Léctio sancti Evangélii secúndum Marcum (4,35-41)
In illa die, cum sero esset factum, ait Iesus discípulis suis: “Transeámus contra.” Et dimitténtes turbam, assúmunt eum, ut erat in navi; et áliæ naves erant cum illo. Et exorítur procélla magna venti, et fluctus se mittébant in navem, ita ut iam implerétur navis. Et erat ipse in puppi supra cervícal dórmiens; et éxcitant eum et dicunt ei: “Magíster, non ad te pértinet quia perímus?” Et exsúrgens comminátus est vento et dixit mari: “Tace, obmutésce!” Et cessávit ventus, et facta est tranquíllitas magna. Et ait illis: “Quid tímidi estis? Necdum habétis fidem?” Et timuérunt magno timóre et dicébant ad altérutrum: “Quis putas est iste, quia et ventus et mare obœ́diunt ei?”
En ce même jour, lorsque le soir fut venu, Jésus dit à Ses disciples : Passons sur l'autre bord. Et ayant renvoyé la foule, ils L'emmenèrent avec eux dans la barque tel qu'Il était, et d'autres barques Le suivaient. Et il s'éleva un grand tourbillon de vent, et les flots entraient dans la barque, de sorte qu'elle se remplissait. Et Lui, Il dormait à la poupe, sur un coussin. Ils Le réveillent, et Lui disent : Maître, T'est-il indifférent que nous périssions ? Alors, S'étant levé, Il menaça le vent, et dit à la mer : Tais-toi, calme-toi. Et le vent cessa, et il se fit un grand calme. Puis, Il leur dit : Pourquoi êtes-vous effrayés ? N'avez-vous pas encore la foi ? Et ils furent saisis d'une grande crainte ; et ils se disaient l'un à l'autre : Quel est donc Celui-ci, à qui les vents et les mers obéissent ?
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
Le jour où le Seigneur inaugura son enseignement en paraboles, il s'était assis dans une barque et s'était adressé à la foule groupée sur le rivage du lac de Tibériade. Redescendu à terre, et rentré « dans 'a maison », il avait fourni aux apôtres le commentaire de quelques paraboles plus mystérieuses. Le soir venu, et ces paraboles achevées, Jésus « partit de là » : cum consummasset parabolas istas, transiit inde, dit saint Matthieu, dont le récit a sacrifié décidément l'ordre chronologique, puisqu'il nous faut, pour retrouver la suite des événements, revenir du xiip chapitre au viiie. Jusque-là, Capharnaum avait été le centre de la prédication du Seigneur : mais afin d'échapper aux multitudes qui l'assiégeaient sans trêve, afin surtout de porter la bonne nouvelle à d'autres régions, il prend ses dispositions pour traverser le lac et se rendre à l'est, vers Gérasa ou Gadara : « Passons, dit-il, à l'autre bord. » C'est peut-être sur le chemin du lac qu'eut lieu l'incident des deux « postulants » raconté ici même par saint Matthieu. Saint Luc contient un récit parallèle ; mais chez lui il y a trois postulants, et la scène se passe Un peu plus tard, alors que le Seigneur se dirige vers Jérusalem ; les Samaritains viennent de lui refuser Thospitalité, et à cette date, mieux qu'au moment du départ de Capharnaûm, s'explique la réflexion du Seigneur : Le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. Suivons néanmoins l'ordre de saint Matthieu.
« Passons de l'autre côté du lac, » avait dit le Seigneur. Aussitôt, les disciples congédient la foule ou la laissent se disperser, et se hâtent de préparer la barque, celle où Jésus a prononcé des paraboles. Ils l'aident à y monter : ils le prennent, dit saint Marc, tel qu'il était, c'est-à-dire sans le loisir de préparatifs, et rapidement. Les apôtres montent avec lui, et l'on part, toute une petite flottille formant escorte. Le Seigneur, fatigué des labeurs de la journée, s'assit à la poupe, la tête appuyée sur la banquette, où se trouvait un coussinet, et s'endormit. La mer, calme d'abord, devint houleuse. Un vent violent s'éleva, un orage soudain s'abattit sur le lac. De lourds paquets d'eau tombaient dans la barque, non pontée probablement, comme tous ces bateaux de pêcheurs : à chaque vague, on « embarquait », selon l'expression maritime ; et le péril de couler allait croissant. La nuit était venue, et l'on se trouvait encore à forte distance du rivage. Le Seigneur, sans souci ni de la tempête, ni de la panique des disciples, dormait toujours : mais son cœur veillait, sans aucun doute. Et il enseignait ainsi que la barque où est le Seigneur, que le Royaume de Dieu sur terre n'a rien à craindre. Mais les apôtres ne voyaient que la temjjête ; ils ne se sentaient pas en sûreté, et, trop faibles pour lutter davantage contre le vent et les flots, ils réveillèrent le Seigneur et lui dirent avec un accent de reproche : « Maître ! cela ne vous fait rien que nous périssions? » Saint Luc porte simplement : « Maître ! maître ! nous périssons ! » Et saint Matthieu : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! »
Aussitôt éveillé, Jésus commande, avec l'autorité d'un maître souverain, aux vents et aux flots. « Silence ! calme-toi ! » dit-il à la mer. Aussitôt, le vent tomba, un grand calme se fit sur les eaux du lac. A ses apôtres, désormais rassurés, le Seigneur n'adressa que quelques mots : « Pourquoi êtes-vous donc si craintifs, hommes de petite foi ? » Selon saint Marc : « Comment n'avezvous pomt encore de foi ? » et saint Luc : « Où est votre foi ? » Ils ont un peu de foi, puisqu'ils s'adressent à lui ; ils manquent de foi, puisqu'ils se troublent, s'épouvantent, et croient que leur ^laître se désintéresse. Le miracle est calculé, on le voit bien, afin d'amener les disciples à une confiance plus entière. Ils avaient été sans doute témoins de bien des miracles, accomplis sur les malades et les possédés ; mais enfin, les médecins guérissent aussi, du moins quelquefois. Les miracles étaient réputés par les Juifs de difficulté variée : c'est peut-être pour cela que nous les avons entendus demander au Seigneur un prodige dans le ciel ; l'apparition d'un météore, un triomphe sur les forces naturelles déchaînées leur paraissaient des indices plus irrécusables de l'intervention divine. Les apôtres avaient-ils partagé, dans une mesure, cette pensée naïve ? Naguère éperdus de crainte en face de la mer démontée, nous les voyons maintenant saisis d'une frayeur plus grande et d'une religieuse terreur en présence de celui qui, d'un mot, en un instant, a calmé la tempête. Et ils se demandent l'un à l'autre : « Quel est-il donc, pour commander ainsi aux vents et à la, mer, et se faire si bien obéir ? » Ils savaient déjà qu'il était le Messie, l'envoyé du Père ; mais, grâce à ce nouveau miracle, témoignant d'une autorité qui n'appartient qu'à Dieu, pénétrait plus avant dans leurs âmes la conviction surnaturelle que le Fils de l'homme est riche de toute la puissance divine. Les miracles qui suivent, racontés par les trois synoptiques, continuent cette éducation graduelle des apôtres qui doit aboutir à la confession de saint Pierre.