Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (3,14-21)
In illo tempore: Dixit Iesus Nicodemo: Sicut Móyses exaltávit serpéntem in desérto, ita exaltári opórtet Fílium hóminis, ut omnis, qui credit, in ipso hábeat vitam ætérnam.” Sic enim diléxit Deus mundum, ut Fílium suum unigénitum daret, ut omnis, qui credit in eum, non péreat, sed hábeat vitam ætérnam. Non enim misit Deus Fílium in mundum, ut iúdicet mundum, sed ut salvétur mundus per ipsum. Qui credit in eum, non iudicátur; qui autem non credit, iam iudicátus est, quia non crédidit in nomen Unigéniti Fílii Dei. Hoc est autem iudícium: Lux venit in mundum, et dilexérunt hómines magis ténebras quam lucem; erant enim eórum mala ópera. Omnis enim, qui mala agit, odit lucem et non venit ad lucem, ut non arguántur ópera eíus; qui autem facit veritátem, venit ad lucem, ut manifesténtur eíus ópera, quia in Deo sunt facta.
Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde, qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé Son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par Lui. Celui qui croit en Lui n'est pas jugé; mais celui qui ne croit pas est déja jugé, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Or voici quel est le jugement: la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient condamnées Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées, parce que c'est en Dieu qu'elles sont faites.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Il est naturel que ces réflexions soient attribuées à saint Jean plutôt que placées sur les lèvres du Seigneur. Elles ressemblent beaucoup à celles du chapitre i (15-1 S). Dans les deux cas, le dessein de l'évangéliste est de nous affirmer, avec la divinité du Sauveur, l'autorité souveraine de sa doctrine. Comme Nicodème l'avait reconnu, Jésus était venu de Dieu : mais il en venait mieux que les prophètes, à un titre infiniment supérieur. Il voit dans la pleine lumière ; il est lui-même la lumière. Qui est jamais allé puiser la vérité à sa source ? qui est descendu de ce sanctuaire pour nous apporter la vie ? Il n'en est qu'un seul au monde qui possède l'autorité absolue : c'est le Fils de l'homme, celui qui est descendu du ciel, qui y est remonté, qui y règne aujourd'hui. Il est le vrai docteur de l'humanité. Et il faut qu'il soit élevé sur le monde, montré au monde, loin de lui. Il faut que l'évangélisation porte son nom partout. S'il a été élevé en croix, c'est pour que sa croix même lui fût une chaire d'où il parlât au monde, pour le salut de ceux qui ont foi en lui. Les choses se passent comme jadis au désert (Num., xxi, 6-9). Lorsque le peuple des murmurateurs fut atteint par la plaie des serpents de feu, Moïse fit dresser sur une croix un serpent d'airain : il suffisait de le regarder pour être guéri. Il en va de même dans l'économie nouvelle : tout homme qui lève les yeux avec foi vers le Seigneur crucifié, qui croit à la doctrine du Seigneur crucifié, échappera à la mort éternelle. L'efficacité de cette seconde naissance dont il a été parlé à Nicodème se puise au sacrifice du Calvaire. Tout homme, Juif ou gentil, qui croit « en lui », c'est-à-dire qui a foi, qui est baptisé et qui demeure en lui, possède la vie éternelle. On ne peut puiser la vie que là où elle est.
Sauf à encourir le reproche de paradoxe, nous dirions volontiers qu'il n'y a au monde qu'un seul mystère. Est-ce le mystère de la Très Sainte Trinité ? Non : il est normal que Dieu soit audessus de notre pensée et des expériences qui ont formé notre pensée ; il est naturel que Dieu ne ressemble à rien de créé. Est-ce donc le mystère de l'Incarnation ? Mais on lui trouve quelque raison, il est rendu jusqu'à un certain point explicable si Dieu aime, s'il aime et agit en Dieu. Et c'est pour cela que saint Jean donne ailleurs comme l'acte de foi essentiel de la vie chrétienne cette croyance à l'amour de Dieu pour nous : Et nos cognovimus et credidimus caritati quam habet Deus in nobis (I Jo., IV, 16). Mais nous n'avons fait que reculer la difficulté, car nous ne savons pas pourquoi Dieu nous aime ; et c'est là qu'est le rnystère. Est-ce que nous sommes dignes d'être aimés, d'être aimés de Dieu ? Est-ce que Dieu, dans sa solitude, n'est pas pleinement et éternellement heureux ? Y a-t-il donc chez lui comme un besoin d'aimer et de se donner ? Sur tout cela Dieu nous renseignera quelque jour, s'il lui plaît ; il nous montrera que son être comme son amour sont de lui, a se. En attendant, nous savons que Dieu nous aime. Cela suffit. Et il aime jusqu'à l'excès : propter nimiam caritatem suam qua dilexit nos (Eph., II, 4). « Dieu, dit l'évangéliste, a aimé le monde au point de donner son Fils unique, afin que quiconque s'attache à lui par la foi ne périsse pas, mais possède la vie éternelle. » C'est, en peu de mots, tout le dessein de Dieu dans l'Incarnation, la Rédemption, l'Église, l'éternité.