)
Traité de saint Cyprien sur la patience
Lectio I
Lecture I
Iesus Christus Dóminus et Deus noster, qui ad hoc descendísse se díxerat ut voluntátem Patris fáceret, inter cétera mirabília virtútum quibus indícia divínæ maiestátis expréssit patérnam quoque patiéntiam tolerántiæ tenóre servávit. Omnis dénique actus eius ab ipso statim advéntu patiéntia cómite signátur, quod primum de illa sublimitáte cælésti ad terréna descéndens non aspernátur Dei Fílius carnem hóminis indúere et cum peccátor ipse non esset aliéna peccáta portáre; immortalitáte ínterim pósita fíeri se mortálem pátitur ut ínnocens pro nocéntium salúte perimátur. Dóminus baptizátur a servo et remíssam peccatórum datúrus ipse non dedignátur lavácro regeneratiónis corpus ablúere. Diébus quadragínta ieiúnat per quem céteri saginántur; ésurit et famem sentit ut qui in fame sermónis et grátiæ fúerant cælésti pane saturéntur.
Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, qui avait déclaré être descendu pour faire la volonté du Père, parmi toutes les vertus admirables grâce auxquelles il a fourni la preuve de sa divine majesté, a également conservé la patience de son Père par sa ténacité à tout endurer. C'est ainsi que tous ses actes, dès son avènement même, sont marqués du sceau de la patience, sa compagne: d'abord, descendant de la haute situation du ciel vers celle de la terre, il ne répugne pas, Fils de Dieu, à revêtir la chair de l'homme et, alors qu'il n'était pas pécheur lui-même, à assumer les péchés des autres; quittant pour un temps l'immortalité, il endure de se faire mortel pour être mis à mort, lui non coupable, pour le salut des coupables. Tout Maître qu'il est, un serviteur le baptise et, bien que destiné à accorder le pardon des péchés, il ne dédaigne pas personnellement de laver son corps dans le bain de la régénération. Quarante jours il jeûne, celui qui nourrit les autres: il éprouve l'envie de manger et ressent la faim pour que ceux qui avaient faim de la parole et de la grâce soient rassasiés du pain du ciel.
r. Dixérunt ímpii apud se, non recte cogitántes: Circumveniámus iustum, quóniam contrárius est opéribus nostris. Promíttit se sciéntiam Dei habére, Fílium Dei se nóminat et gloriátur Patrem se habére Deum. * Videámus si sermónes illíus veri sint; et si est verus Fílius Dei, líberet illum de mánibus nostris; morte turpíssima condemnémus eum. v. Viri ímpii dixérunt: Opprimámus virum iustum iniúste, et de spóliis eius sortem mittámus. * Videámus.
r. Les impies ne sont pas dans la vérité lorsqu'ils raisonnent ainsi en eux-mêmes: Attirons le juste dans un piège, car il s'oppose à notre conduite, il prétend posséder la connaissance de Dieu, il s'intitule Fils de Dieu, il se vante d'avoir Dieu pour Père. * Voyons si ses paroles sont vraies; et, s'il est vraiment Fils de Dieu, Dieu le délivrera de nos mains; condamnons-le à une mort infâme. v. Les impies déclarent: Opprimons injustement le juste, et tirons au sort entre nous ses vêtements. * Voyons.
Lectio II
Lecture II
Cum diábolo tentánte congréditur et inimícum tantum vicísse conténtus nihil ultra verba conátur. Discípulis non ut servis domínica potestáte prfuit, sed benígnus et mitis fratérna eos caritáte diléxit, dignátus étiam pedes apostolórum laváre, ut dum circa servos talis est Dóminus exémplo suo docéret qualis circa cómpares et æquáles débeat esse consérvus. Nec mirándum quod circa obœdiéntes talis exstíterit qui Iudam pótuit usque ad extrémum longa patiéntia sustinére, cibum cum inimíco cápere, hostem domésticum scire nec palam osténdere, traditóris ósculum non recusáre. In Iudæis vero tolerándis æquanímitas quanta et quanta patiéntia! Incrédulos ad fidem suadéndo fléctere, obséquio ingrátos fovére, contradicéntibus respondére léniter, supérbos sustinére cleménter, humíliter persequéntibus cédere, prophetárum interfectóres et advérsus Deum semper rebélles, usque ad crucis et passiónis horam velle collígere!
Il entre en lutte avec le diable qui le tente, et satisfait d'avoir seulement vaincu l'ennemi, il n'essaie rien de plus que des paroles. Quant à ses disciples, il ne les a pas commandés comme des serviteurs avec l'autorité d'un maître, mais, dans sa bienveillance et sa bonté, il les a aimés d'une affection fraternelle; il daigna même laver les pieds des apôtres pour enseigner par son exemple, le maître se comportant ainsi avec ses serviteurs, quel doit être avec ses pareils et ses égaux un compagnon de service. Et il n'est pas étonnant qu'il ait eu un tel comportement avec ceux qui lui obéissaient, lui qui put supporter Judas jusqu'à la fin avec une longue patience, prendre sa nourriture avec un ennemi, savoir qu'il avait chez lui quelqu'un d'hostile sans le révéler ouverte-ment, ne pas refuser le baiser du traître. Et pour endurer les Juifs, quelle grande égalité d'âme et quelle grande patience! Il amenait les incrédules à la foi par la persuasion, entourait les ingrats de prévenances, répondait aux contradicteurs avec courtoisie, tolérait les orgueilleux avec indulgence, s'inclinait humblement devant les persécuteurs; voulait jusqu'à la dernière heure de la croix et de la passion rassembler les meurtriers des prophètes et les éternels révoltés contre Dieu.
r. Agnus Dei Christus immolátus est pro salúte mundi. Nam de paréntis protoplásti fraude factor cóndolens, quando pomi noxiális morte morsu córruit; * Ipse lignum tunc notávit, damna ligni ut sólveret. v. Christus factus est pro nobis obdiens usque ad mortem, mortem autem crucis. * Ipse lignum.
r. L'Agneau de Dieu, le Christ, s'est laissé immoler pour le salut du monde; car il était ému de compassion envers l'égarement d'Adam, le premier modelé, qui s'était précipité dans la mort, en mordant au fruit nuisible. * Le Rédempteur a lui-même choisi l'arbre, pour annuler la condamnation issue de l'arbre. v. Pour nous, le Christ s'est fait obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. * Le Rédempteur.
Lectio III
Lecture III
Sub ipsa autem passióne et cruce, priúsquam ad crudelitátem necis et effusiónem sánguinis venirétur, quæ conviciórum probra patiénter audíta, quæ contumeliárum toleráta ludíbria, ut insultántium sputámina excíperet, qui sputo suo cæci óculos paulo ante formásset et cuius nómine a servis nunc eius diábolus cum ángelis suis flagellátur flagélla ipse paterétur, coronarétur spinis qui mártyres flóribus corónat ætérnis, palmis in fáciem verberarétur qui palmas veras vincéntibus tríbuit, spoliarétur veste terréna qui induménto immortalitátis céteros vestit, cibarétur felle qui cibum cæléstem dedit, acéto potarétur qui salutári póculo propinávit. Ille ínnocens, ille iustus, immo innocéntia ipse et ipse iustítia inter facinorósos deputátur et testimóniis falsis véritas prémitur, iudicátur iudicatúrus et Dei sermo ad víctimam tacens dúcitur.
D'ailleurs, à l'heure même de la passion et de la croix, avant que l'on en vienne à la cruauté de la mort et à l'effusion du sang, que de sarcasmes outrageants entendus avec patience, que de moqueries injurieuses endurées, au point de recevoir les crachats de ceux qui l'insultaient, lui qui de sa propre salive avait rectifié peu auparavant les yeux de l'aveugle; de subir le fouet, lui au nom de qui ses serviteurs fouettent aujourd'hui le diable et ses anges; de se voir couronné d'épines, lui qui couronne les martyrs de fleurs éternelles; frappé au visage avec la paume des mains, lui qui décerne les palmes véritables aux vainqueurs; dépouillé de son vêtement terrestre, lui qui revêt les autres de l'habit de l'immortalité; nourri de fiel, lui qui a donné une nourriture céleste; abreuvé de vinaigre, lui qui a fait boire à la coupe du salut. Lui, l'innocent, lui, le juste, ou plutôt, lui, l'Innocence et la Justice mêmes, est mis au rang des criminels; de faux témoignages écrasent la Vérité; on juge celui qui doit juger et la Parole de Dieu est conduite au sacrifice en se taisant.
r. Dóminus mecum est tamquam bellátor fortis; proptérea persecúti sunt me, et intellégere non potuérunt. * Dómine, probans renes et corda, tibi revelávi causam meam. v. Et vim faciébant qui quærébant ánimam meam, et qui inquirébant mala mihi locúti sunt vanitátes. * Dómine. v. Glória Patri. * Dómine.
r. Le Seigneur est avec moi comme un guerrier redoutable: mes persécuteurs s'écrouleront, impuissants. * Seigneur de l'univers, toi qui scrutes les reins et les cœurs, c'est à toi que j'ai confié ma cause. v. Ceux qui veulent ma perte me talonnent, ces gens qui cherchent mon malheur prononcent des paroles maléfiques. * Seigneur. v. Gloire au Père. * Seigneur.