Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel

DES FRUITS QUE NOUS POUVONS RETIRER DE LA MÉDITATION DE JÉSUS CRUCIFIÉ, ET DE L’IMITATION DE SES VERTUS

DES FRUITS QUE NOUS POUVONS RETIRER DE LA MÉDITATION DE JÉSUS CRUCIFIÉ, ET DE L’IMITATION DE SES VERTUS
Cette sainte méditation procure de grands et nombreux avantages. Le premier fruit que vous en retirerez sera de regretter vos péchés passés et de vous affliger de voir vivre toujours dans votre cœur les passions déréglées qui ont attaché votre divin Maître à la croix. Le second, de lui demander le pardon de vos fautes et la grâce de vous haïr vous-même afin de mettre un terme à vos offenses et, en reconnaissance de tant de tourments endurés pour nous, ce que vous ne sauriez faire si vous n’êtes animé de cette haine salutaire. Le troisième, de vous mettre à l’œuvre tout de bon et de poursuivre à outrance jusqu’à vos moindres passions. Le quatrième, de vous efforcer d’imiter le plus parfaitement possible les vertus de notre divin Sauveur. S’il a tant souffert, ce n’est pas seulement pour nous racheter et expier nos iniquités, mais encore pour nous engager à marcher sur ses traces.
Voici une matière de méditer qui vous sera à cet égard d’une grande utilité. Si, par exemple, vous voulez, pour imiter votre divin Maître, acquérir la vertu de patience, considérez les points suivants :
Premièrement, ce que l’âme de Jésus souffrant fait pour Dieu, deuxièmement, ce que Dieu fait pour l’âme de Jésus-Christ, troisièmement, ce que l’âme de Jésus-Christ fait pour elle-même et pour son corps, quatrièmement, ce que Jésus-Christ fait pour nous, cinquièmement, ce que nous devons faire pour Jésus-Christ.
Considérez donc premièrement comment l’âme de Jésus-Christ tout absorbée en Dieu contemple cette majesté infinie et incompressibilité devant laquelle toutes les choses créées ne sont que néant et demeure saisie d’étonnement en la voyant s’abaisser, sans rien perdre néanmoins de sa gloire essentielle, jusqu’à souffrir les plus indignes traitements pour des hommes ingrats et rebelles, et comment, à cette vue, elle adore et remercie Dieu et se dévoue sans réserve à son service.
Deuxièmement, voyez ce que Dieu a fait à l’égard de l’âme de Jésus-Christ, avec quelles instances il la presse de souffrir pour nous les soufflets, les crachats, les blasphèmes, les fouets, les épines et la croix, en lui représentant combien il se plaît à la voir ainsi surchargée d’opprobres et d’afflictions.
Troisièmement, revenez à l’âme de Jésus-Christ et considérez comment cette âme douée d’une intelligence toute de lumière qui lui découvre le plaisir extrême que Dieu prend à son sacrifice, et d’un amour tout de feu qui la porte à aimer sans mesure sa majesté souveraine, tant à cause de ses infinies perfections que pour les bienfaits immenses dont elle lui est redevable. Considérez, dis-je, comment cette âme accepte avec joie l’invitation que le Seigneur lui fait de souffrir pour notre amour et notre exemple, et comment elle s’empresse d’obéir à sa volonté sainte. Qui pourra jamais pénétrer la profondeur des désirs de cette âme si pure et si aimante ? Perdue comme dans un labyrinthe de souffrances, elle cherche des voies nouvelles, de nouveaux moyens de souffrir ; et, ne trouvant pas ce qu’elle cherche, elle s’abandonne librement elle-même avec sa chair innocente à la merci des hommes cruels et des esprits infernaux.
Quatrièmement, représentez-vous votre divin Sauveur tournant vers vous un regard de miséricorde et vous adressant ces paroles : « Vois, mon enfant, l’état déplorable auquel tu m’as réduit pour n’avoir pas su te faire un peu de violence à toi-même et à tes passions déréglées. Vois combien je souffre, et avec quelle joie je le fais par amour pour toi et pour te donner l’exemple de la patience. Ô mon enfant, je te conjure au nom de mes douleurs de porter de bon cœur cette croix, ou tout autre qu’il me plaira de t’envoyer, et de t’abandonner entièrement aux mains des persécuteurs, quel que soit leur acharnement à flétrir ton honneur et à tourmenter ton corps. Oh ! si tu savais la consolation que me donnera ta patience ! Juges-en par ces plaies que j’ai reçues comme autant de pierres précieuses, afin d’enrichir de vertus ta pauvre âme que j’aime infiniment plus que tu ne saurais le concevoir. Et si j’ai voulu pour toi être réduit à cette extrémité, pourquoi, ô mon épouse bien-aimée, ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour contenter mon cœur et adoucir les plaies que m’a causées ton impatience, qui est pour moi un tourment plus amer encore que mes plaies elles-mêmes. »
Cinquièmement, considérez quel est celui qui vous parle de la sorte, et vous reconnaîtrez en lui le Roi de gloire, Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme. Examinez la grandeur de ses tourments et de ses opprobres : ils sont tels qu’on n’oserait les infliger au plus infâme des voleurs. Voyez-le calme et immobile, que dis-je ? rayonnant de joie au milieu des souffrances comme l’époux au festin nuptial. Et comme quelques gouttes d’eau jetées sur un brasier rendent la flamme plus ardente, ainsi l’excès de ses tourments, trop légers toujours au gré de sa surabondante charité, ne faisait qu’accroître son bonheur et la soif insatiable de souffrances qui le consumait. Considérez que ce bon Maître a tout fait et tout souffert non par contrainte ou par intérêt mais, ainsi qu’il l’a déclaré lui-même, par amour pour nous et afin de vous apprendre, par son exemple, à pratiquer la vertu de patience. Vous pénétrant alors de sa volonté à votre égard et du plaisir qu’il prendra à vous voir pratiquer cette vertu, excitez en vous un désir ardent de supporter avec résignation et même avec joie la croix plus lourde encore, afin de mieux imiter votre Dieu et de procurer plus de consolations à son cœur.
Jésus en croix, voilà le livre que je vous conseille de lire : vous y trouverez l’image fidèle de toutes les vertus. C’est le véritable livre de vie destiné non seulement à éclairer l’intelligence par ses enseignements, mais à enflammer la volonté par les exemples vivants qu’il met sous nos yeux. Le monde est rempli de livres, mais tous ces livres ensemble ne valent pas, pour enseigner la pratique de la vertu, un regard jeté sur le crucifix.
Sachez-le bien, âme chrétienne, ceux qui emploient des heures entières à pleurer sur la Passion de Notre Seigneur et à admirer sa patience, et qui, dans les afflictions qui leur surviennent, sont aussi impatients que s’ils avaient, dans leur oraison, pensé à tout autre chose, ressemblent à des soldats qui, avant la bataille, sous la tente où ils sont assis, se promettent d’accomplir les plus brillants exploits et qui, à la vue de l’ennemi, jettent les armes et prennent la fuite. Qu’y a-t-il de plus insensé et de plus pitoyable à voir que ces chrétiens qui, après avoir contemplé comme dans un miroir éclatant les vertus du Sauveur, après les avoir aimées et admirées, les oublient ou n’en font plus aucune estime quand l’occasion se présente de les mettre en pratique ?
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