Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (8,23-27)
In illo tempore: Ascendénte Iesu in navículam, secúti sunt eum discípuli eíus. Et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut navícula operirétur flúctibus; ipse vero dormiébat. Et accessérunt et suscitavérunt eum dicéntes: “Dómine, salva nos, perímus!” Et dicit eis: “Quid tímidi estis, módicæ fídei?” Tunc surgens increpávit ventis et mari, et facta est tranquíllitas magna. Porro hómines miráti sunt dicéntes: “quális est hic, quia et venti et mare obóediunt ei?”
En ce temps là : Jésus monta dans une barque, et Ses disciples Le suivirent. Et voici qu'il s'éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était couverte par les flots; et Lui, Il dormait. Ses disciples s'approchèrent de Lui, et L'éveillèrent, en disant: Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. Et Jésus leur dit: Pourquoi êtes-vous effrayés, hommes de peu de foi? Alors Se levant, Il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Ces hommes furent dans l'admiration, et ils disaient: Quel est Celui-ci, à qui les vents et la mer obéissent?
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
« Passons de l'autre côté du lac, » avait dit le Seigneur. Aussitôt, les disciples congédient la foule ou la laissent se disperser, et se hâtent de préparer la barque, celle où Jésus a prononcé des paraboles. Ils l'aident à y monter : ils le prennent, dit saint Marc, tel qu'il était, c'est-à-dire sans le loisir de préparatifs, et rapidement. Les apôtres montent avec lui, et l'on part, toute une petite flottille formant escorte. Le Seigneur, fatigué des labeurs de la journée, s'assit à la poupe, la tête appuyée sur la banquette, où se trouvait un coussinet, et s'endormit. La mer, calme d'abord, devint houleuse. Un vent violent s'éleva, un orage soudain s'abattit sur le lac. De lourds paquets d'eau tombaient dans la barque, non pontée probablement, comme tous ces bateaux de pêcheurs : à chaque vague, on « embarquait », selon l'expression maritime ; et le péril de couler allait croissant. La nuit était venue, et l'on se trouvait encore à forte distance du rivage. Le Seigneur, sans souci ni de la tempête, ni de la panique des disciples, dormait toujours : mais son cœur veillait, sans aucun doute. Et il enseignait ainsi que la barque où est le Seigneur, que le Royaume de Dieu sur terre n'a rien à craindre. Mais les apôtres ne voyaient que la tempête ; ils ne se sentaient pas en sûreté, et, trop faibles pour lutter davantage contre le vent et les flots, ils réveillèrent le Seigneur et lui dirent avec un accent de reproche : « Maître ! cela ne vous fait rien que nous périssions ? » Saint Luc porte simplement : « Maître ! maître ! nous périssons ! » Et saint Matthieu : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! »
Aussitôt éveillé, Jésus commande, avec l'autorité d'un maître souverain, aux vents et aux flots. « Silence ! calme-toi ! » dit-il à la mer. Aussitôt, le vent tomba, un grand calme se fit sur les eaux du lac. A ses apôtres, désormais rassurés, le Seigneur n'adressa que quelques mots : « Pourquoi êtes-vous donc si craintifs, hommes de petite foi ? » Selon saint Marc : « Comment n'avez-vous pomt encore de foi ? » et saint Luc : « Où est votre foi ? » Ils ont un peu de foi, puisqu'ils s'adressent à lui ; ils manquent de foi, puisqu'ils se troublent, s'épouvantent, et croient que leur Maître se désintéresse. Le miracle est calculé, on le voit bien, afin d'amener les disciples à une confiance plus entière. Ils avaient été sans doute témoins de bien des miracles, accomplis sur les malades et les possédés ; mais enfin, les médecins guérissent aussi, du moins quelquefois. Les miracles étaient réputés par les Juifs de difficulté variée : c'est peut-être pour cela que nous les avons entendus demander au Seigneur un prodige dans le ciel ; l'apparition d'un météore, un triomphe sur les forces naturelles déchaînées leur paraissaient des indices plus irrécusables de l'intervention divine. Les apôtres avaient-ils partagé, dans une mesure, cette pensée naïve ? Naguère éperdus de crainte en face de la mer démontée, nous les voyons maintenant saisis d'une frayeur plus grande et d'une religieuse terreur en présence de celui qui, d'un mot, en un instant, a calmé la tempête. Et ils se demandent l'un à l'autre : « Quel est-il donc, pour commander ainsi aux vents et à la, mer, et se faire si bien obéir ? » Ils savaient déjà qu'il était le Messie, l'envoyé du Père ; mais, grâce à ce nouveau miracle, témoignant d'une autorité qui n'appartient qu'à Dieu, pénétrait plus avant dans leurs âmes la conviction surnaturelle que le Fils de l'homme est riche de toute la puissance divine. Les miracles qui suivent, racontés par les trois synoptiques, continuent cette éducation graduelle des apôtres qui doit aboutir à la confession de saint Pierre.
Aussitôt éveillé, Jésus commande, avec l'autorité d'un maître souverain, aux vents et aux flots. « Silence ! calme-toi ! » dit-il à la mer. Aussitôt, le vent tomba, un grand calme se fit sur les eaux du lac. A ses apôtres, désormais rassurés, le Seigneur n'adressa que quelques mots : « Pourquoi êtes-vous donc si craintifs, hommes de petite foi ? » Selon saint Marc : « Comment n'avez-vous pomt encore de foi ? » et saint Luc : « Où est votre foi ? » Ils ont un peu de foi, puisqu'ils s'adressent à lui ; ils manquent de foi, puisqu'ils se troublent, s'épouvantent, et croient que leur Maître se désintéresse. Le miracle est calculé, on le voit bien, afin d'amener les disciples à une confiance plus entière. Ils avaient été sans doute témoins de bien des miracles, accomplis sur les malades et les possédés ; mais enfin, les médecins guérissent aussi, du moins quelquefois. Les miracles étaient réputés par les Juifs de difficulté variée : c'est peut-être pour cela que nous les avons entendus demander au Seigneur un prodige dans le ciel ; l'apparition d'un météore, un triomphe sur les forces naturelles déchaînées leur paraissaient des indices plus irrécusables de l'intervention divine. Les apôtres avaient-ils partagé, dans une mesure, cette pensée naïve ? Naguère éperdus de crainte en face de la mer démontée, nous les voyons maintenant saisis d'une frayeur plus grande et d'une religieuse terreur en présence de celui qui, d'un mot, en un instant, a calmé la tempête. Et ils se demandent l'un à l'autre : « Quel est-il donc, pour commander ainsi aux vents et à la, mer, et se faire si bien obéir ? » Ils savaient déjà qu'il était le Messie, l'envoyé du Père ; mais, grâce à ce nouveau miracle, témoignant d'une autorité qui n'appartient qu'à Dieu, pénétrait plus avant dans leurs âmes la conviction surnaturelle que le Fils de l'homme est riche de toute la puissance divine. Les miracles qui suivent, racontés par les trois synoptiques, continuent cette éducation graduelle des apôtres qui doit aboutir à la confession de saint Pierre.