Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (6,30-35)
In illo témpore: Dixit turba Iesu: Quod ergo tu facis signum, ut videámus et credámus tibi? Quid operáris? Patres nostri manna manducavérunt in desérto, sicut scriptum est: ‘Pánem de cælo dedit eis manducáre.’” Dixit ergo eis Iésus: “Amen, amen dico vobis: Non Móyses dedit vobis panem de cælo, sed Pater meus dat vobis panem de cælo verum; panis enim Dei est, qui descéndit de cælo et dat vitam mundo.” Dixérunt ergo ad eum: “Dómine, semper da nobis panem hunc.” Dixit eis Iésus: “Ego sum panis vitæ. Qui venit ad me, non esúriet; et, qui credit in me, non sítiet umquam.”
En ce temps là: La foule dit à Jésus: Quel miracle fais-Tu donc, afin que nous voyons et que nous croyions en Toi ? que fais-Tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu'il est écrit: Il leur a donné à manger le pain du Ciel. Jésus leur dit: En vérité, en vérité, Je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du Ciel, mais c'est Mon Père qui vous donne le vrai Pain du Ciel. Car le pain de Dieu est Celui qui descend du Ciel, et qui donne la vie au monde. Ils Lui dirent donc: Seigneur, donne-nous toujours ce pain. Jésus leur dit: Je suis le Pain de vie; celui qui vient à Moi n'aura pas faim, et celui qui croit en Moi n'aura jamais soif.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
— Nous voulons bien, répondent les Juifs, encore vous faut -il acheter notre foi. Quel signe ferez-vous donc, quelle œuvre extraordinaire, au prix de quoi nous croirons en vous? On reconnaît ici l'humeur habituelle des Juifs : Judaei signa petunt. Il est naturel, d'ailleurs, d'observer que, dans une foule comme celle qui entoure le Seigneur, les dispositions sont ^•ariécs et inégales : à côté de ceux qui croient et font crédit à Dieu, il en est d'autres qui font les difficiles et les réservés. Ces derniers ont pour le moment la parole. Ils indiquent au Seigneur la forme de miracle qui leur plairait assez ; celui de la veille était trop peu : il n'a été accompli qu'une fois. Nos pères, disent-ils, ont eu mieux que cela. Pendant quarante ans, le premier Moïse leur a procuré la manne, dans le désert ; et l'Écriture en a conservé le souvenir au Psaume lxxvii : « Il leur a donné à manger un pain venu du ciel. » Pourquoi n'en pas faire autant, si vraiment vous êtes le Messie, le second Moïse ?
Non plus que la Samaritaine, les Juifs n'arrivent à s'affranchir de leur préoccupation : le pain matériel. Pourtant l'objection elle-même, comme si elle était gouvernée par le Seigneur, lui fournit le thème de l'enseignement qui va les élever de l'aliment visible à l'aliment spirituel. L'eau du puits de Jacob avait fait songer à l'eau qui jaillit pour la vie éternelle : le pain que réclament les Juifs et la manne du désert ne sont que la figure lointaine de la nourriture divine qui va être offerte au monde. En vérité, en vérité, je vous le dis. Moïse ne vous a pas donné le vrai pain, celui qui vient du ciel ; seul mon Père vous peut donner le pain céleste, le pain de vie, l'aliment qui répare, soutient, achève la vie de l'âme, le vrai pain de Dieu, celui qui descend du ciel, et procure la vie, non plus à une tribu errante, mais au monde entier. — Et, comme autrefois la Samaritaine, les Juifs répondent : Seigneur, donnez-nous ce pain-là, et toujours. — Ce pain, cet aliment de la vie surnaturelle, c'est moi, dit le Seigneur. Je le suis si complètement que quiconque vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif.
Gardons-nous, avec un soin extrême, de nous laisser entraîner à l'exégèse périlleuse de certains commentateurs et théologiens qui nous parlent ici d'une manducation par la foi : ce qui n'est qu'une imprudente concession à l'hérésie sacramentaire, et ce qui les met dans la pénible nécessité de déterminer, dans le discours du Seigneur, le point exact où il passe de cette inintelligible manducation par la foi à la manducation eucharistique. Il est inutile de se créer des problèmes, et surtout des problèmes sans solution. Il n'y a pas de manducation par la foi : mais la foi est une condition indispensable pour accueillir la promesse de l'Eucharistie, et pour s'approcher fructueusement de l'Eucharistie. Il n'est question que de la seule Eucharistie dans tout le chapitre, et de la foi, en vue de l'Eucharistie. Et sans doute, nul ne sera surpris qu'en vue de ce mystère, le mystère par excellence de la foi, le Seigneur ait réclamé, à titre spécial et éminent, cette indispensable condition. Après tout, je ne m'étonne pas qu'il y ait un mystère en Dieu : il est normal que Dieu dépasse l'esprit humain. Je ne m'étonne pas davantage de ne pouvoir définir en quoi consiste le nœud vital qui unit ensemble la personne divine et la nature humaine en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne m'étonne pas que Dieu, qui est libre et souverain, use, dans l'application du fruit de la Rédemption, de justice envers les uns, de miséricorde envers les autres : jamais je ne lui demanderai compte de sa volonté. Mais ici, le mystère semble empiéter : il vient, d'emblée, s'établir sur le terrain que nous croyons si bien connaître, le monde matériel. Il vient placer Dieu auprès de nous et en nos mains, dans une intimité presque effrayante. Il vient témoigner, et de façon irrécusable, d'une tendresse et d'une condescendance qui font peur, tant elles nous dépassent, tant cela nous ressemble peu, tant notre cœur est étroit, tant nous redoutons la responsabilité encourue par ceux qui sont aimés de Dieu, et aimés de la sorte. On s'explique bien, dès lors, l'insistance du Seigneur à exiger premièrement la foi.
On conçoit aussi qu'auprès des Juifs l'assertion : « Je suis le pain de la vie venant du ciel » ait provoqué des surprises, voire des dénégations.
Non plus que la Samaritaine, les Juifs n'arrivent à s'affranchir de leur préoccupation : le pain matériel. Pourtant l'objection elle-même, comme si elle était gouvernée par le Seigneur, lui fournit le thème de l'enseignement qui va les élever de l'aliment visible à l'aliment spirituel. L'eau du puits de Jacob avait fait songer à l'eau qui jaillit pour la vie éternelle : le pain que réclament les Juifs et la manne du désert ne sont que la figure lointaine de la nourriture divine qui va être offerte au monde. En vérité, en vérité, je vous le dis. Moïse ne vous a pas donné le vrai pain, celui qui vient du ciel ; seul mon Père vous peut donner le pain céleste, le pain de vie, l'aliment qui répare, soutient, achève la vie de l'âme, le vrai pain de Dieu, celui qui descend du ciel, et procure la vie, non plus à une tribu errante, mais au monde entier. — Et, comme autrefois la Samaritaine, les Juifs répondent : Seigneur, donnez-nous ce pain-là, et toujours. — Ce pain, cet aliment de la vie surnaturelle, c'est moi, dit le Seigneur. Je le suis si complètement que quiconque vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif.
Gardons-nous, avec un soin extrême, de nous laisser entraîner à l'exégèse périlleuse de certains commentateurs et théologiens qui nous parlent ici d'une manducation par la foi : ce qui n'est qu'une imprudente concession à l'hérésie sacramentaire, et ce qui les met dans la pénible nécessité de déterminer, dans le discours du Seigneur, le point exact où il passe de cette inintelligible manducation par la foi à la manducation eucharistique. Il est inutile de se créer des problèmes, et surtout des problèmes sans solution. Il n'y a pas de manducation par la foi : mais la foi est une condition indispensable pour accueillir la promesse de l'Eucharistie, et pour s'approcher fructueusement de l'Eucharistie. Il n'est question que de la seule Eucharistie dans tout le chapitre, et de la foi, en vue de l'Eucharistie. Et sans doute, nul ne sera surpris qu'en vue de ce mystère, le mystère par excellence de la foi, le Seigneur ait réclamé, à titre spécial et éminent, cette indispensable condition. Après tout, je ne m'étonne pas qu'il y ait un mystère en Dieu : il est normal que Dieu dépasse l'esprit humain. Je ne m'étonne pas davantage de ne pouvoir définir en quoi consiste le nœud vital qui unit ensemble la personne divine et la nature humaine en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne m'étonne pas que Dieu, qui est libre et souverain, use, dans l'application du fruit de la Rédemption, de justice envers les uns, de miséricorde envers les autres : jamais je ne lui demanderai compte de sa volonté. Mais ici, le mystère semble empiéter : il vient, d'emblée, s'établir sur le terrain que nous croyons si bien connaître, le monde matériel. Il vient placer Dieu auprès de nous et en nos mains, dans une intimité presque effrayante. Il vient témoigner, et de façon irrécusable, d'une tendresse et d'une condescendance qui font peur, tant elles nous dépassent, tant cela nous ressemble peu, tant notre cœur est étroit, tant nous redoutons la responsabilité encourue par ceux qui sont aimés de Dieu, et aimés de la sorte. On s'explique bien, dès lors, l'insistance du Seigneur à exiger premièrement la foi.
On conçoit aussi qu'auprès des Juifs l'assertion : « Je suis le pain de la vie venant du ciel » ait provoqué des surprises, voire des dénégations.