Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (14,7-14)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Si cognovístis me, et Patrem meum útique cognoscétis; et ámodo cognoscítis eum et vidístis eum.” Dicit ei Philíppus: “Dómine, osténde nobis Patrem, et súfficit nobis.” Dicit ei Iésus: “Tánto témpore vobíscum sum, et non cognovísti me, Philíppe? Qui vidit me, vidit Patrem. Quómodo tu dicis: ‘Osténde nobis Patrem’? Non credis quia ego in Patre, et Pater in me est? Verba, quæ ego loquor vobis, a meípso non loquor; Pater autem in me manens facit ópera sua. Crédite mihi quia ego in Patre, et Pater in me est; alióquin propter ópera ipsa crédite. Amen, amen dico vobis: Qui credit in me, ópera, quæ ego fácio, et ipse fáciet et maióra horum fáciet, quia ego ad Patrem vado. Et quodcúmque petiéritis in nómine meo, hoc fáciam, ut glorificétur Pater in Fílio; si quid petiéritis me in nómine meo, ego fáciam.
En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : Si vous M'aviez connu, vous auriez aussi connu Mon Père; et bientôt vous Le connaîtrez, et vous L'avez déjà vu. Philippe Lui dit: Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit: Il y a si longtemps que Je suis avec vous, et vous ne Me connaissez pas? Philippe, celui que Me voit, voit aussi le Père. Comment peux-tu dire: Montre-nous le Père? Ne croyez-vous pas que Je suis dans le Père, et que le Père est en Moi? Les paroles que Je vous dis, Je ne les dis pas de Moi-même; mais le Père, qui demeure en Moi, fait Lui-même Mes oeuvres. Ne croyez-vous pas que Je suis dans le Père, et que le Père est en Moi? Croyez-le du moins à cause de ces oeuvres. En vérité, en vérité, Je vous le dis, celui qui croit en Moi fera lui-même les oeuvres que Je fais, et il en fera de plus grandes, parce que Je m'en vais auprès du Père. Et tout ce que vous demanderez au Père en Mon nom, Je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous Me demandez quelque chose en Mon nom, Je le ferai.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Le Seigneur poursuit, et, doucement, reproche à ses disciples leur lenteur à le comprendre. Si vous aviez compris la variété des indications que je vous ai fournies sur moi-même, vos incertitudes d'aujourd'hui n'existeraient plus. Me connaissant, vous connaîtriez mon Père. Du moins, dès maintenant, reconnaissez celui que vous avez vu en moi ; reconnaissez-le, puisque vous l'avez contemplé. Entre lui et moi il y a ressemblance parfaite et Unité.
L'intervention de Philippe nous montre quel fruit avait produit dans l’âme des apôtres la parole du Christ, et aussi ce qui leur manquait. Ce que Jésus avait dit de sa relation avec le Père leur avait fait deviner la bonté du Père ; mais ils n'avaient pas encore reconnu le mystère de Tunité du Père avec le Fils. La demande de saint Philippe naît sur ses lèvres et de sa foi et de l’imperfection de sa foi. Il se persuade sans doute que le Seigneur leur ménage une révélation du Père analogue à celle obtenue jadis par Moïse, par Isaïe, par Ezéchiel. Son âme est toute prête : Oui, Seigneur, montrez-nous le Père, et, dès lors, cela nous suffit, nous ne demanderons rien de plus.
La requête est aimable, et elle est naïve. Quelle manifestation souhaitait Philippe ? fne apparition matérielle ? Mais le Père ne s'est pas incarné. Une apparition imaginative ? Mais elle n'est qu'un pâle et lointain symbole de la réalité. Alors, une manifestation intellectuelle ? Mais quelle manifestation intellectuelle, d'ordre psychologique, serait capable de nous montrer le Père ? Dieu seul, uni à notre âme, peut induire notre âme à connaître Dieu. Et puis, les diverses manifestations intellectuelles, outre qu'elles demeurent toujours, à l'infini, en deçà de ce qu'elles voudraient nous dire, ne durent qu'un instant ; il faut consoler l'âme de leur disparition ; nous ne sommes d'ailleurs fixés que par une action continue ; sans elle, quelques jours après avoir adoré le Dieu du Sinaï, on peut être tenté de s'agenouiller devant le veau d'or. L'âme sent bien qu'il lui faut autre chose. Mais cette autre chose qui est la manifestation absolue, éternelle et toujours présente du Père, qui est sa beauté et sa gloire, il y avait une naïveté inconsciente à la réclamer comme non fournie encore, à la solliciter de celui qui est, substantiellement, cette manifestation même : Novissime locutus est nobis in Filio... Pour ceux qui le comprennent, la vie est simple, et dès maintenant ils n'ont plus rien à désirer. A notre intelligence surnaturelle, c'est Dieu le Père qui se montre en son Fils.
Le Seigneur, en effet, répond à Philipipe : Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment pouvez-vous dire : Montrez-nous le Père ? — Je suis son Fils. Celui qui est fils en vertu d'une relation accidentelle et « isrédicamentale », uni à son père non par son être, mais simplement par l'origine de son être : celui-là n'est pas que fils, car il possède sa nature à lui. Mais celui qui est tout Fils ne possède que la nature de son Père ; il est un avec celui dont il n'est, ad intra comme ad extra, que la manifestation et la splendeur. Dès lors, la question de Philippe perd sa raison d'être. Qui connaît Jésus, connaît le Père ; qui possède Jésus, possède le Père. Ne croyez-vous pas, Philippe, n’êtes-vous pas averti par votre foi que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? que je suis dans le Père comme un avec lui, que le Père est en moi comme un avec sa manifestation substantielle ?
Cette unité du Père et du Fils implique l'unité de l’intelligence et l'unité de l'action. En Jésus, on connaît le Père, on entend le Père, ses œuvres sont les œuvres du Père. L'unité de nature et la condition de principe en la première Personne font refluer jusqu'à Elle les œuvres et les paroles du Fils. Les paroles que je vous adresse, ce n'est pas de moi-même que je les dis ; le Père, qui demeure en moi, accomplit en moi ses œuves. Croyez-moi, lorsque j 'affirme que je suis dans le Père et que le Père est en moi. Que si mes paroles ne vous suffisent pas, croyez, du moins, à cause des œuvres elles-mêmes. Elles sont divines, et mon Père ne saurait appuyer l'erreur.
Il faut donc croire. Ce n'est pas le voisinage matériel avec le Seigneur qui sanctifie : les Juifs en sont la preuve. Il faut s'appuyer sur Jésus-Christ, comme Jésus-Christ s'appuie sur Dieu. C'est notre foi qui nous fait entrer en lui et nous fait devenir, par lui et avec lui, enfants de Dieu. Alors, notre condition en face de Dieu participera à la condition du Seigneur lui-même ; elle aura les mêmes titres et les mêmes droits. Alors aussi, les œuvres dont le Seigneur vient d'invoquer pour lui le témoignage ne lui seront pas si exclusivement propres que le disciple n'en possède aussi le privilège. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi accomplira, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes. » Les disciples feront-ils mieux que de ressusciter les morts ? Non sans doute ; toutefois, que le Fils de Dieu réalise des œuvres merveilleuses, cela est normal et ne surprend pas ; mais que tous ceux qui appartiennent au Fils de Dieu partagent son privilège, que l'infirmité de leur nature ne leur mterdise pas d'accomplir des prodiges, c'est chose plus considérable, à cause du nombre des privilégiés, à cause de la disproportion qui existe entre leur condition créée et leurs œuvres. Pourtant il y a plus : mes disciples réussiront dans une œuvre que je n'ai pas voulu personnellement aborder. Ils convertirrent le monde, ils ramèneront à mes pieds ; ils seront les conquérants de ce Royaume universel dont je n'aurai été que le fondateur.
Ils feront des prodiges, non pas seulement parce que je serai en eux et que leur foi me les unit, mais encore parce que, auprès de mon Père, où je vais, je leur donnerai l'appui de ma prière : Quia ego ad Patrem vado. — Il est essentiel, pour comprendre l'ensemble du chapitre, de se rappeler toujours que le Seigneur console et rassure ses disciples en leur révélant les conditions de la vie surnaturelle, en leur montrant que la séparation actuelle n'est que le procédé et le prélude d'une union plus haute. — Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, unis au Fils, vivant de sa vie, agissant sous son influence, ayant dès lors son titre et son autorité : tout cela, je le ferai. Je suis avec vous. Je ne me démentirai jamais. Ainsi, le Père sera-t-il glorifié dans le Fils. N'est-ce pas la gloire souveraine du Père d'être Père, et que rien de ce qu'on lui demande au nom de son Fils ne puisse être refusé ? Et si vous sollicitez de moi quelque bien en mon nom, je vous le donnerai. Ainsi se trouvent dessinées tout à la fois les relations des Personnes divines et nos relations avec chacune d'elles.
L'intervention de Philippe nous montre quel fruit avait produit dans l’âme des apôtres la parole du Christ, et aussi ce qui leur manquait. Ce que Jésus avait dit de sa relation avec le Père leur avait fait deviner la bonté du Père ; mais ils n'avaient pas encore reconnu le mystère de Tunité du Père avec le Fils. La demande de saint Philippe naît sur ses lèvres et de sa foi et de l’imperfection de sa foi. Il se persuade sans doute que le Seigneur leur ménage une révélation du Père analogue à celle obtenue jadis par Moïse, par Isaïe, par Ezéchiel. Son âme est toute prête : Oui, Seigneur, montrez-nous le Père, et, dès lors, cela nous suffit, nous ne demanderons rien de plus.
La requête est aimable, et elle est naïve. Quelle manifestation souhaitait Philippe ? fne apparition matérielle ? Mais le Père ne s'est pas incarné. Une apparition imaginative ? Mais elle n'est qu'un pâle et lointain symbole de la réalité. Alors, une manifestation intellectuelle ? Mais quelle manifestation intellectuelle, d'ordre psychologique, serait capable de nous montrer le Père ? Dieu seul, uni à notre âme, peut induire notre âme à connaître Dieu. Et puis, les diverses manifestations intellectuelles, outre qu'elles demeurent toujours, à l'infini, en deçà de ce qu'elles voudraient nous dire, ne durent qu'un instant ; il faut consoler l'âme de leur disparition ; nous ne sommes d'ailleurs fixés que par une action continue ; sans elle, quelques jours après avoir adoré le Dieu du Sinaï, on peut être tenté de s'agenouiller devant le veau d'or. L'âme sent bien qu'il lui faut autre chose. Mais cette autre chose qui est la manifestation absolue, éternelle et toujours présente du Père, qui est sa beauté et sa gloire, il y avait une naïveté inconsciente à la réclamer comme non fournie encore, à la solliciter de celui qui est, substantiellement, cette manifestation même : Novissime locutus est nobis in Filio... Pour ceux qui le comprennent, la vie est simple, et dès maintenant ils n'ont plus rien à désirer. A notre intelligence surnaturelle, c'est Dieu le Père qui se montre en son Fils.
Le Seigneur, en effet, répond à Philipipe : Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment pouvez-vous dire : Montrez-nous le Père ? — Je suis son Fils. Celui qui est fils en vertu d'une relation accidentelle et « isrédicamentale », uni à son père non par son être, mais simplement par l'origine de son être : celui-là n'est pas que fils, car il possède sa nature à lui. Mais celui qui est tout Fils ne possède que la nature de son Père ; il est un avec celui dont il n'est, ad intra comme ad extra, que la manifestation et la splendeur. Dès lors, la question de Philippe perd sa raison d'être. Qui connaît Jésus, connaît le Père ; qui possède Jésus, possède le Père. Ne croyez-vous pas, Philippe, n’êtes-vous pas averti par votre foi que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? que je suis dans le Père comme un avec lui, que le Père est en moi comme un avec sa manifestation substantielle ?
Cette unité du Père et du Fils implique l'unité de l’intelligence et l'unité de l'action. En Jésus, on connaît le Père, on entend le Père, ses œuvres sont les œuvres du Père. L'unité de nature et la condition de principe en la première Personne font refluer jusqu'à Elle les œuvres et les paroles du Fils. Les paroles que je vous adresse, ce n'est pas de moi-même que je les dis ; le Père, qui demeure en moi, accomplit en moi ses œuves. Croyez-moi, lorsque j 'affirme que je suis dans le Père et que le Père est en moi. Que si mes paroles ne vous suffisent pas, croyez, du moins, à cause des œuvres elles-mêmes. Elles sont divines, et mon Père ne saurait appuyer l'erreur.
Il faut donc croire. Ce n'est pas le voisinage matériel avec le Seigneur qui sanctifie : les Juifs en sont la preuve. Il faut s'appuyer sur Jésus-Christ, comme Jésus-Christ s'appuie sur Dieu. C'est notre foi qui nous fait entrer en lui et nous fait devenir, par lui et avec lui, enfants de Dieu. Alors, notre condition en face de Dieu participera à la condition du Seigneur lui-même ; elle aura les mêmes titres et les mêmes droits. Alors aussi, les œuvres dont le Seigneur vient d'invoquer pour lui le témoignage ne lui seront pas si exclusivement propres que le disciple n'en possède aussi le privilège. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi accomplira, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes. » Les disciples feront-ils mieux que de ressusciter les morts ? Non sans doute ; toutefois, que le Fils de Dieu réalise des œuvres merveilleuses, cela est normal et ne surprend pas ; mais que tous ceux qui appartiennent au Fils de Dieu partagent son privilège, que l'infirmité de leur nature ne leur mterdise pas d'accomplir des prodiges, c'est chose plus considérable, à cause du nombre des privilégiés, à cause de la disproportion qui existe entre leur condition créée et leurs œuvres. Pourtant il y a plus : mes disciples réussiront dans une œuvre que je n'ai pas voulu personnellement aborder. Ils convertirrent le monde, ils ramèneront à mes pieds ; ils seront les conquérants de ce Royaume universel dont je n'aurai été que le fondateur.
Ils feront des prodiges, non pas seulement parce que je serai en eux et que leur foi me les unit, mais encore parce que, auprès de mon Père, où je vais, je leur donnerai l'appui de ma prière : Quia ego ad Patrem vado. — Il est essentiel, pour comprendre l'ensemble du chapitre, de se rappeler toujours que le Seigneur console et rassure ses disciples en leur révélant les conditions de la vie surnaturelle, en leur montrant que la séparation actuelle n'est que le procédé et le prélude d'une union plus haute. — Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, unis au Fils, vivant de sa vie, agissant sous son influence, ayant dès lors son titre et son autorité : tout cela, je le ferai. Je suis avec vous. Je ne me démentirai jamais. Ainsi, le Père sera-t-il glorifié dans le Fils. N'est-ce pas la gloire souveraine du Père d'être Père, et que rien de ce qu'on lui demande au nom de son Fils ne puisse être refusé ? Et si vous sollicitez de moi quelque bien en mon nom, je vous le donnerai. Ainsi se trouvent dessinées tout à la fois les relations des Personnes divines et nos relations avec chacune d'elles.