Feria IV 15 Iulii 2026, Hebdomada XV per annum,
   LE TEMPS DE NOËL
   CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE DU TEMPS DE NOËL.
   Nous donnons le nom de Temps de Noël à l’intervalle de quarante jours qui s’étend depuis la Nativité de notre Seigneur, le 25 décembre, jusqu’à la Purification de la sainte Vierge, le 2 février. Cette période forme, dans l’Année Liturgique, un ensemble spécial, comme l’Avent, le Carême, le Temps Pascal, etc. ; la célébration d’un même mystère y domine tout, et ni les fêtes des Saints qui se pressent dans cette saison, ni l’occurrence encore assez fréquente de la Septuagésime, avec ses sombres couleurs, ne paraissent distraire l’Église de la joie immense que lui ont évangélisée les Anges [Luc. II, 10.], dans cette nuit radieuse attendue par le genre humain durant quatre mille ans, et dont la commémoration liturgique a été précédée du deuil des quatre semaines qui forment l’Avent.
   Le coutume de célébrer par quarante jours de fête ou de mémoire spéciale la solennité de la Naissance du Sauveur, est fondée sur le saint Évangile lui-même, qui nous apprend que la très pure Marie, après quarante jours passés dans la contemplation du doux fruit de sa glorieuse maternité, se rendit au Temple pour y accomplir, dans une humilité parfaite, tout ce que la loi prescrivait au commun des femmes d’Israël, quand elles étaient devenues mères.
   La commémoration de la Purification de Marie est donc indissolublement liée à celle de la Naissance même du Sauveur ; et l’usage de célébrer cette sainte et joyeuse quarantaine parait être d’une haute antiquité dans l’Église romaine. D’abord, pour ce qui est de la Nativité du Sauveur au 25 décembre, saint Jean Chrysostome, dans son Homélie sur cette Fête, nous apprend que les Occidentaux l’avaient dès l’origine célébrée en ce jour. Il s’arrête même à justifier cette tradition, en faisant observer que l’Église romaine avait eu tous les moyens de connaître le véritable jour de la naissance du Sauveur, puisque les actes du dénombrement exécuté par l’ordre d’Auguste en Judée se conservaient dans les archives publiques de Rome. Le saint Docteur propose un second argument tiré de l’Évangile de saint Luc, en faisant remarquer que, d’après l’écrivain sacré, ce dut être au jeûne du mois de septembre que le Prêtre Zacharie eut dans le Temple la vision, à la suite de laquelle son épouse Élisabeth conçut saint Jean-Baptiste : d’où il suit que la très sainte Vierge Marie ayant elle-même, suivant le récit du même saint Luc, reçu la visite de l’Archange Gabriel et conçu le Sauveur du monde au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, c’est-à-dire en mars, elle devait l’enfanter au mois de décembre.
   Les Églises d’Orient, néanmoins, ne commencèrent qu’au quatrième siècle à célébrer la Nativité de notre Seigneur au mois de décembre. Jusqu’alors elles l’avaient solennisée, tantôt au six de janvier, en la confondant, sous le nom générique d’Épiphanie, avec la Manifestation du Sauveur aux Gentils, en la personne des Mages ; tantôt, si l’on en croit Clément d’Alexandrie, au 25 du mois Pachon (15 de mai), ou au 25 du mois Pharmuth (20 avril). Saint Jean Chrysostome dans l’Homélie que nous venons de citer, et qu’il prononça en 386, atteste que l’usage de célébrer avec l’Église romaine la Naissance du Sauveur au 25 décembre, ne datait encore que de dix ans dans l’Église d’Antioche. Ce changement paraît avoir été intimé par l’autorité du Siège Apostolique, à laquelle vint se joindre, vers la fin du quatrième siècle, un édit des Empereurs Théodose et Valentinien, qui décrétait la distinction des deux fêtes de la Nativité et de l’Épiphanie. La seule Église d’Arménie a gardé l’usage de célébrer au 6 janvier ce double mystère ; sans doute parce que ce pays était indépendant de l’autorité des Empereurs, et qu’il fut d’ailleurs soustrait de bonne heure par le schisme et l’hérésie aux influences de l’Église romaine.
   La fête de la Purification de la sainte Vierge, qui clôt les quarante jours de Noël, paraît remonter dans l’Église latine à une si haute antiquité, qu’il est impossible d’assigner l’époque précise de son institution. Tous les liturgistes conviennent qu’elle est la plus ancienne des fêtes de la sainte Vierge, et qu’ayant son principe dans le récit même de l’Évangile, il est naturel qu’elle ait été célébrée dès les premiers siècles du Christianisme. Ceci doit s’entendre de l’Église romaine : car, pour ce qui est de l’Église orientale, nous n’y voyons cette fête définitivement établie au 2 février que sous l’empire de Justinien, au VI° siècle. Il est vrai qu’antérieurement à cette époque, la commémoration du mystère lui-même semblé n’avoir pas été totalement inconnue aux Orientaux ; mais elle n’était pas d’un usage aussi universel ; et, pour l’ordinaire, on la célébrait peu après la fête de Noël, et non au propre jour auquel la Mère de Dieu monta au Temple pour accomplir la loi.
   Si maintenant nous venons à considérer le caractère du Temps de Noël dans la Liturgie latine, nous sommes à même de reconnaître que ce temps est spécialement voué à la jubilation qu’excite dans toute l’Église l’avènement du Verbe divin dans la chair, et particulièrement consacré aux félicitations qui sont dues à la très pure Marie pour l’honneur de sa maternité. Cette double pensée d’un Dieu enfant et d’une Mère vierge se trouve exprimée à chaque instant dans les prières et dans les usages de la Liturgie.
   Ainsi, aux jours de Dimanche et à toutes les fêtes qui ne sont pas du rite double, dans tout le cours de cette joyeuse quarantaine, l’Église fait mémoire de la virginité féconde [Oraison. Deus qui salutis aeternae beatae Marias virginitate fœcunda, humano generi, etc.] de la Mère de Dieu, par trois Oraisons spéciales, dans la célébration du saint Sacrifice. En ces mêmes jours, aux Offices de Laudes et de Vêpres, elle implore le suffrage de Marie, en confessant hautement sa qualité de Mère de Dieu et la pureté inviolable [V/. Post partum, Virgo, inviolata permansisti. R/. Dei Genitrix, intercede pro nobis.] qui est demeurée en elle, même après l’enfantement. Enfin, l’usage de terminer chaque Office par la solennelle Antienne du moine Herman Contract, à la louange de la Mère du Rédempteur [Alma Redemptoris Mater, etc.], se continue jusqu’au jour même de la Purification.
   Telles sont les manifestations d’amour et de vénération par lesquelles l’Église, honorant le Fils dans la Mère, témoigne de sa religieuse allégresse, en cette saison de l’Année liturgique que nous désignons sous le nom de Temps de Noël. Il y faut joindre l’usage antique observé dans les provinces ecclésiastiques de France, dont l’Église métropolitaine est dédiée sous le titre de la Sainte Vierge, de suspendre en son honneur l’abstinence du samedi, durant cette quarantaine qui rappelle d’une manière si touchante la gloire et le bonheur de celle qui est à la fois la Mère du Créateur et la Mère du genre humain.
   Tout le monde sait que le Calendrier Ecclésiastique contient jusqu’à six dimanches après l’Épiphanie, pour les années où la fête de Pâques atteint ses dernières limites au mois d’avril. La quarantaine de Noël à la Purification renferme quelquefois jusqu’à quatre de ces dimanches. Souvent aussi elle n’en contient que deux, et quelquefois même qu’un seul, lorsque l’anticipation de la Pâque en certaines années contraint de faire remonter jusqu’en janvier le Dimanche de Septuagésime, et celui même de Sexagésime. Rien n’est innové cependant, ainsi que nous l’avons dit, dans les rites de cette joyeuse quarantaine, hors la couleur violette et l’omission de l’Hymne angélique, en ces dimanches précurseurs du Carême.
   Quoique la sainte Église honore avec une religion particulière, dans tout le cours du Temps de Noël, le mystère de l’Enfance du Sauveur, la marche du Calendrier qui, dans les années même où la fête de Pâques est le plus retardée, donne moins de six mois pour la célébration de l’œuvre de notre salut tout entière, savoir de Noël à la Pentecôte, oblige cette même Église d’anticiper, dans les lectures du saint Évangile, sur les événements de la vie active du Christ ; la Liturgie n’en demeure pas moins fidèle à nous rappeler les charmes de l’Enfant divin et la gloire incommunicable de sa Mère, jusqu’au jour où elle viendra le présenter au Temple.
   Les Grecs font aussi, dans leurs Offices, de fréquentes Mémoires de la maternité de Marie, dans toute cette saison ; mais ils ont surtout une vénération spéciale pour les douze jours qui s’écoulent de la fête de Noël à celle de l’Épiphanie : intervalle désigné dans leur Liturgie sous le nom de Dodécaméron. Durant ce temps, ils ne gardent aucune abstinence de viande ; et les Empereurs d’Orient avaient même statué que, pour le respect d’un si grand mystère, les œuvres serviles seraient interdites, et que les tribunaux eux-mêmes vaqueraient jusqu’après le 6 janvier.
   Telles sont les particularités historiques et les faits positifs qui servent à déterminer le caractère spécial de cette seconde partition de l’Année liturgique que nous désignons sous le nom de Temps de Noël. Le chapitre suivant développera les intentions mystiques de l’Église en cette saison si chère à la piété de ses enfants.

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